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14/10/2011

Pépites du Luberon

 

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Eldorad’Oc vous emmène aujourd’hui à la découverte de quelques « pépites touristiques » du Luberon.  Mais avant d’entreprendre ce périple, permettez moi de vous poser une question : savez vous comment les autochtones du Luberon reconnaissent infailliblement les touristes parisiens ? Non, et bien tout simplement parce que ces derniers parlent du « Lubéron » (avec un accent) alors que ce nom n’en a jamais pris et se prononce « Lubeuron ».  Mais ils sont excusables car  vu les conditions des transports collectifs de la capitale le « bééééée » leur est naturel ! (sans rancune, si vous êtes parisien, car je le fus pendant quatre décennies  et je prononçais aussi Lubéron !).

Mais avec ou sans accent, il faut visiter cette région riche en vieux villages et monuments magnifiquement restaurés. On est à mille lieux du Languedoc et notamment de l’Hérault (où je vis) où les murs de cairons (parpaings) bruts défigurent quasiment tous les villages (heureusement il nous reste les paysages) sans que les autorités compétentes ne réagissent. Mais sont-elles vraiment compétentes ? That is the question !

 

 

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Nous allons visiter l’un des joyaux de ce massif : le village d’Oppède-le-Vieux, étagé sur un éperon rocheux émergeant sur le flanc nord du Petit Luberon. Son nom lui vient d’un oppidum celto-ligure qui l’a précédé. Longtemps propriété des Papes il fut cédé en 1501 à un certain Maynier, ce qui lui vaudra une fâcheuse notoriété. En effet son fils, Jean, premier président du parlement d’Aix-en-Provence, organisa en 1545 avec une férocité inouïe le plus grand massacre de la région : le génocide des Vaudois du Luberon qui révolta l’Europe entière.

 

 

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Partant du cœur du village nous empruntons la magnifique calade qui grimpe vers l’église et passe devant une imposante bastide ceinte de hauts murs. Des arbres indiscrets se penchent au dessus pour voir ce qui se passe dans le jardin intérieur. Qui sait, la châtelaine y prend peut être des bains de soleil en tenue d’Eve.  Qui n’a jamais tenté d’apercevoir, comme ce cher vieux Paul (et comme moi, je vous l’avoue !),  un sein nu entre deux chemises leur jette la première pierre !

 

 

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Ici les ordres minéral et végétal s’entrelacent créant un univers exubérant et apaisant, rustique et friable qui inscrit nos vies dans un temps palpable, au contraire de nos villes intemporelles faites de verre et de béton qui nous font croire fallacieusement à notre immortalité.

 

 

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L’église Notre dame de Dolidon, vieille de quatre siècles, arbore un magnifique clocher octogonal. L’édifice, quoique massif, séduit  par la modernité et l'originalité de son architecture.

 

 

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Le château fut construit au XIII°siècle sous Raymond V de Toulouse, puis agrandi au XIV°, XV° et XVI°siècle. Après avoir servi de demeure à l’horrible jean Maynier, Il est aujourd’hui ouvert à tous les vents et envahit peu à peu par la végétation qui y trouve une protection contre le mistral qui souffle ici parfois violemment.

 

 

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Dans le cimetière plein de charme (ma passion pour les cimetières doit vous sembler bizarre sinon morbide, mais pour bien vivre il faut garder à l'esprit le but du voyage !)  on trouve une plaque avec une épitaphe émouvante et pleine de sagesse: " Le bonheur ne court pas le monde, il faut vivre où l'on est heureux " Pensons à appliquer la maxime qui y est inscrite avant qu’il ne soit trop tard !

 

 

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Nous rejoignons maintenant l’ancienne Abbaye de Saint Hilaire nichée au fond d’un vallon entre les villages de Ménerbes (qui mérite aussi une visite) et Lacoste (où nous irons un peu plus tard), sur une ancien site troglodytique qui fait face au petit Luberon.

 

 

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Occupée par les Carmes du XIIIème au XVIIIème siècles, elle fut vendue comme bien national pendant la révolution puis transformée en exploitation agricole.  C’est aujourd’hui une propriété privée ouverte gracieusement à la visite par ses propriétaires passionnés qui l’ont magnifiquement restaurée.

 

 

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Nous voici à Lacoste, autre vieux village du Luberon,  magnifique « pièce montée » de pierres appareillées,  sillonnée par de  pittoresques calades.

 

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 Le clocher de l’église arbore un élégant campanile. Cette beauté atténue-t-elle la douleur quand le glas y est sonné, comme l’hymne à la joie de Beethoven apaise nos chagrins ?

 

 

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De toute façon d’être ainsi exposée aux intempéries la cloche doit avoir la voix enrouée et inciter  à la pitié ! Qui osera braver le vide pour donner une cuillère d’antirouille à cette pauvre cloche ?

 

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Le village est dominé par un château où vécut quelques années un personnage à la réputation sulfureuse : le marquis de Sade, cet édifice ayant été acquis par son grand-père.

 Il est venu s’y réfugier à plusieurs reprises entre 1771 et 1778 fuyant les scandales qu'il a provoqués dans la capitale en raison de ses écrits pornographiques et des ses mœurs libertine, pour lesquels il sera plus tard emprisonné puis interné. Pillé à la révolution, le château sera démoli en partie  en 1816. Depuis 2001, il appartient à Pierre Cardin qui le restaure et y organise chaque été un festival musical.

 

 

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Une étonnante statue du Divin Marquis, œuvre du sculpteur japonais Yasuo Mizui (1923 - 2008), trône devant le château, dont la symbolique laisse perplexe.  On peut la comprendre comme illustrant l’emprisonnement de Sade tout en suggérant que son œuvre, représentée par ses bras et mains sensuelles libres de toute attache, finit par échapper à toute  censure.

 

 

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Une autre et fascinante statue est installée sur le parvis du château, intitulée « Arbre de Vie » œuvre d’un sculpteur italien contemporain  Ettore Greco.

 

 

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On y voit un homme jaillir d’un tronc d’arbre, saisissant raccourci de la parenté qui unit tous les êtres vivants.  Contrairement à ce qu’affirment les textes religieux qui font de l’homme une espèce à part, nous savons dorénavant que toutes les  formes de vie sur la terre sont issues de la même cellule primitive. Déjà Denis Diderot dans une géniale intuition avait écrit dans le Rêve de d’Alembert en 1769 : « Tous les êtres circulent les uns dans les autres. Tout est en un flux perpétuel. Tout animal est plus ou moins homme,  tout minéral est plus ou moins plante, toute plante est plus ou moins animal. Il n’y a qu’un seul individu, c’est le tout. Naître vivre et passer c’est changer de forme. »

 Alors si dans une prochaine vie nous devons revenir sous la forme d'un arbre, que ce soit sous celle d'un cep de vigne....

 A suivre.....

 

Texte & photos Ulysse

07/10/2011

Périple pyrénéen : Fin - L’ascension du Pic de Montcalm (3077m) et du Pic d’Estats (3143m)

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Après notre pause au bord du lac de Montcalm (voir la note précédente) nous attaquons l’ascension du Pic éponyme. La masse imposante du Pic du Port de Sullo (3073m), qui se dresse derrière nous, pèse sur nos épaules alors que la pente est rude. Notre souffle se fait court et notre cœur se met à battre la chamade. Vous ricanez en pensant que c’est une déplorable excuse. Mais je peux vous assurer que si une ombre humaine ne pèse rien, celle d’une énorme montagne a un certain poids sinon un poids certain, qui s’ajoute à celui de notre sac à dos !

 

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Mais finalement la magie de la marche à pied opère : si la volonté permet de soulever des montagnes, cette pratique désuète qui consiste à mettre un pas devant l’autre et de recommencer  vous permet de les gravir. Pour ceux qui en doutent, essayez et vous verrez,  ça marche à tous les coups.  Bon c’est vrai, dans l’intervalle on sue, on souffle, on se demande ce que l’on est venu  faire dans cette galère  et puis, une fois au sommet, on oublie ces désagréments devant le spectacle somptueux qui nous est offert.

 

 

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A vrai dire, non pas somptueux est le spectacle que l’on a du sommet du Montcalm, mais fabuleux, grandiose, inouï et vraiment « gratos », sans obligation d’achat de fromage de brebis ou autre . La montagne ne nous demande rien, elle s’offre à nous sans retenue, sans restriction et sans pudeur. Nous faisons corps avec elle et nos atomes se fondent avec les siens comme aux premiers moments de l’univers, lorsque notre substance faisait partie des étoiles naissantes.

 

 

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 En face de nous se dresse le Pic dEstats, notre prochain objectif , qui au demeurant n’est pas du même acabit. Autant ce gros pépère de Montcalm porte bien son nom en ayant la délicatesse de faire le dos rond pour que l’on puisse facilement le gravir. Autant le Pic d’Estats , rendu sans doute un brin arrogant par son titre de plus haut sommet catalan,  a l’allure d’un hérisson .

 

 

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Pour accéder à son sommet il faut en effet traverser un chaos rocheux qui demande une vigilance certaine.  Les plus agiles, comme Gibus, franchissent l’obstacle sur deux pattes, d’autres moins doués, comme Bibi, à quatre pattes, mais tous nous arrivons au sommet .

 

 

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Le sommet est, en outre, plutôt étroit,  mais il est fort heureusement équipé d’une croix qui permet de s’accrocher en cas de grand vent. A défaut d’avoir remis l’humanité sur le droit chemin, le martyr du christ permet au moins à quelques randonneurs de ne pas tomber dans le vide. Petite consolation !

 

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En face de nous se dresse le Pic de Montcalm au sommet duquel nous étions tout à l’heure. On devine le chemin d’accès, simple égratignure qui orne son flanc gauche. Ici la nature impose le respect à l’homme qui si souvent, en d’autres lieux, la maltraite et la viole, rasant ses forêts pour fabriquer de l’huile de palme ou du PQ et  la couvrant d’hideuses zones commerciales  où l’on vend du rêve en plastoc !

 

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 Regardant  du coté espagnol, nous apercevons deux lacs aux eaux aussi bleues que celles que l’on peut trouver du coté français. Comme quoi l’affirmation de Blaise Pascal qui a dit « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà » n’est pas d’application universelle puisque les lois physiques sont les mêmes des deux cotés de la frontière.  Ainsi même les plus grands esprits ont leur limite comme le  prouve la  récente remise en cause de l’affirmation d’Einstein sur la vitesse de la lumière qu’il pensait infranchissable.

 

 

coeur,refuge de pinet,montcalm pic d'estats C’est au demeurant grâce à l’universalité des lois physiques que les nuages franchissent les frontières sans problème, à l’exception unique dans les annales historiques du nuage de Tchernobyl qui, impressionné par la détermination de nos experts et de nos hommes politiques, a préféré rebrousser chemin et filer vers l’Italie. Nous pouvons être légitimement fiers de nos experts (Qui a pouffé de rire ? jaune bien entendu !)

 Au sujet des nuages, je me demande d’ailleurs si le vent qui les pousse  bruisse comme il le fait dans les feuillages ? Seuls les oiseaux pourraient nous le dire mais nul homme n’a parlé aux oiseaux depuis Saint françois d’Assise !

 

 

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Craignant, devant une telle beauté, d’être atteint par le syndrome de Stendhal et (surtout !) la faim se faisant sentir nous nous empressons de redescendre au bord du lac de Montcalm pour y picniquer. L’ami Gibus qui a pris de l’avance se prépare à y piquer une tête en vue de prélever quelques glaçons pour le pastis.

 

 

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Nous octroyant deux tournées de pastis pour fêter les deux sommets que nous avons gravis, les glaçons viennent à manquer. Aussi je me dévoue à mon tour pour aller en chercher.  Pour les méditerranéens le pastis c’est sacré !

 

 

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Puis nous reprenons notre descente, allant de cairn en cairn, chacun d’eux étant une œuvre d’art - défiant parfois  les lois de l’équilibre - réalisée par des artistes inconnus.

 

 

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Face à cette nature grandiose nous éprouvons un sentiment d’extrême vulnérabilité mêlé d’une légitime fierté de venir ainsi la défier. Mais il faut se garder de dire que l’on a « vaincu » un sommet, comme on l’entend parfois.  On gravit les montagnes, ou plutôt elles se laissent gravir, on ne les vainc jamais. Elles peuvent un jour nous prendre notre vie, alors que nous n’avons aucun pouvoir sur elles.

 

 

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De nombreux montagnards craignent plus les descentes que les montées et pour cause. Quand on trébuche en montant on ne récolte le plus souvent que quelques égratignures sur les genoux ou le nez. A la descente la gravité vous entraîne dans le vide  et les conséquences peuvent en être plus dramatiques. C’est vrai aussi  en politique où ceux parvenus au sommet - qui ont rarement le courage des montagnards - ne veulent plus en redescendre (t'as la "pétoche", hein Nicolas ! mais tu verras c'est bien aussi d'être père au foyer !)

 

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Mais nous arrivons tous sains et saufs en vue du refuge alors que quelques nuages font le plein d’eau dans le lac tout proche, signe annonciateur d’un changement défavorable du temps. Il était temps !

 

 

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Patrick, gérant du refuge, nous offre l’apéro pour fêter nos ascensions.  La montagne a forgé cet homme chaleureux et  attentionné que je salue au passage ainsi que sa sympathique équipe.

 

 

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Après le dîner, Patrick  et le cuisinier du refuge sortent l’un sa guitare et l’autre son violon pour accompagner nos « miaulements » sur un répertoire de chansons françaises des cinquante dernières années (et oui nous avons l’âge de les connaître !) Ce soir là les isards ont du se demander quels étranges animaux avaient envahi le refuge !

 

 

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Le lendemain matin nous surprenons le soleil au saut de son lit de nuages car il nous faut redescendre vers la plaine avant que la pluie annoncée n’arrive sur les sommets.

 

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 Des isards, sans doute intrigués par nos miaulement de la soirée précédente, assistent à notre départ, précautionneusement installés sur les cimes.

 

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Nous marchons en silence encore « habités » par la beauté des sommets que nous avons gravis. On se dit que malgré l’admiration qu’elle nous inspire la montagne n’a pour l’homme qu’indifférence et  que l’on pourrait mourir ici sans qu’une pierre ne lève le petit doigt pour nous assister. Et puis soudain, un impressionnant battement sourd se fait entendre. Nous stoppons notre descente et explorons des yeux les environs pour déterminer l’endroit d’où vient ce son étrange et déroutant…

 

 

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La stupeur  nous saisit alors car nous découvrons en face de nous la montagne qui nous ouvre son cœur, source de ce battement qui se répercute de vallon en vallon.

 

 

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C’est une déclaration d’amour qu’elle semble ainsi vouloir nous faire, à nous, ses humbles arpenteurs qui avons si souvent fait ses louanges. Nous tombons dans les bras les uns des autres émus par cette manifestation d’amour et nous nous promettons de fêter dignement  l’événement une fois arrivés dans la plaine. Gaïa notre planète, mère des montagnes,  en sera d’autant plus heureuse que c’est elle qui produit les nectars qui serviront à célébrer cet heureux événement.  Nous appliquerons au demeurant la devise des vrais montagnards « Ne laisse jamais passer l’occasion de faire la fête car ta vie passera comme neige au soleil »

 

 

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Et c’est donc dans la joie que notre périple se termine, heureux montagnards auxquels la montagne a ouvert son cœur !

 A la prochaine.....

PS : Pour ceux qui seraient tentés par ces magnifiques ascensions, renseignez vous auprès de Patrick Cortade gérant du refuge de l'Etang de Pinet 

Texte & Photos Ulysse (sauf les 11ème et dernière) 

 

01/10/2011

Périple pyrénéen : 3) La montée au refuge du Pinet (2224m)

 

pinet,auzat,valise de billets,estatAprès l’ascension du Pic de Bassiès, nous projetons de faire celles du Montcalm ((3077m) et du Pic dEstats (3143m) le plus haut sommet catalan. Mais pour cela il nous faut changer de vallée et donc redescendre vers Auzat. Nous partons donc de bon matin alors que les lacs qui entourent le refuge captent avec avidité la lumière brumeuse que dispense dans le ciel le soleil encore invisible.

 

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Après une demi-heure de marche, le soleil fait une entrée fracassante sur le haut plateau couvert d’une prairie  où nous retrouvons les deux magnifiques  « Mérens » (merci Mistigris) rencontrés lors de la montée au refuge. Ces chevaux rustiques mais affectueux sont parfaitement adaptés à la montagne : ils ont le pied sûr et la mémoire des chemins. Ce sont les lointains descendants des chevaux magdaléniens (- 13000ans !) peints sur les parois de la caverne de Niaux située dans la vallée en contrebas.

 

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 Après être redescendus sur Auzat, nous grimpons allègrement – car allègres toujours nous sommes – vers le refuge de l’Etang de Pinet qui nous servira de « camp de base » comme disent les pros ! Sauf que « pros » nous ne sommes pas, ceux-ci étant d’ailleurs parfois des montagnards indignes à la recherche frénétique de l'exploit qui payent des sherpas pour porter leur barda qu’ils ont ensuite la goujaterie d’abandonner en pleine montagne ! Pouah !

 

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 Mes fidèles lecteurs et lectrices savent que nous sommes des randonneurs du genre épicurien, comme en témoigne cette photo prise lors de la pause picnic. Jean-Mi et Ghis, qui vivent à la Rochelle, nous font la surprise de sortir de leur sac une galette du crû sans une brisure. Vous allez penser que la galette devait plutôt avoir le goût et la texture « cimentée » des gâteaux de survie qu’emportent les militaires sur le terrain (j’y ai goûté contraint et forcé dans ma jeunesse !) Mais non pas du tout, elle était délicieusement croquante et beurrée à souhait. Jamais sans doute auparavant une galette rochelaise n’était arrivée intacte et avait été consommée à une telle altitude. Une première mondiale qui hélas est passée inaperçue.

Il est vrai que les medias ont d’autres chats à fouetter avec les va-et-vient de valises de billets dans les coulisses (sordides) du pouvoir. De fait, on en est arrivé à un point où l’on devrait dessiner un régime de bananes sur le drapeau de la république.

 

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A mille lieues des marigots à crocodiles du pouvoir, nous picniquons, pour notre plus grande félicité, en face d’une grandiose chaîne de montagne où l’on  distingue, au milieu, le sommet tabulaire du Pic Rouge de Bassiès  que nous avons gravi hier matin (voir la partie 2 de ce périple).

 

 

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Nous étant remis avec détermination en chemin après ces agapes revigorantes, nous arrivons au refuge de l’étang de Pinet, juste avant que les nuages ne se mettent à fondre. Patrick  gardien du refuge nous y accueille avec la cordialité propre aux montagnards. Vivre dans un milieu difficile vous rend généralement attentif aux autres car  la solidarité y est la clé de la survie.

 

 

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Pendant la nuit, le vent a poussé vers la plaine la couverture nuageuse et au petit matin, les sommets environnants baignent dans une lumière orangée, ce qui est de bonne augure pour notre projet d’ascension.

Le temps qu’il fait ou qu’il va faire est, en effet, le paramètre majeur de la randonnée en haute montagne, Pas question d’aller taquiner les sommets sous l’orage ou pire encore par temps de brouillard. Il arrive que l’on fasse une marche d’approche de plus de mille mètres de dénivelé pour gagner un refuge en vue de faire une ascension et qu’en raison du mauvais  temps l’on doive y renoncer.  Grandeur et servitude de la haute montagne. C’est pourquoi, malgré le poids il est bon de glisser dans son sac un bon roman pour faire face à ce genre de circonstances. Par exemple « La consolation des grands espaces » de Gretel Ehrlich (Albin Michel.

 

 

 

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Les rayons du soleil ayant plus un effet décoratif que calorique, c’est chaudement vêtus que nous empruntons le chemin empierré qui mène au Montcalm (3077m). Même Gibus qui a du être yéti dans son antépénultième existence (pour l’avant-dernière, il était mouflon), et qui habituellement est plus légèrement vêtu que Miss France, a sorti sa parka.

 

 

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Le chemin remonte le flanc droit du vallon encaissé et glacial où coule le torrent qui descend du lac d’Estats. Le règne végétal dans ce milieu hostile est limité à quelques touffes d’herbe qui offrent une maigre pitance aux isards.

 

 

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Au débouché du vallon nous découvrons l’œil noir du lac d’Estats ; la pente se fait alors plus rude et le sentier plus chaotique. Il faut avoir le pied sûr et prendre garde aux cailloux qui roulent sous les chaussures. Nul n’a envie de prendre un bain forcé dans l’eau glaciale du lac.

 

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Nous entrons dans un univers exclusivement minéral . Sur le sol rocheux, le sentier disparaît par endroits et seuls les cairns nous permettent de ne pas perdre notre chemin.

 

 

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Célébrons ici ceux qui ont ouverts et façonnés ces sentiers qui nous permettent d’accéder aux sommets. Quel œil avisé, quelle expertise il faut pour choisir  au milieu de ces chaos rocheux le meilleur passage, celui qui minimise les efforts et les risques. Souvent ces sentiers sont séculaires, tracés autrefois par les bergers (ou les contrebandiers) pour aller d’une vallée à l’autre et aujourd’hui maintenus par des bénévoles de la Fédération Française de randonnée ou d’organismes locaux. Qu’ils en soient remerciés.

 

 

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De temps en temps un replat de quelques mètres permet de reprendre son souffle et de ramener les sourires sur nos visages plus généralement figés dans un rictus. D’autant que le soleil a lui aussi  progressé dans son ascension et nous dispense de nouveau ses rayons par dessus les cimes environnantes.

 

 

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Nous arrivons au bord du lac de Montcalm dont l’état des eaux trahit l’altitude : nous sommes à 2557mètres !  On peut se servir en glace à volonté, mais il n’est que 9H30 et il est un peut tôt pour prendre le pastis ! A défaut nous faisons une pause « fruits secs » pour reprendre quelques forces et poursuivre notre ascension. Car cette marche d’approche n’était qu’un amuse-gueule, les choses sérieuses vont maintenant commencer …. 

A suivre…

PS: Mes lecteurs fidèles savent que j'apprécie l'Auvergne et vais régulièrement y randonner. Aussi aujourd'hui je vous demande de faire un geste en faveur de cette région dont la SNCF veut faire arriver les trains à Bercy (un trou perdu de Paris) et non plus à la Gare de Lyon qui occupe une position quasi centrale bien desservie. Si vous souhaitez soutenir les auvergnats dans leur action pour maintenir le statu quo aller signer la pétition en cliquant  ICI

Pour comprendre les enjeux de cette affaire allez lire la note humouristique de Juliette sur le sujet 

 

 Texte & Photos Ulysse 

25/09/2011

Périple pyrénéen : 2) Le Pic Rouge de Bassiès (2676m)

 

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Pour entreprendre une course en montagne, il faut se lever généralement avant le soleil, ce gros paresseux qui aime faire son lit dans le fond tiède des vallées. On baigne alors dans une atmosphère gris-bleutée qu’illuminent les taches argentées des lacs où se déverse la lumière qui envahit peu à peu le ciel.

 

 

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Soudain vers l’occident, la cime d’un sommet s’allume d’une lumière rose orange ; puis le feu s’étend et gagne les cimes avoisinantes et dévale les pentes, brûlant bientôt les derniers oripeaux de la nuit qui s’enfuit.

 

 

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L’esprit encore un peu ensommeillé nous suivons notre guide Gibus, profitant  des quelques mares d’eau que le sentier longe, pour nous rafraîchir les idées et  finir de nous réveiller.

 

 

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Nous sommes ici au pays de l’ours et d’ailleurs nous en croisons un qui se repose au soleil insouciant des polémiques que sa présence fait naître dans les vallées. Au nom de quel principe l’homme peut-il prétendre décider des espèces qui ont le droit de vivre en ces montagnes ? Une heureuse cohabitation est possible pour peu que chacun y mette du sien, n’en déplaise à ceux qui ont une approche exclusivement « picaillonnesque » de l’existence humaine.


 

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A un détour du chemin, nous apercevons au loin notre objectif, le Pic Rouge de Bassiès (2676m) dont la pente qui mène au sommet ressemble à une piste d’atterrissage. Peut-être est ce en ces lieux d'ailleurs qu’atterrissent et décollent les anges gardiens qui viennent de temps en temps sur terre pour veiller sur nous ; de moins en moins souvent au demeurant, ne trouvez vous pas, mais il faut dire que le comportement de l'humanité a de quoi les désespérer !.

 

 

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Quand on part faire un sommet mieux vaut ne pas trop regarder le but à atteindre sous peine de se décourager. La mesure de nos pas paraît en effet incongrue par rapport à la distance qui nous sépare de l’objectif et l’on doute de  jamais pouvoir l’atteindre.  Il faut alors se concentrer sur soi même, sur sa respiration, son cœur qui bat, s’installer dans son effort comme si c’était un état naturel  et avoir les dix prochains mètres du chemin pour horizon. Cet horizon « glissant » vous aspire alors dix mètres après dix mètres et vous arrivez enfin surpris et infiniment heureux au sommet.

 

 

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Mais pour l’heure nous n’y sommes pas encore  et nous levons quand même parfois les yeux pour jouir du spectacle féerique des montagnes environnantes qui forment une galaxie bleutée dont nous occupons le centre.

 

 

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Parvenus à un col, nous apercevons en contrebas le refuge et le chapelet d’étangs de Bassiès dont pas un souffle d’air ne vient troubler la surface. S’il n’y avait nos coeurs qui battent dans nos poitrines nous pourrions croire le monde frappé, par un sortilège, d’immobilité.

 

 

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Plus nous nous rapprochons de notre objectif et plus la pente devient ardue. Chacun se concentre et regarde ses pieds. Ce qui est beaucoup mieux que de se regarder le nombril comme nous y invite la société d'aujourd'hui. N'oublions pas que c’est avec ses pieds que l’homme a conquis le monde alors que la contemplation de son nombril conduit à un repli sur soi et à une conduite infantile, comme l'illustre abondamment la rubrique "pipole" des tabloïds.

 

 

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Nous faisons une halte « fruits secs » (indispensable aliment du randonneur) sur un replat herbeux, d’où l’on aperçoit le Pic des Carrots dont les contreforts sont revêtus d’une toison forestière. Celle-ci doit atténuer la morsure des grands froids sur sa peau pendant l’hiver, ce qui est bienvenu.  Car quand la montagne a froid, elle frissonne, ce qui provoque des avalanches et des chutes de pierres.

 

 

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 Passant au dessus de l’un des étangs de l’Escalé, nous apercevons à sa surface un immense papillon argenté, surprenant et éphémère mirage crée par le vent.

  

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Nous faisons  une dernière pause avant d’attaquer la pente finale constituée d’éboulis. Quand on voit les montagnes ainsi  taraudées, crevassées, leurs pentes jonchées de blocs de pierres on se les imagine dans leur prime jeunesse avec des parois lisses vertigineuses vierges de toute érosion. Mais il n’en a jamais été ainsi car leur gestation a pris plusieurs millions d’années, poussant de quelques millimètres par an et elles ont donc été ridées dès leur adolescence. Ces rides nous racontent leur histoire. Notre société, atteinte de jeunisme et angoissée par la perspective de la déréliction de nos organismes veut conserver des visages et des corps lisses sans histoire et donc sans vie.

 

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Nous voilà au sommet. Vous en êtes les premiers surpris ! Vous ne vous en pensiez pas capables et pourtant vous y êtes arrivés . Bon, il est vrai que je vous ai un peu aidé, mais la prochaine fois que vous irez seul, je ne doute pas que vous y parviendrez aussi  ! Essayez !

 

 

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La grande fierté que l’on éprouve alors c’est d’être à la même hauteur que les nuages, ces infatigables et merveilleux voyageurs qui nous narguent quand on se traîne en bas dans la vallée.

 

 

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La descente ensuite n’est que du bonheur ! Les jambes te l’esprit sont en « roue libre » et les lacs nous offrent leurs eaux rafraîchissantes.

 

 

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Mais attention !  Que l’extase qui vous gagne à la descente ne se transforme pas en arrogance et vous entraîne à dire : " Finalement le Pic de Bassiès, c’était fastoche " car vous seriez instantanément transformé par les Oréades, nymphes des montagnes extrêmement susceptibles,  en statue de pierre, comme ce pauvre bougre que l'on aperçoit ici  condamné à rester à jamais dans ces lieux ! Mais finalement est-ce un si funeste destin que de devoir rester ici .....?

 A suivre…..

Texte @ Photos Ulysse