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28/02/2011

Rêverie au bord de l'étang de Maguelonne

 

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Corps à corps entre la mer et  la terre,

Lagune, tu accueilles ma solitude,

Et dissous mes confortables certitudes,

Dans tes mouvantes frontières.

 

La passerelle sur laquelle je m’engage,

Rend mon retour incertain,

Mais pourquoi se soucier de demain,

Puisque la mort est au bout du voyage !

 

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Des murs séparant les anciennes salines,

Ne subsistent que les pieux de châtaigniers

Qui forment une broderie argentée,

Ourlant une nappe d’eau opaline.

 

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Ils servent d’opportuns perchoirs,

Aux mouettes constamment à l’affût,

De poissons insouciants du péril imprévu,

Tapi dans un monde qu’ils ne peuvent voir.

 

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L’eau ici nous enseigne que les couleurs,

Ne sont que virtuelles et éphémères,

Passant du gris au bleu outremer

Comme nos vies, selon l’heure.

 

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L’antique station de pompage,

Contemple nostalgique et désoeuvrée,

La mer généreuse dont les eaux salées,

Couvrait autrefois d’or blanc le paysage.

 

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Une élégante et impudique avocette,

Me montre sans gène aucune  ses dessous,

Affairée à traquer dans le sable mou,

Un festin de mollusques et de crevettes.

 

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Mais ma présence très vite l’indispose ,

Elle s’envole alors  d’un seul coup d’aile,

Sa grâce et sa beauté rayonnent dans  le ciel,

Et je me laisse aller à la douceur des choses. *

 

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Des hordes de folle-avoine promènent,

Leur diaphane toison d’or sur les talus.

Quand l’homme de la terre aura disparu,

Reviendra alors le temps de l’Eden.

 

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Mais en ces lieux de paisible apparence ,

La mort rode à tout instant,

Un moucheron l’apprend à ses dépends,

Happé en plein vol : brève existence !

 

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La nature n’a pas de sentiment, tout l’indiffère,

Nous prenons pour de la cruauté,

Ce qui n’est que l’incessant ballet,

De la vie et de la mort : déroutant mystère !

 

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Un troupeau de moutons célestes

Animent soudain le paysage,

Comme eux nous ne sommes que de passage,

Jouissons des  jours qui nous restent.

 

 

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Ce ciel et ce nuage sont irréels,

Les choses auxquelles nous croyons,

Ne sont elles que des illusions,

Ballets d’atomes venus du ciel ?

 

 

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Peu à peu le jour régresse,

Et doucement le monde sombre,

Dans un cotonneux manteau d’ombre,

Avons nous tenu nos promesses ?

 

 

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Captant les derniers rayons du soleil,

La lagune se couvre d’argent,

Sa beauté est au firmament,

Comment la mort nous cueillera-t-elle ?

 

* Vers inspiré par un poème de  Paul-Jean Toulet "En Arles"


PS: Je vous invite à aller consulter sur le blog de Michelle l'émouvante vidéo tournée par José Carlos Meirelles sur la protection des tribus isolées 


Texte & Photos Ulysse

 

 

 

 

22/02/2011

Divines étaient les saucisses au Peyre Martine !

 

peyre martine,chomsky,cairn,séranne

Hello ! C’est moi Louna que vous apercevez de dos en compagnie de Gibus cheminant de bon matin pour faire l’ascension du Peyre Martine qui domine le Cirque de la Séranne du haut de  ses 785 mètres.

Pour une fois, nous faisons des infidélités au Caroux car j’avais envie de voir d’autres paysages. Comme le dit mon papy les voyages forment la jeunesse et même si je n’ai pas encore beaucoup de printemps à mon compteur, mieux vaut que je m’y prenne de bonne heure si je veux conserver ma jeunesse d’esprit. Car quand je vois les difficultés de mes « ancêtres »  à maîtriser leur « mulot » et  leur téléphone portable, je me dis qu’il faut que je me bouge pour retarder le plus possible le processus du vieillissement !

 

 

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Léo, mon grand frère est aussi de la partie avec quelques amis de mon papy et de ma mamy. Pour nous qui venons de Paris, on découvre avec bonheur que le ciel peut être bleu en hiver et qu’on peut aller se balader sans gants ni manteau ni bonnet. C’est une véritable injustice alors qu’il est écrit dans la constitution française que tous les français sont égaux en droit ! A mon retour de vacances, je vais saisir le Conseil Constitutionnel afin que toutes les écoles soient transférées dans le sud de la France !

 

 

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Quand on est enfant, on idéalise les adultes, surtout ceux qu’on aime, or cette randonnée a été pour moi l’occasion d’une des plus grosses déceptions de ma jeune existence.

En effet, alors que mon Papy et Gibus nous ont annoncé une  rando « relax » pour ménager nos jeunes jambes, le confortable chemin que  nous suivons depuis une heure se  révèle être une impasse.  Voilà donc deux être chers que je croyais infaillibles en matière de chemins et qui se plantent comme deux débutants. Quand survient un tel événement dans votre vie comment voulez vous avoir confiance dans l’avenir ?

Comme nous avons déjà grimpé plus de 300 mètres de dénivelé, personne n’a alors envie de faire demi-tour. Repérant une vague sente qui se dirige tout droit vers le sommet du Peyre Martine nous l’empruntons.  Elle nous oblige bien vite à nous transformer en quadrupèdes, ce qui ne me gène pas trop vu que c’est un état que je pratiquais il y encore quelques années. Mais pour mes « ascendants » l’ascension n’est pas aussi aisée,  paradoxe sémantique qui aurait ravi Noam Chomsky père de la grammaire générative et transformationnelle (et oui il est au programme du CM2 !)

 

 

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Je suis malgré tout admirative de voir des gens qui ont un demi siècle de plus que moi (une éternité, en quelque sorte !) réaliser une telle grimpette ! Je vais finir par croire mon papy qui prétend que le vin est un élixir de jouvence  et je me dis qu’avec la cave qu’il  a il est parti pour grimper les montagnes au delà de cent ans, si les montagnes sont encore là !

 

 

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Nous quittons la zone rocheuse pour aborder un grand pierrier, ce qui nous fait passer de Charybde en Scylla (j’ai beau n’être qu’en CM2 j’ai des « lettres » !) ou comme dirait mon papy de « Jacques  en  Nicolas » mais là je ne sais pas trop à quoi il fait référence ! Les pierriers sont, en effet,  les endroits les plus traîtres de la montagne car le sol s’effondre sous vos pieds et il vous faut faire trois pas pour avancer d’un seul.

 

 

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Après deux heures trente d’ascension nous arrivons sur une petite plateforme où l’on peut dresser notre campement pour le pique-nique et d’où l’on jouit d’une vue imprenable sur  la vallée de la Buège. De toute façon vu la difficulté pour y accéder, je doute que quelqu’un ait envie de nous la prendre cette vue !

 

 

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Gibus nous allume un feu  et aidé de Jo y fait griller les saucisses prévues au menu et que les « anciens » ont vaillamment portées sur le dos avec le reste du menu !  J’avoue que l’odeur des saucisses grillées qui effleure mes narines ranime toute mon estime et ma considération pour Gibus et mon papy!

N’allez pas croire que je suis vénale, mais je me dis qu’après tout  l’erreur est humaine  et que notre erreur de parcours est somme toute profitable puisqu’elle m’a permis de vérifier de quel exploit j’étais capable malgré mon jeune age ! Pour une petite parisienne, je suis assez fière de moi (j’ai mis « assez » pour ne pas paraître prétentieuse ) Mon frère aussi s’en est bien sorti, mais c’est un pré-ado déjà presque aussi grand que mon papy, il a donc moins de mérite !

Assurément divines sont les saucisses et je doute fort qu’aucun jeu vidéo puisse un jour me  donner le bonheur que j’éprouve à les croquer ainsi au soleil en si joyeuse compagnie. Je suis d’accord avec mon papy qui se désole de voir que des milliards sont engloutis de par le monde  pour mettre au point des jeux permettant de « singer » les activités humaines devant une "téloche" alors qu’il suffit d’enfiler une paire de chaussures de randonnées pour se sentir pleinement vivre ! A tous mes petits camarades je dis : " Mettez vos consoles à la poubelle et sortez, le bonheur est sur les sommets!"

 

 

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Revigorés par ces agapes « dyionisiaques » - cet adjectif valant surtout pour les anciens du groupe dont les saucisses ont vogué sur les flots de divins nectars - nous reprenons notre périple pour gagner le sommet du Peyre Martine.  Ayant atteint notre objectif, je célèbre cet exploit sur les épaules de Gibus, histoire de faire la pige à mon grand frère qui me prend toujours de haut ! (Ah ! si vous saviez comme est funeste le sort des cadets !)

 

 

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Un parapente passe à ce moment là au dessus de nous et je l’envie un peu quand je pense au chemin du retour.

 

 

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Je ferme alors les yeux et me mets à rêver que je suis un oiseau, mais hélas ça ne marche que dans les films d’Harry Potter !  Je suis donc condamnée à redescendre « pédibus cum jambis » avec le groupe !

 

 

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Pour corser un peu les choses, nous avons de nouveau un problème d‘orientation. Nous tombons, en effet, sur  un cairn placé au beau milieu  d’une plaque rocheuse sans pouvoir déterminer la direction à prendre car l’endroit est entouré d’un océan de buis dans lequel on ne voit pas le moindre chemin.

 

 

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Gibus et mon papy sont perplexes, mais là je dois reconnaître que leur compétence n’est pas en cause et nous nous engageons au hasard dans cet océan végétal  à la recherche d’un hypothétique chemin. Nous faisons vite marche arrière car le maquis dans lequel  nous progressons devient de plus en plus impénétrable.

 

 

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Revenus sur la ligne de crête, nous faisons une tentative dans une autre direction qui se révèle fructueuse car nous retrouvons enfin le chemin à mon grand soulagement. Il faut dire que vu ma petite taille le groupe risquait de me perdre dans les buissons. Je me demande d’ailleurs si ce n’était pas  leur  intention  pour  retrouver un peu de tranquillité car il faut que je vous avoue que dans la famille on me surnomme « Calamity  Louna ».

 

 

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Quand je parle de chemin, il s’agit en fait d’une vague piste qui descend le long de la ligne de crête et qui est presque aussi escarpée que celle  emprunté à la montée.

 

 

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Tous ces efforts m’ont desséché le gosier. Et moi qui suis d’ordinaire sobre comme une chamelle, au contraire  de mon papy qui boit sans  soif  et rarement de l’eau, je vide ma gourde en quelques secondes !

 

 

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Petit à petit la vallée se rapproche ravivant mon courage qui commençait à défaillir ! Il faut dire qu’avec mes petites jambes j’ai fait au moins deux fois plus d’efforts que le reste du  groupe. J’espère en conséquence avoir double ration de chocolat pour le goûter,  mais cela n’est pas gagné d’avance. Je vais devoir sortir mon sourire enjôleur qui a un effet dévastateur sur la volonté de mon papy

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Vous allez encore penser que je suis prétentieuse mais cette photo vous montrera qu’il est difficile de résister a mon sourire !  Bon, cela dit connaissant la faiblesse des hommes je n'en abuse pas,  je ne  l’utilise à des fins utilitaires que pour les bonbons et le chocolat !

 

Texte de Louna et photos d’Ulysse et de Marie

 

 

17/02/2011

Monts et Merveilles de Lauroux à Labeil

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Il y a des matins de début du monde où Gaïa, notre terre mère, aime faire la grasse matinée. Je cours alors assister a son lever du haut d’un promontoire où l’on voit poindre l’un de ses têtons, le Pic Baudille, qui émerge de sa couette de nuages.

Ce spectacle me fait venir aux lèvres ce Poème (le Sylphe) de Paul Valery :

 

Ni vu ni connu 
Je
 suis le parfum 
Vivant
 et défunt 
Dans
 le vent venu ! 

Ni
 vu ni connu
Hasard
 ou génie ? 
A
 peine venu 
La
 tâche est finie ! 

Ni
 lu ni compris ? 
Aux
 meilleurs esprits 
Que
 d'erreurs promises ! 

Ni
 vu ni connu
Le
 temps d'un sein nu 
Entre
 deux chemises ! 
 

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C’est alors un bonheur de plonger corps et âme dans un brouillard d’or qui nimbe les chemins en quêtes des merveilles que l’on trouve entre Lauroux et Labeil.

 

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Il y a d’abord l’arbre cyclope qui fixe le monde de son œil rond, sa ramure hérissée par les tourments que l’homme, ce bipède prétentieux et inconséquent, inflige à la nature, dont pourtant sa survie dépend. Entre autres méfaits dont nous sommes tous complices, aux quatre coins du monde les forêts primaires sont remplacées par des armées de palmiers à huile dont le jus « macdonalisé » finit sur nos bedaines en gras double et en poignées d’amour . 

 

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Et pourtant, pour reprendre le chant du poète, que la nature est belle, et l’on a peine à imaginer que l’homme ne prenne pas soin d’elle et continue de la polluer !

 

 

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Un ours chassé des Pyrénées par l’obscurantisme, la cupidité et la bêtise de quelques uns de nos congénères qui n’aiment les animaux qu’en rôtis ou en  gigot nous fait part au passage de son amertume. Nous lui demandons d’être patient car  il sera bientôt débarrassé de notre engeance si nous continuons à vouloir transformer les ressources naturelles en picaillons. Il suffit de voir les drames humains que provoquent les déforestations ou ceux que cause l’exploitation des gaz de shiste aux Etats Unis et qui est envisagée en France notamment  dans le Larzac

 

escandorgue

 

Imaginez ce paysage hérissé de puits d’exploitation et éventré par les bulldozers et les nappes d’eau phréatiques sous jacentes irrémédiablement polluées pour permettre à notre société de maintenir son train de vie énergivore ! Ce serait un drame pour la région et il nous faut ouvrir l’œil car elles sont loin les promesses du Grenelle de l'environnement. Ce n'est certes pas avec son "gros n'avion personnel" que le Pinocchio de l'Elysée montre le bon exemple en matière d'économie d'énergie.

 

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En approchant de Labeil le chemin descend le long de la falaise qui surplombe le hameau. Un arbre, malheureusement né au mauvais endroit,  vit avec un « rocher » de Damoclès suspendu au dessus de sa ramure.  Ce spectacle est une invitation à vivre pleinement chaque jour car la "pierre" qui nous touchera a peut être déjà commencé sa course !

 

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Nous voilà au pied du Cirque qui ressemble à un gigantesque orgue de pierre, efficace rempart contre le vent du nord  qui permet à la végétation qui prospère à ses pieds de jouir d’un micro-climat quasi tropical.

 

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Ainsi de gigantesques lianes partent-elles à l ‘assaut de la falaise pour jouir de la lumière des cîmes

 

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Et un véritable jardin suspendu  colonise les rives escarpées du ruisseau qui dévale du plateau

 

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Les arbres sont gainés d’un fourreau de mousse qui accroche les rayons du soleil .

 

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Qui croirait que nous sommes en plein hiver et que des plaques de neige couvrent encore le plateau qui surplombe la falaise.

 

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Sauvons ce pays sauvage où des diablotins aux pieds fourchus se rendent la nuit à des bacchanales (ne croyez pas ceux qui prétendront que ce sont de vulgaires sangliers). Ces lieux sont nécessaires pour ressourcer nos âmes afin que l’on ne perde pas le sens de l’essentiel.

 

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Notre périple approche hélas de sa fin à l’instar du soleil qui achève sa course et laisse le crépuscule dérouler son tapis d’ombre sur l’ubac des monts .

 

lauroux

 

Bientôt la nuit gommera pour quelques heures cette beauté qui ranime en ma mémoire le souvenir de ces vers du grand Victor tirés de la légende des siècles:

 

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ;

Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;

Une immense bonté tombait du firmament ;

C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

Ici, bien sûr, les lions ne viendront pas boire, mais faisons en sorte que les vautours non plus !

PS : je vous invite à lire la fin de mon périple en Suisse sur mon autre blog : Piquesel (cliquez sur le nom)

Texte (sauf poèmes cités)  & Photos Ulysse

10/02/2011

J’ai marché sur les eaux à Peyriac-de-Mer


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 En lisant mon titre vous avez sans doute pensé qu‘un fusible avait sauté dans mon cortex cérébral et que je me prenais pour Jésus. Et bien soyez rassuré (ou peut être déçu) ce n’est pas le cas  !  J’ai effectivement marché sur les eaux de l’étang de Peyriac-de-Mer……….mais  en empruntant les passerelles sur pilotis qui traversent les anciens salins qui occupaient une partie de l’étang ! 

 

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Peyriac-de-Mer était autrefois un comptoir maritime où sont passés les grecs, les carthaginois, les ibères et les romains. De fait, à l’époque antique l’ensemble des étangs du secteur constituaient un golfe ouvert sur la mer, lieu d’un intense trafic maritime lié au port de Narbonne, l’un des plus importants de la Méditerranée. Le nom de Peyriac vient probablement des collines pierreuses qui surplombent les salins (Peyre en occitan veut dire pierre)

 

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Le site des salins  a été exploité jusqu’à la fin des années 1970 puis acheté par le Conservatoire du Littoral en 1981 afin d’éviter son urbanisation qui aurait conduit à la destruction d’un site unique sur la cote languedocienne.

 

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Les différents bassins des salins dénommés « chauffoirs » étaient séparés par des langues de terre et un système de vannes régulait le niveau de l’eau à l’intérieur. On aperçoit au loin l’une des « baraquettes »  dans lesquelles les sauniers rangeaient leurs râteaux pour récolter le sel ainsi que les « banastes », grands paniers qu’ils portaient sur la tête pour le transporter.

 Le sel est, depuis l’aube de l’humanité, une denrée précieuse car il permet de conserver les aliments. Les soldats romains recevaient d’ailleurs une partie de leur solde – variable en fonction de leur mérite - sous forme de sel : le « salarium » (d’où vient le mot salaire). Comme quoi les « bonus » ne datent pas d’hier !  Philippe VI en a fait en 1342   l’objet d’un monopole royal. Les récoltes étaient depuis lors contrôlées par un douanier qui leur appliquait un impôt, la gabelle, supprimé à la révolution.. De là, sans doute, vient l’expression « la note est salée » que l’on applique à une dépense que l’on juge exorbitante !

 

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Derrière les collines qui entourent l’étang le Canigou pointe son nez encore poudré de neige à cette saison de l’année.  Du fait de la perspective il domine toute  la chaîne des Pyrénées - bien qu’il n’en soit pas le plus haut sommet – ce qui flatte son égo démesuré .

 

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A cette heure matinale, les mouettes en sont encore au petit-déjeuner et elles traquent  les poissons qui   ne s’attendent probablement pas à cette menace venue du ciel.

 

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Les langues de terre  qui séparent les différents bassins sont imprégnées d’eau salée et recouvertes de salicornes et de soude , plantes halophiles adaptées à ce type de sol, dont les couleurs rougeoyantes illuminent le paysage hivernal.

 

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Les passerelles  permettent de pénétrer au cœur de cet univers aquatique, véritable havre de paix et  garde-manger  pour les oiseaux . Un héron en train de méditer – du moins en a-t-il l’air - ne s’inquiète guère de ma présence. Il attend le dernier moment pour s’envoler, le miroir des eaux magnifiant la grâce de son envol.

 

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Grimpant sur le Mour, modeste colline de 58 mètres qui domine l’étang,  j’y trouve deux arbres qui s’y sont installés pour jouir de la vue. L’un d’eux est penché vers l’autre dans une attitude affectueuse : les arbres tombent-ils amoureux ? Pour ne pas les gêner et troubler leur tête à tête je leur tourne le dos et contemple le paysage.

 

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La vue que l’on a de l’étang de Doul, situé en contrebas justifie la grimpette . Cet étang « hyperhalin » est une petite Mer Morte dont il a la salinité (80g de sel par litre contre 36g en moyenne pour la Méditerranée). Cette haute salinité est due au très faible échange d’eau avec l’étang de Peyriac-de-Mer qui fait lui-même partie du vaste étang de Bages et Sigean.

 

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Sa plage souvent ourlée d’écume délicieusement salée est très fréquentée l’été par les baigneurs car on peut y  faire la sieste dans ses eaux portantes.

 

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 Redescendant du Mour, suivons  la rive de l’étang d’où l’on aperçoit le village de Bages derrière les nasses à anguilles qui sèchent au soleil. Quel étonnant poisson qui parcourt plusieurs milliers de kilomètres pour se reproduire dans la mer des Sargasses, sa progéniture effectuant ensuite le voyage inverse en quelques mois. Mais il est hélas en voie de disparition en raison de sa surpêche qui menace également beaucoup d’autres espèces.

 

 

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Des quotas ont heureusement été fixés et aujourd’hui les bateaux de pêche se languissent sur  la berge sous la surveillance des mouettes qui s’impatientent de les voir reprendre de l’activité.  Car ces volatiles rapides et futés prennent leur dîme quand les pécheurs remontent les filets.

 

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Des pêcheurs ont fait en vain le voyage de Nice espérant trouver ici les poissons qui ont déserté les rivages de la Riviera où ne subsistent plus que quelques sirènes pendant la période du festival de cannes.

 

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Les seuls pêcheurs heureux sont les flamants roses qui, il est vrai, ne sont pas difficiles et se contentent  de crevettes et de minuscules mollusques. 

 

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Ce sont des oiseaux qui sont aussi hautains et sexy que des mannequins de mode et  qui ont le niveau d’intelligence des présentateurs de variétoche de TF Hun (là où TF Hun passe, l’esprit trépasse !).

 

 

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Ils sont de surcroît très froussards et s’enfuient dès qu’un bipède se montre à l’horizon, bien qu’aucun d’eux n’ait jamais mangé un flamant rose !  Qui oserait d’ailleursmanger une volaille qui doit avoir le goût de crevette ? peut être François Hollande dont le visage est aussi rose que celui que l’on voit sur les vieilles publicités du savon Cadum)

 

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 Mais leur morphologie  rend leur envol difficile et c’est un spectacle divertissant de les  voir  se précipiter en titubant…

 

 

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…avant de prendre péniblement leur envol !

  

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Mais une fois en l’air c’est une métamorphose et comme leurs congénères, les Albatros, ils deviennent alors « les rois de l’azur »

 

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Envolons nous alors avec eux et contemplons ce merveilleux paysage, camaïeu de gris, de verts et de bleus, où les collines se voilent de brume qui les nimbe de mystère et où l’étang se fait miroir pour dissimuler à nos regards la vie multiforme d’un univers aquatique où  nos ancêtres sont nés.

 

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Devant cette immensité liquide, l’homme prend conscience qu’il n’est qu’un fétu de paille que balaiera peut être un nouveau déluge s’il continue de maltraiter cette bonne vielle terre. Mais il n’y aura alors peut être pas d’autre Noé pour le sauver . A titre de précaution je dors sur un matelas pneumatique, on ne sait jamais !

 

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Mais le soleil entame doucement son amerrissage et il est temps de retrouver le plancher des vaches, expression qui n’est pas au demeurant appropriée au cas présent vu qu’à Peyriac-de-Mer on n’y voit pas de vaches ! Cette formule qui s’écrivait à l’origine « plancher aux vaches » a été créée par les marins qui ne rencontraient jamais ce doux mammifère sur le plancher du pont de leur bateau et désignaient donc la terre ferme de cette façon car c’était pour eux le seul endroit où ils en voyaient !

 Cela dit s’il n’y a pas de vaches à Peyriac-de-Mer les couchers de soleil pour parler trivialement y sont « vachement » beaux, comme vous pouvez le constater !


PS : Je vous invite à aller sur mon autre blog, Piquesel, pour découvrir la suite de mon périple en Suisse (cliquez sur le nom).


Texte & Photos Ulysse