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11/04/2013

Le cercle des poètes disparus

 

JE VOUS INVITE A SUIVRE LE RECIT DE MON PERIPLE EN ANDALOUSIE SUR MON AUTRE BLOG

 
 
PENDANT CETTE PERIODE JE POSTERAI DES NOTES TIREES DE MES ARCHIVES SUR

ELDORAD'OC
 
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Si vous avez vu le film « Le cercle des poètes disparus » (sorti en 1989) vous n’avez certainement pas oublié ce magnifique et surprenant professeur de lettres anglaises, John Keating, joué par Robin Williams. Cet enseignant de la prestigieuse et austère académie de Weston, ignorant le conformisme qui imprègne l’institution, encourage Todd Anderson, un élève timide et ses amis à refuser l’ordre établi et à ne pas sacrifier sa vie dans une quête vaine du pouvoir et de l’argent. Il leur fait ainsi découvrir les richesses de la poésie et bouleverse leur vie en leur faisant cette profession de foi :

« On ne lit pas et on n’écrit pas de la poésie parce que ça fait joli. Nous lisons et nous écrivons de la poésie parce que nous faisons partie de la race humaine  et que cette même race foisonne de passions. La médecine, la loi, le commerce et l’industrie sont de nobles occupations, et nécessaires pour la survie de l’humanité. Mais la poésie, la beauté et le dépassement de soi, l’amour : c’est tout ce pour quoi nous vivons. Écoutez ce que dit Whitman : « Ô moi ! Ô vie !... Ces questions qui me hantent, ces cortèges sans fin d’incrédules, ces villes peuplées de fous. Quoi de bon parmi tout cela ? Ô moi ! Ô vie ! ». Réponse : que tu es ici, que la vie existe. Que le spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime.... Quelle sera votre rime ? »

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Ainsi au cours de ma vie, j’ai eu, sans doute comme beaucoup d’entre vous, des activités professionnelles de nature plutôt « alimentaires » mais je n’ai jamais perdu de vue mes amis les poètes, dont les recueils écornés trônent en bonne place sur mes étagères. J’y reviens sans cesse car ils sont le contrepoint et l’antidote à un monde plus préoccupé par la réussite matérielle que par l’acquisition d’une certaine sérénité qui vous permet d’affronter les difficultés et les aléas de l’existence.

La poésie donne à ma vie et à mes humeurs la densité et la constance des arbres, nos maîtres en matière d’existence et de rayonnement vital. Voilà des êtres condamnés à l’immobilité qui dans leur frondaison abritent une myriade d’autres êtres, refuges et foyers d’une vie foisonnante et souvent discrète.

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Aussi imaginez quel fut mon bonheur quand j’ai récemment découvert qu’en un endroit du massif du Caroux que je tiendrai secret, sous le couvert d’arbres séculaires, les poètes disparus se rencontrent chaque nuit du 10 novembre, date anniversaire de la mort d’Arthur Rimbaud, et s’assoient en cercle pour déclamer à haute voix leurs poèmes.

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L’un des arbres qui les abritent connaît par cœur leurs oeuvres et lorsqu’un poète a un trou de mémoire (certains d’entre eux, tels François Villon ou Ronsard ont un age plus que respectable ) il leur souffle de sa voix tonitruante les vers qu’ils ont oubliés. Certains chasseurs qui sont passés par hasard dans les parages et les ont entendus prétendent qu’il s’agit du brâme des cerfs ou du grincement de vieux arbres agités par le vent ; mais que peut comprendre à la poésie quelqu’un qui a pour passion d’enlever la vie ?

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Le lieu qu’ils ont choisi est l’un des plus sauvages et des plus beaux du Caroux. Les pierres qui bordent le chemin qui y mène nous parlent d’éternité et sont les sœurs des poètes. Ceux ci sont également immortels, même quand on les assassine comme Fédérico Garcia Lorca ou Robert Desnos, car comme l’a écrit Aragon :


Contre le chant majeur, la balle que peut elle,
Sauf contre les chanteurs que peuvent les fusils,
La terre ne reprend que cette chair mortelle,
Mais non la poésie…
.

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Un chemin en part qui monte vers les cîmes sur lesquelles les poètes déambulent après leur réunion nocturne. En tendant son oreille dans le vent on entend de nouveau Aragon qui susurre :


Je vois sans yeux, je suis une clameur sans bouche,
Je suis le phare obscur que l’on appelle pensée,
J’ai fait de mon désir une force insensée,
Le mystère à mes pieds terre à terre se couche….


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Mais vous vous demanderez probablement comment nous avons découvert que ce lieu était hanté par les poètes disparus ? Et bien, c’est un vieux mouflon qui, nous entendant chanter « Mon dieu que la montagne est belle de Jean Ferrat.. » et voyant donc en nous des amoureux de la poésie, nous en a fait la confidence.

Nos voix et nos conduites avenantes l'ont agréablement surpris lui qui est plutôt habitué aux coups de fusil des chasseurs (les seuls à parfois s’aventurer en ces lieux) et à leurs borborygmes (les jurons impliquent un minimum d’instruction) qu’ils profèrent quand par maladresse (ou par chance !) ils se tirent dans les pieds ou dans les fesses, ce qui vaut mieux que dans celles des autres. Aussi a-t-il volontiers fraternisé avec nous .

 

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Soudain le chemin débouche sur une ruine et l’on croit entendre une course affolée dans les sous-bois . Aurait on surpris un poète assoupi dans sa rêverie ? Il faut dire que l’endroit est propice à la méditation.

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Une magnifique toile d’araignée qui, à défaut de proie, a piégé les rayons du soleil témoigne de la tranquillité des lieux

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Après nous y être reposés un instant espérant sans trop y croire au retour du poète enfui, nous reprenons nos pérégrinations dans cet univers minéral et végétal dont l’inexorable dissolution nous chuchote que les secondes sont sournoisement à l’œuvre au cœur de nos cellules et qu’un jour nos yeux seront de nouveau des pierres et retourneront à la nuit. Comme dit le poète « Nous serons arrêtés comme un train dans un tunnel de suie » (Aragon)

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Mais en attendant cet instant funeste (ou qui sait heureux ?) jouissons des nourritures, plaisirs et breuvages terrestres y compris l’eau mais seulement pour s’y baigner quand elle prend la forme d’une délicieuse vasque alimentée par une fraîche cascade.

 

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Revigorés par cette baignade où ne manquaient que les nymphes (mais sans doute préfèrent elles la compagnie des poètes) nous reprenons notre route et passons près d’une masure dont la fenêtre ouverte à tous les vents depuis fort longtemps nous offre une vue imprenable sur le roc Fourcat.

 

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Puis nous plongeons dans le sous-bois où nous croisons un loup de belle envergure qui nous hurle sa rage contre nos hypocrites congénères, défenseurs des moutons pour mieux en faire des côtelettes, accusant lui le loup ou son frère l’ours, de crimes commis par de vulgaires chiens errants, pour toucher de grasses subventions.

Si notre monde prend le parti des soi disants défenseurs de moutons contre le loup et l’ours nous deviendrons nous mêmes moutons et un jour un berger prétendant assurer notre sécurité nous parquera pour mieux nous tondre et nous passer à la broche. N’entendez vous pas déjà les bêlements qui emplissent les plateaux de télé ?

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Le ruisseau d’Héric que traverse notre chemin nous offre une dernière halte rafraîchissante et nous quittons à regret le pays où déambulent en secret les poètes disparus……Me reviennent alors en mémoire ces vers de Pablo Néruda (Chant général) :


« Je vois près de l’eau une rose, une petite coupe
Aux paupières vermeilles,
Un son aérien la maintient dans l’espace :
Une clarté de feuilles vertes touche les sources
Et transfigure la forêt avec des êtres solitaires,
Des êtres aux pieds transparents :
L’air n’est plus que vêtures claires
Et l’arbre instaure sa grandeur dans le sommeil. »


PS : je vous invite à signer la pétition visant à amener les autorités européennes à prendre les mesures pour protéger nos agriculteurs de la volonté de la société américaine  Monsanto de breveter les semences de  fruits et légumes en vue de les contraindre à les acheter chaque année. Cliquez ICI.



Texte & photos Ulysse (sauf citations de poètes)

 

05/04/2013

Quel matamore, ce Pic de Nore !

 
JE VOUS INVITE A SUIVRE LE RECIT DE MON PERIPLE EN ANDALOUSIE SUR MON AUTRE BLOG
 
 
EN ATTENDANT JE VAIS POSTER DES NOTES TIREES DE MES ARCHIVES SUR ELDORAD'OC
 
 
 
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Quand on porte le nom de Pic on suscite des attentes, voire de l'appréhension chez les randonneurs qui convoitent de vous gravir. Si l'on met de coté les Pics hors concours comme le Pic du Midi ou le Pic d'Ossau qui relèvent plus del'alpinisme que de la randonnée, et que l'on s'attaque par exemple au Pic Baudille, au Pic d'Anjau, voire au Pic Saint Loup ou au Pic de Vissou, on a à l'esprit un sommet qui présente peu ou prou l'aspect d'un chapeau pointu dont la pente sommitale soumet vos gambettes et votre coeur à rude épreuve.


Donc l'autre jour, ayant sur la carte de notre cher pays d'Oc repéré le Pic de Nore (1210m), sommet de la Montagne Noire, je me suis soudain senti des fourmis dans les jambes et les ventricules en état d'exaltation. Je n'eus aucune difficulté à convaincre mon compère en chemins, Gibus (celui qu'on voit de dos sur les photos, vu qu'il est toujours devant !) d'ajouter le Pic de Nore à notre palmarès; Nous voilà partis de bon matin pour notre point de départ de la randonnée situé dans le charmant village de Pradelles-Cabardès.


Vue de la plaine de L'Aude la Montagne Noire a une allure imposante, accentuée par le le sombre manteau forestier qui la couvre et est , d'ailleurs, à l'origine de son nom. Ses forêts sont tellements vastes et denses que le loup s'y serait de nouveau établi depuis le début de cette année.

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Mais arrivés à pied d'oeuvre quelle déception ! Le fameux Pic de Nore a plutôt des allures de Ballon d'Alsace (au demeurant dégonflé) et on se demande quel Tartarin local a eu l'idée saugrenue de lui donner le nom de Pic ! Mes recherches sur le net après coup sur l'étymologie de ce nom sont restées vaines et si l'un de mes lecteurs a des lumières sur le sujet je suis preneur.

Certes, ce brave Pic de Nore n'y est pour rien si on l'a dénommé ainsi, mais il y a tromperie sur la marchandise de la part de ceux qui l'ont baptisé ! Vous vous levez dès potron-minet pensant gravir un jeune massif abrupt fraîchement sorti des entrailles de la terre et vous vous retrouvez au pied d'un vieillard hercynien avachi et ventripotent.

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Passé ce premier moment de déception, nous entamons malgré tout notre randonnée qui emprunte pour l'essentiel du parcours, des pistes forestières ombragées , fort agréables certes, mais qui relèvent plus d'un parc de maison retraite que d'un circuit montagnard.

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Mais pour être juste le circuit n'est pas sans intérêt, il vous permet de découvrir une superbe glacière du XVIIIème siècle dans laquelle autrefois on accumulait l'hiver la neige, qui tombe en abondance sur le massif, pour alimenter l'été les cafetiers, limonadiers et poissonniers de Carcassonne.

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Et puis les chemins sont bordés de magnifiques murs de pierre construits par les anciens et qui sont toujours pour moi source d'émerveillement. Le coeur et l'esprit de ces hommes étaient pétris par le courage, la ténacité et le souci de la collectivité, car ces murs qui tenaient les terrasses et protégeaient les chemins servaient à tous, alors que la laideur des murs de parpaings dont on s'entoure le nombril en dit long sur la médiocrité de nos esprits et de la déliquescence notre souci du bien commun

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D'énormes tas de grumes de bois ponctuent ça et là le chemin comme autant d'énormes jeux de mikado abandonnés par des géants.


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Quand on émerge de la forêt, un relief paisible s'offre à vos yeux peuplé de belles de l'Aubrac qui se régalent de l'herbe tendre qui pousse abondamment en ces lieux. Car ici l'eau tombe généreusement des nuages venus de l'Atlantique, ce qui a permis au génial Pierre Paul Riquet d'utiliser la Montagne Noire comme château d'eau pour l'alimentation du canal du Midi


Ces belles semblent se soucier comme d'une guigne qu'on accuse leurs pêts et leurs rôts de contribuer au réchauffement climatique. Il est vrai que l'homme est prompt à toujours chercher des boucs émissaires plutôt que de remettre en cause son mode de vie énergivore.

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Et puis soudain nous entrons dans un paysage digne de l'album de Tintin « Objectif Lune » . Le sommet du Pic de Nore dont nous approchons est en effet coiffé de ce qui semble être une fusée prête à décoller pour les étoiles.

Nous comprenons vite qu'il s 'agit d'un relais hertzien qui permet aux terriens de la vallée de se laisser aspirer tous les soirs par le maelstrom pipolo-médiatique qui les anesthésie et leur fait oublier de vivre.

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Il faut reconnaître qu'avec cet appendice technologique, en ces temps où règne en maître la chirurgie esthétique, ce vieillard de Pic de Nore peut, revendiquer le nom de Pic

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Mais c'est un Pic pour les randonneurs en espadrilles qui peuvent de surcroît y grimper en voiture, car le Pic de Nore est doté d'une route qui vous mène à son sommet sans que vous ayez à mettre le pied par terre. Cela dit malgré notre déception, il faut reconnaître que la balade vaut malgré tout d'être faite pour les magnifiques forêts qui couvrent le massif et offrent pendant la période estivale une appréciable fraîcheur. Mais étant un brin maso (un brin seulement !) nous étions venus pour suer, souffler et souffrir, alors histoire de prendre un peu d'exercice nous sommes redescendus en courant du sommet , puis nous sommes allés noyer notre frustration dans les eaux fraiches du lac situé aux abords de Pradelles, que nous avons coupées.....d'une bouteille de rosé !

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Texte & Photos Ulysse

06/03/2013

A l’assaut du Roc du Caroux, cramponnez vous !

 

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Hello ! C’est moi Léo, me voilà de retour dans le  Languedoc pour quelques jours de vacances. Pendant tout l’hiver j’ai suivi les aventures  de Gibus et de mon Papi Ulysse dans les massifs du Haut Languedoc et ça m’a donné des fourmis dans les jambes. J’avoue qu’ils m’épatent ces « vieux » qui résistent vaille que vaille au principe de l’entropie  et je connais pas mal de mes copains qui auraient du mal à les suivre. Mais moi qui ai  collé à leurs basques depuis ma plus  tendre enfance, je leur file le train sans difficulté. Il faut dire que le cocktail hormonal de l’adolescence est, pour ce qui me concerne d’une efficacité redoutable,  et pas seulement pour les loisirs de plein air, car c’est avec frayeur que ma mamie me voit me mettre à table !

 

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Nous voilà donc partis, en ce froid matin hivernal, Gibus, papi et moi à l’assaut du Roc du Caroux par les abrupts et pierreux sentiers des Gardes, des Aiguilles et du Rieutord.  Moi, le parigot condamné à respirer un  air qui sent le benzène et l’eau croupie (la région parisienne est en cette saison un vrai marigot)  je dois vous avouer qu’au sein de cette nature sauvage  dont l’air est pollué par les seuls  pets des mouflons,  je revis !

 

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Nous partons du pont des soupirs qui franchit le torrent d’Héric pour nous diriger vers le col de Bertouyre. Ce pont est bien nommé car à peine l’a-t-on traversé que le sentier met votre souffle et votre cœur à rude épreuve. Aussi ceux qui sont déjà passés par là ne peuvent que soupirer, sachant ce qui les attend. Mais bon, le panorama qui s’offre à vous vous récompense de vos efforts. Quand on est citadin, on finit par oublier que la nature peut être aussi belle. Mais n’est ce pas cette faculté d’oubli qui permet à l’homme de supporter l’insupportable et notamment les métros bondés de gens crevés et maussades et les trains de banlieue en retard ?

 

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Quittant la piste des Gardes fort bien entretenue nous abordons la piste des Aiguilles, beaucoup plus rocailleuse et sportive et  qui, à plusieurs reprises, s’ingénie à nous faire descendre les quelques dizaines de mètres que nous avons eu quelque peine à grimper. Ce petit manège dure environ trois quart d’heure au terme desquels nous nous retrouvons à la même altitude qu’au départ. Je me doute que Gibus et papi ont choisi cette piste pour tester ma résistance et je suis leur rythme sans me plaindre, soucieux de leur montrer que les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas que les pouces de musclés et sont capables de faire autre chose que d’envoyer des SMS et de jouer aux jeux vidéo.

 

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J’avoue même que je prends plaisir à emprunter ce genre de chemin taillé par les éléments  dans le corps rocheux du Caroux.  A chaque pas on doit assurer son équilibre en s’aidant  des mains, ce qui crée un lien charnel avec cette montagne  qui au fur et à mesure que l’on grimpe nous transmet son énergie. C’est ainsi que Gibus et mon papy, qui l’arpentent au moins une fois par semaine, restent aussi alertes que des mouflons.

 

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Et puis le panorama qui s’offre à nous dans les trouées de verdure est grandiose. Les aiguilles de pierre se succèdent, orgueilleuses et pourtant vouées à disparaître sous la morsure tenace et patiente du gel, du soleil, de la pluie et du vent. Mais nous serons depuis longtemps retournés en poussière quand cela se produira, à moins que les scientifiques n’aient trouvé d’ici là l’élixir de longue vie. Mais si c’est pour prendre sa retraite à 1255 ans et faire toute sa vie des petits boulots sans intérêt, moi je dis non merci !

 

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Nous parvenons enfin au bout de la piste des Aiguilles pour aborder celle du Rieutord qui monte franchement à travers un chaos de rochers et de végétation, ce qui donne à notre périple un coté « Indiana Jones » qui n’est pas fait pour me déplaire.

 

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Après avoir traversé le torrent du Rieutord, le sentier grimpe sur des dalles rocheuses que le brouillard qui monte n’a pas, fort heureusement, encore rendues glissantes. La randonnée en montage est un bon exercice pour développer sa concentration car il faut à chaque pas s’assurer de la solidité de ses appuis et il est conseillé aux doux rêveurs de s’abstenir ! Mais en existe-t-il encore dans ce monde avide et impitoyable du capitalisme financier d’aujourd’hui ?

 

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Nous parvenons enfin sur le plateau du Caroux au pied du Roc du Caroux(1058m) qui a donné son nom au massif, alors que les premières gouttes de pluie se mettent à tomber. Mais cela ne nous inquiète guère car il ne nous reste plus qu’une petite demi-heure de marche sans difficulté particulière pour rejoindre le refuge de Fontsalès.


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Nous y voici enfin et Gibus fait une nouvelle fois la démonstration de son talent pour « allumer le feu » ! Jauni Halidadais peut en la matière aller se rhabiller, il ne fait pas le poids vis à vis de l’ami de mon papi ! Au passage vous remarquerez que nos T-Shirts sont trempés comme des éponges, ce qui vous donne une idée de la suée que nous avons attrapée en montant jusqu’ici malgré la température hivernale.

 

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Et quel bonheur de déguster enfin une omelette fumante cuite au feu de bois, moi  qui ai  ces dernières semaines bavé d’envie en les contemplant  sur le « blog » de mon papi. Vous qui en rêvez, je vous souhaite d’avoir un jour ce bonheur aussi !

 

 

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Je serais bien resté là le reste de mes vacances mais Gibus et papy qui ne sont pas sans ressource et sans expérience  auraient quand même eu du mal à satisfaire mon appétit féroce.Et quand j’ai très faim je deviens difficile à gérer !! Nous prenons donc le chemin du retour par un sentier heureusement plus convivial qu’à la montée car le temps ne s’est pas arrangé.

 

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Ce massif du Caroux , pourtant de taille modeste, est étonnant par la diversité des panoramas qu’il offre. De multiples torrents y ont creusé d’impressionnantes gorges qui lui donnent, par endroits, un aspect pyrénéen.

 

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Au fur et à mesure que nous descendons, nous retrouvons des conditions plus clémentes, ce qui ajouté au parfait état du chemin nous permet doucement de récupérer des efforts intenses fournis à la montée.

 

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Mais il ne faut pas se fier aux apparences, même quand les conditions semblent favorables, la montagne est imprévisible et toujours un danger nous guette, comme cet énorme rocher en équilibre instable qui pourrait profiter de notre passage pour se laisser choir sur le chemin. Bon, je ne pense pas que ce soit demain la veille, mais on a mis cette photo juste pour faire frémir papa et maman qui sont toujours un peu inquiets quand le grand-père emmène ses petits enfants en randonnée !

 

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En approchant du point de départ le chemin offre l’un des plus belles perspectives sur le massif du Caroux que l’on puisse admirer. Oui vraiment ce petit massif n’a rien à envier à son grand frère pyrénéen et c’est un bonheur que de pouvoir y randonner !

 

Texte Léo et Ulysse, photos Ulysse

 


01/03/2013

Métamorphoses sur le Caroux

 

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Depuis des années que Gibus et moi arpentons le Caroux  nous avons contribué, par l’impact de nos souliers, à maintenir les sentiers qui le traversent, seule trace anonyme de notre passage. Ainsi un lien secret nous unit aux milliers de randonneurs qui les ont aussi empruntés, dont l’énergie conquérante a imprimé sa marque sur  le ballet des atomes qui constituent leur trame de terre et de cailloux.

 

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Toutes les créations de ce monde, qu’il s’agisse d’arbres, d’hommes, d’herbe, de cailloux ou de nuages ne sont que des amas moléculaires plus ou moins denses virevoltants dans le vide et issus du même « potage » primitif. Là où nous croyons voir des séparations existe un continuum, comme la trame d’un tapis où les motifs se juxtaposent sur un fond uni. Je suis ainsi un lointain parent de cet arbre que je croise et que je ne manque pas de saluer avec respect, comme il se doit entre entités de la même fratrie.

 

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Je rencontre ce que je pense être les traces laissées par un renard lors de ses pérégrinations nocturnes ou matinales. A tout moment sans nous en rendre compte nous modifions l’ordre des choses et lorsque la mort nous saisit, même si nous tombons dans l’oubli, l’univers conserve à jamais l’impact de notre passage et c’est en cela que nous sommes immortels.

 

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L’hiver a  revêtu ces chardons d’une gangue de glace qui embellit leur face patibulaire. L’eau, qui peut tour à tour avoir une forme liquide, solide, gazeuse ou neigeuse, est le parfait exemple de cet incessant ballet de transformations auquel notre univers est soumis.

 

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Et ce ne sont pas ces bruyères qui se plaindront de cette métamorphose qui leur confère une beauté aussi grande qu’à l’acmé de leur floraison estivale.

 

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Ni cet aulne dont les branches sont  hérissées d’une myriade de chandelles de glace que le soleil aura tôt fait de consumer.

 

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En cet endroit sauvage où les rudes conditions hivernales dissuadent les promeneurs de venir, une lionne a trouvé refuge pour y  faire une sieste que je mets un point d’honneur à ne pas troubler. Outre le fait que je suis d’ordinaire respectueux du sommeil des autres, je suis aussi soucieux de ne pas être, trop précipitamment, transformé en « hot dog » et recyclé dans le grand maelström des atomes de l’univers.

 

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Ne plaignons pas ces arbres d’être habillés et immergés dans un champ de neige ils sont parfaitement adaptés au froid et puis, étant condamnés à l’immobilité, ils sont certainement ravis de cette transformation du paysage qui doit leur donner le sentiment de voyager.

 

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Et ces hêtres semblent également  enchantés de la lumière que renvoie ce tapis de neige qui irradie leur feuillage marcescent.

 

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Mais revenons aux incessantes métamorphose du monde qui affectent même le corps rugueux et résistant d’orthogneiss du Caroux. Le vent, le soleil, le gel et la pluie conjuguent leurs forces pour y créer des sculptures à l’improbable équilibre.

 

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Ils créent aussi d’étranges monstres figés dans un silencieux défi, animés sans doute par d’ancestrales  colères que les atomes de défunts ont emporté avec eux au royaume de la nuit.

 

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Une brebis égarée bêle sur mon passage, me prenant sans doute pour son berger. Je la fais taire en la mettant en garde contre la présence d’une panthère non loin de là, qui pourrait n’en faire qu’une bouchée. Cela dit, à choisir, mieux vaut que ce soit elle que moi. La fraternité avec les autres êtres de ce monde  a des limites.

 

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Amoureux des arbres, je suis, vous le savez. J’admire leur ténacité et leur générosité, car ils nous offrent, l’été, leurs frais ombrages qui rendent nos siestes plus agréables ainsi que leur oxygène sans lequel notre planète serait irrespirable. J’admire, en particulier, celui-ci nourrit au jus de roche et qui brave Dame tramontane qui en a déraciné des plus gros que lui !

 

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Je vous le présente tel que le voit peut être le lézard, la sauterelle ou la buse dont les spectre chromatique de la vision est différent du notre. Car le monde que nous voyons est spécifique à notre appareil sensoriel, il n’a pas de réalité intrinsèque, il n’est qu’une vision parmi des milliers d’autres possibles.

 

 

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C’est une chose que les grands peintres et notamment les impressionnistes ont comprise et nous ont fait découvrir dans leurs tableaux : une ombre peut être bleue, rose, verte  ou jaune et les cieux animés de tourbillons d’énergie.

  

Texte & Photos Ulysse