11.05.2012
Dans le dédale des Gorges de Madale
Ce matin, Gibus et moi partons explorer un secteur du Caroux où nous ne vous avons encore jamais emmenés : celui des Gorges de Madale. Il faut dire que, selon les informations dont nous disposons, le chemin du retour a été emporté par endroits par des éboulements et le passage est donc hasardeux. Mais que ne ferait-on pas pour vous offrir chaque semaine sur vos écrans de nouvelles merveilles du pays d’Oc ! Et en matière de paysages, mais aussi de difficultés et d’émotions, les Gorges de Madale ne nous ont pas déçus ! Mais soyez patients, je vais vous conter cela par le menu .
Au départ, nous empruntons le chemin qui permet d’accéder aux crêtes du Suquet puis de la Coudière qui dominent la rive gauche des Gorges de Madale. Il serpente au milieu d’une forêt de chênes verts qui dispensent une ombre rafraîchissante, nous permettant de réduire notre dépense d’énergie. Nous ne savons pas, alors, que cette énergie ainsi épargnée nous sera fort utile en fin de journée !
Nous accédons à la crête du Suquet, lieu d’une beauté sauvage et qui nous semble au premier abord désert. Mais mon œil de « Sioux » (que je tiens s de mon grand père paternel qui est venu en France lors de la tournée de Buffalo Bill en 1889) repère vite un vieil indien méditant à l’ombre des rochers. A sa plume placée à l’horizontale et à son attitude digne et fière je reconnais qu’il s’agit d’un Cheyenne, sans doute la tribu la plus brave parmi celles qui ont lutté contre les colons américains. Cette tribu fut d’ailleurs l’un des plus fidèles alliés de mes ancêtres Sioux. De ma filiation « peau-rouge », je n’ai hélas gardé que le bout de mon nez qui est de cette couleur !
Ne souhaitant pas troubler les rêveries de mon lointain congénère, nous nous esquivons sur la pointe des pieds. Je me doute bien qu’il nous a entendus, mais son impassibilité nous fait comprendre qu’il n’a pas envie de nous parler. Que le Grand Manitou veille sur lui, Hugh !
Nous entamons l’ascension de la crête de Coudière qui offre une vue plongeante sur les Gorges de Madale dont le fond très encaissé reste toutefois invisible. Nous cherchons en vain des yeux sur la paroi d’en face le chemin du retour, ce qui n’est pas de bonne augure ! Mais à chaque moment suffit sa peine….
Soudain, en ces lieux isolés, nous découvrons une ancienne habitation superbement restaurée et qui a probablement servie de refuge aux charbonniers, autrefois nombreux dans le secteur. C’était au temps où le bois - ce soleil en barres - était la principale source d’énergie des habitants de la région.
Plus ancien, mais aussi moins bien conservé, est le dolmen édifié au sommet de la crête de Coudière (779m) où nous nous arrêtons un instant, admiratifs du savoir faire de ses bâtisseurs, capables de déplacer et de soulever des rochers de plusieurs tonnes. Il faut espérer qu’ils avaient également découvert des remèdes souverains pour soigner les lumbagos !
Puis nous entamons notre descente vers les Gorges de Madale ne nous laissant pas impressionner par un vieux pin couché qui semble nous inviter à rebrousser chemin. Peut être aurions nous dû l’écouter !
Nous traversons le Madale sur un pontet, guères étonnés qu’un cours d’eau aussi paisible ait pu creuser en aval des Gorges aussi impressionnantes. Car Gibus et moi savons que l’eau a un pouvoir destructeur incommensurable et c’est pourquoi il n’est pas question de laisser une seule goutte nous en pénétrer le gosier !
Après avoir remonté sur l’autre rive, nous traversons le village de Madale et empruntons un sentier qui surplombe le torrent. Un vieux châtaignier – conscient des difficultés qui nous attendent - prend un air menaçant en agitant dans l’air ses branches noueuses, dans l’espoir de nous faire rebrousser chemin. Mais c’est mal nous connaître, Gibus et moi, qui, malgré tout le respect que nous avons pour les « vieilles branches » (vu que nous en sommes aussi), n’avons jamais, jusqu’à présent, en randonnée fait demi-tour ! Nos compagnes peuvent en témoigner, qui ont à cet égard de douloureux souvenirs !
Le vieux châtaignier ne bluffait pas car la situation se corse très vite ! Nous tombons sur un premier effondrement qui a emporté le chemin : fort heureusement une corde permet de franchir l’obstacle sans prendre trop de risques.
Mais une fois la corde descendue, nous passons de « Charybde en Scylla » car le chemin a tout bonnement disparu emporté par d’autres éboulements. Comme il est un peu tard pour faire demi-tour, nous décidons d’aller de l’avant, en avançant précautionneusement à flanc de paroi, avec l’espoir de retrouver un peu plus loin le chemin.
Restant malgré tout sereins - vu que ça n'arrangerait pas pour autant notre situation de ne pas l'être, isn't it ? - nous admirons l’environnement grandiose qui nous entoure, conscients d’être parmi les quelques privilégiés ayant la chance de pouvoir le découvrir. Nous sommes, chers lectrices et lecteurs, très heureux de partager la beauté de ce lieu secret avec vous.
Mais nous ne nous éternisons pas car il y a en haut de cette aiguille, dénommée Pilier du Bosc, un rocher qui ne demande qu’à prendre un bain dans le Madale. Et Gibus et moi, même si nous aimons nous baigner, avons horreur d’être éclaboussés!
La pente devenant de plus en plus abrupte, nous sommes obligés de descendre au fond des Gorges. A certains passages délicats Gibus, aussi agile qu’un mouflon, me tend une main secourable, ce qui me permet de vous conter aujourd’hui notre aventure.
Nous qui, d’habitude, ne manquons jamais une occasion de nous baigner dans les torrents que nous rencontrons, ignorons pour cette fois les eaux limpides du Madale. Notre préoccupation première est de sortir des gorges avant que la nuit ne tombe.
La pente redevenant moins abrupte nous remontons à flanc de gorge sur des dalles fort heureusement sèches, toujours en quête du chemin perdu …
Au bout d’une heure de crapahut, notre persévérance est récompensée car nous finissons par le retrouver à environ deux cents mètres d’altitude en amont du torrent. Vous imaginez notre soulagement à ne pas devoir passer une nuit au fond des gorges sans autre liquide que de l’eau à boire !
Le chemin nous ramène sans autre péripétie à notre point de départ où nous pouvons enfin profiter des eaux toniques du Madale, en usage exclusivement externe bien évidemment !
PS : Je vous invite à suivre la suite de mon périple en Egypte : « A travers les déserts de l’Ouest » sur mon blog PIQUESEL
Texte & Photos Ulysse
10:29 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (42) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : madale, dédale, caroux, dolmen
04.05.2012
Vos chaussettes sont sèches, allez vous balader au Puech !
Lisant mon invitation, vous allez probablement me rétorquer que, respectueux de ceux qui vous entourent, vous ne possédez pas qu’une seule paire de chaussettes et que, par conséquent, vous en avez toujours une paire de sèches ! Sans aucun doute, mais il n’est pas certain qu’elles soient appropriées pour une longue marche à pieds. Car après le budget de la Sécurité Sociale et celui de l’Etat , les chaussettes sont les choses qui ont la plus grande propension à avoir des trous ! Et des trous aux chaussettes quand on marche, ce sont des ampoules assurées ! Donc après avoir vérifié que votre paire de chaussettes sèches n’avait pas de trous, rendez vous à l’entrée du joli village du Puech du Lodévois afin que je vous emmène vous balader.
Nous grimpons sur le plateau du Cayroux - à ne pas confondre avec le massif du Caroux, dans lequel je vous ai maintes fois emmenés - couvert de vastes prairies où batifolaient autrefois des milliers de moutons. Car l’élevage ovin était alors la principale activité de cette région aux terres peu fertiles. Mais le coût dérisoire du mouton néo-zélandais et les aspirations à une vie plus confortable ont eu raison des vocations de berger.
Le chemin qui grimpe sur le Cayroux ménage de fort belles vues sur le village perché d’Olmet-et-Villecun qui, hormis sa situation pittoresque, a pour seul signe distinctif d’être le 30046ème village français par la taille. A part ça, rien à signaler, sinon qu’il doit y faire bon vivre, à condition d’avoir une machine à faire le pain et de bons mollets . Mais si jamais un habitant de ce village lit ce blog et souhaite nous faire part d’un centre d’intérêt qui aurait échappé à ma sagacité, je l’invite à en faire part en commentaire .
Nous arrivons sur le plateau du Cayroux dont les géologues vous diront « qu’il s’agit d’une « mesa » ou « planèze » constituée de plusieurs coulées volcaniques imbriquées intervenues entre -2,5 et -1,5 MA et qui reposent sur une topographie plio-quaternaire, mises en inversion de relief par érosion différentielle et culminée par une paléosurface quaternaire » Ouf ! Si vous n’avez pas tout compris, soyez rassurés, moi non plus. Certains me rétorqueront, peut être, que ce n’est pas forcément rassurant d’être aussi peu instruit que je le suis !
Au demeurant, les hommes qui ont édifié le dolmen qui s'y trouve n’avaient pas conscience, malgré leur étonnante expertise, d’être sur une inversion de relief sinon ils auraient choisi un autre lieu de peur de voir le relief s’inverser de nouveau et mettre à bas leur imposant ouvrage. C’est que, comme dit « l’autre » (qui au passage ne doit pas avoir eu beaucoup d’ampoules aux mains au cours de son existence ) c’était un « vrai » travail de construire un mégalithe, pas comme celui des salariés d’aujourd’hui qui, c’est bien connu, sifflent tous en travaillant !
Ces espaces laissés en friches sont peu à peu, colonisés par les arbres et perdent ainsi leur caractère agro-pastoral d’antan. Ce phénomène, conjugué au mitage de la plaine par les zones commerciales et l’extension anarchique des lotissements entourés d’hideux murs de parpaings bruts, font que le Languedoc perd peu à peu ses paysages de garrigue caractéristiques de son identité et lieux d‘une grande biodiversité.
Même les « ruffes », ces terres rouges pourtant peu fertiles et qui sont l’un des grands attraits des paysages du Lodévois, commencent à être recouvertes d’un couvert végétal qui finira par masquer leur beauté.
Vous allez sans doute trouver paradoxal que, moi l’ami des arbres, je fasse ici leur procès. Mais il en va de certains paysages comme de certains monuments : ce sont des chef-d’œuvres à préserver. Imagine-t-on le Mont Saint Michel recouvert par une forêt d’arbres ? Non bien sûr. Et bien ces collines de ruffes sont en quelque sorte le Mont saint Michel du Lodévois.
D’ailleurs, je ne résiste pas au plaisir de vous mettre une autre photo de ce site si particulier. Je suis sûr qu’en la contemplant vous n’aurez qu’une envie : celle de parcourir un matin de printemps ou d’été cette route bleue en vous enivrant de l’odeur des cistes de Montpellier. Je crois que la destination de vos prochaines vacances est toute trouvée !
Les hommes d’autrefois vivaient en harmonie avec cette beauté qu’ils respectaient, à l’encontre de leurs descendants qui ont fait de la terre une poubelle. Ils empruntaient à notre planète quelques uns de ses oripeaux pour confectionner leurs maisons et leurs abris, à l’exemple de cette « capitelle » qui servait à ranger les outils et à se protéger des intempéries.
Ils faisaient de même pour édifier les murs qui bordaient les « bancèls », ces terrasses affectées aux cultures, pour les protéger des moutons et aussi de l’érosion.
Mais nous savons qu’ici bas tout est éphémère et le monde change, sans cesse, parfois pour le pire, parfois pour le meilleur. Nos vies ne sont qu’un rêve ou un reflet dans « l’œil » de l’univers.
Il me faudra un jour tourner le dos à ce monde pour de nouvelles aventures dans un lieu où je l’espère il y aura des vignes et de la canne à sucre et pas de murs en parpaings bruts ! A cet égard, tout maire qui tolère dans sa commune un mur en parpaings bruts devrait être jugé pour crime contre la beauté !
En attendant, émerveillons nous, étonnons nous devant la beauté, la diversité et l’étrangeté du monde, tel ce pavement naturel, que l’on croirait posé par les hommes et qui n’est qu’une ancienne coulée de lave fragmentée lors de son refroidissement .
Marchons d’un cœur et d'un pas légers sur les chemins du monde, surtout après le pique-nique…..quand les bouteilles sont vides dans les sacs ! Les plus impertinents d'entre vous me diront sournoisement " Si le liquide n'est plus dans les bouteilles, il est bien quelque part et donc il pèse encore...". C'est oublier que par un mécanisme similaire à celui des puits artésiens, le vin bu transporte !
Autrefois pour se consoler de la dureté du monde les hommes se sont inventés des dieux qui leur promettaient le paradis. Les hommes d’aujourd’hui, sceptiques sur l’existence d’un « au delà » aimeraient trouver le paradis sur terre. Moi je sais où il est ! Il est au bout de mes chaussures de randonnée !
Souvent au hasard des chemins, nous assistons à des scènes étonnantes, telle cette assemblée de vieux ceps qui se sont réunis pour écouter les histoires du temps passé contées par un vieil olivier. Ne comprenant pas le langage des arbres, nous ne nous sommes pas attardés. Mais c’est décidé je vais m’acheter une méthode « Assimil » sur la langue arboricole !
Nous voilà de nouveau en vue du village du Puech. Notre balade est terminée et j’espère que vous l’avez appréciée.
PS : je vous invite à suivre mon périple égyptien sur mon autre blog PIQUESEL
Texte & Photos Ulysse
09:28 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (42) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : puech, olmet, ruffes, lodévois
27.04.2012
Partons « aux matines » pour le Peyre Martine !
Me revoilà, comme promis, pour une nouvelle rando organisée par Gibus et mon papy. Vous savez que j’adore ça et que je ne laisserais ma place pour rien au monde, même pas pour une montagne de « carambars ». Le seul problème est qu’il faut se lever « aux matines », si l’on veut pouvoir arriver sur les sommets à temps pour le pique-nique.
Ce matin nous avons comme objectif le Peyre Martine qui culmine à 781 mètres, soit 600 mètres de dénivelé à avaler, ce qui n’est pas, si je puis dire, la mer à boire – combien pittoresque est la langue française - mais bon, il ne faut pas, pour autant, que l’on traîne en chemin.
Au départ nous empruntons une antique et magnifique « draille caladée » qui, selon les explications données par les anciens du groupe – qui seuls peuvent savoir ces choses d’un si lointain passé - étaient empruntées lors de la transhumance des moutons. Les bergers passaient alors l’été au sommet des montagnes dans des abris de pierre sans confort. Je n’envie certes pas leur sort mais au moins personne n’était sur leur dos pour qu’ils fassent leur lit, qu’ils se lavent les dents ou qu’ils rangent leurs affaires !
Comme à l’habitude, Léo et moi sommes en tête, mais il est vrai que je ne porte pas de sac et que celui de mon frère est plutôt décoratif. Bon, je crois que j’ai loupé une bonne occasion de me taire et que je risque de me faire rabrouer, car Léo est à un âge où les garçons deviennent extrêmement susceptibles. Mais nous les filles on en rigole et on aime bien « mettre en boite » nos alter ego masculins qui tombent souvent dans le panneau ! Pour dire vrai, j’ai mis du temps à comprendre ces expressions assez bizarres car je ne voyais pas très bien comment on pouvait mettre quelqu’un dans une boite ou tomber dans un panneau ! Je pense que ceux qui ont créé la langue française devaient de temps en temps abuser de nectars chers à mon papy !
Je trouve sur le bord du chemin une pierre qui a la forme d’une tête de molosse et mon papy m’affirme que c’est une tête de chien de berger fossilisé. Je ne suis pas dupe mais je fais semblant d’y croire car je me rends bien compte qu’il a du mal à se faire à l’idée que je ne suis plus en maternelle. Je crois qu’il appréhende le jour pas si lointain où je grimperai plus vite que lui vers les sommet, car ça lui mettra un coup au moral !
Etant arrivés au sommet du Peyre Martine dans le temps imparti malgré un « rallongis » imprévu, dû à une erreur d’aiguillage de nos guides, qui se prétendent experts en la matière - mais on sait dans quel état les pseudo-experts ont mis le monde aujourd’hui – nous nous installons dans une bergerie où nous avons prévu de nous sustenter .
J’ai choisi délibérément ce verbe un peu précieux car il contient une idée de « soutien » approprié aux circonstances, vu que j’ai les jambes qui flageolent., alors que mon papy et Gibus courent à droite et à gauche pour faire une provision de bois pour le feu. Finalement, je me dis que ce n’est pas demain la veille que je grimperai plus vite qu’eux.
Il faut reconnaître que, bien que l’on soit dans le Midi, le feu que Gibus nous allume est vivement apprécié par notre assemblée. Ce n’est pas tant sa chaleur, vite dissipée par les courants d’air qui traversent la bergerie, que sa vue qui nous réconforte. Nous avons probablement gardé dans nos gènes l’émerveillement et le sentiment de sécurité qu’éprouvaient nos ancêtres qui ont découvert le feu. De fait, je me sens un peu comme l’arrière arrière petite fille d’Ika et de Naoh, héros de la « Guerre du feu », sauf qu’ils n’avaient pas de « Petits Lus » et de tablette de Toblerone dans leur sac à dos et j’avoue que ça, j’aurais du mal à m’en priver.
Bon je parle de mes « faiblesses » mais j’en connais d’autres qui n’auraient pas tellement apprécié de vivre parmi les Ulam (la tribu de Naoh) car ils leur auraient manqué le genre de flacon que vous apercevez à mes pieds. Vous savez de qui je veux parler !
Le temps n’étant guère propice à une sieste, Léo et moi faisons pression sur les anciens pour lever le camp, le dernier carré de chocolat à peine avalé. Il faut dire que notre tour est venu d’assurer l’approvisionnement du feu et je dois avouer que ni mon frère ni moi n’avons de prédisposition à ce sujet. On veut bien « mettre la main à la pâte » mais uniquement quand il s’agit de pâte à tarte ….et qu’elle vient de sortir du four de mamy !
Le sentier du retour chemine sur un plateau sédimentaire érodé qui comporte de nombreuses dépressions où s’accumule l’eau de pluie. Ces petites « lavognes » naturelles sont une providence pour les animaux et oiseaux qui vivent en ces lieux. J’avoue que je n’ai pas résisté au plaisir d’aller y contempler mon reflet . Un brin narcissique je suis en effet, mais « nobody’s perfect » , comme disent les albionais !
Nous arrivons à un point de vue somptueux en dépit du temps un peu maussade qui confère au paysage une atmosphère mélancolique qui me sied. Il faut dire qu’un prénom comme le mien vous prédispose à être romantique.
On aperçoit au loin le Pic Saint Loup qui fait face à l’Hortus. Je précise pour ceux qui sont intéressés par la géologie qu’ils résultent du soulèvement d’un plateau sédimentaire lors de la surrection des Pyrénées, il y a environ quarante millions d’années. Vu que l’âge de mon papy me semble déjà une éternité, vous imaginez l’effet que ça me fait de savoir qu’il y a des choses qui sont infiniment plus vieilles que lui .
Nous nous engageons dans la magnifique draille qui redescend dans la vallée et qui, selon les « anciens » du groupe, a été tracée à flanc de falaise par des générations d’hommes qui ne mesuraient pas leur peine, car cela conditionnait leur survie. Après avoir vu ce travail titanesque, je sais que je rechignerai dorénavant moins à faire mes devoirs, car je me dis, finalement, que c’est un bonheur et un privilège de pouvoir apprendre l’imparfait du subjonctif et les équations algébriques. Ce que, je l’avoue, je trouvais jusqu’à présent un peu barbant !
Cette draille surplombe la sauvage vallée de la Buège, jolie rivière aux eaux cristallines bordée d’une végétation environnante qui confère au lieu un aspect de paradis perdu ! Mais peut être ferais je mieux de n’en pas parler, car vu le nombre de lecteurs de ce blog, il risque d’y avoir désormais affluence. Or moi qui vient de Paris, j’affectionne ces endroits calmes et sauvages.
Bon ceci dit, étant d’un naturel généreux je ne voudrais pas vous priver du bonheur de marcher dans des lieux aussi idylliques. Je me demande d’ailleurs si le secret du dynamisme de Gibus et de mon papy n’est pas de baigner en permanence au sein d’une telle beauté, qui, à mon avis, a l’effet des bains de lait d’ânesse sur les princesses des contes de fée. Au demeurant ça ne me déplairait pas de prendre aussi un bain de lait d’ânesse, mais encore faut-il en trouver !
Comme j’ai pris un peu d’avance j’en profite pour m’allonger sur Gaïa notre Terre-Mère. Car, oui vraiment nous sommes ses enfants, vu qu’au travers de tout ce que nous mangeons, notre corps est constitué d’éléments que les plantes , les fruits les animaux lui ont prélevés . C’est pourquoi nous lui devons le respect, mais combien aujourd’hui d’entre nous le savent !
Nous apercevons le village de Peiguairolles de Buèges perché sur un éperon rocheux. C’est l’un des rares villages du Languedoc qui ne soit pas défiguré par les murs de parpaings bruts. Je trouve navrant que dans un aussi beau pays les gens entourent ainsi leurs maisons de murs hideux qui défigurent les villages, sans que personne ne s’en émeuve. A croire que quand on vit au milieu de la beauté on finit par ne plus la voir !
Quelques éboulis de pierre obstruant le chemin, je les franchis d’une façon que mon papy et les autres membres du groupe sont loin de pouvoir imiter. Ca fait du bien psychologiquement d’avoir parfois l’avantage, moi qui suis la benjamine du groupe !
Mais après un tel effort j’ai besoin de me désaltérer. Au demeurant, je crois bien que c’est la première et la dernière fois que vous aurez l’occasion de voir une bouteille d’eau sur le blog de mon papy !
Hélas la balade se termine mais j’ai été très heureuse de la refaire en votre compagnie. Je vous donne rendez-vous aux prochaines vacances .
PS: je vous invite à lire mon nouveau reportage sur l'Egypte sur mon autre blog PIQUESEL
Texte Louna Photos Ulysse
15:08 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (35) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : peyre martine, draille, calade, peigairolles de buèges
21.04.2012
D'air frais, prenons un grand bol en allant à l'Estagnol !
Coucou ! Nous "revoilou", Léo et moi Louna de Lutèce (notez la particule chèrement payée !) blancs comme des endives de Knokke-le-Zoute, mais prêts à accompagner Phoebus, dieu du jour de la lumière, du soleil et de l’intelligence sur le chemin qui mène au hameau abandonné de l’Estagnol, niché au cœur des monts de Saint Guilhem–le-Désert.
Nous sommes accompagnés de nos ascendants – assez mal nommés, au demeurant, vu qu’ils traînent un peu dans les côtes – ainsi que de l’ami Gibus, ce qui est une garantie qu’on ne se retrouvera pas à minuit à faire du stop au bord d’une route, alors que mon papy continuera de nous dire « Mais je vous assure on n’est pas loin d’où on est garé, dans un quart d’heure nous sommes arrivés ! ».
Nous remontons la Combe du Bouis sur une piste pierreuse qui doit occuper le lit d’un ancien torrent à sec. Le terrain étant quasiment plat tout le monde suit sans encombre, à l’exception, pour une fois, de moi même, faiblesse que je me dois de vous avouer. De toute façon, je sais que mon papy n’aurait pu s’empêcher de vendre la mèche, la raison en étant assez pittoresque, pour ne pas dire « Lounesque ». C’est tout simplement que dans ma précipitation j’ai oublié de mettre mes chaussettes que je retrouve dans ma poche en cherchant un mouchoir ! Il faut dire que mes chaussures me paraissaient moins confortables qu’à l’accoutumée. Mais bon avec le prénom que l’on m’a donné, qu’on ne s’étonne pas si je contrarie parfois le bon sens ou la logique la plus élémentaire !
Nous nous engageons dans la combe sauvage de Galinière sur une vague sente qui louvoie au coeur d'une jungle méditerranéenne, dont le sol est en permanence labouré par les hardes de sangliers qui pullulent à cet endroit. Dûment « enchaussettée » je cours, je vole et je dois de temps en temps m’arrêter pour éviter de perdre de vue le groupe. Ce n’est pas tant que je crains de me retrouver seule mais plutôt que, ne portant le pique-nique, je n'envisage guère, de passer une journée sans manger ! !
Les choses se corsent bientôt avec la présence de quelques passages rocheux qu’il faut escalader. C’est dans ces moments là que je perçois l’un des rares avantages comparatifs dont jouit la jeunesse. On n’a pas besoin d’être poussé ou hissé à deux ou à trois pour franchir l’obstacle. Cela dit par charité filiale je ne nommerai personne !
Puis nous traversons la Réserve des Cévennes, une magnifique forêt de pins de Salzmann qui dispense une ombre rafraîchissante et où nous décidons de pique-niquer. Et là, de nouveau, après l’épisode des chaussettes, j’offre au groupe l’occasion de rire à mes dépends. Car au terme de nos agapes je déclare à la cantonade que j’ai mangé à « ma siété » ! J’ai du mal à comprendre ce qui les fait rire car c’est souvent que j’entends mon papy dire qu’il a mangé à « sa siété ». Que je sache les adjectifs possessifs s’accordent avec le sujet ! Explication faite, j’en conclus que la langue française est décidément bien compliquée !
Nous étant remis en route, nous contournons le Roc de la Vigne par son flanc Est. Du chemin l'on aperçoit l'immense "dent de requin" du Pic Saint Loup qui émerge à l'horizon, impressionnant vestige du socle sédimentaire laissé par la Méditerranée il y a cent millions d'années que le surgissement des Pyrénées, intervenu soixante millions d’années plus tard, a renversé à la verticale. Bon, vous vous doutez bien que je tiens ces infos de mon papy, mais j’ai le mérite d’avoir retenu la leçon. Comme quoi je n’ai pas toujours la tête dans les étoiles !
Au détour du chemin le hameau de l'Estagnol dévoile soudain ses magnifiques bâtisses de pierres. Etant une adepte d’Harry Potter et autres romans de sorcellerie je ne peux m’empêcher de prêter l'oreille espérant entendre l'écho des voix humaines qui ont autrefois résonné en ces lieux. Mais seul le buzzement des insectes et le pépiement des oiseaux se font entendre.
Je me dis qu’on a beau être au vingt et unième siècle où triomphent les nouvelles technologies, on n’a pas fait de progrès en matière d’architecture, bien au contraire, du moins si je compare à par rapport à l’endroit où je vis ! Je pense à celles et à ceux qui ont vécu ici et se sont installés le soir venu, après une dure journée de labeur, sur cette terrasse, que l’on aperçoit au dessus, pour s’y détendre. Peut être ont-ils rêvé de villes et de pays situés bien au delà de la ligne d'horizon. Ainsi est l'homme, qui rêve souvent de vivre ailleurs que là où le sort l'a fait naître (mais nous les femmes, on est aussi comma ça !) et qui s'en va découvrir le monde pour revenir en fin de compte, au bout de son âge, là où il est né. Car comme le dit mon papy, tout le monde croit que l’herbe est plus verte ailleurs sauf qu’on oublie que partout il faut l’arroser !
De fait, c’est à croire que notre corps a la mémoire et la nostalgie du sol dans lequel sont puisés les éléments qui l’ont constitué. C’est pour ça que mon papy a du mal à s’éloigner plus de quelques jours de la cave dans laquelle reposent ses flacons de nectar, répliques de ceux qui, comme pour Rabelais, son compatriote, ont rempli ses biberons.
Ces vieilles bâtisses tirent leur beauté du fait que leurs matériaux sont issus du sol qui les entoure et qu’elles prolongent en quelque sorte de façon structurée. Elles font corps avec lui et ceux qui y vivaient devaient éprouver en leur sein un sentiment charnel de lien avec Gaïa notre terre-mère.
Nous quittons l’Estagnol pour descendre dans la combe de Valbonne. Je me laisse entraîner par la pente et prends tellement d’avance que je perds de vue les autres membres du groupe. Je grimpe sur un perchoir à Tartarins – c’est le nom que leur donne mon papy qui m’explique qu’il s’agit de grosses volailles bruyantes et ventrues qui se regroupent ici à l’automne - pour voir si je les aperçois.
Le groupe m’ayant rejoint, nous poursuivons notre descente en direction de la Combe de Bouis que nous avons emprunté au départ. La piste est confortable et je m’abandonne en toute confiance à mes rêveries. Il faut dire qu’habituellement les pierres et les racines se font un malin plaisir à me faire perdre l’équilibre, ce qui est fort injuste car je n’ai aucune mauvaise intention à leur égard. Mais comme le dit mon papy ne cherche pas la justice et l’équité en ce monde car tu rentreras bredouille !
Soudain j’entends une voix qui me tire de ma rêverie et qui me dit en grec «Βοήθησέ με » ce qui veut dire "aide moi". Je regarde dans la direction d’où vient la voix et aperçois un cyclope égaré qui me déclare qu’il aimerait bien retourner dans les Cyclades .
Je lui indique qu’il lui suffit de suivre le chemin qui le mènera tout droit jusqu’aux rives de l’Héraut. De là il pourra descendre jusqu’au bord de la Méditerranée où il n’aura aucun problème pour trouver un bateau en partance pour la mer Egée.
Bon, j’espère que vous n’avez pas cru à cette histoire farfelue qui est du genre de celles que mon papy passe son temps à vous raconter et auxquelles j’ai droit pendant les vacances . Je pense que son penchant pour ces calembredaines est un effet secondaire du rosé ou du Ti’punch, ce qui n’est pas encore dans mes pratiques.
La piste passe en contrebas de rochers ruiniformes qui me rappellent les citadelles cathares de Quéribus et de Peyrépertuse que nous avons visitées en février dernier. Je me demande si dans le passé des soldats ne s’y sont pas laissés prendre et ne sont pas montés en faire l’assaut, pour découvrir après coup leur méprise. De même les adultes, d’aujourd’hui, pourtant réputés plus évolués, passent-ils des années à poursuivre des chimères telles qu’obtenir des ados que leurs chambres soient bien rangées !
Le site est vraiment grandiose et je me sens comme une fourmi, mais heureusement fourmi je ne suis pas, car je ne me verrais pas travailler sans cesse comme elles le font, sept jours sur sept, qu'il pleuve ou qu'il vente, car j’aime trop les vacances chez papy et mamy !
La rando se termine et je vous dis à la prochaine, à moins que les prévisions météo, pas fameuses pour les jours à venir ne nous privent de sortie ! Ciao, ciao !
PS: je vous invite à lire mon nouveau reportage sur l'Egypte sur mon autre blog PIQUESEL
Texte Louna/ulysse @ photos Ulysse
09:17 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (39) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : estagnol, tartarin, cathares, phoebus

