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15/02/2013

Un arc-en-ciel, deux oeufs sur le plat, le bonheur quoi !

 

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La perfection, dit-on, n’est pas de ce monde et pourtant Gibus et moi l’avons rencontrée, l’autre matin, sous la forme d’un arc en ciel formant un magnifique demi cercle, que mon appareil photo n’a pu hélas capter dans son intégralité. Nous étions en chemin pour rejoindre le refuge des Bourdils par le col de Langres quand il s’est majestueusement formé au dessus du lac d’Ayrette. Autant dire que de contempler une telle merveille vous fait voir la vie, non seulement en rose, mais en bleu sérénité, en vert espérance, en jaune  amitié et en mauve amour, sentiments qui, comme le (bon) vin, le (bon) pain ainsi que …….l’amour et l’amitié (non, je n’aime pas le Boursin !)  nous font apprécier notre trop bref séjour sur cette planète.

 

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Et cet arc-en-ciel de rêve nous a fait l’honneur de nous accompagner pendant au moins la moitié de notre randonnée, nous laissant penser  à un moment donné qu’il s’agissait d’un ersatz technologique produit par un artefact imaginé par un confrère du professeur Tournesol. Mais il n’y avait autour de nous que la nature sauvage et ce somptueux objet céleste résultait bien de l’union de la fine bruine qui nous rafraîchissait le visage avec les rayons du soleil.

 

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Je profite de l’occasion pour vous poser une colle, sauf si vous êtes plus instruit que moi, qui ai dû chercher la réponse sur internet : Pourquoi les arcs-en-ciel sont ils courbes ? Vous pourriez répondre : pour faire plus joli, constat au demeurant juste  car une « droite en ciel » aurait moins de charme, mais réponse fausse. En fait la courbure est due à la rondeur des gouttes qui dévient les rayons lumineux selon un angle qui diffère en fonction des couleurs, ce qui fait qu’elles sont superposées. Et ce qui est plus étonnant c’est que le cercle serait complet si le sol n’interrompait pas le phénomène. Depuis un avion, il est, en effet, possible de voir un arc-en-ciel former un cercle complet. Le monde est étonnant, non

 

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Après une heure de marche, alors que nous arrivons au col de Langres,  l’arc-en-ciel est toujours là, ce qui en fait sans conteste le plus long que j’ai pu contempler au cours de mon existence.  J’y vois là un signe particulier car pour les anciens grecs les arcs-en-ciel étaient la trace du pied d'Iris, messagère des dieux, descendant de l'Olympe vers la Terre pour porter un message aux hommes. Et je me demande si a force d’arpenter les cimes et de nous baigner en tenue d’Adam dans les lacs et torrents qui y abondent nous n’avons pas tapé dans l’œil de cette déesse qui, lassée de ses amants célestes, nous a donc discrètement suivie pour admirer le galbe de nos mollets (vu notre âge , c’est ce qu’il y a de mieux conservé chez nous). Mais sans doute s’est-elle gardée de nous accoster pour ne pas provoquer sur nous la colère de Zeus, dieu fort jaloux. On a le droit de rêver, n’est ce pas ?

 

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Nous arrivons au hameau en ruine de Chavardès où subsiste, à mes yeux, l’un des plus beaux fours à pain antique du Languedoc (celui du mas d’Agre n’est pas mal non plus). La légende prétend que chaque année dans la nuit du 16 mai, jour de la Saint Honoré patron des boulangers, pendant que sonnent les douze coups de minuit, un feu s’allume dans le four et qu’autour on aperçoit des ombres que l’on entend parler et rire, pendant qu’une odeur de pain se répand dans les airs. Gibus et moi n’avons encore jamais eu l’occasion d’aller vérifier!  Peut être que l’ami Bernard qui arpente jour et nuit le massif pourrait éventuellement nous le confirmer .

Le blog de Barzaz, que j’invite les gourmandes et les gourmands à visiter, nous apprend, à ce sujet, qu’ Honoré était un jeune homme dissipé qui annonça un jour à sa vieille bonne qu'il voulait se faire prêtre. La brave dame qui était en train de faire cuire son pain lui répondit alors : "Et quand ma pelle aura des feuilles, tu seras évêque!" Instantanément, la pelle se mit à fleurir ! En souvenir de ce miracle, en 1202, un boulanger parisien offrit 9 arpents de terre pour construire une chapelle à Saint-Honoré, qui devint ainsi le saint patron des boulangers.

 

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Ce hameau comprend d’autres bâtisses dont la construction témoigne d’un savoir faire qui laisse pantois d’admiration. Ces édifices partagent avec les nids d’oiseaux et l’ensemble des habitats créés par les animaux ou les insectes le fait d’être constitués de matériaux naturels qui sont comme un prolongement de notre planète et participent intimement à la « pulsation » spirituelle de l’univers dont elle est issue. Nos constructions modernes sont au contraire constituées de matériaux issus d’un processus industriel qui leur confère un aspect inerte et mortifère, quelle que soit la beauté de leur architecture.

 

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Nous parvenons aux abords du Montahut, seigneur des lieux, alors que l’arc en ciel (que l’on aperçoit dans le coin à droite) s’affaiblit , ce qui, certes, nous chagrine, car sa vision a enchanté notre ascension, mais nous laisse aussi espérer la fin de la bruine qui lentement transforme nos pantalons en éponges.

  

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 Et de fait le ciel redevient soudainement bleu, le soleil ayant fini par avoir la peau des nuages, ce qui lui vaut de chaudes congratulations de la part de chênes blancs qui le saluent de leurs branches, impatients de voir pointer leurs bourgeons.

 

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Un lapin en profite pour sortir de sa tanière afin de prendre un bain de soleil, assuré, en voyant nos larges fronts intelligents, que nous ne sommes pas des fous de la gâchette et que donc nous le laisserons en paix.

 

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Nous passons au large du Roc d’Ourliades, roc granitique qui résiste vaillamment aux intempéries. La vieillesse sied bien à la montagne dont les rides sont esthétiques. Elles le sont aussi au demeurant chez les humains mais la folie de notre temps les condamne. Cette « peau lisse » à laquelle l’humanité vieillissante aspire en se botoxant à outrance  n’est-elle pas le symbole de notre fatuité et de notre addiction aux « apparences ». Ne restons nous pas jeunes comme le disait le Général Mac Arthur dans un magnifique poème, tant que nous restons réceptifs à ce qui est beau, bon et grand. Réceptif aux messages
de la nature, de l'homme et de l'infini. « Les années rident la peau, renoncer à son idéal ride l’âme » ajoutait-il.

 

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Nous arrivons au refuge des Bourdils les yeux et l’esprit encore illuminés par l’étonnant arc-en-ciel qui a décoré notre ciel comme une guirlande de Noël. Mais l’humidité qui imprègne nos vêtements nous incite à faire un feu. Il est fort heureux que Gibus m’accompagne car c’est sans doute le seul homme occidental à savoir allumer un feu avec du bois mouillé, le seul aussi à emmener une poêle dans son sac à dos pour y faire  cuire des œufs . Vous comprenez pourquoi je randonne avec lui. 

 

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Histoire de vous mettre l’eau à la bouche je vous montre en gros plan ce que le meilleur restaurant du monde ne pourra jamais vous offrir : deux œufs au plat avec du jambon à mille mètres d’altitude dans un environnement de rêve pour moins de deux euros et un peu d’huile de genoux !

 

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Rassasiés et revigorés nous prenons le chemin du retour qui, malgré l’absence d’arc-en-ciel, nous enchante par sa beauté  pourtant maintes fois contemplée. La nature qui varie selon la saison, le temps  et l’heure du jour est en quelque sorte notre « cathédrale de Rouen »  que Monet a peint une multitude de fois, restituant sur chaque tableau une lumière, des ombres et des couleurs différentes.

 

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Nous approchons du terme de notre balade, mais avant de vous quitter nous vous offrons en guise de « bonus » cette autre et magnifique bâtisse croisée en chemin. Les pierres qui la constituent doivent être fières d’avoir été choisies pour son édification plutôt que de rester à traîner dans la campagne et les chemins. Vous souriez sans doute parce que je prête des sentiments à ces matériaux que l’on dit inertes. Mais alors que l’on découvre que les animaux peuvent faire preuve de compassion et éprouver des sentiments, pourquoi n’en serait-il pas de même du monde minéral, car, finalement, nous sommes tous issus du même nuage de gaz originel issu du BIG Bang !


 

Texte & Photos Ulysse

 

08/02/2013

Neige sur les coteaux, bon vin dans les tonneaux !

 

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Mon grand père paternel, qui était vigneron dans le vendômois, disait quand il voyait la neige tomber : « Neige sur les coteaux, bon vin dans les tonneaux ». A vrai dire, cela n’a jamais empêché que, même ces années là, il faisait une horrible piquette que mon père et moi avions du mal à boire. Pourtant sa piquette, comme celle que célèbre l’ami Jean dans son inoubliable chanson, l’a rendu presque centenaire, bien qu’il ait subi, comme beaucoup d’hommes de sa génération, de graves blessures lors de la Guerre de 14-18. Mais même si son « vin » était un élixir de longue vie, personne ne se précipitait pour tendre son verre lors des agapes familiales ! Et il n’était pas question qu’un flacon venant d’ailleurs franchisse le seuil de sa porte ! J’espère que là où il est aujourd’hui il en boit du meilleur !

Tout ça pour vous dire qu’à la mi janvier il a neigé sur les vignes qui entourent mon village où l’on fait d’ordinaire du bon vin (Si ce n’était pas le cas je n’y vivrai pas) ce qui veut dire, si l’on en croit le dicton grand-paternel, que le millésime 2013 devrait être excellent.


 

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Les vignes de ma région ne sont pas accoutumées  à un tel climat, ni d’ailleurs les amandiers que l’on y trouve, arbre emblématique, avec l’olivier, des régions méditerranéennes. La « neige » dont ils sont habituellement couverts  est celle de leur magnifique floraison qui éclot vers la mi février, premier signe annonciateur de l’arrivée du printemps avec celle des mimosas. Mais pour l’heure, ce ne sont pas des  fleurs qui les recouvrent mais d’énormes flocons qui tombent mollement, comme si là haut des anges chahuteurs avaient éventré leurs oreillers de plumes.

 

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Marcher à travers la campagne sous la neige est, pour moi, une expérience euphorisante. Les flocons étouffent le moindre son et créent un monde de silence en noir et blanc.

 

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Cet univers minimaliste et onirique libère mon esprit des soucis et des préoccupations triviales de l’existence, comme si la neige les avait ensevelis.

 

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Le lendemain matin, le soleil est de retour faisant peu à peu émerger le monde de sa léthargie. Sa palette de couleurs s’élargit alors, le roux des écorces, le vert sombre des frondaisons et le bleu du ciel reprenant vie.

 

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Les rayons du soleil, qui s’accrochent aux fils des palissages des vignes  gainés de glace, illuminent les coteaux.

 

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Mais sous cette chaude caresse, ces bijoux éphémères retournent vite au néant.

 

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Dans l’ombre des ramures, quelques diamants orneront encore pendant quelques heures des grappes oubliées par les vendangeurs.

 

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Tandis que les ceps de Grenache, libres de tout palissage, se mettent à danser pour se débarrasser de leur coiffe de neige.

  

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En les voyant batifoler ainsi, on ne s’étonne pas que leur nectar rende l’homme joyeux !

 

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Quelques flocons tombés sur les ombelles d’une plante desséchée la parent de fleurs éphémères.

 

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D’autres s’accrochent désespérément à une épine d’églantier pour ne pas tomber dans le vide.

 

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Ceux là semblent en meilleure posture, mais pour combien de temps ?


 

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Ne peut-on penser que Gaïa, notre planète, est finalement une grande coquette qui ne provoque les chutes de neige que pour mieux se couvrir de bijoux !

 

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 Car de même que « diamonds are a girl best friends » ….

  

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Les perles de glace  magnifient notre planète !


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Mais le soleil, ce grand séducteur, ne la caresse de ses rayons que pour mieux lui dérober ses bijoux.

 

 Texte & Photos Ulysse

 

25/01/2013

La montagne de Rosis hors piste !

 

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 A l’occasion de l’annonce de la fin du monde fixée par une bande da farfelus au 21 décembre dernier, le journal Le Monde avait publié un article où des scientifiques répertoriaient les causes probables de la fin de l’aventure humaine sur notre planète. Outre l’implosion de notre soleil, prévue dans quelques milliards d’années, étaient ainsi envisagés une méga explosion volcanique, la rencontre avec un gros astéroïde, une pandémie mondiale mortelle, l’effondrement du champ magnétique terrestre qui transformerait la terre en micro-onde, évènements dont la probabilité de survenir n’excédait pas quelques milliers d’années, sans exclure pour certains (éruption volcanique et pandémie) qu’il puisse se produire dans les mois à venir. Nous vivons donc avec une épée de Damoclès au dessus de la tête et il vaut mieux en conséquence, quand bien sûr on en a la possibilité, ne pas remettre à demain la quête des petits bonheurs que l’on peut cueillir ici et là dans cette vaste foire d’empoigne qu’est devenue notre planète.

C’est pourquoi Gibus et moi ne manquons pas une occasion d’aller explorer un bout de notre cher Languedoc qui n’a pas encore eu l’honneur de voir la semelle de nos souliers, et grâce à Zeus, ces lieux inexplorés sont suffisamment vastes pour occuper le reste de notre existence (même si nous devenons centenaires !).

 

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Nous voilà donc partis en ce frais, mais radieux, matin du 20 novembre 2012, du hameau de Cours le Bas, en direction du col de Vente Vieille, en vue d’aller explorer la Montagne de Rosis hors piste.

La beauté des feuillages de l’automne finissant et l’océan démonté de montagnes bleutées qui nous entoure et que la brume ourle d’écume nous gratifie d’un spectacle qui exalte nos âmes ou plutôt ce « je ne sais quoi » en nous qui nous fait sentir que nous sommes intimement liés au reste de l’univers.

 

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Nous passons en contrebas  du Mouscaillou, modeste sommet ou des bataillons de conifères disciplinés ont installé leur camp. On dirait des légions romaines faisant face à l’assaut de hordes hirsutes de feuillus gaulois. Les arbres, de fait, se livrent une guerre silencieuse où les batailles durent des décennies.

Les chasseurs ont dressé un portique accessible en 4X4 qui ne laisse aucune chance au gibier à plume ou à poil qui passe dans les parages. Quelle « noble » tradition  l’on perpétue ainsi qui permet à des gens ventripotents de massacrer à distance des animaux qu’ils sont hors d’état de suivre à la trace et dont ils sont incapables d’apprécier la beauté et la grâce !

 

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Ayant conclu, à notre démarche légère et à notre attirail, que nous n’étions pas de la sinistre famille des Nemrods, deux superbes et vénérables mouflons nous font l’honneur de se laisser contempler. Comment peut on avoir envie de tuer un être vivant dont on a ainsi croisé le regard  sans qu’il y ait une nécessité vitale. Les amérindiens qui  considéraient les animaux comme leurs égaux, les remerciaient quand ils les chassaient pour se nourrir  de se sacrifier ainsi pour assurer leur survie. Et chasser le bison avec un arc et des flèches relève d’une autre éthique que de chasser le cerf ou le mouflon avec un fusil à balle qui porte à 2km !

 

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Etant parvenu au sommet de la Montagne de Rosis qui culmine à 1058 mètres, nous entamons notre descente vers la rivière du Casselouvre, qui coule en contrebas et constitue le but de notre parcours hors piste. Evitant les sentiers, nous courrons le risque de tomber sur une barre rocheuse infranchissable et de devoir, s’il est trop tard pour revenir au point de départ,  passer une nuit à la belle étoile ! Mais il est exaltant de pouvoir ainsi introduire un peu d’incertitude dans nos vies aussi bien réglées et prévisibles qu’un coucou suisse.  Posons nous la question : y a-t-il beaucoup de jours dans notre vie où nous ne savons pas où nous serons  dans les heures qui suivent ! De fait, fort peu sous nos latitudes, ce qui n’est pas le cas dans bien d’autres pays où règnent famine et tyrannie.

 

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Nous rencontrons quelques difficultés pour traverser les denses ginestières qui occupent les pentes de la serre d’Esparic. Même les mouflons eux mêmes ont du mal à s’y faufiler, c’est pour dire ! Nous évitons de trop nous approcher des arêtes rocheuses car certains gros cailloux pourraient être tentés de vérifier s’ils sont plus durs que notre caboche , ce qui est probablement le cas !

 

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Nous traversons ensuite quelques éboulis où un vénérable hêtre s’est allongé pour mourir, ce qui ne facilite pas le passage de l’obstacle  ! Mais il n’ y a rien de plus revigorant que d’affronter et de surmonter des difficultés car on en tire un sentiment de fierté, autrement plus légitime et gratifiant que celui qu’éprouve le sportif de canapé qui crie « on a gagné » quand son équipe est victorieuse.

 

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Puis nous abordons une zone plus confortable où nous pouvons enfin jouir du paysage ; « so far, so good » comme disent nos meilleurs ennemis les « englishs », la perspective de devoir contempler le lever et le coucher de lune en compagnie de mouflonnes s’éloigne ainsi à grand pas, pour notre plus grande joie  (bien que nous n’ayons aucune prévention contre les mouflonnes !).

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Parvenant au dessus d’un éperon rocheux nous apercevons d’ailleurs un mâle qui se prélasse tandis que ses deux concubines broutent paisiblement inconscients de notre présence.

 

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Nous cherchons et trouvons une brèche dans l’éperon rocheux nous confortant dans l’idée que nous sommes nés sous une bonne étoile et que notre périple s’achèvera sans autre difficulté..

 

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Nous abordons l’endroit où paissaient les mouflons aperçus auparavant, mais ils ont disparu, sans doute alertés par le bruit de nos pas sur le sol caillouteux et notre odeur prononcée de randonneur !

 

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Quelques hêtres sont partis à l’assaut des flancs de la serre d’Esparic, cohorte de fantômes dont les silhouettes évanescentes tranchent avec l’or cramoisi des fougères fanées. En ces lieux combien la mort  est séduisante !

 

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Un jeune mouflon plus audacieux que les autres ou, hypothèse plus probable,  ignorant de la dangerosité  de l’espèce humaine nous regarde quelques instants, sans doute intrigué de nous voir tenir debout avec seulement deux pattes. Puis il part tranquillement  se réfugier derrière une barre rocheuse.

 

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Nous contournons à notre tour cette barre rocheuse pour découvrir avec « ravissement » qu’il va nous falloir franchir le ruisseau du Denès qui, à cette saison, ressemble à un torrent ! La traversée se révèle un brin acrobatique mais nous réussissons à garder nos pieds au sec ce qui, en cette saison, est des plus apprécié.

 

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En remontant sur l’autre rive nous entendons le bruit d’une cavalcade dans les sous bois, une harde de mouflons  défile alors devant nos yeux ébahis juste au dessus de nous, effrayés sans doute par le bruit de notre approche sans toutefois avoir pu nous repérer.

 

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Un vieux mâle s’arrête un instant pour tenter de voir d’où vient le danger mais grâce au vent contraire il ne peut déceler notre présence, ce qui nous donne le loisir de l’admirer. C’est pour nous un instant mémorable, un de ceux pour lesquels on avale des dizaines de kilomètres de chemin sans barguigner. Cette étincelle de vie sauvage et fière que l’on aperçoit dans son œil vaut plus pour nous que le plus gros des diamants, qui ne sont finalement que des morceaux de charbon transparents que des foldingues s’arrachent à prix d’or. Ah, les couillons !

 

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 Mais passé ce moment de bonheur nous tombons sur un « os ». Une paroi rocheuse d’une vingtaine de mètres se dresse devant nous qu’il nous est impossible de gravir. Deux solutions s’offrent à nous :  la contourner par le haut avec le risque de tomber sur d’autres parois qui nous obligeraient,  en définitive, à rebrousser chemin  ou trouver une issue vers le bas, sachant que le ruisseau de Casselouvre, objectif de notre périple hors piste, ne doit plus être loin. Nous optons donc pour cette seconde solution qui implique, toutefois, de nous frayer un tunnel dans une végétation qui n’a rien à envier à  la jungle amazonienne. Fort heureusement les ronces n’affectionnent pas trop les pentes humides de la montagne de Rosis et nous sortons de cette épreuve pas trop balafrés.


 

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Et suprême récompense nous abordons aux rives du Casselouvre qui prennent à nos yeux l’allure du paradis. Et là je m’inscris en faux contre l’adage Zen qui prétend que « celui qui atteint son but a manqué tout le reste ». Car ce but que nous nous étions fixé n’était qu’un prétexte à arpenter cette nature sauvage et somptueuse de la montagne de Rosis. De fait, en atteignant notre but nous avons surtout gagné tout le reste ….

 

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 Nous sommes juste en contrebas du portail de Roquendouire d’où part un sentier qui nous ramènera sans encombre à bon port. Sachant que nous n’aurons donc pas cette nuit à contempler comme Ruth  «  cette faucille d’or négligemment jetée dans le champ des étoiles «  comme l’a célébré ce cher Victor, nous prenons le temps de nous baigner (oui, oui,  un 20 novembre !) couronnement du bonheur pris à faire cette randonnée.

  

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 La montée vers le portail n’est ensuite  pour nous qu’une formalité. En le voyant un plaisir intense nous envahit, comme celui que l’on éprouve à revoir sa maison après un long voyage.

  

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Et c’est en « roues libres » que nous empruntons la superbe draille, bordées de magnifiques « sécadous », en ruines hélas, qui doit nous ramener  tranquillement à notre point de départ.

 

 

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Mais nous avions oublié qu’il nous fallait franchir une dernière fois le Casselouvre avant de rejoindre  Cours le Bas  et le gué que nous empruntons habituellement est, à cette saison, submergé. Nous devons nous livrer à un dernier exercice périlleux de le traverser pieds nus en marchant sur des cailloux glissants : il ne manquerait plus que, si près du but, on se retrouve le cul dans l’eau tout habillé après avoir arpenté la montagne de Rosis hors piste sans avoir subi aucun dommage !

 

Texte & photos Ulysse


17/01/2013

In vino veritas !


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Aujourd’hui on ne boit plus du vin pour se désaltérer comme on le faisait autrefois mais pour rêver. Car le (bon)  vin est un divin élixir qui nous fait téter le sein de Gaïa notre mère et nous permet de remonter le temps.  Vitis vinifera, dont il est issu, plonge, en effet, ses racines dans les entrailles de notre planète pour produire un nectar auquel le soleil, la pluie et le vent d’un printemps et d’un été donnent un corps, une robe et des arômes singuliers.  Nul autre breuvage ne reflète autant le pays d’où il vient ni le climat qui l’a vu naître. Nul autre n’est associé aussi intimement à l’histoire de l’homme. Le seul vin qui vaille « c’est celui qui a la gueule de l’endroit et la tripe du vigneron » comme le dit Jean-Robert Pitte, Géographe professeur des Universités, spécialiste du paysage et de la gastronomie et auteur de lHistoire du paysage français (1983)

« L’oenotourisme est la plus belle manière de se réconcilier avec la géographie » assure encore cet auteur d’où cette invitation qu’il fait aux professeurs de cette matière aujourd’hui délaissée :   « Emmenez  vos étudiants par un petit matin frais dans les vignes de Pouilly face à la Loire qui sort de la brume et promène ses méandres argentés.  Expliquez-leur ce qu’est un terroir à faites parler un vigneron du cru qui leur expliquera pourquoi le sauvignon se plaît tant ici et comment il le traite pour donner le meilleur de lui même. Puis, donnez à chacun un verre de ce pouilly-fumé qui a vu le jour ici, faites-leur admirer le soleil levant au travers du vin qui passe du jaune pâle à l’or, faites-leur humer les effluves mêmées de silex, d’agrumes, d’aubépine et de ciboulette puis invitez les à caresser une gorgée de bon vin entre langue et palais en l’aérant pour en reconnaître à la fois la vivacité et le charnu, le fruit mûr et le miel, le mélange d’arêtes vives et de rondeurs. (interview figurant dans Le Monde du 27/28 septembre 2009  

Et c’est pourquoi je vous convie, aujourd’hui, à une balade au cœur du vignoble du Faugérois, près de Roquessels, effectuée à la fin octobre 2012 au moment où les vignes étaient à l’acmé de leur splendeur. 

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La Bible attribue la culture de la vigne à Noé le premier agriculteur, mais plus sérieusement (car la Bible, on le sait aujourd’hui, a été écrite par le Marquis de Sade à partir d’un brouillon rédigé par la Marquise de Sévigné ) les experts pensent qu’elle est née en Arménie où des fouilles archéologiques ont mis au jour un pressoir à vin et une cuve de fermentation en argile datant de plus de six mille ans avant J.C. Elle s’est étendue ensuite dans le Caucase et la Mésopotamie et a été pratiquée par les Sumériens, les Babyloniens  les Assyriens et surtout les anciens Egyptiens, dont les fresques comportent la première représentation du processus de vinification.

Puis la culture de la vigne s'est pleinement épanouie sous l’impulsion des Grecs et des Romains dans le bassin méditerranéen, qui est considéré comme le berceau de la civilisation du vin. Ce terme de « berceau » est au demeurant, assez révélateur de l’affectueux intérêt que l’homme porte au vin. Jamais, par contre, vous n’entendrez parler du « berceau » de la pomme de terre, de la tomate, du rutabaga ou du topinambour.  

 

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Le premier vignoble de France a été implanté au sixième siècle avant J.C. par les Phocéens à Massalia, devenue Marseille. Ce qui est sans doute la raison pour laquelle le vin nous fait verser dans les « fossés » quand on en abuse ! Bon, vous n’êtes pas obligés de rire. 
Mais l’extension de la culture de la vigne à travers toute la Gaule  s’est faite à partir du 1er siècle après J.C. sous l’impulsion des Romains, bien que l’empereur Domitien ait décidé l’arrachage de 50% du vignoble languedocien qui concurrençait les vins romains .

 

Elle a gagné ensuite la Bourgogne et  le Bordelais au 2ème siècle, atteint la Vallée de la Loire au 3ème siècle, puis la  Champagne et la vallée de la Moselle au 4ème siècle. 
La région parisienne, du fait de la grande concentration de population et l’absence de moyens de transports rapides,  fut pendant longtemps l’une des plus grandes régions viticoles françaises. Il ne reste aujourd’hui que le vignoble de Montmartre dont les vendanges sont faites en « grande pompe ».

 

 Les Gaulois, que les traditions présentent à tort comme des buveurs de Cervoise, ont amélioré les procédés de vinification par le vieillissement en fûts de chêne, les vins étant jusqu’alors conservés dans des amphores lourdes et fragiles.

Le christianisme a aussi contribué à propager la vigne et le vin en France en encourageant les viticultures épiscopales et monastiques, le vin étant le symbole du sang du Christ. Bien qu’athée j’avoue, d’ailleurs, que j’ai un brin d’indulgence pour cette religion et je plains sincèrement les adorateurs d’un dieu buveur d’eau !


 

 

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Dans l’Antiquité, les vins étaient coupés d’eau et agrémentés d’herbes, de miel et d’aromates pour leur assurer une meilleure conservation. C’est au Moyen Age qu’est apparu le vin tel que nous le connaissons aujourd’hui, bien que les vins rouges étaient plus clairs que ceux d’aujourd’hui, car on ne procédait pas alors à la macération des peaux avec le moût.

 

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Quand on contemple la splendeur de ces vignes parées de couleurs automnales on ne peut que regarder de travers les abstinents. Car comment peut-on résister à un breuvage né d’une telle magnificence ? Au demeurant les buveurs de vins sont les meilleurs amis qui soient ou du moins les plus francs, car comme l’on dit  « in vino veritas » !

 


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Admirons avec gourmandise ces grappes gavées de rayons de soleil qu’elles ont transformé en nectar doré. Car même les raisins noirs donnent un jus blanc et c’est la macération avec la peau qui lui donne sa couleur rouge plus ou moins prononcée.

  

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Dirigeons nous vers Roquessels pour accéder au château et jouir d’une vue d’ensemble du vignoble. C’est dans ce village que vous trouverez l’un des meilleurs domaines de l’appellation, « le Château des Peyregrandes », gérée par Marie Geneviève Boudal, dont les vins ont une finesse exemplaire à l’instar de ceux généralement produits par les femmes vigneronnes. Il faut absolument que vous goûtiez une fois dans votre vie sa cuvée « Marie Laurencie » qui n’est produite que les bonnes années. C’est un très grand vin  à un prix raisonnable.

 

 

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Voilà le paysage  que l’on découvre du château construit au Xème siècle : on peut dire qu’il y a de plus vilains endroits sur terre ! Les châtelains qui ont vécu en ces lieux devaient passer des heures à contempler ce magnifique patchwork de vignes qui montrent bien que les (bons) vignerons sont des artistes dans l’âme.

 

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Ne dirait-on pas qu’un morceau de soleil a fondu sur ce coteau ? N’avez vous pas la gorge sèche en pensant au nectar qui sortira d’une telle splendeur ?

  

 

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Les herbes qui courent entre les rangs de vigne vous montrent qu’ici on respecte la nature et que le vin qui en est issu ne sera pas un cocktail de pesticides comme il s’en produit dans quelques régions plus humides.

 

 

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Ici, le photographe amateur que je suis s’en donne à cœur joie pour capter la quintessence de cette nature « géométrique » où la ligne verticale d’un cyprès et la sphère d’un chêne vert font contrepoint  aux parallèles mordorées  des rangs de vignes.

 

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« Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté » comme l’a célébré Baudelaire dans son poème « L’invitation au voyage ». Mais a-t-on besoin de voyager quand on a un tel paysage à quelques tours de roue de chez soi ?

 

 

 

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Ici et là une vigne à l’abandon apporte à ce patchwork multicolore la note argentée de ses herbes duveteuses qu’illuminent les rayons du soleil.

 

 

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Le soleil commence à plonger vers son berceau de collines faugéroises  et ses rayons horizontaux transpercent les feuilles de vignes qui deviennent autant de cœurs ensanglantés suspendus aux treilles. Ces cœurs là assurément sont généreux et réjouissent le cœur de l’homme !

 

 

Texte & Photos Ulysse (Sauf citation)