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30/01/2011

Dans Arles où sont les Alyscamps ...(suite et fin)

Reprise d'archive
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On ne peut parler d'Arles ou la visiter sans évoquer la mémoire de Frédéric Mistral (1830-1914) cet écrivain provençal fondateur en 1854 de « Lou Félibrige » association littéraire ayant vocation à assurer la défense des cultures régionales traditionnelles et la sauvegarde de la langue d'Oc. Après avoir reçu le prix nobel de littérature en 1904, il fonda à Arles le "Museon Arlaten" consacré à l'art de vivre dans l'ancienne Provence et contenant des collections représentatives des arts, de l'ethnologie et de l'histoire du pays d'Arles.

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Sa statue trône sur la place du forum où Van Gogh, qui vécut à Arles de février 1888 à mai 1889, a peint son magnifique tableau intitulé « Terrasse du café le soir » qui montre une terrasse de café illuminée sous un somptueux ciel étoilé.

Que vous soyez ou non croyant, il faut aller visiter l'église St Trophime située au coeur de la vieille ville et dont le portail est l'un des chefs-d'oeuvre de l'école romane provençale de la fin du XIIème siècle ainsi que son cloitre. Saint-Trophime, premier évêque d'Arles, aurait été un des sept missionnaires envoyés par Rome pour évangéliser la Gaule, sous le règne de l'empereur Dèce. Il serait arrivé à Arles en 46

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On découvre au centre du tympan le Christ qui, d'après les commentaires officiels, bénit l'assistance les deux doigts levés en tenant l'évangile sur ses genoux. Il est entouré des symboles des quatre évangélistes : l'aigle de Saint jean, le lion de St Marc, le boeuf de St Luc et l'ange de St Mathieu.


Quant à moi, qui suis un parfait mécréant, j'ai plutôt l'impression que ce pauvre Jésus semble nous dire « arrêtez un peu vos âneries et vos querelles de chiffonniers et faites un effort pour vous entendre car je ne reviendrai pas une seconde fois pour vous épargner les colères de mon père qui risque un jour de perdre patience et de vous  envoyer tous rôtir dans les chaudrons de Lucifer ! »

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Bien évidemment quand on va à Arles une visite s'impose aux Alyscamps immortalisés par les vers de Jean Paul Toulet (1867- 1920) :


Dans Arles, où sont les Alyscamps

Quand l'ombre est rouge, sous les roses,

Et clair le temps,

Prends garde à la douceur des choses,

Lorsque tu sens battre sans cause

Ton coeur trop lourd,

Et que se taisent les colombes:

Parle tout bas si c'est d'amour,

Au bord des tombes.



Le nom de ce « cimetière » étonnant vient d'Alysii campi (c'est-à-dire les champs Elysées, la voie qui conduisait au royaume des morts les guerriers valeureux)Son implantation remonte à l'antiquité, les cimetierres étaient à l'époque toujours construits à l'extérieur des cités le long des grands axes routiers afin que l'on puisse en permanence rendre hommage aux morts.

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A Arles dès le début de l'empire les sarcophages et les mausolées s'égrenèrent au bord de la via Aurelia, pratique qui s'est ensuite perpétuée à l'époque chrétienne avec l'installation de la sépulture des premiers évêques d'Arles entourée par des milliers de tombes pressées sur plusieurs rangs


Cette sépulture est devenue en 1040 un prieuré sous le nom de Saint Honorat qui fut lui même au XIIème siècle transformé en église de style roman couronnée par une splendide tour lanterne octogonale.

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Devenue une étape obligée du pélerinage de Saint jacques de Compostelle, son charme romantique a attiré de nombreux artistes, dont Gauguin et Van Gogh qui y posèrent leurs chevalets.

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Pour conclure en beauté une visite d'Arles il faut faire pédibus jambus un pélerinage à l'un des sites les plus pittoresques également immortalisé par Van Gogh : il s'agit du pont basculant « Réginel » situé sur le canal d'Arles à Port le Bouc

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Vincent Van gogh lui a donné le nom de pont Langlois qui était le nom de celui chargé d'actionner le pont, il l'a peint car il lui rappelait son pays natal la Hollande. Certes à l'époque ce site avec ses lavandières et sa voiture à cheval avait plus d'allure qu'aujourd'hui !

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Si vous aimez ce peintre vous pouvez également visiter à Arles sa chambre reconstituée telle qu'il l'a peinte, aller faire un tour à la magnifique Fondation Van Gogh et suivre un cheminement piétonnier dans la ville comportant une dizaine de haltes où figurent des reproductions d'oeuvres qu'il a peintes (voir le circuit au SI)

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C'est avec regret que nous quittons cette cité si vivante où le cheminement dans ses ruelles nous fait franchir les siècles et où rode l'ombre tourmentée de Vincent Van Gogh.

 

PS: Je suis absent quelques jours et prendrait connaissance de vos commentaires à mon retour. je vous remercie de votre visite

Texte & Photos Ulysse

24/01/2011

Dans Arles où sont les Alyscamps....(première partie)

Reprise d'archive
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Qui n'a pas entendu parler d'Arles, ou du moins de ses Arlésiennes, celles que l'on attend toujours et que l'on ne voit jamais ! Mais peut être n'avez vous pas encore visité cette ville provençale très animée, et si c'est le cas je vous invite à la faire "fissa", d'une part pour les merveilles architecturales de l'époque romaine et du haut moyen age qu'elle recèle et d'autre part, pour l'accueil chaleureux de ses habitants.


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Les Arlésiens, ont hérité de leurs ancêtres romains une stature impressionnante digne d'Hercule. Ils sont certes un peu peu exhibitionnistes mais sont aussi forts affables

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Quant aux Arlésiennes, elles ont le tempérament ombrageux et impudique des filles du sud, mais n'allez pas croire pour autant qu'elles soient complaisantes !


C'est d'ailleurs la beauté des Arlésiennes qui conduisit à la colonisation de la région dès le 6ème siècle avant J.C par les Grecs puis par les Romains. Arles devint sous le règne de César (50avant J.C) un grand port fluvial et maritime, puis préfecture des Gaules sous le règne d'Auguste. On vient d'ailleurs de retrouver dans le rhône une magnifique collection d'oeuvres d'art de l'époque romaine dont un exceptionnel buste de César qui étaient transportés par une péniche qui a fait naufrage

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Rendons nous tout d'abord au théatre antique en franchissant la tour de Roland aménagée au moyen age dans l'une des travées de l'enceinte extérieure

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Ce théatre (en cours de restauration) était l'un des plus importants du 1er siècle avant J.C. Il conserve deux superbes colonnes de marbre qui se dressent orgueilleusement vers le ciel, ultime défi de Rome à travers le temps aux barbares qui ont mis fin à son règne.


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Quelques blocs de pierre sculptés subsistent qui donnent une idée de la richesse des décorations qui ornaient le fronton du théatre. Ces pierres témoignent d'une époque où le souci  de la beauté imprégnait l'ensemble des oeuvres humaines qu'elles fussent grandioses ou modestes.


Aujourd'hui dans tous les domaines la notion d'utilité l'a emporté sur l'esthétique ou le sens moral et l'homme lui même est devenu « jetable » et mis au rebut dès que l'on considère qu'il n'est plus à même de servir aux besoins des entreprises.

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En pénétrant plus au coeur de la ville, on voit soudain se dresser les impressionnantes arcades des arênes (amphitéatre) construites par Vespasien (75 après JC) et qui peuvent contenir 20.000 spectateurs

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On y donne aujourd'hui des corridas qui ne déparrent pas des spectacles sanguinolents organisés par les romains. Ainsi est l'homme, capable d'édifier des oeuvres grandioses pour y commettre des massacres. Mais peut être qu'en assistant dans le confort d'un fauteuil à des scènes de mise à mort, les spectateurs exorcisent-ils la terreur que leur inspire la perspective de leur propre mort

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Il faut arpenter les galeries qui font sur plusieurs niveaux le tour des arênes pour apprécier la magnificence et la prouesse architecturale que représente l'édifice. Les galeries situées au niveau de la scène centrale semblent encore retentir des rugissements des lions et des clameurs des gladiateurs qui s'y affrontaient

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Plus paisibles étaient les thermes de Constantin construits vers le IVème siècle en bordure du Rhône où, chaque après midi, toute la population, les femmes d'abord, les hommes ensuite, allaient au sauna, puis se plongeaient dans des bains chauds, tièdes et froids avant de conclure par un massage.

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Les différentes pièces et piscines étaient chauffées par de l'air chaud circulant sous le plancher dans des conduits en briques. Ce sens de la propreté s'est hélas perdu en occident avec la chute de l'empire Romain et il a fallu l'invention de la savonnette Cadum en 1907 par l'américain Michaël Winburn pour redonner aux Gaulois, qui se lavaient juste le gosier avec de la cervoise, le goût de l'eau !

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Et les Alyscamps me direz vous ? Ils sont comme les Arlésiennes vous en parlez et on ne les voit pas ! Patience mes cher(e) ami(e)s , nous irons les visiter lors de la prochaine note....

A SUIVRE....

 

PS : je suis absent quelques jours et prendrai connaissance de vos commentaires à mon retour . Merci de votre visite

Texte & photos Ulysse

18/01/2011

Rêveries un soir de décembre au bord du bassin de Thau

 

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Le soleil commence à se glisser  dans sa couette de nuages, mais des lambeaux de ciel bleu subsistent vers l'orient, qui se reflètent dans le bassin et lui donnent un air de Méditerranée. Deux voiliers, las de leur immobilité, attendent de prendre le large. Des promeneurs au loin contemplent le rivage puis les voiliers : cèderont-ils à cette invitation au voyage ? Et toi cher(e) lecteur ou lectrice n’as tu pas envie de larguer les amarres et de partir ? Là bas, loin très loin derrière les collines mauves se trouve Cipango le pays aux toîts d’or. Mais l’or justifie-t-il le voyage ? Ne part-on pas plutôt pour se trouver ?

 

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Voici le phare des Onglous posté à l’entrée du Canal du Midi dont le fil d’eau virtuel se poursuit jusqu’à Sète, sise sur le Mont Saint Clair, que l’on aperçoit de l’autre coté du bassin. Son lampion est pour l’heure éteint car c’est un noctambule. Mais quand la nuit viendra, il fera de l’œil à son ami la lune. Dans le ciel passe une mouette, petite boule de vie dans cet univers figé. A-t-elle conscience de sa beauté ?

 

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Les pierres manquantes sur le chemin qui mène au phare et la rambarde en partie démantelée témoignent des tempêtes qu’il doit parfois affronter. Qui le croirait à voir cette eau immobile, vaste miroir où il aime à se contempler ?

 

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Englués dans la routine de notre quotidien aux horizons bornés, l’infini de l’horizon marin nous fascine et nous rappelle la singularité et la puissance de notre esprit capable de l’appréhender.  Les poissons qui y nagent savent-ils que la mer est vaste ?

 

 

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Les piquets qui tendent les filets qui traversent l’étang sont plus hauts que le Mont Saint Clair : magie de la perspective ! Prenez du recul par rapport à vos soucis, vous les verrez s’amenuiser !

 

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Sous la lumière rasante l’eau perd sa transparence et apparaît si dense que je suis un instant tenté d'y marcher. Mais étant un homme de peu de foi je ne m’y risque pas !

 

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Le soleil décline et le bassin devient une copie conforme du ciel. les reflets ont plus d’intensité que le monde réel. Ne vivons nous pas quand nous rêvons et ne rêvons  nous pas quand nous croyons vivre ?

 

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Soudain la terre semble s’être arrêtée de tourner, plus un mouvement n’affecte le paysage. Je  retiens mon souffle pour préserver cet instant qui a un air d’éternité…

 

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C’est l’heure où surgissent du fond des eaux les bateaux fantômes. Mais il faut ne pas succomber à la tentation de monter à bord si l’on ne veut pas  s’endormir à jamais dans les bras d'une sirène.

 

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L’or du soleil a déteint sur sa couette de nuages dont le reflet illumine les eaux du bassin de Thau

 

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Quelques mouettes prennent alors un bain d'or avant d'affronter les frimas de la nuit.

 

 

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C'est l'heure où la contemplation du paysage nous fait partir en voyage au delà de l'horizon.

 

 

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Nous voguons alors en silence vers le lieu où le soleil sombre dans l'horizon. Et soudain nous étreint l'angoisse qu'éprouvaient les anciens égyptiens : reviendra-t-il demain ?


Texte & Photos Ulysse

 

12/01/2011

Pèlerinage à St Eutrope pour chasser l’hiver….

 

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Un matin de la mi-décembre, malgré le froid de manchot qui régnait sur le sud, je faisais mon marché et attendais patiemment mon tour à un étal. Les sudistes étant généralement volubiles me voilà engagé dans une conversation météorologique avec un "papet" auquel je manifeste ma surprise au sujet des abondantes chutes de neige tombées la veille sur les sommets des hauts-cantons qui ont pris une allure alpine .

  « On m’avait que dans le sud, il n’y avait pas d’hiver et qu’on se baladait en chemisette en toutes saisons »  je lui susurre goguenard.

« jeunot , ici  dans ma jeunesse il n’y avait pas d’hiver car quand il osait pointer le bout de son nez gelé, on organisait un pèlerinage à la chapelle de St. Eutrope  pour y faire un grand feu et il s’en allait.  Aujourd’hui plus personne n’a le courage d’y monter. Mais attention pour que ça marche fallait monter le bois du bas de la vallée et sur un sentier que même les mouflons hésitent à prendre »

Outre le plaisir d’être appelé jeunot (ce qui ne m’arrive plus guère) l’histoire du papet m’intriguait. Depuis ma rencontre avec un magnétiseur au Montahut., j’étais prêt à admettre que des phénomènes qui choquent à priori nos esprits cartésiens pouvaient avoir une explication scientifique. Ainsi peut être que la colonne d’air chaud provoquée par le feu en cet endroit particulier avait une influence sur l’anticyclone des Açores. Certes l’obligation de n’utiliser que du bois de la vallée semblait relever de la superstition. Mais il fallait aller vérifier en respectant la tradition..

Nous voilà donc partis le lendemain avec Gibus et notre bande de copains sans peurs et sans reproches à l’assaut des pentes enneigées de la Serre de Majoux où se dresse la Chapelle de St Eutrope. Les routes étant enneigées nous partons du village de  Compeyre situé près de Saint Gervais sur Mare  pour emprunter le GR 653 qui  mène au pied de la Serre de Majoux.

 

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Nous passons près de jeunes et tendres hêtres dépouillés d’une partie de leur écorce par des cervidés affamés.  Si jamais grâce à notre expédition nous arrivons à chasser l’hiver, les hôtes de ces bois, que le manteau neigeux prive de nourriture, nous devrons une fière chandelle.   Par gratitude peut être se laisseront-ils plus volontiers approcher et photographier !

 

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Un compère de Sylvebarbe du peuple des Ents  nous hèle au passage pour nous demander où nous allons par un temps si peu propice à la randonnée.  Ayant pris connaissance de notre projet il nous encourage dans notre expédition. Il nous confie qu’au cours de ces 254 années d’existence il n’a jamais vu tomber autant de neige dans la région et se fait du souci pour la survie de ses compagnons forestiers.

 

 

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Nous gravissons une colline boisée dont les arbres dépouillés  laissent voir entre  leurs branches les terrasses édifiées par les anciens, titanesque travail aujourd’hui ignoré, abandonné, mais qui témoigne de leur courage. Tandis qu’ils façonnaient le monde dans lequel ils vivaient, ce travail pétrissait leur propre vie qui plongeait ses racines dans la terre qui les avait vus naître.  Le monde moderne a, pour la plupart d’entre nous, coupé ce cordon ombilical avec la terre mère et c’est sans doute pour cela que nous en prenons si peu soin.

 

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Et pourtant quelle magnificence est la sienne en tous lieux et en toutes saisons pour qui a la chance de pouvoir  s’immerger dans la nature et la contempler.

 

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Nous voici arrivés au pied de l’un des contreforts de la serre de Majoux dont  le sommet échancré laisse voir le bout du clocher de la chapelle St  Eutrope.

Le sentier qui y mène - qui par temps clément n’est pas des plus aisé à gravir – est ce jour là une véritable patinoire. Mais préoccupés avant tout par le seul bien être général qui dépend de l’accomplissement de notre mission, nous battons les fourrés environnants afin de recueillir le bois nécessaire au feu que nous devons allumer dans la chapelle.

 

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Notre récolte faite, nous entamons notre ascension Gibus - le plus audacieux et expérimenté d’entre nous - en tête comme il se doit .

 

 

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Votre serviteur lui emboîte le pas tanguant et dérapant sur le sentier verglacé tandis que Gibus semble avoir des semelles en « post it ».

 

 

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Nos compagnes suivent derrière emmenées par Marie la savoyarde qui avec son mari Gibus a connu des situations bien plus périlleuses.

 

 

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Mais nous parvenons tous sains et saufs à la Chapelle qu’un rayon de soleil inopinément éclaire, dû sans doute  à la débauche d’énergie que nous avons déployée pour grimper jusqu’ici.

 

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Mais ce rayon de soleil peine à faire grimper la température et nous nous réfugions « fissa »  à l’intérieur de l’abri qui jouxte la chapelle et où autrefois vivait un ermite.

 

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Le local n’ayant pas de fenêtre nous suspendons une bougie pour nous éclairer ce qui crée une ambiance magique propice à l’allumage du feu « sacré » qui doit chasser l’hiver .

 

 

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Le feu est enfin allumé qui boute bientôt la température hivernale hors des lieux, ce qui est déjà un premier résultat !

 

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Quand nous sortons pour prendre le chemin du retour, il fait étonnamment beau, ce qui est de bon augure quand au succès de notre entreprise. La neige est néanmoins toujours là et la descente  va se révéler périlleuse.

 

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Mais, après avoir à plusieurs reprises posé involontairement nos fesses sur le sentier, nous arrivons sans encombre dans la vallée où nous constatons avec stupeur que le soleil s’enhardit et commence à faire fondre la couche de neige qui recouvre la montagne du Marcou en face de nous : le papet avait raison, notre feu est en train de faire partir l’hiver !

 

 

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D’ailleurs l’un des descendants des éléphants perdu par Hannibal quand il est passé dans la région pour aller conquérir Rome barrit de contentement à la perspective de retrouver enfin des températures plus clémentes auxquelles il est accoutumé.

 

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Un Ent, sans doute mis au courant de notre expédition par son congénère rencontré le matin (les oiseaux sont les messagers de ce peuple), nous félicite pour notre courage et se réjouit des rayons du soleil qui commencent à chauffer le haut de sa ramure.

 


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Et, suprême récompense, des mouflons, d'ordinaire si farouches mais probablement informés  par les Ents, viennent saluer ces humains auxquels ils doivent ce réchauffement soudain de l’atmosphère.

 

 

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Une minuscule feuille de hêtre qui avait vaillamment résisté à l’hiver et  refusait de choir avant de revoir une dernière fois le soleil, accueille avec un bonheur immense le rayon qui la traverse .

 

 

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Et un vieux châtaignier nous ouvre son cœur pour nous remercier au nom de l’ensemble des êtres de la forêt de ce que nous avons fait.  Emus par ces témoignages de reconnaissance, nous sentons renaître en nous ce lien charnel et fraternel qui nous unit à la nature. Et nous comprenons que si l’homme ne prend pas soin de son « berceau » il prépare sa tombe.

 

Et si jamais l’hiver revient roder dans les parages nous savons ce qu’il nous reste à faire !

 

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Texte & Photos Ulysse