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18/05/2012

Et si on allait à Vernet ?

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Fatigués du ronron de leur vie quotidienne, certains se disent soudain : « Tiens, si on allait à Paris, à Venise ou à New-york pour se changer les idées ! ». Et bien pour ce qui nous concerne, moi et mes amis randonneurs, qui avions l’autre jour envie de prendre l’air, nous nous sommes dit : « Et si on allait à Vernet ! ». Comment ? Vous ne connaissez pas Vernet ?  Et bien, n’en soyez pas marris, car nous ne connaissions pas non plus cet endroit avant que l’on ne découvre son nom inscrit sur la carte IGN, à mi-pente du Suquet, l’un des monts du massif du Caroux.

Il faut  dire que votre ignorance – comme la nôtre – est excusable, vu que Vernet n’est qu’un  hameau de quelques maisons qui dépend de la modeste commune de Combes, dont la renommée est toutefois plus grande, car elle comporte une célèbre Auberge où l’on peut festoyer à prix modéré (je l’ai testée et vous la recommande).

Mais pourquoi, direz vous, vouloir aller dans un hameau ignoré de tous ? Ca n’impressionne personne de dire « Tiens, je reviens de Vernet ! » alors que si vous dîtes « Tiens, je reviens de L.A. (prononcez El AI) ou de Miami (dites MA-ÏA-MI) vos propos suscitent des regards d’envie !  Par contre, évitez de déclarer que vous revenez de Shangaï, car les gens en ont marre des chaussettes à deux balles qui viennent de là bas, qui se trouent quand on les enfile ainsi que du thé chinois aux pesticides !

Mais pour en revenir au motif de notre visite à Vernet, c’est tout simplement que nous aimons ces villages isolés perdus dans les montagnes. C’est  une façon de nous ressourcer et de nous rappeler que de nombreuses générations d’hommes (et bien évidemment leurs compagnes !) ont vécu ici heureux malgré le confort rudimentaire, entourés de la nature et imprégnés de sa grandeur et de sa beauté. Les visiter c’est  rendre hommage à cet héritage qui pourra peut être un jour servir aux générations qui nous suivront. Car qui sait où va notre monde « hypertechnicisé » si indifférent à l’état de notre planète?

Pour accéder au hameau de Vernet nous partons, comme pour notre dernière rando (voir la note précédente),  du pied des gorges de Madale  dominées par le hameau du Madalet que l’on aperçoit sur un éperon rocheux surplombant une magnifique oliveraie.

 

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Comme à l’habitude, Gibus prend la tête de la troupe, vu qu’il est le plus apte à « flairer » les chemins, notamment quand ils disparaissent, comme ici, sous un tapis de feuilles de châtaigniers. C’est à croire que ces arbres, autrefois choyés des hommes pour leurs fruits nourriciers, mais aujourd’hui abandonnés et malades, se vengent  de leur indifférence en ensevelissant les sentiers sous leurs feuilles mortes.

 

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Le chemin nous mène au bord  des gorges de Madale qui semblent à nos yeux inchangées par rapport à la semaine passée. Mais pourtant un lent et inexorable travail de sape est à l’œuvre qui, micron par micron, grignote ces falaises et les réduira à néant un jour fort lointain, où nous n’aurons ni les uns ni les autres, plus mal aux dents.

 

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 Gibus apercevant un superbe plongeoir  est un instant tenté de piquer une tête dans le Madale qui coule en contrebas. Mais le niveau de l’eau étant un peu bas, en raison de la sécheresse qui sévit dans la région, il y renonce. Est ce la manifestation des prémisses d’un début de vieillissement ?

 

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Nous nous remettons en route en  marchant sur la pointe des pieds et en retenant notre souffle pour ne pas ébranler les chaos rocheux instables qui bordent le chemin. Bien qu’animés d’un profond sens civique nous ne tenons pas plus que ça à contribuer de façon précipitée à la réduction du déficit du régime des caisses de retraite.

 

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Parvenus à la maisonnette, que je vous ai fait découvrir la semaine passée (voir la note précédente), nous nous y arrêtons pour la pause pique-nique suivie, immanquablement de la  sieste,  du moins pour les éléments mâles de la troupe (nous avons l’excuse de porter les gros sacs !).  Il n’y a guère sur cette terre de plus grand bonheur que celui de s’allonger sur un tapis de feuilles mortes par une température  extérieure de 25°.  Surtout quand il a été précédé d’agapes languedociennes sous le bienveillant patronage de Bacchus !

 

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Pendant que nous rêvons dans les bras de Neith (de préférence à ceux de Morphée qui est de sexe masculin, car nous sommes un peu « vieux jeu ») nos épouses retrouvent leur adolescence en faisant de la balançoire !  Cinquante ans plus tôt nous n’aurions pas fait la sieste et nous les aurions entourées avec empressement pour nous livrer, comme le chante le délicieux Alain Souchon,  à «  ce jeu de dupes, voir sous les jupes des filles » ! Les adolescents d’aujourd’hui n’ont pas cette chance car  toutes les jeunes filles sont en « Jeans » !

  

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Puis nous reprenons notre périple en nous dirigeant, cette fois ci, vers la forêt des Ecrivains Combattants, dont les allées comportent des stèles où sont inscrits les noms d’hommes et de femmes de lettres morts pendant les deux guerres mondiales. En ces lieux la peau plissée et rugueuse de Gaïa révèle son age vénérable.  Espérons qu’elle tiendra le coup encore quelques siècles malgré les avanies qu’on lui fait subir.

 

 

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Pourtant, à ceux qui la  respectent, notre planète offre de grands bonheurs : ses eaux vives, son air des cimes pétillant comme du champagne, les ombres fraîches et odorantes  de ses chevelures d’arbres. Et, privilège ultime, à  ceux là, elle donne aussi  parfois  à voir son cœur qui bat dans chaque brin d’herbe, dans chaque arbre comme ici sur l’écorce  d’un vieux châtaignier !

 

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Ou également sur l’écorce de cet autre dont la substance retourne peu à peu à la terre nourricière en vue d’une nouvelle existence. De les contempler nous rappelle que chacun de nous n’est qu’une tête d’épingle de poussières d’étoiles qui, dans le cycle continu des morts et des naissances,  se transforme à l’infini.

 

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Les blessures causées au corps de notre planète nous révèlent d’ailleurs sa jeunesse tumultueuse. L’homme n’a pas finit d’être chahuté dans son étonnant vaisseau spatial et il ferait bien de s’y préparer!

 

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Après une heure de tranquille descente, qui nous change des péripéties de la semaine passée, nous arrivons au hameau du Vernet, véritable joyau de pierres. Non pas de ces pierres précieuses que l’on enferme dans les coffres forts et pour lesquelles les hommes parfois s’entretuent, mais de ces pierres protectrices qui ont sauvé, à l’aube de son existence, l’homme de ses prédateurs et plus récemment  les trois petits cochons du grand méchant loup !

 

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Les portes de certaines maisons, rapiécées de toutes parts, sont aussi vieilles que les murs. Elles sont encore imprégnées des voix des hommes qui ont habité là et murmurent quand on les frappe du doigt « Qui est là ? ».

 

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A voir leur hauteur, on comprend que les bâtisseurs de ces maisons étaient courbés par le dur  labeur des champs. Ils ne levaient la tête que quelques belles nuits d’été pour contempler les étoiles, merveilleux spectacle aujourd’hui passé de mode !

 

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Les  abris qu’ils avaient construits dans la montagne de façon plus sommaire  n’ont pas résisté aux intempéries et à l’exubérance de la forêt, mais le mariage du monde minéral et végétal confère à leur décrépitude une radieuse beauté.

 

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Mais voici que s’achève notre périple. Vraiment nous sommes heureux d’avoir été à Vernet ! C’est bien plus enrichissant et gratifiant que de revenir de New-York !

 

PS : Je vous invite à suivre la suite de mon périple en Egypte : « A travers les déserts de l’Ouest » sur mon blog PIQUESEL

 

 

Texte & Photos Ulysse (sauf une M. Buffler)


18:46 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (37) | Tags : vernet, madale, caroux, souchon

27/04/2012

Partons « aux matines » pour le Peyre Martine !


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Me revoilà, comme promis, pour une nouvelle rando organisée par Gibus et mon papy. Vous savez que j’adore ça et que je ne laisserais  ma place pour rien au monde, même pas pour une montagne de « carambars ». Le seul problème est qu’il faut se lever « aux matines », si l’on veut pouvoir arriver sur les sommets à temps pour le pique-nique.

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Ce matin nous avons comme objectif le Peyre Martine qui culmine à 781 mètres, soit  600 mètres de dénivelé à avaler, ce qui n’est pas, si je puis dire, la mer à boire – combien pittoresque est la langue française -  mais bon, il ne faut pas, pour autant, que l’on traîne en chemin.

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Au départ nous empruntons une antique  et magnifique « draille caladée » qui, selon les explications données par les  anciens du groupe  – qui seuls peuvent savoir ces choses d’un si lointain passé - étaient empruntées lors de la transhumance des moutons. Les bergers passaient alors  l’été au sommet des montagnes dans des abris de pierre sans confort. Je n’envie certes pas leur sort mais au moins personne n’était sur leur dos pour qu’ils fassent leur lit, qu’ils se lavent les dents ou qu’ils rangent leurs affaires ! 

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Comme à l’habitude, Léo et moi sommes en tête, mais il est vrai que je ne porte pas de sac et que celui de mon frère est plutôt décoratif. Bon, je crois que j’ai loupé une bonne occasion de me taire et que je risque de me faire rabrouer, car Léo est à un âge où les garçons deviennent extrêmement susceptibles. Mais nous les filles on en rigole et on aime bien « mettre en boite » nos alter ego masculins qui tombent souvent dans le panneau ! Pour dire vrai, j’ai mis du temps à comprendre ces expressions assez bizarres car je ne voyais pas très bien comment on pouvait mettre quelqu’un dans une boite ou tomber dans un panneau !  Je pense que ceux qui ont créé la langue française devaient de temps en temps abuser de nectars chers à mon papy !

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Je trouve sur le bord du chemin une pierre qui a la forme d’une tête de molosse et mon papy m’affirme que c’est une tête de chien de berger fossilisé. Je ne suis pas dupe mais je fais semblant d’y croire car je me  rends bien compte qu’il a du mal à se faire à l’idée que je ne suis plus en maternelle. Je crois qu’il appréhende le jour pas si lointain où je grimperai plus vite que lui vers les sommet, car ça lui mettra un coup au moral !

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Etant arrivés au sommet du Peyre Martine dans le temps imparti malgré un « rallongis » imprévu, dû à une erreur d’aiguillage de nos guides,  qui se prétendent experts en la matière - mais on sait dans quel état les pseudo-experts ont mis le monde aujourd’hui – nous nous installons dans une bergerie où nous avons prévu de nous  sustenter .

 J’ai choisi délibérément ce verbe un peu précieux car il contient une idée de « soutien » approprié aux circonstances, vu que j’ai les jambes qui flageolent., alors que mon papy et Gibus courent à droite et à gauche pour faire une provision de bois pour le feu. Finalement, je me dis que ce n’est pas demain la veille que je grimperai plus vite qu’eux.

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Il faut reconnaître que, bien que l’on soit dans le Midi, le feu que Gibus nous allume est vivement apprécié par notre assemblée. Ce n’est pas tant sa chaleur, vite dissipée par les courants d’air qui traversent la bergerie, que sa vue qui nous réconforte. Nous avons probablement gardé dans nos gènes l’émerveillement et le sentiment de sécurité qu’éprouvaient nos ancêtres qui ont découvert le feu. De fait, je me sens un peu comme l’arrière arrière petite fille d’Ika et de Naoh, héros de la « Guerre du feu », sauf qu’ils n’avaient pas de  « Petits Lus » et de tablette de Toblerone dans leur sac à dos et j’avoue que ça, j’aurais du mal à m’en priver.

Bon je parle de mes « faiblesses » mais j’en connais d’autres qui n’auraient pas tellement apprécié de vivre parmi les Ulam (la tribu de Naoh) car ils leur auraient manqué le genre de flacon que vous apercevez  à mes pieds. Vous savez de qui je veux parler !

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Le temps n’étant guère propice à une sieste, Léo et moi faisons pression sur les anciens pour  lever le camp, le dernier carré de chocolat à peine avalé. Il faut dire que notre tour est venu d’assurer l’approvisionnement du feu et je dois avouer que  ni mon frère ni moi n’avons de prédisposition à ce sujet. On veut bien « mettre la main à la pâte » mais uniquement quand il s’agit de pâte à tarte ….et qu’elle vient de sortir du four de mamy !

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 Le sentier du retour chemine sur un plateau sédimentaire érodé qui comporte de nombreuses dépressions où s’accumule l’eau de pluie. Ces petites « lavognes » naturelles sont une providence pour les animaux et oiseaux qui vivent en ces lieux. J’avoue que je n’ai pas résisté au plaisir d’aller y contempler mon reflet . Un brin narcissique je suis en effet, mais « nobody’s perfect » , comme disent les albionais !

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Nous arrivons à un point de vue somptueux en dépit du temps un peu maussade qui confère au paysage une atmosphère mélancolique qui me sied. Il faut dire qu’un prénom comme le mien vous prédispose à être romantique.

On aperçoit au loin le Pic Saint Loup qui fait face à l’Hortus. Je précise pour ceux qui sont intéressés par la géologie qu’ils résultent du soulèvement d’un plateau sédimentaire lors de la surrection des Pyrénées, il y a environ quarante millions d’années. Vu que l’âge de mon papy me semble déjà une éternité, vous imaginez l’effet que ça me fait de savoir qu’il y a des choses qui sont infiniment plus vieilles que lui .

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Nous nous engageons dans la magnifique draille qui redescend dans la vallée et qui, selon les « anciens » du groupe, a été tracée à flanc de falaise par des générations d’hommes qui ne mesuraient pas leur peine, car cela conditionnait leur survie. Après avoir vu ce travail titanesque, je sais que je rechignerai dorénavant moins à faire mes devoirs, car  je me dis, finalement, que c’est un bonheur et un privilège de pouvoir apprendre l’imparfait du subjonctif  et les équations algébriques. Ce que, je l’avoue, je trouvais jusqu’à présent un peu barbant !

 

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Cette draille surplombe la sauvage  vallée de la Buège,  jolie rivière aux eaux cristallines bordée d’une végétation environnante qui  confère au lieu un aspect de paradis perdu ! Mais peut être ferais je mieux de n’en pas parler, car vu le nombre de lecteurs de ce blog, il risque d’y avoir désormais  affluence. Or moi qui vient de Paris, j’affectionne ces endroits calmes et sauvages.

 

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Bon ceci dit, étant d’un naturel généreux je ne voudrais pas vous priver du bonheur de marcher dans des lieux aussi idylliques. Je me demande d’ailleurs si le secret du dynamisme de Gibus et de mon papy n’est pas de baigner en permanence au sein d’une telle beauté, qui, à mon avis, a l’effet des bains de lait d’ânesse sur les princesses des contes de fée. Au demeurant ça ne me déplairait pas de prendre aussi un bain de lait d’ânesse, mais encore faut-il en trouver !

peyre martine,draille,calade,peigairolles de buègesComme j’ai pris un peu d’avance j’en profite pour m’allonger sur  Gaïa notre Terre-Mère. Car, oui vraiment nous sommes ses enfants, vu qu’au travers de tout ce que nous mangeons, notre corps est constitué d’éléments que les plantes , les fruits les animaux lui ont prélevés . C’est pourquoi nous lui devons le respect, mais combien aujourd’hui d’entre nous le savent !

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Nous apercevons le village de Peiguairolles de Buèges perché sur un éperon rocheux. C’est l’un des rares villages du Languedoc qui ne soit pas défiguré par les murs de parpaings bruts. Je  trouve navrant que dans un aussi beau pays les gens entourent ainsi leurs maisons de murs hideux qui défigurent les villages, sans que personne ne s’en émeuve. A croire que quand on vit au milieu de la beauté on finit par ne plus la voir !

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Quelques éboulis de pierre obstruant le chemin, je les franchis d’une façon que mon papy  et les autres membres du groupe sont loin de pouvoir imiter. Ca fait du bien psychologiquement d’avoir parfois l’avantage, moi qui suis la benjamine du groupe !

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Mais après un tel effort j’ai besoin de me désaltérer. Au demeurant, je crois bien que c’est la première et la dernière fois que vous aurez l’occasion de voir une bouteille d’eau sur le blog de mon papy !

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Hélas la balade se termine mais j’ai été très heureuse de la refaire en votre compagnie. Je vous donne rendez-vous aux prochaines vacances .

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PS: je vous invite à lire mon nouveau reportage sur l'Egypte sur mon autre blog PIQUESEL 


Texte Louna  Photos Ulysse

 

21/04/2012

D'air frais, prenons un grand bol en allant à l'Estagnol !

 

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Coucou ! Nous "revoilou", Léo et moi Louna de Lutèce (notez la particule chèrement payée !) blancs comme des endives de Knokke-le-Zoute, mais prêts à accompagner Phoebus, dieu du jour de la lumière, du soleil et de l’intelligence sur le chemin qui mène au hameau abandonné de l’Estagnol, niché au cœur des monts de Saint  Guilhem–le-Désert.

Nous sommes accompagnés de nos ascendants – assez mal nommés, au demeurant, vu qu’ils traînent un peu dans les côtes – ainsi que de l’ami Gibus, ce qui est une garantie qu’on ne se retrouvera pas à minuit à faire du stop au bord d’une route, alors que mon papy continuera de nous dire « Mais je vous assure on n’est pas loin d’où on est garé, dans un quart d’heure nous sommes arrivés ! ».

 

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Nous remontons la Combe du Bouis sur une piste pierreuse qui doit occuper le lit d’un ancien torrent à sec.  Le terrain étant quasiment plat tout le monde suit sans encombre, à l’exception, pour une fois, de moi même, faiblesse que je me dois de vous avouer. De toute façon, je sais que mon papy n’aurait pu s’empêcher de vendre la mèche, la raison en étant assez pittoresque, pour ne pas dire « Lounesque ». C’est tout simplement que dans ma précipitation j’ai oublié de mettre mes chaussettes que je retrouve dans ma poche en cherchant un mouchoir ! Il faut dire que mes chaussures me paraissaient moins confortables qu’à l’accoutumée. Mais bon avec le prénom que l’on m’a donné, qu’on ne s’étonne pas si je contrarie parfois le bon sens ou la logique la plus élémentaire !

 

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Nous nous engageons dans la combe sauvage de Galinière sur une vague sente qui louvoie au coeur d'une jungle méditerranéenne, dont le sol est en permanence labouré par les hardes de sangliers qui pullulent à cet endroit. Dûment « enchaussettée » je cours, je vole et je dois de temps en temps m’arrêter pour éviter de perdre de vue le groupe. Ce n’est pas tant que je crains de me retrouver seule mais plutôt que, ne portant  le pique-nique, je n'envisage guère, de  passer une journée sans manger ! !

 

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Les choses se corsent bientôt avec la présence de  quelques passages rocheux qu’il faut escalader. C’est dans ces moments là que je perçois l’un des rares avantages comparatifs dont jouit la jeunesse. On n’a pas besoin d’être poussé ou hissé à deux ou à trois pour franchir l’obstacle. Cela dit par charité filiale je ne nommerai personne !

Puis nous traversons la Réserve des Cévennes, une magnifique forêt de pins de Salzmann  qui dispense une ombre rafraîchissante et où nous décidons de pique-niquer. Et là, de nouveau, après l’épisode des chaussettes, j’offre au groupe l’occasion de rire à mes dépends. Car au terme de nos agapes je déclare à la cantonade que j’ai mangé à « ma siété » ! J’ai du mal à comprendre ce qui les fait rire car c’est souvent que j’entends mon papy dire qu’il a mangé à « sa siété ». Que je sache les adjectifs possessifs s’accordent avec le sujet ! Explication faite, j’en conclus que la langue française est décidément bien compliquée !

 

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 Nous étant remis en route, nous contournons le Roc de la Vigne par son flanc Est. Du chemin l'on aperçoit l'immense "dent de requin" du Pic Saint Loup qui émerge à l'horizon, impressionnant vestige du socle sédimentaire laissé par la Méditerranée il y a cent millions d'années que le surgissement des Pyrénées, intervenu soixante millions d’années plus tard, a renversé à la verticale.
 Bon, vous vous doutez bien que je tiens ces infos de mon papy, mais j’ai le mérite d’avoir retenu la leçon. Comme quoi je n’ai pas toujours la tête dans les étoiles !

 

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Au détour du chemin le hameau de l'Estagnol dévoile soudain ses magnifiques bâtisses de pierres.  Etant une adepte d’Harry Potter et autres romans de sorcellerie je ne peux m’empêcher de prêter l'oreille espérant entendre l'écho des voix humaines qui ont autrefois résonné en ces lieux. Mais seul le buzzement des insectes et le pépiement des oiseaux se font entendre.

 

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Je me dis qu’on a beau être au vingt et unième siècle où triomphent les nouvelles technologies, on n’a pas fait de progrès en matière d’architecture, bien au contraire, du moins si je compare à par rapport à l’endroit où je vis ! Je pense à celles et à ceux qui ont vécu ici et se sont installés le soir venu, après une dure journée de labeur, sur cette terrasse, que l’on aperçoit au dessus, pour s’y détendre.  Peut être ont-ils rêvé de villes et de pays situés bien au delà de la ligne d'horizon. Ainsi est l'homme, qui rêve souvent de vivre ailleurs que là où le sort l'a fait naître (mais nous les femmes, on est aussi comma ça !) et qui s'en va découvrir le monde pour revenir en fin de compte, au bout de son âge, là où il est né. Car comme le dit mon papy, tout le monde croit que l’herbe est plus verte ailleurs sauf qu’on oublie que partout il faut l’arroser !

 

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De fait, c’est à croire que notre corps a la mémoire et la nostalgie du sol dans lequel sont puisés les éléments qui l’ont constitué. C’est pour ça que mon papy a du mal à s’éloigner plus de quelques jours de la cave dans laquelle reposent ses flacons de nectar, répliques de ceux qui, comme pour Rabelais, son compatriote,  ont rempli ses biberons.

 

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Ces vieilles bâtisses tirent leur beauté du fait que leurs matériaux sont issus du sol  qui les entoure et qu’elles prolongent en quelque sorte de façon structurée. Elles font corps avec lui et ceux qui y vivaient devaient éprouver en leur sein un sentiment charnel de lien avec Gaïa notre terre-mère.

 

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Nous quittons l’Estagnol pour descendre dans la combe de Valbonne. Je me laisse entraîner par la pente et prends tellement d’avance que je perds de vue les autres membres du  groupe. Je grimpe sur un perchoir à Tartarins – c’est le nom que leur donne mon papy  qui m’explique qu’il s’agit de grosses volailles bruyantes et ventrues qui se regroupent ici à l’automne  -  pour voir si je les aperçois.

 

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Le groupe m’ayant rejoint, nous poursuivons notre descente en direction de la Combe de Bouis que nous avons emprunté au départ. La  piste est confortable et je m’abandonne en toute confiance à mes rêveries. Il faut dire qu’habituellement  les pierres et les  racines se font un malin plaisir à me faire perdre l’équilibre, ce qui est fort injuste car je n’ai aucune mauvaise intention à leur égard. Mais comme le dit mon papy ne cherche pas la justice et l’équité en ce monde car tu rentreras bredouille !

 

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 Soudain j’entends une voix qui me tire de ma rêverie et qui me dit en grec «Βοήθησέ με » ce qui veut dire "aide moi". Je regarde dans la direction d’où vient la voix et aperçois un  cyclope égaré qui me déclare qu’il aimerait bien retourner dans les Cyclades .

Je lui indique qu’il lui suffit de suivre le chemin qui le mènera tout droit jusqu’aux rives de l’Héraut. De là il pourra descendre jusqu’au bord de la Méditerranée où il n’aura aucun problème pour trouver un bateau en partance pour la mer Egée.

Bon, j’espère que vous n’avez pas cru à cette histoire farfelue qui est du genre de celles que mon papy passe son temps à vous raconter et auxquelles j’ai droit pendant les vacances . Je pense que son  penchant pour ces calembredaines est un effet secondaire du rosé ou du Ti’punch, ce qui n’est pas encore dans mes pratiques.

 

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La piste passe en contrebas de rochers ruiniformes qui me rappellent les citadelles  cathares de Quéribus et de Peyrépertuse que nous avons visitées en février dernier.  Je me demande si dans le passé des soldats ne s’y sont pas laissés prendre et ne sont pas montés en faire l’assaut, pour découvrir après coup leur méprise. De même les adultes, d’aujourd’hui, pourtant réputés plus évolués, passent-ils des années à poursuivre des chimères telles qu’obtenir des ados que leurs chambres soient bien rangées !

 

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Le site est vraiment grandiose et je me sens comme une fourmi, mais heureusement fourmi je ne suis pas, car je ne me verrais pas travailler sans cesse comme elles le font, sept jours sur sept, qu'il pleuve ou qu'il vente, car j’aime trop les vacances chez papy et mamy !

estagnol,tartarin,cathares,phoebusLa rando se termine et je vous dis à la prochaine, à moins que les prévisions météo, pas fameuses pour les jours à venir ne nous privent de sortie ! Ciao, ciao !


PS: je vous invite à lire mon nouveau reportage sur l'Egypte sur mon autre blog PIQUESEL


Texte Louna/ulysse @ photos Ulysse


14/04/2012

Balade à Uzès

JE VOUS INVITE A LIRE LA FIN DE MON REPORTAGE SUR KARUKERA - LA POINTE DES CHATEAUX -  SUR MON AUTRE BLOG PIQUESEL

 

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Nous abandonnons quelques instants nos parkas et godillots adaptés aux montagnes languedociennes pour jouer les touristes « z’urbains ». Direction la fort belle cité d’Uzès qui se targue d’avoir été le premier Duché de France par le rang,  le duc d'Uzès ayant été premier Pair de France. Je vous donnerai juste un aperçu des nombreux monuments historiques qu’elle comporte et qui ne sont pas pour moi son principal  centre d’intérêt. Je les trouve, en effet, un peu massifs et leur empilement ,  à l’exemple de cet ensemble dit « du Duché » en face de vous, relève plus de la pâtisserie de grande surface que de l’architecture.

 

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Un seul monument trouve grâce à mes yeux : la tour fenestrelle, dernier vestige d’un édifice roman du XIIème siècle aujourd’hui disparu. C’est l’unique exemple en France de clocher rond, inspiré sans doute des campaniles italiens. Cette tour est devenue le clocher de la cathédrale Saint Théodorit bâtie au XVIIème siècle et qui, elle, n’a aucun attrait particulier.

 

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A vrai dire, ce qui fait le charme d’Uzès c’est son lacis de ruelles moyennâgeuses bordées d’hôtels particuliers et de belles demeures bourgeoises. Car cette ville a connu très tôt la richesse grâce au textile et au négoce. Mais elle eut l’audace de se convertir au protestantisme ce qui lui valut d’être persécutée. La révocation de l’Edit de Nantes - monstrueuse erreur politique commise par le roi scélérat Louis XIV -  provoqua la fuite des hommes d’affaires et des industriels, ce qui accéléra son déclin. La ville rebondit au XVIIIème siècle en se spécialisant dans les bas de soie….mais on connaît la suite avec l’invention du collant et sa fabrication aujourd’hui, pour deux sous, par des esclaves chinois.

 

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Aujourd’hui la ville est devenue un lieu de résidence et de tourisme. Un endroit idéal de séjour pour visiter la région qui ne manque pas de sites  remarquables, le plus célèbre étant le Pont du Gard.

 

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L’un des autres attraits du centre historique est que les seules voitures que l’on y trouve sont à pédales !

 

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Par contre, cette ville, malgré ses beaux atours est atteinte du fléau qui affecte les villes françaises : la prolifération d’étrons canins ! Certains maîtres, plus civiques que d’autres, recourent toutefois à des méthodes originales pour tenter de convaincre leurs compagnons de ne pas s’oublier ainsi sur la voie publique sans que cela les traumatise !

 

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En baguenaudant dans ces ruelles on perd vite la notion du temps  et pourtant sa flèche est là qui avance immanquablement jusqu’au jour où elle nous transpercera ….En attendant, si on prenait l’apéro, ça va être le moment ! A ceux qui estimeraient que mon invitation est un peu matinale, je rappellerai que nos montres ont deux heures d’avance sur notre étoile.

 

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Comme moi, vous apprécierez sans doute, en ces temps médiatisés à outrance où chacun cherche à avoir son quart d’heure de célébrité, cet humoristique hommage rendu à un modeste cordonnier.  Sans doute a-t-il rendu plus de services à l’humanité avec ses souliers que tel  général dont on va, sur d’autres murs, célébrer  la naissance ou le séjour et qui aura fait massacrer des milliers de ses semblables.

 

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Si vous avez une maison à restaurer et que vous souhaitez appliquer les savoir-faire antiques c’est dans cette boutique – Les Forges d’Antan – qu’il faut vous adresser .

 

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On y travaille le bois et le fer comme autrefois et vous y trouverez tous les modèles de clous fabriqués depuis l’antiquité. Ainsi si vous envisagez une crucifixion je suis certain que vous y trouverez, si je puis dire, un clou à votre pied !  Je précise, à tout hasard, à mes lecteurs qui seraient intéressés que c’est de l’humour noir, car les crucifixions sont dorénavant interdites par la loi ! Par les temps qui courent, mieux vaut prévenir on ne sait jamais !

 

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On y trouve aussi toutes sortes de serrures pour ceux qui, après les augmentations d’impôt qui vont suivre immanquablement les élections, auraient encore quelques biens précieux à mettre sous clé.

 

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Si vous avez besoin, pour vous consoler de la grande dépression qui nous guette, de redonner une nouvelle jeunesse à votre « doudou » - je parle de ceux en peluche et non pas des Antilles, encore qu’une « doudou » des Antilles ça peut aussi très bien vous consoler ! - , c’est dans cette boutique qu’il faut l’emmener !

 

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Mais je vous ai gardé le meilleur pour la fin : nous débouchons sur la  magnifique Place aux Herbes, joyau d’Uzès,  et sur laquelle se tient les mercredi et samedi matin  un grand marché essentiellement alimentaire. Avec ses étals couverts de pommes, ce marché a des allures de paradis et l’on guette, hélas vainement, une Eve qui voudrait bien en  croquer une avec nous .

 

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Nous sommes à la saison des asperges qui commencent à sortir la tête aux premiers jours du printemps et se font illico décapiter : comme quoi la curiosité est un vilain défaut ! Notons que ce quasi-sucide a inspiré des Méditations au grand gastronome du début du XIXème siècle Brillat-Savarin.

 

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Depuis des mois la pluie dans le Gard se fait attendre et pas une goutte d’eau ne jaillit de la fontaine : quoi de plus sinistre qu’une fontaine à sec (peut être un verre à sec ! ) .

 

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En début d’après midi la place retrouve sa tranquillité et l’on découvre l’harmonie des bâtiments qui l’entourent. Oui assurément Uzès mérite une visite….

 

Texte @ Photos Ulysse

23:05 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (42) | Tags : uzès, duché, asperge, doudou