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21/06/2012

Le cloître d'Elne

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En me baladant l’autre jour à travers champs, je vis soudain surgir de la ligne d’horizon une énorme pointe d’asperge qui grandissait au fur et à mesure de ma progression. C’était le clocher d’une église ! C’est là un trait typique de notre pays que l’on puisse apercevoir, où que l’on soit, un ou plusieurs clochers. Et, de fait, ils sont près de 38.000 à se dresser ainsi vers le ciel. Que l’on soit croyant ou non, leur vue, surtout quand, de surcroît, leurs cloches sonnent à la volée, touche en nous une corde secrète dont la vibration nous rassure et nous apaise. Souvent édifiés dans un lointain passé, ils sont pour nous un gage  de stabilité et de permanence dans un monde en perpétuelle mutation qui provoque le vertige. Ils symbolisent aussi le lien entre la terre et le ciel,  lieu virtuel  du mystère d’où procède toute vie.

C’est pourquoi, bien que non croyant, j’aime aller dans les églises, passerelles de pierre vers le ciel imaginées par l’homme pour tenter de percer le mystère de notre origine et de notre destinée. Aujourd’hui je vous emmène visiter la cathédrale d’Elne, consacrée en 1069, et dont les deux clochers interpellent ainsi le ciel depuis près de mille ans.

La ville d’Elne édifiée sur une colline a un passé prestigieux. Connue à l’époque pré-romaine sous le nom d’Elleberis, qui signifie « ville neuve », elle a été successivement occupée par les romains jusqu’au IVème siècle de notre ère,  par les wisigoths (Vème siècle) puis par les arabes (VIIIème siècle).

Devenue siège épiscopal, elle a connu la prospérité économique jusqu’au transfert de ce siège à Perpignan au XIVème siècle, évènement qui a conduit à son déclin. Elle n’a retrouvé une certaine notoriété que lorsque un peintre local Etienne Terrus a accueilli ses confrères  Matisse, Derain, Camoin, Marquet et Monguin à l’origine de la création du  fauvisme.

 

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Mais revenons à la cathédrale et pénétrons dans cet édifice dont le joyau est sans conteste le cloître, l’un des rares du Roussillon à être intact. La richesse et la diversité des sculptures qui ornent les colonnades de ses galeries nous permettent de découvrir l’évolution entre le roman et le gothique, son édification s’étant échelonnée sur deux siècles.

 

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Le centre des cloîtres est constitué d’une cour ou d’un jardin ouvert sur le ciel symbolisant la communication entre le monde d’en bas et celui d’en haut (pour ceux qui y croient). J’imagine que les jardins qui occupaient le centre des cloîtres étaient là pour rappeler la beauté et les saisons du monde extérieur auquel les moines n’avaient plus accès. Parfois on y cultivait des plantes médicinales qui permettaient de soigner les petits maux, car les moines avaient beau aspirer à la vie éternelle, ils n’aimaient pas, à l’instar des autres hommes, souffrir.  La plupart d’entre eux étaient à vrai dire de bons vivants, si l’on en croit le témoignage indiscutable des étiquettes de camembert !

 

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Les galeries permettaient aux moines de déambuler en méditant à l’abri de la pluie ou du soleil estival mais pas de l’air glacial qui descendait l’hiver des pentes des Pyrénées toutes proches. On peut penser que ces jours là, sans douter de leur foi,  les « ave » et les  « pater » étaient plus vite expédiés.

 

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Dans les premiers cloîtres les chapiteaux des colonnes étaient vierges de toute sculpture pour ne pas distraire les moines de leur méditation. Puis à l’époque romane (XIème siècle) les règles monastiques s'adoucissant,  ils ont commencé à être ornés de motifs végétaux, puis animaux, comme ces palmettes et bouquetins que l’on voit au premier plan.

 

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Le style est caractérisé par un trait précis et des volumes harmonieux justifiés par la nature exclusivement décorative des ces sculptures représentant des griffons et des sirènes. Leur présence ici me paraît incongrue car elles arborent de petits seins guère propice à de spirituelles méditations. 

 

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En contemplant ces chef-d'oeuvres, je me demande, oh ! sacrilège! si l'on ne peut y voir une manifestation d’orgueil de la part des sculpteurs souhaitant montrer au "créateur" par la finesse de leur travail qu’ils étaient son égal.

 

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A l'époque gothique (fin du XIIème) ont été ajoutées des scènes historiées d’un style plus grossier mais aussi plus expressif, l’intention ici étant de relater des faits importants de l’histoire religieuse, afin de susciter la réflexion. Ainsi voit-on sur cette scène les rois mages rendant visite au roi Hérode dont l’intention secrète était de tuer le Christ. Imaginez qu'il ait réussi son coup, nous aurions peut être gardé les dieux romains, qui étaient des mecs un peu barjots certes, mais sympas, aimant le vin et la gaudriole ! Bon, n'allez pas croire que je n'ai pas d'estime pour le père Jésus qui était un honnête homme pronant l'amour du prochain et qui avait beaucoup d'estime pour  les femmes. Le problème est que ceux qui aujourd'hui  se réclament de lui sont des rabat-joie misogynes.  Mais il ne faut pas que l'on se plaigne parce que il y a des peuples moins bien lotis, auxquels on impose un dieu non seulement misogyne mais également buveur d'eau ! 

 

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Cette autre sculpture que je trouve fort belle reste pour moi énigmatique. Mon hypothèse est qu’il s’agit d’une scène de baptême d’un seigneur d’une ville assiégée se convertissant à la foi chrétienne. Mais peut être qu’un lecteur ou une lectrice, plus érudit en christianisme que je ne le suis, m’éclairera sur le sujet ?

 

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Je terminerai par une scène représentant l’annonce faite à Marie par l’archange Gabriel de sa maternité divine, évènement qui est à l’origine de la civilisation chrétienne.  On y voit dans le second tableau ce brave père Joseph qui tombe des nues et doit s’appuyer sur sa canne pour ne pas s’effondrer. On le comprend car imaginez quelle serait votre réaction si un jour votre compagne vous racontait une histoire pareille. A coté Marie se fait consoler par sa sœur car elle se doute que le bambin ne va pas être des plus faciles à élever et qu’il lui réserve bien des surprises! Ce qui va se vérifier ! Finalement quand on a un gamin, mieux vaut que ce soit un bon petit diable qu'un doux jésus !!!


 PS : Je vous invite à aller à la découverte du fascinant Désert Blanc sur mon blog PIQUESEL


Texte & photos Ulysse


01/06/2012

Rencontre Franco-Belge au Salagou

 

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Un soir de la semaine dernière alors que je me tricotais une paire de moufles pour l’hiver prochain que l’on annonce rude,  le téléphone se mit à sonner. Je décroche et j’entends une voix qui me dit :

 « Allo, c’est François je voudrais parler à Ulysse »

 « C’est moi, mais vous êtes François qui ? »

  « François Hollande ! »

  « Mais je ne connais pas de François en Hollande »

 « Allons fais pas l’idiot Ulysse, je suis François Hollande, le nouveau président »

Le plafond me serait tombé sur la tête que je n’aurais pas été plus sonné. Comment moi, un modeste citoyen qui n’a pour seul mérite que de payer ses impôts, de respecter les Stop et de ne pas jeter de papier par terre, a-t-il pu attirer l’attention du « Prez’ »  Me ressaisissant je lui dis :

 « Mais que me vaut l’honneur de ton appel François » 

 « J’ai besoin de tes services pour traiter un important dossier international»

 « Mais François, que je sache, tu as un ministère des Affaires Etrangères pour s’occuper de ce genre d’affaires. Pourquoi t’adresser à moi ? »

 « Et bien c’est simple, aux Affaires Etrangères ils sont débordés. Ils sont tous mobilisés par les discussions avec les allemands - des durs à cuire, soit dit entre nous, ceux là - et par les problèmes grec, espagnol, italien et autres pays de l’Europe en difficulté, sans oublier le retrait d’Afghanistan qui est une affaire un peu compliquée, tu t'en doutes. Or nous devons recevoir une importante délégation belge qui vient négocier l’achat de brevets pour la fabrication de frites hélicoïdales que vient de déposer la société française Patate & Cie établie à Montpellier. Nos services de renseignements ont pu établir que certains membres de la délégation apprécient ton blog qui est au demeurant très lu en Belgique. J’ai donc pensé que tu étais la personne idéale pour recevoir cette délégation et leur organiser une petite sortie, car je sais qu’ils apprécient vivement notre région ».

Fort honoré par la confiance du président je n’ai pas pu lui refusé ma collaboration. C’est la raison pour laquelle nous partons ce matin en compagnie de la délégation belge et de mon inséparable ami Gibus, ainsi que de nos épouses respectives, pour leur faire découvrir le site du Lac Salagou, en préalable à la signature des contrats de licence pour la fabrication de frites hélicoïdales. Marie, l'épouse de Gibus pense que cette nouvelle frite devrait avoir un succès phénoménal car sa forme est idéale pour retenir la mayonnaise ou la moutarde !

Nous partons du hameau de Laulo, situé sur le contrefort oriental du plateau d’Arverne, que pour l’heure nous escaladons. Parmi la délégation belge se trouvent Marc, responsable de la logistique de distribution des frites surgelées à travers le monde (la Belgique est le premier exportateur mondial), Eric  éminent chercheur qui travaille sur l’optimisation de la température des huiles de cuisson des frites, Jean-Marie et Raymond qui sont considérés comme les meilleurs goûteurs de frites  de Belgique et leurs épouses qui sont responsables des ventes sur les différents continents.. C’est suite aux recherches d’Eric, qui a établi que la forme hélicoïdale permettrait d’économiser 30% d’huile pour la cuisson des frites, que  la société Patate & Cie, dans le cadre d’un concours international, a mis au point un procédé industriel efficace de production de ce genre de frites.

 

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Parvenus sur le sommet du plateau d’Arverne et  pu ainsi  reprendre notre souffle, les discussions vont bon train sur nos expériences gastronomiques respectives, les belges étant de fins gourmets. La preuve en est que la Belgique comporte plus de restaurants « 3 étoiles » par habitant que la France.

Gibus, joignant le geste à la parole, raconte alors qu’il a vécu  son expérience gastronomique la plus étonnante la veille du marathon de Naples où il a vu arriver sur la table du restaurant où il était attablé avec huit autres coureurs  un plat de spaghettis de plus d’un mètre de haut. Lui et ses camarades de tablée n’ont pas laissé un spaghetti au fond du chaudron !

 

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Le plateau d’Arverne comporte des capitelles dont  l’une  qui a la forme de pyramides à degrés, fait partie des plus belles du Languedoc.

 

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Nos amis belges sont impressionnés par le savoir faire de ceux qui ont édifié, sans une once de ciment, un tel édifice capable de défier le temps. On ne peut pas en dire autant de certains orgueilleux buildings contemporains de verre et d’acier qui sont décatis en moins d’une décennie ou qui, comme à Shangaï s’effondrent avant d’être terminés.  Mais on sait ce que vaut le « made in china » !

 

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Puis nous descendons vers les rives du lac Salagou illuminées par les genêts en fleurs. Marc et ses amis sont émerveillés par la beauté du site et font chauffer leurs A.P.N peu habitués à un ciel aussi bleu et à la présence d’autant de couleurs en un même lieu. Chez eux ils sont plutôt habitués aux différentes nuances de gris !

 

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Nous avons en face de nous les piochs de Rouens et de la Sure, anciens volcans qui faisaient partie de la chaîne des volcans d’Auvergne et dont les sommets sont coiffés d’anciennes coulées de lave  que recouvrent peu à peu la végétation.

 

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La vue  de ces anciennes « friteuses » géantes fait rêver nos amis belges et aiguise leur appétit. Nous nous installons donc pour le pique-nique. Nous célébrons, comme il se doit, l’indéfectible amitié franco-belge pays, l’un des rares pays avec lesquels, rappelons le,  nous n’avons jamais été en guerre. Nous leur offrons à cette occasion quelques « pots de vin », mais en tout bien tout honneur, car  ce sont des pots de vin du Pays d’Oc et non pas de Karachi !

 

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Puis nous reprenons notre périple le long de la rive où l’érosion a découpé des chapelets de canyons dans les ruffes écarlates où s’engouffre l’eau bleue du lac, créant un étonnant contraste.

 

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Le groupe avance d’un bon pas en ce lieu idyllique, chacun étant porté par l’allégresse que fait naître la vue d’une telle beauté.

 

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Et reconnaissez qu’il est beau notre Salagou ! Finalement, toute modestie mise à part, François a eu raison de s’adresser à moi parce qu’avec une balade dans un tel cadre,  il est sûr que l’affaire est dans le sac et que les contrats de licence seront signés en fin de journée !

 

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Ici et là quelques coquelicots  ajoutent une touche de douceur à cet univers essentiellement minéral. Nos amis belges y sont d’autant plus sensibles que la liqueur aux coquelicots est une délicieuse spécialité de leur pays

 

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Mais même sans coquelicots, le paysage reste sublime, convenez en.

 

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Nous passons devant la chapelle des Clans,  fermée à double tour comme  la plupart des églises et chapelles. Comment peut-on croire en un dieu qui ne peut protéger ses biens contre les vandales et les voleurs ?

 

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Puis nous passons au pied d’impressionnantes orgues basaltiques nées d’éruptions volcaniques et qui ressemblent étrangement à des frites. Les volcans sont effectivement  de  gigantesques friteuses !

 

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Notre périple s’achève et nous rendons dans les locaux de la préfecture pour signer les contrats de licence. Nos amis belges bien qu’enchantés par cette journée se montrent de redoutables négociateurs. Mais c’est de bonne guerre car en matière de relations commerciales il y a toujours des cactus. Mais même les cactus font des fleurs et tout finit par s’arranger à la plus grande satisfaction des deux parties qui promettent de se revoir. Ma mission accomplie, je téléphone à François pour lui faire part du plein succès de l’opération:

"Bonjour François, mission accomplie, les belges ont signé"

« Bravo Ulysse et merci pour ta contribution au redressement économique de notre pays. Passe me voir à l’Elysée si un jour tu montes à Paris »

 « Oh tu sais François, Paris et  l’Elysée c’est pas mon truc . Je préfère que tu descendes dans le sud à l’occasion et on ira faire une rando sur le Caroux»

« Alors ça c’est une bonne idée, ça me changera d'air. Je  dois bientôt inaugurer les nouveaux locaux de Patate & Cie à Montpellier j’en profiterai pour m’éclipser une journée. J’espère qu’à cette occasion tu me feras goûter le Rosé Saint Hyppolite dont tu dis le plus grand bien sur ton blog  Et prends plutôt deux bouteilles qu’une parce que contrairement à mon prédécesseur, moi je suis un mec normal : je bois du vin ! » 

 

PS : Merci  à nos amis belges  Myriam, Anne-Marie, Jacqueline, Marc, Eric, Jean-Marie et Raymond d’être descendus du « grand nord » pour venir randonner avec nous et d’avoir accepté de figurer dans cette fable.

 PS 2 : Si jamais François lit cette histoire et veut venir randonner avec nous dans le Caroux, il sera le bienvenu...

 PS 3 :  Et si vous voulez  goûter aux frites hélicoïdales, laissez moi un commentaire je vous donnerai des adresses

 

PS : Je vous invite à suivre le 7ème épisode de mon périple en Egypte : « A travers les déserts de l’Ouest » sur mon blog PIQUESEL

Texte & photos Ulysse

25/05/2012

Périple autour du Pic Saint Loup

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 Si, comme moi, vous avez les articulations qui grincent et du sel dans les cheveux - voire plus de cheveux du tout - vous êtes en âge de vous souvenir du jeu télévisé « la tête et les jambes » où les candidats étaient soumis à des épreuves intellectuelles et sportives. Et bien, aujourd'hui je vous propose un « remake » de ce jeu en vous invitant à me suivre dans un périple culturel et sportif autour du Pic Saint Loup.

 Ce Pic est un lieu emblématique pour les habitants de la région de Montpellier, à l'égal de la tour Eiffel pour les parisiens, du Mont blanc pour les savoyards, du Canigou pour les catalans et clin d’œil (innocent bien sûr) à Juliette, du Puy de Dôme pour les auvergnats.

Il est né il y a 45 millions d'années de la surrection des Pyrénées qui a provoqué un plissement des sédiments calcaires laissés par une ancienne mer et qui se sont dressés à la verticale. Ce pic tiendrait son nom, non pas de sa fréquentation par ce magnifique canidé qu’est le Loup, mais d'une légende médiévale : Trois frères, Loup, Guiral et Clair, tous amoureux de la belle Bertrade, pertirent en croisade sans savoir lequel d'entre eux elle choisirait comme époux. Au retour de Terre Sainte, la bien-aimée avait trépassé. Désespérés, ils décidèrent de vivre en ermites au sommet de trois sommets voisins, auxquels on donna leurs noms.

 

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Où que l'on soit à 50km à la ronde, on ne peut manquer de l'apercevoir faisant face à la montagne de l'Hortus, son profil étant différent selon l'endroit d'où on le contemple. Il est ainsi unique et multiple et il faut l'avoir au moins gravi une fois pour comprendre la géologie et la topographie de la région.

 

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Mais commençons notre périple « piano-piano » (même si vous êtes un joueur de trompette ou de banjo) en prenant le temps de flâner dans les ruelles du village de Saint Martin de Londres par un jour de marché. Sentez vous ces odeurs de thym et de lavande qui imprègnent l’atmosphère ? Et ce fumet de fromages de chèvre qui nous met en appétit ! Il n’est que dix heures, dites vous ! Et alors !

Ce village tranquille, à l'écart des grands axes touristiques, possède un patrimoine remarquable et préserve une enviable douceur de vivre. Son nom lui vient, non pas d'une occupation anglaise passée, comme on pourrait le supposer, mais de la proximité d'étangs ou de marais  dénommés « londras » en occitan.

Si la tour de l'Horloge - que l’on aperçoit au bout de la rue - s'exhibe fièrement sur la grande place, ce village dissimule en son sein une église dédiée à Saint Martin, qui est une merveille architecturale bâtie au XIème siècle par les moines de l'abbaye de Gellone située à Saint Guilhem (d'où sa ressemblance avec cette dernière).

 

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Ses bâtisseurs lui ont donné, comme à l’abbaye de Gellone, une forme tréflée et l'ont ornée d'élégantes arcatures, car elle était destinée à recevoir un morceau de la « vraie croix ». Mais ce projet échoua pour d'obscures rivalités politiques entre seigneurs et ecclésiastiques. La foi n’est pas, hélas, on le sait bien,  un brevet de bonne conduite.

 

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 Pour y accéder, on passe devant un surprenant calvaire à double face représentant d'un coté, la Vierge, qui a la tête dans les étoiles et de l'autre, le Christ, qui a la tête devant le soleil et affiche un visage étonnamment serein, voire hilare. Le lieu doit lui plaire et on le comprend !

 

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 L’église  est bordée par une galerie de l'ancien cloître, lieu d’un merveilleux jeu d’ombres et de lumières, symbole à mes yeux des aléas de la vie humaine.

 

 

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Quittons Saint Martin de Londres pour nous rendre à l’église N.D d’Aleyrac édifiée, non loin de Sauteyrargues, sur un antique lieu sacré où l’on a découvert des traces d’occupation romaine. A cet égard, on se demande combien étaient donc les romains de l'antiquité pour avoir laissé leur empreinte partout de la rive sud de la Méditerranée  jusqu’au nord de l’ Angleterre ?

 

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Bâtie au XIIème siècle, cette église a été fortement endommagée et sa nef ainsi que ses chapelles adjacentes ont été reconstruites au XIXème siècle. Malgré cette réhabilitation tardive, elle a conservé beaucoup de charme du fait de ses formes élégantes et de son appareillage de pierres nues.

 

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Son isolement au milieu des vignes, d’où l’on découvre le Pic Saint Loup et l’Hortus, contribue pour beaucoup à la beauté du site.

 

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Mais je vous avais promis un peu d’exercice au cours de notre périple et voici le moment de nous y livrer. Je vous propose (mais c’est vous qui  disposez) de grimper sur la montagne de l’Hortus à l’assaut du château de Viviourès que l’on aperçoit sur un piton rocheux derrière la butte qui nous fait face.

 

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Vous êtes partants ? Alors on y va !  Admirez en grimpant la vue dont on jouit sur le Pic Saint Loup qui présente, vu sous cet angle, un aspect complètement différent.

 

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Nous arrivons devant les fortifications ruinées par les intempéries. Des arbustes en ont profité pour s’installer entre les murs à l’abri des vents du nord. Ils prennent néanmoins le risque d’être un jour  brisés par ces murs qui aujourd’hui les protègent. Amis aujourd’hui, ennemis demain, tels sont les aléas de la vie !

 

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Nous voilà au pied du château qui surplombe de plus de 200 mètres la vallée qui sépare l’Hortus du Pic Saint Loup. D'après une  étude d’un chercheur, Lucien Bayrou, le château, qui avait une vocation à la fois de défense et d'habitation, aurait été édifié la fin du XIIIème ou au début du XIVème siècle par Guillaume de Pian, ancien sénéchal de Carcassonne ou ses descendants. Son édification est intervenue au cours de la période d’intense construction qui a suivie l'acquisition par la monarchie capétienne du territoire du Languedoc, qui s'est alors couvert de châteaux nobles et de forteresses royales.

 

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 Nous contournons le promontoire sur lequel le château est perché  à la recherche du  chemin qui y mène. Nous le trouvons enfin, masqué par des arbustes et taillé dans le flanc de la falaise. En quelques zigzags il nous mène au cœur de la citadelle!

 

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Des arbres s’y sont  également abrités qui confèrent au site un caractère éminemment romantique. La chanson du vent dans leurs hautes branches remplace le son des harpes et des violes qui devaient autrefois résonner dans les salles aujourd’hui désertées.

 

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Sans doute par moments devait-on y entendre aussi le cliquetis des armes. Car nombreuses sont les guérites qui ornent les murs et qui  témoignent de l’importance que devait avoir cette citadelle pour assurer la sécurité de la région.

 

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Mais ceux affectés à la surveillance ne devaient pas s’ennuyer tant est somptueux le spectacle dont on y jouit et qui change en fonction des heures de la journée. Un telle beauté ne peut qu’adoucir les mœurs et qui sait si quelques gardes n’ont pas troqué leurs arbalètes ou leurs mousquets pour des pinceaux. Laissez moi rêver !

 

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Sur les contreforts orientaux du Pic Saint Loup, en face,  on découvre le Château de Montferrand, plus ancien et qui connut une histoire plus mouvementée. Mais nous partirons à sa découverte un autre jour car je pressens que ce long périple vous a fatigués. Ce soir vous vous endormirez la tête un peu plus pleine et le mollet un peu plus rond !  N’était-ce pas le but recherché ?

PS : Je vous invite à suivre la suite de mon périple en Egypte : « A travers les déserts de l’Ouest » sur mon blog PIQUESEL

Texte & photos Ulysse

18/05/2012

Et si on allait à Vernet ?

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Fatigués du ronron de leur vie quotidienne, certains se disent soudain : « Tiens, si on allait à Paris, à Venise ou à New-york pour se changer les idées ! ». Et bien pour ce qui nous concerne, moi et mes amis randonneurs, qui avions l’autre jour envie de prendre l’air, nous nous sommes dit : « Et si on allait à Vernet ! ». Comment ? Vous ne connaissez pas Vernet ?  Et bien, n’en soyez pas marris, car nous ne connaissions pas non plus cet endroit avant que l’on ne découvre son nom inscrit sur la carte IGN, à mi-pente du Suquet, l’un des monts du massif du Caroux.

Il faut  dire que votre ignorance – comme la nôtre – est excusable, vu que Vernet n’est qu’un  hameau de quelques maisons qui dépend de la modeste commune de Combes, dont la renommée est toutefois plus grande, car elle comporte une célèbre Auberge où l’on peut festoyer à prix modéré (je l’ai testée et vous la recommande).

Mais pourquoi, direz vous, vouloir aller dans un hameau ignoré de tous ? Ca n’impressionne personne de dire « Tiens, je reviens de Vernet ! » alors que si vous dîtes « Tiens, je reviens de L.A. (prononcez El AI) ou de Miami (dites MA-ÏA-MI) vos propos suscitent des regards d’envie !  Par contre, évitez de déclarer que vous revenez de Shangaï, car les gens en ont marre des chaussettes à deux balles qui viennent de là bas, qui se trouent quand on les enfile ainsi que du thé chinois aux pesticides !

Mais pour en revenir au motif de notre visite à Vernet, c’est tout simplement que nous aimons ces villages isolés perdus dans les montagnes. C’est  une façon de nous ressourcer et de nous rappeler que de nombreuses générations d’hommes (et bien évidemment leurs compagnes !) ont vécu ici heureux malgré le confort rudimentaire, entourés de la nature et imprégnés de sa grandeur et de sa beauté. Les visiter c’est  rendre hommage à cet héritage qui pourra peut être un jour servir aux générations qui nous suivront. Car qui sait où va notre monde « hypertechnicisé » si indifférent à l’état de notre planète?

Pour accéder au hameau de Vernet nous partons, comme pour notre dernière rando (voir la note précédente),  du pied des gorges de Madale  dominées par le hameau du Madalet que l’on aperçoit sur un éperon rocheux surplombant une magnifique oliveraie.

 

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Comme à l’habitude, Gibus prend la tête de la troupe, vu qu’il est le plus apte à « flairer » les chemins, notamment quand ils disparaissent, comme ici, sous un tapis de feuilles de châtaigniers. C’est à croire que ces arbres, autrefois choyés des hommes pour leurs fruits nourriciers, mais aujourd’hui abandonnés et malades, se vengent  de leur indifférence en ensevelissant les sentiers sous leurs feuilles mortes.

 

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Le chemin nous mène au bord  des gorges de Madale qui semblent à nos yeux inchangées par rapport à la semaine passée. Mais pourtant un lent et inexorable travail de sape est à l’œuvre qui, micron par micron, grignote ces falaises et les réduira à néant un jour fort lointain, où nous n’aurons ni les uns ni les autres, plus mal aux dents.

 

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 Gibus apercevant un superbe plongeoir  est un instant tenté de piquer une tête dans le Madale qui coule en contrebas. Mais le niveau de l’eau étant un peu bas, en raison de la sécheresse qui sévit dans la région, il y renonce. Est ce la manifestation des prémisses d’un début de vieillissement ?

 

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Nous nous remettons en route en  marchant sur la pointe des pieds et en retenant notre souffle pour ne pas ébranler les chaos rocheux instables qui bordent le chemin. Bien qu’animés d’un profond sens civique nous ne tenons pas plus que ça à contribuer de façon précipitée à la réduction du déficit du régime des caisses de retraite.

 

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Parvenus à la maisonnette, que je vous ai fait découvrir la semaine passée (voir la note précédente), nous nous y arrêtons pour la pause pique-nique suivie, immanquablement de la  sieste,  du moins pour les éléments mâles de la troupe (nous avons l’excuse de porter les gros sacs !).  Il n’y a guère sur cette terre de plus grand bonheur que celui de s’allonger sur un tapis de feuilles mortes par une température  extérieure de 25°.  Surtout quand il a été précédé d’agapes languedociennes sous le bienveillant patronage de Bacchus !

 

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Pendant que nous rêvons dans les bras de Neith (de préférence à ceux de Morphée qui est de sexe masculin, car nous sommes un peu « vieux jeu ») nos épouses retrouvent leur adolescence en faisant de la balançoire !  Cinquante ans plus tôt nous n’aurions pas fait la sieste et nous les aurions entourées avec empressement pour nous livrer, comme le chante le délicieux Alain Souchon,  à «  ce jeu de dupes, voir sous les jupes des filles » ! Les adolescents d’aujourd’hui n’ont pas cette chance car  toutes les jeunes filles sont en « Jeans » !

  

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Puis nous reprenons notre périple en nous dirigeant, cette fois ci, vers la forêt des Ecrivains Combattants, dont les allées comportent des stèles où sont inscrits les noms d’hommes et de femmes de lettres morts pendant les deux guerres mondiales. En ces lieux la peau plissée et rugueuse de Gaïa révèle son age vénérable.  Espérons qu’elle tiendra le coup encore quelques siècles malgré les avanies qu’on lui fait subir.

 

 

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Pourtant, à ceux qui la  respectent, notre planète offre de grands bonheurs : ses eaux vives, son air des cimes pétillant comme du champagne, les ombres fraîches et odorantes  de ses chevelures d’arbres. Et, privilège ultime, à  ceux là, elle donne aussi  parfois  à voir son cœur qui bat dans chaque brin d’herbe, dans chaque arbre comme ici sur l’écorce  d’un vieux châtaignier !

 

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Ou également sur l’écorce de cet autre dont la substance retourne peu à peu à la terre nourricière en vue d’une nouvelle existence. De les contempler nous rappelle que chacun de nous n’est qu’une tête d’épingle de poussières d’étoiles qui, dans le cycle continu des morts et des naissances,  se transforme à l’infini.

 

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Les blessures causées au corps de notre planète nous révèlent d’ailleurs sa jeunesse tumultueuse. L’homme n’a pas finit d’être chahuté dans son étonnant vaisseau spatial et il ferait bien de s’y préparer!

 

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Après une heure de tranquille descente, qui nous change des péripéties de la semaine passée, nous arrivons au hameau du Vernet, véritable joyau de pierres. Non pas de ces pierres précieuses que l’on enferme dans les coffres forts et pour lesquelles les hommes parfois s’entretuent, mais de ces pierres protectrices qui ont sauvé, à l’aube de son existence, l’homme de ses prédateurs et plus récemment  les trois petits cochons du grand méchant loup !

 

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Les portes de certaines maisons, rapiécées de toutes parts, sont aussi vieilles que les murs. Elles sont encore imprégnées des voix des hommes qui ont habité là et murmurent quand on les frappe du doigt « Qui est là ? ».

 

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A voir leur hauteur, on comprend que les bâtisseurs de ces maisons étaient courbés par le dur  labeur des champs. Ils ne levaient la tête que quelques belles nuits d’été pour contempler les étoiles, merveilleux spectacle aujourd’hui passé de mode !

 

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Les  abris qu’ils avaient construits dans la montagne de façon plus sommaire  n’ont pas résisté aux intempéries et à l’exubérance de la forêt, mais le mariage du monde minéral et végétal confère à leur décrépitude une radieuse beauté.

 

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Mais voici que s’achève notre périple. Vraiment nous sommes heureux d’avoir été à Vernet ! C’est bien plus enrichissant et gratifiant que de revenir de New-York !

 

PS : Je vous invite à suivre la suite de mon périple en Egypte : « A travers les déserts de l’Ouest » sur mon blog PIQUESEL

 

 

Texte & Photos Ulysse (sauf une M. Buffler)


18:46 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (37) | Tags : vernet, madale, caroux, souchon