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14.09.2008
Périple pyrénéen, 1ère partie : La montée au refuge de Barroude (2380m)
Nous voilà à pied d'oeuvre, à la sortie du pittoresque village d'Aragnouet dans les Hautes Pyrénées, à
1350m d'altitude, prêts à rejoindre le refuge de Barroude niché à 2380m au pied du Pic de la Gela (2851m) au
bord de deux lacs du même nom que le refuge.
Au contraire de nos paysages urbains et péri-urbains soumis aujourd'hui à un perpétuel changement,
les paysages de haute montagne apparaissent dans l'espace d'une vie d'homme jouir de la permanence.
Certes la neige vient dès l'automne les recouvrir et les torrents sont plus impétueux le printemps venu,
mais ce ne sont que des modifications cosmétiques, leurs corps semblant sculptés pour l'éternité. Une seconde
de notre vie est pour elles un millénaire.
Mais au cours de ces millénaires, insidieusement, sournoisement, inlassablement, le gel, le soleil, l'eau,
le vent fendent, effritent, dépècent leurs masses minérales qui se délitent peu à peu en rochers qui deviennent
cailloux puis sable porté par les rivières jusqu'à la mer où il forme les plage de nos côtes.
Et donc, quand on se dore au soleil sur une plage de la Méditerranée, on repose sur des grains de
sable issus pour l'essentiel des Alpes et des Pyrénées. Même ceux qui ne sont pas adeptes de la marche en
montagne, peuvent ainsi en parcourir les anciens sommets sans se fatiguer !
Ceux qui n'ont pas ou qui n'ont plus le goût de la marche et de l'effort, sont effrayés par la haute
montagne. Ils la croient réservée aux alpinistes ou spécialistes qui, d'ailleurs, pensent-ils, finissent tous par y
mourir, influencés par les medias qui font largement écho aux drames qui s'y produisent,
Certes la haute montagne est un milieu difficile et sa fréquentation implique le respect. Il faut savoir
que pour chaque mille mètres grimpés on remonte de 1000km vers le nord.et qu'en conséquence le climat qui
règne à 2500M dans les Pyrénées est celui de la Norvège. Les chutes de neige ou les averses de grêle sont à
prévoir même en plein été !
Mais la bonne nouvelle est qu'avec un peu de courage et d'entraînement et doté d'un équipement
adéquat la haute montagne se laisse apprivoiser.
Je ne parle pas ici de certains sommets « d'opérette » fréquentés l'été par des hordes de touristes
acheminés par les télécabines et télésièges et qui foulent les sommets en espadrilles et en T-shirt. Les seules
montagnes qui comptent pour moi sont les montagnes vierges de toute prothèse métallique que l'on conquiert à
la force du mollet !
La vallée de la Gela que nous remontons est une ancienne vallée glaciaire et avant d'atteindre le
refuge nous franchissons d'anciennes moraines qui nous obligent à « tangoter » d'un pied sur l'autre, faisant
plus cruellement sentir le poids du sac.
A vrai dire, le sac est le point "névralgique" de la randonnée en haute montagne. Si vous envisagez de
partir pour un circuit de plusieurs jours, il faut n'emporter que le strict nécessaire, si vous ne voulez pas être
chargé comme trois baudets, à moins que vous n'ayez la constitution d'un yéti ou la résistance d'un sherpa du
Tibet qui grimpent jusqu'au camp de base de l'Everest en tongs avec 30kg sur le dos !
Des petites astuces comme couper une partie du manche de sa brosse à dent, prendre un tube de
dentifrice à moitié plein et une demi savonnette vous font gagner quelques précieux grammes. Le PQ (simple
épaisseur) est toutefois un « must » ainsi que la lampe éléctrique avec dynamo incorporée (l'exctinction des feux
se fait à 10h dans les refuges).
N'oubliez pas non plus les boules Kiès, sauf si vous vivez près d'une autoroute ou d'une gare de triage
et que vous êtes habitués aux vibrations et vrombissements des TGV et des convois de 30 tonnes, car souvent
l'appendice nasal du randonneur se transforme la nuit en trombonne à coulisse mal lubrifié.
Par contre, il vous faut renoncer à votre after shave, anti-rides, vernis à ongles et autres frivolités
d'homo ou de femmo sapiens urbanisé et accepter d'évoluer dans les odeurs naturelles dont le créateur, qui a
mon avis devait ce jour là être enrhumé, nous a dotées.
Nous arrivons en vue du grand lac de Barroude qui occupe le lit d'un ancien glacier et arbore des
chicots de pierres qui le fait ressembler à une baie d'Along en miniature. La température de l'eau et de l'air ne
sont pas toutefois en harmonie avec cette ressemblance.
Posé en léger surplomb de ce lac, on découvre soudain le refuge. Quand vous venez de grimper
1000m de dénivelé avec votre barda sur le dos, ce spectacle traverse votre corps meurtri d'ondes
euphorisantes et un chiffre s'inscrit en lettres givrées dans votre cerveau : 3328 ! Ce chiffre magique
correspond aux deux « 1664 » que vous allez pouvoir déguster affalés sur la terrasse du refuge. La première
pour vous désaltérer et le seconde pour le plaisir ( car on est sportif certes mais ascète Non !)
Un séjour en refuge est un peu un retour à l'age heureux des cavernes où dans un espace restreint
mais chaleureux on réapprend à cohabiter dans la plus intense proximité avec des congénères que l'on connaît
ni d'Eve ni d'Adam. On fait table et lit (vaste planche) communs et pour se laver on a le choix entre l'unique
lavabo ou le lac de montagne (la température de l'eau étant dans les deux cas la même).
Quant à satisfaire vos besoins fondamentaux d'être humain, il vous faut généralement faire la queue,
parfois dans le blizzard, les « commodités » (comme l'on dit) étant parfois (comme à Barroude) fort
malcommodément situées à l'extérieur.
Aussi, je conseille à ceux que leur métabolisme condamnent à se lever la nuit à s'entraîner au
préalable à monter et descendre dans l'obscurité des échelles de meunier et à subir des choc thermiques de
moins vingt degrés sur leurs parties intimes (on peut pour cela s'exposer chaque jour 5mn nu devant la porte
ouverte de son congélateur !)
Mais ces quelques impedimenta sont gommés par le bonheur de croiser des gens de chair et d'os aussi
« fous » que vous, avec lesquels on échange récits de randonnées et d'ascensions et des informations
précieuses sur les difficultés et attraits des itinéraires.
Je ne connais pas d'autre endroit où la parole entre inconnus se libère aussi facilement, où l'atavique
sentiment de solidarité qui devait exister entre les groupes de premiers hommes affrontant un monde hostile
renaît spontanément. On est à mille années lumières du monse virtuel qui envahit peu à peu les vallées ou les
gens ne se parlent plus que par mobiles et courriels interposés.
Il faut donc saluer ces aventuriers des temps modernes que sont les gardiens de refuge, ces
« phares » de la haute montagne, qui passent quatre ou cinq mois de l'année à vivre dans des conditions
spartiates (parfois avec conjoint et enfant) pour nous accueillir et nous permettre de jouir des bonheurs qu'offre
la randonnée en haute montagne.
Ce sont pour moi des saints laiques qui contribuent au bonheur et à l'épanouissement de l'humanité
en nous permettant l'accès au ciel sur la terre. Sans eux, nous ne pourrions pas contempler ces aubes qui
ensanglantent les parois rocheuses, ces mers de nuages qui envahissent les vallées, ces glaciers et névés
(condamnés à disparaître hélas) qui baguent d'argent les sommets, ces pics qui défient le ciel et piquent les
fesses des anges et les font pleurer;
A suivre.....
Texte & Photos Ulysse
10:55 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Pyrénées, refuge de Barroude, pic de la géla

Trackbacks
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Commentaires
Bonjour Ulysse,
Un petit paradis pour les marcheurs ! Quel cadre bien merveilleux !
Amitiés et bon dimanche,
Christian
Ecrit par : christian | 14.09.2008
A suivre, oui, avec plaisir ... Tu nous as une fois de plus transportés dans un monde presque irréel tant il est loin de notre quotidien. Tu nous fais prendre conscience une nouvelle fois que si les petits bonheurs se cachent un peu partout et parfois là où on ne les attendait pas, les grands bonheurs se méritent ... Il faut savoir pour celà se débarasser de notre carapace d'homo urbanus. Tes photos sont magiques et donnent envie d'oublier notre confort quotidien pour avoir la chance d'assister à un tel spectacle ... Tes mots si vrais, enveloppés d'humour,sont toujours aussi plaisants à lire ... Tu as trouvé la recette, ne change rien ! Beau dimanche à toi Ulysse
Ecrit par : Bandolera | 14.09.2008
Je crois que c'est par le regard que l'on porte à nos régions que l'on leur rend le meilleur service.
Je reviendrais. Amicalement, nicolas
Ecrit par : nicolas | 14.09.2008
Une bien belle virée, plus sportive que celle de l'ascension du Saint-Guiral, mais si exaltante et tant pleine de découvertes. J'apprécie les bleuté des images: superbes! Là aussi, le silence et l'air qui saôule.
Ecrit par : pierre | 14.09.2008
merci pour ce merveilleux voyage sur une region qu je ne connais pas du tout
Et grâce a toi j'en profite pleinement
je viendrais donc lire la suite bien sur
bonne journée
bises
Ecrit par : canelle56 | 14.09.2008
la récompense était largement à hauteur de vos efforts !
un régal que celui de vous accompagner là-haut, en plus sans ronflements...
tes photos sont très belles(à partir de celle du lac en particulier)
Ecrit par : colette | 14.09.2008
Bonjour, Ulysse !
Quel plaisir de retrouver, grâce à toi, mes belles Hautes Pyrénées natales, et ses montagnes encore préservées ! Merci pour ton petit commentaire chez moi, je ne pensais pas pouvoir être un exemple de courage et d'humour, mais si tu le dis, il va falloir que je fasse refaire mes portes et fenêtres en forme de sablier parce que ma tête et mes chevilles vont enfler, à ce rythme!!! Merci pour ces belles promenades et photos sublimes qui rendent tellement justice à nos montagnes chéries qui sont, aiinsi que chacun sait, le tombeau de la Nymphe Pyrène qu'aima Hercule et qui mourut de chagrin quand il partit pour faire ses Travaux... Elle l'attendit, l'attendit, mais il ne revint jamais sinon trop tard, et, du coup, il lui fit le plus somptueux des tombeaux avec des rochers énormes qui portent encore son nom, les Pyrénées !
A bientôt !
Tinky ;-)
Ecrit par : Tinky | 14.09.2008
encore merci Ulysse, je ne rajouterai rien aux commentaires précédents mais quel bonheur ton récit et tes photos
Ecrit par : ginette | 14.09.2008
Ah! Ulysse, la solide et odorante promiscuité des nuits sur les bas flancs rugueux des refuges! Mais aussi, comme tu le dis si bien, la complicité naturelle entre homo et femmo montanicus!
A diable.
Ecrit par : Victor | 14.09.2008
Bravo Claude!...tout simplement BEAU!...
Merci à toi...cordialement ALAIN.
Ecrit par : bordeau alain | 14.09.2008
Cher Ulysse, j'ai tenté de répondre sur votre mail perso, mais à chaque fois, ça me revient avec "Mail delivery error, user unknown".
A mon avis, vous devriez expurger votre boîte aux lettres, ça arrive quand elle sature, ou me mettre dans votre liste verte d'antispam !!!
Amicalement, Tinky :-)
Ecrit par : Tinky | 14.09.2008
un article très complet - certaines photos extra ordinaires, les textes ... pas mal du tout .. bien vu ... je trouve la marche euphorisante ... heureusement que mon frère vient un peu en vacances avec nous et ainsi j'ai droit à une ou deux randos (de quelques heures) car mon mari .. souvent craint de se perdre (là c'était dans la forêt .. bien sûr la carte était pas au point... et il menaçait de rebrousser chemin ... ouf le lac est apparu dans une trouée..) ..
quand au virtuel ... ne casse pas trop de sucres dessus .. je rencontre des blogueurs sympa sur la toile et quelquefois en vrai (c'est pas mal aussi !!!)
un gros bisou pour te remercier de ces beaux articles artisanaux (ciselés à merveille)
Ecrit par : ANDREE | 14.09.2008
Quel plaisir de faire cette ascension en ta compagnie...des photos si belles, des textes empreints de poésie, d'amour, d'humour...merci Ulysse pour cet amour de la Nature !
Ecrit par : D'Ocean~ | 14.09.2008
Je joins ma voix au coeur des autres , belle chorégraphie visuelle et textuelle !
Ecrit par : Alice | 15.09.2008
Choeur , c'est mieux
Ecrit par : Alice | 15.09.2008
Ca alors, j'ai écrit un com tout à l'heure et je ne le trouve pas......
Il y a deux ans je suis passée par le refuge dont tu as posté la photo.
Pour répondre à ta question sur mon blog, hier mon fils qui vient de déménager, est venu apporter son serveur chez moi et le blog a été inaccessible pendant quelques heures.
Ecrit par : Marie | 15.09.2008
comme toujours , c'est un vrai bonheur ! merci pour la balade.
3328 = deux bieres 1664! là fallait le trouver ! bien vu Ulysse
bonne soirée
bye
Ecrit par : norbert | 15.09.2008
Bonjour Ulysse,
quel bonheur de te lire, toujours autant d'humour, tu nous fais partager ton amour de la montagne, et tu nous donnes de précieux conseils (sourire)
les photos sont superbes!
Je mets ce matin le compte-rendu de dimanche.
je te souhaite, bien amicalement, une bonne suite à ta semaine
Ecrit par : laurent | 16.09.2008
j'aime: "les paysages de la haute montagne semblent jouir de la permanence"
Ecrit par : saadou | 16.09.2008
Tu crois pas que la "16" va gacher ce périple, j'tai déjà dit , elle est pas bonne....
bises et merci pour ce voyage...
Ecrit par : azazel | 16.09.2008
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