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20.09.2008

Périple Pyrénéen 3ème partie : Le Port de Barroude

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Les montagnes ayant tricoté dans la nuit une belle couverture de nuages, nous nous fixons ce matin là

un objectif modeste : le Port de Barroude situé à 2534m qui constitue, d'après les

cartes, un magnifique balcon sur le versant espagnol et le sommet de La Munia culminant à 3134m.



Quand on parle de "port" en montagne, il s'agit bien sur d'un col permettant le passage entre deux

vallées, le terme venant sans doute du « portage » des marchandises que l'on effectuait autrefois à dos d'âne

ou d'homme, comme font les bateaux d'un port à l'autre.



Avant de partir, nous faisons nos ablutions dans le lac. Les lacs et torrents servent, en effet, souvent

de salle de bain au randonneur endurci qui, plutôt que de se laver à la petite cuillère dans un minuscule

lavabo, ne craint pas de se tremper en « habit natal » dans leur eau, certes cristalline, mais surtout glaciale du

fait qu'ils sont généralement alimentée par des glaciers ou des névés.



Si ce traitement est bénéfique pour les femmes, dont il raffermit la poitrine, les hommes n'en sortent

pas à leur avantage, car les « escargots », c'est bien connu, n'aiment pas le froid qui les fait remonter très haut

dans leur coquille!


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Sans doute que ce vieux montagnard, qui traîne depuis des siècles dans la montagne, et que nous

avons croisé dans notre ascension, a été témoin d'affrontements sanglants de contrebandiers se disputant sans

merci le contrôle du "Port" ou s'étripant avec les carabiniers. Mon ami Gibus nous a conté sur ce point

d'horribles histoires de contrebandiers suisses qui emprisonnaient les mains des douaniers entre les deux

parties fendues d'un arbre, qu'ils liaient ensuite pour les abandonner à une mort certaine, épouvantable

avertissement donné à leurs collègues. Comme quoi la montagne n'est pas toujours une source de sérénité,

comme je vous le contais l'autre jour. Mais je veux garder malgré tout mes illusions, car que vaudrait la vie

sans elles ?


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Heureusement, de nos jours, on rencontre en altitude des êtres plus débonnaires que des

contrebandiers, telles que ces marmottes, véritables guetteurs de la montagne. Quand elles mettent le nez

dehors pour aller se remplir la panse et s'enrober de graisse pour l'hiver, qu'elles passent à hiberner dans leur

terrier, il y en a toujours une qui fait le guêt pour signaler, par de brefs sifflements, l'arrivée d'un intrus

indésirable.



L'homme, bien sur, en fait partie, comme le vautour ou l'aigle qui peuvent aisément s'emparer des

jeunes qui batifolent dans l'herbe inconscients du danger. Si vous êtes discret vous pouvez néanmoins en

surprendre une prenant le soleil grasse comme un boudha, mais ne vous y trompez pas dès que l'alerte est

donnée ces grosses « mémères » se révèlent aussi agiles que les Izards pour rejoindre leur terrier.


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Nous voilà parvenus sur le « port » vaste plateau frontière entre la France et l'Espagne, ce qui nous

permet de reprendre notre souffle.



La concentration qu'implique la marche en montagne, tant par l'effort à fournir que par l'attention

qu'implique les pierres ou les difficultés du chemin, conduit à se réapproprier chaque instant; on est alors

intensément présent au monde et on se fait une idée plus précise de l'état de la machine que nous habitons.




On en vient alors à méditer sur son appêtit immodéré pour les desserts (en particulier au chocolat) et

les jus de raisin fermentés ! On prend alors des engagements que, bien sur, l'on ne tiendra pas, car grimper

donne soif et donne faim ! Mais heureusement l'entraînement permet, avec le temps, d'être montagnard sans

être ascête !


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Une fois n'est pas coutume, je vous révèle ma bobine, simplement pour vous rassurer et vous

montrer que malgré mes célébrations répétées de la "dive" bouteille je n'ai pas une tête de pochard. Et si je

suis accroché au poteau signalant le Port de Barroude (Puerto de barrosa en espagnol) c'est en raison du vent

et non pas d'avoir généreusement fêté notre arrivée à bon port !



C'est aussi un peu un pied de nez à tous ces hygiénistes et ces pisse-vinaigre qui voudraient nous faire

vivre comme des cloportes, sous prétexte de réduire les risques. Mais ils oublient que naître, c'est prendre un

risque mortel ! Avec fierté donc, je porte haut les couleurs de la France viticole (blanc, rosé, rouge) qui

réjouit nos coeurs et fait rentrer des devises (les ventes de vins à l'étranger rapportent autant que les airbus !
)


Notons pour finir sur le sujet que les autorités espagnoles plus intelligentes que les nôtres crétinisées

par soixante ans d'énarchie ont fait du vin un produit culturel !


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La vue sur le versant espagnol et le sommet de la Munia coiffé de nuages est impressionnante, mais le

temps se dégrade et nous préférons quitter " fissa" ce site enchanteur. Vous avez noté que tous ceux qui

tiennent des blogs de voyages reviennent toujours de sites magnifiques et enchanteurs, celà dit j'espère avoir

assez de crédit auprès de vous pour que vous me croyez sur parole: enchanté vraiment je fus !.


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De retour au refuge, nous plions bagage et redescendons vers la plaine en vue de rejoindre le refuge

de Pinetta sur le versant espagnol. Quand je dis "plions" c'est encore une formule tout faite, car quand on

randonne en montagne on "bouchonne" plutôt ses affaires dans son sac !
.

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Comme je l'ai dit la montagne est une école de discipline, d'endurance et de volonté et cette volonté

on la trouve présente dans le règne animal comme dans le règne végétal. Ainsi cet arbre parti seul à la

conquête des cîmes et qui s'accroche à la pente sera probablement suivi bientôt par d'autres, enhardis par son

exemple. J'espère également que mon reportage vous donnera également envie d'y grimper !


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Sous un aspect séducteur auquel d'ailleurs se laisse prendre ce sympathique bourdon, l'Aconit est sans

doute après l'Ours (dont je suis un ardent défenseur) l'être des Pyrénées le plus redoutable : 2 grammes de sa

racine suffisent en effet pour vous envoyer outre-tombe !


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Evitant tout contact avec cette dangereuse séductrice des alpages, nous poursuivons notre chemin

pour regagner le plancher des vaches, avant de poursuivre notre aventure dans les Pyrénées espagnoles


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A suivre....


PS: Je pars pour dix jours dans le Pays de Rabelais et de Ronsard, mais pendant mon absence je vais

programmer la suite de mon périple. Je répondrai à vos éventuels commentaires à mon retour. merci à

l'avance de vos visites.



Texte & Photos Ulysse

17.09.2008

Périple Pyrénéen 2ème partie : la Hourquette de Héas (2606m) et la Brêche de Gibus

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Dans un refuge on se lève généralement avant le soleil pour entreprendre l'ascension des sommets.

Le problème est qu'une fois que le gaillard est levé, il grimpe beaucoup plus vite que nous et en profite pour

nous brûler la couenne, sauf quand une horde de nuages installent dans le ciel leurs édredons ce qui l'incite à

aller se recoucher.



Au matin de notre deuxième jour, nous voilà donc sur le pied de guerre au moment où le soleil, sortant

à peine de son sommeil, contemple le téton aguicheur de la Géla, cette « sommette » dominant le refuge qui

en rougit de plaisir.



Mais à cette heure et à cette altitude, le soleil levant n'a guère d'influence sur la température et notre

guide Gibus, pourtant habitué à se baigner depuis sa plus tendre enfance dans les lacs glaciaires suisses, sort

ses" oreilles de lapin", ce qui est pour nous une pressante invitation à nous vêtir chaudement.


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Nous voilà en route avec pour objectif le Pic de La Géla (2851m) en passant par la hourquette (col)

de Chermantas (2439m) puis celle de Héas (2610m) soit un audacieux et long circuit avec un profil de

montagnes russes, mais il en faut plus pour nous impressionner.


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Sans doute que notre détermination et notre foi quant à notre capacité non pas à soulever, mais à

grimper les montagnes n'a pas laissé insensibles celles et ceux (ils sont nombreux si chaque religion dit vrai!)

qui, dans les nuées, président à nos destinées, car voilà que nous est offert l'un des grands bonheurs de la

haute montagne : croiser une harde d'izards !



Quand le vent est favorable et emporte loin d'eux nos bruits et nos odeurs, on peut jouir alors du

fabuleux spectacle de voir les jeunes gambader à travers les pentes (les vieux, comme chez les humains,

ne pensent quà se nourrir) comme s'ils n'étaient pas soumis à la loi de la pesanteur. Mais dès qu'ils

nous repèrent, ils se figent comme des pierres croyant sans doute échapper à nos regards, puis s'éloignent

pour maintenir une distance de sécurité correspondant dans la mémoire de l'espèce, autrefois chassée, à la

portée d'un fusil.


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Il règne dans les montagnes, lorsque le temps est clément, une atmosphère de sérénité. C'est sans

doute que l'aspect grandiose des sites ratatine notre égo à la dimension d'un caillou du chemin et nous incite à

vivre en bonne entente avec notre prochain. Parfait exemple de cette sérénité, ce matin là, un rayon de soleil

perçant les nuages éclairait deux moutons, l'un noir l'autre blanc, broutant côte à côte en totale harmonie. Cette

scène m'a fait penser à la magnifique chanson interprétée en duo par Paul Mc Cartney et Stevie Wonder

« Ebony & Ivory » Faut il donc inciter tous les terriens à venir vivre à la montagne pour que la paix règne enfin

surnotre planète ?


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Nous franchissons bientôt la Hourquette de Chermantas et surprenons ce vieux coquet de Pic

Campbieil (3173m) qui se mire dans une flaque, inquiet sans doute de vérifier que sa prestance est toujours de

nature à impressionner sa voisine d'en face La Géla.


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Puis nous dirigeant vers la Hourquette de Héas, nous apercevons sur les flancs d'un massif, le

minuscule fil blanc d'un troupeau de moutons sur un chemin traversant les éboulis.



Ces chemins posés comme des fils d'Ariane sur les flancs des montagnes sont souvent séculaires. La

plupart ont été tracés pour permettre les échanges entre vallées à l'époque ou l'homme n'avait comme moyen

de transport que le cheval, l'âne et ses souliers et aussi pour les besoins de la transhumance du bétail vers les

alpages à la période estivale. Ces chemins là épousent au mieux les avatars du terrain pour ménager coeurs et

jambes.



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Et puis il y a les chemins qui partent à la conquête des cîmes souvent tirés au cordeau, quasi

perpendiculaires aux courbes de niveau. Ceux-là vous obligent à courber l'échine, le poids du corps porté vers

l'avant pour ne pas être entraîné en arrière par le poids du sac, le regard rivé sur le bout de vos chaussures.




Le souffle se fait vite court, le coeur s'emballe et chaque pas implique un effort de volonté. Quand on est proche

du point de rupture une voix en vous s'élève qui vous dit « oh! L'animal ça te sert à quoi de monter ? Tu vas

faire quoi la haut », mais le fou qui vous habite (chacun a son fou mais souvent on l'ignore) répond « dans cet

univers de marchandises où les plaisirs se vendent au supermarché, je suis un conquérant de l'inutile, je vais

chercher la beauté indicible des cîmes que nul ne peut acheter. ». Et toc! que voulez vous repondre à un si

beau discours, sinon grimper !


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C'est ce que nous avons fait pour atteindre la Hourquette de Héas, tirant la « bête » à hue et à dia

pour arriver au sommet.



Quel bonheur alors de contempler de la haut la succession des vallées et des cîmes et de respirer le

grand air pendant que là bas, au loin, dans la vallée, nos malheureux congénères, transformés en fourmis,

gisent ou rampent dans leurs boites métalliques et leurs cubes de béton avec pour seul horizon le tableau de

bord de leur bagnole qui leur rappelle qu'il leur faut faire le plein d'essence (alors que nous la haut on fait le

plein des sens, nuance !) ou la bobine de leur chef ou pire encore celles des bonimenteurs de la téloche qui les

assomment de pseudo nouvelles qui seront vites remplacées le lendemain par d'autres nouvelles, seul ce qui

est nouveau étant dans notre civilisation occidentale digne d'intérêt . Mais les peuples qui n'ont pas de

mémoire sont condamnés à subir sans cesse les mêmes horreurs de leur histoire


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De la haut on comprend que les montagnes sont nos réserves d'eau. Les glaciers, les névés et les

montagnes elles mêmes qui sont d'énormes éponges, donnent vie à des milliers de sources, de filets d'eau qui

deviennent ruisseaux, torrents, parfois ponctués de chutes et de lacs, qui tracent des fils argentés sur leurs

flancs ou dessinent au creux des vallées ou sur les haut plateaux des miroirs dans lesquels se mirent les

sommets, les nuages et les étoiles.



Mais hélas d'ici 2050 d'après les experts, la totalité des glaciers des Pyrénées auront disparu à cause

du réchauffement climatique. Il en sera de même probablement dans les autres massifs comme la Cordillère des

Andes où de nombreuses villes dépendent d'eux pour leur alimentation en eau. Ainsi à chaque fois que l'on

appuie sur le « champignon » de nos bagnoles on contribue à l'accélération de la fonte des glaciers. Levons donc

le pied et réapprenons à marcher si l'on ne veut pas qu'un jour la terre ne soit plus qu'un vaste désert comme

la planète mars


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Notre cheminement au sommet de la Hourquette de Héas nous ayant pris plus de temps que prévu et

le temps étant incertain, nous décidons sagement, après avoir remis du charbon dans la machine et dignement

célébré notre ascension , de prendre le chemin du retour.



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Bien nous en pris, car nous devons faire face à mi-distance à un éboulis barrant le chemin. Ne se

laissant pas impressionner par cet évènement relativement fréquent en montagne, notre ami Gibus sort son

couteau suisse et, à l'exemple de notre vaillant ancêtre Roland de Roncevaux, taille une brêche dans les rochers

accumulés pour nous permettre le passage. De retour au refuge, nous communiquons l'exploit à lInstitut

Géographique National afin que désormais ce lieu soit indiqué sur les cartes sous le nom de Brêche de Gibus.



Nous célébrons cet évènement en dégustant un jus de houblon (un brin fermenté !) tout en

contemplant la nuit tomber en douceur et en silence (la nuit montagnarde a du savoir vivre) sur le lac


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A suivre.....

Texte & Photos Ulysse