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05/01/2013

Jeux de (petites & grandes) guibolles pour aller à Caissenols

 

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Hello, nous  revoilà, Emilie et Romain, les petits parigots blanchots venus mettre un peu de vie, et accessoirement du bazar, dans la maison de nos « ancêtres »  qui se la coulent douce sur les rivages ensoleillés de la « grande bleue » pendant que nous on trime (oui, même à l’école primaire on trime !) sur les berges grisâtres de la Seine. Nous partons ce matin en randonnée avec papi et mamie et leurs inséparables amis Gibus et Marie ainsi que nos géniteurs, trop heureux de nous faire  marcher 15 kilomètres et gravir 500 mètres de dénivelé car ils pensent qu’avec ce régime ils auront enfin une soirée tranquille ! Comme vous pouvez le constater la météo n’est pas vraiment « méditerranéenne » car la tramontane souffle à 70 kilomètres heures et nous nous dirigeons vers les contreforts de la Montagne de Rosis à une heure où le soleil prend encore son petit déjeuner. Bon, je ne veux pas dire que l’on fait partie des enfants maltraités mais c’est tout juste !

 

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Fort heureusement, le sentier traverse d’anciennes châtaigneraies qui, bien que dépouillées de leurs feuilles, nous protègent du vent, ce qui fait que je retrouve très vite mon sourire et prend la tête du groupe. L’avantage des randos en montagne c’est que, mis à part les sangliers, les araignées et les serpents (phobies de fille !) on n’y fait pas comme à Paris de mauvaises rencontres et les parents,  nous lâchent un peu « les baskets », ce qui nous permet de nous émanciper.

 

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Dans la montée je devance le groupe à l’exception, bien évidemment de Gibus et de mon papi qui sont à moitié mouflons et sont déjà loin devant. Je suis  talonnée par mon « pater » qui a l’avantage d’avoir des jambes deux fois plus grandes que les miennes. A ce sujet j’aimerais élever une protestation car si l’article un de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclame que «  Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »  aucun n’article ne prévoit qu’ils doivent avoir aussi la même longueur de guibolles et ça c’est une profonde injustice. Je dois, en effet faire deux pas quand mon père en fait un alors que quand vient l’heure du dessert lui s’octroie deux parts quand je n’ai droit qu’à une. Où est la justice dans tout ça ?

 

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Parvenus au Portail de Roquendouire où mon papy vous a souvent emmenés, Romain et moi réclamons une pause. Ce n’est pas tant que l’on soit fatigués mais il y a généralement dans les sacs des anciens quelques friandises que l’on apprécie et nous faisons en quelque sorte du chantage. Où est passée l’innocence enfantine, vous direz vous, mais vu le monde que les adultes vont nous laisser on est en droit de ne pas faire de sentiment !

 

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Notre sentier traverse un torrent et je dois reconnaître que je manque un peu  d’audace pour le franchir sans sourciller. Mais Gibus en galant homme me donne quelques conseils qui me sortent d’embarras.

 

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Je dois admettre que Romain fait preuve d’une plus grande aisance dans cet exercice. Mais il est vrai que les garçons adorent marcher dans les flaques d’eau et n’ont pas peur de salir leurs godasses. Les gènes des garçons sont sans doute plus audacieux que ceux des filles mais les nôtres sont plus raffinés !

 

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Et puis il faut toujours que les garçons la ramènent et cherchent à faire la preuve de leur supériorité physique. Romain, qui va sur son septième printemps, n’échappe pas à la règle, il veut vous faire croire qu’il a soulevé l’arbre abattu pour aider papa à passer mais laissez moi vous dire que malgré tous ses efforts l’arbre n’a pas bougé d’un pouce !

 

IMG_2678.JPGNous arrivons enfin en vue de la « terre promise » il s’agit, en l’occurrence, du refuge de Caissenols le Haut où l’on a prévu de pique-niquer. Et je peux vous assurer que ce pique-nique là on l’attend depuis le début des vacances car il y a au menu des saucisses grillées au feu de bois ! Et ça c’est un plaisir qu‘aucune console de jeux ne peut nous apporter !

 

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En ce début du vingt et unième siècle où l’on peut  avoir des amis en Chine, au Mexique ou aux Iles marquises qu’on n’a jamais vus et les appeler du fond de son lit pour leur dire qu’il pleut à Paris ou qu’il fait chaud à Perpignan, ce dont ils se moquent royalement, c’est un bonheur incommensurable de manger des saucisses grillées avec des chips sur une table en bois bancale ornée de bougies, alors qu’un bon feu crépite dans la cheminée et vous enfume comme des jambons.

 

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En plus ce sont les seuls moments ou les adultes me laissent faire la cuisine. Bon, il est vrai que de faire cuire des saucisses ne demande pas une grande expertise, mais tout le monde ne s’en tire pas aussi bien que moi. Demandez par exemple à mon papi qui un jour s’est mélangé les pinceaux en ouvrant la grille à saucisses ce qui fait qu’elles se sont retrouvées par terre au milieu des crottes de souris. Imaginez ce que ses oreilles ont entendu ce jour là ! Il en rougit encore quand on lui rappelle son « exploit »  .

 

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Après ces agapes, Romain qui s’est gavé de chips et de merguez est moins vaillant pour traverser les torrents et il fait appel à SOS Gibus l’homme providence quand on est en montagne. Je suis certaine que si on se perdait il serait capable de nous construire un abri pour la nuit avec son couteau suisse !

 

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Le grand bonheur de randonner dans ce pays est de découvrir une nature sauvage sous un ciel si bleu que je ne savais pas que ça pouvait exister. A Paris quand vous levez le nez c’est pour apercevoir des nuages gris, des nuages gris et encore des nuages gris !


 

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L’hiver n’est pourtant pas la saison la plus propice pour se balader car la nature hiberne, mais on pressent une vitalité en attente qui ne demande qu’un peu de chaleur pour jaillir !

 

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Et puis quel magnifique panorama l’on découvre en approchant du portail de Roquendouire . Je Comprends que mon papi et Gibus adorent venir roder dans ce coin là .

 

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Nous nous engageons à regret sur le chemin qui doit nous ramener au village d’Andabres (commune de Rosis) d’où nous sommes partis et que l’on aperçoit en contrebas . On découvre en face le Marcou qui culmine à 1081 mètres et sur lequel mon papi m’a promis de m’emmener l’année de mes 12 ans. Cela fait trois ans à attendre et il  y a des jours où l’on est pressé de vieillir !

 

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En attendant, pour être à la hauteur de ce challenge, je vais m’entraîner dur et notamment m’habituer à me raccrocher aux branches parce que mon papi m’a prévenu que pour accéder au sommet du Marcou il y avait une pente si raide que si on ne se penche pas en avant le poids du sac vous fait basculer en arrière ! Bon, je pense qu’il doit, comme à son habitude, exagérer un peu !

 

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Nous approchons du village et nous allons devoir tirer notre révérence jusqu’aux prochaines vacances. J’avoue que je n’ai pas envie de rentrer sur Paris et je suis tentée de rester cachée dans ce vieux châtaignier, mais la perspective de passer la nuit avec des araignées et des souris qui rodent dans les parages me fait changer d’idée !

 

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Vous pouvez voir à la mine réjouie de mon frère que nous avons avalé les kilomètres et le dénivelé sans problème. Nos parents et grands parents qui pensaient pouvoir passer une soirée tranquille ne vont pas être déçus !!

 A la prochaine !

PS : Un grand merci à l'Association "Caissenols" qui a récemment restauré ce refuge, lieu idéal pour un séjour diurne ou nocturne dans la superbe montagne de Rosis. 

Cette association est à la recherche de vieilles photos de Caissenols et des environs pour illustrer un ouvrage en préparation. Merci de la contacter (en cliquant sur le nom ci-dessus) au cas où vous en auriez.

Texte Ulysse et Emilie & Photos Ulysse (sauf la dernière Sébastien)

 

14/12/2012

Amical rendez-vous sur le Caroux

 

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Mes fidèles lectrices et lecteurs savent l’affection que Gibus et moi portons au Caroux, ce vénérable massif, né il y a 250 millions d’années et qui a connu, depuis lors, bien des vicissitudes ! Aussi haut que l’Hymalaya dans sa jeunesse, il culmine aujourd’hui à 1091 mètres mais garde néanmoins belle allure ! Innombrables sont ses admirateurs,  car  tous ceux qui frottent  un jour leurs semelles à son épiderme rugueux et ridé en tombent amoureux. Ainsi se constitue une confrérie informelle et secrète dont les membres partagent et chérissent ce secret bien gardé : le Caroux est la plus belle montagne du monde ! Mais chut ne le dites pas aux chinois qui vont vouloir l’acheter !

Et le hasard fait – mais est ce vraiment le hasard ? – que les membres de cette noble confrérie finissent toujours par se rencontrer.  Ainsi, Bernard, qui connaît mieux le Caroux que les mouflons eux mêmes, qui pourtant y règnent en maître, a poussé un jour la porte du refuge de Fontsalès situé au sommet du Caroux, où Gibus et moi étions installés pour déjeuner. Nous ayant regardé quelques secondes il s’est alors exclamé à notre grande surprise « vous êtes Gibus et Ulysse » ! Lecteur de ce blog, il nous avait de suite identifiés.  Tenant lui même un blog que je vous invite à découvrir ICI, nous avons tissé des liens d’amitié que nous avons souhaité célébrer par une nouvelle rencontre « au sommet » la semaine passée !

Les conditions étaient idéales : le temps était radieux et il avait neigé la veille. Marcher ainsi  dans le Caroux enneigé sous un ciel bleu vous procure un bonheur à nul autre pareil….. pour autant que vous ayez quelques flacons « d’antigel »  dans votre sac à dos, car on a beau être dans le sud il fait bigrement froid là-haut ! Mais pour le moment laissons les flacons dans le sac et grimpons !

 

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Nous partons donc, Gibus et moi, de Saint Martin de l’Arçon, à une heure où le soleil émerge à peine de son bain de brume. Nous ne forçons pas le train, notre rencontre avec Bernard étant prévue entre 12 et 13 heures dans le refuge de Fontsalès au sommet du Caroux.  Le chemin grimpe à travers d’antiques châtaigneraies s’étageant sur les « bancels »,  terrasses  aménagées par les anciens qui ne ménageaient pas leur peine et ne connaissaient ni congés payés ni RTT. Fort heureusement le patron de l’époque « Dieu » avait institué le repos du dimanche. Maintenant que Dieu a été viré ( et à vrai dire il l'a un peu cherché !) les gens sont mis en chômage technique la semaine et travaillent le dimanche. C’est ce qu’on appelle le progrès. O tempora o mores ! 

Une superbe bâtisse pluriséculaire constituée exclusivement de pierres, de bois et de lauzes résiste vaillamment aux assauts du temps, rêvant peut être d’un cataclysme qui conduirait les hommes à s’y réfugier et à lui rendre ainsi  son lustre d’antan. Au demeurant, au train où vont les négociations sur le réchauffement climatique il n’est pas exclu  que son rêve devienne bientôt réalité ! Car la mer dans un demi siècle aura tellement monté que tous les héraultais seront  obligés de se réfugier sur le Caroux.

 

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Soudain un tonitruant « BOUH ! » se fait entendre qui nous arrête net dans notre élan, provoquant une accélération soudaine de notre palpitant déjà fort titillé par la pente du chemin. Il émane d’un  « Ent » facétieux installé au bord du chemin qui nous dit alors :

«  Je vous ai fait peur, hein, les gars ! Ne m’en veuillez pas, mais je ne peux pas résister à ce plaisir d’effrayer les randonneurs qui passent en ces lieux. C’est ma seule distraction »

 « Prends garde » lui répond-t-on « Un jour tu vas tomber sur un mauvais coucheur qui va te voler dans les plumes ou plutôt dans les branches et t’en massacrer quelques unes à la hache ! »

« Y a pas de risque » nous rétorque-il « Les randonneurs du Caroux sont les gens les plus pacifiques qui soient, car sa beauté apaise les esprits, à part bien sûr ceux des chasseurs, mais aucun « Nemrod » ne risque de passer par ici vu qu’ils randonnent en 4X4 ! ».

Amusés par ses propos nous le saluons sans rancune et lui souhaitons un bel hiver avant de poursuivre notre ascension.


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Nous commençons à trouver la neige à partir de 800 mètres et nous avançons précautionneusement car le chemin devient glissant, ce séduisant mais traître tapis blanc dissimulant des plaques de glace. A ce propos, il faut toujours se méfier des tapis, car soit on vous les  tire sous les pieds soit on se les prend dedans et puis il est bien connu qu’il n’est pas pire voleur qu’un marchand de tapis. En outre, il n’est jamais glorieux d’aller « au tapis».

 

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Nous arrivons au pied du rocher du Lucet où je ne passe jamais sans être ému par ce modeste arbrisseau perché au dessus du vide, ses frêles racines ancrées dans une anfractuosité de la roche, magnifique symbole de la ténacité de la vie dans ce monde minéral.  Je suis heureux à chaque passage de le retrouver vivant et lui fais un signe. Le perçoit-il ?

 

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La couche de neige sur le plateau sommital est plus épaisse mais tout en restant praticable. Et nous retrouvons ce plaisir enfantin que procure le crissement ouaté de nos pas dans cette matière en quelque sorte miraculeuse, puisqu’elle permet aux hommes de marcher sur l’eau !

 

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Etant en avance pour notre rendez-vous nous prenons le temps de flâner d’un promontoire à l’autre, nous émerveillant chaque fois de l’ineffable beauté des lieux! L’altitude est une gomme qui permet d’effacer les laideurs que les hommes infligent à notre planète.

 

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Ainsi, n’est-elle pas somptueuse cette vue sur le vallon du Lucadou et les monts de l’Espinousse où des bataillons de conifères se réjouissent de l’arrivée de l’hiver ?

 

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Et que pensez vous de cet autre panorama où l’on découvre au loin « El Canigo », le roi des Pyrénées Orientales, que tout catalan se doit d’avoir gravi au moins une fois. Et ça vaut le coup croyez moi, car du sommet on peut directement plonger dans la mer ! (bon, j’exagère un peu !)

 

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L’heure du rendez vous approchant, nous prenons le chemin du refuge et traversons une magnifique hêtraie vêtue de blanc. Loin d’être une nuisance pour ces arbres, la neige les protège au contraire du vent glacial qui souffle souvent en ces lieux, comme les igloos protègent les Inuits. Si vous randonnez en montagne l’hiver, pensez d’ailleurs à toujours emporter une pelle pliante et une bougie avec vous pouvoir construire et vous réfugier  en cas de nécessité dans un igloo !

 

 

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A l’heure prévue nous rejoignons le refuge où nous retrouvons Bernard (à droite de Gibus) ainsi que des amis qu’il a invités pour la circonstance : Pierre (également lecteur de mon blog et qui l'a fait découvrir à Bernard), Caroline et Jean-Paul, tous étant,  cela va de soi, des amoureux du Caroux.

 

 

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Les présentations étant faites, notre priorité est de faire un bon feu, non pas tant pour réchauffer l’atmosphère fort chaleureuse, mais plutôt nos abattis frigorifiés.

 

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Pour compléter l’effet calorifique du feu, plutôt limité à nos arrières trains,  nous sortons les flacons d’anti-gel de nos sacs, le règlement de la confrérie des amoureux du Caroux déconseillant de boire de l’eau l’hiver afin d’éviter la formation de glaçons dans l’estomac. Au demeurant, il recommande de l'éviter aussi l’été car son évaporation provoque alors des crises d’aérophagie. Je ne vous dirai rien du menu « princier » auquel nous avons eu droit, auquel les talents culinaires de Caroline ont largement contribué (je garde un souvenir ému de sa quiche au roquefort ! Merci Caroline) car la prochaine fois nous risquons d’être mille à ce rendez vous !

 

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Mais les heures ont filé sans que nous les voyons passer, les beautés du Caroux ayant nourri l’essentiel de notre conversation avec, il faut l’avouer, quelques digressions sur la qualité respective des anti-gels ! Il nous faut partir si l’on veut pouvoir rejoindre nos attelages avant la tombée de la nuit. Nous faisons un bout de chemin ensemble avant de se séparer, chacun ayant à cœur de poursuivre autant que possible ces instants de chaude fraternité.

 

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Et cette chaude fraternité nous rend insensible à l’air glacial qui sévit au dehors, le soleil ne faisant que de la figuration. Cela dit l’hiver est un merveilleux joaillier qui offre à Dame Nature d’éphémères mais  somptueux bijoux.

 

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Nos chemins divergeant, El Canigo, omniprésent à l’horizon, préside à nos adieux avant que chacun plonge dans le gouffre bleuté des vallées.

 

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 Gibus et moi descendons les gorges d’Héric déjà nostalgiques de ces moments trop vite passés. Ce fut une magnifique journée que nous ne sommes pas près d'oublier.


PS: Je profite de l'occasion pour adresser un amical salut à quelques amis du plat pays amoureux du Caroux, Marc, Eric et Cie, que Gibus et moi avons connus grâce à ce blog. Comme quoi Internet ne donne pas naissance qu'à des amitiés "virtuelles" 


Texte & Photos Ulysse (sauf une de Bernard)

 

07/12/2012

Le rocher des deux vierges

 

 

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Sur cette terre où vivent – ou, plutôt, pour beaucoup d’entre nous, survivent - plus de six milliards d’êtres humains, nous faisons partie, mes amis et moi, des rares privilégiés qui pouvons nous dire le matin en nous levant : « Tiens il fait beau ! Si on allait se balader ! » Et comme la météo est généralement clémente dans le Languedoc où nous vivons, nous partons souvent en vadrouille, ce qui est bon, au demeurant, pour le moral et la santé. Car, s’il est vrai que la confiture attire les mouches comme « l’oseille » les aigrefins, une journée de chemin éloigne le médecin ! D’ailleurs, les cotisations des randonneurs à la « sécu » devraient être inversement proportionnelle aux kilomètres parcourus ! 

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Nous voilà donc partis, aux aurores, du village de Saint Jean de la Blaquière, en direction du rocher des Deux Vierges, qui domine le plateau de Mougères de ses 539 mètres. Des chevaux s’ébrouent dans un pré, enivrés de la liberté de pouvoir ainsi galoper en jouissant du soleil et de l’air frais de ce matin d’automne ; magnifique et émouvante manifestation du miracle de la vie qui a éclos - par quel hasard ? – un jour sur notre planète.

 

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Si la contemplation des animaux en liberté est un spectacle exaltant, le règne végétal n’est pas en reste quant aux merveilles qu’il offre à nos regards, pour peu que l’on prenne le temps d’observer le monde qui nous entoure. La moindre haie, le moindre bosquet recèle des trésors, telle  cette salsepareille, liane vivace à la tige volubile et aux feuilles cordiformes dont les grappes de fruits rouges ressemblent à des groseilles, mais qui ne sont, hélas, pas comestibles. Ses racines auraient, par contre de nombreuses vertus médicinales, dont celle d’être aphrodisiaques, ce que je n’ai pas testé !

Cette plante d’allure fragile, qui se plait en Languedoc, rend les lieux où elle s’installe, impénétrables ! Avec ses cœurs multiples elle est, en fait, une grande sentimentale qui ne vous lâche plus une fois qu’elle vous a enlacé ! Les minuscules épines qui ornent ses feuilles et ses tiges extrêmement résistantes  s’accrochent, en effet, à vos vêtements comme des milliers d’hameçons et vous empêchent d’avancer et même de reculer une fois que vous vous y être frottés.

 

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Mais, avertis de ses mœurs, nous avons échappé à son emprise et poursuivons notre chemin qui passe à proximité d’une superbe capitelle (dénommée borie en Provence et Cadole en Bourgogne). Ces huttes de pierre servaient autrefois d’abri pour ranger les outils ou se protéger des intempéries. Il devait aussi y faire bon conter fleurette les jours de grosse chaleur à la pause du midi après avoir sucé une racine de salsepareille !!

 

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Il faut reconnaître que ces édifices ont une autre allure que les horribles abris de jardin métalliques ou en parpaings bruts contemporains qui défigurent aujourd’hui nombre de champs  et jardins. La société de consommation dont la pérennité repose sur la production d’objets jetables purement utilitaires fabriqués par d’autres  a rompu la filiation qui existait autrefois entre l’homme et son environnement et détruit en nous le sens des responsabilités qui liait les anciens aux générations futures. Ces derniers construisaient alors leur maison en pensant à leur descendance et en l’intégrant le mieux possible au lieu où elle était édifiée . Au demeurant, ils empruntaient à la terre elle-même les matériaux pour la fabriquer (terre, pierres, paille et bois ) et il y avait ainsi une continuité « génétique » entre notre planète et les œuvres humaines, fondement de leur beauté.

 

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Et quand l’homme  raclait  la couenne  de notre planète pour y tracer des chemins, il le faisait avec délicatesse en suivant ses formes sensuelles. D’ailleurs, ne sentez vous pas monter en vous  un désir de fusion cosmique en contemplant cette piste de terre sanguine qui sinue dans la toison verte de Gaïa ? (non ! non ! je ne fume aucune sorte d’herbe !)

 

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Notre chemin passe près d’une autre oeuvre lapidaire multimillénaire qui témoigne de l’intelligence et du savoir faire de nos lointains ancêtres. Je me sens à leur égard  plein d’humilité, moi qui ai du mal à planter un clou sans me taper sur les doigts.

 

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Les dolmens étaient des monuments funéraires et je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour ceux qui y ont été inhumés - d'après les fouilles 7 personnes l'auraient été sur ce site -  dont les atomes virevoltent peut être encore dans les parages et que nous inspirons ainsi à notre insu. Ainsi leur redonnons nous, en quelque sorte, un souffle de vie. 

Si vous souhaitez en savoir plus sur ces fascinants mégalithes, visitez le passionnant site de Noisette.


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Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette seconde capitelle qui s’élève dans cette jeune oliveraie. Il est réconfortant de voir cette culture se développer dans notre région car elle favorise à la fois le maintien de la ruralité tout en préservant le paysage du mitage par de hideux lotissements ou sa transformation en tristes friches.

 

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Mais après avoir ainsi baguenaudé le nez au vent en admirant les merveilles environnantes, les choses sérieuses commencent. Nous arrivons, en effet, au pied du rocher des Vierges et le chemin se fait beaucoup plus pentu.

 

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Mais notre entraînement est tel que c’est à peine essoufflés que nous arrivons au sommet du rocher où nous accueillent effectivement deux « vierges » (c’est ce que prétend la tradition) pluricentenaires (le climat du Languedoc conserve !) en pleine discussion. On peut se demander d’ailleurs si celle de droite n’est pas musulmane, car elle porte la burqa,  ce qui ne serait pas impossible vu que les sarrasins ont envahi la Septimanie (actuel Languedoc)  au début du VIIIème siècle.

 

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Le vent favorable porte à nos oreilles des bribes de leur conversation dans lesquels nous percevons les mots de « tajine d’agneau » (ce qui nous confirme que l’une d’elle est musulmane) et « de bourride sètoise ». Sont elles vraiment vierges,  peut-être ? Mais gourmandes, elles sont assurément !

 

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Nous nous dirigeons alors vers le point de vue d’où l’on jouit  - nous le savons, pour y être déjà venu – d’un superbe panorama. Mais avant de contempler ce dernier, mon oeil qui toujours est à l’affût de choses à découvrir est attiré par une scène étonnante : une tige de lierre s’est lancé à l’assaut de deux rochers superposés, émouvante illustration de l’extraordinaire vitalité et faculté d’adaptation du règne végétal. Vous allez vous dire que je suis un peu bizarre pour tomber ainsi en extase devant une tige de lierre, mais je pense que je ne le suis pas plus que ceux qui sont accro à « Poubelle la vie ! » A chacun ses lubies !

 

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Parvenus au point de vue, celui-ci , une fois de plus, ne nous déçoit pas. La vue couvre les monts d’Orb et s’étend jusqu’à la falaise qui marque la limite du causse du Larzac . On comprend qu’un château y ait été construit dès le Xème siècle par les seigneurs locaux pour surveiller et protéger leurs possessions. Il n’en subsiste que quelques moignons de murs qui se confondent avec les rochers dolomitiques ruiniformes qui hérissent les flancs du mont.

Bon, il est l’heure pour nous de pique-niquer et cette plate-forme rocheuse est un endroit idéal. Si vous souhaitez vous joindre à nous, vous pouvez prendre place mais à la condition que vous ayez amené avec vous quelques flacons ! 

Pour notre part nous avons choisi un flacon judicieusement dénommé "le rêve" du domaine des Fusionnels, un vin de l'appellation Faugères, élégant, fruité et d'une texture soyeuse que nous consommerons, bien évidemment, avec notre copine "Modération" !


Texte & Photos Ulysse

  

29/11/2012

Le Caroux hors des sentiers battus : A la recherche du lac Blond

 

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Vous le savez, le Caroux est, pour Gibus et moi, une irrépressible passion. A peine vient-on de le quitter que l’on n’a qu’une envie : y revenir. Car malgré sa modeste altitude (il culmine à 1091m) ce massif est pour nous l’archétype de la montagne.  Sa diversité est sans équivalent : on y trouve des combes sauvages aux flancs couverts de hêtres ou de châtaigniers, des gorges vertigineuses où coulent d’impétueux torrents, des vallons verdoyants où règnent les prairies et les genêts, des clairières occupées par des bataillons de conifères, des aiguilles rocheuses dignes de leurs consoeurs alpines ou pyrénéennes, des plateaux rocheux balayés par les vents, royaume de la bruyère.  Ajoutez à cela  la présence de mouflons, dont c’est le terrain de jeu favori et dont la quête est notre « graal » ». Vous comprendrez donc, pourquoi, une fois que l’on a humé ses effluves et  caressé de ses pieds son « épiderme », on  devient « accro » à ce massif à nul autre pareil.

 

 

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Et après toutes ces années à le parcourir en long et en large, il nous reste encore des merveilles à explorer, comme ce lac Blond, dont nous avons découvert récemment l’existence en consultant un vieux « grimoire » sur le Caroux. Il faut dire que ce lac est niché au pied du Roc du Salis sur le cours du torrent du Vialay, dans un secteur où seuls les randonneurs qui ont quelques années de pistage de mouflons, à leur actif, peuvent accéder.

 

Nous voilà donc partis à la découverte de ce fameux lac. Après avoir atteint la base du Fourcat d’Heric par un chemin assez confortable, la situation se corse sérieusement. Nous passons en contrebas de l’arête de Mascar où le sentier a été emporté par un éboulis. L’éboulis traversé, non sans quelques difficultés, nous suivons alors une vague sente ponctuée de cairns qui évolue dans un terrain plutôt chaotique.

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Nous sommes dans un secteur très exposé aux chutes de rochers et nous sommes assez heureux que d’énormes châtaigniers nous servent de gardes du corps au cas où …

 

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Notre itinéraire présente un profil de montagnes russes, du fait du franchissement de plusieurs barres rocheuses d’où nous apercevons les gorges creusées par le Vialay. L’une des particularités du Caroux est l’harmonieuse union du règne végétal et du règne minéral qui règne quasiment en tous lieux, du fait de sa modeste altitude. Il conserve ainsi, généralement, un aspect riant malgré un relief tourmenté de « haute-montagne ».

 

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Nous descendons vers le ruisseau de Paillargues dans un fouillis végétal digne d’une forêt tropicale. Le tronc d’un vénérable hêtre gît au sol. Il a dans sa chute déraciné et brisé un congénère dont le haut du tronc est resté suspendu dans les frondaisons environnantes. Ces lieux sauvages, où la mort et la vie sont ainsi étroitement mêlés dans un flux perpétuel, rassérènent notre âme. Ne témoignent-ils pas d’une réalité suprême qui nous est cachée et que la mort nous révèle. Peut-être d’ailleurs que nous sommes morts et que ce que l’on appelle la mort est la vraie vie ? Ce qui expliquerait que la terre soit souvent un enfer, au mieux un purgatoire (quand on a au moins du bon vin à boire ) et que l’on y revient tant que l’on n’a pas gagné son billet pour le paradis ! Bon, ce n’est qu’une théorie !

 

 

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Après avoir dévalé une pente abrupte au « jugé » à travers des taillis, toute trace de sentier ayant disparue, nous parvenons au bord du Paillargues, modeste ruisseau aux eaux dormantes. Mais les rochers qui jonchent son lit nous laissent penser qu’il ne faut pas se fier aux apparences, son cours devant être plutôt tumultueux lorsque des orages sévissent sur le massif. Nous descendons son cours, rassurés par le ciel aujourd’hui serein, afin de rejoindre le torrent du Vialay dans lequel il se jette.

 

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Ayant atteint le torrent du Vialay, nous le remontons sur une centaine de mètres en direction de l’impressionnant Roc du Salis, au pied duquel est caché le mythique lac Blond.


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Après avoir chevauché quelques arbres abattus en travers du cours du torrent, nous apercevons enfin le lac Blond alimenté par une superbe cascade. Nous sommes un peu dans l’état d’excitation de Richard Burton et John Speke lorsqu’ils ont découvert en 1858 le lac Tanganyika croyant qu’il s’agissait de la source du Nil.

 

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D’aucuns pourraient juger que le terme « lac » est un brin exagéré pour cette superbe vasque, mais il faut mettre cela sur le compte de la latitude à laquelle il se situe. Ce que l’on appelle sardine à Dunkerque devient un thon à Sète !  Il n’empêche que, « lac » ou « vasque », le site est de toute beauté, son aspect secret et sauvage n’étant pas le moindre de ses attraits. Le nom de « lac Blond »  lui a été donné par Jean Prioton (1898-1985) - forestier visionnaire, grand défenseur du Caroux, du Larzac et de la préservation de la nature sauvage  - car ses eaux prennent une couleur dorée au soleil couchant, du fait du réfléchissement des rayons sur les rochers environnants.

 

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Et d’ailleurs bien que nous ne soyons qu’au mitan de la journée, une partie des eaux est déjà illuminée par ce reflet, leur conférant un aspect un peu plus engageant pour s’y baigner .

 

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Car vous pensez bien que nous n’allions pas laisser passer une occasion pareille de nous baigner là où peut être jamais aucun homme n’a eu l’audace de le faire ! Car, outre le fait, que le lieu est peu connu, je peux vous dire qu’au fond de cette gorge sauvage l’eau n’a pas l’occasion de beaucoup chauffer !

 

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Après ce bain revigorant, nous grimpons sur un promontoire rocheux qui domine le lac opportunément exposé au soleil, ce qui nous permet de nous réchauffer. La vue sur les gorges sauvages du Vialay, hérissée d’aiguilles rocheuses, est somptueuse. On aperçoit sur la droite la pente que nous avons descendue pour y accéder. Vous en déduirez qu’à notre âge quasi-canonique nous avons encore bon pied bon œil, les mauvaises langues ajouteront… « et aussi  bon gosier » !

 

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Après la traditionnelle pause « pique-nique-siestouille », il nous faut songer à repartir. Ne souhaitant pas revenir par le même itinéraire, nous cherchons une voie d’accès nous permettant de rejoindre le col du Salis qui doit se situer à environ 250mètres de dénivelé au dessus de nous. La ligne droite étant le plus court chemin pour se rendre d’un point à un autre, nous décidons de grimper en pleine pente sur le flanc ouest du Roc du Salis, espérant ne pas tomber sur une barre rocheuse infranchissable. Nous sommes fort opportunément aidés par nos amis les arbres qui nous tendent leurs branches, leurs racines et leurs troncs secourables.

 

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Puis nous devons nous faufiler dans « le chas » de quelques aiguilles rocheuses qui, malgré leur aspect rébarbatif, se révèlent finalement plus faciles à franchir que la pente de terre humide et glissante que nous venons de gravir.

 

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Les lieux sont si sauvages que nous tombons nez à nez avec deux jeunes mouflons qui ne s’attendaient certainement pas à croiser des bipèdes en ces lieux.

 

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Mais rencontre plus étonnante encore dans le Caroux, où nous n’en avions, jusque là, jamais aperçus, nous débusquons trois jeunes sangliers qui fuient en maugréant. Désolés de vous importuner, chers amis, mais nous ne faisons que passer !

 

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Nous parvenons sur une plate-forme rocheuse où nous jouissons sans partage (sauf que nous sommes heureux de la partager aujourd’hui avec vous !) d’une vue imprenable sur les Gorges du Vialay dominées par le Roc Fourcat.

 

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Il nous reste à gravir une modeste pente encombrée de rochers pour pouvoir rejoindre le col du Salis où passe un bon sentier qui doit nous ramener à bon port.

 

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Nous arrivons sans encombre au col où le bruit de nos pas tire de sa somnolence un diablotin assoupi sur le bas coté. « Vous sortez d’où comme ça ? »  nous dit-il « je ne vous ai pas entendu venir par le chemin ! » Nous lui indiquons que nous sommes montés directement du fond des gorges du Vialay par la pente qui longe le roc du Salis. « Vous êtes un peu fous, non ! pourtant vous n’êtes pas nés de la dernière pluie ! vous semblez même remonter au déluge ! Remarquez des gars comme vous, ça fait notre affaire car si vous vous dézinguez vous allez directement chez nous, vu qu’à voir vos bobines vous ne devez pas aller souvent à confesse. Mais  vous ne le regretteriez pas, car chez nous il y a du vin chaud et des saucisses grillées à volonté, alors que chez l’Autre on boit de l’eau bénite et les gens s’ennuient à mourir et ça pour l’éternité » « Nous en sommes convaincus"  lui répond-t-on « mais nous ne sommes pas pressés ». « Je ne suis pas pressé non plus, mais votre heure viendra, alors profitez en bien d’ici là » nous rétorque-t-il . Ca, ce sont des choses que l’on n’a pas besoin de nous rappeler, car pour en profiter -  comme vous le savez, vous qui nous suivez depuis si longtemps - nous en profitons ! Et nous vous invitons à faire de même ! Allez, zou! Tous sur le caroux !

 Carpe diem !

 

Texte (sauf propos du diablotin) & photos Ulysse