suivi de mon blog
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

28/09/2009

Périple en Andorre - 3ème partie : L’ascension de la Serrera 2.913 m

 

DSC06827.JPG

Nous voilà au matin du troisième jour de notre périple. Rappelons que, selon les écritures, c’est au matin du troisième jour que le Dieu des chrétiens créa la végétation dont Vitis Vinifera et rien que pour ça, on peut l’en féliciter. Au demeurant, vu son ancienneté, il doit avoir une de ces caves,  je ne vous dis pas ! Cela me fait saliver d’avance car je ne doute pas qu’il m’y invitera le moment venu, vu que j’ai toujours célébré les vignes du seigneur et le sang de son fils présumé (en l’absence de preuve ADN, mieux vaut être prudent).

 Mais revenons à l’objet de cette chronique qui est de vous conter par le menu notre ascension du jour qui a pour objectif le Pic de la Serrera,  qui domine de ses 2.913m le parc naturel du Val de Sorteny.

 Nous voilà donc partis dès potron-minet alors que les nuages s’étirent encore dans le fond des vallées, prêts à reprendre leur périple dans le ciel.  Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette expression de « potron-minet » (ce qui est tout à fait excusable ) précisons qu’elle veut dire « dès que l’on voit poindre le cul du chat ». La locution d’origine était « dès le poitron-jacquet » ce qui en ancien français signifiait « dès que l’on voit poindre le derrière de l’écureuil » (le poitron était le postérieur et le jacquet : l’écureuil)  Les  chats étant aujourd’hui plus fréquents que les écureuils (n’est ce pas Jean Mi !) la locution s’est donc modernisée.

 

 

DSC06818.JPG

 

Après avoir dépassé le refuge de Borda de Santeny nous progressons en remontant le torrent qui donne son nom au vallon. Le fond de l’air est encore un peu frais pour y chercher une « gouille » (vasque en haut savayarois) et y faire trempette mais nous nous promettons de le faire à la descente.

 

 

DSC06864.JPG

Puis les choses sérieuses commencent ! Nous abordons  une pente plus rude qui mène à la portella des Méners à 2724m (en montagne, on n’arrondit pas, car chaque mètre compte !)  Soudain le sac se fait un peu plus lourd, surtout pour celui qui porte la bouteille de « fortifiant », cette honorable responsabilité étant confiée à tour de rôle à chacun des mâles du groupe (avoir des mollets de yéti n’empêche pas la galanterie !)

 La montagne est une école de volonté, je l’ai déjà dit et quand on aborde des pentes à 30% celle-ci est mise à rude épreuve ! La montagne trempe le caractère (quand ce ne sont pas nos os !) et pour citer Bergson elle nous aide à faire en sorte que pour nous l’avenir ne soit pas ce qui va arriver mais ce que nous voulons en faire.

 

DSC06875.JPG

Et pour ce qui concerne notre avenir immédiat , il se résume à un mot : grimper !  Mettre un pied devant l’autre et recommencer !  la montagne nous ramène à l’aube de l’humanité quand les premiers homo sapiens-sapiens ont colonisé le monde pédibus jambus . La sueur qui perle sur votre front, les râles de votre souffle court, la sensation de brûlures dans les muscles trop sollicités , l’inquiétude devant des nuages qui se font menaçants , rien n’a vraiment changé depuis 30.000ans, si ce n’est que nos peaux de bêtes et nos chausses portent les nom de Salomon, Technica, Millet , Lafuma….et que l’on mange du jambon Beurka et pas de l’auroch fumé.

 

DSC06883.JPG

C’est cela le grand bonheur de la randonnée en montagne : débrancher sa vie de tous les appendices technologiques qui,  sous prétexte de la faciliter, vous prive de vous même en vous emmaillotant dans des mondes virtuels où l’on ne se sent plus vraiment exister.  Que sait on encore de la pluie,  du vent , des senteurs des pins et de l’herbe quand on voyage à l’abri de vitres fumées, l’oreille collée à son mobile et l’œil rivé sur son GPS ?

Nous continuons de progresser vers le Portella en tournant le dos au Pic de l’Estanyo (2915m) qui arbore une mine sombre face à notre désinvolture. Sûr qu’il nous le fera payer cher demain, jour où nous avons prévu de l’ascensionner ! Mais à chaque jour suffit sa peine, et celle d’aujourd’hui vaut son pesant de cailloux et demain est un autre jour !

 

 

DSC06893.JPG

Nous voilà parvenus à la Portella dels Meners après avoir grimpé 900m de dénivelé . Il en reste encore un peu moins de 200 pour parvenir au sommet du Pic de la Serrera,  mais quand on aime on ne compte pas ! (c’est ce que disent généralement les amants pingres qui achètent des bagues à dix sous à leurs mal-aimées)

L’ascension ne semble pas présenter de difficulté majeure et c’est confiants que nous nous mettons en chemin, ou du moins en route, car la chemin se réduit à une vague trace au milieu des éboulis

 

 

DSC06890.JPG

 

Nous contournons tout d’abord une barre rocheuse où le pic arbore des chicots de pierre qui trahissent son age respectable. Quarante millions d’années pour une montagne c’est un peu équivalent à la quarantaine chez des humains : les première rides apparaissent et  les formes doucement s’affaissent

 

 

DSC06897.JPG

Quelques dépressions piègent l’eau de pluie qui se souvient qu’elle a été nuages et contemple avec nostalgie ses anciens congénères qui s’étirent voluptueusement dans le ciel.

 

DSC06902.JPG

Le sommet n’est plus qu’à quelques encablures et nous avons soudain des ailes à nos chaussures qui auparavant étaient lestées de plomb !

 

DSC06907.JPG

J’y suis  et j’ai bien envie d’y rester semble nous dire  Georges, mais qui arrosera alors mes tomates ? C’est ainsi souvent que des obligations triviales brisent de grandes destinées !

 

 

DSC06928.JPG

L’âme et le cœur réjouits d’avoir, notre devoir, envers nous même accompli (c’est le plus impérieux, car qui ne se respecte et ne s’aime pas ne peut aimer ni respecter les autres) nous entamons en roue libre la descension (c’est plus majestueux que « la descente » terme plus approprié pour les vulgaires escaliers) alors que lentement les nuages ensevelissent les cimes.

 

 

DSC06934.JPG

La descension est un moment de détente qui nous donne l’occasion d’admirer l’étonnante flore montagnarde, telles ces anémones pulsatilles que le vent a passablement décoiffées

 

 

DSC06949.JPG

Mais soudain un être étrange nous barre le chemin et nous interpelle en nous demandant d’où nous venons. Lui ayant précisé que nous avons fait l’ascension du Pic de la Serrera, il s’écrie « je suis mandaté par le co-prince d’Andorre, Nicolas, pour percevoir les droits d’ascension et de descension des sommets d’Andorre, ces droits étant destinés à financer les frais de chaussures des douaniers qui surveillent la frontière entre la France et l’Andorre. Vous êtes dix, ça fait 50 euros à moins que vous ne bénéficiez du bouclier fiscal! »

Eberlués,et n'étant pas fiscalement  "boucliérisés" mais plutôt "masse-d'armisés" nous dénonçons le scandale qui veut que d’honnêtes randonneurs financent des dépenses liées à la surveillance des malfrats. « Vous  payez bien  vos impôts sans sourciller depuis 40 ans pour payer le train de vie somptuaire des monarques de l’Elysée, vous n’allez pas faire un pataquès pour quelques paires de grolles de douaniers. » nous rétorque-t-il du tac au tac (pas gagnant celui là !)

Nous restons quelques instants cois devant cet imparable argument, puis osons timidement  une dernière remarque « Va, pour un droit à l’ascension , mais pour la descension ça nous apparaît abusif ! »

« Vous n’étiez pas obligé de redescendre » nous répond-t-il et sur ces paroles dites d’un ton comminatoire, il nous invite à payer. Piteusement nous nous exécutons, mais en nous disant dans notre fort intérieur « Nicolas, tu nous revaudras ça ! » (si tu me lis Nicolas et que tu nous envoies un chèque de 50 euros , on passera l’éponge)

 

 

DSC06958.JPG

Fort heureusement, nous retrouvons le torrent que nous avions suivi à la montée, dont les eaux aident à rafraîchir nos esprits échauffés…..

 

DSC06966.JPG


Nous retrouvons bien vite notre sérénité car nous savons qu’après cette eau bien fraîche d’autres « liquides » bien plus délicieux, car buvables, nous attendent à l’arrivée…

A suivre....


Texte & Photos Ulysse

24/09/2009

Périple en Andorre Deuxième partie : les ports de Siguer et de Rialb

 

DSC06663.JPG

 

Mardi matin, 1er septembre, après avoir englouti, pour les uns, œufs, bacon, saucisses, jambon, fromage et pour les autres  salades de fruits, croissants  et  petits pains au chocolat (devinez qui a mangé quoi !) nous sommes à pied d’œuvre pour partir à la conquête des ports de Siguer (2395m ) donnant vue sur le lac Bleu et de de Rialb (2508m) .

 J’aime ce terme andorran de « port » pour désigner un col . Le port  c’est l’appel du grand large, le point de départ vers de nouveaux rivages, de nouveaux horizons. Alors que le col c’est le souvenir des cravates et des gens collets montés qu’il a fallu fréquenter quand j’étais  un « actif productif » (aujourd’hui je suis devenu un inactif improductif, termes qui révèlent les valeurs de notre civilisation !). C’est d’ailleurs en passant les cols que les contrebandiers se font généralement cravatés ! Et puis nous avons aussi le terme « colleter » qui ne veut pas dire grimper un col mais se battre, se prendre par le col ! Un mot assez vulgaire en somme !

 Le mot andorran « port » connaît quant à lui une déclinaison féminine sous la forme de Portella qui signale un passage de moindre importance, comme quoi la misogynie va se nicher partout. On a de même en France, qui n’est pas en reste en matière de misogynie, le mot « colette » pour désigner un petit col (cf la colette de Rascrouset) .

 Mais  ce dernier terme a beaucoup plus d’élégance que son pendant (sans arrière pensée) masculin. D’ailleurs  Colette est aussi un prénom féminin qui prédispose apparemment aux talents de plume, ce qui paraît logique, la plume permettant de s’envoler vers les hauteurs.

 

DSC06668.JPG

 

Nous voilà donc partis  sous un ciel mi-figue mi-raisin qui nous fait craindre le pire. Mais il en faut beaucoup plus pour nous faire renoncer à notre projet. Ceux qui nous suivent fidèlement savent, en effet, que nos parties « extérieures » ne craignent pas l’eau. Pour nos parties« intérieures » il en va différemment mais comme au contraire de nos compagnes nous marchons généralement en silence, nous ne risquons pas en cas de pluie de voir ce breuvage s’infiltrer à notre insu par nos orifices bucaux  dans nos estomacs.

 

DSC06673.JPG

Soucieux de respecter le merveilleux environnement qui nous entoure, nous suivons scrupuleusement le fil d’Ariane du chemin qui slalome entre les rochers qui parsèment le vallon que nous remontons. Ces fiers sommets qui se dressent à l’horizon et qui semblent posés là pour l’éternité deviendront rocs, puis pierres puis cailloux, puis sable. Ainsi les montagnes elles mêmes sont mortelles et nos vies humaines à l’échelle de leur existence ne sont que des pointillés. Vivons, vivons  donc pleinement chaque journée !

 

 

DSC06690.JPG

Les nuages soudain font grise mine et « crachinent » nous obligeant à sortir nos capes. La journée s’annonce mal mais nous ne sommes pas du genre à nous laisser impressionner par quelques nuages incontinents. Les vrais montagnards ont un point commun avec les hommes politiques français, ils ne démissionnent jamais même quand ils sont mouillés jusqu’à l’os.

 

 

DSC06693.JPG

Nous parvenons près d’un abri de berger et vérifions si la porte en est ouverte au cas où les éléments viendraient à se déchaîner, ce qui peut survenir en montagne à tout moment. Combien de promeneurs inconscients sont partis en baskets et tee-shirt vers les sommets et sont morts perdus dans une tourmente de neige ou le brouillard ! En montagne, une règle fondamentale :ne jamais sortir sans son anorak et son anti-gel !

 

DSC06713.JPG

Et puis aussi soudainement qu ‘elle était venue la pluie cesse et les angelots du ciel repeignent le ciel en bleu (sur cette question du sexe des anges les experts s’opposent alors qu’il est évident qu’ils sont de sexe masculin sinon le ciel de la terre serait rose !)

Nous abordons une zone d’alpages où évolue en toute liberté une horde de chevaux sauvages qui nous regardent avec condescendance. Eux qui n’ont à supporter ni selle ni cavalier sont intrigués de voir des hommes porter un tel harnachement sur le dos. Quels maîtres impitoyables leur imposent un tel fardeau doivent-ils se demander ! Comment pourraient ils comprendre que nous sommes nos propres bourreaux. La montagne c’est la volupté dans la souffrance !

 

DSC06724.JPG

Nous parvenons enfin au port de Siguer. La mine réjouie de Rémi le « grand Suisse » du groupe, qui est « toujours déçu en bien », vous exprime bien mieux que ne peut le faire ma plume le bonheur que l’on éprouve à être la haut !

Celles et ceux qui ont leur cul de primate assis sur un fauteuil présidentiel, princier ou directorial s’imaginent souvent  être sur le « toît »  du monde alors qu’ils sont  dans les fossés de la foire aux vanités. Au lieu  de l’air vivifiant des cîmes, ils respirent l’haleine fétide de leurs courtisans et à l’ardente lumière solaire se substituent les néons et les flashes des papparazzi vers lesquels ils se tournent comme des lucioles.

 

 

DSC06726.JPG

Mais s’ils allaient au moins une fois « la haut » et voient ce que nous y avons vu,  ils troqueraient  bien vite leur fauteuil contre une paire de godillots ! Vous allez dire que je suis un brin naïf mais je ne peux pas croire que l’on préfère l’ivresse du pouvoir à celle des cîmes . Le pouvoir est un mauvais alcool qui rend fou alors que les cîmes vous rendent sages. D’ailleurs Moïse n’est il pas monter en haut du Sinaï pour prendre note des dix commandements ! Les mauvaises langues – et il y en a – diront que ça n’a pas servi à grand chose !

 

DSC06734.JPG

 

 

Une fois passé le port s’offre à nos yeux le vallon qui sert d’écrin au lac bleu, morceau de ciel tombé sur la terre

 

DSC06738.JPG

Selon l’endroit d'où on le contemple, le lac révèle une infinité de nuances de bleus. Ainsi une même réalité peut elle avoir plusieurs apparences, mais chacun voit, comme l’on dit, midi à sa porte ? La vérité n’est elle pas dans la somme des points de vue ?

 

DSC06748.JPG

Nos compagnes nous ayant rejoint au port nous faisons « table commune «  avant de lever de nouveau les voiles, cette fois-ci entre hommes, pour la « portella de Rialb dominée par le pic de la Font Blanca qui culmine à 2903m.

 

DSC06783.JPG

Le genre féminin attribué à ce passage montagnard est trompeur car son ascension se révèle plus rude que celle du port de Siguier. Mais il est vrai qu’une femme est généralement plus difficile à conquérir qu’un homme car cela requiert de l’intelligence alors que pour conquérir un fils d’Adam il suffit d’une pomme (en vérité plutôt deux !)

 

DSC06789.JPG

 

 

D‘ailleurs dans cet environnement féminin Gibus ne peut se retenir de croquer la pomme…. !

 

DSC06795.JPG

Mais il nous faut redescendre pour rejoindre nos compagnes qui doivent s’impatienter (pour une fois que ce sont elles qui nous attendent !).  Derrière les montagnes qui nous font face les dieux locaux  à l’abri du regard des humains font un festin de myrtilles à la crème chantilly et celle ci submerge les sommets environnants. De fait  si les dieux prétendent que la gourmandise est un péché c’est pour mieux s’accaparer les délices que Gaïa dans sa générosité offre à ses enfants.

 

 

P1100109.JPG

Sur le chemin du retour nous croisons quelques troupeaux de vaches. L’une d’elles reluquant mes superbes grolles « salomon » me propose de les échanger contre deux de ses sabots et un bon bol de lait frais.

 

DSC06805.JPG

Je prétexte que la place pour le lait est déjà prise pour décliner aimablement la proposition. A vrai dire je n’aime le lait que quand il est solide et s’appelle St nectaire, Abondance ou Reblochon !

 

P1100117.JPG

Et puis je sais qu’au bout du chemin nous attend San Miguel ! En vérité chaque randonnée n’est pour nous qu’un long pèlerinage vers ce saint vénéré des catalans !

A suivre….

PS: Je ne peux malheureusement pas répondre dans l'immédiat à vos commentaires étant parti quelques jours en Dordogne.

Texte & photos Ulysse (sauf la dernière J.M.P)

19/09/2009

Périple en Andorre - Première partie : Mise en jambes au Val d’Inclès (31/08/2009)

 

DSC06610.JPG

Certains d’entre vous ont dû trouver bizarre que je parte pour l’Andorre au moment même ou le vizir des finances annonçait à grands renforts de pipeaux médiatiques qu’il avait obtenu des banques suisses une liste de 3000 fraudeurs du fisc auxquels  il promettait de passer l’éponge sur les pénalités s’ils régularisaient leur situation avant Noël.

 Notons au passage qu’aucun des médias concernés n’a dénoncé le scandale que représente une telle bienveillance alors que les contribuables « lambda » comme vous et moi se font sévèrement aligner s’ils oublient de déclarer quelques euros glanés par ci par là. Mais  ceux qui me lisent n’en sont, pas plus que moi, étonnés car ils n’ignorent pas le dicton qu’appliquent avec rigueur les pouvoirs publics dans notre démonarchie « Selon que vous serez puissant ou misérable…. »

 J’insinuais donc que d’aucuns ont pu croire que je faisais partie de ces bienheureux « 3000 » et que je prenais les devants pour aller transférer ma toison d’or (d’où le choix de mon pseudo Ulysse ! ) des rives du lac Léman vers les sommets Andorrans.

 Et bien non je n’en suis pas ! le seul club des 3000 auquel j’appartienne est le club de ceux qui ont frotté la semelle de leurs godillots sur des sommets de 3000m !

 Et c’est donc là la raison de ma virée en Andorre : aller fricoter avec quelques nouveaux 3000 (ou les approchant, on ne va pas chipoter !) en compagnie d’un groupe d’amis que connaissent bien ceux qui me suivent depuis quelques années .

 

 

DSC06614.JPG

Parvenus en Andorre en fin de matinée, nous partons explorer le val d’Inclès pour une doucette mise en jambes.  Ce qui surprend en Andorre quand on vient de l’Hérault où les murs en cairons bruts posés de guingois sont la règle et où les détritus polluent partout la nature (cf à titre d’exemple en  copie d'un article du Midi Libre du 18/09/2009) c’est la beauté et l’harmonie des habitations et la propreté des sites. Certes le pouvoir d’achat des andorrans est plus élevé que celui des languedociens, mais je ne pense pas  que le respect de l’environnement soit une affaire de niveau de vie, c’est surtout une question d’éducation, de civisme, de respect de soi et des autres.

 Une petite « croûte » ayant été cassée , assortie vous vous en doutez bien, de flacons de pluie aromatisée par les bons soins de vitis viniféra, nous remontons un moment le cours d’un torrent dont les eaux en apparence pacifiques oeuvrent avec une infinie patience au démantèlement des montagnes qui l’environnent. Une leçon pour l’homme qui apprend qu’avec de la volonté et de la ténacité on peut venir à bout de n’importe quel obstacle.

 

DSC06623.JPG

Puis le chemin prend peu à peu de l’altitude, soucieux de ne pas  mettre à trop rude épreuve nos jambes encore enkilosées par quelques heures de route. Des épilobes dressent leurs corolles mauves le long du chemin nous faisant une haie d’honneur à l’image de ce pays accueillant. Rappelons que l’Andorre a une longue tradition d’hospitalité et a été une terre de refuge pour les républicains espagnols persécutés par les sbires de Franco.

 

DSC06645.JPG

Après une petite heure de marche, nous parvenons à l’entrée d’un  cirque de montagnes au fond duquel on aperçoit la cabane de Siscaro . Les abris de montagne andorrans dont l’entrée est libre sont étonnants de propreté et vierges de tout graffiti, au contraire de ceux que l’on trouve dans notre région souvent souillés par des détritus de tous ordres et des graffitis nombrilistes (du genre « c’est moi que je suis passé là » ) voire obscènes.

Il est vrai que depuis les galeries souillées d’excréments du Château de Versailles sous Louis XIV et où la cour masquait sa crasse sous la poudre de riz, nous n’avons guère progressé en France en matière de propreté. Les trottoirs « encrottés », les plages « enmégottées », les bords de route jonchés de détritus ainsi que l’état généralement déplorable des toilettes publiques et de celles des cafés restaurants sont hélas la vitrine en ce domaine  de notre «beau mais odorant pays !

 

 

DSC06637.JPG

 

Un ruisseau court sous les herbes  qui couvrent le fond du cirque traçant un immense serpent argenté auquel le vent donne vie

 

 

DSC06638.JPG

Une légère dépression capte l’eau et donne naissance à une mare où des milliers d’animalcules aquatiques s’en donnent à cœur joie célébrant le foisonnement et la résilience de la vie dans ce monde austère .

 

 

DSC06642.JPG

Nous choisissons quelques rochers pas trop pointus pour y poser nos douillets postérieurs et restons là à contempler le paysage devenant herbe parmi les herbes, pierre parmi les pierres .

Prenez le temps de vous asseoir aussi jusqu’à ce que ce paysage entre en vous mêmes et que peu à peu s’y dissolvent vos soucis. 

Pour ma part, tant que je pourrai marcher et contempler de tels paysages et que me souviendrai où sont cachées les clés de ma cave j’aurais envie de rester en vie…. !

 

 

DSC06653.JPG

 

Je finirai hélas par une note moins flatteuse pour ce pays qui comporte aussi sa cohorte de chasseurs dont l’intelligence ne semble pas supérieure à celle des chasseurs des autres pays.

En témoigne ce panneau sur la faune que l’on peut rencontrer dans le Val d’Inclès et dont les deux espèces protégées, l’ours et le Gypaète » sont symboliquement marqués d’impacts de balles de fusils ! Si les chasseurs veulent qu’on les respecte, qu’ils se débarrassent de leurs « brebis » galeuses !

A suivre….

PS: je ne peux malheureusement pas répondre dans l'immédiat à vos commentaires étant parti quelques jours en Dordogne

Texte & photos Ulysse

07/09/2009

Les rivières meurent aussi....

 

DSC01260.JPG

Les fleuves et les rivières sont les veines de la terre :  sans elles de vastes régions ne seraient que des déserts.  Leurs eaux salvatrices abreuvent  arbres et  plantes qui, à leur tour, abritent et nourrissent animaux, insectes et oiseaux dont la trame foisonnante a permis l’émergence et la survie de l’humanité. De grandes civilisations, telles l’Egypte des Pharaons et la Mésopotamie  ont été les filles de fleuves et certaines autres ont disparu (Maya, Anasazi) quand l’eau est venue à leur manquer. Les rivières permettent en outre à l’homme d’y jeter leurs rancunes et d’assurer ainsi la résolution pacifique des différends, mais cette pratique ancienne semble être hélas tombée en désuétude.

 Ces cours d’eau intrépides ou indolents, cristallins ou fangeux, domestiqués ou sauvages se jettent au bout de leur voyage dans les mers et les océans. Ils ne meurent pas pour autant, leurs eaux se mêlant aux eaux maritimes pour, sous l’action du soleil, entamer un nouveau voyage via les nuages qui, en déversant pluies et neiges sur la terre, réalimentent dans un cycle sans fin ces fleuves et rivières.

 Mais il est des rivières qui meurent au cours de leur long voyage vers la mer. J’en connais une fort belle, la Buèges,  dont je vais vous conter le destin tragique.

 Sa source limpide et généreuse sourd des entrailles de la terre au pied du Peyre Marine, l’un des sommets du massif de la Séranne, non loin du village de Pégairolles de Buèges.

 

DSC05263.JPG

La Buèges s’est creusé un lit confortable dans le sol calcaire de la vallée où elle se prélasse et passe, après quelques kilomètres, au pied du village de Saint Jean de Buèges dominé par  son château que surplombe le Roc de Trécastel

 

DSC05146.JPG

 

Elle s’engage alors dans un vallon sauvage, aujourd’hui abandonné par l’homme, mais  qui autrefois, quand le bon sens n’avait pas abandonné ce bipède arrogant, était couvert d’une mosaïque de vergers et de potagers enrichis par ses limons fertiles.

 

DSC05184.JPG

Aujourd’hui ses rives ont été colonisées par une armée pacifique d’aulnes, de saules et de peupliers dont le feuillage protège ses eaux des ardeurs du soleil.

 

DSC05248.JPG

Seul un  étroit chemin témoigne du passage épisodique de l’homme en cet endroit ou résident aujourd’hui des centaines de peuples clandestins  au nez et à la barbe des escadrons casqués de notre Coucou Suisse.

 

DSC05205.JPG

C’est, en effet, un lieu paradisiaque pour les mollusques en tous genres  qui y trouvent fraîcheur et tranquillité loin des chasseurs de « cagouilles »

 

 

DSC05153.JPG

Les cétoines y prospèrent également et se livrent sans crainte d’être dérangés à leurs  talents  d’équilibristes.

 

 

DSC05232.JPG

Même les cigales pourtant plus coutumières des zones un tantinet plus chaudes fréquentent les lieux…..

 

 

DSC05234.JPG

…parfois pour le plus grand bonheur d’une épeire qui y a tendu sa traîtresse et fatale toile. Ainsi ce monde en apparence idyllique est il, comme le nôtre,  plein de traquenards.

 

 

DSC05236.JPG

D’autres insectes un brin exhibitionnistes  se livrent avec ardeur au jeu de la « bête à deux dos »…..

 

 

DSC05244.JPG

…..tandis qu’un « gendarme » perché sur son observatoire surveille la vitesse des truites qui font la course dans la rivière.

 

 

DSC05278.JPG

 

 

DSC05195.JPG

Tout ici n’est que calme et volupté . La rivière apparaît immobile et offre un miroir où se reflètent les frondaisons  des arbres qui se courbent vers elles pour protéger des ardeurs du soleil ses eaux bienfaitrices

 

 

DSC05172.JPG

Seules quelques « araignées d’eau » troublent sa surface dans leur incessant ballet en quête de proies qu’elles déchiquètent de leurs redoutables mandibules.

 

 

DSC05222.JPG

Mais soudain on comprend mieux pourquoi la rivière s’immobilise : elle sent venir sa fin prochaine ; malgré la protection du tunnel de verdure qui la couvre le sol environnant desséché par le soleil l’aspire goulûment et interrompt son cours.

 

 

DSC05217.JPG

Les poissons pris au piège tournent en rond affolés dans les quelques flaques qui subsistent : ils mourront probablement dans les jours qui viennent, la nature reprenant sans état d’âme la vie qu’elle a généreusement donnée.

 

DSC05223.JPG

Après un dernier soubresaut la  rivière disparaît et révèle son lit asséché . Ainsi meurt la Buèges dans le secret d’un vallon sauvage de l’Hérault . Mais les rivières sont comme les chats, elles ont plusieurs vies. Avec les pluies de l’automne et de hiver elle reprendra son cours jusqu’à l’Hérault qui l’emmènera jusqu’à la mer .

Si vous avez aimé cette note, allez lire sur le blog de Christophe la désopilante aventure de cercueils ayant pour lieu Saint Jean de Buèges.

PS: définition du coucou suisse : 1) Type d'horloge suisse comportant un oiseau qui chaque heure sort de sa cage dorée et lance un tonitruant "coucou" 

 

 Textes & Photos Ulysse