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27/10/2012

Et si on retournait sur le Caroux ?

 

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Après quelques pérégrinations loin de l’Hérault où je vis, il est temps avec les froidures automnales qui arrivent et les jours qui raccourcissent de se poser un peu et d’arpenter à nouveau avec mon ami Gibus les chemins qui partent à l’assaut du Caroux, notre massif « local ». Bien que cela fasse plusieurs années que nous le sillonnons, il arrive encore à nous éblouir et nous surprendre, tant il recèle de pitons, de vallons, de recoins sauvages et secrets auxquels mènent des sentes séculaires incertaines que seuls les « mordus » de ce massif osent emprunter.

Il faut dire que les hommes qui ont occupé les lieux au cours des siècles passés n’ont pas ménagé leur peine. Ils ont arpenté en long et en large ce massif, créant sur ses flancs des milliers de terrasses et des dizaines de kilomètres de sentiers pour y accéder, dont on voit encore en de nombreux endroits les magnifiques vestiges qui   témoignent du courage et du talent de leurs bâtisseurs.

 

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Partis du pittoresque village de Mons, nous grimpons avec allégresse le sentier supérieur du Cabalet sous un ciel sans nuage, alors que la fraîcheur matinale tricote une écharpe de brume  au dessus de l’Orb, qui coule dans la vallée en contrebas.

 

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Le chemin devient très vite  « sportif » et sinue en montagnes russes entre des chaos rocheux qui ménagent par endroits de belles vues sur la vallée. Le rapetissement spectaculaire des montagnes qui surplombent la rive sud  de l’orb nous confirme que nous prenons de l’altitude, ce que les battements accélérés de nos cœurs nous avaient fait pressentir.

 

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Le sentier offre des vues spectaculaires sur les aiguilles rocheuses qui dominent les gorges d’Heric. Qui croirait en voyant leur profil « himalayen » qu’elles atteignent à peine les mille mètres d’altitude ? .

 

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Seule la présence de végétation sur ces impressionnantes aiguilles nous révèle leur taille somme toute modeste au regard de leurs consoeurs alpines ou pyrénéenne, royaume du règne minéral.. Mais leur ascension n’en est pas moins difficile car le dénivelé qu’elle implique est aussi important que celui que l’on trouve dans les « grands massifs », vu qu’ici on part d’une altitude proche du niveau de la mer !

 

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Le Caroux est d’ailleurs un lieu prisé d’escalade du fait des difficultés techniques, de l’absence de voies « équipées » qui donne un parfum d’aventure aux ascensions et de la roche constituée d’un gneiss de grande qualité.

 

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Et puis la faune  y est également très riche et comporte des espèces endémiques comme le « canis lapis gigantus » auquel les bergers recouraient autrefois pour protéger leurs troupeaux de moutons contre les loups,  mais dont il n’en resterait plus aujourd’hui qu’un specimen, que seuls quelques privilégiés – dont nous sommes Gibus et moi -  ont pu observer. Je peux vous le faire découvrir aujourd’hui en exclusivité mondiale grâce au sacrifice de mon sandwich au jambon–beurre-cornichon, que j’avais prévu pour le pique-nique, et avec lequel je l’ai attiré !  Que ne ferais pas pour vous étonner chers lecteurs !

 

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A vrai dire  peu me chaut d’avoir sacrifié mon sandwich alors que pour le pique-nique nous jouissons d’un décor de salle à manger que les milliardaires du Quatar ou d’ailleurs ne peuvent se payer. Que peut-on demander de plus, d’autant qu’il me reste un peu de fromage  et un flacon de nectar « bacchusien «  - à partager cela va de soi avec l’ami Gibus - de quoi tenir sans problème jusqu’au soir !

 

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D’être ainsi immergés, seuls,  au cœur d’une nature sauvage avec pour seul bruit le buzzetis des abeilles et par moments le bruissement de feuillages et le roulement de pierres qui signalent le passage d’un mouflon, nous régénère. Par delà les millénaires nous ressentons une filiation avec ces premiers hommes qui ont survécu grâce à une parfaite connaissance et maîtrise directe et personnelle de leur environnement. Aujourd’hui nos existences sont dépendantes du bon fonctionnement d’une myriade de choses sur lesquelles nous n’avons aucun pouvoir individuel. Où est le progrès ? Oh certes nous pouvons être joints ou informés des évènements du monde à toute heure du jour et de la nuit mais  est ce que cela contribue d’un iota au simple bonheur d’exister ? N’est-il pas plus gratifiant d’aller - dès qu'on le peut - cueillir des mures ou des fraises des bois, boire un café avec des copains (ou des copines)  aller avec ses enfants faire de la balançoire dans le square d'à coté ou  faire une petite sieste sur les flancs rocailleux du Caroux comme nous le faisons en ce moment ?

 

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Mais je cesse là mes ratiocinations philosophiques à trois sous car, nous étant remis en route, nous abordons une zone rocheuse où les caprices telluriques et atmosphériques de Gaïa ont fait naître des empilements rocheux plutôt instables qui sollicitent toute notre attention.

 

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Il est étonnant de constater l’impact que peuvent avoir l’eau et le vent, associés au gel et à la chaleur, sur des roches aussi dures que le gneiss du Caroux. C’est en s’inspirant de leur exemple que les anciens égyptiens ont taillé leurs obélisques dans des carrières avec de simples coins de bois imprégnés d’eau.

 

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Nous étant engagés sur la sente du Médaillé qui part du col de la Maure en direction du col de Bardou, nous tombons sur une barre rocheuse que nous ne pouvons franchir faute de corde. Nous revenons sur nos pas et cherchons une voie alternative . Nous abandonnons très vite l’idée de descendre directement dans les gorges d’Héric vu le profil de la pente qui impressionne même mon ami Gibus, c’est pour dire !

 

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Finalement nous décidons de descendre du coté du vallon de Bardou où nous trouvons un sentier confortable qui nous ramène au col du Rougas.

 

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Parvenus au col, nous décidons d’explorer la piste de Rougas que nous n’avons jamais empruntée. C’était un mauvais choix et je la déconseille  vivement  à ceux qui me lisent et qui n’ont pas un bon sens de l’orientation et  craignent de passer une nuit à la belle étoile. Cela dit elle permet de découvrir de magnifiques terrasses et murets de pierres, hélas non entretenus, ainsi qu’une superbe bâtisse en pierres. Notez , au passage, l’extraordinaire agencement des pierres de toutes tailles et de toutes formes dont ses murs sont constitués. 

 

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Nous arrivons au terme de notre périple, heureux d’avoir passé une journée dans ce cher Caroux, cette montagne « méridionale » d’une beauté et diversité à nulle autre pareille et  à laquelle les hommes des siècles passés, en gage de la passion  qu’elle leur inspirait, ont tissé de si beaux colliers de pierres.

 

Texte & photos Ulysse

 

10:27 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (46) | Tags : caroux, bancels, bardou, orb

21/10/2012

Vers les sommets andorrans : Fin - le Pic de Tristaina (2878m)

 

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En ce matin du 7 septembre 2012 le ciel  azurin est agrémenté d’une étole de nuées blanches du plus bel effet.  Nous sommes manifestement dans les petits papiers de Zeus qui décide du temps qu’il fait, comme chacun le sait, sauf à l’évidence Météo-France qui est la seule à croire que ses ordinateurs servent à quelque chose. Il faut dire que la veille au soir nous avons dédié à ce dieu fantasque quelques chopes de San Miguel en espérant qu’il nous gratifie d’une météo favorable.  Si jamais il lit ce blog qu’il sache que nous lui en sommes gré.

Nous prenons donc l’esprit serein la direction du Pic de Tristaina  (2878m) qui se mire dans les eaux du lac du même nom et dont l’ascension est réputée « assez » sportive. J’ouvre là une parenthèse sémantique pour souligner combien le sens du mot « assez » varie selon le contexte. Ainsi le « assez » « d’assez bien » n’a pas la même valeur que le « assez «  d’assez cher ou « d’assez sportif » comme nous l’allons voir tout à l’heure.

 

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Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du Pic nous découvrons plus en détail la configuration de ses flancs qui nous laisse penser qu’effectivement son ascension ne sera pas des plus aisées. Mais bon, nous ne sommes pas venus là pour cueillir des pâquerettes, d’autant plus que ce n’est plus la saison.

 

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Parvenus au pied du Pic nous essayons de repérer la voie qui permet son ascension. A vrai dire nous ne voyons pas très bien par où il nous faudra passer, mais bon c’est le principe même et le charme de la vie : on ne sait pas de quoi le moment qui vient sera fait !

 

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Et nous voilà partis cherchant des yeux les quelques marques jaunes qui ponctuent la voie d’accès, avec pour seul motif de consolation l’espoir qu’en cas de chute nous avons quelques chances de finir  dans les eaux du lac en contrebas plutôt que contre un rocher.

 

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Nous escaladons quelques « cheminées », heureusement aidés par les conseils de l’ami Gibus, notre expert en la matière, qui arriverait à vous persuader qu’on peut grimper en haut de la Tour Eiffel sans prendre l’ascenseur ni les escaliers .

 

 

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Dans ce genre de situation mieux vaut ne pas jouer les fanfarons,  prendre son temps et  vérifier la solidité de ses appuis et puis si possible éviter de regarder le vide…..

 

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Cela dit,  quand vous avez les deux pieds bien calés et les mains bien arrimées il ne vous est pas interdit de regarder le paysage, surtout qu’à ces altitudes il est généralement somptueux, comme celui que l’on découvre ici avec la tache « bleuissime » du grand étang Fourcat situé en Ariège. Une bouffée de nostalgie nous envahit alors en découvrant notre pays natal que l’on ne reverra peut être jamais …bon je plaisante !

 

 

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Nous parvenons enfin sur l’arête terminale qui mène au sommet et qui fait à peine deux mètres de large. Mieux vaut donc s’assurer que les pierres sur lesquelles on marche sont bien stables, car les pierres en général ne sont pas fiables. Il ne faut pas oublier que Pierre a renié trois fois le christ ! Mais bon soyons indulgent, qu‘aurions nous fait à sa place ?

 

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Pour corser un peu plus notre affaire,  le chemin est hérissé par endroits de pierres pointues qui rendent notre progression plus périlleuse. Il faut être un peu « barjos» vous ne trouvez pas pour aller se balader dans des endroits pareils ?

 andorre,tristaina,fourcat,vautourNous sommes enfin en vue du cairn sommital. Le danger dans ce cas est de presser le pas pour y parvenir au plus vite, mais notre expérience de la montagne nous a appris à temporiser et nous restons calmes et concentrés jusqu’au but final.

 


andorre,tristaina,fourcat,vautourLe panorama qui s’offre alors à nous nous récompense au centuple de nos efforts et de nos  frayeurs. Nous sommes au pays où se fabriquent les nuages, là où la vapeur d’eau qui monte des lacs en contrebas se condense au contact de l’air plus froid

 

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Tout ici nous parle du mystère de l’univers. Les quelques touffes  d‘herbe jaunies qui nous disent la fragilité et la ténacité de la vie, les formidables montagnes qui nous rappellent les forces titanesques qui les ont soulevées, le vent, le bleu du ciel et le ballet des nuages qui nous amènent à réfléchir au délicat équilibre de ce monde complexe où nous  avons surgi pour on ne sait quel destin et que nous négligeons et détruisons sans vergogne.

 

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Au loin sur la droite nous apercevons le sommet de la Coma Pedrosa (2942m) plus haut sommet de l’Andorre, que nous avons gravi il y a deux ans. Celui là aussi était « assez » sportif  comme vous pouvez le découvrir en cliquant ICI !

 

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Au moment où nous nous apprêtons à redescendre un vautour se met à voler au dessus de nous avec sans doute l’espoir que l’un d’entre nous manifeste des signes de faiblesse. Mais il s’éloigne bien vite dépité de nous voir prendre le chemin du retour avec vigueur et détermination. Notre énergie est effectivement décuplée par le fait  nous avons prévu de pique-niquer au bord du lac avec les membres de notre groupe qui n’ont pas voulu faire l’ascension et qui ont la garde des précieux flacons. Il n’aurait pas fallu qu’on les casse en chutant !

 

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Nous retrouvons nos autres compagnons au bord du lac où je ne vous montre que le reflet de nos agapes car je risque de faire l’objet d’un procès par la ligue des buveurs d’eau pour incitation aux débauches « libatoires ». Mais quand on a risqué sa vie, on a le droit de fêter ça, Non ?

 

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Nous quittons à regret les lieux car ce sont nos dernières heures dans ces magnifiques montagnes andorranes. Mais c’est décidé : l’année prochaine nous reviendrons !


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Mais qui ne reviendrait pas dans un pays dont même le mauvais temps n'altère pas la beauté !


Texte & Photos Ulysse

15/10/2012

Vers les sommets andorrans - 3 - le Pic de l'Estanyo (2915m)

 

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Après avoir laissé nos esprits jouer à saute-mouton sur les sommets environnants et empli nos âmes de ciel et d’espace, nous entamons la descente vers le lac de l’Estanyo. Le chemin, bien que très pentu, est moins « technique » que celui que nous avons emprunté pour accéder au sommet. Si les descentes sollicitent moins le cœur et le souffle  que les montées et consomment moins d’énergie, elles mettent à rude épreuve les articulations et sont un bon indicateur des années enregistrées à notre compteur !

 

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C’est toujours une source d’étonnement, quand on s’arrête un instant pour jouir du panorama, de découvrir la distance que l’on a parcourue en mettant simplement un pied devant l’autre et en recommençant. Rappelons nous que c’est en marchant que nos ancêtres, qui ont quitté leur berceau africain, ont conquis l’ensemble des continents. La marche est assurément le meilleur moyen de locomotion, le plus respectueux de l’environnement et le plus bénéfique pour notre santé mentale et physique. Elle seule permet les échanges avec  ceux rencontrés en chemin avec lesquels une connivence et une solidarité s’établissent spontanément. Je ne connais pas, personnellement, de marcheur au long cours qui soit grincheux !

 

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Et puis en ces temps de communications frénétiques et compulsives où les gens deviennent « amis » sans se connaître et échangent des milliards de mots sans vraiment se « parler », il est salutaire de se retrouver seul avec soi même au milieu de la nature et de se sentir exister sans avoir besoin de l’attention permanente des autres. Si Descartes revenait aujourd’hui il serait contraint de dire non pas « je pense donc je suis »  mais « je communique, donc je suis ». 

 

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Nous apercevons enfin le lac de l’Estanyo auprès duquel nous avons prévu de  rejoindre les membres du groupe qui n’ont pas voulu grimper au sommet afin d’y pique-niquer ensemble. Les lacs sont en quelque sorte les yeux de notre planète,  qui, selon l’humeur du ciel, son amant,  sont bleus, verts ou noirs. Et chaque fois que je vois l’un de ses lacs,  je dis en pensée à Gaïa « T’as d’beaux yeux tu sais ! »

 

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Nous voilà au bord du lac et vous pensez bien que nous ne laissons pas passer l’occasion de nous y rafraîchir. Je devrais plutôt dire de nous « glacialir » car la température de l’eau n’est pas très éloignée de celle qui la transforme en glace ! Mais après les efforts que nous avons fournis ce bain est tout à fait revigorant. Ne souriez pas en nous prenant pour de gentils fadas car la cryothérapie qui consiste à immerger des sportifs dans une cabine ou règne un froid intense (-180°) pour accélérer leur récupération se développe aujourd’hui rapidement.

 

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Après des agapes roboratives suivis d’une courte sieste nous prenons tranquillement  le chemin du retour. Nos reflets traînent ainsi un moment dans le lac, ce qui nous fait frissonner ...de plaisir !

 

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Le ciel est serein, la température agréable, le chemin confortable est pimenté de quelques passages à gué qui nous évitent de  nous laisser aller à somnoler en marchant.

 

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Bref « là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté » pour reprendre les mots du poète. Le  terme « luxe » peut ici  vous surprendre mais  l’air pur, l’espace et le silence ne sont-ils pas aujourd’hui un  luxe !

 

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Allez ! je sens que vous êtes tentés de nous accompagner un bout de chemin. Mettez vos chaussures et rejoignez nous. Ce n’est pas la peine de courir, nous allons vous attendre . Respirez profondément !  Ca fait un bien fou, n’est ce pas ?


 

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Au fur et à mesure que nous descendons, les montagnes grandissent ce qui accroît en nous – n’ayons pas de fausse modestie - le sentiment de fierté de les avoir gravies.

 

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L’envie nous prend par moments de nous arrêter pour nous immerger, nous dissoudre dans cette nature grandiose  qui réveille en nous nos interrogations sur le mystère de l’univers et de la vie.

 

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Cet antique muret nous parle d’un temps où les hommes vivaient nombreux en ces lieux qu’ils ont désertés pour le confort et les mirages des villes.

 

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Nous traversons une dernière fois le torrent dont le murmure des eaux nous a accompagné pendant notre descente, ces eaux qui ne remontent jamais la pente comme nous remontons jamais le fil de nos vies. « Carpe diem » !

 

A suivre….


Texte & Photos Ulysse

09/10/2012

Vers les sommets andorrans - 2 - le Pic de l'Estanyo (2915m)


 

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Le matin du troisième jour le soleil daigne enfin se montrer et déverser sur les sommets ses bienfaisants photons qui dévalent ensuite leurs versants en lumineuses cascades  jusqu’au fond des vallées. Dans cette lumière laiteuse et dorée qui baigne alors le monde, les montagnes perdent toute consistance et semblent flotter. Nous nous sentons  comme Mary Poppins capables de voler de l’une à l’autre sans effort. Mais ce n’est, comme nous l’allons voir de ce pas , qu’une illusion !

 

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Nous décidons de partir à la conquête de l’Estanyo (2915m) qui était l’objectif du premier jour auquel nous avions dû renoncer à cause du mauvais temps. La marche d’approche emprunte des chemins pas trop pentus qui nous permettent de nous mettre progressivement en jambes.

 

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En montagne, chacun a son allure qui dépend de sa condition et de ses capacités physiques, de la taille de ses jambes, voir même de ses pieds - chausser comme moi du 46 vous fait gagner à chaque pas quelques centimètres ! – et du poids de son sac (afin d’être équitables, nous organisons un tour pour le transport des divins flacons) . La règle d’or en montagne est d’éviter le sur-régime car, à la différence des compétitions sportives, il y a généralement  (sauf accident !) un retour et il faut donc, comme l’on dit, « en garder sous le pied » ! Au demeurant, le bonheur de gravir  un sommet est le même que l’on soit le premier à y arriver ou le dernier. 

 

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Nous empruntons ensuite une pente  plus raide qui nous mène au col d’Arènes (2539m). Nous sentons alors  les sacs devenir de plus en plus lourds, étonnante distorsion de la loi de la gravité que contesteront  probablement les scientifiques mais pourtant vérifiée par tous les montagnards.

 

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 Du col d’Arènes, nous devons ensuite gravir un long pierrier herbeux qui mène sur la ligne de crête. Vue de là où vous êtes (c’est à dire assis devant votre ordinateur), notre ascension ne semble pas présenter de difficulté particulière et pourtant, croyez moi, nos articulations s’en souviennent encore car ces terrains là sont les plus fatigants qui soient, vu que les pieds ne reposent jamais à plat. Les pierres y sont souvent instables, les mottes d’herbes masquent des trous, bref, il y a là de quoi se « fusiller » les chevilles et  les genoux si l’on n’est pas constamment sur ses gardes.

 

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Par chance et aussi – ne soyons pas modestes – grâce à notre expérience, nous parvenons tous indemnes sur la ligne de crête et donc en état de jouir du somptueux panorama sur le vallon du lac de l’Estanyo, où nous avons prévu de pique-niquer  si tout se passe bien après notre ascension. Sinon ce seront les vautours qui pique-niqueront !

 

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Car nos efforts sont loin d’être terminés vu qu’il nous faut encore remonter quelques centaines de mètres sur la ligne de crêtes que l’on aperçoit devant nous pour atteindre le sommet .A priori la technique pour y parvenir est simple : il suffit de mettre une jambe de chaque coté de la ligne de crête pour limiter les risques de tomber dans le vide d’un coté ou de l’autre ; la mise en œuvre fut, comme vous allez pouvoir le vérifier,  un peu plus difficile !

 

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De fait, la ligne de crête étant hérissée de rochers disposés de façon chaotique, nous devons progresser en zigzags, parfois en nous aidant des mains et en prenant garde de ne pas trébucher.  Vous comprendrez que dans ces moments là on en oublie  de regarder le paysage !

 

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Fort heureusement il n’y a pas un brin de vent et les pierres sont sèches, ce qui permet d’assurer nos prises et nos pas.

 

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Toujours à la recherche de la meilleure ligne d’équilibre, nous ressemblons à des funambules progressant sur un fil invisible.

 

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Il nous  faut veiller à la stabilité de chaque endroit où l’on pose ses pieds, organes auxquels on prête généralement peu d’attention, sauf lors de la floraison hormonale adolescente !

 

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Ainsi mètre après mètre, rocher après rocher, butte après butte nous progressons concentrés et déterminés, vibrant d’une joie intense de défier les cimes.

 

 

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Car de cheminer ainsi à près de 2900 mètres d’altitude sur une arête rocheuse en défiant le vide procure un bonheur et une  griserie indicibles.

 

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Notre bonheur est décuplé quand nous apercevons soudain deux isards que notre approche a délogés. Ils nous regardent étonnés de nous voir en des endroits aussi escarpés qu’ils considèrent, sans doute, comme leur territoire.

 

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Il nous reste une dernière grosse butte à gravir avant de parvenir au sommet. Mais avec l’entraînement que nous avons acquis ce n’est plus qu’une simple formalité.


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Et nous voilà en vue du sommet dont la forme plus arrondie nous permet de relâcher  enfin notre concentration et de jouir  sans crainte du panorama environnant

 

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Et le panorama mérite vraiment que l’on s’y attarde, car l’on découvre une grande partie des sommets andorrans partiellement ennuagés, dont notamment sur la gauche, en face, le Pic de la Serrera (2913m) que nous avons gravi il y a deux ans.

 

A suivre….


Texte & photos Ulysse