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24.09.2008

Périple Pyrénéen 4ème partie : La montée au Balcon de Pineta (2500 m)

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Quand on passe quelques jours dans un refuge d'altitude où l'on éteint généralement les « feux » à 22

heures, on redécouvre avec étonnement et ravissement l'intensité de la nuit. De fait, dans la plaine, les villes

avec leurs lumières qui jaillissent des fenêtres, des lampadaires et des zones commerciales nous volent nos

nuits.



En montagne, on la retrouve telle que la connaissait nos ancêtres, qui n'avaient que des bougies et des

lampes à huile pour s'éclairer. Elle apparaît alors de prime abord comme un gouffre prêt à nous avaler et l'on

craint de s'y dissoudre, comme y disparait le monde environnant perçu dans la journée.



Puis, si l'on surmonte cette peur instinctive venue du fond des ages, à une époque ou de multiples

prédateurs guettaient l'homme la nuit, sa magie opère. Peu à peu les yeux s'accoutument à l'obscurité et

perçoivent, comme l'a magnifiquement célébré Victor Hugo « cette auguste clarté qui tombe des étoiles ».



De fait, le ciel alors n'apparaît plus aussi vide, la Voie Lactée tissant sur la voute céleste une immense

écharpe de lumière. L'on se dit alors qu'il doit bien y avoir quelque part autour de l'une de ces myriades

d'étoiles une autre terre où des randonneurs scrutent le ciel nocturne avec la même interrogation.



Chaque nuit que je passe en montagne, je fais ainsi un signe de la main en direction des étoiles mais

je sais qu'il faudra quelques dizaines d'années lumières avant que quelqu'un ne puisse l'apercevoir et si jamais

il me répond je crains de n'être plus sur cette terre pour le voir.


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Après donc une nuit contemplative bercée par un concert de trombones à coulisse, nous voilà en

chemin pour le Balcon de Pineta qui donne accès au cirque du même nom dominé par le Mont Perdu ( 3355m)

où est niché le lac glaciaire de Marboré (2550m) soit environ 1300m de dénivelé.



Après être passé devant l'impétueux torrent de la Cinca, nous nous engageons sur un chemin qui se

dirige vers un gigantesque amphithéatre minéral strié par la formidable chute qui alimente le torrent.


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Les nombreuses autres chutes qui dévalent les pentes de cet amphithéatre sont alimentées par le

glacier qui enrobe (pour combien de décennies encore ?) les contreforts du Mont Perdu


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Nous grimpons l'une après l'autre sans sourciller les barres rocheuses qui ponctuent le parcours.

Quand on s'est ainsi désintoxiqué de la pédale d'accélérateur, des boutons d'ascenseur et du confort des

canapés et que l'on a réappris à mettre un pied devant l'autre, on est surpris du chemin que l'on peut parcourir.

On n'est pas étonné que l'homme, sorti il y a fort longtemps de son berceau africain, ait en l'espace de

quelques millions d'années conquis pédibus jambus les cinq continents.


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Ainsi ce col ou cette cîme qui apparaissait inaccessible se rapproche peu à peu et puis soudain, surpris,

heureux, nos semelelles en grattent familièrement le dos !


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Les nuages nous accompagnent dans notre montée semant quelque inquiétude dans nos esprits car

nous savons que le Mont Perdu tire son nom du fait qu'on le voit quasiment jamais, courtisé qu'il il est par les

nuées célestes que son formidable glacier alimente.


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Mais le somptueux spectacle d'un vol de vautours fauves nous fait oublier notre inquiétude. Ces

seigneurs du ciel se jouent des vents les plus violents, les domestiquent, les exploitent et dessinent de vastes

arabesques dans le ciel qui les font disparaître puis revenir vers vous en un éclair. Ceux là sont à l'abri des

crétins des plaines qui armés d'un fusil en substitut à leur virilité défaillante tirent sur les buses, les milans, les

faucons,les aigles dont ils ne supportent pas la beauté et la grâce qui met en évidence leur médiocrité de

cafard.



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Mon propos est probablement excessif car je veux croire qu'il y a des chasseurs respectueux des

espèces protégées et qui n'ont pas un tempérament de" viandard", mais il est inspiré par la colère, un aigle de

Bonelli, espèce rare et protégée, ayant été secouru dans ma région lors de la dernière saison de chasse après

avoir été criblé de plombs


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Le chemin devient de plus en plus pentu et surplombe des abîmes. Mais quelle jouissance de vaincre la

pesanteur humaine, celle qui toujours vous pousse vers la facilité et vous fait passer à coté de votre existence,

la seule dont nous disposions et que nous gâchons souvent par manque de volonté en accusant trop souvent le

sort contraire.



Au contraire des (défuntes ?) piles Wonder notre énergie ne s'use que si l'on ne s'en sert pas ! Plus on

la sollicite plus elle se fortifie et se régénère ! Plus haut on porte son sac et moins on a besoin de Prozac.

Autre bénéfice, quand on marche, on s'instruit en botanique, en géologie, en géographie, en climatologie, en

histoire, en philosophie... Plutôt que de gaver nos chères têtes blondes (ou brunes ou rousses ) des tonnes

d'informations livresques qu'elles s'empressent d'oublier et qui sont au demeurant disponibles sur internet, on

ferait mieux de les faire randonner une journée par semaine. Ils s'instruiraient "positivement" tout en acquérant

le sens de l'effort, la ténacité, l'ouverture des sens, la solidarité, le respect de la terre dont ils dépendent.



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Nous longeons une falaise en file indienne, les premiers aspirant dans leur effort ceux qui suivent. Et

puis la dernière barrière rocheuse est enfin vaincue !


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Notre regard embrasse alors une partie de notre bonne vieille terre mille fois plus vaste et diverse

que celle qu'on aperçoit quand nous vaquons dans les plaines à nos occupations quotidiennes. Un sentiment

d'ivresse et de liberté nous envahit, nous volons d'une vallée, d'un sommet à l'autre. On est aigle ou vautour,

izard ou marmotte (selon son tempérament !), on ne fait qu'un avec l'univers qui nous entoure.



Mais soudain un rugissement nous sort de notre ravissement , nous nous retournons effrayés et

apercevons le vieux lion de Pineta, abandonné dit-on par Hannibal lors de son périple vers Rome, qui nous

avertit de l'arrivée de l'ennemi le plus redouté du randonneur : le brouillard ! Un poids nous tombe alors sur

les épaules aussi pesant que celui qui choit à la lecture de notre relevé d'imposition sur le revenu ! Parviendrons

nous à retrouver notre chemin ?



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A suivre.....si on ne s'est pas perdus ! .


PS: je vous rappelle que je suis absent une dizaine de jours et prendrait connaissance de vos

commentaires à mon retour. Merci à l'avance de votre passage sur ce blog.



Texte & Photos Ulysse

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Commentaires

merci !

Ecrit par : pierrot le zygo | 24.09.2008

Cette promenade est vertigineuse et splendide !
Faites gaffe au brouillard, les gars ! En montagne, il est soudain et imprévisible ! Le mieux est de rester sur place en attendant qu'il se lève, ça ne dure heureusement jamais longtemps !
Bon courage pour la suite du périple, c'est superbe !
A bientôt !
Tinky :-)

Ecrit par : Tinky | 24.09.2008

Il y a toujours des nuls chez les chasseurs ou non chasseurs non respectueux du monde animal

Ecrit par : lecracleur | 24.09.2008

quelle différence
je rentre de la capitale
pas les mêmes émotions..
oui il faut parler aux étoiles

Ecrit par : jeanne_01 | 25.09.2008

Tu as raison Ulysse, il faut viser haut :-))) Cette randonnée est vraiment impressionnante.

Ecrit par : marie | 26.09.2008

Le temps file vite et tu es de retour avec ces magnifiques photos ; il faut que dise à ma soeur de venir visiter ton blog, elle devrait aimer, elle l'amoureuse des montagnes ...
son mari est marcheur, mais voilà qu'il a un problème de ménisque, et leur ami avec qui il devait une rando en Italie a été opéré d'une hernie cet été..
rien à faire, à 50 ans, on commence à rouiller...
quand à ma gamine de fille de 20 ans avec ses mollets de malgache, de bonne terrienne, préfère le step, et les sports qui tuent ... et bouh pour la marche, préférant rester devant l'ordi...
il fait à peu près beau et je vais aller promener le chien... qui file à toute allure
merci pour ces montagnes et ce reportage de rêve

Ecrit par : ANDREE | 26.09.2008

Bonjour Ulysse,
De la vraie randonnée en montagne et de très bons souvenirs, je pense !
Amitiés et bon week-end,
Christian

Ecrit par : christian | 26.09.2008

Superbe reportage!Sous le ciel de Paris nous révons à nos futures randonnées en dégustant le vin du "Clos Montmartre " pour lequel nous assistions à la Fête des Vandanges le week end dernier!
Amitiés
ghis+jmi

Ecrit par : ghis+jean-mi | 16.10.2008

Bonjour Ghislaine et jean Michel je suis heureux que mon reportage vous ait plu .Le vin de Montmartre vaut il celui du refuge de Barroudes ou de Pineta ? Au plaisir de vous revoir !

Amitiés

Ecrit par : ulysse | 16.10.2008

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