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21/12/2009

Au hasard dans le brouillard sur le Caroux !

 

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Les nordistes nous imaginent, nous les sudistes, passant la majeure partie de nos journées à jouer aux cartes en sirotant un pastis, sous un ciel éternellement bleu. Et bien pour ce qui concerne le ciel,  leur vision est idyllique, car il arrive qu’il soit gris, voire même qu’on ne le voit point, en raison d’un brouillard à couper au couteau, digne des bords de la Tamise !

C’est la mésaventure qui nous est arrivée l’autre jour que nous avions quitté, pour une fois, notre terrasse de café, pour baguenauder sur le Caroux. Ce majestueux massif, qui offre généralement des panoramas à perte de vue, était recouvert d’un épais brouillard londonien.

Il est vrai que les enfants d’Albion aiment bien notre région et nous leur rendons cette affection, vu que leurs gosiers accueillent généreusement les nectars produits par nos vignerons, mais on espère qu’ils n’ont pas amené avec eux un genre de virus provoquant brumes et brouillards. Ils ont déjà provoqué la panique avec leurs vaches folles et conduit l’un de nos ex-présidents à se ridiculiser  avec des histoires de Princesse . Ca suffit !

 

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Cela dit, mes amis et moi avons en commun avec les grand-bretons de ne pas nous laisser impressionner par les intempéries. Il est vrai que nous ne sommes pas des sudistes d’origine, qui eux sortent le duffle-coat et le passe montagne quand la température descend en dessous de 15° et ne supportent la vue de la glace que dans le pastis.

Aussi avons nous décidé d’effectuer la balade prévue au risque de nous perdre ; mais n’est ce pas quand on se perd que l’on fait les plus belles découvertes !

 

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Nous avons révisé lors de notre dernière balade  la règle N°1 du randonneur (cf. ma note « première neige sur la montagne de Rosis) et bien voici un rappel de la règle N°2 : quand en montagne tu partiras, un sifflet tu emporteras !

Un sifflet qui ne pèse que quelques grammes peut, en effet, vous sauver la vie. Son chant strident est entendu à des centaines de mètres et vous permet d’être localisé si vous êtes pris dans une tourmente de neige ou un brouillard à couper au couteau. Vous pouvez vous en procurer dans tous les magasins de sport ou bien subtiliser celui d’un agent de police, mais cette dernière solution  présente quelques risques.

 

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Quand il fait du brouillard, toute une faune qui habituellement se terre pour ne pas être vue des humains, en profite pour batifoler librement. Ainsi avons nous surpris la souris-tortue géante du Caroux, animal fabuleux dont parle les légendes languedociennes du moyen age .

 

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Un vieux berger arborant une barbe de plusieurs jours, que nous avons croisé sur le chemin, nous a conté son histoire : Il est né il y plusieurs siècles, dans le hameau de Douch situé sur le Caroux,  et y a vécu avec ses deux filles jumelles, sa femme étant morte en couche. Toutes deux raffolaient des fromages de chèvre qu’il fabriquait et les dévoraient avant qu’il n’ait eu le temps de les vendre . Il était ainsi au bord de la ruine .

Ne sachant plus que faire, il invoqua la fée Viviane pour qu’elle trouve une solution. Elle l’avertit que le sort qu’elle jetterait pourrait être dramatique. Mais il était tellement désespéré qu’il confirma à Viviane son accord. Celle-ci, qui était un brin cruelle  (comme Merlin en a fait l’amère expérience) transforma l’une de ses filles en souris et l’autre en tortue et  les lia ensemble en leur disant : en tant que souris vous serez dévorées par l’envie de fromage mais comme tortue vous n’irez jamais assez vite pour pouvoir  vous en emparer avant que votre père ne les vende et cela pour l’éternité.

Pris de remords en voyant ce qu’étaient devenues  ses filles, le berger supplia Viviane de lever le sort. Celle-ci qui aimait aussi le fromage de chèvre lui promis qu’elle le lèverait  quand il lui aurait livré son millionième fromage. Et c’est pourquoi ce vieux berger séculaire mène encore son troupeau sur le Caroux, alors qu’il a largement dépassé les 40 trimestres de cotisation et pourrait jouir d’une retraite méritée.

 

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Emus et attristés par cette sombre histoire, nous poursuivons  à tâtons notre cheminement jusqu’au bord du plateau sommital où le vent, montant de la plaine, provoque une déchirure dans le brouillard. Nous jouissons alors d’une vue somptueuse sur les falaises, dont le pied est ourlé d’un magnifique feston arboré aux couleurs automnales.

 

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Contournant le plateau  par l’ouest nous apercevons au loin, les sommets qui dominent les gorges d’Heric sur le point d’être submergés par une mer de nuages,

 

 

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Nous revenons vers le cœur du plateau où l’alternance des bruyères, de graminées et de genêts composent une fresque vivante que nul artiste ne pourra jamais égaler. Certes les grands peintres nous apprennent à voir le monde et les différents aspects de la réalité et nous ouvrent parfois  la porte d’univers insoupçonnés, mais il manque à leurs œuvres le chant du vent, la prégnance des senteurs et le courant d’énergie tellurique qui parcourt certains lieux.

 

 

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Nous disparaissons soudain dans une masse de brouillard intense que le soleil, déployant toute son énergie, tente vainement de percer. Ce maître du système solaire, adoré des Incas et des anciens Egyptiens, n’est plus qu’un pauvre lumignon blafard pendu dans le ciel gris.

 

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Nous redescendons alors vers le hameau de  La Fage d’où nous sommes partis. Pour notre plus grand bonheur, des mouflons  ébahis de voir des bipèdes affronter de telles intempéries en restent figés sur place. Ils comprennent vite voyant nos sacs à dos que nous sommes inoffensifs, ces magnifiques animaux étant au moins, sinon plus intelligents que ceux qui les chassent.

 

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Et comme pour nous récompenser d’aimer et de respecter leur pays, les mouflons nous accompagnent dans notre descente en nous offrant un spectacle rare, que seuls ceux qui osent affronter frimas et brouillards peuvent contempler.

 

 

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Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer leur ballet car je sais que comme moi vous allez en être enchantés.

 

 

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Rares sont les moments de l’existence où vous sentez monter en vous une onde de joie intense qui vous met en vibration avec l’univers qui vous entoure. Tels furent ces instants où nous étions à la fois homme et mouflon, intimement liés par nos regards croisés.


Texte & Photos Ulysse

17/12/2009

Première neige sur la montagne de Rosis !

 

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Après avoir dévalé les pentes du Mont Agut, l’automne s’est enfin installé dans la plaine languedocienne où, peu à peu, il  a recouvert d’orange, de pourpre et d’or les ramures du peuple des feuillus.

Le bulletin météo annonçant pour le mardi 1er décembre de la neige sur les hauts cantons, Gibus et moi décidons de nous y rendre, histoire d’aguerrir nos organismes en vue du traditionnel bain du 31 décembre (où je vous invite à nous rejoindre).

Le climat fort doux qui a, en effet, régné jusqu’ici sur les bords de la Méditerranée a émoussé notre résistance aux frimas, encore que l’on ait assidûment pratiqué les bains dans les torrents plutôt frisquets qui dévalent les montagnes héraultaises.

Nous voilà donc crapahutant vers le sommet de la montagne de Rosis (1055m), empruntant ces chemins séculaires bordés de murets de pierres que nous aimons tant. Une moquette de feuilles amortit nos pas tout en crissant et chuintant, ce qui a pour effet , hélas, d’alerter les mouflons qui affectionnent ces parages.

 

 

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Nous croisons un énorme lièvre qui s’apprête à s’enfuir, mais la peur le conduit à s’immobiliser pour se confondre avec l’entrelacement des troncs et des branches des taillis qui nous environnent. Croisant nos regards où perce une lueur d’intelligence (au moins dans celui de Gibus), il en déduit que nous ne sommes pas chasseurs et poursuit alors calmement son chemin, rasséréné.

 

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Nous parvenons au col d’Aussières couvert d’une tignasse de fougères brûlées par les premières gelées. Un vieil hêtre dresse vers le ciel ses membres décharnés implorant Diane, la déesse des forêts, qu’elle lui rende sa toison tombée à terre. Mais Diane reste silencieuse sans doute fort occupée à chasser le cerf dans les forêts de l’Olympe.

 

 

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Nous poursuivons notre chemin alors que les nuages envahissent le ciel et font de plus en plus grise mine. Mais il en faut plus pour nous inquiéter et d’ailleurs nous sommes venus ici pour affronter les intempéries.

 

 

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Soudain le sommet de la montagne de Rosis se révèle à nos yeux, couvert d’une pellicule blanche, alors que le soleil jette sur nos talons ses derniers feux.

 

 

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Nous sommes bientôt au sommet balayé par un blizzard de grésil. Appréciez le courage du photographe (c’est bibi !)  qui vous permet néanmoins de partager ces moments intenses alors que le vent glacial chargé de cristaux de glace  bombarde notre visage , congèle nos pieds et nos mains et escamote la preuve tangible de notre virilité.

 

 

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Fort heureusement, une fois passé le sommet nous trouvons refuge dans l’abri de Caissenols où nous nous réchauffons (et récupérons les signes extérieurs de notre virilité) auprès d’un ardent feu de cheminée. Ce qui me conduit à vous rappeler la règle N°1 du randonneur hivernal : toujours avoir dans son sac un journal et un briquet et si possible quelques brindilles sèches pour démarrer le feu !

 

 

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De nouveau à peu près secs, nous nous remettons en chemin. Une pluie abondante  nous accompagne qui recouvre le paysage d’un camaïeu de gris. Au risque de vous surprendre j’aime ces ambiances humides, glaciales et déprimantes où votre corps est parcouru de vagues de frissons. Car par contraste, elles font naître une jouissance intense quand, revenu à bon port, après une douche régénérante, vous vous enfouissez dans vos charentaises et dégustez un verre de vin chaud en écoutant  Melody Gardot chanter "Love me like a river does...." (Aime moi à la manière d'une rivière...)

 

 

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Puis nous franchissons le Portail de Roquendouire, cette curiosité géologique à visiter absolument, de préférence en mai quand les genêts sont en fleurs. Pour les moins courageux il faut partir du lieu dit  Nougayrol (situé entre Andabre et Castanet -le –haut sur la D22E12) situé à environ une demi heure à pied du portail (la clé est caché sous la 3ème pierre près du grand genet à l’entrée gauche du portail !)

 

 

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La chance ne souriant qu’aux audacieux, nous sommes gratifiés d’un superbe arc-en-ciel, signe annonciateur du retour du soleil. Nous sommes malgré tout un brin déçus, car nous ne voyons que la partie gauche de l’arc, alors que tout le monde sait que le filon d’or à l’origine des arcs en ciel se  trouve toujours au pied de la partie droite de l’arc

 

 

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Mais les dieux sans doute impressionnés par notre détermination nous révèlent bientôt la partie droite de l’arc et nous nous précipitons derechef pour faire moisson de pépites, fort bienvenues à l’approche des fêtes de fin d’année. Voilà qui va mettre du beurre dans nos épinards. A vrai dire, vu la grosseur des pépites on pourrait y mettre la crémière avec. Mais je rêve bien évidemment car cela fait longtemps que les crémières ont disparu de nos villages. Elles ont été remplacées par Mamie Nova qui trône dans les rayons frais des super-marchés. Et je ne suis pas du genre à mettre une mamie dans mes épinards ! Quand au lieu où se trouve le filon, inutile d’y courir mes ami(e)s, car vous vous doutez bien que nous n’ avons rien laissé !

 

 

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C’est d’un pas alerte que nous reprenons le chemin menant à notre carosse, poussés par le vent qui chasse les nuages noirs vers le levant et inquiets comme Harpagon que l’on nous tende un traquenard pour nous dérober notre «cassette» !

 

 

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Mais nous ne croisons personne, la nature nous entoure paisible et sereine avec le soleil revenu et le vent apaisé. Sur les sommets, qui nous dominent et sur lesquels nous avons crapahutés, la tempête aussi s’est calmée.

Nous achevons notre balade revigorés, fortifiés, oxygénés et prêts à une ripaille de mets et de bons vins entre amis, la nature et l’amitié  étant en ce monde livré aux spéculateurs les seules valeurs qui ne soient jamais dépréciées.

PS: les mots de couleur différente sont des liens vers des sites internets traitant le sujet (cliquez dessus)


Texte & Photos Ulysse

 

 

11:17 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : neige, rosis, melody gardot, or

12/12/2009

L’automne est enfin venu au Mont Agut (la digue , la digue…)

 

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Nous étions à la mi-novembre et le temps restait étonnamment doux. Les arbres dans la plaine avaient gardé leurs frondaisons vertes et seules les vignes montraient les stigmates de l’automne, épuisées sans doute d’avoir livré leur précieux nectar.

Inquiets nous étions donc,  car si l’automne ne venait pas dans le sud le risque était grand de nous voir passer, comme le dit le dicton, Noêl au balcon et Pâques aux tisons ! Or si  la perspective d’un Noêl au balcon nous enchantait (à la condition bien sûr d’avoir un balcon), celle de passer Pâques aux tisons, nous faisait frémir !

C’est en effet la période où les pêchers, les abricotiers, les  cerisiers ainsi que le thym dans la garrigue sont en fleurs ; c’est aussi  le moment où les abeilles sortent de leurs torpeurs et où la gent féminine sort ses décolletés !

Afin d’en avoir le cœur net, nous décidons donc de mener une expédition dans les hauts cantons afin de vérifier si l’automne y est arrivé, gage d’une descente prochaine jusqu’à la Méditerranée.

 

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A peine avons nous mis le pied à terre, après avoir garé notre carrosse à la sortie du village de Graissessac, que nous sommes rassurés. L’automne est bel et bien installé sur les contreforts du Mont Agut (la digue, la digue…) que nous avons prévu d’escalader.

Rassérénés par la vision de la toison d’or revêtant les feuillus à feuilles caduques prospérant dans cette zone plus fraîche et humide que la zone littorale, nous empruntons le chemin des crêtes. Notez au passage que contrairement à certains individus égoïstes qui  « prennent » sans vergogne les chemins alors que c’est un bien public (c’est d’ailleurs comme cela que les chemins disparaissent) nous ne faisons, nous, que les emprunter !

 

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Après un bel effort qui chahute un peu nos ventricules nous arrivons au col des Cabanes où nous faisons un pause « abricot sec » (c’est l’aliment anti-crampe indispensable au randonneur) près d’une jasse (bergerie) en ruine. Mais attention nous ne consommons que de l’abricot sec « bio » qui  présente, certes, une couleur maronnasse peu appétissante, mais qui sont éminemment diététique. Bannissez par contre ces abricots dorés vendus en sachets plastiques dans les supermarchés et qui ont été traités à l’anhydride sulfureux et  provoquent des allergies et des maux de tête.

 

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Devant le panorama enchanteur qui s’offre à nos yeux (la nature est le dernier domaine où l’ on reçoit sans avoir à donner)  livrons nous à quelques réflexions sur la finalité de la toison d’or qu’arborent les arbres à l ‘automne.

Nous savons, depuis Darwin, que les particularités physiques des êtres vivants sont la réponse de leur adaptation à leur environnement. Et le fait que les feuilles se parent de magnifiques couleurs avant de tomber en automne n’est pas l'effet d’une coquetterie végétale. Notons au passage  qu’il en va différemment chez l’espèce humaine où les femelles  se maquillent pour que les mâles leur tombent dans les bras.

La chute des feuilles est une adaptation des arbres pour survivre au froid hivernal pendant lequel ils vivent au ralenti. Elles sont en effet sacrifiées pour éviter une dépense d’énergie inutile.

Dès que l’amplitude du jour diminue et que la température chute, l’arbre secrète une hormone, l’éthylène, qui provoque la formation d’un bouchon de liège sur les canaux alimentant les feuilles en sève. La photosynthèse s’interrompt alors et la chlorophylle,  ce pigment vert dominant qui la provoque, se dégrade. Les pigments secondaires rouges, jaunes ou oranges présents dans les feuilles (carotènes et xantophyles) apparaissent alors.

 

 

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Pour celui qui a un brin de curiosité la nature est la meilleure école qui soit. Outre les lois de l’adaptation, on y révise aussi  la physique et notamment la loi relative à la gravité qui veut que la vitesse d’ascension d’un sommet soit inversement proportionnelle au nombre de carafons que l’on porte dans son sac. Et en l’espèce, que les carafons contiennent de l’eau ou du vin ne change rien à l’affaire, donc tant qu’à faire….

Nous sommes sur le point d’atteindre le sommet du Mont Agut (la digue, la digue….) qui culmine à 1022m après avoir gravi le mont Paréviol à 977m. Remarquez la différence de végétation entre le versant exposé au nord-ouest,   couvert de pins noirs d’Autriche, et le versant orienté sud-est plus dépouillé et envahi par les genets. C’est l’homme qui a procédé ici au reboisement pour empêcher l’érosion des sols sur les versants les plus exposés aux pluies.

 

 

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Du sommet du Mont Agut (la digue, la digue…) la vue est tout simplement somptueuse et si cela se savait les marchands d’écrans plats auraient du souci à se faire, car les gens y amèneraient leurs canapés pour y passer leurs soirées à voir la nuit tomber.

 

 

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Ecarquillez bien les yeux et ouvrez grand vos oreilles pour ouïr la nouvelle : ce champ de montagnes qui s’étend à perte de vue c’est l’Hérault, considéré par certains ignorants comme le pays des plages et de la bronzette ! Mais après tout il n’est pas plus mal que ceux qui croient cela –et ils sont des millions- en restent persuadés car leur ignorance préserve  la sérénité de ces montagnes.

 

 

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En redescendant vers la vallée les pins nous font une haie d’honneur sans doute pour rendre  hommage à notre courage . Il faut dire qu’après avoir grimpé le Mont  Paréviol et le Mont Agut (la digue, la digue..) nous avons aussi gravi le mont des Trois Terres(963m) le mont Redon (939m) et enfin La capuce (882m) qui forment une chaîne de montagnes russes reliées par une piste coupe feu.

 

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A la sortie de la pinède Gaïa nous dévoile l’une de ses épaules couvertes d’une magnifique toison de feuillus aux couleurs automnales. Un bataillon de pins couvre la partie la plus haute comme des soldats encerclés. Quelle espèce l’emportera sur l’autre ? Espérons que ce seront les feuillus, car le peuple des résineux est assez inhospitalier, voire xénophobe.

Aucune plante, en effet, ne prospère sous leur ombrage du fait de l’acidification des sols qu’ils provoquent et de la couverture d’aiguilles imputrescibles. En l’absence de fleurs ou de baies, il n’y a pas d’insectes, donc pas d’oiseaux. Un véritable désert vert en quelque sorte qui brûle qui plus est à la première étincelle ! Leur seul avantage est qu’ils poussent vite et sont donc précieux pour retenir les sols.

 

 

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En descendant vers le ruisseau de l’Espère nous traversons une magnifique hêtraie où quelques vieux et beaux sujets affichent les stigmates des épreuves – tempêtes, coups de hache, morsures de cerfs affamés – subies pendant les siècles passés. Les micro-kinésithérapeutes prétendent que nos corps mémorisent également les évènements tragiques de nos existences qui ressortent sous forme de douleurs ou de tensions.

 

 

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Nous poursuivons notre descente en longeant le cours du ruisseau de La Provère dans lequel se jette l’Espère.  Le roc Camprémau émerge au dessus des frondaisons et je ne doute pas qu’en dépit de son cœur de pierre il soit sensible à une telle beauté.

 

 

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Car qui peut rester de marbre devant ce feu d’artifice qui jaillit dans les forêts d’automne, chant du cygne de feuilles qui, après s’être gavées de soleil et fourni aux arbres l’énergie nécessaire à la fabrication de la sève nourricière,j vont retourner à la terre, d’où leur substance même vient, pour entrer dans un nouveau cycle. Ainsi sommes nous aussi les feuilles de l’arbre de vie apparu mystérieusement sur Gaïa notre terre Mère.

 

 

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Mélancoliques d’avoir perdu leur si beau feuillage les arbres contemplent leurs corps décharnés dans l’eau de la Provère : long et triste sera l’hiver !

Si vous avez apprécié cette note, vous aimez la nature et je vous confie donc à aller signer la pétition sur le blog de Julien pour sauver les mers dont notre survie dépend

PS : Si vous voulez randonner dans ce secteur munissez vous de la carte IGN TOP 25 2543 OT . Quelques circuits sont balisés en jaune.

Texte & photos Ulysse

 

03/12/2009

Etonnez vous, allez sur le caroux ! (fin)

 

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Nous nous remettons en chemin après un déjeuner que bien des chefs étoilés ne sauraient nous offrir car il manque à leurs menus, aussi raffinés soient-ils, le buzzetis des abeilles attirées par l’odeur des mets, la caresse des rayons du soleil sur nos maxillaires affairés, le clapotis du torrent qui coule à nos pieds et la mignardise suprême d’une sieste, allongés dans l’herbe avec la frondaison des arbres pour ombrelle.

Notre sentier, qui escalade le versant nord du massif du Caroux, est bordé de hêtres qui y trouvent la fraîcheur et l’humidité qu’ils affectionnent. J’aime leur écorce claire tachetée et le vert lumineux de leurs feuilles qui leur confèrent une grâce particulière.

Outre leur dénomination habituelle qui vient de l’allemand « heister », ces arbres sont appelés aussi « fayard » qui vient du latin « fagus ». Leurs fruits ou « faînes » sont appréciés des animaux sauvages et le bois est recherché en ébénisterie et pour le chauffage.

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Après avoir rejoint le col de l’Ourtigas, nous grimpons un dernier raidillon  qui accède au plateau sommital dominant le vallon du Vialay, où nous suivons la piste qui descend vers le hameau de Douch.

Vous qui étouffez dans l’espace restreint de vos bureaux, de vos ateliers, de vos chaumières , voire de vos jardinets entourés de murs, venez un jour en cet endroit pour découvrir ou retrouver l’ivresse des vastes espaces où seule la courbure de la terre fixe une limite à votre vision.

 

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Marchant comme un funambule sur le fil blanc de la piste tendu à travers un océan de bruyères, notre esprit progressivement sort de sa carapace et empli l’espace, ravivant cette sensation enfantine de ne faire qu’un avec l’univers qui nous entoure.

 

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L’égo se dissout alors dans l’éther et vous devenez l’oiseau qui passe, le nuage qui s’effiloche , l’air chaud qui vibrionne au loin.

 

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De telles balades sont un excellent antidote à la frénésie qui nous gagne tous de temps en temps de posséder, de consommer, d’être reconnu ou admiré, actes qui nous rassurent et nous donnent un sentiment de pouvoir éphémère dans un monde qui nous échappe et où nous sommes ballottés en quête d’un sens à donner à nos existences.

 

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Sur ces chemins, nos vies retrouvent la simplicité de la vie des cailloux, des arbres, des oiseaux : je suis, tu es, il ou elle est, nous sommes  vous êtes, ils ou elles sont, . Ici nous conjuguons le verbe être sans avoir besoin de paraître ou d’avoir ! 

Il n’y a qu’un autre lieu où je me retrouve ainsi en communion avec le monde : au fond de ma cave car j’y trouve un chemin liquide qui me conduit du cœur de la terre au ciel!

 

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Admirez ces arbres courageux postés en sentinelle en haut de la colline. Ils ont été envoyés par leurs congénères du vallon pour trouver de nouvelles terres propices à leur développement. Certains ne survivront pas à leur audace, mais d’autres donneront naissance à une nouvelle génération qui colonisera peu à peu ces nouveaux espaces.

 

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Nous parvenons bientôt au niveau d’anciennes terrasses autrefois cultivées par les hommes qui ont déserté ces lieux austères pour rejoindre les villes. Qui pourrait les en blâmer ? Ce sol est aussi aride qu’il est majestueux et qui accepterait aujourd’hui de mener une vie battue par le vent, brûlée par le gel ou le soleil et privée du confort de nos demeures et du « régénérant » spectacle des « feux de l’amour ( trop souvent devenus des braises)  ou de la « roue de l’Infortune »

 

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Mais nous approchons du hameau de Douch dont les habitants ont serré leurs maisons les unes contre les autres au creux du vallon afin de mieux se protéger du vent. On a beau être à 40 km à vol d’oiseau de la Méditerrannée , il n’est pas rare en l’hiver de voir le Caroux balayé par des blizzards de neige, comme nous en avons affronté un en décembre 2008 . Celles et ceux qui me lisent régulièrement s’en souviennent peut être ?

 

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Deux magnifiques murs de pierres, comme seuls les anciens savaient en monter, nous guident vers l’entrée du village. Des sorbiers aux oiseaux offrent généreusement leurs fruits à la gent ailée, dernier festin qu’ils peuvent faire avant les frimas de l’hiver qui est souvent pour eux une longue période de disette.

Heureux est l’homme qui a su maîtriser son destin en inventant le placard qui lui permet de ranger ses stocks de nourriture pour affronter la mauvaise saison. On peut d’ailleurs vivre sans yacht, sans rolex, sans 4X4, sans ferrari, éléments superflus d’une existence sans substance, mais pas sans placard plein, symbole du capitalisme triomphant !

Encore plus heureux et aussi plus finaud est celui qui a pris la précaution de se creuser une cave et qui n’a pas à battre la campagne en hiver pour trouver par moins dix degrés un caviste ouvert !

Heureux et finaud donc je suis !

Texte & photos Ulysse

10:38 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : caroux, douch, vialay, caviste