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25/09/2011

Périple pyrénéen : 2) Le Pic Rouge de Bassiès (2676m)

 

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Pour entreprendre une course en montagne, il faut se lever généralement avant le soleil, ce gros paresseux qui aime faire son lit dans le fond tiède des vallées. On baigne alors dans une atmosphère gris-bleutée qu’illuminent les taches argentées des lacs où se déverse la lumière qui envahit peu à peu le ciel.

 

 

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Soudain vers l’occident, la cime d’un sommet s’allume d’une lumière rose orange ; puis le feu s’étend et gagne les cimes avoisinantes et dévale les pentes, brûlant bientôt les derniers oripeaux de la nuit qui s’enfuit.

 

 

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L’esprit encore un peu ensommeillé nous suivons notre guide Gibus, profitant  des quelques mares d’eau que le sentier longe, pour nous rafraîchir les idées et  finir de nous réveiller.

 

 

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Nous sommes ici au pays de l’ours et d’ailleurs nous en croisons un qui se repose au soleil insouciant des polémiques que sa présence fait naître dans les vallées. Au nom de quel principe l’homme peut-il prétendre décider des espèces qui ont le droit de vivre en ces montagnes ? Une heureuse cohabitation est possible pour peu que chacun y mette du sien, n’en déplaise à ceux qui ont une approche exclusivement « picaillonnesque » de l’existence humaine.


 

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A un détour du chemin, nous apercevons au loin notre objectif, le Pic Rouge de Bassiès (2676m) dont la pente qui mène au sommet ressemble à une piste d’atterrissage. Peut-être est ce en ces lieux d'ailleurs qu’atterrissent et décollent les anges gardiens qui viennent de temps en temps sur terre pour veiller sur nous ; de moins en moins souvent au demeurant, ne trouvez vous pas, mais il faut dire que le comportement de l'humanité a de quoi les désespérer !.

 

 

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Quand on part faire un sommet mieux vaut ne pas trop regarder le but à atteindre sous peine de se décourager. La mesure de nos pas paraît en effet incongrue par rapport à la distance qui nous sépare de l’objectif et l’on doute de  jamais pouvoir l’atteindre.  Il faut alors se concentrer sur soi même, sur sa respiration, son cœur qui bat, s’installer dans son effort comme si c’était un état naturel  et avoir les dix prochains mètres du chemin pour horizon. Cet horizon « glissant » vous aspire alors dix mètres après dix mètres et vous arrivez enfin surpris et infiniment heureux au sommet.

 

 

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Mais pour l’heure nous n’y sommes pas encore  et nous levons quand même parfois les yeux pour jouir du spectacle féerique des montagnes environnantes qui forment une galaxie bleutée dont nous occupons le centre.

 

 

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Parvenus à un col, nous apercevons en contrebas le refuge et le chapelet d’étangs de Bassiès dont pas un souffle d’air ne vient troubler la surface. S’il n’y avait nos coeurs qui battent dans nos poitrines nous pourrions croire le monde frappé, par un sortilège, d’immobilité.

 

 

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Plus nous nous rapprochons de notre objectif et plus la pente devient ardue. Chacun se concentre et regarde ses pieds. Ce qui est beaucoup mieux que de se regarder le nombril comme nous y invite la société d'aujourd'hui. N'oublions pas que c’est avec ses pieds que l’homme a conquis le monde alors que la contemplation de son nombril conduit à un repli sur soi et à une conduite infantile, comme l'illustre abondamment la rubrique "pipole" des tabloïds.

 

 

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Nous faisons une halte « fruits secs » (indispensable aliment du randonneur) sur un replat herbeux, d’où l’on aperçoit le Pic des Carrots dont les contreforts sont revêtus d’une toison forestière. Celle-ci doit atténuer la morsure des grands froids sur sa peau pendant l’hiver, ce qui est bienvenu.  Car quand la montagne a froid, elle frissonne, ce qui provoque des avalanches et des chutes de pierres.

 

 

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 Passant au dessus de l’un des étangs de l’Escalé, nous apercevons à sa surface un immense papillon argenté, surprenant et éphémère mirage crée par le vent.

  

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Nous faisons  une dernière pause avant d’attaquer la pente finale constituée d’éboulis. Quand on voit les montagnes ainsi  taraudées, crevassées, leurs pentes jonchées de blocs de pierres on se les imagine dans leur prime jeunesse avec des parois lisses vertigineuses vierges de toute érosion. Mais il n’en a jamais été ainsi car leur gestation a pris plusieurs millions d’années, poussant de quelques millimètres par an et elles ont donc été ridées dès leur adolescence. Ces rides nous racontent leur histoire. Notre société, atteinte de jeunisme et angoissée par la perspective de la déréliction de nos organismes veut conserver des visages et des corps lisses sans histoire et donc sans vie.

 

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Nous voilà au sommet. Vous en êtes les premiers surpris ! Vous ne vous en pensiez pas capables et pourtant vous y êtes arrivés . Bon, il est vrai que je vous ai un peu aidé, mais la prochaine fois que vous irez seul, je ne doute pas que vous y parviendrez aussi  ! Essayez !

 

 

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La grande fierté que l’on éprouve alors c’est d’être à la même hauteur que les nuages, ces infatigables et merveilleux voyageurs qui nous narguent quand on se traîne en bas dans la vallée.

 

 

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La descente ensuite n’est que du bonheur ! Les jambes te l’esprit sont en « roue libre » et les lacs nous offrent leurs eaux rafraîchissantes.

 

 

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Mais attention !  Que l’extase qui vous gagne à la descente ne se transforme pas en arrogance et vous entraîne à dire : " Finalement le Pic de Bassiès, c’était fastoche " car vous seriez instantanément transformé par les Oréades, nymphes des montagnes extrêmement susceptibles,  en statue de pierre, comme ce pauvre bougre que l'on aperçoit ici  condamné à rester à jamais dans ces lieux ! Mais finalement est-ce un si funeste destin que de devoir rester ici .....?

 A suivre…..

Texte @ Photos Ulysse


19/09/2011

Périple pyrénéen : 1) La montée au refuge de Bassiès

 

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 Nous voilà partis (Gibus, Marie, Rémi, Suzanne, Jean Mi , Ghis, Jo et Bibi) pour le refuge de Bassiès, sis à 1647 mètres au cœur d’un cirque glaoiaire parsemé de lacs au sein des Pyrénées ariégeoises. La météo est favorable, attestant ainsi que l’Ariège n’est pas, comme le prétendent les mauvaises langues, la « Bretagne » pyrénéenne. Encore qu’il me souvient y avoir passé quinze jours de vacances pluvieuses, mais c’était il y a plus de quinze ans, il y a donc prescription.

 

 

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Un superbe chemin caladé  mène au refuge, construit il y a plusieurs siècles sans doute pour permettre la transhumance des moutons, le cirque offrant des prairies généreuses.

 

 

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Nous arrivons au bord de l’étang artificiel de l’Escalès dont les rives se prêtent à une pause picnic dyionisiaque.  Ses eaux bleutées idylliques nous invitent à la baignade en compagnie de truites qui attirent de nombreux pêcheurs. On voit ces derniers comme des gens pacifiques et respectables, amoureux de la nature, et pourtant chaque année  des plongeurs doivent retirer du lac les sacs d’ordures que certains d’entre eux y jettent pour ne pas avoir à les ramener. Tristes sires !

 

 

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 Reprenant notre périple, nous dérangeons deux chevaux en liberté qui se désaltèrent  au bord de l’étang Long. Leur reflet  a tant de présence qu’on s’attend à les voir sortir de l’eau en s’ébrouant !

 

 

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Quelle étonnante faculté a l’eau de dédoubler ainsi le monde environnant au point que l’on ne sait plus  vraiment où est le monde réel. N’en est-il pas de même parfois avec notre esprit qui donne vie à des fantasmes, des obsessions et des préjugés. Jetons leur mentalement une pierre pour qu’ils s’évanouissent.

 

 

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Au terme de deux heures de marche, nous arrivons en vue de l’étang Majeur derrière lequel nous apercevons le toit gris du refuge de Bassiès. Les sacs à dos commençant à tirer sur les épaules, chacun apprécie la perspective de bientôt pouvoir les poser. Des visions de mousse blanche surmontant un liquide frais et doré…(mirage fréquent après un effort intense en montagne) envahissent alors nos esprits.

 

 

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Mais pour le moment l’or est dans le lac où la chevelure d’invisibles sirènes forment à la surface de l’eau d’élégantes arabesques. Des esprits triviaux prétendront que ce ne sont que des algues, mais ces gens là sont  des rabats joies qui ne regardent que votre doigt quand vous leur montrez la lune.

 

 

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Manifestement en ces lieux, il gèle l’hiver à pierre fendre et il faut avoir un cœur de pierre pour ne pas être ému par le sort de ce roc fendu. Magie de l’eau insaisissable et qui file entre nos doigts mais auquel le gel confère une puissance redoutable. Le gel n’est pas indispensable d’ailleurs. Car c’est en imprégnant d’eau des coins de bois fichés dans des entailles de la pierre que les anciens Egyptiens détachaient les pierres servant à fabriquer les obélisques des carrières

 

 

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Nous voici enfin au refuge, cette « machine à remonter le temps ». Y séjourner c’est revenir à la vie d’autrefois. Pas de radio, pas de télé, pas de journaux, pas d’eau chaude pour se laver, et de la lumière avec parcimonie (1 heure le matin et 2 heures le soir) . Ajoutez y  la promiscuité humaine  chaleureuse mais sans « chichis » des dortoirs et des salles d’eau. Ces lieux ne sont pas fait pour les introvertis  et les nez délicats. 

couleuvre,catalogne,racou,collioureLa terrasse est l’endroit incontournable des refuges. De retour d’une randonnée, le grand plaisir est d’y traîner  en compagnie de jolies  et  pétillantes blondes ou brunes….ou pour les moins délurés, d’un café ou d’un chocolat. On y  lit aussi, on rêvasse, on discute des courses effectuées ou de celle que l’on fera demain, si la météo - ou pour les croyants Jehova, Vichnou ou Allah -  le permet (la météo n’étant au demeurant guère plus fiable que les dieux).

 

 

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On y admire surtout le somptueux paysage tout en jouissant d’une tranquillité et simplicité  qu’aucun cinq étoiles au monde ne peut vous offrir, car ici les verroteries et ferrailleries qui s'entrechoquent ou pétaradent au sein ou devant les les palaces ne sont pas de mise.

 

couleuvre,catalogne,racou,collioureMais, signe des temps, on y rencontre parfois, hélas, quelques « crapouilles » qui abandonnent leurs mégots devant le refuge (comme ils le font d’ailleurs sur les plages ou dans les rues). Insondable, incompréhensible et incurable stupidité de certains homo sapiens qui doivent avoir dans leur patrimoine génétique des gènes du cancrelat. Les randonneurs et alpinistes (ou les pêcheurs comme on l'a vu tout à l'heure) ne sont pas hélas exempts de ce genre de comportement, comme en témoigne les immondices laissés en haut des sommets de l'Himalaya.

 

 

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Le torrent voisin sert de douche aux plus courageux. Si la température de l'eau est proche de celle d'un pastis marseillais, on a en compensation – oh ! luxe suprême - le libre choix de la vasque. Quant à la qualité de l'eau, elle est de premier choix ! C’est comme si l’on prenait un bain dans de l’eau d’Evian ! Et ça, même dans les « Dix étoiles » on ne vous l’offre pas !

 

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 Nous revenons au refuge au moment où un vent facétieux déverse quelques sacs de nuages dans la vallée. Mais en montagnards expérimentés nous ne nous laissons pas impressionner. Comme le dit un dicton local « Si tu vois  des nuages à midi, fuit, si tu en vois après dix sept heures, à la bonne heure ! »

 

 

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Et c’est pourquoi nous préparons sereinement notre ascension du lendemain qui doit nous mener au sommet du Pic Rouge de Bassiès à 2676 mètres (de gauche à droite: Rémi, Gibus, Bibi, Jo et Jean-Mi ).

 

 

 

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Mais la nuit tombe et les derniers oripeaux du jour se noient dans la rivière qui alimente les lacs, l’illuminant quelques instants avant de sombrer définitivement.  Ce sera bientôt l’extinction des feux dans le refuge et l’heure d’aller se coucher. Demain une rude journée nous attend !

 

 A suivre….

 

Texte et Photos Ulysse (sauf l’avant dernière Marie B)

13/09/2011

Causse-en-Paradis !

 

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 N’en déplaise aux croyants de tous bords qui pensent que seul le trépas peut nous ouvrir les portes du Nirvana - et encore si l’on est méritant ! - il y a sur la terre des coins de paradis. Et ceux qui les connaissent, comme ceux d’ailleurs qui connaissent de bons coins de pêche ou à champignons,  se gardent bien, à juste titre, d’en parler - sauf à quelques amis de confiance - pour ne pas y voir débarquer des curieux ou des amateurs  par cars entiers.

 Ayant la chance d’avoir un ami qui connaît sur le Causse du Larzac, deux de ces endroits paradisiaques, il m’a fait récemment l’honneur de m’y emmener.

 Ce blog étant un lieu de partage relativement confidentiel  et votre fidélité à me suivre chers lecteurs et chères lectrices  témoignant de votre intérêt pour les beautés du Languedoc, j’ai décidé de vous faire découvrir ces lieux, comptant toutefois sur votre discrétion pour que vous n’en parliez qu’à vos amis les plus chers, afin de préserver la sérénité de ces lieux.

Le premier de ces lieux est le modeste hameau de St Xist constitué de quelques maisons multiséculaires et qui dépend de la commune du Clapier en Aveyron. Protégés du vent froid du nord par les falaises du plateau de Guilhaumard, quelques heureux manants vivent ici  que l’on peut considérer comme des privilégiés, car vivre entourés d’une telle beauté et d’une telle sérénité est aujourd’hui véritablement un privilège.

 

 

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Bien que modeste, le hameau possède une étonnante église  bâtie au dixième siècle et dont  l’imposant tour-clocher se dresse au milieu d’un jardin « de curé » comportant plus de trois cents plantes médicinales et décoratives, parrainé – excusez du peu ! - par le prestigieux jardin des plantes de Montpellier. Parvenu à l’aube du vingt et unième siècle dans un grand état de délabrement, ce site a été restauré grâce à l’action d’une association réunissant quelques passionnés qui en sont tombés amoureux.  On ne peut qu’être admiratif du travail qu’ils ont accompli et les remercier d’avoir réhabilité ce site.

 

 

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Le cimetière qui jouxte l’église est un havre de paix et de sérénité qui dissipe l’angoisse dont on est habituellement  saisit à l’idée de passer de « l’autre coté », surtout qu’on ne connaît pas la carte des vins qui y sont servis. Et boire du mauvais vin pour l’éternité, quelle horrible perspective !

 

 

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En ce lieu paisible, on se sent comme ce coquelicot qui s’y dresse fièrement quand tous ses congénères ont déjà fait leur temps. Alors qu’il resplendit, ceux là sont porteurs de graines, promesses de nouvelles  floraisons. Et l’on se dit que lorsque notre présente vie s’achèvera, d’autres sans doute prendront  sa suite ( en espérant toutefois revenir dans un pays où il y a des vignes).

 

 

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A l’intérieur de l’église, de merveilleuses et étonnantes peintures contemporaines sur verre réalisées par le peintre suisse  Konz ont remplacé les vitraux sans doute détruits par les intempéries ou des vandales. Les imbéciles détruisent la beauté car ne pouvant la comprendre ou la ressentir elles leur révèle leur bêtise et ça les rend furieux. L’une de ces peintures représente le sabbat éternel auquel on veut bien adhérer si le ciel y reste toujours aussi bleu.

 

 

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Je vous laisse admirer les autres peintures sans faire de commentaire. Elles représentent probablement des personnages et scènes de l ‘ancien et du nouveau  testaments qu’en bon mécréant  je ne sais identifier mais dont la beauté, la fraîcheur et  la naïveté ne peut laisser quiconque insensible, sauf bien sûr les imbéciles.

 

PS : Un lecteur de mon blog Eric a laissé un commentaire qui donne des précisions suivantes  sur les scènes représentées sur ces vitraux :

"pour les vitraux, j'ai cru reconnaitre des scènes de l'ancien testament : il y a (dans le désordre) : le chandelier à sept branches, symbole de l'alliance entre Dieu et le peuple hébreu (symbole qui représente un pied de vigne), la visite que des anges font à Abraham pour lui annoncer la naissance d'un fils, le sacrifice d'Abraham, la lutte de Jacob (petit fils d'Abraham) avec l'ange -lutte qui lui voudra le nom d'Israël qui signifie "qui a lutté avec Dieu",peut etre une representation de Moise avec les deux tables de la Loi, et une du Roi Salomon accueillant la Reine de Saba. Autant de faits marquants qui jalonnent la Bible qui signent tous à leur manière la rencontre entre Dieu et l'humanité"

 

Je vous invite également  à visiter le site d'Eric  

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st xist,mas raynal,bastide des fonts,guilhaumardSortant de l'église, une autre merveille nous attend : une sculpture extérieure d’un artiste inconnu placée devant une simple croix de fer et qui représente une femme amoureusement blottie contre son amant qui l’enlace et lui tient tendrement la main.  Leurs visages révèlent un bonheur, un abandon, proches de l’extase.

 

 

st xist,mas raynal,bastide des fonts,guilhaumardTrouver une telle sculpture là où il y a habituellement un calvaire sur lequel le christ agonise est une chose inouïe. J’ose formuler une hypothèse que certains de mes lecteurs trouveront peut-être sacrilège. Le sculpteur profitant de l’isolement du lieu, loin de la hiérarchie sclérosée et hypocrite de l’église, a sans doute voulu illustrer la passion de Jésus pour Marie-Madeleine.   Car le fils de Marie et de Joseph (pour ma part, je suis certain que c’est bien lui le père et non pas un zombie céleste !) ne nous a-t-il pas enseigné que l’amour quand il est sincère n’est jamais un péché.

 

 

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Nous rejoignons maintenant le hameau de Labastide des Fonts situé en bordure du plateau qui domine la vallée de l’Orb. Un mystérieux cataclysme intervenu manifestement il y plusieurs décennies semble avoir conduit les habitants à quitter soudainement  ce lieu les amenant à abandonner dans leurs champs les outils qu’ils étaient en train d’utiliser .

 

 

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Depuis lors certains habitants sont revenus mais personne ne les a dérobés ni déplacés par peur sans doute du mauvais œil. Ils continuent néanmoins de faucher les prés tout autour. Ou peut être sont ce les fantômes de ceux qui se sont ainsi mystérieusement évanouis ? 

 

 

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La vue que l’on a en contrebas sur le plateau qu’entaille au fond la vallée de l’orb est sublime. L’érosion a déchiré par endroits le manteau végétal et fait apparaître d’étonnantes marnes grises.

 

 

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Le paysage morcelé en parcelles raconte l’histoire de ce pays façonné par les hommes. Combien de décennies d’efforts, de luttes , d’affrontements mais aussi de solidarité humaine pour dessiner cet entrelacs de champs et de bosquets .

 

 

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Ici aussi un sculpteur anonyme a laissé deux chefs d’œuvre auxquels les intempéries  ont donné  une poignante beauté en conférant à la pierre l’aspect de la chair marquée par les ans.

 

 

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Ainsi cet homme au visage émacié semble, malgré ses orbites vides,  voir au delà des siècles et ce qu’il voit du devenir de l’humanité manifestement le tourmente.

 

 

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A ses cotés  se tient la statue d’une mère  souriant à son enfant (les croyants y verront sans doute Marie) scène qui apaise notre angoisse ressentie devant la statue de l’homme tourmenté.

 

 

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Mais ce sourire est teinté d’un trouble, sans doute celui de l’inquiétude maternelle sur le destin de son enfant.  Le trouble nous gagne aussi provoqué par l’indicible beauté de cette scène.

Si vous vous rendez en ces lieux dans le courant du mois de mai, allez marcher sur le plateau de Guilhaumard  à partir du Mas Raynal (à 10km au nord) en suivant le GR 71C: vous y découvrirez un immense jardin d’orchidées, d’anémones et autres fleurs méditerranéennes.

 

PS : Je vous conseille également de compléter ces nourritures « paysagères et spirituelles » par de succulentes  nourritures terrestres  en vous rendant à l’étonnante Auberge de la Maison Baldy située dans le joli village de Fondamente non loin de là.

PS: Je suis parti quelques jours à travers le sud-ouest et prendrai connaissance de vos commentaires à mon retour. Merci de votre visite. 

Texte @ Photos Ulysse

06/09/2011

Caraïbes ? Non, Catalogne !

 

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La mer est bleue, l’air immobile, les pêcheurs à demi assoupis  attendent l’heure propice pour mettre leurs barques à l’eau. Au loin, un primate sur son hors-bord crée un moment de vaine agitation.

 

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Puis c’est de nouveau le silence et  la valse lente des ombres que le soleil dessine sur le sable. Une délicieuse léthargie nous gagne alors. On se croit aux Caraîbes,  on est au Racou en Catalogne, magie du Pays d’oc !

 

 

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Une voile rouge au large nargue l’immensité bleue. Mais la mer débonnaire ignore  cette modeste flamme qu’elle pourrait éteindre et engloutir d’un coup d’épaule.

 

 

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Que l’homme puisse avec quelques planches ajustées et de si frêles morceaux de toile  franchir les mers m’esbaudit. Là est l’expression du génie humain,  plus que dans les tours qui chatouillent les étoiles,  la bombe à hydrogène ou la poêle qui n’attache pas.

Et que dire de l’homme qui est à la barre,  fourmi à l’échelle de la mer, dieu à l’égard des vents et des courants.  Haro ! sur ceux qui naviguent avec un moteur, tout juste bons à  barboter dans le  bassin des Tuileries !

 

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Quittons un instant le large pour nous livrer  à un enfantillage : ceux qui trouveront dans les cinq secondes Jonathan le Goéland, caché dans le paysage, seront dignes de naviguer, oh hé ! oh hé  en ma compagnie. Cela dit, si vous gagnez, il vaut mieux que vous soyez un bon « voileux » car avec moi vous risquez de chavirer !

 

 

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Un peu plus loin sur le chemin côtier qui mène à Collioure nous croisons un pin, un brin « voyeur », heureux du retour de la belle saison qui ramène de belles ondines sur la plage, qu’il caresse discrètement de son ombre.

 

 

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C’est aussi une saison où les bipèdes étant plus volontiers dans l’eau que sur les chemins, certains « indigènes » d’habitude discrets y prennent le soleil. C’est ainsi que nous faisons la rencontre d’une superbe « couleuvre à échelons », redoutable prédateur, amateur d’oisillons et de lapereaux et dont la morsure pour l’homme n’est certes pas fatale, mais douloureuse. Une engeance donc qu’il vaut mieux éviter !

 

 

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Comme elle ne manifeste guère l’intention de nous laisser le passage, mon ami Gibus que rien n’effraie à part une bouteille vide (frayeur que je partage !) la saisit par la queue (chose que je n’oserais même pas faire avec une souris verte) . A croire qu’il a été charmeur de serpent dans une vie antérieure !

 

 

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La couleuvre fort mécontente d’être ainsi traitée tente sans succès de mordre Gibus qui garde un calme olympien. S’il avait été à la place d’Adam dans le jardin d’Eden, croyez moi, nous y serions encore  !

 

 

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Etant toutefois respectueux de tout ce qui vit sur terre, Gibus lui rend sa liberté, en cherchant toutefois à mettre, par sécurité, quelque distance entre elle et nous. Mais la trajectoire étant un peu courte, la couleuvre choit quasiment au pied de nos épouses qui nous suivent sur le chemin. Par élégance je ne dirai mot des la scène qui s’en est ensuivie !

 

 

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Mais sans doute impressionnée par le sang-froid de Gibus (qui est pourtant un animal à sang chaud surtout quand on se partage quelques Ti’Punch !) elle file sans demander son reste. Gageons qu’elle n’agira pas avec autant de mansuétude à l’égard du premier lapereau venu qui croisera son chemin. Mais ne la jugeons pas cruelle car dans son cas nécessité fait loi !  Pas comme ces Tartarins qui tuent par plaisir et qui vont, hélas, bientôt de nouveau battre la campagne! 

 

 

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Nous voici en vue de Collioure, la perle de la côte Vermeille qu’il vaut mieux aborder hors-saison si l’on veut jouir de sa beauté. Nous ne pouvons que souhaiter le développement de toute l’humanité, mais imaginez, comme je l’ai vu à Capri ( Qui comme l’a chanté Hervé Gueulard est bien fini !), 30.000 touristes  débarquer chaque jour en ce lieu idyllique et c’est l’enfer assuré. Bienfaits et méfaits du tourisme indissolublement liés.

 

 

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Matisse, Derain, Picasso , Dali, Juan Gris , Dufy, Chagall ne s’y sont pas trompés qui sont tombés amoureux de ce port coloré fondé par les grecs au Vème siècle av.J.C. et rendu célèbre par ses barques catalanes et la tour de l’église Notre Dame des Anges qui servait autrefois de phare .

Ce port a été le berceau du Fauvisme, courant pictural privilégiant la couleur et le mouvement sur la perspective et qui fut qualifiée de « fumisterie» par la critique à l’origine . En peinture, comme en finance, en politique et en amour ne vous fiez pas aux prétendus "experts" dont l’arrogance est à la hauteur de leur incompétence. Les fumistes ce sont eux !

 

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C’est un village où il faut absolument au cours de sa vie faire  au moins une escapade, si possible avec un être cher et en arrivant par la mer. Car il a séduit non seulement les peintres mais aussi les poètes comme Antonio Machado qui, fuyant la dictature espagnole, s’y est réfugié  le 22 janvier 1939 entouré de sa famille et de quelques amis pour y mourir un mois plus tard. Avant de s’éteindre (il y a des hommes qui sont des lumières pour l’humanité)  ce poète discret nous a laissé  ce message :

 Tout passe et tout demeure. Mais notre affaire est de passer, 
de passer en traçant 
des chemins. 
Des chemins sur la mer.

Je vous invite donc  à tracer votre chemin sur la mer pour visiter Collioure !

 

Texte & Photos Ulysse