suivi de mon blog
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

06/05/2011

De la Baie des Paullilles au Cap Béar

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

 Je ne me prive pas de critiquer la coupable négligence, voire la complaisance, des pouvoirs publics à l’égard des atteintes portées à l’environnement qui sont rarement sanctionnées. Mais je sais aussi saluer les initiatives exemplaires qu’ils savent parfois prendre en ce domaine. La réhabilitation du site de la Baie des Paullilles sur le littoral méditerranéen, entre Port Vendres et Banyuls-sur-Mer,  par le Conservatoire du Littoral avec le soutien déterminant du Conseil Général des Pyrénées Orientales, en est une.

 

Ce site a vu s’installer une fabrique d’explosifs en 1870 à l’initiative de Gambetta qui voulait augmenter les capacités de la France en ce domaine, suite à la débâcle de l’armée française contre la Prusse. A cet égard, notons qu'au cours de l’histoire de France, la plupart des victoires de notre armée - celles du « boucher corse » mises à part - l’ont été contre des peuples non armés, notamment  lors de la colonisation de l'Afrique noire, du Maghreb et de l'extrême orient.

L’emplacement de la baie des Paullilles était idéal pour une telle installation car il était isolé de toute agglomération, ce qui limitait les risques en cas d’explosion. En outre il était doté d’une rivière nécessaire à la fabrication de la nitroglycérine et il était situé à proximité d’un port permettant l’expédition sans risque des explosifs.

 

 

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

 Cinq générations de catalans vont se succéder sur le site jusqu’en 1984 pour produire de la dynamite qui va être expédiée sur les plus grands chantiers des deux derniers siècles : canal de  Panama, base spatiale de Kourou, site de tirs de Mururoa ou encore Port de Fos sur mer.

 

DSC07869.JPG

 

De fait un village de 300 à 400 personnes s’y est développé fonctionnant en autarcie avec ses logements, son école  et son église. Une émouvante photo de quelques habitants a été reproduite sur l’un des bâtiments restaurés. La vie n’y a pas été exempte de drames puisqu’une série d’explosions ont causé au total plus d’une trentaine de mort. De surcroît le contact avec des produits nocifs  affectait la santé des ouvriers qui n’arriveront à faire reconnaître leurs maladies professionnelles qu’en 1981. Si certains se gavent de bonus en faisant courir des risques aux autres, pour d’autres, comme le chante Maître jacques, qui courent des risques pour eux-mêmes, il n’y a que des cactus !

 

Lors de la fermeture de l’usine en 1984 un promoteur a acheté le site dans le but d’y édifier un complexe immobilier pharaonique (pour les gens à « bonus ») avec une marina de 500 anneaux. Ce projet fou ne verra heureusement pas le jour grâce à une forte mobilisation locale.

 

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

 C’est en 1998 que le site est finalement racheté par le Conservatoire du Littoral avec le soutien du département en vue de l’ouvrir au public et…. aux ânes catalans dont ils ont entrepris de sauver la race en voie d’extinction.  Des élus qui sauvent « des ânes si doux qui marchent le long des houx » chers au poète, ont droit à mon respect !

 

 

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

Outre une vaste prairie et une pinède, le site comporte un magnifique jardin qui entourait l’habitation du directeur du site et qui a été magnifiquement restauré et développé.

 

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

Le site donne directement sur  « la mer que l’on voit danser le long de golfes clairs avec des reflets changeants «  comme le chantait  Charles

 

 

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

On peut se baigner dans la baie des Paullilles où bien alors emprunter le chemin qui mène à la plage de Bernardi où est installé en retrait le domaine du Clos des Paullilles et où je vous conseille d’aller déjeuner ou dîner sur une terrasse où l'on entend murmurer la mer. On peut  également y acheter de divins nectars.

 

 

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

De la gauche de la plage de Bernardi (en regardant la mer)  part un magnifique sentier côtier qui vous mène en une heure au Cap Béar

 

 

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

Il faut l’emprunter de préférence au printemps lorsque les cistes et les genêts sont en fleurs et que les touristes ne sont pas encore trop nombreux, car il est parfois difficile de s ‘y croiser !

 

 

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

De petites criques sauvages où d’heureux terriens ont pu construire une maisonnette sont propices à la baignade, avec le risque toutefois de sortir de l’eau en ressemblant à une pelote d’épingles en raison de la présence d’oursins ! Donc prudence !

 

 

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

Par endroits le chemin gravit des falaises et vous amène à la hauteur des mouettes qui tentent de vous faire comprendre que vous entrez sur leur domaine.

 

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

 Mais ne vous laissez pas distraire par ces volatiles et regardez où vous mettez les pieds sinon vous risquez de faire un vol- sans plané- jusqu’à la mer !

 

dynamite,gambetta,cap béar,paullilles

On découvre enfin le cap Béar surmonté de son phare  et dans les replis duquel se niche un hameau qui est l’un des endroits sur tettre qui ressemble le plus à l’idée que je me fais du paradis !

 

Texte & photos Ulysse (éléments d’informations extraits du dépliant remis au superbe centre d’accueil du site des Paullilles, également lieu d’expositions)

 

 

29/04/2011

Derrière la carte postale paradisiaque, le cloaque !

 

DSC06865.JPG

Le 30 décembre 2008 j’avais posté un article ironique sur la merveille gastronomique qu’est l’huître de Thau, dont la capitale est Bouzigues. Le clocher de ce pittoresque village domine fièrement ses maisons colorées qui semblent flotter sur les eaux ultramarines de l’étang. Il pourrait bientôt sonner le tocsin pour annoncer la mort des huîtres qui l’ont rendu célèbre. Les naissains meurent, en effet, contaminés par le virus OsHV-1 dont le développement , d’après les experts,  serait favorisé par la dégradation de la qualité de l’eau et l’exploitation trop intensive.

 Quand on suit le bord de l’étang à partir du village en direction de Balaruc-le-Vieux, on n’est guère surpris par ce phénomène, car l’envers de cette carte postale qui nous fait rêver est un cloaque qui semble, au demeurant, laisser indifférent ceux qui y vivent comme ceux qui en ont la gestion.

 

 

DSC06791.JPG

 Et pourtant ici tout a été donné à l’homme pour en faire un paradis : Le climat est doux et les eaux riches et tempérées de l’étang étaient, à l’origine, favorables au développement des poissons et des coquillages.

 Une armada de petits pêcheurs et ostréiculteurs vivaient de cette manne, qui aujourd’hui, sous l’effet de la pollution et de la surexploitation, est en voie de disparition.

 

 

DSC06792.JPG

Le port de pêche devient peu à peu un musée où les barques anciennes ne voguent plus que sur les toiles des peintres du dimanche dont les pinceaux immortalisent un monde et un mode de vie en voie de disparition.

 

DSC06802.JPG

 Les pêcheurs à la ligne, désabusés, posent leurs cannes à terre et se perdent dans des rêveries en contemplant un horizon qui fut autrefois marin et qui est aujourd’hui dévoré par l’urbanisation galopante.

 

DSC06818.JPG

La nature, dans un  baroud d’honneur, essaie de faire illusion et dresse la toison rose de ses tamaris en fleurs pour pimenter la douce monotonie bleutée du ciel et de l’étang.

 

DSC06826.JPG

Mais les nombreux déchets qui jonchent les rives nous rappellent la présence délétère de l’homme .  Nous avons ainsi le choix entre la vue sur le village de Balaruc-le-Vieux avec roue équipée de son pneu ...

 

DSC06816.JPG

…ou bien avec bidons en plastique….

 

DSC06833.JPG

Ou encore avec vieux canapé rouillé sur lequel on ne peut même pas s’asseoir !

 

 

DSC06834.JPG

…ou bien, luxe suprême, avec contenu intégral d'une poubelle ….

 

DSC06830.JPG

…poubelle, que l’on retrouve d’ailleurs un peu plus loin. Ne manquent pour gâcher définitivement le paysage que la "bobine" des cancrelats qui ont abandonné ces déchets !

 

DSC06828.JPG

Admirons au passage ce bucolique petit rû qui se jette dans la Crique de l’Angle non loin de laquelle sont installés des parcs à huîtres....

 

DSC06829.JPG

 

....dont voici d'ailleurs l' embouchure !  On se demande, en voyant ces détritus, si celui qui a rédigé les prospectus vantant le goût de noisette des huîtres de Bouzigues en a vraiment mangé ! Ou alors il avait sacrément abusé du Picpoul qui est, au demeurant, un excellent antiseptique gastro-intestinal!

 

DSC06827.JPG

 Pour couronner le tout,  les gestionnaires locaux ont eu l’idée – fort louable au demeurant - de créer une piste cyclable reliant Bouzigues à Balaruc-le-Vieux . Sauf qu’au lieu de faire en sorte qu’elle s’intègre parfaitement au paysage, ils ont eu la lumineuse idée de la peindre en jaune canari . Imaginez un peu que l’on peigne les chemins de randonnée en vert pomme ou rouge cerise, ça serait d’un chic !

Il aurait été préférable de consacrer le budget « peinture «  au nettoyage des rives de l’étang que la piste longe, mais ces déchets apparemment ne dérangent personne !

  

DSC06863.JPG

 

De fait, ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la manière dont on traite l’environnement en France avec la coupable indifférence des pouvoirs publics. On peut se demander ce qu’il est advenu de la révolution écologique promise par notre tsarounet Nicolaïev lors du lancement du « Grenelle de l’environnement ». Comme l’a écrit le chroniqueur Nicolas Delesalle, du point de vue mathématique, le président n’a pas menti si l’on considère qu’une révolution est un tour sur soi-même avec une arrivée au point de départ. Mais pour le reste, il a bien vite remis les pendules à l’heure en déclarant au salon de l’agriculture en 2010 que « l’environnement ça commence à bien faire ! »

 

Et c’est comme ça que notre pays reste le pays d’Europe le plus nucléarisé et où les énergies renouvelables sont le moins développées alors que le potentiel solaire et éolien est considérable, celui qui a la plus forte densité d’autoroutes  et le plus faible taux de fret ferroviaire, qui utilise le plus de pesticides et dont le taux d’incinération des déchets est le plus élevé.

Et si l’on continue sur notre lancée, cet arbre préfigure l’aspect de nos campagnes d’ici une cinquantaine d’années.

 

DSC06874.JPG

De même que ce quai inactif préfigure l’état de nos ports de pêche et de nos exploitations conchylicoles  demain.

 

 

DSC06849.JPG

Pourtant ces beautés qui nous entourent me sont aussi nécessaires que l’air que je respire  et j’avoue ne pas comprendre que l’on puisse leur être indifférent ou leur porter atteinte.

D’ailleurs, devant le spectacle désolant des rives de l’étang cet arbre, au moment où je passais,  voulait se noyer et je l’ai rattrapé par les branches de justesse !

 

DSC06845.JPG

Même les flamants roses qui n’ont pourtant qu’une cervelle d’oiseau se rendent compte de notre ignominie et s’envolent haut dans le ciel pour ne plus voir nos méfaits !

Notre pays se croit hautement civilisé et pourtant nous sommes loin du compte. Je conclurai par ce témoignage d'Yves Simon, auteur-compositeur et écrivain de talent qui écrit régulièrement une chronique dans un grand quotidien. De retour du japon, il racontait avoir vu dans la région où s'est produit le tsunami suivi de la catastrophe nucléaire de Fukushima, une jeune femme face à l'océan prier les mains jointes et demandant "Pardon à l'eau et à la mer , nous vous avons fait tant de mal ".

Nous aussi pourrions non seulement demander pardon mais  également changer notre comportement à l'égard de la nature si nous voulons éviter de futures catastrophes.

PS : Je vous invite à aller écouter Jean Ferrat  qui chante une chanson de circonstance sur ce lien que m'a communiqué Maria qui tient le superbe blog poétique " Mémoire du silence" et que je remercie chaleureusement

 Texte @ Photos Ulysse

17/04/2011

Visite à Notre Dame du Lieu Plaisant

 

st guilhem,nymphes,gaïa,ermite

L’eau est une denrée rare et précieuse dans la région des Monts de Saint Guilhem, vaste zone calcaire poreuse comme un buvard, dans les tréfonds de laquelle la pluie s’évanouit sitôt tombée.  Elle y a d’ailleurs creusé de prodigieux avens et de fabuleuses grottes comme Clamouse. Parfois à la sortie d’un hiver pluvieux, on peut la voir, spectacle rarissime, cheminer dans le creux d’un canyon que des millions d’orages ont fini par creuser, tel celui du Joncas situé non loin du village d’Arboras.

  

st guilhem,nymphes,gaïa,ermite

La présence épisodique d’eau favorise la pousse de la végétation dont se nourrissent les moutons de la bergerie départementale de la Font du Griffe, nichée non loin de là  au pied du Pic St-Baudille . Saluons ici l’initiative du département qui a aidé à  la création de cette bergerie pour permettre le maintien d’activités traditionnelles dans ce secteur et éviter sa désertification. Il est réconfortant de constater que tous les deniers publics ne servent pas à organiser des pince-fesses où les « happy-few » viennent se gaver de petits fours.

 

 

st guilhem,nymphes,gaïa,ermite

Sur les hauteurs rocailleuses et arides qui dominent le canyon, seuls les pins parviennent à trouver leur subsistance et à survivre. Ils luttent orgueilleusement contre le vent qui emporte dans le ciel les touffes de la toison laineuse que les buissons de houx  ont volées aux moutons.

 

 

st guilhem,nymphes,gaïa,ermite

Nous remontons le ravin de la côte en direction du Cap de la Pousterle. J’aime ces lieux sauvages encaissés où le monde naturel préserve son mystère et où l’on a le sentiment étrange d’être observé . On y éprouve les sentiments de l’homme primitif quand le monde était encore à découvrir et que des nymphes a demi nues   hantaient les forêts, les montagnes, les vallées, les sources, les rochers, les grottes et les rivages.

 

 

st guilhem,nymphes,gaïa,ermite

Nous abordons le domaine du Pin de Salzmann, cet arbre majestueux dont l’espèce fut identifiée au milieu du XIXème siècle par un botaniste allemand qui vivait à Montpellier et lui donna donc son nom. Cette histoire  nous confirme que ce sont souvent des étrangers à notre pays ou à notre région  qui nous le font le mieux découvrir. La familiarité nourrit la prétention et tue la curiosité.

 

 

st guilhem,nymphes,gaïa,ermite

D’un port très élégant et souvent flexueux, cette variété de pin se contente de sols très pauvres et colonise une grande partie du secteur des Monts de St-Guilhem. Son faible intérêt économique a aidé à sa préservation.

 

 

st guilhem,nymphes,gaïa,ermite

En franchissant le col du Ginestet nous apercevons un pénitent en pleine méditation . L’ayant salué il nous révèle qu’il est l’ermite qui réside à Notre Dame du Lieu Plaisant ou de Belle Grâce situé près d'une source, en contrebas du col. Il est le lointain successeur de Jean D'Albe, laïque du diocèse de Lodève qui, en 1395, reçut par une bulle du pape l'autorisation exceptionnelle d'y établir un lieu de prière et de recueillement tout dévoué à la foi catholique. 

 

 

DSC06646.JPG

 

 Le laissant à ses méditations, nous rejoignons son ermitage dont le jardin est ouvert au public sous réserve de respecter le silence des lieux, les bruits de mastication et les glous-glous (discrets !) étant toutefois tolérés, ce qui nous  permet d’y prendre notre pique-nique.

 

st guilhem,nymphes,gaïa,ermite

 M’étant copieusement tapé la cloche je résiste à la tentation enfantine de tirer sur celle de l’ermitage. Pourtant qu’il doit être agréable d’entendre le tintinnabulement de cette modeste cloche s’élever dans le ciel matinal ou vespéral et ricocher sur les flancs du vallon. Son chant doit être plus réconfortant pour nos oreilles et notre âme que le carillonnement des cloches médiatiques qui nous filent le bourdon !

 

 

st guilhem,nymphes,gaïa,ermite

Depuis que la vie est apparue sur la terre, il y a eu cinq épisodes d’extinctions massives qui ont failli la faire disparaître, mais toujours elle a rebondi, de nouvelles espèces prenant le pas sur celles qui dominaient précédemment.  Quand on voit ce pin se dresser sur cette position improbable, on ressent la force de cette énergie vitale. C’est un exemple et une leçon pour nous qui passons : ne jamais se résigner ! Garder haut les cœurs et le coude pour boire en toutes occasions à notre santé et prospérité et à la votre aussi chers lecteurs !

 

 

DSC06665.JPG

 

 

Le paysage que nous traversons, taraudé par les intempéries : eau, vent, gel, chaleur, me donne le vertige. Ma vie sera passée sans qu’une nouvelle éraflure orne ces parois décaties.  La litanie de mes jours, de mes bonheurs, de mes souffrances durera moins qu’un battement de cils dans l’histoire de l’univers. Mais pourtant cet univers n’existe que dans la conscience de l’homme. Nous ne sommes qu’une particule éphémère qui pourtant conçoit le tout : vaste mystère !

 

 

st guilhem,nymphes,gaïa,ermite

Ces chandelles de pierre qui dominent le canyon du Verdu sont comme des bougies d’anniversaire célébrant le cinq milliardième printemps de Gaïa. Elle avait, jusqu’à ces derniers siècles, préservé se jeunesse et sa vitalité, mais notre manque de respect  à son égard lui a donné quelques rides et cheveux blancs. Si les « Grenelles » nationaux et mondiaux de l’environnement continuent de faire « pschitttt » on peut craindre qu’un de ces jours elle nous fasse un infarctus , nous précipitant tous au cimetière !

 

 

DSC06666.JPG

En attendant , elle a encore de beaux restes et n’ayons de cesse de les admirer et de les faire connaître en espérant que nos congénères lui manifesteront un peu plus de respect et sauront ainsi la préserver….et nous avec !

PS : Pour visiter Notre Dame du Lieu Plaisant le mieux est d'effectuer la randonnée (4H) décrite dans le Guide "l'Hérault à pied" de la F.F.R (Série TOPOGUIDES)

 Texte & Photos Ulysse 

10/04/2011

Quand le soleil a le blues, allez à Fontrabiouse !

 

DSC06163.JPG

Celles et ceux qui ont eu l’audace de suivre nos pérégrinations  sous la pluie autour de Formiguères savent que nous ne manquons ni de courage ni de détermination. Mais si un jour de pluie, ça va ! Deux  jours, bonjour les dégâts ! Sur les godasses de rando, tout d’abord, qui se transforment en éponges, et puis sur le moral, ensuite, qui commence à chavirer, surtout quand on est habitué au ciel bleu du sud .

 Au matin du deuxième jour, le soleil ayant donc  toujours le blues et restant désespérément planqué sous sa couette de nuages, nous décidons de nous mettre à l’abri en allant visiter la grotte de Fontrabiouse.

 

DSC06098.JPG

 Bon, vous allez me dire qu’une grotte n’est pas non plus un endroit des plus secs, vu que l’eau y est à l’œuvre vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour créer d’étonnants spéléothèmes : stalactites, stalagmites, pisolithes, fistuleuses, draperies, piliers, colonnes et autres curiosités minérales.

 Mais ici pas question de trombe d’eau,  mais d’un délicat goutte à goutte qui ne met pas en péril votre étanchéité.

 

 

DSC06108.JPG

Nous avons vu à Mourèze (voir une note précédente) que la pluie pouvait dissoudre les montagnes. Et bien on découvre ici les œuvres que l’eau réalise au moyen des minéraux (essentiellement du sel de calcaire) qu’elle leur dérobe. Au contact de l’air de la grotte ces sels minéraux cristallisent en effet et forment tout d’abord des « fistuleuses », ces longs spaghettis blancs de quelques millimètres de diamètre qui poussent de 1 à  2 centimètres tous les 10 à 15 ans.

 

 DSC06135.JPG

 Au fil du temps – on parle ici en dizaines de milliers d’années – les fistuleuses s’épaississent et se transforment en stalactites qui, comme chacun le sait, bien sûr, vient du grec « stalaktos » qui veut dire couler goutte à goutte.

 

DSC06112.JPG

 Mais les gouttes d’eau qui tombent ainsi des fistuleuses et stalactites conservent une partie des sels minéraux qu’elles transportent et qui cristallisent également en touchant le sol.  Cela conduit à la formation des stalagmites puis quand stalactites et stalagmites se rejoignent , des colonnes.

 

 

DSC06137.JPG

Quand les gouttes ruissellent sur des corniches, les concrétions peuvent prendre des formes étonnantes dont la couleur varie en fonction des métaux présents dans les roches dissoutes en surface (fer, cuivre, manganèse etc…)

 Ainsi, pour peu que l’on ait l’imagination fertile et que l’on soit porté sur la fantasmagorie et aussi - pour certains -  sur le nectar local , on peut apercevoir des fantômes flotter dans l’espace….

 

 

DSC06140.JPG

…ou bien un cerbère défendre l’entrée d’une cavité où gît, peut être, un filon d’or !

 

 

DSC06148.JPG

Là, c’est un molosse qui veille jalousement sur  un empilement de cuisses de poulets qu’on se garde bien de toucher  (A chacun ses fantasmes !).

 

 

DSC06150.JPG

Courageux mais pas téméraire, on dédaigne les morceaux de volaille pour  se contenter d’un œuf sur le plat !

 

 

DSC06159.JPG

Mais l’eau ne se limite pas à ces sculptures facétieuses, elle révèle aussi un talent digne d’un Michel Ange , d’un Rodin ou d’un Maillol en couvrant les parois de la grotte de draperies qui siéraient fort bien à la Vénus (pas facile à conjuguer ce verbe seoir !) qui hante les jardins du Château de Versailles. La pauvre n’a été, en effet, qu’à demi drapée par son créateur  qui s’est montré un peu radin à son égard à moins qu’il n’ait été guidé par la concupiscence . Mais quels que soient ses motifs, personnellement je lui en sais gré de pouvoir ainsi contempler son corps admirable  à demi dénudé.

 

 

DSC06177.JPG

 Ces draperies prennent parfois une allure de méduse dont on craint qu’elle ne soit, de fait, l’une des Gorgones, monstres de l’enfer, dont parle Homère, qui transformaient en pierre quiconque osait les regarder. N’ayant pas été personnellement pétrifiée en prenant la photo vous pouvez la contempler en toute sérénité.

 

DSC06181.JPG

C’est toutefois d’un pas hésitant que nous passons devant ces êtres cavernicoles tentaculaires, les peurs ataviques de notre cerveau reptilien l’emportant sur le raisonnement cartésien de notre néo-cortex.

 

DSC06196.JPG

 Nul ne peut rester indifférent devant ces sculptures aquatiques qui sont en quelque sorte la chapelle Sixtine de H2O ! Et je dois vous avouer que de contempler de telles œuvres d’origine aquatique me rabiboche un peu avec ce liquide que je tenais en piètre estime.


DSC06193.JPG

Une dernière frayeur nous attend au terme de notre voyage souterrain quand nous croisons un grand squale qui nous guette la gueule béante bardée de dents acérées comme des poignards. Mais ce n’est qu’un stratagème du guide pour nous inciter à lui donner un bon pourboire afin qu’il nous ouvre la porte de sortie !

 

 

Texte & Photos Ulysse

17:52 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (23)