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06/03/2013

A l’assaut du Roc du Caroux, cramponnez vous !

 

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Hello ! C’est moi Léo, me voilà de retour dans le  Languedoc pour quelques jours de vacances. Pendant tout l’hiver j’ai suivi les aventures  de Gibus et de mon Papi Ulysse dans les massifs du Haut Languedoc et ça m’a donné des fourmis dans les jambes. J’avoue qu’ils m’épatent ces « vieux » qui résistent vaille que vaille au principe de l’entropie  et je connais pas mal de mes copains qui auraient du mal à les suivre. Mais moi qui ai  collé à leurs basques depuis ma plus  tendre enfance, je leur file le train sans difficulté. Il faut dire que le cocktail hormonal de l’adolescence est, pour ce qui me concerne d’une efficacité redoutable,  et pas seulement pour les loisirs de plein air, car c’est avec frayeur que ma mamie me voit me mettre à table !

 

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Nous voilà donc partis, en ce froid matin hivernal, Gibus, papi et moi à l’assaut du Roc du Caroux par les abrupts et pierreux sentiers des Gardes, des Aiguilles et du Rieutord.  Moi, le parigot condamné à respirer un  air qui sent le benzène et l’eau croupie (la région parisienne est en cette saison un vrai marigot)  je dois vous avouer qu’au sein de cette nature sauvage  dont l’air est pollué par les seuls  pets des mouflons,  je revis !

 

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Nous partons du pont des soupirs qui franchit le torrent d’Héric pour nous diriger vers le col de Bertouyre. Ce pont est bien nommé car à peine l’a-t-on traversé que le sentier met votre souffle et votre cœur à rude épreuve. Aussi ceux qui sont déjà passés par là ne peuvent que soupirer, sachant ce qui les attend. Mais bon, le panorama qui s’offre à vous vous récompense de vos efforts. Quand on est citadin, on finit par oublier que la nature peut être aussi belle. Mais n’est ce pas cette faculté d’oubli qui permet à l’homme de supporter l’insupportable et notamment les métros bondés de gens crevés et maussades et les trains de banlieue en retard ?

 

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Quittant la piste des Gardes fort bien entretenue nous abordons la piste des Aiguilles, beaucoup plus rocailleuse et sportive et  qui, à plusieurs reprises, s’ingénie à nous faire descendre les quelques dizaines de mètres que nous avons eu quelque peine à grimper. Ce petit manège dure environ trois quart d’heure au terme desquels nous nous retrouvons à la même altitude qu’au départ. Je me doute que Gibus et papi ont choisi cette piste pour tester ma résistance et je suis leur rythme sans me plaindre, soucieux de leur montrer que les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas que les pouces de musclés et sont capables de faire autre chose que d’envoyer des SMS et de jouer aux jeux vidéo.

 

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J’avoue même que je prends plaisir à emprunter ce genre de chemin taillé par les éléments  dans le corps rocheux du Caroux.  A chaque pas on doit assurer son équilibre en s’aidant  des mains, ce qui crée un lien charnel avec cette montagne  qui au fur et à mesure que l’on grimpe nous transmet son énergie. C’est ainsi que Gibus et mon papy, qui l’arpentent au moins une fois par semaine, restent aussi alertes que des mouflons.

 

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Et puis le panorama qui s’offre à nous dans les trouées de verdure est grandiose. Les aiguilles de pierre se succèdent, orgueilleuses et pourtant vouées à disparaître sous la morsure tenace et patiente du gel, du soleil, de la pluie et du vent. Mais nous serons depuis longtemps retournés en poussière quand cela se produira, à moins que les scientifiques n’aient trouvé d’ici là l’élixir de longue vie. Mais si c’est pour prendre sa retraite à 1255 ans et faire toute sa vie des petits boulots sans intérêt, moi je dis non merci !

 

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Nous parvenons enfin au bout de la piste des Aiguilles pour aborder celle du Rieutord qui monte franchement à travers un chaos de rochers et de végétation, ce qui donne à notre périple un coté « Indiana Jones » qui n’est pas fait pour me déplaire.

 

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Après avoir traversé le torrent du Rieutord, le sentier grimpe sur des dalles rocheuses que le brouillard qui monte n’a pas, fort heureusement, encore rendues glissantes. La randonnée en montage est un bon exercice pour développer sa concentration car il faut à chaque pas s’assurer de la solidité de ses appuis et il est conseillé aux doux rêveurs de s’abstenir ! Mais en existe-t-il encore dans ce monde avide et impitoyable du capitalisme financier d’aujourd’hui ?

 

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Nous parvenons enfin sur le plateau du Caroux au pied du Roc du Caroux(1058m) qui a donné son nom au massif, alors que les premières gouttes de pluie se mettent à tomber. Mais cela ne nous inquiète guère car il ne nous reste plus qu’une petite demi-heure de marche sans difficulté particulière pour rejoindre le refuge de Fontsalès.


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Nous y voici enfin et Gibus fait une nouvelle fois la démonstration de son talent pour « allumer le feu » ! Jauni Halidadais peut en la matière aller se rhabiller, il ne fait pas le poids vis à vis de l’ami de mon papi ! Au passage vous remarquerez que nos T-Shirts sont trempés comme des éponges, ce qui vous donne une idée de la suée que nous avons attrapée en montant jusqu’ici malgré la température hivernale.

 

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Et quel bonheur de déguster enfin une omelette fumante cuite au feu de bois, moi  qui ai  ces dernières semaines bavé d’envie en les contemplant  sur le « blog » de mon papi. Vous qui en rêvez, je vous souhaite d’avoir un jour ce bonheur aussi !

 

 

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Je serais bien resté là le reste de mes vacances mais Gibus et papy qui ne sont pas sans ressource et sans expérience  auraient quand même eu du mal à satisfaire mon appétit féroce.Et quand j’ai très faim je deviens difficile à gérer !! Nous prenons donc le chemin du retour par un sentier heureusement plus convivial qu’à la montée car le temps ne s’est pas arrangé.

 

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Ce massif du Caroux , pourtant de taille modeste, est étonnant par la diversité des panoramas qu’il offre. De multiples torrents y ont creusé d’impressionnantes gorges qui lui donnent, par endroits, un aspect pyrénéen.

 

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Au fur et à mesure que nous descendons, nous retrouvons des conditions plus clémentes, ce qui ajouté au parfait état du chemin nous permet doucement de récupérer des efforts intenses fournis à la montée.

 

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Mais il ne faut pas se fier aux apparences, même quand les conditions semblent favorables, la montagne est imprévisible et toujours un danger nous guette, comme cet énorme rocher en équilibre instable qui pourrait profiter de notre passage pour se laisser choir sur le chemin. Bon, je ne pense pas que ce soit demain la veille, mais on a mis cette photo juste pour faire frémir papa et maman qui sont toujours un peu inquiets quand le grand-père emmène ses petits enfants en randonnée !

 

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En approchant du point de départ le chemin offre l’un des plus belles perspectives sur le massif du Caroux que l’on puisse admirer. Oui vraiment ce petit massif n’a rien à envier à son grand frère pyrénéen et c’est un bonheur que de pouvoir y randonner !

 

Texte Léo et Ulysse, photos Ulysse

 


01/03/2013

Métamorphoses sur le Caroux

 

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Depuis des années que Gibus et moi arpentons le Caroux  nous avons contribué, par l’impact de nos souliers, à maintenir les sentiers qui le traversent, seule trace anonyme de notre passage. Ainsi un lien secret nous unit aux milliers de randonneurs qui les ont aussi empruntés, dont l’énergie conquérante a imprimé sa marque sur  le ballet des atomes qui constituent leur trame de terre et de cailloux.

 

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Toutes les créations de ce monde, qu’il s’agisse d’arbres, d’hommes, d’herbe, de cailloux ou de nuages ne sont que des amas moléculaires plus ou moins denses virevoltants dans le vide et issus du même « potage » primitif. Là où nous croyons voir des séparations existe un continuum, comme la trame d’un tapis où les motifs se juxtaposent sur un fond uni. Je suis ainsi un lointain parent de cet arbre que je croise et que je ne manque pas de saluer avec respect, comme il se doit entre entités de la même fratrie.

 

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Je rencontre ce que je pense être les traces laissées par un renard lors de ses pérégrinations nocturnes ou matinales. A tout moment sans nous en rendre compte nous modifions l’ordre des choses et lorsque la mort nous saisit, même si nous tombons dans l’oubli, l’univers conserve à jamais l’impact de notre passage et c’est en cela que nous sommes immortels.

 

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L’hiver a  revêtu ces chardons d’une gangue de glace qui embellit leur face patibulaire. L’eau, qui peut tour à tour avoir une forme liquide, solide, gazeuse ou neigeuse, est le parfait exemple de cet incessant ballet de transformations auquel notre univers est soumis.

 

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Et ce ne sont pas ces bruyères qui se plaindront de cette métamorphose qui leur confère une beauté aussi grande qu’à l’acmé de leur floraison estivale.

 

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Ni cet aulne dont les branches sont  hérissées d’une myriade de chandelles de glace que le soleil aura tôt fait de consumer.

 

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En cet endroit sauvage où les rudes conditions hivernales dissuadent les promeneurs de venir, une lionne a trouvé refuge pour y  faire une sieste que je mets un point d’honneur à ne pas troubler. Outre le fait que je suis d’ordinaire respectueux du sommeil des autres, je suis aussi soucieux de ne pas être, trop précipitamment, transformé en « hot dog » et recyclé dans le grand maelström des atomes de l’univers.

 

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Ne plaignons pas ces arbres d’être habillés et immergés dans un champ de neige ils sont parfaitement adaptés au froid et puis, étant condamnés à l’immobilité, ils sont certainement ravis de cette transformation du paysage qui doit leur donner le sentiment de voyager.

 

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Et ces hêtres semblent également  enchantés de la lumière que renvoie ce tapis de neige qui irradie leur feuillage marcescent.

 

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Mais revenons aux incessantes métamorphose du monde qui affectent même le corps rugueux et résistant d’orthogneiss du Caroux. Le vent, le soleil, le gel et la pluie conjuguent leurs forces pour y créer des sculptures à l’improbable équilibre.

 

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Ils créent aussi d’étranges monstres figés dans un silencieux défi, animés sans doute par d’ancestrales  colères que les atomes de défunts ont emporté avec eux au royaume de la nuit.

 

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Une brebis égarée bêle sur mon passage, me prenant sans doute pour son berger. Je la fais taire en la mettant en garde contre la présence d’une panthère non loin de là, qui pourrait n’en faire qu’une bouchée. Cela dit, à choisir, mieux vaut que ce soit elle que moi. La fraternité avec les autres êtres de ce monde  a des limites.

 

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Amoureux des arbres, je suis, vous le savez. J’admire leur ténacité et leur générosité, car ils nous offrent, l’été, leurs frais ombrages qui rendent nos siestes plus agréables ainsi que leur oxygène sans lequel notre planète serait irrespirable. J’admire, en particulier, celui-ci nourrit au jus de roche et qui brave Dame tramontane qui en a déraciné des plus gros que lui !

 

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Je vous le présente tel que le voit peut être le lézard, la sauterelle ou la buse dont les spectre chromatique de la vision est différent du notre. Car le monde que nous voyons est spécifique à notre appareil sensoriel, il n’a pas de réalité intrinsèque, il n’est qu’une vision parmi des milliers d’autres possibles.

 

 

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C’est une chose que les grands peintres et notamment les impressionnistes ont comprise et nous ont fait découvrir dans leurs tableaux : une ombre peut être bleue, rose, verte  ou jaune et les cieux animés de tourbillons d’énergie.

  

Texte & Photos Ulysse

   

22/02/2013

Un vieil huron, de la neige, du blizzard et des œufs au bacon, c’est tout bon !


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La loi générale de l’évolution de l’univers est celle de l’entropie  qui fait, comme le dit le philosophe Jean Zin*, que tout se dégrade, tout fout le camp. C'est la rouille qui ronge le fer, la vieillesse qui nous gagne, le feu qui s'éteint, nos genoux qui se bloquent,  le temps qui s'enfuit. En résumé  l'entropie c'est que tout passe, tout lasse, tout casse, c'est ce qui rend le temps irréversible, les dégradations et les pertes d'informations irréparables, la mort certaine. Dans une veine plus poétique l'ami Léo a fait également le même constat dans sa superbe chanson "Avec le temps".

 * Dont je vous invite à lire ce décapant article sur la panade dans laquelle nous sommes et les maigres espoirs que nous avons de nous en sortir ! Haut les cœurs !

Et c’est pour tenter de ralentir  cette évolution, qui nous conduit petit à petit inéluctablement dans « le trou », si possible en riant et en dansant comme le chantait l’ami Jacques,  que nous n’arrêtons pas de grimper les montagnes mes amis et moi. Nous pensons naïvement que plus haut nous serons perché, plus longue sera la chute ! A chacun ses illusions !

Toujours est-il que nous voilà donc partis, Marie, Ghis, Jean-Mi, Gibus et moi, en ce matin du 12 février dernier,  à l’assaut du Caroux par le col de col de Bertouyre et le rocher de Luchet. A voir le barda que porte l’ami Gibus, vous comprendrez que le Caroux durant l’hiver n’est pas un endroit où l’on cueille des pâquerettes. La météo prévoyant des températures négatives et un vent à décrocher les oreilles, nous emportons un « cubi d’antigel »….Bon, tenant à l’estime de mes lectrices (mes lecteurs sont sur ce point plus indulgents) je précise que je plaisante et que le carton en question contientt, non  pas un divin nectar, mais du petit bois pour faciliter le démarrage du feu, vu qu’une épaisse couche de neige recouvre le sommet des montagnes et donc le bois mort qui s’y trouve.

 

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Le chemin qui passe au pied du rocher de la Tour de Guet nous donne le sentiment d’évoluer dans un « shan shui », ces sublimes peintures de paysage de la Chine antique, que les artistes de la Chine « en toc » d’aujourd’hui seraient bien en peine de reproduire. D’ailleurs ce pays qui semble aujourd’hui si menaçant n’est qu’un immense château de cartes qu’une tempête, un jour pas si lointain, emportera.


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Et là nous tombons sur une scène inhabituelle en ces lieux : un panneau signalant des travaux de réfection du sentier ! Et, effectivement, un artisan est à l’œuvre qui remet en état avec art et patience le sentier fortement érodé. Saluons ici l’initiative du Conseil général de l’Hérault, pas toujours soucieux du bon usage des fonds publics, comme en témoigne cet article

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Soudain nous entendons un tonitruant « Hugh ! » au dessus de nos têtes. Levant les yeux nous apercevons un vieil huron installé sur la pente et qui contemple l’horizon. « Hugh » lui répondons nous en chœur sans rien ajouter d’autre, n’étant pas familier de la langue wendate.

 A notre grande surprise, il nous réplique dans un français irréprochable : « Oh ! visages pâles, je vous déconseille vivement de grimper là haut aujourd’hui, c’est le grand chambardement ! Vous allez y perdre vos scalps ! ». Personnellement cette perspective ne m’inquiète guère vu que mon scalp est depuis longtemps resté accroché à mon peigne !

 

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 Suivant son regard nous découvrons qu’effectivement les cimes sont, pour l’heure, balayées par la Tramontane qui soulève un voile de neige. « Nous sommes habitués et nous allons au refuge de Fontsalès où nous pourrons nous réchauffer » lui répond-t-on.  « Vous êtes courageux et j’implorerai Wacondah afin qu’il vous apporte sa protection. Mais comme aujourd’hui même les dieux sont faillibles, j’appellerai les secours avec mon portable (oui, même les vieux hurons ont des portables aujourd'hui !) si vous n’êtes pas redescendus à 17 heures ». Après avoir remercié ce noble et brave huron pour sa sollicitude, nous poursuivons notre ascension.

 

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Nous arrivons, sous un ciel encore clément, au col de Bertouyre situé à mi-pente. Nous y trouvons les premières traces de neige qui nous signalent que nous venons de franchir l’isotherme zéro degré et qu’il nous faut donc couvrir soigneusement nos extrémités les plus exposées au risque de gel. Il est donc préférable d’avoir satisfait a ses besoins naturels avant cette limite !

 

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En prenant un peu d’altitude, le manteau neigeux s’épaissit, ce qui crée ce spectacle étonnant - propre aux montagnes méditerranéennes - de forêts de chênes verts arborant un magnifique feuillage, alors que le sol est couvert de neige.

 

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Parvenus à l’altitude d’environ 800 mètres, nous abordons un monde plus minéral. Nous sommes encore protégés du vent par le flanc de la montagne mais le ciel noir au dessus de nous, nous fait comprendre ce qui nous attend.

 

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Les ramures des bosquets d’arbres dénudés dessinent de superbes arabesques qui illuminent le paysage. Qui osera dire que l’hiver est une triste saison !

 

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Un lapin des neiges nous regarde passer le cœur palpitant craignant de finir ses jours dans une casserole. Mais nous le rassurons en lui disant que nous avons largement de quoi nous sustenter et qu’il n’est pas prévu au menu.

 

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Parvenus au pied du rocher du Luchet, je vais rendre visite à mon copain l’arbrisseau, que mes lecteurs connaissent bien, et qui fait vaillamment front aux intempéries en haut de la falaise qui surplombe l’Orb. C’est la grandeur et la servitude d’être un arbre que de ne pouvoir échapper au lieu qu’a choisi pour vous le destin. Il y a aussi parmi les hommes des aventuriers un peu fous et solitaires mais eux peuvent à tout moment rejoindre la chaude compagnie de leurs congénères.

 

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Nous parvenons enfin sur le plateau balayé par le blizzard et nous nous demandons quelques instants si nous n’aurions pas dû suivre le conseil du vieil huron. Mais l’heure sacrée du déjeuner approchant il est trop tard pour faire demi-tour. Nous décidons donc de poursuivre notre périple pour rejoindre le refuge situé non loin de là.

 

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La chance souriant toujours aux audacieux, nous tombons sur un arbre mort qui nous tend ses branches secourables pour alimenter notre feu.

 

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Gibus, ayant autant de ressources que les couteaux suisses (c’est normal vu qu’il est d'origine helvète !) utilise sa corde pour nous permettre de tracter plus aisément la provision de bois ainsi faite.Vous devez vous dire que je profite habilement  d’être le photographe attitré du groupe pour échapper à cette corvée.

 

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Que nenni ! Ma photo faite, je prends part à l’attelage comme vous pouvez le voir sur cette autre photo prise par Marie. Et ne mettez pas ma parole en doute sous prétexte que l’on nous voit de dos. Vous pensez bien que mes copains, aussi sympa soient-ils, m’auraient mis ce midi là à la  diète si je ne leur avais pas donné un coup de main. L’amitié  n’est pas quelque chose qui va de soi, ça s’entretient !

 

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Pendant que nous ahanons sous le poids du fardeau, nos compagnes avancent tranquillement. Mais n’est ce pas quand la force sert la tendresse que le monde devient harmonieux !

 

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Nous investissons le refuge et sortons les victuailles liquides et solides de nos sacs. Au menu du jour nous trouvons : vin chaud, potage maison aux légumes, charcuterie, œufs sur le plat au bacon, fromage, pâtisseries, café, thé, chocolat le tout arrosé d’un Bordeaux et d’un vin du Languedoc. Qui dit mieux ? Et c’est beaucoup moins cher que chez les frères Pourcels où la tranche de pâté vous est vendue au prix de l’or !

 

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Vous avez été nombreux a apprécier les œufs au plat de la semaine dernière, aussi je ne peux que vous inviter à en reprendre cette semaine mais dépêchez vous car il n’en reste que trois dans la poêle !

 

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Pendant que nous déjeunions, le vent a redoublé de violence. Aussi avant de prendre le chemin du retour nous nous emmitouflons pour affronter la tourmente.

 

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La porte à peine ouverte, nous comprenons ce qui nous attend.  Des tourbillons de neige soulevés par la Tramontane balaient le paysage. Seul élément un brin rassurant (pas deux ! un !) le soleil est malgré tout présent qui crée une ambiance féerique.  Courageusement nous nous jetons dans la bataille comme des parachutistes se précipitent dans le vide.

 

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Ayant dévalé le long du rocher du Luchet, nous nous retrouvons à l'abri du vent. En approchant du bord du plateau nous  apercevons la plaine en contrebas, dont la brume qui la recouvre masque toute trace d’habitation. Nous avons le sentiment d’être des explorateurs qui découvrent un continent inconnu.

 

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Ayant basculé vers la plaine nous retrouvons des conditions définitivement plus clémentes et nous sommes heureux au passage de rassurer le vieux Huron sur notre sort.

 

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Arrivés au point de départ, le torrent d’Héric nous invite à y faire un petit plongeon, invitation que nous mettons un point d’honneur à accepter. Après le vent glacial du sommet, l’eau nous paraît presque chaude ! Bon j’exagère un peu, mais que vaudrait la vie sans un brin de folie !

Plusieurs lectrices ont souhaité que je poste la photo où je me baigne et à laquelle Gibus fait allusion (ah ! le traitre !) dans  son commentaire. Celle-ci n'étant pas "décente"  je vous en poste une autre prise lors d'un bain dans un lac gelé des Pyrénées qui prouvera à ceux qui en douteraient que je ne me contente pas de prendre les photos lors de ces baignades "hivernales"!


 

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Texte Ulysse & Photos Ulysse, Jean-Mi (photos datées) et Marie

15/02/2013

Un arc-en-ciel, deux oeufs sur le plat, le bonheur quoi !

 

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La perfection, dit-on, n’est pas de ce monde et pourtant Gibus et moi l’avons rencontrée, l’autre matin, sous la forme d’un arc en ciel formant un magnifique demi cercle, que mon appareil photo n’a pu hélas capter dans son intégralité. Nous étions en chemin pour rejoindre le refuge des Bourdils par le col de Langres quand il s’est majestueusement formé au dessus du lac d’Ayrette. Autant dire que de contempler une telle merveille vous fait voir la vie, non seulement en rose, mais en bleu sérénité, en vert espérance, en jaune  amitié et en mauve amour, sentiments qui, comme le (bon) vin, le (bon) pain ainsi que …….l’amour et l’amitié (non, je n’aime pas le Boursin !)  nous font apprécier notre trop bref séjour sur cette planète.

 

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Et cet arc-en-ciel de rêve nous a fait l’honneur de nous accompagner pendant au moins la moitié de notre randonnée, nous laissant penser  à un moment donné qu’il s’agissait d’un ersatz technologique produit par un artefact imaginé par un confrère du professeur Tournesol. Mais il n’y avait autour de nous que la nature sauvage et ce somptueux objet céleste résultait bien de l’union de la fine bruine qui nous rafraîchissait le visage avec les rayons du soleil.

 

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Je profite de l’occasion pour vous poser une colle, sauf si vous êtes plus instruit que moi, qui ai dû chercher la réponse sur internet : Pourquoi les arcs-en-ciel sont ils courbes ? Vous pourriez répondre : pour faire plus joli, constat au demeurant juste  car une « droite en ciel » aurait moins de charme, mais réponse fausse. En fait la courbure est due à la rondeur des gouttes qui dévient les rayons lumineux selon un angle qui diffère en fonction des couleurs, ce qui fait qu’elles sont superposées. Et ce qui est plus étonnant c’est que le cercle serait complet si le sol n’interrompait pas le phénomène. Depuis un avion, il est, en effet, possible de voir un arc-en-ciel former un cercle complet. Le monde est étonnant, non

 

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Après une heure de marche, alors que nous arrivons au col de Langres,  l’arc-en-ciel est toujours là, ce qui en fait sans conteste le plus long que j’ai pu contempler au cours de mon existence.  J’y vois là un signe particulier car pour les anciens grecs les arcs-en-ciel étaient la trace du pied d'Iris, messagère des dieux, descendant de l'Olympe vers la Terre pour porter un message aux hommes. Et je me demande si a force d’arpenter les cimes et de nous baigner en tenue d’Adam dans les lacs et torrents qui y abondent nous n’avons pas tapé dans l’œil de cette déesse qui, lassée de ses amants célestes, nous a donc discrètement suivie pour admirer le galbe de nos mollets (vu notre âge , c’est ce qu’il y a de mieux conservé chez nous). Mais sans doute s’est-elle gardée de nous accoster pour ne pas provoquer sur nous la colère de Zeus, dieu fort jaloux. On a le droit de rêver, n’est ce pas ?

 

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Nous arrivons au hameau en ruine de Chavardès où subsiste, à mes yeux, l’un des plus beaux fours à pain antique du Languedoc (celui du mas d’Agre n’est pas mal non plus). La légende prétend que chaque année dans la nuit du 16 mai, jour de la Saint Honoré patron des boulangers, pendant que sonnent les douze coups de minuit, un feu s’allume dans le four et qu’autour on aperçoit des ombres que l’on entend parler et rire, pendant qu’une odeur de pain se répand dans les airs. Gibus et moi n’avons encore jamais eu l’occasion d’aller vérifier!  Peut être que l’ami Bernard qui arpente jour et nuit le massif pourrait éventuellement nous le confirmer .

Le blog de Barzaz, que j’invite les gourmandes et les gourmands à visiter, nous apprend, à ce sujet, qu’ Honoré était un jeune homme dissipé qui annonça un jour à sa vieille bonne qu'il voulait se faire prêtre. La brave dame qui était en train de faire cuire son pain lui répondit alors : "Et quand ma pelle aura des feuilles, tu seras évêque!" Instantanément, la pelle se mit à fleurir ! En souvenir de ce miracle, en 1202, un boulanger parisien offrit 9 arpents de terre pour construire une chapelle à Saint-Honoré, qui devint ainsi le saint patron des boulangers.

 

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Ce hameau comprend d’autres bâtisses dont la construction témoigne d’un savoir faire qui laisse pantois d’admiration. Ces édifices partagent avec les nids d’oiseaux et l’ensemble des habitats créés par les animaux ou les insectes le fait d’être constitués de matériaux naturels qui sont comme un prolongement de notre planète et participent intimement à la « pulsation » spirituelle de l’univers dont elle est issue. Nos constructions modernes sont au contraire constituées de matériaux issus d’un processus industriel qui leur confère un aspect inerte et mortifère, quelle que soit la beauté de leur architecture.

 

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Nous parvenons aux abords du Montahut, seigneur des lieux, alors que l’arc en ciel (que l’on aperçoit dans le coin à droite) s’affaiblit , ce qui, certes, nous chagrine, car sa vision a enchanté notre ascension, mais nous laisse aussi espérer la fin de la bruine qui lentement transforme nos pantalons en éponges.

  

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 Et de fait le ciel redevient soudainement bleu, le soleil ayant fini par avoir la peau des nuages, ce qui lui vaut de chaudes congratulations de la part de chênes blancs qui le saluent de leurs branches, impatients de voir pointer leurs bourgeons.

 

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Un lapin en profite pour sortir de sa tanière afin de prendre un bain de soleil, assuré, en voyant nos larges fronts intelligents, que nous ne sommes pas des fous de la gâchette et que donc nous le laisserons en paix.

 

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Nous passons au large du Roc d’Ourliades, roc granitique qui résiste vaillamment aux intempéries. La vieillesse sied bien à la montagne dont les rides sont esthétiques. Elles le sont aussi au demeurant chez les humains mais la folie de notre temps les condamne. Cette « peau lisse » à laquelle l’humanité vieillissante aspire en se botoxant à outrance  n’est-elle pas le symbole de notre fatuité et de notre addiction aux « apparences ». Ne restons nous pas jeunes comme le disait le Général Mac Arthur dans un magnifique poème, tant que nous restons réceptifs à ce qui est beau, bon et grand. Réceptif aux messages
de la nature, de l'homme et de l'infini. « Les années rident la peau, renoncer à son idéal ride l’âme » ajoutait-il.

 

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Nous arrivons au refuge des Bourdils les yeux et l’esprit encore illuminés par l’étonnant arc-en-ciel qui a décoré notre ciel comme une guirlande de Noël. Mais l’humidité qui imprègne nos vêtements nous incite à faire un feu. Il est fort heureux que Gibus m’accompagne car c’est sans doute le seul homme occidental à savoir allumer un feu avec du bois mouillé, le seul aussi à emmener une poêle dans son sac à dos pour y faire  cuire des œufs . Vous comprenez pourquoi je randonne avec lui. 

 

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Histoire de vous mettre l’eau à la bouche je vous montre en gros plan ce que le meilleur restaurant du monde ne pourra jamais vous offrir : deux œufs au plat avec du jambon à mille mètres d’altitude dans un environnement de rêve pour moins de deux euros et un peu d’huile de genoux !

 

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Rassasiés et revigorés nous prenons le chemin du retour qui, malgré l’absence d’arc-en-ciel, nous enchante par sa beauté  pourtant maintes fois contemplée. La nature qui varie selon la saison, le temps  et l’heure du jour est en quelque sorte notre « cathédrale de Rouen »  que Monet a peint une multitude de fois, restituant sur chaque tableau une lumière, des ombres et des couleurs différentes.

 

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Nous approchons du terme de notre balade, mais avant de vous quitter nous vous offrons en guise de « bonus » cette autre et magnifique bâtisse croisée en chemin. Les pierres qui la constituent doivent être fières d’avoir été choisies pour son édification plutôt que de rester à traîner dans la campagne et les chemins. Vous souriez sans doute parce que je prête des sentiments à ces matériaux que l’on dit inertes. Mais alors que l’on découvre que les animaux peuvent faire preuve de compassion et éprouver des sentiments, pourquoi n’en serait-il pas de même du monde minéral, car, finalement, nous sommes tous issus du même nuage de gaz originel issu du BIG Bang !


 

Texte & Photos Ulysse