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16/10/2010

Périple en Andorre 4 - Le pic de Coma Pedrosa (2934m)

 

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Pour notre dernière escapade, nous avons prévu de grimper le Pic de Coma Pedrosa (2934mètres) plus haut sommet de l’Andorre. je dis « prévu » car la partie terminale de l’itinéraire est considérée comme assez technique et il est fortement recommandé de ne pas s’écarter des balises sous peine de redescendre bien plus vite qu’on le souhaiterait !

C’est la raison pour laquelle, nous formons deux groupes : le premier constitué des garçons (jamais disponibles quand il s’agit de passer l’aspirateur, mais toujours prêts à relever les défis les plus idiots) et le second composé de nos épouses que nous devons - si tout se passe bien - retrouver après l’ascension, auprès du Lac Nègre pour le pique-nique. Au moment du départ, inquiètes sont nos compagnes qui nous recommandent la plus grande prudence. Ca fait toujours plaisir de savoir que l’on tient à nous !

C’est d’ailleurs un test que je vous conseille, chers amis lecteurs, si vous doutez des sentiments que l’on a pour vous. Dites à votre compagne « tiens, j’irai bien grimper le Pic de la Coma Pedrosa  » et attendez la réaction. Si on vous dit « Tu as bien raison , va prendre l’air », vous avez du souci à vous faire ! »

 

 

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Notre plan de vol se déroule comme prévu ( je dis « vol » car vu l ‘allure à laquelle Gibus mène le train, nos pieds touchent à peine terre) et nous arrivons en vue de lac Nègre dans le délai anticipé.

 

 

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A partir de là, ce qui n’était qu’une marche d’approche un peu sportive devient une véritable ascension. Après une demi heure de crapahut dans les éboulis, nous croyons être en vue du sommet et pensons alors, bien que ce passage ait été plutôt sportif, que la sulfureuse réputation faite au Pic est bien surfaite. Mais le Pic cache bien son jeu !

Car si vous regardez avec attention la photo ci-dessus, vous constatez que derrière le sommet au premier plan figurent quatre mamelons en alignement. Et pour gravir ces quatre mamelons, nous avons dû nous transformer en araignée et chercher un passage en suivant les quelques marques jaunes peintes ici et là sur des rochers en surplomb. Vous comprendrez que je n’ai pas pu immortaliser ces instants en prenant des photos, j’en suis désolé !

 

 

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La somptueuse vue que l’on a sur les chaînes de montagne environnantes en arrivant au sommet vous donne une idée de l’étroitesse des lieux. Pour cheminer sur certaines d’entre elles il faudrait avoir l’agilité et les neuf vies d’un chat.

 

 

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Mais vu que nous n’avons (jusqu’à preuve du contraire) qu’une existence, nous faisons tout pour la préserver en restant précautionneusement au sommet et en évitant de se bousculer

 

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L’heure du rendez vous avec nos compagnes approchant, nous nous arrachons à ce lieu envoûtant et dévalons la face nord afin d’éviter d’avoir à repasser par les quatre mamelons de rochers cahotiques que nous avons dû franchir à l’aller.

Mais la pente est fort ardue, le sol meuble et glissant et en cas de chute il n’y a rien, ni végétation, ni rocher pour nous retenir. Cela n'empêche pas Gibus, qui semble avoir des semelles en « post it »,  de  prendre le large comme à l’accoutumée.

 

 

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Par contre, nous, les besogneux, aussi agiles que des fers à repasser, freinons de nos talons autant que nous pouvons, soulevant des volutes de poussière, ce qui provoque soudain le déblocage d’une pierre grosse comme un ballon de football. Elle se met à dévaler la pente à vive allure en se dirigeant vers Gibus en contrebas.

 

 

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Nous hurlons à l’unisson afin qu’il sorte de la trajectoire, sous l’œil intéressé d’un vautour fauve qui croit voir son déjeuner assuré Heureusement Gibus perçoit à temps notre clameur et en trois sauts dignes d’un isard se met hors de portée de la pierre. Nous en sommes quitte pour une bonne montée d’adrénaline ! Le vautour s’en va dépité !

 

 

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Nous parvenons sans autre frayeur auprès du lac Nègre qui, vu sous cet angle, est plutôt bleu outremer. Sans doute a-t-il adopté ce séduisant atour afin de nous tenter et nous attirer dans ses eaux . Mais l’heure n’est pas à la baignade, notre priorité étant d’aller au plus vite rassurer nos compagnes.

 

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La présence d’un névé à proximité vous donne au demeurant une indication de la température de l’eau. Mais vous savez bien que ce n’est pas cela qui peut nous dissuader de prendre un bain.

 

 

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Le chemin passant au ras de ce névé, il faut prendre garde à ne pas glisser et tomber en dessous sous peine d'être transformé en hibernatus.

 

 

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Nous franchissons le champ de pierres cahotiques d’une ancienne moraine où les cairns nous permettent de ne pas perdre notre chemin. Derrière la moraine nous retrouvons enfin nos compagnes pas si inquiètes que ça (la vie n’est faite que d’illusions !). Le récit de l’accident dont a failli être victime Gibus les rend un peu plus démonstratives (les hommes sont tous des grands enfants qui ont besoin d’attirer l’attention !)

 

 

 

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Après avoir transvasé le contenu de nos sacs et de nos bouteilles (je ne dirai pas de quoi, vu que la L.A.O veille !) dans nos estomacs affamés et nos gosiers assoiffés, nous faisons une sieste réparatrice. Quel bonheur de pouvoir ainsi en toute confiance s’abandonner aux rayons du soleil, aux caresses du vent, aux regards concupiscents des vautours ( les vautours sont d’ailleurs bien les s euls qui nous regardent encore avec concupiscence !)

 

 

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Il est l’heure de reprendre le chemin de la vallée que surplombent de formidables murailles de pierre noire, surgies il y a plusieurs dizaines de millions d’années des entrailles incandescentes de la terre.

 

 

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Carpe diem, voilà les mots qui s’imposent, car en ces lieux tout n’est que beauté, calme et volupté.

 

 

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A mi-chemin, sur un grand plateau herbeux des chevaux à demi sauvages folâtrent, nous donnant le sentiment d’être revenus à un temps édénique. Dieu est vraiment un vieillard irascible et sadique de nous avoir chassés du paradis pour une malheureuse pomme dérobée, alors qu’elles se vendent à un euro le kilog chez l’épicier du coin.

 

 

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Gibus qui, comme Robert Redford,  sait parler aux chevaux (avez vous noté, qu'ils ont le même chapeau !) leur raconte sa mésaventure et la déconvenue du vautour qui croyait son déjeuner assuré , ce qui les fait bien rire !

 

 

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Notre chemin suit un moment un torrent dont les eaux riches en sels minéraux parent de blanc les rochers de son lit.

 

 

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Nous y trempons les gambettes, et la tête , et le reste, alouette ! alouette, gentille alouette, alouette …où es tu passée ?

 

 

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Et voilà en première mondiale enfin dévoilés…. mes mollets en plein exercice, photographiés à mon insu par Gibus! je les expose non pas pour m’en glorifier mais pour au contraire vous montrer qu’ils n’ont rien d’extraordinaire et vous prouver ainsi que les vôtres feraient aussi bien l’affaire et pourraient, si vous le vouliez, vous emmener ou je vous ai emmenés !

 

 

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Les plus belles choses ayant une fin , ce qui au demeurant contribue à leur beauté, il est temps de vous quitter et de vous saluer. Marie, Monique, Ghislaine, Suzanne, Christiane, Nelly, Gibus, Rémi, Jean-Michel, Georges, Jean-Claude et moi même vous remercions d’avoir suivi notre périple en espérant qu’il vous a dépaysés.

 

 

 

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A la prochaine !

 

Texte Ulysse & Photos Ulysse et Marie/Gibus (5,7, 9, 16, 18)

 

12/10/2010

Périple en Andorre – 3 – les étangs de Langonella

 

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Nous voilà au troisième jour de notre séjour en Andorre et nous prenons la direction des étangs de Langonella, nichés à environ 2500 mètres d’altitude au pied de la Serra del Cap de la Coma, dont le plus haut sommet est le Pic de Langonella avec ses 2815 mètres.

L’objectif du jour étant accessible à tous les membres du groupe nous cheminons tranquillement à la queue leu leu, chacun perdu dans ses pensées et ses méditations ponctuées de coups d’œil admiratifs au paysage environnant.

Nos conditions de marche sont idéales : ciel bleu, température clémente, sol herbeux ! Quand il en est ainsi la marche vous procure des moments parmi les plus gratifiants de votre existence et c’est gratuit ! Oh il doit bien y avoir une tête d’œuf au ministère des Finances qui se creuse la tête pour savoir comment on pourrait imposer l’air que nous respirons, mais vu la quantité phénoménale d’air que brassent et avalent au cours de leurs discours nos hommes politiques, il y a heureusement peu de risque pour que cela aboutisse un jour .

 

 

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Nous sommes à une altitude où les alpages abondent et nous croisons un troupeau de chevaux à demi sauvages qui nous ignorent superbement. Ils ne connaissent pas leur bonheur de ne pas subir le sort de leurs congénères du PMU contraints de courir à bride abattue, quel que soit le temps, pour le compte de quelques bipèdes ventripotents. L’homme se prend pour l’être le plus évolué et le plus abouti de la création, mais on peut en douter quand on le voit prendre plaisir à torturer les animaux dans le cadre de combats de coqs, de chiens, de corridas  ou à les égorger au nom d’un dieu, pauvre divinité qu’il prend en otage et rend complice de sa cruauté.

 

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Nous arrivons sur les berges du premier lac où nous établissons notre camp pour honorer deux des plus agréables fonctions dont nous a dotés notre créateur ou créatrice (je pencherai plutôt pour une créatrice vu que les femmes sont plus sophistiquées que les hommes) : la faim et la soif (je vous laisse le soin de deviner les autres).

 

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L’observation faite dans ma dernière note sur la relativité de la couleur des choses trouve en ce lieu une éclatante confirmation : l’eau du lac se parant de bleu outremer ou de vert bouteille (devinez la couleur que je préfère) selon la rive d’où on le contemple

Le bleu est si profond et si dense que l’on a le sentiment que l’on pourrait marcher sur les eaux, ce qu’heureusement je n’ai pas réussi à faire. Je dis « heureusement » car je n’ai aucune vocation pour mener une vie exemplaire à laquelle j’aurais été contraint si jamais cela s’était produit !

 

 

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Après nos agapes, nous partons à la recherche du second lac de Langonella qui révèle soudain ses eaux turquoises du haut d’un promontoire. Ces lacs sont comme autant de pierres précieuses qui ornent les replis des montagnes. Gaïa est, somme toute, une grande coquette qui ne cherche qu’à séduire le soleil et nous sommes leurs enfants !

 

 

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Nous n’avons pas hésité une seconde à nous plonger dans ces eaux tentatrices, mais je préfère vous laisser admirer ces lieux dans leur virginité pastorale, sans la présence de nos vieillissantes carcasses dont les eaux transparentes n’auraient rien caché. Certes, nous avons de beaux restes, mais ça ne se fait pas d’offrir les restes aux ami(e)s !

 

 

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Requinqués par ce bain vivifiant , nous reprenons le chemin de la vallée, avec pour panorama le majestueux cirque de montagnes qui la surplombe. Que savent de la beauté du monde ces zombies dont l’ambition est de se payer une « raulaixe » pour leur cinquantième anniversaire ? Ils consacrent leur existence à accumuler des montagnes d’argent sur leurs comptes alors que les seules montagnes qui vous permettent de vous réaliser et vous enrichissent vraiment sont celles que l’on grimpe.

 

 

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Nous longeons à nouveau les rives du premier lac, jamais lassés, jamais rassasiés de contempler une telle splendeur en permanence offerte à ceux qui font l’effort ou ont la possibilité d’aller à sa rencontre. En écrivant ces mots je pense à Ginette, Michelle et toutes celles et ceux qui ne peuvent plus faire de randonnée en montagne et qui me suivent fidèlement. Je suis heureux de partager avec vous ces moments.

 

 

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Et comme la montagne n’est pas avare de ses beautés, elle nous offre sur le chemin du retour un troisième lac niché dans une dépression située à l’écart du chemin, énorme virgule émeraude qui ponctue le paysage.

 

 

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Près du lac un énorme « patou » monte la garde attendant sans doute le retour des troupeaux qui autrefois occupaient les lieux. Mais ce pauvre animal , risque d’attendre longtemps, car ici comme ailleurs les traditions pastorales sont en voie de disparition, évolution inéluctable d’un monde dont le centre de gravité est dorénavant au cœur des mégalopoles. En 1900 , au niveau mondial, un habitant sur dix vivait en ville alors que la proportion aujourd’hui est d'un sur deux !

 

 

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Nous suivons un instant le cours du torrent alimenté par les lacs et nous admirons la force tranquille de l’eau qui se rit des obstacles et trouve quoiqu’il arrive son chemin. On devrait s’en inspirer pour mener sa vie et tenter d'acquérir sa "fluidité" pour affronter les difficultés de l'existence.

 

 

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Nous nous rapprochons par paliers du fond de la vallée et retrouvons le peuple des arbres qui fuit les hautes altitudes. Les arbres sont les amis des montagnes et des montagnards car ils freinent leur érosion et préviennent les avalanches et coulées de boues qui peuvent être meurtrières là où les hommes inconscients ont déforesté.

 

 

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Nous voilà de retour au village de Liorts d’où nous sommes partis et qui illustre merveilleusement le sens esthétique et l’amour de la nature des andorrans. Leurs maisons sont faites ou habillées de pierres empruntées aux montagnes et leurs fenêtres et balcons sont de véritables jardins suspendus. Nous nous glorifions d’appartenir à une grande nation, mais nous avons beaucoup à apprendre de ce petit pays.

 

 

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La fréquentation des cîmes ayant conduit à l’élévation de nos esprits comme de nos corps, nous célébrons les saints du lieu avec dévotion. Et c’est ainsi qu’après un hommage traditionnel à San Miguel à l’heure des vêpres, nous célébrons San Gria à l’heure de l’Angélus.

 

A votre santé chères lectrices et chers lecteurs....

 

A suivre….


Texte & Photos Ulysse (sauf dernière photo Marie B.)

07/10/2010

Périple en Andorre - 2) Le Pic de Font Blanca (2904m)

 

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Nous voilà au matin du deuxième jour et le départ de notre randonnée emprunte un chemin qui remonte le flanc sud du Pic des Planes, généreusement ensoleillé. Fort heureusement la pente est modérée et nous accueillons favorablement la caresse chaleureuse des rayons du soleil. Alors que d’après les infos de la veille la France du nord sombre dans la grisaille, le ciel andorran est scandaleusement bleu. Ce monde est vraiment injuste……pour les gens du nord (n’est ce pas Marc ?)

 

 

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Après une bonne heure de marche tranquille, nous arrivons au bord du lac d’Esbalçat que le Pic des Fangasses domine de ses 2684 mètres. Lorsque l’on est – comme vous l’êtes, je n’en doute pas chers lecteurs et lectrices – de fins observateurs, les lacs sont une bonne illustration de la relativité de la couleur des choses. En effet selon leurs particularités physiques et l’orientation de notre regard, leur couleur varie en raison du phénomène d’absorption et de réfléchissement des différentes longueurs d’onde qui composent la lumière blanche . Ainsi ce lac contemplé de sa rive sud est d’un vert qui s’harmonise parfaitement avec les pentes herbeuses du Pic des Fangasses….

 

 

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….alors que, vu de sa rive nord, il se donne des airs de Méditerranée et fait la pige au bleu du ciel . Ce phénomène souligne, par ailleurs, l’inanité du discours des racistes, car la nuit tous les hommes sont noirs ! Mais il est vrai que les racistes sont incapables de percevoir la relativité des choses, leur stupidité étant absolue !

 

 

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Face à ce somptueux paysage, une vache débonnaire a négligemment abandonné une bouse, sous l’effet probablement d’une intense émotion esthétique ! Les galiéristes qui exposent des machines à fabriquer des  étrons comme œuvres d’art, en voyant cette photo - que l’on pourrait intituler « Paysage à la bouse » attribueraient sans nul doute du génie à cette artiste bovinienne.

 

 

 

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Une fois notre bedon rassasié et nos gambettes reposées au bord du lac, nous reprenons notre ascension. Vous noterez l’attention particulière que nous portons à l’endroit où nous posons les pieds, car les pièges - trous , racines, pierres instables – sont nombreux sur les chemins. Cette attention contribue à développer un sixième sens et vous ne verrez jamais un randonneur confirmé honorer de sa semelle les déjections canines qui sont l’apanage des rues des villes françaises, nauséabondes répliques des cairns qui jalonnent les sentiers montagnards.

 

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Des chaînes de montagnes déchiquetées nous font face qui témoignent des fantastiques mouvements telluriques qui ont ébranlé notre planète il y a des millions d’années. Nous sommes porteurs chacun d’une étincelle de cette formidable énergie qui a façonné et continue de transformer l’univers. Et la même question, toujours, effleure mes neurones : d’où vient cette énergie ?

 

 

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Parvenu à la cote de 2235mètres, notre groupe se sépare entre ceux déterminés à grimper le Pic de Font Blanca qui culmine à 2904 mètres, et les autres qui préfèrent redescendre tranquillement vers la vallée. L’avantage de randonner entre amis est que l’on peut choisir son parcours en fonction de ses aptitudes et de sa forme du moment. Certains préfèrent ainsi se cantonner aux sentiers bien dessinés sinuant dans les alpages fleuris et d’autres ne rêvent que de vagues sentes franchissant des éboulis avec des pentes à faire hésiter un isard. D’aucuns qui n’ont jamais éprouvé l’ivresse des cimes diront – à tort - que ces derniers sont un peu « masos ».

 

 

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Vous vous doutez bien que j’ai choisi de gravir le pic de la Font Blanca, car à l’instar de l’ami Ducros, j’ai pris en créant ce blog un engagement moral à me décarcasser pour vous offrir de belles et étonnantes images. Et décarcassé je me suis , en effet, en gravissant ces éboulis en équilibre instable, qui sont le seul chemin pour parvenir au sommet du Pic.

 

 

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Pour ce genre d’exercice Gibus est, bien sûr, comme d’habitude, le plus alerte et marche en tête comme si les éboulis étaient un chemin de graviers

 

 

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Mais chacun à notre rythme, nous arrivons tous au sommet où nous prenons la pose – de toute façon inévitable vu l’étroitesse du lieu - pour immortaliser cet exaltant moment.

 

 

 

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Il faut dire que l’endroit, bien qu’inconfortable, offre un panorama unique sur la chaine des Pyrénées. Lorsque vous jouissez d’une telle vue, vous oubliez les efforts intenses que vous avez déployés pour accéder au sommet et vous êtes prêts à gravir tous les sommets du monde.

 

 

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L’on découvre alors, comme les oiseaux, le dessus des nuages ce qui nous procure une joie enfantine comme si nous avions aperçu la face cachée de la lune.

 

 

 

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Un phénomène connu sous le nom d’ascension thermique se produit alors : un courant d’air chaud montant de la vallée propulse vers le ciel une somptueuse colonne de nuages. Quand on voit ces entités vaporeuses évoluer avec autant de légèreté et de grâce on a peine à croire qu’elle pèse plusieurs millions de tonnes !

 

 

 

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Repus de beauté nous entamons alors la descente qui se révèle encore plus délicate et éprouvante que la montée. En effet, alors que l’ascension sollicite principalement les muscles, la descente soumet les articulations à rude épreuve et quand celles-ci ont quelques décennies, elles se rappellent très vite à votre bon souvenir. Qui se croyait jeune homme en montant, se souvient qu’il est « papy » en descendant !

 

 

 

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Mais nous retrouvons enfin le « plancher » herbeux des vaches plus doux à nos genoux. Le regard de ces pacifiques bovidés ne nous laisse aucune illusion sur la piètre estime qu’ils nous portent, pauvres fous qui arpentons les champs de cailloux alors qu’ici l’herbe est tendre et verte et qu’y coule un frais ruisseau. Mais n’est ce pas ce qui confère à l’homme au sein du monde animal (car animaux nous sommes, et certains plus que d’autres !) ce caractère unique d’être des conquérants de l’inutile ?

 

 

 

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Deux gros rochers morainiques nous racontent l’histoire de la vallée creusée il y a des milliers d’années par un immense glacier sur le dos duquel ils ont voyagé.

 

 

 

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La sérénité des lieux gagne notre âme et nous sommes tentés un instant de nous arrêter dans l’abri de berger idéalement posé sur un promontoire dominant le torrent pour y passer la nuit.

 

 

 

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Mais la perspective de déguster une San-Miguel bien fraîche sur la terrasse de l’hôtel dissipe vite cette velléité…


A suivre....

Texte Ulysse & Photos Ulysse et Gibus (8ème et 14ème )

02/10/2010

Périple en Andorre : 1) La collada de Ferrerols

 

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Celles et ceux qui me suivent fidèlement pourraient s’étonner de me voir retourner en Andorre et fielleusement susurrer que mon sac à dos était rempli de « noisettes » à mettre à l’abri en prévision des années de vaches maigres et des tours de vis fiscaux qui menacent notre beau royaume. Que nenni , car étant du genre « bête au jardin » plutôt que « bête en cour » je n’ai (hélas) rien à cacher de ma fortune à notre grande (par la taille) argentière Christine !

Je n’y suis pas allé non plus parce que c’est le pays du « petit prince » vu que ce prince là n’a rien de celui de Saint Exupéry, mais est plutôt du genre exaspérant, n’en déplaise à Carla qui commet pourtant rarement des fautes de goût, but nobody’s perfect ! Non je suis retourné en Andorre parce que ce pays, à la beauté sans fard, le vaut bien !

Pour qui vient des plaines de l’Hérault, royaume du bris à brac urbanistique et des mur de cairons bruts, le choc esthétique est saisissant. Mise à part la verrue commercialo-touristique du Pas de la Casse où se précipitent les cars de gaulois tabagiques qui se lavent les dents au pastis, les vallées sont constellées de villes harmonieuses aux édifices en pierres de taille dont chaque fenêtre est ornée d’un géranium.

Au dessus des toits surgit la montagne omniprésente qui vous invite à la marche. Marcher, c’est donc ce que nous sommes venus faire en ce pays et si ça vous tente, sortez vos chaussures du placard et garnissez votre sac à dos et suivez nous : en avant marche !

Bon, ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut pas être un lève tard pour nous suivre. On part dès les premières lueurs de l’aube alors que le soleil émerge à peine au dessus des cimes et ne pénètre pas encore les sous-bois. Mais c’est aussi bien, car en ce pays les pentes en tous lieux sont raides et la fraîcheur stimule notre énergie.

 

 

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Quand nous émergeons du sous-bois la lune n’a pas encore regagné ses quartiers diurnes et traîne au dessus des cimes. Elle a dû pendant la nuit s’assoupir et heurter un sommet car elle est ébréchée, mais elle a heureusement une capacité illimitée à se régénérer comme la salamandre céleste dont elle est un œuf.

 

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Nous cheminons bientôt dans un champ d’or. Deux univers climatiques ainsi souvent se font face en montagne : l’ubac, ou versant nord, ombreux, humide et frais que colonisent les arbres, et l’adret, ou versant sud, ensoleillé et plus sec, domaine des pâturages où s’épanouissent fleurs et graminées.

 

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Un nuage ariégeois tente vainement de franchir la frontière, mais les vents andorrans veillent et le refoulent pour notre plus grand bonheur. L’année dernière nous avions subi quelques averses andorranes et je peux vous assurer que l’eau andorrane mouille autant que l’eau française !

 

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Soudain, nous entendons stupéfaits un barrissement ! Nous balayons alors les alentours du regard et voyons surgir des fourrés avoisinants un éléphant d’âge canonique ! Nous pensons tout d’abord qu’il s’agit d’un descendant de l’un des éléphants qu’Hannibal, venu d’Espagne emmena avec lui pour conquérir Rome . Mais à la morgue méprisante qu’il affiche nous devinons vite que nous avons affaire à "Fafa" l'un des éléphants du PS.  On distingue les éléphants du PS de ceux d'Afrique au fait qu'ils raffolent du caviar qui est beaucoup moins cher en Andorre.

 

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Ignorant Fafa et ses  « tromperies », nous progressons vers la Serrat de la Platat dont l’ascension doit nous conduire au col de Ferrerols (2553m) . La montagne, à condition qu’on la respecte, est la meilleure école pour prendre confiance en soi. Elle déploie devant vous ses sommets qui sont autant de défis à votre volonté. Quand vous en êtes au pied vous n’imaginez de pouvoir les gravir et pourtant vous découvrez qu’en mettant un pied devant l’autre avec constance vous y parvenez. Cela vous prendra, certes, plus ou moins de temps, mais ce qui compte n’est pas tant  la performance que  d’atteindre votre objectif.

 

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Outre la découverte de panoramas somptueux , vous cueillez alors au sommet quelques brins de fierté excellents pour le moral et votre énergie intérieure, le « chi », conditions nécessaires à une vie sereine et harmonieuse. C’est pour cela que les chaussures de randonnée devraient être remboursées par la sécurité sociale. Mais on préfère nous gaver aux anti-dépresseurs qui nous rendent dépendants du lobby médical et des laboratoires.

 

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Nous approchons du sommet de la Serrat de la Platat et nous évoluons dans un environnement essentiellement minéral où le règne végétal se limite à quelques touffes d’herbe et de rares arbrisseaux qui témoignent des conditions climatiques extrêmes qui règnent en ces hauts lieux.

 

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Parvenus à la Collada de Ferrerols nous apercevons un paysage quasi lunaire qui nous fait prendre conscience de la fragilité du monde vivant qui a réussit à coloniser certains endroits de la terre. Si nous poursuivons notre développement de façon aussi irresponsable que nous l’avons fait au cours des deux cents dernières années, nous courrons le risque de voir ce type de paysage recouvrir l’ensemble de la planète. C’en sera alors fini du petit vin blanc que l’on boit à l’ombre des tonnelles avec Mod ération ( ce n’est pas vraiment ma copine, mais la L.A.O nous impose systématiquement sa présence !)

 

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Au fond du cirque montagneux quasi désertique l’œil noir du lac de l’Estanyo nous contemple et nous invite à venir nous y rafraîchir.

 

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Mais avant de jouir des délices d’une baignade dans ses eaux cristallines, il nous faut descendre le flanc abrupt de la serra de Coma Obaga qui impose une vigilance de tous les instants. Autre leçon que la montagne nous dispense gracieusement : se concentrer sur ce que l’on accomplit et veiller à la cohérence de sa pensée et de ses gestes si l'on ne veut pas finir comme ce bon vieux "Jauni" les bras en croix dans la poussière.

D’ailleurs, si les montagnards comme les marins sont rarement bavards (sauf les montagnards catalans, mais j'en parlerai un autre jour !) , c’est que la montagne comme la mer bannit les gestes et les mots inutiles. Les bateleurs des médias qui radotent et répètent en boucle des pseudo informations sur des "pipole" aussi importants qu'un pet de puce feraient bien de courir les montagnes plutôt que les lieux dits branchés.

 

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Suprême récompense, nous nous immergeons voluptueusement dans l’eau du lac de Estanyo. L’échelle du plaisir variant considérablement d’un individu à un autre, je ne suis pas sûr que vous auriez toutes et tous utilisé ce terme « voluptueux », vu que la température de l’eau était proche de celle que certains versent avec parcimonie dans leur pastis.Notez que dans ce cas Parcimonie, qui est la soeur jumelle de Modération, m’est plutôt sympathique.

Mais pour nous, avaleurs de névés et renifleurs de blizzards, voluptueux était cet instant. C’est comme ça d’ailleurs que nous savons que nous vieillissons : à trente ans pour nous la volupté était d'être en bonne compagnie sous une couette, aujourd’hui elle est de se baigner entre amis dans un lac de montagne.

 

 

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Il ne nous reste plus ensuite qu’à suivre le fil d’ariane du chemin qui redescend vers la vallée, les sommets que nous avons côtoyés reprenant peu à peu leur masse imposante et nous renvoyant à notre statut de fourmis besogneuses.

 

 

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Mais à la différence des fourmis qui consacrent leur courte existence à un labeur incessant sans jamais prendre conscience de la beauté du monde, nous ouvrons grand nos yeux, notre cœur et notre âme pour nous emplir, nous nourrir des somptueux paysages qui s’offrent à nous. Et la question se pose  alors à nous : pourquoi tant de mesquinerie, tant d’injustices , tant de violence et tant de mauvais vins dans ce monde si beau…..

 

A suivre…


Texte & Photos Ulysse