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26/10/2009

Autour de Domme, l’Acropole du Périgord

 

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En voyant le titre de ma chronique vous penserez que je fais des infidélités au  pays d’OC. Que nenni ! car le Périgord est une région de langue d’Oc où s’épanouissait au moyen age le « fin’amor » célébré par les troubadours, trouvères et ménestrels, alors que les gens du Nord en étaient encore à chanter des chansons à boire, qui ne sont pas non plus pour me déplaire.

La célébration de la femme et du vin est, de fait,  pour moi le trait majeur  des grandes civilisations. En cela l’Egypte antique était supérieure à la Grèce ou à Rome qui mettaient de l’eau dans leur vin et conférait un rang subalterne aux femmes. Il y eut des femmes pharaon alors qu’il n’y a pas eu de femmes empereur.

 Les peuples qui se privent ainsi de l’intelligence de leurs femmes sont condamnés à péricliter, car rien ne vient polir l’égo démesuré des hommes qui peuvent se livrer librement à leurs mauvais penchants : s’entretuer pour savoir qui sera le chef ! En  outre, il est prouvé que de ne pas changer de chaussettes régulièrement nuit à la productivité (en raisond’une mauvaise ventilation du cerveau) et que les moustaches et les barbes sont des nids à virus.

 Mais revenons au Périgord où cette noble pratique moyenâgeuse  de joutes poétiques célébrant la femme s’est aujourd’hui perdue dans les brouillards qui montent aux premiers jours d’automne de la Dordogne. Ils envahissent ainsi la plaine quand l’air frais poussé par le vent du nord se mêle à l’haleine tiède de cette sensuelle rivière dont les rives sont ornées d’une multitude de joyaux de pierres.

 

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Les rayons du soleil nimbent le paysage d’un voile d’or qui ne révèle que l’essence des choses et donne consistance à l’air qui nous entoure. On prend alors conscience que notre terre  est entourée d’une bulle d’air fragile dans laquelle nous nous mouvons, comme ces boules en verre que l’on agite pour y faire tomber la neige. Une immense main invisible ne nous secoue-t-elle pas quand notre terre tremble et a des soubresauts ?

 

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Nous sommes au pays des contes de Grimm et l’on guette inquiet la porte des masures près desquelles on passe, craignant d’en voir surgir un ogre ou une sorcière perchée sur son balai. J’ai conscience que mes fantasmes trahissent mon age, car un écrivain plus jeune aurait parlé d’un barbu armé d’une kalachnikov ! 

 Dans mon enfance la violence était cantonnée dans les contes  qui nous permettaient en quelque sorte de l’apprivoiser et de souligner son caractère déviant et nuisible à la vie en société. Aujourd’hui elle s’est banalisée dans les journaux télévisés relayés par les jeux vidéo qui en font une dimension inhérente à la vie en société. Etre violent aujourd’hui n’est  pas  considéré par un bon nombre de personnes comme condamnable mais comme un mode d’affirmation de soi, de ses idées ou encore de défense de ses intérêts. De même que voler ou frauder n’est plus un délit mais une compensation à ce que l’on n’a pas mais que l’on estime mériter. (même si l’on n’a rien fait pour !)

 

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Fuyant ce monde brumeux et oppressant je cherche  alors une place forte pour y trouver refuge. Laquelle mieux que Domme, perchée sur une falaise surplombant de 150m la Dordogne, pourrait me protéger des mauvaises rencontres .

 

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Bâtie par Philippe le Hardi en 1281 pour défendre la région contre les incursions anglo-gasconnes, elle prospèra grâce à la qualité de son vignoble de ses marchés et de son commerce fluvial.

 

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La beauté des bâtisses d’habitation et des anciennes halles témoigne de cette prospérité passée. Les contemporains conscients de la richesse et de la beauté de cet héritage en prennent grand soin. Voilà un heureux pays où le cairon brut qui fleurit en pays héraultais n’a pas droit de cité.

 

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Aujourd’hui les hordes de touristes du monde entier, fascinés par l’art de vivre à la française, qui sait marier ripailles et bonne santé (au grand dam des hygiénistes et des prohibitionnistes qui voudraient nous weight-watchèrisés) remplissent les escarcelles des marchands en provoquant, hélas, des hécatombes d’oies et de canards (c’est ce que l’on nomme pudiquement en géopolitique , les dégâts collatéraux).  L’écrivain américain Henry Miller qui s’y connaissait en jouissance  et résida un mois à Domme en parla comme de « l’approximation la plus voisine du paradis »

 

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Mais je suis certain que du paradis on n’a pas une aussi jolie vue sur la Dordogne, que l’on aperçoit du Belvédère de la Barre, encore nimbée de brume et d’une étole de nuage qui dérive lentement dans la brise matinale.

 

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Sur les alluvions abandonnées au cours des millénaires par la Dordogne, les hommes ont tracé un patchwork de champs, somptueux manteau d’Arlequin végétal où des arbres semblent déambuler, promeneurs paisibles auxquels les oiseaux prêtent leurs chants.

 

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Le soleil ayant fait son œuvre, le ciel  retrouve sa limpidité et se mire dans la Dordogne où le monde se dédouble épris, comme Narcisse, de sa propre beauté.

 

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Sur cette rivière ainsi que sur  le Lot, avec lequel elle se marie en aval,  les hommes du Périgord et du Quercy ont développé depuis le néolithique une civilisation fluviale capable d’affronter les hautes et dangereuses eaux hivernales.  Ainsi le bois de chêne et de châtaigner, les noix, les fromages, les châtaignes,  étaient exportés vers Cahors et Bergerac, puis ensuite au delà vers Bordeaux. Au retour les bateaux rapportaient le sel, le sucre, les poissons salés et tout ce qui pouvait s’acheter sur les quais de ce  port.

 Si aujourd’hui le chemin de fer et le transport routier ont fait disparaître cette civilisation, le souvenir des courageux «gabarriers » est présent dans toutes les mémoires.

 Quel exemple laissera notre époque qui puisse ainsi inspirer nos descendants et faire leur admiration ? Les métiers autrefois assuraient une fonction vitale au bon fonctionnement de la société et donnaient un sentiment d’utilité à ceux qui les pratiquaient.

Dans notre monde mécanisé, informatisé où selon la  formule du sociologue Georges Friedman  « le travail est en miettes «  notre activité professionnelle se réduit le plus souvent à une pièce d'un puzzle dont nous ne voyons plus le tableau d’ensemble. Nous sommes devenus des rouages qui finissent par tourner machinalement dans le vide, un peu comme ces pauvres écureuils que l’on enferme dans des cages circulaires qu’ils font tournoyer en voulant avancer. Et quand nous ne tournons pas assez vite, ceux qui commandent le dispositif  s’en vont faire « moudre leur grain » ailleurs .

 

Texte & Photos Ulysse


 

Commentaires

ah ah ah !!! je me suis arrêtée à :
des nids à virus......?...!...?

moi j'en ai connu "un" qui régulièrement
laissait pousser ou rasait ces espaces à gazon noir
et je n'ai attrapé que le virus de l'amour avec lui !!! na !!!
Bon je lirai la suite plus tard

Écrit par : Colapat | 26/10/2009

Quelle joie, cher ULYSSE de te suivre dans tes promenades reportages, pour ceux et celles qui , comme moi, aimeraient tant te suivre, c'est une fenêtre ouverte,un moment de pure détente, il faut savoir apprécier ce que l'on a et tu nous transmets si bien que nous y sommes aussi avec toi.

Écrit par : ginette | 26/10/2009

Quelle belle promenade, et les photos !!!Oui les gabarres ne servent plus qu'aux touristes,
mais au moins cela a le mérite d'en sauvegarder la mémoire ; Merci pour nous les femmes ;
cela fait plaisir de constater qu'il y "en a au moins un " qui sait reconnaître que nous
existons pour beaucoup de choses ! Mais on vous aime comme vous êtes !
Je reviendrai relire en passant par chez Quichottine, voir si les lutins sont toujours là,
tu ne les as pas rencontrés par-làbas ? le Bleu, le Vert ? ou un autre ??MIAOUUUUUUUUU!!!!!!!

Écrit par : Mistigris | 26/10/2009

A Colapat : tu auras compris que je m'en prenais à certains barbus ceux qui traitent leurs femmes comme des animaux . je connais aussi des barbus civilisés et doux comme des agneaux

A Ginette : c'est un bonheur pour moi de savoir que tu suis mes pérégrinations avec fidélité

A Mistigris :je ne suis pas le seul heureusement à reconnaître les mérites des femmes Une étude sérieuse vient de sortir qui montre que les sociétés où les femmes sont les plus nombreuses dans la hiérarchie sont celles qui ont les meilleurs résultats Quant aux Lutins j'en croise tous les matins en faisant ma promenade dans les vignes ...

Écrit par : ulysse | 26/10/2009

Magnifiques photos, dont la beauté dépasse le simple sujet, pour apporter la lumière, le rêve.

Écrit par : Valentine | 26/10/2009

Bienvenue Valentine sur mon blog et merci pour le compliment

Écrit par : ulysse | 27/10/2009

Et c'est ainsi que le stockfish arriva par le Lot via Bordeaux....
Plat qui fait toujours le régal des tables aveyronnaises les jours d'hiver.
Préparation longue et difficile mais un véritable bonheur !
Merci pour tout cher Ulysse.

Écrit par : Mikèt | 27/10/2009

Ulysse tu nous combles ce Périgord c'est quelques chose de fantastique dans tous les sens tu terme.Sur ta première vue Une lumière céleste nous y accueille en rentrant sur ton blog et nous transporte dans ce paysage authentique. merci pour ce plaisir et pour tes ci belles photos chapeau Amitiés André.

Écrit par : André | 27/10/2009

A Mikèt : bienvenue sur mon blog et merci de nous rappeler ce délicieux met que l'on appelle dans le midi "estocaficada".

A André : je sais que comme moi tu es amoureux de vielles pierres et j'en trouve aussi de fort belles chez toi

Écrit par : ulysse | 27/10/2009

Je succombe devant les photos, Ulysse.

Cela fait bien plaisir de sentir la femme glorifier, exister et aussi de rire avec ces traits de bonne humeur.

Ulysse les petits enfants parlent encore de sorcières et d' ogres, cela dépend peut-être de la culture que leur apporte leurs parents et grands-parents.

Domme, incroyablement bien conservée après avoir supporté les attaques anglaises et françaises respectivement car elle fut française, anglaise puis française et maintenant les Anglais y séjournent de nouveau il est vrai, je les comprends.

Écrit par : chantal | 27/10/2009

bonsoir mon cher Ulysse,

un région où on mange bien ...
les photos sont très jolies, ça donne vraiment envie d'aller visiter

je te souhaite une très bonne soirée,

bien amicalement,

Laurent

Écrit par : laurent - mon journal de bord | 27/10/2009

belle balade que tu nous fais faire dans le temps et le présent
riche région en effet !

Écrit par : colette | 27/10/2009

ton blog pourrait occuper toute la place de la blogosphère, comme celui de Mamalilou ... en un article, tu nous balades du dedans vers le dehors, du masculin vers le féminin, de la politique à la littérature ... et pour finir tu nous compares à un écureuil, pas mal vu !!! et dans ma cage, beaucoup de papiers, que je rêve de grignoter et lacérer ... bonne soirée et sacré belle ville - mon mari me glisse que nous retournerons dans le Périgord ..

Écrit par : andrée | 27/10/2009

autre lieu, autre village, autre randonnée, autre village mais toujours autant de plaisir à suivre les aventures d'Ulysse !

Écrit par : norbert | 27/10/2009

bonjour Ulysse
je l'ai visité ce village, je l'ai adoré, une petite merveille
mais chez vous je trouve des tas de choses que je ne connaissais pas
merci et très belle journée

Écrit par : agathe | 28/10/2009

C'est une splendeur. Article féministe (sourire) photos merveilleuses qui me ramènent à cette pierre blonde dont la lumière nimbe le moindre petit village, simplicité des formes architecturales et ces cingles du fleuves entre le vent et les arbres.
Merci de cette balade, vous êtes un formidable guide touristique et quelle legato aussi dans l'écriture...

Écrit par : Viviane | 28/10/2009

Mais dans cette société qui n'évolue pas toujours très bien, internet nous offre des voyages que nous n'aurions jamais faits avant ... Quel bonheur de pouvoir découvrir ton pays d'Oc alors que je vis à un bon millier de kilomètres de chez toi ... Ici, en Lorraine, j'observe que le cheval de trait commence à retrouver ses lettres de noblesse, une goutte d'eau dans la mer, mais une goutte d'eau tellement importante par son symbole ... Belle fin de semaine Ulysse !

Écrit par : Bandolera | 28/10/2009

Bonsoir à vous qui êtes passé ou qui passerez par là quelques mots pour celles et ceux qui ont laissé une chaleureuse empreinte de leur passage :

A Chantal : je raconte aussi des histoire d'ogre à mes petits enfants , ça les fait bien rire....Quant à célébrer la femme, celà m'est naturel car que serait ce blog sans vous !

A Colette : ta poésie aussi nous fait voyager

A Andrée : heureux que ma plume te divertisse, mais si tu te sens un peu écureuil, te rappelles tu au moins où tu caches tes noisettes ?

A Norbert : tu as bien compris que le rire était le propre de l'homme

A Agathe : trop heureux de vous apprendre des choses, mais je suis sûr que vous avez aussi à m'en apprendre

A Viviane : l'écriture est pour moi sans doute comme pour vous une manière d'éprouver plus intensément ce que l'on a vécu

A Bandolera : oui c'est une bonne nouvelle le cheval de trait fait son retour et des champs de fleurs sont semés pour permettre aux abeilles de faire leur miel ...tout n'est pas perdu

Belle soirée à toutes et à tous

Écrit par : ulysse | 28/10/2009

Toujours ces photos limpides...

Écrit par : lutinbleu | 29/10/2009

Que de bons souvenirs pour moi que cette balade dans ce petit village magnifique.
J'y suis allée il y a deux ans et je ne garde du Périgord que d'excellents moments en mémoire.
Bises à toi,
Syl

Écrit par : Sylviane | 30/10/2009

Tiens, je croyais avoir mis un com...Si je me souviens bien, c'est une ode à la femme que tu nous chantais....Tu as raison...Les pays où la femme est plus mal traitée qu'un chien, n'évolueront pas et régresseront..
La femme est un petit bijou dont il ne faut pas se priver...Tu as raison de le souligner...Un petit bijou comme le Périgord...
J'espère un jour aller visiter ce beau village..Un de plus à découvrir..Vivement la retraite..

Nous habitons sur l'emplacement même d'un port fluvial (gare à la crue centenale qui risque un jour d'engloutir notre maison)...Je tremble à chaque orage des Cévennes)...Je ne suis pas originaire de mon patelin, mais, il parait qu'à 100 m de notre maison, des bateaux remontaient la rivière pour aller approvisionner la capitale...
Je doute que la vie à l'époque était si idyllique..
Je sais ce que je laisserai à mes petits enfants : mes vieux ordinateurs...Un jour, ils les découvriront au fond d'un grenier..Ils regarderont ce qu'ils ont dans leur ventre et, ils découvriront que leur grand-mère tchattait avec des inconnus..Seront surpris, eux qui en étaient restés à mémé tricotant au coin de la cheminée des chaussettes pour son vieux mari, chaussettes que pépé gardait une semaine..C'est peut-être pour ça que les gens de la campagne étaient des êtres frustres..parce qu'ils ne changeaient pas souvent de chaussettes et de caleçons...

Mauvaise langue la Juliette...

Écrit par : juliette | 30/10/2009

A Juliette : non pas mauvaise langue la Juliette , mais plume mordante politiquement incorrecte et savoureuse ! Pour ce qui est des gens frustes , je dirais qu'il n'y a pas que les gens de la campagne qui le soient si l'on en juge par la consommation moyenne de savon et de dentifrice par habitant !

Écrit par : ulysse | 30/10/2009

Vos trois premières photos sont un enchantement... peut-être un jour je vous les emprunterai... à quel prix ? ;-)

Écrit par : Maria-D | 31/10/2009

Les commentaires sont fermés.