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30/04/2013

Périple Pyrénéen 2ème partie : la Hourquette de Héas (2606m) et la Brêche de Gibus

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Dans un refuge on se lève généralement avant le soleil pour entreprendre l'ascension des sommets. Le problème est qu'une fois que le gaillard est levé, il grimpe beaucoup plus vite que nous et en profite pour nous brûler la couenne, sauf quand une horde de nuages installent dans le ciel leurs édredons ce qui l'incite à aller se recoucher. Au matin de notre deuxième jour, nous voilà donc sur le pied de guerre au moment où le soleil, sortant à peine de son sommeil, contemple le téton aguicheur de la Géla, cette « sommette » dominant le refuge qui en rougit de plaisir. Mais à cette heure et à cette altitude, le soleil levant n'a guère d'influence sur la température et notre guide Gibus, pourtant habitué à se baigner depuis sa plus tendre enfance dans les lacs glaciaires suisses, sort ses" oreilles de lapin", ce qui est pour nous une pressante invitation à nous vêtir chaudement.

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Nous voilà en route avec pour objectif le Pic de La Géla (2851m) en passant par la hourquette (col) de Chermantas (2439m) puis celle de Héas (2610m) soit un audacieux et long circuit avec un profil de montagnes russes, mais il en faut plus pour nous impressionner.


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Sans doute que notre détermination et notre foi quant à notre capacité non pas à soulever, mais à grimper les montagnes n'a pas laissé insensibles celles et ceux (ils sont nombreux si chaque religion dit vrai!) qui, dans les nuées, président à nos destinées, car voilà que nous est offert l'un des grands bonheurs de la haute montagne : croiser une harde d'izards ! Quand le vent est favorable et emporte loin d'eux nos bruits et nos odeurs, on peut jouir alors du fabuleux spectacle de voir les jeunes gambader à travers les pentes (les vieux, comme chez les humains, ne pensent quà se nourrir) comme s'ils n'étaient pas soumis à la loi de la pesanteur. Mais dès qu'ils nous repèrent, ils se figent comme des pierres croyant sans doute échapper à nos regards, puis s'éloignent pour maintenir une distance de sécurité correspondant dans la mémoire de l'espèce, autrefois chassée, à la portée d'un fusil.

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Il règne dans les montagnes, lorsque le temps est clément, une atmosphère de sérénité. C'est sans doute que l'aspect grandiose des sites ratatine notre égo à la dimension d'un caillou du chemin et nous incite à vivre en bonne entente avec notre prochain. Parfait exemple de cette sérénité, ce matin là, un rayon de soleil perçant les nuages éclairait deux moutons, l'un noir l'autre blanc, broutant côte à côte en totale harmonie. Cette scène m'a fait penser à la magnifique chanson interprétée en duo par Paul Mc Cartney et Stevie Wonder « Ebony & Ivory » Faut il donc inciter tous les terriens à venir vivre à la montagne pour que la paix règne enfin sur notre planète ?

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Nous franchissons bientôt la Hourquette de Chermantas et surprenons ce vieux coquet de Pic Campbieil (3173m) qui se mire dans une flaque, inquiet sans doute de vérifier que sa prestance est toujours de nature à impressionner sa voisine d'en face La Géla.

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Puis nous dirigeant vers la Hourquette de Héas, nous apercevons sur les flancs d'un massif, le minuscule fil blanc d'un troupeau de moutons sur un chemin traversant les éboulis. Ces chemins posés comme des fils d'Ariane sur les flancs des montagnes sont souvent séculaires. La plupart ont été tracés pour permettre les échanges entre vallées à l'époque ou l'homme n'avait comme moyen de transport que le cheval, l'âne et ses souliers et aussi pour les besoins de la transhumance du bétail vers les alpages à la période estivale. Ces chemins là épousent au mieux les avatars du terrain pour ménager coeurs et jambes.


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Et puis il y a les chemins qui partent à la conquête des cîmes souvent tirés au cordeau, quasi perpendiculaires aux courbes de niveau. Ceux-là vous obligent à courber l'échine, le poids du corps porté vers l'avant pour ne pas être entraîné en arrière par le poids du sac, le regard rivé sur le bout de vos chaussures. Le souffle se fait vite court, le coeur s'emballe et chaque pas implique un effort de volonté. Quand on est proche du point de rupture une voix en vous s'élève qui vous dit « oh! L'animal ça te sert à quoi de monter ? Tu vas faire quoi la haut », mais le fou qui vous habite (chacun a son fou mais souvent on l'ignore) répond « dans cet univers de marchandises où les plaisirs se vendent au supermarché, je suis un conquérant de l'inutile, je vais chercher la beauté indicible des cîmes que nul ne peut acheter. ». Et toc! que voulez vous repondre à un si beau discours, sinon grimper !

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C'est ce que nous avons fait pour atteindre la Hourquette de Héas, tirant la « bête » à hue et à dia pour arriver au sommet. Quel bonheur alors de contempler de la haut la succession des vallées et des cîmes et de respirer le grand air pendant que là bas, au loin, dans la vallée, nos malheureux congénères, transformés en fourmis, gisent ou rampent dans leurs boites métalliques et leurs cubes de béton avec pour seul horizon le tableau de bord de leur bagnole qui leur rappelle qu'il leur faut faire le plein d'essence (alors que nous la haut on fait le plein des sens, nuance !) ou la bobine de leur chef ou pire encore celles des bonimenteurs de la téloche qui les assomment de pseudo nouvelles qui seront vites remplacées le lendemain par d'autres nouvelles, seul ce qui est nouveau étant dans notre civilisation occidentale digne d'intérêt . Mais les peuples qui n'ont pas de mémoire sont condamnés à subir sans cesse les mêmes horreurs de leur histoire .

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De la haut on comprend que les montagnes sont nos réserves d'eau. Les glaciers, les névés et les montagnes elles mêmes qui sont d'énormes éponges, donnent vie à des milliers de sources, de filets d'eau qui deviennent ruisseaux, torrents, parfois ponctués de chutes et de lacs, qui tracent des fils argentés sur leurs flancs ou dessinent au creux des vallées ou sur les haut plateaux des miroirs dans lesquels se mirent les sommets, les nuages et les étoiles.


Mais hélas d'ici 2050 d'après les experts, la totalité des glaciers des Pyrénées auront disparu à cause du réchauffement climatique. Il en sera de même probablement dans les autres massifs comme la Cordillère desAndes où de nombreuses villes dépendent d'eux pour leur alimentation en eau. Ainsi à chaque fois que l'on appuie sur le « champignon » de nos bagnoles on contribue à l'accélération de la fonte des glaciers. Levons doncle pied et réapprenons à marcher si l'on ne veut pas qu'un jour la terre ne soit plus qu'un vaste désert comme la planète mars

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Notre cheminement au sommet de la Hourquette de Héas nous ayant pris plus de temps que prévu et le temps étant incertain, nous décidons sagement, après avoir remis du charbon dans la machine et dignement célébré notre ascension , de prendre le chemin du retour.


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Bien nous en pris, car nous devons faire face à mi-distance à un éboulis barrant le chemin. Ne se laissant pas impressionner par cet évènement relativement fréquent en montagne, notre ami Gibus sort son couteau suisse et, à l'exemple de notre vaillant ancêtre Roland de Roncevaux, taille une brêche dans les rochers accumulés pour nous permettre le passage. De retour au refuge, nous communiquons l'exploit à l'Institut Géographique National afin que désormais ce lieu soit indiqué sur les cartes sous le nom de Brêche de Gibus.Nous célébrons cet évènement en dégustant un jus de houblon (un brin fermenté !) tout en contemplant la nuit tomber en douceur et en silence (la nuit montagnarde a du savoir vivre) sur le lac.


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A suivre.....

Texte & Photos Ulysse

24/04/2013

Périple pyrénéen, 1ère partie : La montée au refuge de Barroude (2380m)

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Nous voilà à pied d'oeuvre, à la sortie du pittoresque village d'Aragnouet dans les Hautes Pyrénées, à 1350m d'altitude, prêts à rejoindre le refuge de Barroude niché à 2380m au pied du Pic de la Gela (2851m) au bord de deux lacs ayant le même nom que le refuge.

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Au contraire de nos paysages urbains et péri-urbains soumis aujourd'hui à un perpétuel changement, les paysages de haute montagne apparaissent, dans l'espace d'une vie d'homme, jouir de la permanence. Certes la neige vient dès l'automne les recouvrir et les torrents sont plus impétueux le printemps venu, mais ce ne sont que des modifications cosmétiques, leurs corps semblant sculptés pour l'éternité. Une seconde de notre vie est pour elles un millénaire.


Mais au cours de ces millénaires, insidieusement, sournoisement, inlassablement, le gel, le soleil, l'eau, le vent fendent, effritent, dépècent leurs masses minérales qui se délitent peu à peu en rochers qui deviennent cailloux puis sable porté par les rivières jusqu'à la mer où il forme les plage de nos côtes. Et donc, quand on se dore au soleil sur une plage de la Méditerranée, on repose sur des grains de sable issus pour l'essentiel des Alpes et des Pyrénées. Même ceux qui ne sont pas adeptes de la marche en montagne, peuvent ainsi en parcourir les anciens sommets sans se fatiguer !

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Ceux qui n'ont pas ou qui n'ont plus le goût de la marche et de l'effort, sont effrayés par la haute montagne. Ils la croient réservée aux alpinistes ou spécialistes qui, d'ailleurs, pensent-ils, finissent tous par y mourir, influencés par les medias qui font largement écho aux drames qui s'y produisent, Certes la haute montagne est un milieu difficile et sa fréquentation implique le respect. Il faut savoir que pour chaque mille mètres grimpés on remonte de 1000km vers le nord et qu'en conséquence le climat qui règne à 2500M dans les Pyrénées est celui de la Norvège. Les chutes de neige ou les averses de grêle sont à prévoir même en plein été !


Mais la bonne nouvelle est qu'avec un peu de courage et d'entraînement et doté d'un équipement adéquat la haute montagne se laisse apprivoiser. Je ne parle pas ici de certains sommets « d'opérette » fréquentés l'été par des hordes de touristes acheminés par les télécabines et télésièges et qui foulent les sommets en espadrilles et en T-shirt. Les seules montagnes qui comptent pour moi sont les montagnes vierges de toute prothèse métallique et que l'on conquiert à la force du mollet !

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La vallée de la Gela que nous remontons est une ancienne vallée glaciaire et avant d'atteindre le refuge nous franchissons d'anciennes moraines qui nous obligent à «tangoter » d'un pied sur l'autre, faisant plus cruellement sentir le poids du sac. A vrai dire, le sac est le point "névralgique" de la randonnée en haute montagne. Si vous envisagez de partir pour un circuit de plusieurs jours, il faut n'emporter que le strict nécessaire, si vous ne voulez pas être chargé comme trois baudets, à moins que vous n'ayez la constitution d'un yéti ou la résistance des sherpas du Tibet qui grimpent jusqu'au camp de base de l'Everest en tongs avec 30kg sur le dos !


Des petites astuces comme couper une partie du manche de sa brosse à dent, prendre un tube de dentifrice à moitié plein et une demi savonnette vous font gagner quelques précieux grammes. Le PQ (simple épaisseur) est toutefois un « must » ainsi que la lampe éléctrique avec dynamo incorporée (l'exctinction des feux se fait à 10h dans les refuges).


N'oubliez pas non plus les boules Kiès, sauf si vous vivez près d'une autoroute ou d'une gare de triage et que vous êtes habitués aux vibrations et vrombissements des TGV et des convois de 30 tonnes, car souvent l'appendice nasal du randonneur se transforme la nuit en trombonne à coulisse mal lubrifié. Par contre, il vous faut renoncer à votre after shave, anti-rides, vernis à ongles et autres frivolités d'homo ou de femmo sapiens urbanisé et accepter d'évoluer dans les odeurs naturelles dont le créateur, qui a mon avis devait ce jour là être enrhumé, nous a dotés.

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Nous arrivons en vue du grand lac de Barroude qui occupe le lit d'un ancien glacier et arbore des chicots de pierres qui le fait ressembler à une baie d'Along en miniature. La température de l'eau et de l'air ne sont pas toutefois en harmonie avec cette ressemblance.

 

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Posé en léger surplomb de ce lac, on découvre soudain le refuge. Quand vous venez de grimper 1000m de dénivelé avec votre barda sur le dos, ce spectacle traverse votre corps meurtri d'ondes euphorisantes et un chiffre s'inscrit en lettres givrées dans votre cerveau : 3328 ! Ce chiffre magique correspond aux deux « 1664 » que vous allez pouvoir déguster affalés sur la terrasse du refuge. La première pour vous désaltérer et le seconde pour le plaisir ( car on est sportif certes, mais ascète non !)

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Un séjour en refuge est un peu un retour à l'age heureux des cavernes où dans un espace restreint mais chaleureux on réapprend à cohabiter dans la plus intense proximité avec des congénères que l'on connaît ni d'Eve ni d'Adam. On fait table et lit (vaste planche) communs et pour se laver on a le choix entre l'unique lavabo ou le lac de montagne (la température de l'eau étant dans les deux cas la même).


Quant à satisfaire vos besoins fondamentaux d'être humain, il vous faut généralement faire la queue, parfois dans le blizzard, les « commodités » (comme l'on dit) étant parfois (comme à Barroude) fort malcommodément situées à l'extérieur. Aussi, je conseille à ceux que leur métabolisme condamnent à se lever la nuit à s'entraîner au préalable à monter et descendre dans l'obscurité des échelles de meunier et à subir des choc thermiques de moins vingt degrés sur leurs parties intimes (on peut pour cela s'exposer chaque jour 5mn nu devant la porte ouverte de son congélateur !)


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Mais ces quelques impedimenta sont gommés par le bonheur de croiser des gens de chair et d'os aussi « fous » que vous, avec lesquels on échange récits de randonnées et d'ascensions et des informations précieuses sur les difficultés et attraits des itinéraires. Je ne connais pas d'autre endroit où la parole entre inconnus se libère aussi facilement, où l'atavique sentiment de solidarité qui devait exister entre les groupes de premiers hommes affrontant un monde hostile renaît spontanément. On est à mille années lumières du monde virtuel qui envahit peu à peu les vallées ou les gens ne se parlent plus que par mobiles et courriels interposés.

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Il faut donc saluer ces aventuriers des temps modernes que sont les gardiens de refuge, ces  «phares » de la haute montagne, qui passent quatre ou cinq mois de l'année à vivre dans des conditions spartiates (parfois avec conjoint et enfant) pour nous accueillir et nous permettre de jouir des bonheurs qu'offre la randonnée en haute montagne. Ce sont pour moi des saints laiques qui contribuent au bonheur et à l'épanouissement de l'humanité en nous permettant l'accès au ciel sur la terre. Sans eux, nous ne pourrions pas contempler ces aubes qui ensanglantent les parois rocheuses, ces mers de nuages qui envahissent les vallées, ces glaciers et névés (condamnés à disparaître hélas) qui baguent d'argent les sommets, ces pics qui défient le ciel et piquent les fesses des anges et les font pleurer;


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A suivre.....

Texte & Photos Ulysse

17/04/2013

Haut les coeurs, haut ! Osez "El Canigo " !

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Rêvez vous de gravir un jour le Canigou, ce sommet emblématique des Catalans qui le dénomment d'ailleurs « El Canigo » (avec un accent sur le O que les claviers d'ordinateurs ne permettent pas d'afficher) . Ce nom de Canigo au demeurant sied mieux à la noblesse de ce sommet des Pyrénées que le nom francisé dont l'homonyme désigne une infâme nourriture pour canidés dégénérés.


Le débat fait rage d'ailleurs entre experts quant à l'origine du nom. On trouve d'un coté les méthodistes de l'étymologie qui, s'appuyant sur la mention du "Mont Canisgonis" en 875 dans le répertoire des lieux habités du Rousillon, attribuent une origine latine au nom qui signifierait : sommet en forme de croc de chien (de fait il présente, sur son flanc sud, cette forme)  sommet conique enneigé, oeil de chien, montagne blanche..


Balivernes, clament les linguistes qui donnent à ce nom une origine pré-indo-européenne remontant à l'invasion de la région au IIIème millénaire avant JC par les peuples de la mer (Sardons, Bébryces, Kérettes) pour lesquels « Khaln » siginifiait montagne compacte aux couleurs sombres au sous sol riche en métaux (ce qui est le cas ) « Kani » correspondait à chien, dent de chien et « Gonia » récepteur d'ondes cosmiques ou lieu sacré.


Mais laissons ces chers experts à leur querelle car vous vous doutez bien que qu'El Canigo lui même se soucie comme d'une guigne de savoir qui l'a baptisé. D'ailleurs vous verrez que sur le sujet j'apporte un élément nouveau qui, je pense, mettra définitivement à un terme au débat sur l'origine de ce nom.


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Mais ce n'est pas tant son nom que sa présence elle même qui m'a obsédé durant des années pendant lesquelles il m'a nargué, dressant sa masse imposante au dessus de l'horizon quelque soit l'endroit où j'allais. J'ai ainsi aperçu son immense silhouette du haut du Caroux, du Tantajo, du Vissou, du Pic Saint Loup, et même du haut des colllines de la garrigue de Castelnau de Guers. A la frustration de le contempler ainsi sans pouvoir y mettre le pied, s'ajoutait la certitude que dans les deux jours le ciel allait nous tomber sur la tête, son apparition étant le signe annonciateur de l'arrivée d'une dépression.


Mais je m'étais juré de lui caresser un jour le dos à ce fier Canigo que le grand poète Catalan Vincent Verdaguer a surnommé « gégant ample d'espatlles » (le géant aux larges épaules) et dont Rudyard Kipling, lui même, qui séjourna à Vernet-les Bains en 1837 a dit de lui « je découvris dans le Canigou la montagne enchanteresse entre toutes et me soumis à son pouvoir !" Pendant longtemps les hommes ne se sont pas aventurés dans les hautes montagnes les croyant infestées de sorcières et de dragons. D'ailleurs le premier homme à avoir gravi El Canigo est Pere III, Grand roi d'Aragon, en 1285, qui prétend avoir rencontré et terrassé près du sommet un dragon qui lui aurait lancé des flammes. Pour célébrer cet événement un grand feu « La Trabada del Canigo » est allumé sur le sommet à chaque solstice d'été.

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Les catalans entretiennent un rapport affectif avec cette montagne qui est pour eux un pic (un vrai celui là, pas comme le pic de Nore !) totémique, un sommet protecteur, un immense cairn pour les montagnards et "un amer" pour les marins.

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Il faut le gravir fin juin, début juillet alors que les rodhodendrons et les genets sont encore en fleurs en passant par le refuge de Marialles, le Col Vert, le plateau du Cady, la cabane Arago et pour finir par la spectaculaire et sportive « cheminée » du Canigou (compter 8H AR). Il faut bien évidemment partir de bon matin car le Canigou a pour facheuse habitude de se coiffer d'un joli chapeau de nuages lorsque le soleil monte au zénith, effet de la condensation des masses d'air humide qui montent de la méditerranée dans laquelle ce mont se baigne presque les pieds.

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Les rayons du soleil dévalent alors les pentes créant un patchwork féérique d'ombres et de lumières où les silhouettes décharnées des arbres frappés par la foudre qui tombe souvent en cet endroit (El Canigo est un énorme tas de fer !) s'accrochent à la pente avant d'être impitoyablement ensevelis par les éboulis.

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Dans ce royaume minéral où le végétal rase le sol et adopte une forme tortueuse pour résister aux intempéries, le Lys des Pyrénées expose au randonneur chanceux sa magnifique corolle jaune d'or qui lui donne l'air d'une ballerine.

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Les genêts qui tapissent le vallon du Cady confèrent une touche de douceur au panorama d'une beauté austère.

 

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Mais la cîme d'El Canigo qui se découvre bientôt à nos yeux nous annonce l'approche d'un univers moins hospitalier.

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Le chemin suit bientôt un parcours chaotique dans un champ d'éboulis, les montagnes, comme les hommes, n'étant pas à l'abri des effets délètères du temps qui passe. La seule différence est que nous savons que nous allons mourir alors qu'El canigo, heureusement pour lui , ne sait pas qu'un jour il ressemblera au Mont Valérien.

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Nous voilà au pied de la célèbre cheminée qui permet d'accéder au sommet pour autant que l'on soit disposé à se transformer l'espace d'une petite demi-heure en homme ou femme araignée (de fait la dégrimpe est plus difficile que la montée, avis aux amateurs !)

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Mais parvenus en haut nous sommes récompensés par un panorama à couper le souffle (enfin façon de parler sinon le sommet deviendrait vite un cimetierre!) qui porte par temps clair (c'est à dire 3 jours par an) jusqu'au massif des Ecrins dans les Alpes situé à 400km de là !


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Cerise sur le gateau, nous croisons sur le chemin du retour, en nous écartant quelque peu du sentier balisé, une harde d'Izards en si grand nombre qu'on croît un instant être victimes d'un mirage dû aux effluves de gentianes qui poussent sur les pentes du massif.. De fait, le gardien du refuge nous a appris après coup que les izards des pyrénées se réunissent une fois l'an en ce lieu pour se partager les zones de pâture !

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Un tel spectacle à lui seul justifie notre venue sur terre. J'invite ceux qui passent leur existence à aller de leur siège d'automobile à leur canapé en zappant frénétiquement pour vivre par procuration les bonheurs en pacotille des zombies de la téloche, à troquer , s'ils peuvent encore marcher, leur écran plat contre une paire de chaussures de rando et de faire l'ascension d'El Canigo. Ils en sortiront revigorés. Pour ceux qui ne peuvent plus marcher (cela m'arrivera aussi un jour !) je suis heureux de leur offrir ce petit aperçu.

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Nous accélérons le pas car les nuages s'amoncellent sur nos arrières et nous n'avons pas envie d'être transformés en éponges. Soudain nous apercevons gambadant au dessus du massif un énorme yéti-caniche et nous comprenons enfin pourquoi les anciens ont dénommé ce magnifique massif El Canigo . Je suppose que ce yeti ne se montre qu'à ceux qui comme moi croient à l'existence des Elfes, des Lutins, des Dragons et des Fées....autant dire à très peu de monde dans notre univers cartésien qui croient dur comme fer que deux et deux font quatre alors qu'ils font vingt deux !

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PS : je vous invite à jeter un oeil aux époustouflantes photos d'El Canigo prises par Bruno vu des Alpilles en cliquant  ICI et  vu de la Tour de César ( Nord Est d'Aix-en-Provence) en cliquant LA 

 



Texte & Photos Ulysse

11/04/2013

Le cercle des poètes disparus

 

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ELDORAD'OC
 
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Si vous avez vu le film « Le cercle des poètes disparus » (sorti en 1989) vous n’avez certainement pas oublié ce magnifique et surprenant professeur de lettres anglaises, John Keating, joué par Robin Williams. Cet enseignant de la prestigieuse et austère académie de Weston, ignorant le conformisme qui imprègne l’institution, encourage Todd Anderson, un élève timide et ses amis à refuser l’ordre établi et à ne pas sacrifier sa vie dans une quête vaine du pouvoir et de l’argent. Il leur fait ainsi découvrir les richesses de la poésie et bouleverse leur vie en leur faisant cette profession de foi :

« On ne lit pas et on n’écrit pas de la poésie parce que ça fait joli. Nous lisons et nous écrivons de la poésie parce que nous faisons partie de la race humaine  et que cette même race foisonne de passions. La médecine, la loi, le commerce et l’industrie sont de nobles occupations, et nécessaires pour la survie de l’humanité. Mais la poésie, la beauté et le dépassement de soi, l’amour : c’est tout ce pour quoi nous vivons. Écoutez ce que dit Whitman : « Ô moi ! Ô vie !... Ces questions qui me hantent, ces cortèges sans fin d’incrédules, ces villes peuplées de fous. Quoi de bon parmi tout cela ? Ô moi ! Ô vie ! ». Réponse : que tu es ici, que la vie existe. Que le spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime.... Quelle sera votre rime ? »

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Ainsi au cours de ma vie, j’ai eu, sans doute comme beaucoup d’entre vous, des activités professionnelles de nature plutôt « alimentaires » mais je n’ai jamais perdu de vue mes amis les poètes, dont les recueils écornés trônent en bonne place sur mes étagères. J’y reviens sans cesse car ils sont le contrepoint et l’antidote à un monde plus préoccupé par la réussite matérielle que par l’acquisition d’une certaine sérénité qui vous permet d’affronter les difficultés et les aléas de l’existence.

La poésie donne à ma vie et à mes humeurs la densité et la constance des arbres, nos maîtres en matière d’existence et de rayonnement vital. Voilà des êtres condamnés à l’immobilité qui dans leur frondaison abritent une myriade d’autres êtres, refuges et foyers d’une vie foisonnante et souvent discrète.

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Aussi imaginez quel fut mon bonheur quand j’ai récemment découvert qu’en un endroit du massif du Caroux que je tiendrai secret, sous le couvert d’arbres séculaires, les poètes disparus se rencontrent chaque nuit du 10 novembre, date anniversaire de la mort d’Arthur Rimbaud, et s’assoient en cercle pour déclamer à haute voix leurs poèmes.

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L’un des arbres qui les abritent connaît par cœur leurs oeuvres et lorsqu’un poète a un trou de mémoire (certains d’entre eux, tels François Villon ou Ronsard ont un age plus que respectable ) il leur souffle de sa voix tonitruante les vers qu’ils ont oubliés. Certains chasseurs qui sont passés par hasard dans les parages et les ont entendus prétendent qu’il s’agit du brâme des cerfs ou du grincement de vieux arbres agités par le vent ; mais que peut comprendre à la poésie quelqu’un qui a pour passion d’enlever la vie ?

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Le lieu qu’ils ont choisi est l’un des plus sauvages et des plus beaux du Caroux. Les pierres qui bordent le chemin qui y mène nous parlent d’éternité et sont les sœurs des poètes. Ceux ci sont également immortels, même quand on les assassine comme Fédérico Garcia Lorca ou Robert Desnos, car comme l’a écrit Aragon :


Contre le chant majeur, la balle que peut elle,
Sauf contre les chanteurs que peuvent les fusils,
La terre ne reprend que cette chair mortelle,
Mais non la poésie…
.

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Un chemin en part qui monte vers les cîmes sur lesquelles les poètes déambulent après leur réunion nocturne. En tendant son oreille dans le vent on entend de nouveau Aragon qui susurre :


Je vois sans yeux, je suis une clameur sans bouche,
Je suis le phare obscur que l’on appelle pensée,
J’ai fait de mon désir une force insensée,
Le mystère à mes pieds terre à terre se couche….


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Mais vous vous demanderez probablement comment nous avons découvert que ce lieu était hanté par les poètes disparus ? Et bien, c’est un vieux mouflon qui, nous entendant chanter « Mon dieu que la montagne est belle de Jean Ferrat.. » et voyant donc en nous des amoureux de la poésie, nous en a fait la confidence.

Nos voix et nos conduites avenantes l'ont agréablement surpris lui qui est plutôt habitué aux coups de fusil des chasseurs (les seuls à parfois s’aventurer en ces lieux) et à leurs borborygmes (les jurons impliquent un minimum d’instruction) qu’ils profèrent quand par maladresse (ou par chance !) ils se tirent dans les pieds ou dans les fesses, ce qui vaut mieux que dans celles des autres. Aussi a-t-il volontiers fraternisé avec nous .

 

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Soudain le chemin débouche sur une ruine et l’on croit entendre une course affolée dans les sous-bois . Aurait on surpris un poète assoupi dans sa rêverie ? Il faut dire que l’endroit est propice à la méditation.

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Une magnifique toile d’araignée qui, à défaut de proie, a piégé les rayons du soleil témoigne de la tranquillité des lieux

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Après nous y être reposés un instant espérant sans trop y croire au retour du poète enfui, nous reprenons nos pérégrinations dans cet univers minéral et végétal dont l’inexorable dissolution nous chuchote que les secondes sont sournoisement à l’œuvre au cœur de nos cellules et qu’un jour nos yeux seront de nouveau des pierres et retourneront à la nuit. Comme dit le poète « Nous serons arrêtés comme un train dans un tunnel de suie » (Aragon)

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Mais en attendant cet instant funeste (ou qui sait heureux ?) jouissons des nourritures, plaisirs et breuvages terrestres y compris l’eau mais seulement pour s’y baigner quand elle prend la forme d’une délicieuse vasque alimentée par une fraîche cascade.

 

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Revigorés par cette baignade où ne manquaient que les nymphes (mais sans doute préfèrent elles la compagnie des poètes) nous reprenons notre route et passons près d’une masure dont la fenêtre ouverte à tous les vents depuis fort longtemps nous offre une vue imprenable sur le roc Fourcat.

 

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Puis nous plongeons dans le sous-bois où nous croisons un loup de belle envergure qui nous hurle sa rage contre nos hypocrites congénères, défenseurs des moutons pour mieux en faire des côtelettes, accusant lui le loup ou son frère l’ours, de crimes commis par de vulgaires chiens errants, pour toucher de grasses subventions.

Si notre monde prend le parti des soi disants défenseurs de moutons contre le loup et l’ours nous deviendrons nous mêmes moutons et un jour un berger prétendant assurer notre sécurité nous parquera pour mieux nous tondre et nous passer à la broche. N’entendez vous pas déjà les bêlements qui emplissent les plateaux de télé ?

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Le ruisseau d’Héric que traverse notre chemin nous offre une dernière halte rafraîchissante et nous quittons à regret le pays où déambulent en secret les poètes disparus……Me reviennent alors en mémoire ces vers de Pablo Néruda (Chant général) :


« Je vois près de l’eau une rose, une petite coupe
Aux paupières vermeilles,
Un son aérien la maintient dans l’espace :
Une clarté de feuilles vertes touche les sources
Et transfigure la forêt avec des êtres solitaires,
Des êtres aux pieds transparents :
L’air n’est plus que vêtures claires
Et l’arbre instaure sa grandeur dans le sommeil. »


PS : je vous invite à signer la pétition visant à amener les autorités européennes à prendre les mesures pour protéger nos agriculteurs de la volonté de la société américaine  Monsanto de breveter les semences de  fruits et légumes en vue de les contraindre à les acheter chaque année. Cliquez ICI.



Texte & photos Ulysse (sauf citations de poètes)