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31/10/2009

En descendant la Dordogne

 

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Une fois n’est pas coutume, je vous invite à vous laisser aller….au fil de l’eau de la Dordogne,  dont la nature « fleuve » ou « rivière » fait débat. Les dictionnaires et encyclopédies la classent généralement comme une rivière confluant avec la Garonne au niveau de l’estuaire de la Gironde, mais certains experts régionaux considèrent que c’est un fleuve ayant un estuaire commun avec la Garonne.

Dans ce débat là, je n’entrerai pas, tenant à être bien accueilli la prochaine fois que je retournerai dans ce pays de cocagne que l’on quitte déterminé à y revenir! Me comprendront ceux qui ont déjà goûté un confit de canard aux pommes de terres sarladaises, arrosé d’un bergerac !

C’est un « fleuve-rivière » qui m’est particulièrement cher car je l’ai vu naître ce printemps sur les flancs du Puy de Sancy d’où jaillissent deux torrents le Dorre et le Dogne qui l’alimentent.

 

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Bercé par le clapotis de l’eau, nous arrivons au niveau de La Roque-Gageac, dont les maisons aux façades ocres et aux toits de lauze sont blotties au pied d’une falaise qui la protège des vents du nord, servant ainsi d’écrin à un superbe jardin exotique.

 

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Cet endroit idyllique était au moyen age le lieu de villégiature des évêques de Sarlat. Comme de nombreux membres du haut clergé de l’époque, ils invitaient leurs ouailles à faire pénitence pour s’ouvrir les portes du ciel, alors qu’ils ne se privaient pas, quant à eux, de profiter des bonheurs terrestres. Heureusement personne aujourd’hui ne fait plus carême car tout le monde sait que Dieu est un fumeur de havane et apprécie le foie gras. Si ce n’était pas le cas il ne permettrait pas le gavage des oies !

 

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Au bout du village, trône le manoir de la famille Tarde dont le membre le plus célèbre fut le chanoine Tarde (1561-1636) qui était historien, cartographe astronome et mathématicien. Les hommes cultivés de cette époque pouvaient aisément maîtriser plusieurs disciplines qui en étaient à leurs balbutiements. Aujourd’hui on fait 20 ans d'étude pour devenir un  spécialiste de la drosophile malanogaster (appelée par les ignorants que nous sommes mouche du vinaigre)  ou des turbulences  magnétiques provoquées par la rotation du 3ème anneau de Saturne.

 

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Mais il nous faut quitter ce lieu car le courant nous entraîne et dans notre monde il est difficile d’aller à contre- courant . On nous appâte sans cesse avec du « nouveau » apposé sur les produits comme si c’était en soi une qualité et comme si « l’ancien » était forcément ringard ou inadéquat.

Notre univers est hypocrite et schizophrène il se sert des attraits  de la jeunesse pour vendre sa verroterie, mais il se refuse, faute soi-disant d’expérience,  à la faire travailler. Quant aux plus anciens, ils ont trop d’expérience et ne sont plus assez malléables. Conclusion : dans nos sociétés modernes il faudrait naître à 30 ans et mourir à 45 !

 

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Nous apercevons bientôt le château de Beynac-et-Cazenac installé en haut de sa falaise, sur un site offrant l’une des plus belles vues de Dordogne.

 

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Le seigneur du lieu retranché dans sa forteresse, et peu au fait des évolutions historiques, nous accueille en tenue d’époque. Il faut dire qu’en cet endroit ont eu lieu de sanglants affrontements. Richard Cœur de Lion s’en empara, puis le sinistre capitaine d’armes Mercadier dont les bandes pillèrent longtemps la région. Vint ensuite le non moins sinistre Simon de Montfort, assassin des Cathares, qui démantela la forteresse. Celle-ci fut reconstruite par le seigneur de Beynac et bien qu’elle soit passée un temps au mains des anglais pendant la guerre de cent ans, elle a gardé l’aspect qu’il lui avait donné.

Ne souhaitant pas perturber le maître des lieux en lui signalant que les anglais avaient fait un retour en force dans la région, nous le laissons à sa garde méditative, lointain confrère du lieutenant Drogo du Désert des Tartares.


 

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En ce doux pays, les seuls crimes qui soient aujourd’hui commis concerne le peuple des oies et des canards qui en sont l’emblème et dont les cuisses, cous, gésiers, manchons, foies ravissent les estomacs tout en préservant, merci seigneur, nos artères.

Ils sont à la base du paradoxe français qui nous assure d’heureux vieux jours et épate les anglo-saxons. Certains ayatollas prohibitionnistes pseudo scientifiques tentent aujourd’hui de contester ces faits mais je leur parierais volontiers une caisse de bon vin rouge qu’ils mourront avant moi. Le problème de ce genre de pari est que celui qui perd ne peut honorer son contrat.

 

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Mais plutôt que de se lancer dans de vaines polémiques avec ces tristes sires, je vous invite à admirer les courbes sensuelles de la Dordogne qui va en aval faire don de son eau au vignoble du Bergerac qui la transforme en vin et l’offre ensuite à nos gosiers, Le seul vrai bonheur de l’existence et dans le don et c’est un crime que  de refuser ce qui est ainsi offert.

 

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Le vin donne de l’imagination aux hommes et sans l’ivresse qu’il procure comment pourrait-il imaginer de faire tenir d’aussi frêles arches de pierre au dessus de l’eau ? N’est ce pas là une preuve incontournable des bienfaits du vin ?


Texte & Photos Ulysse



 

26/10/2009

Autour de Domme, l’Acropole du Périgord

 

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En voyant le titre de ma chronique vous penserez que je fais des infidélités au  pays d’OC. Que nenni ! car le Périgord est une région de langue d’Oc où s’épanouissait au moyen age le « fin’amor » célébré par les troubadours, trouvères et ménestrels, alors que les gens du Nord en étaient encore à chanter des chansons à boire, qui ne sont pas non plus pour me déplaire.

La célébration de la femme et du vin est, de fait,  pour moi le trait majeur  des grandes civilisations. En cela l’Egypte antique était supérieure à la Grèce ou à Rome qui mettaient de l’eau dans leur vin et conférait un rang subalterne aux femmes. Il y eut des femmes pharaon alors qu’il n’y a pas eu de femmes empereur.

 Les peuples qui se privent ainsi de l’intelligence de leurs femmes sont condamnés à péricliter, car rien ne vient polir l’égo démesuré des hommes qui peuvent se livrer librement à leurs mauvais penchants : s’entretuer pour savoir qui sera le chef ! En  outre, il est prouvé que de ne pas changer de chaussettes régulièrement nuit à la productivité (en raisond’une mauvaise ventilation du cerveau) et que les moustaches et les barbes sont des nids à virus.

 Mais revenons au Périgord où cette noble pratique moyenâgeuse  de joutes poétiques célébrant la femme s’est aujourd’hui perdue dans les brouillards qui montent aux premiers jours d’automne de la Dordogne. Ils envahissent ainsi la plaine quand l’air frais poussé par le vent du nord se mêle à l’haleine tiède de cette sensuelle rivière dont les rives sont ornées d’une multitude de joyaux de pierres.

 

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Les rayons du soleil nimbent le paysage d’un voile d’or qui ne révèle que l’essence des choses et donne consistance à l’air qui nous entoure. On prend alors conscience que notre terre  est entourée d’une bulle d’air fragile dans laquelle nous nous mouvons, comme ces boules en verre que l’on agite pour y faire tomber la neige. Une immense main invisible ne nous secoue-t-elle pas quand notre terre tremble et a des soubresauts ?

 

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Nous sommes au pays des contes de Grimm et l’on guette inquiet la porte des masures près desquelles on passe, craignant d’en voir surgir un ogre ou une sorcière perchée sur son balai. J’ai conscience que mes fantasmes trahissent mon age, car un écrivain plus jeune aurait parlé d’un barbu armé d’une kalachnikov ! 

 Dans mon enfance la violence était cantonnée dans les contes  qui nous permettaient en quelque sorte de l’apprivoiser et de souligner son caractère déviant et nuisible à la vie en société. Aujourd’hui elle s’est banalisée dans les journaux télévisés relayés par les jeux vidéo qui en font une dimension inhérente à la vie en société. Etre violent aujourd’hui n’est  pas  considéré par un bon nombre de personnes comme condamnable mais comme un mode d’affirmation de soi, de ses idées ou encore de défense de ses intérêts. De même que voler ou frauder n’est plus un délit mais une compensation à ce que l’on n’a pas mais que l’on estime mériter. (même si l’on n’a rien fait pour !)

 

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Fuyant ce monde brumeux et oppressant je cherche  alors une place forte pour y trouver refuge. Laquelle mieux que Domme, perchée sur une falaise surplombant de 150m la Dordogne, pourrait me protéger des mauvaises rencontres .

 

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Bâtie par Philippe le Hardi en 1281 pour défendre la région contre les incursions anglo-gasconnes, elle prospèra grâce à la qualité de son vignoble de ses marchés et de son commerce fluvial.

 

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La beauté des bâtisses d’habitation et des anciennes halles témoigne de cette prospérité passée. Les contemporains conscients de la richesse et de la beauté de cet héritage en prennent grand soin. Voilà un heureux pays où le cairon brut qui fleurit en pays héraultais n’a pas droit de cité.

 

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Aujourd’hui les hordes de touristes du monde entier, fascinés par l’art de vivre à la française, qui sait marier ripailles et bonne santé (au grand dam des hygiénistes et des prohibitionnistes qui voudraient nous weight-watchèrisés) remplissent les escarcelles des marchands en provoquant, hélas, des hécatombes d’oies et de canards (c’est ce que l’on nomme pudiquement en géopolitique , les dégâts collatéraux).  L’écrivain américain Henry Miller qui s’y connaissait en jouissance  et résida un mois à Domme en parla comme de « l’approximation la plus voisine du paradis »

 

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Mais je suis certain que du paradis on n’a pas une aussi jolie vue sur la Dordogne, que l’on aperçoit du Belvédère de la Barre, encore nimbée de brume et d’une étole de nuage qui dérive lentement dans la brise matinale.

 

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Sur les alluvions abandonnées au cours des millénaires par la Dordogne, les hommes ont tracé un patchwork de champs, somptueux manteau d’Arlequin végétal où des arbres semblent déambuler, promeneurs paisibles auxquels les oiseaux prêtent leurs chants.

 

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Le soleil ayant fait son œuvre, le ciel  retrouve sa limpidité et se mire dans la Dordogne où le monde se dédouble épris, comme Narcisse, de sa propre beauté.

 

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Sur cette rivière ainsi que sur  le Lot, avec lequel elle se marie en aval,  les hommes du Périgord et du Quercy ont développé depuis le néolithique une civilisation fluviale capable d’affronter les hautes et dangereuses eaux hivernales.  Ainsi le bois de chêne et de châtaigner, les noix, les fromages, les châtaignes,  étaient exportés vers Cahors et Bergerac, puis ensuite au delà vers Bordeaux. Au retour les bateaux rapportaient le sel, le sucre, les poissons salés et tout ce qui pouvait s’acheter sur les quais de ce  port.

 Si aujourd’hui le chemin de fer et le transport routier ont fait disparaître cette civilisation, le souvenir des courageux «gabarriers » est présent dans toutes les mémoires.

 Quel exemple laissera notre époque qui puisse ainsi inspirer nos descendants et faire leur admiration ? Les métiers autrefois assuraient une fonction vitale au bon fonctionnement de la société et donnaient un sentiment d’utilité à ceux qui les pratiquaient.

Dans notre monde mécanisé, informatisé où selon la  formule du sociologue Georges Friedman  « le travail est en miettes «  notre activité professionnelle se réduit le plus souvent à une pièce d'un puzzle dont nous ne voyons plus le tableau d’ensemble. Nous sommes devenus des rouages qui finissent par tourner machinalement dans le vide, un peu comme ces pauvres écureuils que l’on enferme dans des cages circulaires qu’ils font tournoyer en voulant avancer. Et quand nous ne tournons pas assez vite, ceux qui commandent le dispositif  s’en vont faire « moudre leur grain » ailleurs .

 

Texte & Photos Ulysse


 

21/10/2009

Changement de décor : je vous emmène à Cahors

 

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Durant toute ma scolarité, je me suis ennuyé pendant les cours d’histoire, sauf en classe de seconde où ma prof arborait de superbes décolletés que masquait, hélas, les jours d’hiver, une large écharpe blanche (à chacun ses madeleines !)

Ces litanies de batailles, de massacres, de souverains despotes et sanguinaires m’horrifiaient et me faisaient douter de l’intelligence de l’homme. Seuls les récits des expéditions des explorateurs : Magellan, Vasco de Gama, Christophe Colomb, Tintin et Milou et Corto Maltese trouvaient grâce à mes yeux.

Si l’on analyse les choses lucidement, on constate d’ailleurs qu’à quelques exceptions près, telles qu’Alexandre le Grand, Hadrien, Gandhi, Obama et Angela Merkel, les hommes (ou les femmes) de qualité ne recherchent pas le pouvoir suprême, qui n’intéresse généralement que les médiocres, qui y cherche une compensation à leur médiocrité. L’histoire de France récente en est hélas une parfaite illustration.

C’est en voyageant que j’ai pris goût à l’histoire, celle écrite par les hommes et les femmes « ordinaires » qui nous ont laissé en héritage cités, chapelles, châteaux, abbayes, ponts, mais aussi moulins, capitelles, murets, vignobles, toutes œuvres révélant et magnifiant les mille facettes du génie humain quand il sert les intérêts de la collectivité.


Et, en la matière Cahors est un beau livre d’histoire. Crée par les Cadourques (tribu gauloise) au 1er siècle avant notre ère, autour d’une source qui alimente encore la ville, elle prit son essor à l’époque romaine où elle devint Cadurca, qui au fil du temps a donné Caurs puis Cahors.

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Paresseusement blottie dans un méandre du Lot, elle est aujourd’hui un peu à l’étroit et déborde sur l’autre rive où les maisons se tiennent en rang serré, épaule contre épaule, adossées aux falaises des collines au milieu desquelles le Lot a creusé son lit.

Cahors a donné son nom à une autre rivière de couleur sang alimentée par le cépage Cot et qui prend ensuite le chemin des barriques, des bouteilles puis des verres pour finir – tout est bien qui finit bien - dans nos gosiers !


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Cette belle cité, aujourd’hui un brin assoupie, fut au XIIIème siècle l’une des plus grandes villes de France suite à l’arrivée de marchands et de banquiers Lombards, qui en firent l’une des grandes places bancaires d’Europe. La fièvre de l’or s’est alors emparée des « cahorsins » (synonyme à l’époque d’usurier) et cette frénésie fut stigmatisée par l’écrivain florentin Dante (1261-1321) qui précipita Cahors comme Sodome dans l’enfer de sa Divine comédie.

En cela Dante était visionnaire vu l’enfer dans lequel les banquiers ont plongé aujourd’hui une partie de l’humanité. Mais loin de faire amende honorable , voilà qu’ils recommencent à se « baffrer » ! Le veau d’or aura hélas encore et pour longtemps ses adorateurs.

Lors de la guerre de cent ans, Cahors fut obligée de se donner aux anglais - bien que leur ayant victorieusement résisté - suite à la signature par le roi de France Jean II du traité de Brétigny (1360) cédant le sud ouest de la France à Edouard III roi d’Angleterre. Ruinée par les « perfides albionais » Cahors ne revint dans le giron de la France que sous le règne d’Henri IV.

Mais la ville va longtemps vivoter et ce n’est qu’au XIXème siècle qu’elle retrouva un semblant de prospérité.


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Cahors peut s’enorgueillir de posséder l’une des plus imposantes cathédrales romanes de France. Edifiée au XIIème siècle et dédiée à St Etienne, son allure de forteresse répondait à un souci de protection des habitants mais visait aussi à assurer le prestige de l’église catholique. Il est vrai que quand le comportement des membres d’une institution lui fait perdre tout crédit , il ne lui reste que les armes de la contrainte et de la puissance pour s'imposer. Hier on effrayait les âmes en les menaçant de l’enfer, aujourd’hui on manipules les esprits en utilisant les télés et les journaux.

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Un sculpteur facétieux a placé à mi-hauteur sur le coté de la cathédrale loin de la vue des notables de l'église qui n'empruntent que le grand portail, la tête d’un « drôle » tirant la langue, sans doute à l’intention des bigots et bigotes qui s’en vont prier dieu pour leur salut mais ferme les yeux sur les malheurs de leurs congénères.

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 Le cloître plus tardif (1509), de style renaissance, présente un mariage harmonieux du monde végétal et minéral magnifiés par le génie de l’homme. Les lignes géométriques des pelouses combinées aux arcatures ouvrant sur la pénombre des galeries créent un espace propice à la méditation : où allons nous dîner ce soir ?

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A l’angle d’une rue trône un monument dédié au poète Clément Marot (1496 -1544), enfant du pays, qui célébra en quelques vers la présence dans le Quercy de l’ombrageux Lot et de la généreuse Dordogne, qui au vu des traits humains que leur a prêtés un sculpteur auraient bien aimé s'unir. Vous aurez deviné sans peine dans quelle rivière je préfèrerais me baigner !

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Et puis nous arrivons au pied du joyau de Cahors, le pont de Valentré, magnifique bague de pierre passée au doigt du Lot . Véritable chef d’œuvre de l’art militaire du moyen age, avec ses tours à mâchicoulis s’élevant à 40m au dessus de l’eau, ses parapets crénelés et ses avants- becs rompant la succession des arches, ce pont séduit par son élégance et son harmonie.

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A l’origine les tours extrêmes étaient fermées de portes et de herses et la tour centrale servait de poste d’observation. Il formait ainsi une sorte de forteresse commandant le passage du fleuve qui impressionna tant les anglais pendant la guerre de cent ans -peuple pourtant guère impressionnable qui affronta sans sourciller les V2 du sinistre moustachu - qu’il ne fut jamais attaqué.

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La perfection et l’élégance des lignes de cet ouvrage subjuguent le Lot lui même qui s’écoule paisiblement sous ses arches

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Vu les prouesses technique que représente la construction d’un tel ouvrage, la légende prétend que l’architecte avait passé un pacte avec le diable pour qu’il l’aide à construire le pont. Ce qui en quelque sorte revient à considérer Dieu comme un incapable, mais il faut dire que vu l'état du monde on peut légitimement se poser des questions sur ses capacités.

Toujours est-il qu'en échange de son âme, l'architecte aurait demander à Lucifer de porter de l’eau aux ouvriers, mais en lui remettant à son insu un seau troué (pas finaud non plus le diable !). Pour se venger Belzébuth aurait fait chaque jour tomber une pierre placée en haut de l’angle nord est de la tour centrale. Lors de la rénovation du pont au XIX ème siècle par Viollet – le - Duc on plaça à cet endroit une pierre représentant ce sinistre personnage.

 

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La visite de Cahors s’achève . A vous de prendre le relais et d’aller flâner dans cette charmante ville du Quercy qui comporte bien d’autres merveilles au sein de ses ruelles moyenâgeuses, notamment de riches demeures qui sont comme un livre d’histoire et d’architecture en plein air .

Bonne balade !

Texte & photos Ulysse

18:04 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (30) | Tags : cahors, lot, henri iv, dante

06/10/2009

Périple en Andorre- Dernière partie : Les lacs de Tristaina

 

 

 

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Des quatre éléments  identifiés par les philosophes grecs : terre, air, feu et eau, celui qui sans conteste m’apparaît le plus  étonnant est l’eau. C’est au demeurant l’élément dominant de notre planète et le principal constituant de nos organismes. Elle me semble en outre supérieure aux autres éléments puisque  elle vole dans l’air sous forme de nuages, elle rend la terre fertile et éteint le feu. De surcroît elle modifie son apparence selon qu’elle est pluie, neige, glace ou vapeur d’eau.

 Et ce matin alors que nous partons pour faire le circuit des lacs de Tristaina, et éventuellement faire l’ascension du pic du même nom (2874m) réputé très difficile, l’eau nous offre le spectacle éblouissant d’une multitude de ruisselets  sinuant paresseusement au fond du vallon que nous longeons  pour rejoindre les lacs.

 

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Quand on a gardé son âme d’enfant la nature vous livre ses secrets et ses merveilles . Pour ma part  je n’ai aucun problème vu que j’ai 8 ans d’age mental , mais heureusement plus de 18ans d’age « gosier-tal », ce qui m’autorise à consommer des breuvages bacchusiens, car mon admiration pour l’eau se limite à ses usages externes.

 Ainsi ce matin, les yeux encore éblouis par ces eaux miroitantes, j’aperçois dormant allongé sur la crête d’en face le visage d’un géant . Sans doute s’agit il du « Beau au mont dormant » dont parle une légende Andorrane et qui ne se réveille qu’une fois par mois lorsque la lumière de la lune rousse vient effleurer ses lèvres (d’où sans doute la réputation de sensualité que l’on attribue aux rousses)

 

 

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Mais nous voici au bord du premier lac. Il est encore un peu tôt pour s’y baigner car l’air froid qui descend des cîmes n’a pas encore eu le temps d’être réchauffé par le soleil, ni l’eau du lac  à fortiori !

 

 

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Nous prenons un peu d’altitude et découvrons le second lac de Tristaina, plateau d’argent suspendu au dessus du vide. On nous apprend dès l’enfance à attribuer une couleur fixe aux objets : l’orange est orange,  la tomate est rouge, les feuilles au printemps sont vertes , le ciel est bleu etc..

 Mais comme nous l’ont montré les impressionnistes les objets peuvent avoir une myriade de couleurs selon les jeux d’ombre et de lumière auxquels ils sont exposés. C’est ainsi que les lacs de montagne peuvent être blanc, gris, bleu, violet, vert, émeraude,argent, or , rose selon l’heure du jour et l’état du ciel. La sagesse populaire dit aussi que la nuit tous les chats, même les blancs, sont gris ! Qui a osé ricané en disant que la nuit Ulysse était aussi toujours gris ?  Attention je vous ai à l’œil avec ma webcam !

 

 

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Parfaite et merveilleuse illustration de mes propos précédents le troisième lac de Tristaina aux eaux outremer teintées par endroits d’émeraude se révèle enfin  à nos yeux

 

 

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Au fur et à mesure que nous grimpons, la vue sur les lacs s’élargit et ceux qui après avoir contemplé ce panorama  s’interrogeraient encore sur  l’utilité de «  marcher pour rien » en montagne sont à mon avis  à classer parmi ceux auxquels le sinistre Lelay pensait quand il disait qu’il offrait aux annonceurs de TF Hun « du temps de cerveau disponible ! »

Les plus observateurs de mes lecteurs et lectrices auront sans doute repéré une scène troublante concernant le lac  figurant à droite de la photo.

 

 

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On voit en effet dans la partie inférieure droite du lac, la montagne poser une main affectueuse autour du cou d’un visage d’homme. De fait une légende prétend qu’une jeune femme Tristaina (d’où le nom des lacs) s’est noyée à cet endroit et que son amant inconsolable s’est aussitôt jeté dans les flots.

Mais la montagne est tombée amoureuse du jeune homme et le tient depuis ce temps dans ses bras l’empêchant de se noyer .  Selon la légende quiconque tenterait de le libérer serait enseveli aussitôt sous une avalanche de rochers. Courageux mais pas téméraires nous n’avons pas essayé ! (je sais je vous déçois un peu Mesdames mais je ne peux pas avoir toutes las qualités !)

 

 

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Nous arrivons près de la pancarte indiquant le sentier pour accéder au sommet du Pic de Tristaina qualifié de « molt difficile » (« molt » auquel correspond chez nous le terme ancien « moult » voulant dire très) et de fait selon nos renseignements pris la veille, il y a eu deux accidents mortels récents sur cet itinéraire.

Nous posons nos sacs et tergiversons pour savoir si nous tentons malgré tout l’ascension, quand soudain le « destin » décide pour nous …ou peut être est ce la montagne qui admirative de nos  exploits des jours précédents a voulu nous épargner un sort funeste !

 

 

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En effet une énorme masse nuageuse déborde soudain de la crête et dévale la montagne...

 

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La masse de nuages s’écrase au sol et commence à dévaler vers nous  comme la mer à marée montante au Mont Saint Michel.

 

 

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Ce « tsunami » nuageux met fin à nos tergiversations et nous remettons prestement sur le dos nos équipements avec une seule idée en tête : redescendre le plus vite possible ! Nous pensons avec effroi à la difficile situation dans laquelle nous aurions été si ce phénomène météorologique avait été plus tardif et nous avait surpris au cours de l'ascension du Pic ! Une leçon  à tirer pour les apprentis montagnards : même par grand beau temps ne jamais partir sans sa boussole, son mobile, sa polaire, son coupe vent, son coupe-faim et bien sur son anti-gel !

 

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Mais la masse nuageuse nous engloutit et nous pressons le pas afin de ne pas perdre notre chemin. Nous n’avons pas envie de jouer aux marmottes et de se terrer dans un creux du terrain en attendant que ce tsunami passe. Nous avons certes un peu de « soleil liquide » venant du pays d’oc dans nos sacs mais pas assez pour  maintenir longtemps nos corps  à une température vitale.  Car le cœur du nuage étant à 8°, ce ne sont pas les 13° du breuvage en question qui nous sauvera d’une hypothermie certaine.

 

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Heureusement l’air tiède qui monte de la vallée stoppe pour un moment la vague nuageuse et nous pouvons faire une halte et reprendre notre souffle auprès du premier lac de Tristaina qui a de nouveau changé de couleur.  Preuve est faite que les objets n’ont pas de couleur propre. Celle-ci résulte de l’interaction de leur structure et de la lumière qui les touche. Mais ne sommes nous pas nous même multiple, notre « être » variant selon le milieu dans lequel ils se trouve ?

 

 

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Narguant les nuages arrêtés dans leur élan par la brise  ascendante, nous plongeons une tête dans le lac dont les eaux étonnamment tièdes (au moins 17°) témoignent du réchauffement climatique en cours. Au train où vont les choses, les générations futures connaîtront elles encore ce bonheur de jouer les grenouilles (en l'occurrence les crapauds!)  dans les lacs de montagne ?

 

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Mais la masse de nuages accumulés finit par l’emporter sur la brise (certains gros nuages d’orage peuvent peser des millions de tonnes !) et à engloutir le pourtour du lac . Nous levons précipitamment le camp pour rejoindre  nos pénates.

 

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Sur le chemin du retour, nous surprenons soudain deux êtres étranges qui, profitant du brouillard ambiant, s’apprêtaient à s’embrasser. D’après une légende andorrane, il s’agirait de deux amants que la fée Armoise a transformé en pierres après que le jeune homme ait refusé ses avances.  Après avoir vu un  tel spectacle comment oser dire de quelqu’un d'insensible qu’il a un cœur de pierre ?

 

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Ayant retrouvé la sécurité de nos pénates, vous avez droit à une photo de notre groupe dont les mines réjouies témoignent des effets  bénéfiques de la randonnée…… ainsi que de la sangria sur le moral !

 

 

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Le lendemain matin, au moment du départ, l’ensemble des nuages qui couvraient les monts sont tombés au fond de la vallée comme si la montagne voulait nous dissuader de retourner dans les miasmes du monde urbanisé.

Restez ! Jouissez de mes torrents ! Caracolez sur mes sommets ! Dévalez mes pentes ! Enivrez vous de mon air limpide ! semble-t-elle nous dire. Mais bon, nous n’avons pas la capacité qu’ont nos gouvernants  de financer leurs dépenses en creusant un peu plus l’abyssal  déficit public et il nous faut rentrer ! Mais c’est promis, si Nicolas ne casse pas notre tirelire on reviendra !

Merci de tout cœur chers lectrices et lecteurs de nous avoir accompagner ; lors de notre prochaine rencontre nous ne manquerons pas boire à votre santé (ça fera une occasion de plus !)

PS : pour un séjour en Andorre nous vous recommandons vivement de séjourner aux portes du parc Naturel de Sorteny à l’hotel Bringué (***) situé dans le village d’El Serrat fort calme et qui offre un excellent rapport qualité prix (salle de gym/piscine/sauna)

 

A la prochaine.....


Texte & Photos Ulysse (sauf celles signées J.M-P et Marie.B que je remercie pour leur copyright)