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08/11/2011

A l’assaut du roc Nantais !

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On a fêté récemment le trentième anniversaire de la mort de ce cher Georges qui nous invitait à traverser les ponts pour trouver l’aventure. Aussi, aujourd’hui nous allons emprunter le magnifique pont - bâti au XVème siècle -  qui franchit la Dourbie à Nant, pour partir à l’assaut du Roc Nantais.

Je ne me permettrai pas de tenir le jupon de mes chères lectrices pendant cette traversée, mais je les invite à prendre garde car un vent malicieux descend souvent du  Causse du Larzac et s’engouffre dans les gorges creusées par la rivière.

 

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L’aspect insolite du Roc nantais, que l’on peut comparer à une tour d’observation si l’on a un esprit martial ou à un téton de Gaia si l’on est romantique, incite à le gravir.

 

roc nantais, dourbie

Son altitude est, somme toute, modeste – 808 mètres - mais son aspect est néanmoins rébarbatif et l’on se demande, quand on s’engage sur le chemin qui y mène,  comment on va bien pouvoir atteindre le sommet.

 

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De fait, l’entreprise est moins difficile qu’il n’y paraît. Le chemin contourne en effet le roc pour y accéder par une spirale ascendante tracée sur son flanc nord. Au passage, il offre des vues somptueuses sur les Gorges de la Dourbie

 

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Le vent, la pluie, le gel et le soleil sont les «Courbet, Constable, Cézanne, Van-Gogh » du paysage. Ils déterminent la disposition et la morphologie des nuages et des arbres et sculptent les roches. Ils font preuve en la matière d’un talent inégalable. Il y a dans leurs œuvres quelque chose de primitif et de sauvage que l’homme, aussi talentueux soit-il, ne peut  reproduire. Devant un tableau peint par l’homme, l’émotion est d’ordre esthétique, devant la nature elle est d’ordre charnel.

 

nant , roc nantais,

Nous voici en haut du Roc Nantais, comme un aigle dans son aire, dominant le village de Nant dont les maisons sont étalées le long de la Dourbie et de son modeste affluent le Durzon. Vues d’en haut elles ressemblent aux pièces  d’un jeu de construction que l’on croit pouvoir saisir entre deux doigts pour en modifier la disposition. Toute présence humaine est gommée par la distance mais la trame des champs qui s’étendent aux alentours témoignent de l’immémoriale et inlassable activité des habitants du village.

 

nant, roc nantais

La répartition et la forme des champs, des prairies, des haies, des bosquets et des bois résultent d’une savante conjonction des paramètres climatique, hydrographique, géologique ainsi que du régime des vents, des lois successorales et peut être aussi des joyeuses libations de ceux qui les ont créés et les exploitent. Le tout formant une vivante encyclopédie de ce bel exemple de civilisation rurale. 

 

nant , roc nantais,

Ayant contemplé à loisir ce panorama somptueux, nous allons maintenant rejoindre Cantobre,  joli village situé en contrebas au bord de la Dourbie (en général, nous évitons les coins sans intérêt !). Gibus nous invite à emprunter le plus court chemin, c’est à dire la voie des airs. Mais sage précaution, il nous montre au préalable la meilleure façon de prendre notre envol.

 

cantobre, dourbie

La leçon est profitable car nous arrivons tous sans encombre en vue de ce magnifique village qui domine de plus de cent mètres les vallées de la Dourbie et du Trévezel (pour être honnête, nous avions tous un parachute, on ne sait jamais ! ).

 

cantobre, dourbie

Mieux vaut ne pas être somnambule dans ce village  ! Les émois provoqués dans le monde par la crise Grecque doivent faire sourire ses habitants, eux qui vivent depuis toujours au bord de l’abîme  !

 

roc nantais

Le chemin qui revient vers Nant comporte un passage un peu délicat, mais notre vol  de l’aller nous a vacciné contre le vertige.

 

roc nantais

Fort heureusement, le chemin redevient très vite « carrossable » et nous pouvons jouir sans inquiétude du magnifique paysage qu’offre le flanc déchiqueté du Causse le long duquel nous descendons.

 

roc nantais

Nous rejoignons sans encombre le fond de la vallée illuminé par les frondaisons des arbres effleurées par les doigts de l’automne (nous étions au début octobre)

 

roc nantais, dourbie

Puis nous longeons en sous bois  la Dourbie dont les eaux argentées créent un fabuleux jeu d’ombre et de lumière à travers les frondaisons.

 

roc nantais, dourbie

Parvenus au terme de notre périple, nous nous retrouvons au pied du Roc nantais qui, vu sous cet angle, affiche le visage souriant du Boudha !  Mais qui n’aurait pas un air serein devant un tel paysage !


PS: je suis absent quelques jours et prendrai connaissance de vos commentaires à mon retour. merci de votre visite.

 

Texte & Photos Ulysse

 (Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur) 

09:10 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (25)

02/11/2011

Le long des Gorges de la Vis.....

 

vis,navacelles,moulin de la foux,empédocle

L’eau qui nous désaltère et nous caresse quand elle tombe en pluie sur nos visages; l’eau insaisissable dans laquelle on plonge avec ravissement  même quand il y a des glaçons (du moins pour moi et GiBus ); l’eau, qu’Empédocle considérait comme l’un des quatre éléments fondamentaux de l’univers, a une force insoupçonnable : elle abolit les montagnes et entaille de prodigieux « canyons »  !  Et pas besoin de s’appeler Yarlung Zangbo, Cotahuasi ou Colorado pour cela ! Même une modeste et évanescente rivière comme la Vis,  qui prend sa source au pied de l’Aigoual et se jette cinquante huit petits kilomètres plus loin dans l’Hérault, en est capable !

 Pour s’en convaincre, allons visiter les gorges qu’elle a creusées dans le Causse du Larzac, en empruntant le GR7  à partir de St Maurice de Navacelles. Le chemin descend du plateau pour suivre à mi-pente, sur quelques kilomètres,  la rive droite de la rivière, avant de descendre vers le fond du cirque de Navacelles  qui est assurément son chef d’œuvre.

 

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On s’émerveille du travail titanesque accompli par ce mince filet d’eau argenté qui sinue au fond des gorges et qui disparaît même sur une partie de son parcours pour ressurgir au site magnifique des moulins de la Foux. Mais il n’y a là rien d’étonnant car son bassin versant reçoit près d’un mètre d’eau par an soit trois fois la moyenne nationale. De fait, son apparence généralement indolente cache un tempérament fantasque. Ainsi, son débit moyen de dix mètres cubes monte, lors des épisodes de pluie dits « cévenols »,  à cinq cents, voire dans des cas extrêmes, sept cent mètres cubes d’eau par seconde. Ce qui représente alors deux fois et demi le débit moyen de la Seine à Paris et la moitié de celui du Rhône en fin de parcours. Il n’est pas surprenant, donc, que les premiers hommes qui l’ont découverte lui aient donnée le nom de « Vir » (terme indo-européen qui veut dire eau) qui avec le temps s’est transformé en « Vis ».

 

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 En creusant son lit, elle a fait apparaître les chamboulements titanesques auxquels est soumis de temps en temps, et parfois à nos dépends, la croûte terrestre. Ainsi les couches sédimentaires abandonnées par la mer qui recouvrait le Causse du Larzac lors de la période jurassique, il y a environ 150 millions d’années, ont été comprimées et pliées environ cent millions d’années plus tard par la surrection des Pyrénées .

 

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Grâce au patient travail de sape de la Vis, on peut aujourd’hui admirer ce magnifique mille-feuilles de pierre dans lequel, aussi tentant soi-il,  il est  déconseillé d’y plonger les dents !

 

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La vis a pris son temps pour dessiner son lit et ménagé ses efforts. Attaquant en priorité les roches les plus tendres et contournant celles plus dures, elle a tracé des méandres qui lui donnent un air faussement paresseux.  Ses rives sont couvertes d’une dense végétation qui abrite une faune variée, dont notamment le lapin blanc géant du Bouscat dont on aperçoit ici un magnifique spécimen faisant le guet .

 

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Nous découvrons le plus beau de ses méandres qu’elle a d’ailleurs fini par couper pour donner naissance au Cirque de Navacelles, au fond duquel est blotti le village éponyme, dont l’étymologie vient de l’occitan  « Nova Cella » ( nouveau sanctuaire), car il s’agissait probablement d’une extension de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert.

 

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Le village dresse ses maisons au dessus des rives de la Vis, sage précaution des anciens qui ont eu le loisir d’observer - sans doute dans les premiers temps à leurs dépends - que ses eaux n’ont pas toujours l’aspect tranquille qu’elles ont aujourd’hui.

 

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L’ampleur de l’arche du pont qui permet de la traverser témoigne d’ailleurs des périodes tumultueuses qu’elle connaît périodiquement.

 

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Mais pour l’heure, ses eaux tranquilles ménagent  deux pauvres feuilles que la sécheresse de l’été à prématurément grillées et qui finissent leur vie au fil de l’eau. Il y a des fins plus dramatiques !

 

 

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Nous quittons le GR7 pour emprunter le chemin qui remonte sur le causse et nous permet de découvrir le Cirque dans son ensemble, magnifique entonnoir de calcaire de 300 mètres de profondeur dont le fond est occupé par des prairies situées sur l’ancien méandre abandonné.

 

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Sur le Causse perméable et aride, les anciens à force de travail et de patience ont créé, ici et là, quelques champs pour la culture, qu’ils ont  entourés de murs dont les pierres de faîte dressées à la verticale empêchent les moutons, qui règnent en maîtres dans ce pays,  de les franchir.

Alors que le soleil est au zénith et que la montée sur le Causse a grandement sollicité notre énergie, le tapis d’herbe qui s’offre à nous fait naître en nos esprits ramollis par la canicule la tentation d’une sieste réparatrice.

 

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Mais la présence d’une mante religieuse  à l’affût,dont la réputation de mangeuse de mâles n’est plus à faire, nous dissuade de succomber à la tentation.

 

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Et nous poursuivons notre chemin qui surplombe les gorges , un œil sur nos pieds afin d’éviter de sombrer dans le précipice, un autre sur le somptueux spectacle qui nous est offert.

 

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Un œil averti  - comme le votre cher(e) lecteur ou lectrice -  ne manquera pas de noter l’inclinaison de la pente qui varie entre les versants des rives concaves, où le courant accélère, et celui des rives convexes, où le courant ralentit.

 

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L’ énorme masse de roche entraînée par la Vis a fini sa course dans la mer  sous forme de sable ou de graviers.  Ainsi quand on prend un bain de soleil sur les plages du Grau d’Agde à l’endroit où l’Hérault se jette dans la mer, on est loin de se douter que l’on est allongé sur un petit morceau du  Causse du Larzac !

 

Texte @ photos ulysse

( Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur)

 

27/10/2011

Pépites du Luberon (fin) : St Saturnin-lès-Apt et le Colorado provençal

 

colorado,rustrel,st saturnin-lès-apt,truffe

Pour la fin de ce périple dans le parc naturel régional du Luberon, je vous propose de découvrir deux dernières pépites ( il y en  a bien d’autres, mais nous reviendrons) : le village de St Saturnin-lès-Apt et le Colorado provençal de Rustrel

Ancienne étape sur la via Domitia qui reliait le sud de l’Espagne à Rome, St Saturnin-lès-Apt ( « lès » veut dire près d’Apt) est un village deux fois millénaire.
Il est situé au carrefour de régions que tout oppose : Au Nord, le massif froid et austère du Ventoux, au Sud,  le pays accueillant de la Durance , à l'Est,  les basses Alpes pauvres et délaissées, à l'Ouest, le riche Comtat Venaissin, ancien domaine des Papes. Cette situation lui a  longtemps assuré la prospérité dont témoignent les belles demeures qui bordent ses ruelles.

Un brin assoupi (mais qui ne le serait pas avec le chaud soleil méridional ?) il survit aujourd’hui grâce à la viticulture (il fait partie de l’A.O.C Ventouxet au tourisme, le charme et l’harmonie de ses ruelles étant une invitation à se laisser gagner par la douceur de vivre provençale.


 

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Un monument célèbre d’ailleurs cette douceur de vivre : la statue de Joseph Talon, père de la trufficulture du Vaucluse, jouant à la pétanque (avec des boules, pas des truffes, bien évidemment) . Car la truffe est le diamant noir de la Provence , le Vaucluse fournissant les deux tiers de la production nationale.

Joseph Talon eut, le premier, l’idée en 1810 de planter des glands de chênes truffiers pour développer la production de ce fameux « tuber mélanosporum » qui est un champignon hypogé (vivant sous terre), mycorhizé (qui a besoin d'un arbre hôte, comme les chênes verts et blancs en Provence) et saprophyte (car il se nourrit de matières organiques de végétaux en décomposition).

 

 

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Après sa période romaine le village connaît des temps troublés du fait des invasions  « barbares » (Est toujours barbare celui qui nous attaque. par contre,  quand nous attaquons, nous "civilisons" !).  Pour se protéger ses habitants édifièrent en 1009 un château sur la colline qui le domine et l’entourèrent de remparts.

 

 

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Si les hommes  avaient mis au cours de leur histoire, autant d’énergie à s’entraider qu’à bâtir des citadelles pour se protéger les uns des autres, la terre serait aujourd’hui un jardin d’Eden. Mais il faut hélas se faire une raison, même aujourd’hui dans notre monde (relativement ) pacifié et auquel la crise impose un « serrage de vis » général, les budgets de la défense sont partout en augmentation.

 

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Mais étant, comme tout un chacun,  pétri de contradictions  je ne peux m’empêcher d’admirer la hardiesse et la rude beauté de ces édifices. Au demeurant le petit mur-clocher dont le chateau est surmonté et qui appartient à une chapelle intégrée atténue sa sévérité.  Bien que mécréant je préfère de beaucoup les sonneries de cloches au bruit des canons !


 

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Quittons St Saturnin-lès-Apt pour nous rendre vers l’Est à dix kilomètres de là à vol d'oiseau (formule qui me fait sourire car les oiseaux volent rarement tout droit !)  sur le site du Colorado provençal  situé près de Rustrel.

 

 

 

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Celles et ceux qui ont visité le véritable  Colorado  « made in USA » souriront à ce parallélisme sémantique, frappé d’un brin (très gros brin !) d’exagération méridionale.  C’est un peu le pendant terrestre de la sardine qui a bouché le port de Marseille.

 

 

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Mais bon, si ses dimensions sont très très très très loin d’être celles de son lointain cousin américain, les couleurs au moins sont aussi belles !

 

 

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Le site est, il faut le reconnaître, fort pittoresque et reste impressionnant à l’échelle hexagonale.  De fait les proportions sont respectées, les Etats Unis étant environ 17,5 fois plus grands que la France, il est normal que leur « Colorado » soit 17,5 fois plus profond !

 

 

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L’avantage de ce mini « colorado » - outre sa proximité - est qu’il est situé dans un paradis  gastronomique alors que la visite de son cousin « américain » vous condamne à consommer des hamburgers !

 

 

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Et d’ailleurs la buvette fort accueillante du site  pousse le raffinement jusqu’à vous servir une bière méridionale (et oui ça existe !),  La Cagole, divinement rafraîchissante, et là je n’exagère pas ! Qui aurait après ça encore envie d’aller visiter le Colorado "yankee" !

Texte @ Photos Ulysse

(Duplication interdite sans autorisation de l’auteur)



21/10/2011

Pépites du Luberon : 2) Roussillon et le sentier de l’ocre

 

roussillon,ubiquiste,ocre

 Certains villages semblent être l’œuvre d’un artiste : Roussillon en est un parfait exemple bâti sur une colline d’ocre qui fut exploitée pendant plusieurs siècles, avant de devenir un haut lieu touristique.  Tout y est ! La beauté du site, l’harmonie des bâtiments, sans oublier le ciel bleu et la présence d'un bar où l'on sert du (bon) vin au verre !

 

 

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Le crépi des maisons est teinté de cette ocre aux teintes jaune, rouge ou brun violacé qui confèrent une ambiance tonique et chaleureuse au village. Même en décembre on doit s’y croire en plein été !

 

 

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Il n’y a pas de plus belle enseigne pour ce bar que cette vigne de 154 ans !  Quand on honore ainsi cette plante, à mes yeux sacrée, on ne peut servir que du bon vin ! Permettez que je m’absente un instant pour aller y goûter !

Merci de m’avoir attendu, le vin était délicieux :  un Luberon blanc du domaine de la Canorgue idéal pour l'été (c'est l'été indien en Provence) mais excellent  aussi en toutes saisons !  Empruntons maintenant,  si vous le voulez bien, le sentier de l’ocre, dont le point de départ est au pied du village. Quoi ? Que dites vous ? Ah ! vous voulez aussi au préalable goûter à ce nectar ! Bon allons y,  je vous accompagne.

 

 

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Revigorés par ce nectar luberonais,  pénétrons dans cet ancien récif de silice perdu au milieu de l’océan de calcaire qu’est la Provence. Il résulte d’un dépôt d’argile intervenu il y a cent dix millions d’années au fond d’une ancienne mer qui s’est retirée une dizaine de millions d’année après. Ceux qui ont acheté une maison au bord de la mer à prix d’or ferait bien de se méfier car un jour elle pourrait aussi se retirer  !

 

 

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Ces argiles assaisonnées d’un peu de quartz ont été oxydées par du fer qui leur a donné ces couleurs époustouflantes, et, comme  je le fus,  époustouflés vous êtes, n’est ce pas !

 

 

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Ces sols acides sont le royaume de la bruyère callune, du pin maritime, du châtaignier, du genêt à balai, ce qui n’exclut pas des plantes ubiquistes comme le thym, le romarin, le buis, le pin d’Alep, ainsi que les chênes vert et pubescent. Il en va de même pour certains gosiers qui ne supportent que  le vin blanc, d’autres que le rosé et d’autres encore que  le rouge, le mien, lui,  est ubiquiste.

 Le contraste est saisissant entre la végétation et cet univers minéral.  C’est pourquoi c’est une balade  recommandée quand on a un petit coup de blues et que l’on a besoin de se ressaisir.


 

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 On se demande au passage quel philtre magique possède les plantes qui leur permet de fabriquer du vert avec du rouge ? Peut être est ce un processus similaire à celui qu’utilise notre tsarounet Nicolaïev pour transformer des vessies en lanternes. 

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L’ocre  est un produit précieux qui est employé dans de nombreuses applications : dans l'industrie du bâtiment pour la coloration des enduits, des badigeons, des bétons etc. , dans les peintures industrielles et artistiques, dans l'agriculture pour la coloration des engrais, dans l'industrie de la terre cuite, dans la coloration des carrelages et des tuiles, et enfin dans les cosmétiques ( coloration des poudres et des fards). 

 

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Mais bon, n’allez pas pour autant  remplir vos poches d’ ocre car vous ne pourriez rien en faire. Elle implique, en effet, un processus de fabrication complexe avant d’être commercialisée. 

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Habituellement les friches laissées par les activités industrielles sont d'une grande laideur mais ici, exceptionnellement, elles ont créé un site de toute beauté.

 

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Certes depuis la fin de l’exploitation de la carrière, la pluie et le vent y ont ajouté leurs touches en ravinant et rabotant les reliefs et en dispersant les graines des plantes comme ils savent si bien le faire, merveilleux jardiniers fournis par la nature. Mais  soyons beau joueur et reconnaissons que si l’homme n’y avait pas mis  la main  on ne viendrait pas ici y  mettre les pieds !



 

roussillon,ubiquiste,ocre

Bon, c’est bien beau tout ça, mais le soleil aidant, il se fait soif ,  je vous laisse finir la balade tout seul (le chemin est bien balisé) moi je retourne me boire un petit canon au bar de la vigne !

 

 

 

 

 

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Crounch, crounch, crounch, font vos pas sur le sable du sentier.....C'est beau n'est ce pas ? Das ist schön, nicht wahr? It's beautiful, insn't it ? Que bello es, no ? ( mon blog reçoit la visite de nombreux étrangers!).

 

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Pendant que vous marchez,  "Glou, glou"  fait le nectar luberonais en coulant dans mon gosier....Je n'ai mis que deux "glou" pour respecter les conseils de modération de l'Agence Sanitaire qui veille au grain (de raisin si  l'on peut dire ).  car selon sa formule "deux "glou"  ça va, trois, bonjour les dégâts !

Les plus perspicaces de mes lecteurs me feront remarquer qu'avec les deux verres pris tout à l'heure lors de la visite du village, j'en suis à plus de deux "glou". Certes, mais l'Agence sanitaire ne dit pas si on doit se limiter à deux "glou" à la fois ou si l'on doit faire le total. Faute de précision, chacun peut  interpréter la recommandation à sa façon. 

Vous ne vous êtes pas perdus et vous êtes enchantés, c’est parfait !  Le bar est encore ouvert si vous voulez de nouveau vous régaler de nectars luberonais, avec modération, bien entendu !

PS  :L'ami Géo qui tient un superbe blog sur l'histoire des deux roues m'a laissé en commentaire un très beau poème sur le Luberon que j'intègre ci-après à mon texte. J'ai recherché son auteur(e) mais n'ai retrouvé qu'une vague mention à Aragone sur un site de poésie sans autre précision . Peut être que l'un de mes lecteurs ou l'une de mes lectrices pourra nous en dire un peu plus sur le sujet.

 

Mélange de rudesse et de douceur latine,


Tu maquilles ton ciel de Goult à Cucuron

Où pleure la fontaine ornée au mascaron

Fleurant le lavandin que l'abeille butine.


Oublieux des rochers ocrés de Roussillon

Tu reviens à Lacoste où la pierre – ô Justine !*

Est rougissante encore de braise libertine

Qu'attise le couchant d'un rien de vermillon.



Tu serpentes la combe au coeur de Lourmarin ;

Près de Bosco, la tombe offerte au romarin

Où l'Etranger* repose en terre de Provence


Luberon ! au zénith, tu trembles ta chaleur !


De ton décor, Cézanne a posé la couleur,

Un peu comme on inscrit un serment de jouvence !



* Justine : référence à Sade qui vécut à Lacoste

* L'Etranger  : référence à Albert Camus enterré dans le village de Lourmarin


Monique, l'une de mes fidèles lectrices, a aussi laissé en commentaire un extrait de poésie  tiré du  livre le "refuge d'ocre"du photographe André Pharel que j'intègre à ma note:  

(...)
"Des collines d'ocre, 
on ne retient parfois
que ces ravines blondes,
plaies non cicatrisées, 
où de grêles arbrisseaux
irradiés de vert
dispersent leurs racines
dans les cailloux de sable.
Pourtant le trait majeur
du lieu est la richesse,
mélancolie et joie 
tour à tour s'y côtoient."
(...


Texte  & Photos Ulysse (sauf poèmes) 

(Reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur)