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28/11/2009

Etonnez vous, allez sur le Caroux ! (1ère partie)

 

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Pour la majorité des vacanciers l’Hérault est le département de la Grande Motte, de Palavas les Flots ou du plus grand lupanar d’Europe : le cap d’Agde !

Certes les plages de ce vaste département ne manquent pas de charmes, le pluriel s’imposant dans ce cas car on y trouve l’été la plus grande densité de zigounettes, de zézettes et de roplopos dénudés du monde développé.

Mais mes fidèles lectrices et lecteurs savent qu’il comporte bien d’autres merveilles et notamment le superbe massif Montagneux de l’Espinousse . Oh ! j’entends les pyrénéens , les alpiniens et les auvergnats s’esclaffer en lisant mon propos, mais je leur donne rendez vous au pied du Caroux, le plus beau sommet de ce massif,  et les invite à me suivre – s’ils peuvent ! – sur des sentiers qui leur feront faire plus de 1000 m de dénivelé ! Ils constateront alors que l’Hérault est aussi un département montagneux !

 

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Quand on grimpe sur le Caroux au début de l’été, ses versants et le plateau sommital sont alors couverts de bruyères en fleurs, et la beauté qui s’offre ainsi à vos yeux  transporte votre âme (c’est toujours ça de moins à porter surtout si , comme moi, vous n'êtes pas allé vous confesser depuis votre première communion ) et vous donne le pied léger .

 

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L’un des plus beaux secteurs est celui du vallon du Vialay, que domine le roc Fourcat, immense canine de pierre qui mord dans le ciel bleu. Ne se croirait-on pas en haute montagne, avec de surcroît l’énorme avantage que le climat qui y règne permet de cheminer sans le barda  indispensable dans les autres massifs. On peut ainsi, oh bonheur,  remplacer l’anorak, les gants et la couverture de survie par un flacon, voire deux, de Coteaux du Languedoc. ! Flacons que l’on dégustera, de surcroît, confortablement installé au bord d’un torrent dont les eaux relativement tempérées vous accueilleront pour une tonifiante trempette. Montagnards de tous les pays, cela vous fait rêver,  je n’en doute pas !

 

 

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Le sentier du Vialay traverse une muraille naturelle, curiosité géologique due au basculement du plateau, suite à l’émergence des Pyrénées il y a quarante millions d’années. Le portail de Roquenduire situé dans la montagne de Rosis ainsi que le Pic Saint Loup, autre sommet emblématique de l’Hérault  situé vers le nord est et où  je vous ai déjà emmené, sont nés dans les mêmes circonstances.

 

 

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Au mois de juin, les versants des sommets des Pyrénées et des Alpes s’illuminent des fleurs de rhododendrons, mais le Caroux avec son tapis de bruyère n’a rien à leur envier .

Le mouflon, le sanglier ou le renard qui passent ici  ne perçoivent pas cette beauté et n’y voient qu’un lieu propice à leurs ébats ou à leur recherche de nourriture, de même que l’on n’a jamais vu une poule s’esbaudir devant la forme parfaite de son œuf.

Mais qu’un humain (même s’il est chasseur) reste insensible à un tel spectacle, cela ne se peut. Car le sens du beau est partie intégrante de l’âme humaine et c’est cette reconnaissance spontanée qui témoigne de notre dimension spirituelle.

 

 

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D’ailleurs le vieux roi du Caroux passe  ses journées à contempler les versants fleuris de son domaine. Des dizaines de farfadets, que seuls les êtres simples d’esprit (comme je le suis) peuvent de temps en temps apercevoir, cueillent pour lui ces inflorescences mauves dont ils font une une tisane apaisante, diurétique et sédative. Elle est aussi conseillée pour la goutte, les rhumatismes et toutes les maladies liées à l'excès d'urée et d'acide urique. Vous vous doutez que j’en fait des cures régulières !

Au demeurant ce vieux roi est un souverain vénérable et débonnaire qui vit au jour le jour et a le soleil pour montre, au contraire de ces roitelets survitaminés dont les secondes sont si précieuses qu’ils les mesurent avec des montres dont le prix ferait vivre un village africain pendant dix ans.

 

 

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Puis le chemin plonge vers le torrent et traverse de hautes futaies de pins qui laissent parcimonieusement passer quelques miettes de soleil dont se repaissent de maigres arbrisseaux. Ainsi en tous lieux, sous des aspects bucoliques et paisibles les règnes végétal et animal se livrent une lutte sans merci qui aboutit cependant à un certain équilibre. Mais le risque aujourd’hui est qu’un troisième larron, l’homme, ne les mette tous d’accord en créant un désert autour de lui, où il disparaîtra aussi !

 

 

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Il suffit ensuite de passer le pont séculaire qui enjambe le Vialay pour trouver sur ses berges une endroit idyllique pour le pique-nique et l’après pique-nique, qui prend généralement la forme d’une sieste réparatrice.

A cet égard, si vous êtes patrons et que vous lisez ce blog , sachez que vous augmenterez la productivité de vos salariés en leur octroyant une petite sieste après le déjeuner : investissez donc dans des dortoirs plutôt que dans des voitures de fonction qui émettent du CO2, créent des embouteillages et réduisent au contraire la productivité.  Vous renforcerez de surcroît la natalité de notre pays et assurerez à long terme l’équilibre du régime de retraites. C’est simple mais fallait y penser !

 

 

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Pendant que nos compagnes mettent « la table » (nous sommes de la vieille école) et que les flacons de polyphénols prennent le frais, nous effectuons nos ablutions dans une vasque sous l’œil étonné  de quelques truites. Voyez que je n’ai pas exagéré, c’est vraiment la vie rêvée… !


A suivre….

 

Texte & Photos Ulysse

23/11/2009

Le temps passe, oh misère ! allons à Saint-Léon-sur-Vézère !

 

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Notre vie est éphémère mais pris par le courant de nos affaires nous l’oublions trop souvent. Nous perdons ainsi notre temps et accordons de l’importance à des à des choses qui n’en valent pas la peine : comment sera la mode ce prochain printemps ? qui gagnera à sot lantha ? ou qu’a dit hier notre tsarounet Nicolaiev ?

Arrêtons un instant de courir et de ratiociner sur des questions sans intérêt avant que le destin ne glisse le tourbillon d’atomes que nous sommes sous le tapis de l’histoire et rejoignons le village de Saint-Léon-sur-Vézère pour nous y reposer et méditer.

Le parc du Château de la Salle qui se dresse au cœur du village depuis le XVème siècle où se marient harmonieusement ombres et lumières offre un lieu propice à la méditation : Qui de la limace ou de l’escargot a fait le meilleur choix , celui qui porte sa maison sur son dos et peut s’y réfugier en cas de sécheresse ou celle qui peut vagabonder plus librement mais s’expose à griller au soleil ? On peut considérer que chacun de ces choix présente des avantages puisque les deux espèces ont survécu jusque là . Mais probablement que l’homme a contribué à cette heureuse évolution en cultivant ses salades dont les deux espèces raffolent.

Ce qui nous amène à nous interroger sur la pertinence du mode de vie sédentaire pour lequel nous avons opté et dont profitent ignominieusement ces gastéropodes ? Mais ce dégât collatéral serait supportable si nous n’étions pas contraint de nous endetter à vie pour acquérir une cabane à lapins (qui eux aussi, au demeurant, bouffent nos salades !) où nous passons nos soirées devant la téloche, cette super machine à laver les cerveaux pour qu’ils soient plus réceptifs aux messages publicitaires.

On peut légitimement se demander si l’humanité ne serait pas plus heureuse si nous étions restés des cueilleurs chasseurs vivant sous des tentes éclairées par des feux de bois et la clarté des étoiles Les œuvres de Claude Lévi-Strauss qui vient de mourir nous interpellent sur ce point.

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Certes je dresse un portrait caricatural de notre civilisation qui a su exalter les potentialités spirituelles de l’homme et a amené certains d’entre eux à détacher un instant leur regard de leur nombril ou de leur entrejambe pour regarder vers le ciel et dresser vers lui des prières de pierres que l’on nomme chapelles, églises, cathédrales, temples ou mosquées.

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Et l’église romane de Saint-Léon-sur-Vézère, édifiée du XIIème, siècle est un magnifique exemple de cet élan spirituel. Hélas la religion qui a produit de tels chefs d’œuvre avait sa face d’ombre et a, dans les siècles qui ont suivi, appelé au massacre de ceux qui ne voulaient pas se soumettre à ses dogmes.

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Aujourd’hui les églises alignent vainement leurs chaises où ne s’assoient plus guère que les touristes qui souhaitent se reposer. Au cours des siècles pourtant des milliers d’ouailles sont venus y prier, mais vu l’état du monde leurs prières sont manifestement restées vaines et les prieurs se sont lassés ! S’ils n’ont pas été exaucés, c’est que Dieu désespéré par l’homme a probablement changé de galaxie. Car s’il était encore parmi nous il ne permettrait pas qu’il soit bu sur terre plus de coca-cola que de vin, dont son cher fils nous a dit qu’il était son propre sang !

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Il y a dans cette église une statue de vierge noire dont la présence honore la mémoire de ceux qui l’y ont mise. Voilà un sublime message adressé à tous les sinistres abrutis qui tabassent les gens de couleur par racisme, comme cela a été le cas récemment à Montauban. Ils ne savent pas ces crétins que nos ancêtres étaient noirs et sont venus d’Afrique. Dans leur cas, le gène de l’intelligence s’est manifestement perdu en route.

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Et puisque nous ne sommes que poussière destinée à retourner à la poussière, allons faire un tour au cimetière à l’entrée duquel est dressé un crucifix en pierre séculaire. Ce crucifix fut l’objet d’un événement étonnant qui est conté en latin sur le tympan du portail de la chapelle édifiée à proximité. Ainsi en 1233 un mécréant qui avait décoché une flèche vers le crucifix tomba raide mort avec « le visage tourné derrière devant ». En 1890 quand son squelette fut exhumé, on découvrit qu’il avait effectivement le crâne retourné ! Avis aux blasphémateurs !

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Mais avant que la faucheuse ne nous cueille, profitons autant que faire se peut de la vie. Puisque nous sommes condamnés à une existence sédentaire, les vagabonds n’ayant plus droit de cité dans nos sociétés « policées » (mot qui autrefois signifiait civilisé) et vidéo-surveillées, certains ont choisi de vivre dans cet élégant château de Clérans édifié au XVème siècle. Ils ont tenté de cacher leur « bonheur » en entourant le château d’un mur hideux, honteux sans doute de leur prospérité matérielle, alors que la crise sévit autour d’eux.

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Mais, honteux, ils ne devraient pas être, car quelle personne sensée aimant la vie souhaiterait vivre dans un tel cercueil de pierres, quand d’aimables masures entourées de foisonnants jardins s’offrent à vos à vos pas et à vos yeux ?

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D’ailleurs, ces deux aimables congénères attablés au bord de la Vézère ont compris où l’on avait le plus de chance de rencontrer le bonheur : on le croise souvent au bout d’un chemin de terre ou au bord d’une rivière dans ces endroits où seuls vos souliers ou un vélo peuvent vous emmener .

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Puisque nous avons décidé de prendre un peu de bon temps, empruntons une vieille barque et laissons nous porter par le courant pour descendre jusqu ‘au village des Eyzies, haut lieu de la préhistoire.

Les grottes abondent dans ces falaises dans lesquelles nos ancêtres, qui vivaient entre 15.000 et 20.000 ans avant notre ère, se sont enfoncés de plusieurs dizaines de mètres, éclairés par de simples lampes à huile pour y dessiner et peindre de magnifiques scènes animalières.

On peut encore les contempler dans de rares grottes comme celle – magnifique- de Font-de-Gaume.

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Quel était leur but, quelles étaient leurs pensées en réalisant ces peintures rupestres?. Croyaient-ils en pénétrant dans l’obscurité des grottes rejoindre l’au delà d’où ils pouvaient acquérir la maîtrise du monde animal en le dessinant pour s’assurer des chasses fructueuses ? Nous ne le saurons sans doute jamais et nous nous contentons d’admirer ces œuvres qui illustrent le génie que depuis l’aube des temps l’homme a manifesté.

Alors ne gâchons pas nos existences et tentons de vivre à la hauteur de ces ancêtres qui ont su produire des chefs d’œuvre dans un monde qui n’était qu’hostilité.

Cela dit, pour être honnête la sédentarité a du bon ! Sans elle je ne pourrais pas déguster, comme je vais le faire après avoir fini d’écrire cette note un « Dolce vitae » du domaine Ellul Ferrières (Coteaux du Languedoc), un vin de velours hautement civilisé !

A votre santé !

Texte & photos Ulysse (sauf la dernière qui est une reproduction d'une photo de Font-de-Gaume)

17/11/2009

Le terroir parle dans les flacons du Domaine Lisson

 

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Quand on s’approche du domaine de Lisson, la vue que l’on en a est de bonne augure : il est situé au plus près du ciel, au sommet d’une colline dominant le village médiéval d’Olargues, plus connu pourtant pour ses marrons que pour ses vins.

Mais chacun sait que la vigne pour donner le meilleur d’elle même a besoin de faire la sieste au soleil et de dormir au frais. L’alternance du chaud et du froid, comme une douche écossaise, stimule la circulation de la sève et développe des arômes complexes et subtils qui font défaut aux vins de plaine cuits par le soleil.

 

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Pour se rendre au domaine, mieux vaut prendre rendez vous avec Iris qui vous en indiquera le chemin. Les quelques kilomètres de la piste qui grimpe allègrement sur le flanc des coteaux boisés dominant la plaine du Jaur vous préparent doucement à un retour bucolique dans le passé

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Le domaine s’alimente en effet en eau à partir d’une source et tire son énergie du soleil et le reste est à l’avenant : ici on laisse faire la nature, l’herbe court au milieu des vignes d'où sont bannis les pesticides et les herbicides - seule la bouillie bordelaise ayant droit de cité – elle est fauchée au besoin pour permettre aux souches de prendre l’air.

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Alors que tant de vignobles sont organiquement morts et produisent des vins sans âme, ici on travaille en harmonie avec la nature en respectant sa biodiversité. Où pourrait-on voir ailleurs qu’à Lisson une épeire tisser sa toile dans un bosquets de chênes verts jouxtant les vignes ?

La faune sauvage d’ailleurs ne s’y trompe pas qui dévore à belles dents les grappes à maturité et met en péril la survie de l’exploitation. Moi qui suis loin d’être un pro-chasse, j’estime qu’il y a là un cas de force majeure et que tous les moyens sont bons quand il s’agit de sauver ce qui appartient au patrimoine de l’humanité.

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Mais avant de parler des nectars produits en ces lieux et qui sont appréciés non seulement des sangliers, mouflons, blaireaux et renards mais aussi d’un groupe fidèle d’amateurs bipèdes éclairés, brossons brièvement l’histoire du domaine.

Il est fait mention pour la première fois de Lisson le Bas dans des archives de Montpellier en 1482. L’exploitation en fut abandonné en 1930 et ce n’est qu’en 1975 qu’Iris et son mari Claude (décédé depuis) ont acquis et défriché en 1989 deux hectares de chênes verts en faisant partie.

Sur ses pentes abruptes ne permettant aucune mécanisation ils ont remis en état à mains nues les terrasses et les murs en pierres sèches. Hercule n’aurait pas fait mieux !

Sur la partie basse de ce terroir shisteux qu’ils ont dénommé Clos des Cèdres en raison d’un bosquet de cèdres qu’ils ont conservé, ils ont planté du Mourvèdre ainsi que du Merlot et du Petit Verdot et sur les terrasses supérieures, appelées les Echelles, ils ont planté du cabernet-sauvignon.

 

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Ils ont acquis, par ailleurs, d’Antoine Tarbouriech une parcelle qui appartenait à un curé de Saint Etienne d’Albagnan qui y faisait produire son vin de messe. Ce qui est pour moi un critère absolu de qualité ! Imaginez qu’un curé fasse la grimace en buvant son vin de messe, cela créerait un scandale ! Si ce brave curé buvait le vin, les vignes étaient par contre cultivées par sa bonne à tout faire, Joséphine Clavel.

Iris et Claude ont planté ce terroir calcaire en Pinot Noir, cépage subtil par excellence, ambassadeur de la Bourgogne, dont les premières cuvées en 1996 et 1998 ont porté les noms d’Antoine et de Joséphine.

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Face au domaine vers le nord, de l’autre coté de la plaine du Jaur, on aperçoit les Monts de l’Espinousse et, notamment, le lieu dit de la femme couchée, appelée ainsi en raison de la forme que prennent la succession de crêtes.

Comment voulez vous que dans un tel environnement et avec un tel panorama la vigne rate son vin ? Le vigneron n’a qu’à la laisser faire en intervenant le moins possible, ce que font Iris aidé de son nouveau compagnon Klaus.

Ce n’est pas que la vigne ne demande pas de travail , au contraire car sur ces pentes ardues la brouette (à chenilles), le seau ou les caissettes et le dos de l’homme sont les seuls outils possibles. Il faut biner, faucher et vendanger à la main, remonter le sol quand les pluies le ravinent, redresser ou replanter les piquets en châtaigner quand la tempête les emporte.

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Mais pour le raisin et le vin c’est le sol et la vigne qui décident : pas d’engrais dans les vignes, pas d’éraflafge, pas de levure exogène dans les cuves en inox.

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Les macérations sont longues avec pigeages quotidiens sans pompage. La vinification achevée, les vins sont élevés en barrique sur une période qui va de 12 à 24 mois, selon le cépage et les particularités du millésime. Ils ne subissent ni collage ni filtration, le soufre n’étant utilisé que très tard en barrique au strict minimum.

 

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Après avoir arpenté avec Iris le domaine (mieux vaut avoir une casquette si c’est l’été et si – comme moi- vous ressemblez à Barthez et une paire de chaussures de randonnée ) vient le moment tant attendu de la dégustation.

On entre à pas feutrés dans le saint des saints là où le divin jus extrait par vitis vinifera de la terre repose assoupi comme la belle au bois dormant dans le berceau des barriques attendant le contact de nos lèvres pour revivre.

Commence alors la dégustation par un flacon des Echelles 2007, assemblage de cabernet sauvignon et de merlot, qui présente un nez d’humus et de tabac et offre une bouche dense mais tannique qui devrait s’affiner avec les années . C’est un très bon vin, fort bien fait, mais encore un brin austère.


Suit un Clos des Cèdres, magnifique expression du Mourvèdre avec un nez animal (c’est pourquoi les raisins sont tant appréciés des quadrupèdes du domaine !) et une bouche minérale, harmonieuse et désaltérante. Un vin d’une grande élégance qui tiendrait la dragée haute à un Pibarnon.

Pour conclure, un Clos du Curé, superbe enfant sudiste du Pinot Noir au nez de fruits rouges et une bouche gouleyante avec une belle acidité où tournoient arômes de cerise et de cassis et une finale plus épicée. Un grand vin en devenir assurément.

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Ces vins sont des vins qui « parlent » le terroir , subtils interprètes des humeurs souterraines de Gaïa ,notre terre mère. Ils ne sont pas « travaillés » pour être bus de suite, il faut leur laisser le temps de mûrir.

Les très faibles rendements et volumes de production ainsi que les conditions d’exploitation, conjugués à la très grande qualité des vins justifient pleinement leur prix de 20 euros. Il s’agit toutefois de vins destinés à des amateurs éclairés.

Outre ses vins qui occupent l’essentiel de sa vie et celle de son compagnon Klaus, Iris tient aussi un
blog  où elle raconte avec passion et humour les bonheurs mais aussi les aléas de la vie de vigneronne. Elle nous fait aussi partager ses coups de cœur en matière de vins produits par des confrères (ou des consoeurs) et ses coups de gueule contre les pratiques d’une partie du monde viticole.


Je vous invite vivement à le consulter ce qui ne peut ensuite que vous inciter à aller à la découverte de cet étonnant domaine et de ses vins remarquables


 Texte & Photos Ulysse

04/11/2009

Poêlée d'histoire au foie gras à Sarlat

 

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Visiter une ville, c’est souvent remonter le temps. On s’affranchit pour quelques instants du cours inexorable des heures qui nous emportent vers le néant. A cet égard, Sarlat-la-Canéda , la perle du Périgord noir, nous permet de faire un passionnant voyage jusqu’à l’époque du haut moyen age.

Notez au passage que le Périgord a ceci de particulier qu’il peut être blanc, noir , vert ou pourpre . Il n’ y a guère en France qu’une seule autre région, le Causse Noir pour s’être vu attribuer une couleur qui la différencie des autres Causses.

La différence tient au sol ou au couvert végétal de ces différentes régions: ainsi  le  Périgord blanc qui s’étend de Ribérac à Périgueux est une vaste zone calcaire,  le Périgord noir traversé par la Dordogne et la Vézère tire son nom des boisements très denses de chênes verts et pubescents  qui le couvrent,  les landes à bruyère, les châtaigniers et les résineux plus clairs dominent dans le Périgord vert qui jouxte le Limousin et le Périgord pourpre, dont la capitale est Bergerac,  est ainsi nommé en raison de la vigne qui y prospère.

 

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Mais revenons au Périgord noir,  pays riche et fertile qui a permis aux hommes de développer un art de vivre unique qui résiste au laminage de la mondialisation. Le confit de canard aux pommes sarladaises tient encore, et pour longtemps je l’espère, la dragée haute aux hamburgers !

 

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Engouffrons nous dans le dédale des ruelles médiévales du cœur historique de Sarlat, petite ville blottie au creux de collines et que son  éloignement des grandes voies de communication a préservé des méfaits de la pseudo modernité.

Ici de nombreuses maisons  sont en fait de mini « Galeries Lafayette » de l’histoire : au rez-de-chaussée on y trouve le moyen age ; le gothique ou la renaissance s’affiche au premier étage et les siècles plus tardifs se sont installés aux étages supérieurs, le tout étant généralement coiffé de toits de lauzes intemporelles et quasi éternelles.

 

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Quand on déambule dans le dédale des ruelles, on met ses pas dans ceux des marchand(e)s, des soldats, des princes(ses), des hommes d’églises, des moines et nonnes et des malfrats (ces derniers n’étant pas toujours les plus malhonnêtes) qui au cours des siècles les ont parcourues pour se rendre à leurs affaires ou à leurs amours ( les hommes d’église n'étant en ces deux domaines point en reste !).

Elles n’ont de fait pas changé d’aspect depuis ces temps reculés sauf qu’il est aujourd’hui moins périlleux de les emprunter, l’habitude s’étant heureusement perdue de vider ses ordures par les fenêtres. Ce devait être un rude exercice que de déambuler dans ces rues, levant la tête sur un pas pour vérifier qu’aucun projectile n’était lancé et la baissant sur l’autre pas pour voir où l’on mettait les pieds. Il faut relire le désopilant poème de Boileau sur les embarras de Paris pour avoir une bonne idée de ce qu’était l’ambiance de ces ruelles au cours des siècles passés.

 

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Mais aussi tortueuses soient elles, le soleil arrive quelques heures par jour à se faufiler au cœur de ces ruelles. Une généreuse  personne se croyant à l’abri des regards indiscrets en  profite pour s’exposer à ses caresses, ajoutant un élément d’exquise modernité dans cet environnement séculaire. Mais  l’aurez vous repérée ?

 

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Les rayons du soleil, que les murs avides se renvoient, couvrent d’or les pierres de calcaire blond dont ils sont constitués. Cette ville est alors semblable à l’ile de Cipango dont parle Marco Polo dans le récit de ses voyages

 

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Sur les nombreuses places où convergent les ruelles se dressent de nombreux hôtels particuliers et maisons remarquables, véritables joyaux de Sarlat . Ils ont été édifiés pour la plupart à la fin du XVème siècle et au début du XVIème lors de la reconstruction de la ville dévastée pendant l’occupation anglaise qui avait résulté du traité de Brétigny (1360).

L’un des plus beaux et plus émouvants édifices est la maison où est né Etienne de la Boétie (1530-1563) l’ami de Michel de Montaigne qui a écrit ces magnifiques lignes au sujet de leur amitié :

"Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel, qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : “parce que c’était lui ; parce que c’était moi.”

 

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Il ne faut en aucun cas manquer la place du Peyrou où se tient un marché qui est l’un des bastions de la gastronomie française et qui a jusqu’à présent vaillamment résisté aux hordes anglo-saxonnes de la mal-bouffe et à la cohorte des pseudo scientifiques qui voudraient réduire notre alimentation à l’insipide jus de carotte et à l’infâme brocolis . A ce sujet avez vous entendu la bonne nouvelle concernant la faillite de Mc Do en Islande ?

Ces marchés se tiennent sur cette place dépuis le XIIIème  siècle, époque à laquelle Sarlat est devenue un grand centre de foires où affluaient les marchands des quatre coins de l’Europe. Ces foires ont périclité pendant la guerre de cent ans pour renaître après la reconstruction de la ville à la fin du XVème  siècle.

 

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Certes des milliers d’oies et de canards innocents sont contraints de faire don de leur foie pour réjouir nos papilles mais les végétariens qui nous condamnent sont des hypocrites qui se bouchent les oreilles pour ne pas entendre le cri que poussent les carottes ou la pommes de terre quand on les arrache brutalement de leur nid douillet de terre nourricière.

 

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Les cèpes aussi sont sacrifiés sur l’autel de la gastronomie mais seuls ceux qui n’ont jamais goûté une omelette aux cèpes accompagné d’un Bergerac Blanc (le vin rouge ne se marrie pas avec les œufs) considèrent cela comme un crime !

 

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Il est l’heure que je vous abandonne, on m’a signalé au bout de la ruelle un petit resto où vont les habitués et dont je n’ai pas le droit de vous révéler l’adresse sous peine d’être interdit de confit de canard de pommes de terre sarladaises  et de Bergerac à vie . Désolé mais  c’est une sanction que je ne pourrais supporter !

 

Je m'absente une semaine et prendrai connaissance de vos commentaires à mon retour Merci de votre visite.


Texte & photos Ulysse