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28/01/2009

Entre mer et lagune, voici Maguelonne....

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Au menu de ce jour, je vous propose une balade qui devrait ravir à la fois ceux (et celles) que la moindre grimpette

effaie et ceux (et celles) qui ont le gosier en pente, ce qui, dans un pays de vignobles comme le nôtre, risque de créer une

belle affluence...


Je vous invite, en effet à vous rendre à la cathédrale de Maguelone, qui émerge solitaire d'un écrin de cèdres, de pins

parasols, et de vignes sur un ancien ilôt volcanique rattaché aujourd'hui au cordon dunaire qui va de Palavas à

Frontignan (34)



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Je vous conseille d'y accéder en passant par le village de Villeneuve les Maguelone et le pont mobile menant

à une porte fortifiée construite au XIXème siècle en souvenir des fortifications qui protégeaient autrefois le site.

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Le chemin qui mène à la cathédrale fait le tour de l'ancien ilôt en longeant l'étang, de l'Arnel, vous donnant

le sentiment euphorisant de marcher sur les eaux ....Une pancarte y est plantée qui indique la direction de Rome;

on en verra la raison tout à l'heure....


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Les nuages heureux de trouver une eau aussi sereine rivalisent de coquetterie et s'arrêtent un instant pour s'y mirer.

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On arrive enfin au pied d'un formidable édifice mi-château fort mi-cathédrale dont l'histoire fort mouvementée

mérite d'être contée.


Ce site a vu passer en effet les romains, les étrusques puis les wisigoths qui y construisent une nécropole et enfin

les musulmans que Charles Martel chasse en 737 en dévastant les lieux, qui deviennent une base épisodique pour

les pirates qui mènent des raids sur le rivage.


De 1030 à 1060 l'évêque Arnaud édifie un pont pour relier l'ilôt à la terre ferme et y construit une première cathédrale,

dont il ne reste qu'une chapelle intégrée dans le flanc sud de l'actuelle édifice. En 1085, le seigneur du lieu, Pierre de

Melgueil en fait don au Pape grégoire VII qui la déclare « 2ème après celle de Rome et lui accorde le port des armes

pontificales, à savoir les clés de Saint Pierre.


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Ce lieu devient alors le refuge des papes lors des troubles affectant épisodiquement Rome.Il reçoit également

la visite de hautes personnalités de l'église, ce qui , conjugué aux produits des salines et de la pêche, assure sa prospérité.

S'agissant de la présence des papes je fais juste un aparté sur le fait qu'elle a assuré la célébrité de Palavas qui est à 3Km

de Maguelonne . C'était en effet le lieu des bains du Saint Siège; son nom vient de l'abréviation de la formule latine

Posterium Angelicum Lavas qui est de devenue P.A Lavas et qui veut dire lieu du lavage du postérieur des anges

les papes ayant à cette époque dans la hiérarchie catholique le même rang que les anges.


Une seconde cathédrale est construite au cours du XIIème siècle avec un cloître à deux étages, un logis pour l'évêque

et des bâtiments pour héberger les nombreux visiteurs. Mais compte tenu de son isolement et de sa richesse, ses

concepteurs lui donnent l'allure d'une forteresse protégée par des fortifications.



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L'évêché atteint son plein essor au XIVème siècle, époque à laquelle il héberge 60 chanoines qui sont réputés

pour leur hospitalité et leur générosité ( qualité rare chez les gens d'église à cette époque là). Mais le développement de

Montpellier avec ses marchés et ses universités conduit au transfert de l'évêché dans cette ville et le déclin de Maguelone.


Le coup de grâce lui est donné par Richelieu qui fait démanteler ses fortifications à la suite d'un affrontement à Villeneuve

entre les troupes de Louis XIII et celle de son frère le Duc d'Orléans, afin, selon les dires de ce triste sire, « que les

factieux ne puissent se prévaloir de cette place pour troubler l'ordre public ».


Aujourd'hui, l'ordre public n'est troublé que par les merles et les pies qui se chamaillent dans les arbres qui l'entourent

et isolent ce lieu du reste du monde. Il faut en remercer Frédéric Fabrèges qui a racheté le site en 1852 pour le restaurer

avant qu'il ne soit restitué au diocèse un siècle plus tard.


Le tympan du portail montre un Christ en majesté entouré d'un âne, d'un aigle, d'un lion et d'un boeuf, ce qui devrait

réconforter tous ceux (dont je fais partie) qui ont été traités de bougre d'âne dans leur vie, car être jugé digne d'une

telle compagnie est plutôt valorisant


I.JPGPour pénétrer dans la cathédrale, on passe entre Saint Paul (à gauche), auquel, si l'on est un mécréant

comme moi, il vaut mieux éviter de tourner le dos vu l'épée qu'il brandit et Saint Pierre (à droite) muni

des clés du paradis.





J.JPG Averti de la chose, j'avais pris avec moi de la pâte à modeler pour prendre l'empreinte

de clés, comme cela si jamais, le jour de mon trépas venu, Saint Pierre me refuse le gîte et

le couvert, je pourrai me faufiler en douce pendant qu'il fera la sieste (d'après un ange de mes amis,

il pique un petit roupillon tous les après midi en 14H et 15h). Si vous souhaitez faire de même,

pensez à demander à quelqu'un de votre entourage de masquer la vue de Saint Paul pendant que vous

procédez au moulage,si vous ne voulez pas prendre un coup d'épée dans le dos ! (qu'est ce que l'on dit à Ulysse ?)

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La voûte sobre de la nef de style roman s'élève à près de 20 m de haut. La tribune des chanoines y est

suspendue à mi-hauteur ce qui leur permettait à bon compte de toujours dominer la situation !



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Ce lieu majestueux et austère qui invite à la méditation comporte toutefois un élément de douceur prenant la

forme d'une statue de Marie...Mais le jour où j'ai visité Maguelonne, Marie avait un regard effaré comme si elle

apercevait le diable en personne. Je crus tout d'abord que ce regard m'était personnellement destiné. Certes me

suis je dit, j'ai déjà rompu la plupart de mes bonnes résolutions prises au début de l'année et me goinfre de chocolat

et consomme beaucoup de vin de messe sans aller à la messe, mais cela ne mérite quand même pas ce regard

courroucé !



Et puis, je constatai que malgré mon éloignement, elle ne changeait pas de regard et je compris alors en

voyant une souris trotter dans l'église quel était le motif de son effroi ! Je chassai derechef la souris et Marie retrouva

le sourire ! Mais sans doute que la souris sera bien vite revenue après mon départ !


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L'autre élément de douceur qui tempère l'austérité des lieux est la présence de vignes exploitées par un centre

de réinsertion de personnes adultes handicapées sous la supervision de l'école d'agronomie de Montpellier avec la

collaboration de l'Inra et qui produit de délicieux vins vendus sous le nom du Domaine du Chapître.


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M'étant longuement attardé à comparer leurs arômes respectifs, je n'avais pas vu le soleil décliner et au moment

de regagner la terre ferme j'eus la surprise de voir 1°) que le pont mobile ne l'était plus et 2°) qu'il était dans une position

où je devais jouer les canards pour rejoindre mon véhicule. Par chance, ou grâce sans doute à l'intervention de Marie que

j'avais sauvée de la souris, une barque m'attendait me permettant de faire la traversée.


Et c'est le moment, en nous laissant bercer par les eaux tranquilles de l'étang que je vous invite à découvrir la belle légende

de Maguelone et l'épître romantique qu'elle a inspiré à Clément Marot sur
ce site.

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Et pour finir ce pèlerinage en beauté,

Et vous remercier de m'avoir accompagné,

Abandonnons un instant les rames,

Laissons nous dériver sous les cieux qui s'enflamment ,

Et rêvons que nous sommes flamants roses,

Jouissant jusqu'au bout de nos ailes de la douceur des choses.


Texte & Photos Ulysse

18/01/2009

Léger le sac pour aller sur le plateau du Grézac !

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J'ai de grandes oreilles, dont certains malicieux ou malicieuses pourraient être tentés de dire qu'elles sont aussi

grandes que celles d'un âne, ce qui ne me vexerait point, tenant l'âne pour être l'une des créatures les plus paisibles de

la création, pour peu qu'on ne l'embête point.



Et, que le ciel en soit remercié, (je suis un brin flagorneur, vis à vis de là haut, on ne sait jamais !) leur acuité

n'a rien à envier à leur grandeur ! Ainsi au cours mes balades dans ces endroit sauvages où les vociférations du monde

ne se font pas entendre, prêtant l'oreille au vent, j'entends, certains et certaines d'entre vous chuchoter dans mon dos

et se plaindre !



Je capte ainsi des propos du genre « L'est bien gentil l'Ulysse de nous inviter à faire la grève des canapés et à

le suivre, mais il va dans des endroits pas possible où les chemins sont verglassés, enneigés, bordés de précipice et où

seuls les mouflons s'aventurent !  Qu'il nous propose des petits circuits sympa et on le suivra! »


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Mea culpa ! Vous avez raison chers lecteurs et lectrices, je fais amende honorable et reconnais que ces derniers

temps j'ai poussé le godillot un peu loin. Aussi, cette fois ci, je vous propose un circuit familial de 3 à 4 heures qui, de

surcroît, est un magnifique livre ouvert sur l'histoire et la culture de la région.



Mettez donc dans votre sac un copieux pique-nique et, selon votre degré de frilosité, une petite ou grosse laine,

chaussez vos pataugas et partons faire le tour du plateau de Grézac



Ce plateau, qui est dans le prolongement de l'austère et fastueux plateau de l'Escandorgue, domine

la vallée de la Soulondres, affluent de la Lergue qui traverse Lodève et dont les rives s'ornent, en contrebas

du Grézac, du joli village des Plans.


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Après une petite demi-heure de marche sur une bonne piste qui permet de dérouiller ses articulations

et dépoussiérer ses poumons, on découvre les monts qui bordent le lac Salagou, de gauche à droite sur la ligne

du fond : la montagne de Liausson et le chapeau chinois du mont Mars, sur le sommet duquel se nichent les

ruines de l' émouvant couvent de Ste Scholastique, où nous sommes déjà allés ensemble.


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Encore quelques efforts et le lac lui même se révèle, langue d'argent dans un univers où le bleu du ciel,

sans doute sous l'effet de la rosée, a déteint sur la terre


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Vous êtes un brin essoufflé ? Je vous rassure, c'en est fini de grimper ! Nous sommes sur le haut du plateau

colonisé par une immense sapinière, vaste armée pacifique qui lutte vaillamment contre la pollution de l'atmosphère.

On y trouve aussi, hélas, des plateformes de chasseurs qui leur permettent de massacrer plus facilement et sans

risque les animaux qui s'aventurent dans les parages.


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En contournant par le nord-est le Plateau, on découvre la vallée de la Lergue dont les pentes étaient autrefois

cultivées. De nombreuses et belles ruines émergent ici et là de la végétation, mémoire de vies humaines qui ont façonné

le paysage et puis sont retournées à la poussière d'où elles sont nées.


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On revient par le flanc sud du plateau protégé par une haute falaise et dont le climat favorable a facilité

l'implantation des hommes. Ainsi de vastes terrasses arrasées par l'homme et autrefois cultivées occupent tout

l'espace, striées de murs de pierres et ponctuées de mas aujourd'hui en ruine. Certaines capitelles se dressent

intactes qui témoignent de l'intelligence et du savoir faire des hommes de cette époque


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Certaines d'entre elles comprenaient une cuve pour y entreposer le raisin en attendant qu'il soit porté à

la cave de vinification.


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Les restes d'un opidum bâti en surplomb témoigne d'une occupation humaine depuis le néolithique. Mais la

culture intensive à commencé sous le règne de Louis XV grâce à l'influence du Cardinal de Fleury, précepteur puis

ministre du roi, né en 1653 à Lodève et dont la politique pacifique a permis à la France de connaître une longue

période de prospérité et de croissance démographique.



On trouve, un peu plus loin sur le parcours des panneaux pédagogiques fort bien faits, réalisés par les autorités

départementales et locales, sur la construction des murs, des terrasses, des capitelles, l'histoire des lieux et les plantes

que l'on y trouve. C'est une initiative qu'il faut saluer et qui mériterait d'être étendu à d'autres sites.


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J'invite les plus courageux à faire un détour et à suivre le chemin dénommé « secteur opidum - Le livre de

Lodève » qui mène à un site fortifié occupé depuis le néolitique, mais également à de surprenantes empreintes

de dinosaures. Ils ne regretteront pas leur bout de grimpette vers le pied de la falaise. Le parcours un peu rocheux

implique toutefois d'avoir la jambe légère !


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Parvenu à l'oppidum, des panneaux pédagogiques vous content l'histoire du lieu. On apprend ainsi qu'il y a

200 millions d'années il était occupé par une lagune peu profonde dont le fond était constitué de vase calcaire riche

en magnésium. Des dinosaures en la traversant ont laissé leurs empreintes dans la vase. Certaines sont restées en

l'état et d'autres se sont ensuite remplies de boue, formant ainsi des empreintes (en creux) et des contre-empreintes

(en relief) que la dolomie, qui s'est par la suite formée, a conservées puis révéleées sous l'effet de l'érosion.


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On voit ainsi sur un premier rocher des contre-empreints de Grallator Leiscuré à trois doigts, redoutable carnivore

haut de 2m et long de 5 m qui hantait les lieux il y a 200 millions d'années


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Un peu au dessus, sur une énorme pierre plate on découvre une empreinte d'une autre espèce non identifiée

dont la forme ronde laisse penser qu'il s'agissait d'un herbivore et qui devait servir de petit déjeuner au premier ..

(en tant qu'änidé, je préfère les céréales et vous ?)


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Le caractère sauvage de l'endroit couvert d'un bois dense vous fait quelque peut frémir et sursauter au moindre

craquement de branche ...des fois que ce cher Grallator traînerait encore dans les parages ! Il faut dire que depuis

Jurassic Park on n'est sûr de rien !


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Pas très fier, on s'empresse de regagner le chemin principal et de redescendre en « godillots libres » vers son char....


PS : Voir dans le fichier joint des précisions sur le circuit

Texte & Photos Ulysse

14/01/2009

Flocons sur les coteaux, bon vin dans les tonneaux !

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Il a neigé sur les coteaux de Pomerols (34) et certains ne manquent pas de se gausser des experts du G.I.E.C.

qui nous annoncent un réchauffement climatique ! Et pourtant ils ont tort ces ricaneurs, car cet évènement inattendu n'est

qu'un épiphénomène qui ne remet pas en cause la tendance au réchauffement du climat (ce qui n'est pas le cas

malheureusement des relations humaines!). Cet épisode glacial est du, en effet, aux écarts de conduite d'une belle sud

américaine, la Nina, petite soeur d'El Nino, qui échappe à son emprise une fois tous les 8 à 10 ans et s'en vient danser au

large des côtes du Pérou et de l'équateur. Sa danse refroidit quelque peu notre climat. Car la Nina, loin d'être une

allumeuse est au contraire, pour utiliser le langage trivial des cours de récréation (il n'y a plus d'enfants !) un vrai glaçon !

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Donc la Nina ayant dansé tout l'été, les méditerranéens se trouvent cet hiver bien dépourvus face à une vague

de froid de canard comme ils en ont rarement vu.


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Mais ce temps à ne pas mettre un méridional dehors (déjà que même par temps chaud il a une forte prédilection

pour le lit ou le hamac !) n'est pas pour autant une catastrophe pour tout le monde. Car si certains hibernent sous leur

couette en attendant des jours meilleurs, d'autres se frottent les mains, comme mon copain Barnabé Sarrazin viticulteur

des Costières de Pomerols, fameuse appellation du Languedoc, à ne pas confondre avec la piquette bordelaise

de Pomerol



Je l'ai croisé le matin où je suis allé faire les photos pour illustrer cette note; il dansait la gigue au milieu de

ses vignes en chantant à tue tête « Flocons sur les coteaux, bon vin dans les tonneaux ! » Ce qui fort heureusement ne

veut pas dire que les années sans neige donnent de mauvais vins. Ce serait en effet dramatique si on ne pouvait vider

de bons flacons que les seules années à flocons !


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Pour ma part je n'y survivrais pas et ferais comme ce vieil arbre mort de soif au milieu des vignes !

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Mais le froid et la neige sont particulièrement bénéfiques pour la vigne car ils tuent la vermine qui l'infeste

et nuit à sa prodigalité. Notez donc sur vos tablettes que, sauf s'il se mettait à pleuvoir lors des vendanges, le millésime

2009 devrait être un nectar et il est, à mon avis, prudent de prendre d'ores et déjà des options chez les bons vignerons

de la région (voir la liste de mes bonnes adresses dans la rubrique « délices »)


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J'entends déjà les buveurs d'eau coincés du goulot serrer les rangs pour monter au créneau et tenter pour

la énième fois de diaboliser le « sang du seigneur » (ils ne sont pas à une contradiction près) qui a pourtant forgé l'âme,

le paysage et la culture de notre région. Mais ils trouveront à qui parler. Nos gosiers feront de la résistance et

prendront le maquis s'il le faut (j'en connais de nombreux entourés de vignes !)


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Mais Barnabé n'est pas le seul que la neige enchante ! Elle fait également le bonheur des rapaces qui peuvent

ainsi plus facilement traquer leur proies, tel ce faucon crécerelle que j'ai surpris en train de faire sa danse du ventre pour

mieux séduire une belle campagnole qui passait par là !


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Enfin où trouver plus belle oeuvre d'art que la trace des pattes d'un oiseau dans une neige vierge. Ne dirait-on

pas un tableau de Matisse ? De là à penser que ce grand maître se serait inspiré des oiseaux: un vulgaire copieur

Matisse ? oh !


Texte & Photos Ulysse

09:19 Publié dans Divagations | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : neige, flocon, vin, tonneaux

09/01/2009

Le Caroux est en vue, mouflon y es tu ?

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Respectueux des traditions j'ai pris une certain nombre de résolutions pour 2009 et jusqu'à présent, foin de fausse

modestie, je suis assez fier de mon score ! J'avais en effet prévu de commencer l'année comme j'avais fini 2008, en allant

tenir compagnie à Neptune, ce que j'ai fait avec deux de mes compagnons « chemineurs » le 1er janvier au matin dans

une mer à 7°, bien moins que les divins breuvages bus la veille au soir !
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Un autre de mes objectifs était de photographier un (au moins !) mouflon (d'autres

préfèrent les starlettes, c'est une question d'age sans doute !) Un ange a du lire ma liste

par dessus mon épaule, car le 5 janvier sur les hauteurs du Caroux j'ai enfin pu apercevoir

cet animal mythique que je traque sans succès depuis des années! Mais laissez moi vous

conter cette dernière aventure !


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Ce jour là, la météo annonçant un temps froid mais ensoleillé pour la journée nous prenons la direction du hameau

de Fages sur les contreforts du Caroux où nous abandonnons notre cercueil à roulettes (il faut dire que rouler sur les routes

de l'Hérault, champion toutes catégories en 2008 des accidents de la route, équivaut certains jours à jouer à la roulette

russe !)



L'équipement hivernal de notre ami Gibus, qui, comme à l'accoutumée, ouvre la marche malgré le fagot de bois

qu'il porte sur son sac, est un bon indicateur de la température qui sévit alors en ces lieux malgré un soleil éclatant.

Tous nos sens sont aux aguets dans l'espoir d'apercevoir des mouflons qui peuplent le massif depuis leur réintroduction

à la fin des années cinquante à partir de sujets originaires de Corse.


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La pureté de l'air qui offre une vision à l'infini, nous permet de vérifier que la terre est toujours ronde, ce qui

malheureusement ne garantit pas pour autant au monde de tourner rond, tant certains bipèdes ont l'esprit tordu ! Malgré

la magnificence du paysage, nous sommes quelque peu frustrés, pas une seule corne de mouflon ne se montrant

à l'horizon !



Nous progressons d'un bon pas en direction du plateau, en foulant les os granitiques du Caroux qui émergent de la

maigre couche de terre arable où ne poussent que la bruyère et quelques arbres égarés que le vent se plait à torturer.

A défaut de mouflons, nous croisons des 4X 4 de chasseurs, pourtant interdits sur les sentiers du Caroux, et de temps à

autre l'écho d'une détonation vient troubler le silence qui règne en ces lieux.



Marianne est bien complaisante avec ces nemrods au petit pied qui hantent monts et vaux leur pétoire en

bandoulière ! Il est vrai qu'elle est née dans l'odeur de la poudre ! Et nos gouvernants actuels qui ont pourtant signé les

accords de Grenelle sur l'environnement ne sont pas à une contradiction ou a une lâcheté près vu qu'ils viennent de faire

adopter des mesures de simplification et d'élargissement du droit de chasse ! C'est sans doute parce qu'il court comme

un lièvre que Nicolas se laisse impressionner par les frénétiques de la gachette !



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Parvenus sur le plateau, nous découvrons, campé à l'horizon, le Canigou, roi des Catalans, emmitouflé dans

une écharpe de nuages qui lui confère une grande élégance. Mais toujours pas la queue d'un mouflon en vue !


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Pour rejoindre le refuge de Fontsalès, nous empruntons le chemin sur pilotis qui franchit la tourbière qui occupe

le centre du plateau où prolifère la drosera, appelée aussi« rosée du soleil » seule plante insectivore croissant sur le

pourtour méditerranéen. Ces pilotis et les panneaux pédagogiques qui les accompagnent sont en bien piteux état et

menacent de sombrer dans l'eau, mais en ces temps de vaches maigres, qui ira mettre un euro pour restaurer un

ouvrage emprunté par des traînes-godillots ?


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Parvenus au refuge, nous faisons un feu d'enfer pour nous régaler - entre autres mets qui n'ont rien à envier à

ceux du réveillon - d'un déliceux vin chaud et d'une galette des rois. J'hérite pour une fois de la fève et j'ai ainsi l'immense

bonheur d'être nommé, par les amis qui m 'accompagnent, roi du Caroux. Je mettrais mes cheveux à couper que c'est

un titre que ce cher Barak Obama, s'il connaissait la beauté des lieux, souhaiterait troquer contre son poste de Président

des Etats Unis.


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Nous nous rendons ensuite à la table d'orientation qui domine la vallée de l'Orb où je prends la mesure de

l'immensité de mon domaine, mais un coup de vent facétieux emporte ma couronne. Me voici roi déchu, mais j'accepte

ce sort sans amertume aucune, n'ayant aucune inclination pour la vie de fanfreluches que mènent les reines et rois

de ce monde.


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Puis nous nous dirigeons vers le flanc ouest du Caroux dominant les Gorges d'Héric et dont l'ossature

d'orthogneiss (mes connaissances géologiques en épateront sans doute certains mais, pour être honnête, elles

doivent beaucoup à internet) a été mis à nu par les intempéries et dresse des chaos rocheux ruiniformes au dessus

du vide. Nous scrutons des yeux les alentours, mais toujours pas la pointe d'une oreille de mouflon à l'horizon !


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J'invite les grelotteux et frissonneux qui passent leur hiver à ramper sous leur couette à affronter a moins une fois

dans leur vie les frimas hivernaux du Caroux pour en admirer la beauté des dagues de glace qui ornent son pourpoint

de pierre.


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Du sommet du Caroux, l'Hérault, que les nordistes prennent pour un département exclusivement balnéaire peuplé

de nudistes, révèle sa nature montueuse. Notez que j'aurais pu choisir l'adjectif montagneux, car certains dénivelés de

randonnée n'ont rien à envier aux balades pyrénéennes ou alpines, mais j'ai voulu éviter le reproche que l'on fait

généralement aux gens du sud ( quelquefois justifié) d'être tous des clones de Tartarin !


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Nous sommes encore émoustillés de la vision des mamelons bleutés des "collines" héraultaises, lorsque enfin

nous apercevons sur la crête devant nous un couple de mouflons qui, grâce au vent contraire, ne nous ont pas « senti »

arriver. Ils nous observent un instant avant de nous montrer leur derrière, manifestant ainsi tout le respect qu'ils ont

pour l'espèce humaine !


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Des Lutins malicieux ont dessiné dans la neige un visage grimaçant qui nous tire la langue ! Sans doute ne savent ils

pas que je suis un ami de Lutin Bleu ! Sans rancune, chers Lutins, le monde a besoin d'irrévérence et d'insolence à une

époque où l' Ordre des Ploutocrates du Rendement à Quinze pour Cent nous a mis dans l'ornière !


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Nous arrivons sur le ponti culminant du Caroux (1090m) et Gibus qui veut faire la pige aux Mouflons se perche sur

le cairn sommital. Sans en référer à Nicolas qui pourrait se "rembrunir" ...nous nous autorisons à lui attribuer le titre

d'homme le plus en vue de ce début d'année 2009 !


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Nous n'avons pas besoin de suivre son exemple pour admirer une dernière fois le majestueux Canigou que

le soleil qui décline commence à ourler d'un brouillard doré.


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Nous empruntons un sentier qui semble mener tout droit au ciel, mais ragaiilardis par cette journée sur

le Caroux nous décidons de rester encore quelques temps sur cette planète, aussi mal en point soit elle, et au dernier

moment nous basculons vers la vallée.


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Revenus près de notre charrette, une voix nous hèle ! Surpris nous nous retournons et découvrons avec

stupeur l'une des falaises du Caroux prendre la forme d'un visage humain et nous adresser ce message

« Merci de votre visite, amis des mouflons, revenez quand vous voudrez, vous serez toujours les bienvenus ! »

Emus aux larmes, nous lui faisons un signe de la main et nous lui promettons de revenir dès que possible.



Texte & Photos Ulysse