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24/07/2012

Première nuit en refuge -1ère partie :Qui n'aime pas le potage?

 

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Comme chaque été, nous revoilà, Carla , Emilie, Tom et moi Romain, petits enfants d’Ulysse et de Gibus et bien évidemment de leurs épouses qui se trouvent être aussi nos mamies (c’est  compliqué les liens filiaux).Les années précédentes nous avions fait une balade avec des ânes, mais cette année changement de programme et quel programme ! Dans la vie, pour tout, il y a une première fois : le premier sourire, la première dent, le premier pas, le premier crépi de purée sur le mur de la cuisine ou la première explosion de pot de Nutella sur le sol de ladite cuisine,  pour parler de choses que je connais. Et bien aujourd’hui, vous nous voyez en route pour notre première nuit en refuge, accompagnés bien sûr de nos ascendants qu’on ne veut pas laisser tout seuls à la maison de peur qu’ils ne s’ennuient. 

 

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Nous partons de l’étang de Leparan situé à  1600 mètres d’altitude dans les Pyrénées ariégeoises, au dessus du village des Cabanes. Nous devons rejoindre dans la journée le refuge du Ruhle perché à 2200 mètres et fort heureusement le soleil est de la partie. J’imagine que si nous devions faire 600 mètres de dénivelé sous la pluie nous serions tous transformés en éponge, sauf mon Papy et Gibus dont la peau ressemble à celle des vieux éléphants. D’ailleurs mon papy me dit toujours qu’il est « waterproof » ce qui fait rire tout le monde mais je ne comprends pas bien pourquoi ! Pour le moment j’ai pris la tête du groupe avec Tom qui est juste derrière moi pour montrer aux anciens, comme le disait Rodrigue au Comte de Gornas, qu’aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années.

 

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En fait Tom et moi marchons à une telle allure que l’on est obligé par moments de s’arrêter pour attendre le reste de la troupe. Et vous remarquerez que nous ne bénéficions d’aucun traitement de faveur car comme « les grands » nous portons un sac à dos  !

 

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Bon, je reconnais que maintenant que la montée se fait plus rude je  suis  un peu distancé. Mais j’ai l’excuse d’avoir les plus petites jambes de tout le groupe. Certes celles de Tom, qui caracole devant,  sont de la même taille, mais étant savoyard il a, comme son papy Gibus, des gènes de chamois.

 

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Heureusement vient la pause pique-nique qui nous permet de reprendre quelques forces. Ce qui m’étonne toujours quand on va en randonnée avec nos ascendants, c’est de voir que Gibus et mon papy font immanquablement la sieste, alors que Tom et Moi ça fait bien longtemps qu’on ne la fait plus. C’est donc bien vrai que quand on vieillit on retombe en enfance !

 

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On se remet en route et les filles profitent lâchement que Tom et moi avons un problème technique de laçage de chaussures (si, si c’est pas une excuse bidon !) pour prendre la tête. Avec Tom à vrai dire, on rit sous cape car quand on voit la capacité de nos mamies et de nos mamans  à lire une carte routière on se dit que nos frangines vont se tromper de chemin et qu’on finira  par  les rattraper.

 

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D ‘ailleurs ça ne loupe pas, car Carla se trouve bientôt en face d’une rivière  à un endroit où rien n’est prévu pour la traverser…

 

 

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Et de fait le pont qui la traverse est un peu plus loin. Gibus prend alors la direction du groupe et c’est quand même plus rassurant.

 

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A un moment donné le chemin traverse un troupeau de vaches et je vous laisse imaginer l’état d’esprit de ma chère soeur Emilie à l’idée de passer aussi près d’un animal cornu de 500 kilogs  qu’elle ne connaissait jusqu’à présent que sous la forme de steack ! Et moi ce que j’en ai pensé.. ? Et bien, heu ! je ne me rappelle plus trop…..

 

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En tous les cas mon papy n’a pas du tout l’air impressionné vu qu’il les photographie sous tous les angles. C’est bizarre vous trouvez pas qu’on prenne des vaches en photos alors qu’il y a tant de jolies filles sur terre. Moi je sais que quand je serai un peu plus vieux ce sont pas les vaches qui m’intéresseront ! Mais peut être que quand on est très vieux les goûts changent ?

 

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Nous avons grimpé 400 mètres de dénivelé et il en reste encore 200 à gravir pour arriver au refuge. A l’unanimité, les plus de douze ans ne votant pas, nous nous octroyons une pause goûter avec bain de pieds pour rafraîchir nos arpions surchauffés !

 

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Revigorés par cette pause, nous reprenons avec détermination notre ascension. Vous allez croire que je travestis la réalité et que nous avons au cours de ce long périple renâclé, protesté et menacé nos géniteurs d’un procès pour mauvais traitements.  Nenni ! Heureux nous sommes, au contraire, d’être immergés dans un océan de montagnes, nous qui avons passé nos derniers mois enfermés entre les quatre murs d’écoles plus ou moins sinistres. D'ailleurs qui a eu cette idée folle un jour d’inventer  l’école ?

 

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La pente se fait plus raide mais Gibus et mon papy nous ont promis qu’au sommet nous apercevrons le refuge. Nous sommes encore à un âge où l’on croit aux promesses des adultes bien que l’on commence à avoir quelques soupçons sur leur manque de fiabilité. D’ailleurs ce sont eux-mêmes qui sèment le doute en nos esprits car  souvent j’entends mon papy dire ‘Ils nous prennent pour des gogos ou quoi »  quand il écoute d’autres adultes à la radio ou à la télé.

 

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Mais pour le coup Gibus et mon papy ont dit vrai, car en arrivant au col du Riutort le refuge se révèle à nos yeux dans un superbe écrin de montagnes et de verdure.

 

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Parvenus enfin au refuge, le gardien  nous souhaite la bienvenue  et nous explique l’organisation des lieux. Finalement ça a l’air d’être un bon job, gardien de refuge. On travaille là où on vit et on est son patron. Pour aller au boulot, on n’est pas obligé de se déguiser comme papa en pingouin  en enfilant un costume trois pièces et en portant une cravate. On respire de l’air pur et  on vit dans un environnement splendide. Bon, c’est vrai qu’il n’y a pas de boulangerie à coté pour acheter des «fraises tagada » mais il faut savoir faire des sacrifices dans la vie .

 

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L’avantage d’avoir marché toute la journée c’est que l’on a le droit de boire du soda, ce qui nous est habituellement interdit. Si je fais la tête, n’allez pas croire que c’est parce que je suis fatigué mais c’est parce que j’ai déjà fini le mien et que je n’ai pas réussi à convaincre mes géniteurs de m’en octroyer un second. C’est pas marrant les parents qui ont des principes !

 

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Après avoir pris une bonne douche et installé nos affaires dans les dortoirs, nous nous octroyons un moment de détente. Je ne veux pas paraître prétentieux mais ça m’étonnerait qu’il y en ait beaucoup parmi vous qui aient joué au mistigris dans un cadre pareil. Et n’allez pas me dire que c’est parce que vous ne jouez pas au mistigris, je ne vous croirai pas, car tout le monde joue au mistigris.

 

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Bon c’est vrai, il y a des exceptions car, pendant que l'on joue aux cartes,  Gibus et mon papy préfèrent aller se baigner dans le lac de l’Estagnol qui se trouve à un bon kilomètre du refuge, histoire de nous faire croire qu’ils sont encore frais et dispos. Mais Tom et moi on sait bien qu’ils veulent nous impressionner et on n'est pas dupe de leur petit jeu puéril. De toute façon les filles d’aujourd’hui plus rien ne les impressionne, alors c’est pas la peine de se fatiguer.

 

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Puis vient l’heure du repas et là je peux vous dire qu’on attendait ça avec impatience car nous avons tous une faim de loup. L’entrée prend la forme d’une bassine de soupe comme il est de tradition, selon Gibus et mon papy, dans les refuges. Ca tombe bien car j’aime ça. Je ne veux pas cafter mais je pense qu’un petit détail ne vous aura pas échappé si vous avez regardé en bout de table. Nos ascendants ne sont pas à l’eau minérale et ça ça m’ennuie beaucoup car j’ai lu quelque part que quand les parents boivent , les enfants trinquent et moi je n’ai pas envie de trinquer !

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Alors que Carla  a tendu spontanément son assiette pour qu’on la serve, ma sœur Emilie contemple avec inquiétude les drôles de choses qui flottent dans le bouillon en se demandant si c’est encore vivant.

 

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Il faut dire que ma sœurette est une petite parisienne et les parisiennes ont toujours un coté « chochotte ».

 

  

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D’ailleurs Tom, qui est haut-savoyard et donc grand amateur de soupes,  la regarde étonné en se disant probablement «  jamais je n’épouserai une parisienne. »

 

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Pour narguer ma sœur je réclame une deuxième assiette de potage  en espérant secrètement que ça me fasse grandir un peu plus vite et qu’enfin je ne sois plus son « petit » frère. C’est vrai que c’est énervant à la longue d’être toujours traité de « petit ».

 

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Après le dîner nous allons flâner un instant sur la terrasse du refuge pour contempler le coucher du soleil qui recouvre d’or les montagnes environnantes. Je me dis que c’est quand même fabuleux de passer une nuit en montagne même si je n’ai pu emporter qu’un seul doudou. Vivre un tel moment justifie qu’on fasse des sacrifices !


 

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Je dois admettre que mes yeux se ferment comme ceux de Tom, Carla et Emilie. Il est l’heure pour nous d’aller compter les moutons . Mais je pense, à voir la tête de nos ascendants, qu’ils ne vont pas tarder à y aller aussi, sauf bien évidemment mon papy et Gibus qui friment et veulent nous faire croire qu’ils ne sont pas fatigués. Allez ! je leur pardonne ces gamineries car c’est grâce à eux que l’on est ici !

 

A suivre….


Texte Ulysse & Photos Ulysse (sauf une Buffler)

08:48 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (39)

06/07/2012

Il y a de l’or ! Où ça ? A Lauroux !

 

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Bon, ne vous emballez pas, l’or dont je parle c’est celui des genêts qui couvrent les flancs des collines et des monts du Haut Languedoc au mitan du printemps . A vrai dire c’est le seul qui m’intéresse car l’autre, l’or métal, rend généralement idiots ou fous les gens qui le touchent.

La semaine dernière je vous ai fait admirer ces fameux genêts sous la pluie et pour vous récompenser  de votre courage, je vous les fait  découvrir aujourd’hui sur les pentes ensoleillées - ce qui ajoute à leur splendeur – des monts qui dominent Lauroux. C’est au cœur de ce pittoresque village du Lodévois, point de départ de notre randonnée,  que la rivière du Laurounet et le ruisseau du Rouzet convergent pour rejoindre un peu plus loin celle de la Lergue. Ce qui fait que les Lauroussiens et les Lauroussiennes ne manquent pas d’eau, mais comme ils sont civilisés ils n’en mettent jamais dans leur vin !

 

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Quelques vignes s’accrochent sur les coteaux exposés au sud, extrayant de la pierre une maigre pitance qu’elles transformeront par magie en un divin nectar.

 

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Mais dans les environs de Lauroux, il y a d’autres trésors que l’or des genêts. On y trouve, en effet, de nombreuses orchidées tel cet orchis pyramidal dont les fleurs rose bonbon illuminent les frondaisons vertes des pentes les plus humides.



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 Parmi les orchidées de notre région, les plus fascinantes sont, sans conteste, celles du groupe des « ophrys » qui veut dire sourcil en grec et qui selon Pline l’Ancien  désignait une fleur  dont les grecques se servaient pour teindre leurs cheveux et leurs sourcils (source La Garrigue Grandeur Nature de Jean-Michel Renault).  Cet ophrys à poils soyeux installé au bord du chemin est un enchantement pour les yeux. La beauté dans la nature n’est pas le fruit du hasard, elle répond souvent au besoin de séduire pour perpétuer l’espèce, ici le but est d’attirer un insecte pollinisateur .

 

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Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises car nous apercevons bientôt sous les arbres qui bordent le chemin  un vieil homme qui tient un enfant dans ses bras la tête posée sur son épaule. Nous lui demandons s’il a besoin d’aide mais il nous répond en nous remerciant qu’ils ne font que se reposer un instant. Il nous informe qu’il est berger et qu’avec son petit-fils ils sont à la recherche d’une brebis égarée. Quelle merveilleuse région que la nôtre où les petits enfants courent avec leurs grands parents dans la montagne ! Leur sort est plus enviable que celui des petits citadins branchés de toutes parts et qui passent leurs journées de loisir à dégommer des soldats ennemis sur des consoles vidéo. Leur souhaitant bonne chance dans leur quête, nous reprenons notre chemin.

 

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Parvenus sur le plateau de l’Escandorgue, un splendide spectacle s’offre à nos yeux: les prairies sont couvertes de Cheveux d’Ange - que les botanistes nomment Stipes à feuilles pennées -  qui ondulent sous le vent et d’où émergent les rochers ruiniformes  qui ressemblent à des récifs  battus par une mer d’argent.

 

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Dans quelques jours les tiges de duvet blanc de ces stipes friseront  et les prairies paraîtront alors couvertes de troupeaux de moutons.

  

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En amorçant la descente vers le cirque de Labeil nous pénétrons dans une zone humide et protégée des vents du nord ou prospère une magnifique forêt de hêtres et diverses autres essences aquaphiles . Comme quoi des « êtres » respectables peuvent aimer l’eau !

 

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La forêt est tellement dense que les branches de certains arbres s’allongent démesurément pour aller chercher le soleil.

 

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La randonnée n’est pas une activité sans risque même sur des chemins réputés faciles comme en témoigne ce rocher tombé cet hiver de la falaise lors d'un violent orage et qui s’est planté en plein milieu du chemin. Nous avons soigneusement inspecté les lieux, mais apparemment il n’y avait pas de randonneur coincé en dessous !

 

 

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Nous en trouvons un second un peu plus loin et nous regardons avec inquiétude au dessus de nos têtes ayant à l’esprit le dicton « jamais deux sans trois ». Mais heureusement pour cette fois ci le ciel ne nous tombe pas sur la tête !

 

 

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Mais pour vous montrer combien l'hiver a été "chaud" dans le secteur, j'ajoute  à mon reportage la photo d'un ami qui montre les dégâts causés par un autre rocher sur  la route qui monte sur l'Escandorgue. Mieux vaut ne pas rouler chez nous quand il y a un orage !


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Mais revenons à notre périple où par endroits la forêt prend des allures tropicales. Gibus et moi  croyons être  revenus à Karukera (voir mon autre blog PIQUESEL).

 

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Ici les morts nourrissent les vivants dans un cycle perpétuel, spectacle propre à apaiser nos propres angoisses car  la mort nous apparaît alors comme la face cachée de la vie et non comme  sa terminaison.

 

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Je vous confirme que vous êtes bien quelque part dans l’Hérault et non pas au coeur de l’Amazonie. Pour la destination de vos prochaines vacances, si vous cherchez le dépaysement,  pensez y !

 

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Le chemin sort bientôt de cette forêt humide pour nous ramener en pente douce vers Lauroux.

 

Texte & Photos Ulysse (sauf une D. Delorme)

28/06/2012

La pluie ? Un délice sur les chemins de Rosis !

 

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Gibus et moi jouissons de l’infini privilège de pouvoir décider chaque matin d’aller arpenter les chemins. Jamais notre sentiment de liberté n’est aussi fort que lorsque nous quittons ainsi le monde et ses contraintes pour nous aventurer en pleine nature dans un environnement proche de celui que l’homme a connu à l’aube de son histoire. Nous renouons les liens oubliés avec le monde minéral, végétal et animal dont l’homme a du percer les secrets pour survivre. Par cette immersion en pleine nature notre sentiment de vie retrouve sa plénitude.


 

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C’est à la fin du printemps, époque à laquelle la nature est à son apogée dans la montagne de Rosis, que ce sentiment est le plus vif.  L’heureux mariage du mauve des bruyères qui commencent à fleurir et de l’or des genêts  enchante nos yeux alors que l’odeur miellée de ces derniers enivre nos sens. La jouissance que nous éprouvons alors est aussi forte que celle de nos premières rencontres amoureuses, douce consolation pour ces vieux randonneurs aux abattis décatis que nous sommes devenus.

 

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Oui Gaïa, notre terre mère,  est pour nous comme une ardente maîtresse qui nous fait souffler, suer, ahaner et nous berce dans ses bras rugueux quand, fatigués,  nous y faisons la sieste.

 

 

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Et de surcroît c’est elle qui nous fait des cadeaux en nous dévoilant, impudique, ses mamelons, ses toisons sombres, ses abîmes vertigineux. Non pas que nous soyons pingres mais elle ne demande et n’attend rien de notre part, sinon du respect.

 

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Et comment ne pas respecter cette planète miraculeuse, née il y a plusieurs milliards d’années de la fournaise céleste et sur laquelle cohabitent éléphants et coccinelles, baleines et pétoncles, nuages dans les cieux et tonneaux de vin dans les caves !

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Les mouflons partagent avec nous cet ineffable bonheur d’arpenter la montagne de Rosis. Animaux des plus farouches, on ne les voit que par surprise, lorsque le vent est favorable et que l’on fait silence, leur ouïe étant extrêmement fine (certains de mes amis randonneurs comprendront, je n’en doute pas, le sous-entendu !).

 

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 Un facétieux nuage ayant décidé de lâcher un peu de lest sur nos têtes, nous nous réfugions dans l’abri de Caissenols le Haut pour pique-niquer. Un feu de cheminée, inhabituel en juin sous cette latitude, nous permet de sécher nos tee-shirts transformés en éponges. Signe avant coureur du chamboulement climatique qui menace le monde, nous buvons un délicieux blanc d’oc bien frais de la cave de Richemer à la lueur d’une flambée !

 

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La pluie s’étant calmée nous reprenons notre périple en nous dirigeant vers le Plo de Bru, dont le nom viendrait d’un camp romain qu’y aurait installé Marcus Junius Brutus, qui fut nommé par César gouverneur de la Gaule Cisalpine en 46 avant notre ère. Comme on le sait il ne lui fut guère reconnaissant de cette nomination. Mais on sait bien qu’en politique les amis d’un jour sont les ennemis de demain, car on ne peut pas plus réfréner l’ambition des hommes politiques qu’on ne peut empêcher un (vrai) camembert de couler.

 

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De même il est assez habituel que les nuages se transforment en pluie, phénomène que nous vérifions pour la seconde fois au cours d’une même journée ce qui, vous vous en doutez, n’est pas forcément de notre goût. Mais bon, nous ne sommes pas en « sucre »,  comme le savent ceux qui nous suivent depuis quelques années, et nous faisons donc contre mauvaise fortune bon cœur.

 

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Nous longeons une habitation dont l’état, hélas, ne nous permet pas d’en faire un abri. En la voyant je songe à cette sympathique rengaine  de Danyel Gérard qui eut un certain succès au cours de mon adolescence.

 

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La pluie a empêché une harde de mouflons de sentir à l’avance notre odeur  et nous avons ainsi le temps de les apercevoir qui dévalent le vallon en contrebas de notre chemin. Finalement cette pluie n’a pas que des inconvénients. Elle nous montre que, comme souvent, d’un « mal » peut sortir un « bien ». Comme l’a enseigné Boudha il ne faut ni se réjouir de ses bonnes fortunes ni se plaindre de ses infortunes, car les unes peuvent engendrer les autres. C’est pourquoi Gibus et moi finissons toujours les bouteilles  car le vin qui resterait - un bien pour notre foie - pourrait tourner en vinaigre, ce qui serait un innommable gâchis !

 

 

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Mais il est temps pour nous de redescendre en empruntant un chemin plutôt fait pour les mouflons que pour les humains. Mais  Gibus et moi n’en avons cure car  à force d’arpenter les montagnes nous nous sommes en quelques sorte «mouflonisés».

 

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Mais nos yeux et notre esprit restent sensibles à la beauté des lieux alors que les centres d’intérêt du mouflon se résument à l’herbe à brouter et à l’arrière train de leurs femelles. Mais après réflexion, je me demande si  nous sommes  vraiment si différents  que ça des mouflons ?

 

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Je suis heureux de partager avec vous l’inimaginable beauté de cette montagne de Rosis qui d’ici un mois, après avoir été revêtue d’or, deviendra violette. Si les chefs d’Etat se mettaient à la randonnée et redécouvraient la beauté du monde, sûr qu’ils prendraient enfin des mesures pour sauver notre planète. Malheureusement ils restent enfermés dans leurs palais « bunkerisés «  entourés par des obsédés du P.N.B . Moyennant quoi on appuie sur l’accélérateur qui nous mènera dans le mur.

 

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Mais cette beauté peut-elle convaincre des esprits gangrenés par la soif du pouvoir et la volonté d’y  rester coûte que coûte ?  Certains dirigeants de la planète ne doivent même pas savoir dessiner une fleur ou un oiseau. Un char, un avion de chasse, un instrument de torture, par contre oui ! (je ne donne pas de noms, ils sont hélas trop nombreux )

 

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La pluie ayant repris nous sommes de plus en plus trempés, mais peu nous chaut car nous nous sommes gavés de cette munificence qui enivre notre âme et nous met en résonance avec le mystère de la vie. Oui, vraiment, privilégiés nous sommes de pouvoir arpenter ainsi librement les chemins…..


PS : Je vous invite à aller à la découverte du fascinant Désert Blanc sur mon blog PIQUESEL

 

Texte @ Photos Ulysse

 

 

 

21/06/2012

Le cloître d'Elne

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En me baladant l’autre jour à travers champs, je vis soudain surgir de la ligne d’horizon une énorme pointe d’asperge qui grandissait au fur et à mesure de ma progression. C’était le clocher d’une église ! C’est là un trait typique de notre pays que l’on puisse apercevoir, où que l’on soit, un ou plusieurs clochers. Et, de fait, ils sont près de 38.000 à se dresser ainsi vers le ciel. Que l’on soit croyant ou non, leur vue, surtout quand, de surcroît, leurs cloches sonnent à la volée, touche en nous une corde secrète dont la vibration nous rassure et nous apaise. Souvent édifiés dans un lointain passé, ils sont pour nous un gage  de stabilité et de permanence dans un monde en perpétuelle mutation qui provoque le vertige. Ils symbolisent aussi le lien entre la terre et le ciel,  lieu virtuel  du mystère d’où procède toute vie.

C’est pourquoi, bien que non croyant, j’aime aller dans les églises, passerelles de pierre vers le ciel imaginées par l’homme pour tenter de percer le mystère de notre origine et de notre destinée. Aujourd’hui je vous emmène visiter la cathédrale d’Elne, consacrée en 1069, et dont les deux clochers interpellent ainsi le ciel depuis près de mille ans.

La ville d’Elne édifiée sur une colline a un passé prestigieux. Connue à l’époque pré-romaine sous le nom d’Elleberis, qui signifie « ville neuve », elle a été successivement occupée par les romains jusqu’au IVème siècle de notre ère,  par les wisigoths (Vème siècle) puis par les arabes (VIIIème siècle).

Devenue siège épiscopal, elle a connu la prospérité économique jusqu’au transfert de ce siège à Perpignan au XIVème siècle, évènement qui a conduit à son déclin. Elle n’a retrouvé une certaine notoriété que lorsque un peintre local Etienne Terrus a accueilli ses confrères  Matisse, Derain, Camoin, Marquet et Monguin à l’origine de la création du  fauvisme.

 

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Mais revenons à la cathédrale et pénétrons dans cet édifice dont le joyau est sans conteste le cloître, l’un des rares du Roussillon à être intact. La richesse et la diversité des sculptures qui ornent les colonnades de ses galeries nous permettent de découvrir l’évolution entre le roman et le gothique, son édification s’étant échelonnée sur deux siècles.

 

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Le centre des cloîtres est constitué d’une cour ou d’un jardin ouvert sur le ciel symbolisant la communication entre le monde d’en bas et celui d’en haut (pour ceux qui y croient). J’imagine que les jardins qui occupaient le centre des cloîtres étaient là pour rappeler la beauté et les saisons du monde extérieur auquel les moines n’avaient plus accès. Parfois on y cultivait des plantes médicinales qui permettaient de soigner les petits maux, car les moines avaient beau aspirer à la vie éternelle, ils n’aimaient pas, à l’instar des autres hommes, souffrir.  La plupart d’entre eux étaient à vrai dire de bons vivants, si l’on en croit le témoignage indiscutable des étiquettes de camembert !

 

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Les galeries permettaient aux moines de déambuler en méditant à l’abri de la pluie ou du soleil estival mais pas de l’air glacial qui descendait l’hiver des pentes des Pyrénées toutes proches. On peut penser que ces jours là, sans douter de leur foi,  les « ave » et les  « pater » étaient plus vite expédiés.

 

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Dans les premiers cloîtres les chapiteaux des colonnes étaient vierges de toute sculpture pour ne pas distraire les moines de leur méditation. Puis à l’époque romane (XIème siècle) les règles monastiques s'adoucissant,  ils ont commencé à être ornés de motifs végétaux, puis animaux, comme ces palmettes et bouquetins que l’on voit au premier plan.

 

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Le style est caractérisé par un trait précis et des volumes harmonieux justifiés par la nature exclusivement décorative des ces sculptures représentant des griffons et des sirènes. Leur présence ici me paraît incongrue car elles arborent de petits seins guère propice à de spirituelles méditations. 

 

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En contemplant ces chef-d'oeuvres, je me demande, oh ! sacrilège! si l'on ne peut y voir une manifestation d’orgueil de la part des sculpteurs souhaitant montrer au "créateur" par la finesse de leur travail qu’ils étaient son égal.

 

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A l'époque gothique (fin du XIIème) ont été ajoutées des scènes historiées d’un style plus grossier mais aussi plus expressif, l’intention ici étant de relater des faits importants de l’histoire religieuse, afin de susciter la réflexion. Ainsi voit-on sur cette scène les rois mages rendant visite au roi Hérode dont l’intention secrète était de tuer le Christ. Imaginez qu'il ait réussi son coup, nous aurions peut être gardé les dieux romains, qui étaient des mecs un peu barjots certes, mais sympas, aimant le vin et la gaudriole ! Bon, n'allez pas croire que je n'ai pas d'estime pour le père Jésus qui était un honnête homme pronant l'amour du prochain et qui avait beaucoup d'estime pour  les femmes. Le problème est que ceux qui aujourd'hui  se réclament de lui sont des rabat-joie misogynes.  Mais il ne faut pas que l'on se plaigne parce que il y a des peuples moins bien lotis, auxquels on impose un dieu non seulement misogyne mais également buveur d'eau ! 

 

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Cette autre sculpture que je trouve fort belle reste pour moi énigmatique. Mon hypothèse est qu’il s’agit d’une scène de baptême d’un seigneur d’une ville assiégée se convertissant à la foi chrétienne. Mais peut être qu’un lecteur ou une lectrice, plus érudit en christianisme que je ne le suis, m’éclairera sur le sujet ?

 

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Je terminerai par une scène représentant l’annonce faite à Marie par l’archange Gabriel de sa maternité divine, évènement qui est à l’origine de la civilisation chrétienne.  On y voit dans le second tableau ce brave père Joseph qui tombe des nues et doit s’appuyer sur sa canne pour ne pas s’effondrer. On le comprend car imaginez quelle serait votre réaction si un jour votre compagne vous racontait une histoire pareille. A coté Marie se fait consoler par sa sœur car elle se doute que le bambin ne va pas être des plus faciles à élever et qu’il lui réserve bien des surprises! Ce qui va se vérifier ! Finalement quand on a un gamin, mieux vaut que ce soit un bon petit diable qu'un doux jésus !!!


 PS : Je vous invite à aller à la découverte du fascinant Désert Blanc sur mon blog PIQUESEL


Texte & photos Ulysse