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27/06/2010

Mettez la clé sous la porte et filez à Aigues-Mortes

 

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Edifiée au mitan du treizième siècle par le roi Saint Louis pour doter son royaume d’un port en eau profonde sur la Méditerranée, Aigues-Mortes dresse aujourd’hui ses remparts au dessus des vignes et des marais partiellement ensablés.

Après quelques décennies de prospérité qui virent épices, céréales, toiles, soie, draps venus de Catalogne, du Moyen Orient ou d’Italie transiter par ses quais, le déclin commença au début du quatorzième siècle. Raids arabes, mauvaises récoltes, ensablement conduisent à alors la récession du trafic. Le rattachement de Montpellier (1349) puis de Marseille (1481) à la France lui portera le coup fatal.


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Le port connaîtra un bref sursaut au seizième siècle avec le développement du commerce du sel, mais la création du port de Sète sonne le glas de ses espoirs, malgré l’ouverture du Grau du Roi en 1725 qui lui redonne un accès direct à la mer.

Ses dimensions hors du commun et son relatif isolement des constructions modernes lui donne un caractère irréel, étonnant rêve de pierres sorti du cerveau des hommes.

 

 

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Les remparts de onze mètres de haut forment un immense quadrilatère de 520 m sur 300m orné de dix portes et de cinq tours. Les trompettes qui pourraient abattre de tels murs murs comme le firent celles de Jéricho ne sont pas encore forgées !


 

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Les pierres extraites des carrières de l’arrière pays ont été acheminées par bateau. On célèbre toujours, et à juste titre, les hommes qui ont conçu de tels ouvrages ; mais il ne faut pas oublier les milliers d’anonymes qui ont permis leur édification et dont on trouve, ici et là sur les murs des remparts, la signature symbolisant les corps de métiers auxquels ils appartenaient.


 

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Les bâtisseurs ont apporté à cette redoutable citadelle un brin de fantaisie en adoptant une facture différente pour certaines des dix portes . J’y verrais bien là l’influence d’une femme, sans doute la Reine dont d’ailleurs l’une des portes porte le nom.



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Ces formidables forteresses témoignent des temps troublés qu’a connu dans le passé notre pays. Aujourd’hui les palais de la république se font plus discrets mais les privilèges de ceux qui y vivent sont bien mieux protégés que ceux qui vivaient derrières ces remparts.


 

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Les chiens-gargouilles qui autrefois avaient l’importante mission d’aboyer à la vue de l’ennemi ne voient plus poindre que des hordes de touristes débonnaires. Ils aimeraient sans doute pouvoir aller gambader avec eux sur les pelouses qui environnent aujourd’hui la citadelle


 

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Le rempart nord-ouest de la cité longe le canal qui mène au Grau du Roi . Il est orné de la Tour de Constance haute de trente quatre mètres et qui servait à l’origine de vigie et de phare. Ayant perdu cette fonction, elle servit de prison pour les protestants qui refusèrent d’abjurer leur foi après la révocation de l’Edit de Nantes par le roi scélérat Louis XIV.


 

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La galerie des souverains de France comporte hélas, à coté de quelques rares vrais « gentilhommes » une belle collection d’abrutis et d’êtres sanguinaires qui ont œuvré pour la ruine de notre pays. La république a apporté sur ce point un progrès certain, car si nos dirigeants contemporains ne brillent ni par leur intelligence ni par leur moralité, ce ne sont pas des assassins.


 

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Après cette brève présentation historique, il serait temps que je vous emmène faire un tour au cœur de la citadelle. Les piétons y sont heureux car les voitures y sont bannies et l’on retrouve le plaisir de flâner sans avoir la crainte de finir la visite estropié, ce qui n’est pas le cas dans de nombreuses villes du sud où certains chauffeurs ont le sang aussi chaud que le soleil et le cerveau de la taille d’une olive.


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Nous voilà au cœur de la cité, sur la Place Saint Louis, illustration exemplaire du sud, avec ses platanes séculaires, ses terrasses de café et sa fontaine, hélas à sec . On m’a dit qu’il y coulait autrefois du rosé mais que, suite à des abus, elle a été fermée ….(ce n’est pas ma faute, je le jure !)


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Une statue de Saint Louis, le père de cette cité, y trône . C’est de là qu’il partit pour les croisades, la huitième lui fut fatale car il mourut de la peste à Tunis. Ce qui est pour moi la preuve la plus éclatante que « Dieu », qui était supposé le protéger, doit être exaspéré par nos querelles de chiffonniers à son sujet.


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Bien que le calme règne dans les ruelles, j’aperçois un garde en armure qui continue de veiller sur le seuil d’une demeure. Charitable, je lui glisse à l’oreille que nous sommes en paix depuis 1945 et qu’il peut lever le camp. Mais il ne veut rien entendre et exige un ordre écrit de son roi Saint Louis. Ainsi dans la vie s’accroche-t-on parfois à de vieilles lunes ou reste-t-on prisonnier de vieilles peurs qui nous empêchent d’évoluer et nous font manquer des opportunités qui auraient enrichi nos existences.


 

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Dans cette citadelle où la pierre est reine, des Aigues-Mortais ont créé sur le pas de leur porte un minuscule jardin d’Eden qui a eu les honneurs du Midi Libre l’année dernière. Comme quoi les journalistes ne sont pas toujours, comme on leur reproche, à la recherche de « scoops » qui font frémir.


 

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Aigues-Mortes est riche aussi de galeries d’art dont certaines exposent des œuvres dont la qualité tranche avec l’habituelle production industriello-touristique qui envahit aujourd’hui les lieux de villégiature. Ainsi dans l’une d’elle ai-je vu évoluer ces magnifiques danseuses flamenca, auxquelles le talent de l’artiste a su donner vie.


 

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On passe aussi devant des havres de paix où l’envie vous prend de poser votre sac et de recommencer une nouvelle vie. Mais on a hélas oublié son pyjama et sa brosse à dent et aucune boutique n’en vend dans les parages. On passe alors son chemin en se promettant la prochaine fois d’y penser….


 

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Il ne faut pas quitter la région d’Aigues Mortes sans rendre visite au plus grand domaine viticole de l’Europe, Listel, qui produit notamment des « vins de sable » à partir de cépages n’ayant pas été détruits par le phylloxera, ce puceron ravageur de la vigne qui a détruit le vignoble français à la fin du XIXème siècle mais qui ne peut se développer dans les terrains sableux.

Ce magnifique domaine, que l’on peut visiter, produit des vins blancs, rosés et rouges d’un excellent rapport qualité prix, dont la réglementation m’oblige, hélas, à vous dire qu’il faut les consommer avec modération. C’est l’une des absurdités et des hypocrisies dont nos gouvernants sont coutumiers, eux qui viennent d’autoriser les paris en ligne tout en obligeant chaque publicité pour ces jeux à être suivi d’un message sur leur danger potentiel. Par contre on ne nous met pas en garde sur les risques qu’il y a à vivre près d’une centrale nucléaire ou d’une ligne à haute tension qui sont autrement plus nocifs pour la santé qu’un verre de rosé !


 

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Les vignes du domaine de Listel jouxtent les lagunes exploitées par les Salins du Midi, que l’on peut aussi visiter, et dont les collines de sel confèrent au paysage une ambiance féerique.

 

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Ainsi comme vous pouvez le constater les raisons ne manquent pas d’entreprendre un périple à Aigues Mortes. Osons le dire, un tel périple ne manque pas de sel !


 

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Texte @ photos Ulysse

21/06/2010

Cimes chagrines, sous-bois en émoi…

 

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Il faut se faire une raison, cette année nous n’aurons pas eu de printemps. Et chacun de regarder de travers son voisin ou sa voisine pour savoir qui a omis de faire une offrande à Mars, dieu du Printemps ! Et oui, on se rappelle généralement qu’il est le dieu de la guerre mais on oublie qu’il l’est aussi celui de cette saison, habituellement délicieuse, mais qui fût cette année exécrable !

Allez, rien ne sert de chercher le coupable, mieux vaut positiver, comme dirait le grand philosophe existentialiste Kar Four. Car après tout, ça fait un printemps de moins pour nos artères et donc du rab sur cette bonne vieille terre, qu’on aura, quoi qu’on dise, du mal à quitter, bien que le monde n’aille pas tout à fait dans la direction que l’on voudrait.

Parlant de direction, il y en a une que Gibus et moi, vous le savez, affectionnons : c’est celle des cimes, même quand le peuple des nuages y prend ses aises et qu’elles affichent alors une mine chagrine, comme ce matin où nous avons décidé d’explorer un nouveau chemin sur la montagne de Rosis

Heureusement, la nature a plus d’un tour dans son sac et l’or de ses genêts remplace avantageusement les rayons du soleil aux abonnés absents.

 

 

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Pour le moment, nous sommes encore en terrain connu et arrivons sur la plateforme où se dresse la Chapelle de St Eutrope dont le clocher orné d’une croix titille le ventre des nuages. Simple hasard ou message codé du « Très-haut » un coin de ciel bleu se déchire alors à l’aplomb de la chapelle. Veut-on nous rappeler, à nous hommes de peu de foi, qu’il ne faut jamais perdre espoir ?

 

 

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A vrai dire nous sommes sans espoir pour ce qui concerne le moyen terme, puisque nous savons qu’un jour nos gosiers resteront secs pour l’éternité, mais optimismes pour ce qui concerne cette journée, car la température ambiante nous garantit de pouvoir déguster un rosé bien frais au moment du picnic.

Sur ces montagnes pierreuses où le pied de l’homme ne laisse pas de trace, nous progressons, guidés par les cairns, ces nœuds de pierre qui relient dans le temps et l’espace des hommes entre eux qui probablement ne se rencontreront jamais (exception faite de notre étonnante rencontre avec Bernard voir ma note du 14 mai dernier "Dans la forêt soudain, le cri désespéré d'un châtaignier")

 

 

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Nous voilà sur le Plo des Brus, l’un des plus beaux promontoires du Haut-Languedoc, où nous avons déjà grimpé ensemble, chères lectrices et lecteurs. S’il y a des petits nouveaux, je les renvoie à ma note du 25 février dernier (voir les archives) pour connaître l’étonnante histoire de cet endroit .

 

 

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Nous voilà parvenus sur le nouveau chemin que nous trouvons après quelques tâtonnements et qui descend en contrebas de la Serre de Majous en direction du Portail de Roquendouire.

C’est toujours un bonheur ineffable d’explorer une nouvelle voie comme de déguster un nouveau mets ou un nouveau vin, de découvrir un nouvel auteur ou créateur ou de se faire de nouveaux amis : la connaissance que vous avez du monde s’enrichit et votre horizon de réflexion s’élargit.

C’est d’ailleurs en parcourant une partie de l’Europe à cheval que Montaigne a nourri ses «  Essais » dans lesquels il écrit qu’ « Il se tire une merveilleuse clarté pour le jugement humain de la fréquentation du monde. Nous sommes tous contraints et amoncelés en nous, et avons la vue raccourcie à la longueur de notre nez. On demandait à Socrate d'où il était. Il ne répondit pas: d'Athènes, mais : du monde ». Ce penseur atypique qui rêvait de mourir en plantant ses choux nous enseigne également « qu’il vaut mieux forger son âme que la meubler » et nous prévient que « la vieillesse nous attache plus de rides à l’esprit qu’au visage ». Alors déridez votre esprit en marchant !

 

 

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On se sent bien la haut en compagnie des nuages, l’altitude gomme les blessures faites par l’homme à la terre, les « chiures » et « vomissures » qu’ils posent ici et là, sans aucun souci esthétique : ces litanies de temples de la consommation en parpaings et ferrailles, environnés d’espaces verts rachitiques souillés de détritus et ces kyrielles de lotissements aux maisons agglutinées et sans commerces, aussi gais que des funérariums.

 

 

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Nous apercevons en contrebas le Portail de Roquendouire, joyau géologique qui orne le col de Majous et dans le « chas » duquel passe les chemins du secteur, comme autant de fils tendus autrefois entre les villages et les hameaux .

 

 

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Ayant quitté les cimes, nous nous enfonçons dans les châtaigneraies profondes où nous apercevons le squelette de l’un des plus beaux châtaigniers jamais rencontré. Cet arbre là était à l’image des hommes qui l’ont planté et entretenu et se sont nourris de ses fruits. Ils naissaient et vivaient avec en mémoire les générations qui les avaient précédés et le souci de celles qui les suivraient. Comme leurs frères d’Amérique, les indiens, ils savaient qu’ils ne faisaient qu’emprunter la terre à leurs enfants et qu’ils devaient à leur mort leur restituer aussi riche et profitable qu’ils l’avaient trouvée. Avec la mort de ces arbres c’est une alliance et une complicité avec la Terre qui se sont perdues.

 

 

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Nous abordons un vaste sous bois vierge de tout chemin et notre sang alors devient champagne, véhiculant des milliers de bulles de joie qui provoquent une douce ivresse. Car, indescriptible est le bonheur de fouler un espace vierge de toute présence humaine. C’est la joie à la fois simple et puérile d’être le premier à poser son pied quelque part . A chacun sa découverte de l’Amérique !

 

 

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Un cheval multiséculaire qui se régale de jeunes et tendres feuilles de hêtres nous confirme d’ailleurs que c’est la première fois qu’il voit des humains en cet endroit. Il s’y est réfugié, nous explique-t-il, à la mort de son maître Don Quichotte pour fuir l’hypocrisie et la vilenie des hommes qui se sont moqué de lui.

 

 

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Si en ce lieu idyllique, l’homme n’a pas mis le pied, en revanche sa réputation de tueur sans merci est parvenue aux oreilles des mouflons qui viennent s’y repaître de l’herbe abondante. Ainsi, malgré notre attitude pacifique nous faisons fuir une mouflonne et ses deux petits. Dieu quel émoi, dans les sous-bois !

 

 

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Mais chez les mouflonnes (comme chez nos chères compagnes) la curiosité souvent l’emporte sur tout autre sentiment. Voici donc nos fuyards qui, passée une distance respectable, s’arrêtent pour savoir quelle allure nous avons.

Apparemment notre air débonnaire et notre regard intelligent plaident en notre faveur, car la mouflonne reste quelques minutes à nous observer. Oserai-je dire que cela fait longtemps qu’un regard féminin nous a autant troublé ! Et oui j'ai osé ! (les sanctions ne vont pas tarder…. !)

 

 

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L’écho de notre présence s’étant répandu comme une traînée de poudre, à peine sorti de bois, nous sommes observés par un jeune mâle qui, plus prudent (c’est le masculin de peureuse) que sa congénère, reste perché sur un rocher inaccessible.

 

 

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L’esprit et le cœur réjouis par ces belles rencontres nous prenons le chemin du retour en franchissant le Portail de Roquendouire.

 

 

 

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Mais au moment où nous le franchissons, le gardien du lieu, qui surveille depuis des siècles les allées et venues des bergers, des marchands, des paysans et aujourd’hui des randonneurs qui y passent, nous interpelle «  La mouflonne vous fait dire qu’elle vous a trouvé très sympas et séduisants et que si tous les hommes étaient comme vous, les mouflons ne se sauveraient plus à leur approche . La prochaine fois que vous reviendrez, passez la voir, ça lui fera plaisir » .

Gibus et moi nous sommes ravis d’entendre ça, même si on aurait préféré que ces propos soient tenus par la représentante d’une autre espèce, mais nous sommes réalistes et nous savons bien qu’à notre age il n’y a guère que des mouflonnes que notre vue puisse mettre en émoi !

 

Texte & photos Ulysse

14/06/2010

Bonheur perdu et retrouvé…..

 

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Je m’appelle le Bonheur et je suis un modeste torrent qui naît sur les flancs gréseux et argileux de l’Aigoual près du col de La Serreyrède à 1300 mètres d’altitude. Dès que la pente s’incurve, je retrouve un peu de sérénité et lambine, insouciant, au milieu des prés fleuris. Je pourrais alors mener une existence sans histoire pour aller mêler mes eaux fraîches et limpides à La Jonte qui coule en aval. Mais la géologie du lieu en a décidé autrement...

 

 

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Car le grès fait soudain place au calcaire soluble dans l’eau, ce qui m’a, au demeurant, permis de creuser un joli tunnel dans la barre rocheuse qui s’opposait à mon cours. Mais, ralenties par cet obstacle inopiné, mes eaux ont aussi creusé le sol et un jour, il y a fort longtemps, bien avant que les hommes n’apparaissent sur la terre, le sol s’est effondré et je me suis retrouvé précipité dans l’abîme ! C'est ainsi que ma mésaventure a inspiré aux hommes du lieu la célèbre comptine " le bonheur est dans le pré, cours y vite, le bonheur est dans le pré, cours y vite, il va filer..... !"

 

 

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Vous allez me dire que peu vous  chaut que mes eaux chutent ainsi vers le cœur de la terre . Mais si l’on m’a dénommé le Bonheur c’est sans doute que les humains qui fréquentent mes rives y trouvent la félicité en y pêchant la truite ou en se rafraîchissant l’été dans mes eaux limpides. Et perdre le Bonheur n’est pas une chose enviable ! Quand votre petit(e) ami(e) vous quitte , vous vous consolez en vous disant « Un(e) de perdu(e) dix de retrouvé(e) » mais quand on perd le bonheur, c’est moins facile de le récupérer !

 

 

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Me voilà donc parti pour un long et terrible cheminement, emprisonné dans les entrailles de la terre, tombant toujours plus bas de chute en chute. Imaginez ma frayeur lorsque ce phénomène s’est produit pour la première fois, mes eaux se cognant dans le noir à des roches acérées et ne sachant pas si elles allaient un jour revoir le jour.

 

 

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Aujourd’hui que les hommes ont installé des lumières tout au long de mon cours, ma situation s’est grandement amélioré et j’ai le plaisir d’avoir la compagnie de visiteurs au moins pendant les heures d’ouverture. Je suis d’ailleurs assez flatté que mon sort attire autant de monde, car je n’imaginais pas que les hommes puissent prendre autant de plaisir à voir de l’eau couler. Même Ulysse , cet aquaphobe notoire, est venu m’admirer !

 

 

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Il faut dire que j’ai accompli un travail digne d’Hercule et creusé un impressionnant canyon pour tenter de trouver une issue.

 

 

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Pendant des millénaires je me suis fourvoyé à creuser des galeries qui m’ont mené dans des impasses. J’ai alors rebroussé chemin et repris mon cours dans une autre direction.

 

 

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Les falaises qui me bordent sont peuplées d’êtres étranges que la lumière des hommes permet aujourd’hui d’admirer.

 

 

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Elles ne bougent pas d’un poil et se laissent volontiers photographier par les visiteurs, ce qui à vrai dire me rend un peu jaloux, car elles détournent leur attention de mon cours. Il ne faudrait quand même pas oublier que c'est grâce à moi que l'on peut les contempler.

 

 

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Mais je me console en me disant qu’elles sont condamnées à vivre sous terre pour l’éternité alors que je sais , aujourd’hui qu’au bout de mon calvaire je vais retrouver le jour ! C’est d’ailleurs pour cela que mon cours s’accélère car je sais que l’issue est proche.

 

 

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Hourrah ! j’aperçois enfin la lumière du jour qui filtre par une brèche ouverte dans les flancs du massif de l’Aigoual .

 

 

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La lumière du jour irise mes eaux et j’aperçois le vert manteau des conifères, qui n’a jamais si bien porté son surnom de couleur de l’espérance !

 

 

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Et me voilà dehors, jaillissant dans un somptueux cirque de falaises, ronronnant de plaisir de pouvoir enfin de nouveau contempler et refléter le bleu du ciel. Une fausse note gâche pourtant un peu mon plaisir : les premiers hommes qui ont découvert ma résurgence ne savaient pas qu’ils avaient retrouvé le Bonheur disparu sur les hauts plateaux. Ne sachant qui j’étais et comme je faisais, selon eux, le bruit d’un bœuf qui brame , ils m’ont appelé « Bramabiau » .

Mais finalement peu importe , je suis tout à mon bonheur d’avoir retrouvé la liberté !


PS : Pour tout savoir sur le site de l'Abîme de Bramabiau exploré pour la première fois  le 27 juin 1888 par une équipe d'hommes courageux emmenés par Edouard Martel, cliquez "Ici" . Cette exploration fut l'acte fondateur de la spéléologie.


Texte & photos Ulysse

08/06/2010

Des amis du plat pays amoureux des Hauts-Cantons….

 

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En créant mon blog je ne pensais pas qu’il donnerait naissance à une belle amitié avec des gens du plat pays belge, petit royaume qui se chauffe à la chaleur humaine et ensoleille pluies et brouillards, qui souvent l’assiègent, avec les effluves dorées de la bière .

Tout a commencé quand Marc, résidant en Wallonie, a croisé sur internet le chemin de mon blog. Amoureux du massif du Caroux qu’il sillonne une semaine par an depuis dix sept ans avec des membres de sa fratrie et ses amis, Jean Marie, Eric, Raymond et leurs épouses, il est devenu l’un de mes lecteurs assidus.

Esbaudi et ravi par cet amour porté par de lointains « estrangers » des plaines nordiques à la montagne que je chéris entre toutes, j’ai alors proposé à Marc de faire une randonnée en commun lors de sa prochaine visite. Tope là ! m’a-t-il aussitôt répondu et c’est ainsi que la semaine passée nous nous sommes retrouvés pour une virée sur les chemins de la Montagne de Rosis, située au nord du massif du Caroux.

Ceux qui connaissent ce massif savent qu’on ne peut résister à l’appel de sa voix rocailleuse et chantante qui s’élève de mille bouches perchées haut sur ses falaises rocheuses ou tapies dans ses bois profonds. Cette voix unique et envoûtante qui est parvenue il y a dix sept ans jusqu’à l’oreille de Marc et de ses compères au cœur de la Belgique !


 

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Il était tout naturel que Gibus, qui connaît le Caroux encore mieux que les agents du fisc connaissent mes poches (et dieu sait pourtant que ces gens sont des experts !), soit de la partie. En professionnel aguerri de la montagne il veille à notre sécurité lors de passages un peu technique, comme cette traversée de gué apparemment anodine, mais qui recèle quelques pièges sous la forme de pierres branlantes et glissantes. Les naïfs découvrent ainsi le caractère vicieux de l’eau qui explique ma méfiance à l’égard de ce breuvage.

 

 

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Randonner en montagne c’est ouvrir en grand les portes et fenêtres de sa vie pour y laisser entrer le soleil, la pluie, la neige, le vent, les orages qui, dans les temps anciens, ont forgé le cœur et l’âme de l’homme. C’est, ainsi, perpétuer cette énergie qui a permis à ce fragile bipède de partir à la conquête de la planète et d’y bâtir des empires.

 

 

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Randonner c’est aussi préserver en soi le sens du merveilleux qui a nourri les premières rêveries de l’homme et de sa compagne quand dans les cieux ils voyaient flotter la lune. Et c’est un fait qu’au cours de mes pérégrinations j’ai pu souvent constater que les êtres des contes et légendes, que les citadins désenchantés prennent pour des fariboles, existent vraiment

D’ailleurs, Marie, l’épouse de Gibus, qui a l’œil plus vif que mon gosier devant un verre de rosé bien frais, aperçoit soudain un « sangliéton » être mi-sanglier, mi-mouton en train de se gaver d’herbes tendres au milieu d’un clairière. Voyant qu’il a affaire à d’innocents promeneurs (certains comme moi, « innocent » tout court !) cet être fabuleux poursuit son festin sans s’inquiéter outre mesure.

 

 

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Un peu plus loin nous passons près d’un hêtre astucieux dont l’une des branches forme un nœud coulant avec lequel, je le soupçonne de capturer quelques rayons du soleil quand arrivent les derniers jours d’automne, qui le réchauffent tout l’hiver jusqu’à la venue du printemps.

 

 

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Nous entendons soudain le tiquètement d’un pic-vert sur le fût d’un châtaigner en quête de quelques insectes xylophages à manger. Je me mets alors à déclamer des alexandrins car je sais que les pic-verts sont friands de vers de douze pieds (ce sont les plus nourrissants) et le voilà qui, peu farouche, se pose à nos pieds et se met à picorer mes vers tombés à terre…

 

 

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Après un glorieux picnic au hameau fantôme de Caissenols, nous franchissons le portail de Roquendouire pour gravir la serre de la Mare qui culmine à 810 mètres. Nos amis belges sont un peu déçus car les ginestières (champs de genets) n’affichent pas encore la belle couleur de bière blonde qu’elles prennent quand elles sont en fleurs.

 

 

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Un rapace qui se joue des vents et de l’altitude ricane de nous voir suer, souffler, ahaner dans la pente. Mais pas rancuniers pour deux sous, nous admirons sa grâce et son expertise qui rendent jaloux les imbéciles qui les prennent parfois pour cible,

 

 

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Gibus veille à ce que personne ne reste en rade voulant éviter tout incident diplomatique avec un pays qui par mesure de rétorsion pourrait nous priver de ses exportations de frites . Mais nos amis belges se montrent à la hauteur et c’est ensemble que nous franchissons la crête.

 

 

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Comme les cairns où s’entassent des pierres libres à l’improbable équilibre et qui défient les lois de la pesanteur, les amitiés se tricotent avec des mots et des sourires et la passion commune des grands espaces, de la marche et du bon vin.

 

 

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Humbles conquérants de l’inutile, nous savourons en silence la plaisir de partager ensemble le spectacle de la nature environnante.

 

 

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L’univers ouvre au dessus de nous sa gueule bleue où virevoltent, pendant que nous marchons, nos méditations et nos rêveries.

 

 

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Au cours d’une pause près d’un abri séculaire de berger, Marie de nature un brin mystique (comme votre serviteur qui honorent les vignes du Seigneur)) entre en contact avec les dieux de l’Olympe afin qu’ils nous prévoient un demi bien frais à l’arrivée

 

 

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Notre chemin franchissant le Casselouvre nous en profitons pour nous y baigner, seul usage que nous apprécions de ce liquide que les anglais - peuple intelligent contrairement aux apparences - dénomment « water » et qu’ils réservent à juste titre au « closet »

 

 

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Le retour se fait par l’un de ces chemins que j’affectionne , bordé d’un muret de pierres, dont la longueur cumulé à travers le pays d’oc dépasse largement celle de la muraille de Chine. Mais alors que la muraille de Chine enferme un peuple soumis à une clique de dictateurs, ces murs là guident des hommes libres.

 

 

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Revenus au point de départ, nous constatons avec bonheur que les dieux de l’Olympe sont au rendez vous avec des Stellas Artois bien fraîches (bravo Marie), exquise délicatesse de leur part sachant que c’est la bière préférée de nos amis belges. Comme quoi les grecs n’ont peut être plus d’argent, mais ils ont encore du savoir vivre.

Cerise sur le gâteau, ou comme disent plutôt nos amis belges « moutarde sur les frites » Vulcain nous a même allumé un grand feu pour y faire cuire nos grillades.

 

 

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C’est ainsi qu’après avoir marché et contemplé ensemble la beauté des haut-cantons, nous partageons le pain, le vin, les rires et les saucisses, délicieux ciments d’une belle amitié. L’année prochaine c’est promis, nous recommencerons !

 

 

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Texte & photos Ulysse

 

17:59 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : rosis, frite, olympe, chine