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18/06/2009

Au pays des sotchs et des dolines.....

Vous attendiez, sans doute, le récit de mon périple en Auvergne. Mais je vous demande un brin (ou deux, pour les plus généreux) de patience car ma plume a tendance a vite sécher avec ce soleil resplendissant dont nous jouissons dans le sud en ce moment (sincèrement désolés pour ceux qui n'y sont point). En attendant, voici le récit d'une balade faite avant ce périple.

 

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D'aucuns pourraient se dire que depuis le temps que je marche à travers le pays d'Oc, j'ai fait le tour de ses attraits et découvert toutes ses pépites. Que nenni ! Ce pays est une vraie mine d'or touristique (d'où le nom de mon blog) et réserve au marcheur un tant soit peu curieux, à chaque fois qu'il s'aventure sur ses chemins, des sites étranges et inattendus.

Ainsi l'autre jour traînant mes guêtres sur le Causse du Larzac du coté de Sorbs, je découvris pour mon plus grand bonheur le royaume des dolines et des sotchs.

Rien que l'énoncé de ces mots fait rêver et voyager en pensée en un pays que l'on imagine riche en contes et légendes.

Mais avant que je vous révèle la nature et la beauté de ces sotchs et dolines, laissez moi vous dire quelques mots de Sorbs, ce modeste mais surprenant village du Causse doté d'un imposant et magnifique château.

 


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La découverte de céramiques et de vestiges de construction dans le secteur atteste de la présence des romains dans l'antiquité. Mais Sorbs est mentionné pour la première fois en tant que « villa Sorbes» dans des archives du 8ème siècle. Dans celles de Ste Eulalie de Cernon, ancienne cité templière, on trouve mention de la présence de Templiers au mas de Vilaveilla (aujourd'hui Mas de Ville Vieille qui fait partie de Sorbs)) en 1247.


Mais une histoire étonnante nimbe le passé de ce village d'une aura de mystère. En effet, en 1858 des paysans découvrirent près de Tolède un trésor sans doute enfoui à l'épque de la prise de cette ville par les Arabes. Ce trésor comprenait notamment des couronnes en or dont l'une comporte cette étrange inscrition : « in dei nomine offeret Sonnica beate Marie in sorbaces » ce qui peut se traduire par « offert au nom de Dieu par Sonnica à Sainte Marie de Sorbaces »

 

Gérard de Sède, auteur, entre autres, d'ouvrages sur les templiers et le trésor de Rennes le Château a formulé l'hypothèse que la couronne de Sonnica, dont on trouve mention dans une charte de l'an 800 et qui aurait pu appartenir à un personnage wisigothique, a été consacrée à Sorbs dont le nom serait dérivé de Sorbaces.


Il avance à l'appui de sa thèse que les wisigoths, qui occupaient la Septimanie (dont faisait partie l'actuel Hérault) après la période romaine, en ont été chassés par les francs au VIIème siècle et se sont réfugiés en Espagne où ils auraient emporté ce trésor. Sans doute ne pourra-t-on jamais vérifié cette hypohèse, mais elle a le mérite de nous faire rêver.


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Mais Sorbs présente aussi des attraits beaucoup plus concrets tel cet imposant château qui aurait été édifié par les seigneurs de la Treilhe au XVIème siècle (les différentes sources ne sont pas concordantes sur ce point)

Découvrir un tel édifice doté d'un jardin à la « française » avec pelouses géométriques et bassin sur le Causse est une surprise. Cerise sur le gateau, (le pays d'Oc est vraiment un pays de cocagne !) ce château récemment restauré a été classé monument historique et devrait être prochainement ouvert au public.

 

 

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Non loin du château se trouve un étonnant calvaire sculpté sur les deux faces édifié en 1717 et couvert d'inscriptions que je serais bien en peine de vous traduire. Pour les croyants, c'est là un rappel de leur espérance en une vie éternelle, pour moi c'est une invitation à ne pas gaspiller mes jours. J'invite , au passage, ceux qui sont intéressés par les calvaires et les chemins de croix (moi je préfère les chemins de vignes) à aller baguenauder dans les « Jardins de la Fontaine » qui en affichent une belle collection.


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Derrière le château se tient un autre chef d'oeuvre architectural : une magnifique ferme caussenarde, pour le moment assoupie, mais que la montée annoncée des mers ramènera à la vie lorsque les résidents du littoral seront contraints de se réfugier sur le Causse. Si vous cherchez un bon investissement à long terme à faire, songez y !

 

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Au delà de la ferme caussenarde, la magie du Causse vous attend : voilà un étonnant pays où pendant des milliers d'années des générations d'hommes, après avoir défriché la forêt qui couvrait la région, ont « récolté » des myriades de pierres et en ont fait de grands tas, les « clapas » qui ornent le paysage comme autant de taupinières.

 

Ce travail titanesque était nécessaire pour leur permettre de cultiver le foin ou les céréales nécessaires à leur subsistance ainsi qu'à celle de leur troupeaux de chèvres et de moutons.

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Aujourd'hui les arbres recolonisent progressivement les lieux abandonnés par les troupeaux, les cotelettes d'agneau qui grillent sur nos barbecues venant par avion de nouvelle Zélande. Mais qui voudrait être berger en ces lieux magnifiques certes, mais sans boulangerie, ni superette, ou pire encore, sans caviste et qui connaissent l'été, l'enfer et, l'hiver, un froid polaire?

 

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Les quelques traces que l'on peut voir du passage de l'homme moderne en disent long sur son inculture profonde et son mépris du travail de ceux qui l'ont précédé. Laisser faire et gain maximum sont les deux mamelles polluées de notre société qui mourra comme le roi Midas  d'avoir tout voulu transformer en or. Nous avons d'ailleurs déjà hérité de ses oreilles d'âne !

 

Mais je sens que mes digressions oiseuses vous font perdre patience et que vous souhaitez que j'en vienne au vif du sujet : à ces mystérieux sotchs et dolines...

 

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Mieux qu'un discours voici un schéma posté sur le site à l'initiative du département (qu'il en soit félicité) qui illustre ce qu'est un sotch. Il s'agit d'une dépression circulaire particulièrement profonde en forme d'entonnoir. Sa formation résulte du comblement d'un aven (gouffre creusé par le ruissellement de la pluie à travers les roches calcaires qui constituent le causse) ou du soutirage des argiles colmatant le fonds d'une dépression.

 

 

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On trouve trois sotchs dans les environs de Sorbs dont les plus spectaculaire sont ceux de Robert (200m de diamètre et 30m de profondeur) et surtout de la Parade (200m de diamètre et 45m de profondeur)

 

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Quant aux dolines, ce sont des dépressions du même type mais de faible profondeur (quelques mètres) Le fonds des sotchs et des dolines qui sont tapissés d'argile plus fertile apportée par le ravinement étaient autrefois cultivés.

 

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Il faut parcourir ces vastes espaces seul pour entendre le murmure des pierres qui vous parlent d'un temps où la vie de l'homme était en prise directe avec les éléments et s'y était adaptée. Aujourd'hui nous sommes "désenvironnés" par l'appareillage technologique qui nous donne le sentiment fallacieux d'être puissants, alors que nous sommes de plus en plus fragiles et démunis.

 

 

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Relique des temps anciens où un climat tropical règnait dans la région, une panthère noire erre traquant les quelques lapins épargnés par les chasseurs. j'en profite pour adresser un clin d'oeil au blog  Bénis soient les félés car ils laissent passer la lumière qui nous révèle la réalité derrière l'apparence des choses...

 

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Seule note de douceur dans ce paysage austère et minéral, un gazé se délecte du nectar d'une vesce à épis. Je termine là  mon périple, en espérant que vous en sortirez heureux, empiérrés, avec au coeur la joie simple de savoir que vous vous endormirez plus instruits que vous ne vous étiez réveillés, sauf si bien sur vous étiez déjà un spécialiste des sotchs et des dolines !

Pour vous rendre en ce lieu munissez vous des cartes IGN Promenade 65 Béziers/Montpellier ainsi que des séries Bleue 2642 O et ET. Garez vous à Sorbs puis rendez vous à pied à Ville Vieille d'où part une piste forestière qui mène aux sotchs.


PS: je vous donne rendez vous la semaine prochaine pour le début du récit de mon périple en Auvergne


Texte & Photos Ulysse



ysse

04/06/2009

Il faisait un temps de salamandre (fin)

 

 

 

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Lorsque nous repartons, le brouillard est toujours présent, la chaleur de notre feu n'ayant pas

réussi à le dissiper. Un arbre griffe le ciel de ses branches pour tenter de déchirer la couverture

de nuages et libérer les rayons du soleil qu'il attend désespérément pour faire éclore sa

frondaison d'été. Sans feuillage aucun oiseau ne vient s'y réfugier et les longs mois de solitude

qu'il doit affronter l'hiver commencent à lui peser.

 

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Soudain au détour du chemin nous apercevons un Septimanien (ancêtre des Héraultais) perdu

dans ses rêves. Nous sommes à la fois ravis et surpris car ils sont supposés avoir disparus

depuis 8000ans. Mais dans les forêts denses qui couvrent une partie de la montagne de Rosis

et qui sont aujourd'hui désertées subsistent de nombreux êtres légendaires que seuls les

randonneurs aventureux (d'aucuns diraient un peu barjo) qui ne craignent ni le froid ni la pluie

ont des chances de rencontrer.


Nous laissons le Septimanien, qui n'a pas remarqué notre présence, à ses rêves sans doute

peuplés de plantureuses septimaniennes en tenue d'Eve et de civets de sangliers (les rêves

de l'héraultais d'aujourd'hui-dont je suis- ne sont guère différents)

 

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Un peu plus loin, une autre rencontre émouvante nous attend : une mouflonne et son petit broutent

l'herbe d'une clairière, bucolique spectacle qui attendrit nos coeurs endurcis . Grâce au brouillard

et à notre discrétion , ils ne nous ont pas décelés et poursuivent leur collation.

 

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Mais soudain notre odeur leur parvient (malgré Sanex qui soi disant assure une protection

24H sur 24 ! Ah la publicité mensongère!) et les voilà qui se sauvent, triste manifestation

de la terreur que l'homme inspire au règne animal.


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Nous approchons du portail de Roquendouire (curiosié géologique dont je vous ai maintes fois

parlé) sur lequel sont perchés des animaux fantasmagoriques qui profitent du brouillard pour

sortir de leurs caches dans lesquelles ils se terrent habituellement.

 

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Le brouillard est si dense que nous ne trouvons pas le chemin du retour et nous devons graisser

la patte et rafraîchir le gosier du vieux et grincheux gardien du Portail pour qu'il veuille bien

nous l'indiquer.

 

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En perdant de l'altitude, le brouillard s'estompe un peu et nous pressons le pas, la bruine qui

tombe commençant à nous transformer en éponges.

 

 

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Nous retrouvons le couvert des chataigneraies où nous longeons d'antiques séchoirs à chataignes

appelés « clèdes » Ce nom vient de l'occitan « cleda » qui désigne la claie ou plancher à claire

voie sur lequel on déposait les châtaignes fraîches pour les sécher au moyen d'un feu sans flamme

que l'on entretenait au rez de chaussée.


Quand les « blanchettes » (chataignes fraîches) étaient déshydratées on les débarassaient de

leurs peaux et elles étaient conservées pour préparer pendant l'hiver la soupe de châtaignes,

la « bajhana »

 

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Les chataigneraies de la montagne de Rosis ne sont plus exploitées et les Septimaniens, Ourgas,

Lutins, Elfes, et autres êtres légendaires se nourissent des châtaignes délaissées par les hommes.

Mais peut être qu'un jour les hommes y reviendront, quand, à force de pesticides herbicides et

autres saloperies vendues à prix d'or par les grands groupes chimiques, leurs champs seront

devenus stériles.

 

 

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Il nous reste un dernier ruisseau à franchir pour rejoindre nos canassons à vapeur. Si le temps

avait été plus clément, il est certain que nous y aurons fait trempette, seul usage de l'eau

que j'apprécie !


FIN


Texte et photos Ulysse

01/06/2009

Il faisait un temps de salamandre......(1ère partie)

 

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Dans le nord, quand il pleut, les gens disent qu'il fait un temps de cochon, mais dans le pays d'Oc, où

les cochons ne sont pas courants (du moins ceux du genre animal, car pour ceux du genre humain, c'est

différent !),  on dit qu'il fait un temps de salamandre. En effet, cet amphibien ne sort pour chasser

que la nuit venue ou les jours où il pleut .



Aussi l'autre matin, alors que la ligne des monts des hauts cantons affichait une mine sombre , nous

nous sommes dits, mon ami Gibus et moi, que nous irions traquer cet animal légendaire sur les pentes

de la montagne de Rosis.



Abandonnant notre carosse dans le village de Cours le Haut (au dessus de Compeyre) nous empruntons un

chemin remontant le ruisseau du Banissou. Les murs dressés par les anciens se sont par endroits effondrés

et les arbres séculaires s'accrochent désespérément au sol de leurs racines titanesques pour ne pas dévaler

la pente. Combien de temps tiendront ils encore ainsi ? Quand donc les hommes comprendront ils que leur

indifférence par rapport à la nature met en péril leur existence ? A quand l'institution d'un délit pour non a

ssistance à arbre en danger ?

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Le chemin croise le Banissou qui court joyeux et volubile à travers la forêt, heureux de ce printemps pluvieux.

Les arbres et plantes se gavent de son eau fraîche dans la perspective de la sécheresse de l'été à venir....

si jamais il vient !


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Les araignées quant à elles sont moins ravies de ce printemps humide qui transforment leurs toiles en

sapins de noël.

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Soudain, pour notre plus grand bonheur (Gibus et moi, vous l'aviez deviné, sommes de grands enfants) une

salamandre traverse notre chemin d'un pas de sénateur (c'est l'un des animaux les plus lents avec le paresseux....

les sénateurs ont quant à eux l'excuse de l'age....bien qu'ils trouvent le moyen de galoper quand il s'agit

d'aller à leur restaurant quatre étoiles).



Il est rare de voir cet animal, objet de tant de légendes. Au moyen age sa forme de mini dragon le faisait

redouter; on pensait qu'il pouvait traverser le feu sans se brûler et voire même l'éteindre. Cette croyance

vient sans doute du fait qu'il est recouvert d'une substance laiteuse qui le protège un moment de la chaleur

et surtout qui brûle les doigts si on la touche. Cette substance peut intoxiquer voire tuer les mammifères

qui voudraient en faire leur repas (voir l'excellent site fait par Gaëlle, Mickaël, Steve et Théo de l'école de

Voissant 38620 consacré à cet animal)

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Quittant un instant les sous bois nous grimpons à travers le brouillard jusqu'aux Tourelles (1012m) sommet de

la Montagne de Rosis. Par moments nous troublons la quiétude des mouflons qui paissent paisiblement sur

les bords de la piste et s'enfuient, ombres fantomatiques effrayées par l'odeur de l'homme, ce prédateur

impitoyable, le seul à jouir de la mort infligée aux autres espèces.

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Puis nous regagnons le sous bois pour dévaler vers le hameau de Caissenols. Profitant du brouillard, un hêtre

majestueux déploie ses branches vigoureuses pour caresser une belle hêtresse qui ne semble pas s'offusquer

de la manoeuvre de l'impudent.

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Le soleil en embuscade au dessus du brouillard diffuse une lumière laiteuse et humide qui se teinte de vert

en glissant sur le feuillage des arbres.

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La peur nous saisit de rouiller, voire de nous dissoudre et de disparaître dans cette athmosphère saturée d'eau,

et nous ingurgitons vite une gorgée de café brûlant arrosé de quelques gouttes "d'âme de la vigne", antirouille

efficace contre le brouillard et la pluie.

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Mais bientôt nous franchissons le pont traversant le Casselouvre, dont le lit encombré de pierres moussues

témoigne de son caractère tranquille. Les ruisseaux héraultais ne sont pas tous aussi placides.

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Les ruines du hameau de Caissenols émergent enfin du brouillard, promesse d'une halte auprès d'un bon

feu qui nous mettra définitivement à l'abri de la rouille ....

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A suivre.....

Texte et photos Ulysse