suivi de mon blog
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

28/09/2009

Périple en Andorre - 3ème partie : L’ascension de la Serrera 2.913 m

 

DSC06827.JPG

Nous voilà au matin du troisième jour de notre périple. Rappelons que, selon les écritures, c’est au matin du troisième jour que le Dieu des chrétiens créa la végétation dont Vitis Vinifera et rien que pour ça, on peut l’en féliciter. Au demeurant, vu son ancienneté, il doit avoir une de ces caves,  je ne vous dis pas ! Cela me fait saliver d’avance car je ne doute pas qu’il m’y invitera le moment venu, vu que j’ai toujours célébré les vignes du seigneur et le sang de son fils présumé (en l’absence de preuve ADN, mieux vaut être prudent).

 Mais revenons à l’objet de cette chronique qui est de vous conter par le menu notre ascension du jour qui a pour objectif le Pic de la Serrera,  qui domine de ses 2.913m le parc naturel du Val de Sorteny.

 Nous voilà donc partis dès potron-minet alors que les nuages s’étirent encore dans le fond des vallées, prêts à reprendre leur périple dans le ciel.  Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette expression de « potron-minet » (ce qui est tout à fait excusable ) précisons qu’elle veut dire « dès que l’on voit poindre le cul du chat ». La locution d’origine était « dès le poitron-jacquet » ce qui en ancien français signifiait « dès que l’on voit poindre le derrière de l’écureuil » (le poitron était le postérieur et le jacquet : l’écureuil)  Les  chats étant aujourd’hui plus fréquents que les écureuils (n’est ce pas Jean Mi !) la locution s’est donc modernisée.

 

 

DSC06818.JPG

 

Après avoir dépassé le refuge de Borda de Santeny nous progressons en remontant le torrent qui donne son nom au vallon. Le fond de l’air est encore un peu frais pour y chercher une « gouille » (vasque en haut savayarois) et y faire trempette mais nous nous promettons de le faire à la descente.

 

 

DSC06864.JPG

Puis les choses sérieuses commencent ! Nous abordons  une pente plus rude qui mène à la portella des Méners à 2724m (en montagne, on n’arrondit pas, car chaque mètre compte !)  Soudain le sac se fait un peu plus lourd, surtout pour celui qui porte la bouteille de « fortifiant », cette honorable responsabilité étant confiée à tour de rôle à chacun des mâles du groupe (avoir des mollets de yéti n’empêche pas la galanterie !)

 La montagne est une école de volonté, je l’ai déjà dit et quand on aborde des pentes à 30% celle-ci est mise à rude épreuve ! La montagne trempe le caractère (quand ce ne sont pas nos os !) et pour citer Bergson elle nous aide à faire en sorte que pour nous l’avenir ne soit pas ce qui va arriver mais ce que nous voulons en faire.

 

DSC06875.JPG

Et pour ce qui concerne notre avenir immédiat , il se résume à un mot : grimper !  Mettre un pied devant l’autre et recommencer !  la montagne nous ramène à l’aube de l’humanité quand les premiers homo sapiens-sapiens ont colonisé le monde pédibus jambus . La sueur qui perle sur votre front, les râles de votre souffle court, la sensation de brûlures dans les muscles trop sollicités , l’inquiétude devant des nuages qui se font menaçants , rien n’a vraiment changé depuis 30.000ans, si ce n’est que nos peaux de bêtes et nos chausses portent les nom de Salomon, Technica, Millet , Lafuma….et que l’on mange du jambon Beurka et pas de l’auroch fumé.

 

DSC06883.JPG

C’est cela le grand bonheur de la randonnée en montagne : débrancher sa vie de tous les appendices technologiques qui,  sous prétexte de la faciliter, vous prive de vous même en vous emmaillotant dans des mondes virtuels où l’on ne se sent plus vraiment exister.  Que sait on encore de la pluie,  du vent , des senteurs des pins et de l’herbe quand on voyage à l’abri de vitres fumées, l’oreille collée à son mobile et l’œil rivé sur son GPS ?

Nous continuons de progresser vers le Portella en tournant le dos au Pic de l’Estanyo (2915m) qui arbore une mine sombre face à notre désinvolture. Sûr qu’il nous le fera payer cher demain, jour où nous avons prévu de l’ascensionner ! Mais à chaque jour suffit sa peine, et celle d’aujourd’hui vaut son pesant de cailloux et demain est un autre jour !

 

 

DSC06893.JPG

Nous voilà parvenus à la Portella dels Meners après avoir grimpé 900m de dénivelé . Il en reste encore un peu moins de 200 pour parvenir au sommet du Pic de la Serrera,  mais quand on aime on ne compte pas ! (c’est ce que disent généralement les amants pingres qui achètent des bagues à dix sous à leurs mal-aimées)

L’ascension ne semble pas présenter de difficulté majeure et c’est confiants que nous nous mettons en chemin, ou du moins en route, car la chemin se réduit à une vague trace au milieu des éboulis

 

 

DSC06890.JPG

 

Nous contournons tout d’abord une barre rocheuse où le pic arbore des chicots de pierre qui trahissent son age respectable. Quarante millions d’années pour une montagne c’est un peu équivalent à la quarantaine chez des humains : les première rides apparaissent et  les formes doucement s’affaissent

 

 

DSC06897.JPG

Quelques dépressions piègent l’eau de pluie qui se souvient qu’elle a été nuages et contemple avec nostalgie ses anciens congénères qui s’étirent voluptueusement dans le ciel.

 

DSC06902.JPG

Le sommet n’est plus qu’à quelques encablures et nous avons soudain des ailes à nos chaussures qui auparavant étaient lestées de plomb !

 

DSC06907.JPG

J’y suis  et j’ai bien envie d’y rester semble nous dire  Georges, mais qui arrosera alors mes tomates ? C’est ainsi souvent que des obligations triviales brisent de grandes destinées !

 

 

DSC06928.JPG

L’âme et le cœur réjouits d’avoir, notre devoir, envers nous même accompli (c’est le plus impérieux, car qui ne se respecte et ne s’aime pas ne peut aimer ni respecter les autres) nous entamons en roue libre la descension (c’est plus majestueux que « la descente » terme plus approprié pour les vulgaires escaliers) alors que lentement les nuages ensevelissent les cimes.

 

 

DSC06934.JPG

La descension est un moment de détente qui nous donne l’occasion d’admirer l’étonnante flore montagnarde, telles ces anémones pulsatilles que le vent a passablement décoiffées

 

 

DSC06949.JPG

Mais soudain un être étrange nous barre le chemin et nous interpelle en nous demandant d’où nous venons. Lui ayant précisé que nous avons fait l’ascension du Pic de la Serrera, il s’écrie « je suis mandaté par le co-prince d’Andorre, Nicolas, pour percevoir les droits d’ascension et de descension des sommets d’Andorre, ces droits étant destinés à financer les frais de chaussures des douaniers qui surveillent la frontière entre la France et l’Andorre. Vous êtes dix, ça fait 50 euros à moins que vous ne bénéficiez du bouclier fiscal! »

Eberlués,et n'étant pas fiscalement  "boucliérisés" mais plutôt "masse-d'armisés" nous dénonçons le scandale qui veut que d’honnêtes randonneurs financent des dépenses liées à la surveillance des malfrats. « Vous  payez bien  vos impôts sans sourciller depuis 40 ans pour payer le train de vie somptuaire des monarques de l’Elysée, vous n’allez pas faire un pataquès pour quelques paires de grolles de douaniers. » nous rétorque-t-il du tac au tac (pas gagnant celui là !)

Nous restons quelques instants cois devant cet imparable argument, puis osons timidement  une dernière remarque « Va, pour un droit à l’ascension , mais pour la descension ça nous apparaît abusif ! »

« Vous n’étiez pas obligé de redescendre » nous répond-t-il et sur ces paroles dites d’un ton comminatoire, il nous invite à payer. Piteusement nous nous exécutons, mais en nous disant dans notre fort intérieur « Nicolas, tu nous revaudras ça ! » (si tu me lis Nicolas et que tu nous envoies un chèque de 50 euros , on passera l’éponge)

 

 

DSC06958.JPG

Fort heureusement, nous retrouvons le torrent que nous avions suivi à la montée, dont les eaux aident à rafraîchir nos esprits échauffés…..

 

DSC06966.JPG


Nous retrouvons bien vite notre sérénité car nous savons qu’après cette eau bien fraîche d’autres « liquides » bien plus délicieux, car buvables, nous attendent à l’arrivée…

A suivre....


Texte & Photos Ulysse

Commentaires

Un sommet en éboulis.
Quelle nature géologique? Schistes?
Ce sont toujours les derniers mètres qui comptent le moins.

Écrit par : jeandler | 28/09/2009

la dernière photo me fait penser à une baleine ???
superbe rando, comme d'habitude !
bonne soirée cher Ulysse

Écrit par : norbert | 29/09/2009

Quel bonheur de te lire et de te suivre ! Tu n'as pas dépassé les 3000m donc cette fois, pas le droit de tutoyer les anges... une prochaine fois, mais tu l'as certainement déjà fait, je ne me fais pas de soucis. Sympa ton humour. C'est un vrai plaisir de te lire, merci.

Écrit par : lacalmette | 29/09/2009

En basquettes, devant l'ordi, j'ai la chance de partager un peu de votre expérience,ça c'est un vrai bonheur.
Potron minet (merci de l'explication)
Très très bonne journée Ulysse
Peut être nous verrons nous dimanche à Sète ?

Écrit par : colapat | 29/09/2009

Quelle forme, Ulysse.

Ce ne sont pas de simples marches, mais de grandes ascensions.

Maintenant, la Dordogne au relief plus doux où vous allez peut-être rencontré l' homme de Cro-Magnon, pourquoi pas, prendre un verre avec lui ? Qui sait ?

Bon séjour.

Écrit par : Chantal | 29/09/2009

Bonjour à toutes et à tous et merci à celles et ceux qui ont laissé un commentaire auxquels je vais répondre :

A Pierre : l'Andorre est situé dans la zone coaxiale des Pyrénées caractérisée par la présence de granite de gneiss et d'ardoise.Le massif de la serrera est dans une zone de gneiss et d'ardoise.

Bien vu Norbert pour la baleine ! j'aurais pu me surnommer Jonas !

A Lacalmette : j'ai effectivement passé la barre des trois mille mais je n'ai hélas pas pu tutoyer les anges ..à vrai dire ils doivent me fuir car je ne suis pas très fréquentable selon les canons en vigueur à Rome !

A Colapat : qu'est ce qu'il y a donc de si important dimanche à Sète ?

A Chantal : en Dordogne je n'ai pas croisé l'homme de cro-magnon mais j'ai vu ses oeuvres qui m'ont impressionné !

Écrit par : ulysse | 29/09/2009

les jours sont bien occupés entre lancer la balle (elle est là entre mes genoux) déposée par ma chienne, mon travail important au bureau me faisant dépasser les horaires et .... toutefois je prends plaisir à venir voir ton blog. depuis longtemps, je ne fais plus 9OO m de dénivelé mais je me souviens bien du souffle coupé à l'ascension - et des genoux en compote à la descente ... bonne soirée

Écrit par : andrée | 29/09/2009

Beaucoup d'humour (je rigole encore pour les preuves Adn), une petite leçon de Français, une ascension à nous en donner le vertige et à remplir nos mirettes pour toute une année... voilà un billet comme j'aime. Venir chez toi c'est à chaque fois l'assurance d'un bon moment.
Bises et bonne soirée, Syl

Écrit par : Sylviane | 29/09/2009

Toujours la frénésie des sommets ? Je me pose toujours la question de savoir pourquoi les randonneurs en bave à vouloir toujours grimper + haut, et, une fois arrivé au sommet n'ont qu'une hâte, c'est d'être en bas au plus vite...

Bizarre la sentinelle en bois..On dirait une sorte d'animal sorti de Jurassic Park..
J'ai bien aimé la définition de potron-minet..Ceux qui ne savent pas ce que ça veut dire auront été bien renseignés...Je ne savais pas que les chats sortaient tôt le matin...

Écrit par : juliette03 | 30/09/2009

magnifique ascension ... photos splendides dont certaines ouvrent les portes de l'imaginaire...

Écrit par : Maria-D | 30/09/2009

L'humour, la beauté des paysages, le ressenti puissant, on ahanne avec vous et souffre avec vous et se réjouit encore avec vous!
Tout cela me rappelle notre ascension vers els aiguilles d'Ansabère pour y toruver des orchidées rares.. que les chevaux locaux avaient mangé la semaine précédente où elles se trouvient fort nombreuses et gouteuses.
La montagne? Ca vous gagne :o) Merci du super reportage ...

Écrit par : Viviane | 30/09/2009

Encore une belle rando pour nous faire rèver.
Maintenant que j'ai l'explication de l'expression "potron minet ou jacquet", je vais essayer de me lever plus tôt pour voir le cul de l'écureuil.

Écrit par : bénis soient les félés | 30/09/2009

alors toujours trés bon le reportage et les photos avec tous ces nuages et cette eau vive,
quel régal ! Quand à potron-minet je crois que l'ancien français était "poistron" derrière, et minet (chat) CHAT ALORS !!!!! Faut bien te reprendre un petit peu , non ?? alllez
continues j'adore ton blog, MIAOUUUUUUUUUUUUUUUUUUU!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Écrit par : mistigris | 30/09/2009

A Andrée : heureux d'apprendre que vous avez aussi pratiqué la randonnée en montagne. Vos mandalas nous offrent aussi l'équivalent de l'air des cîmes...

A Sylviane : j'aime aussi aller sur votre blog qui est une fenêtre sur les beautés du monde

A Juliette : On grimpe la haut pour se trouver pardi, car dans la plaine il y a tellement de gens que l'on finit par ne plus se reconnaître. Quant aux chats s'ils se lèvent tôt c'est pour aller voir les souris !

A Maria-D : vos mots aussi sont autant de portes vers l'imaginaire

A Viviane : très drôle cette histoire de chevaux mangeurs d'orchidées rares ! ont ils été verbalisés ?

A Bénis soient les félés : il faudra vous lever sacrément tôt pour voir le cul d'un écureuil ! pensez à vous munir de noisettes

A Mistigris : ta remarque est fort pertinente l'orthographe ancienne était bien" poistron" je serais plus vigilant la prochaine fois ! merci pour ta visite

Écrit par : ulysse | 30/09/2009

A la régalade donc !!!
Eh : Tchin-tchin de chez T'chin...

Écrit par : Jean-Luc | 01/10/2009

Ulysse,
Nous allons dimanche à Sète voir les ateliers de peinture, et en particulier celui de Ginette.
Afin de faire sa connaissance, et si nous y rencontrons nos amis des blogs, nous seront ravies.
Patacol, Dada, Eliane, et moi Colapat.
3 générations de 45 à 85 ans....et pas des muettes !!

Écrit par : colapat | 02/10/2009

bonjour mon cher ami Ulysse,

toujours beaucoup d'humour dans tes articles : le droit pour l'ascension et la descension (LOL)

je m'en vais, à mon tour, quelques jours à la Capitale,

bonne fin de semaine,

bien amicalement,

Laurent

Écrit par : laurent | 02/10/2009

A Colapat : j'essaierai aussi d'aller faire un saut à Sète dans l'après midi .je vais demander à Ginette son adresse

A Laurent : bon séjour dans la capitale qui apparaît beaucoup plus agréable quand on n(y travaille plus !

Écrit par : ulysse | 02/10/2009

Salut Ulysse mes fontaines ne coulent plus et tes lacs sont pleins a sur-verse iiih! pour répondre a ta question, Cette ancienne fontaine était alimentée par une source elle est tarie depuis belle lurette .. Tu tien une forme Olympique je vois que tu te balades par monts et vallées c'est génial mes amitiés a tous les roi de la rando bonne soirée André

Écrit par : André | 06/10/2009

Les commentaires sont fermés.