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03/07/2010

A Rouet, on accède au paradis par les escaliers….

 

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Je vivais jusqu’à ces derniers jours dans l’insouciance, jouissant sans retenue des menus plaisirs de l’existence, qualifiés par les « Saintes Ecritures » de péchés véniels de la gourmandise et de l’intempérance. Razzias de desserts et festins de chocolat noir, généreuses rasades de jus de vitis vinifera, balades oculaires dans les décolletés féminins (ah ! que de doux vertiges !) constituaient ainsi mon ordinaire, sans tourmenter mon sommeil.

Mais voilà que l’autre matin, attendant mon tour chez mon arracheur de dents, je m’emparai d’une édition des Confessions de Saint Augustin qui traînait curieusement sur la table au milieu des magazines de W.C (Gala , Voici, Point de Vue, Paris Match, et autres titres de la presse laxative) et tombai au hasard sur un passage qui me désespéra :

« L’homme » disait ce saint, qui fut d’abord, rappelons le, un pochtron et un mécréant « ne peut, tant qu'il est dans la chair, éviter tout péché, du moins les péchés légers. Mais ces péchés que nous disons légers, ne les tiens pas pour anodins : si tu les tiens pour anodins quand tu les pèses, tremble quand tu les comptes. Nombre d'objets légers font une grande masse ; nombre de gouttes emplissent un fleuve ; nombre de grains font un monceau. Quelle est alors notre espérance ? »  Aucune, semblait être sa conclusion !

A la lecture de ces paroles péremptoires le ciel, si je puis dire, m’est tombé sur la tête. Je compris que si je ne faisais pas pénitence et ne renonçais pas à ces doux plaisirs de l’existence j’étais cuit au sens propre et figuré, car j’étais condamné à rejoindre au jugement dernier la rôtissoire de Lucifer

C’est donc l’âme au fond de mes chaussettes (lieu guère agréable pour une chose aussi délicate) que je décidai d’aller me changer les idées du côté de Notre Dame de Londres, modeste et beau village doté d’un étonnant château féodal remanié à la renaissance.

 

 

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L’harmonie et la sérénité de la place centrale du village, ornée d’un platane multiséculaire, m’apporta un peu de réconfort. Basta, me dis-je, si je ne peux plus goûter aux délices solides et liquides du monde, au moins puis je en contempler sa beauté. Mais les privations à venir étaient malgré tout, pour utiliser un oxymore, dures à avaler, car si la beauté nourrit l’esprit, elle ne remplit pas un estomac, surtout aussi vaste que le mien !

 

 

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Prenant alors hagard et au hasard un chemin s’engageant dans les garrigues de la commune du Rouet, j’aperçus au loin la chapelle Saint Etienne de Gabriac, joyau de pierre émergeant des frondaisons de chênes verts couvrant le plateau calcaire, prolongeant celui de l’Hortus.

Je me dirigeai alors vers cet édifice sacré en me disant que trouverai sans doute en ce lieu spirituel une ambiance propice à apaiser mes tourments.

 

 

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Mais la chapelle était fermée et entourée d’herbes folles qui prouvaient qu’elle n’était plus fréquentée. Il faut dire que vu l’état désastreux du monde, Dieu malgré son omnipotence, ne peut pas être partout et l’Eglise préfère assurer des permanences dans les endroits les plus courus comme Notre Dame de Paris ou Lourdes où elle recueille le maximum d’oboles. Il faut dire qu’avec l’augmentation du coût de l’essence la « papamobile » lui coûte de plus en plus cher et on voit mal les vieux barbons qu’elle choisit pour papes marcher comme le faisait Jésus.

 

 

 

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Le cimetière semblait également abandonné et les ornements de certaines tombes qui étaient de travers donnaient le sentiment qu’elles avaient basculées quand leurs locataires lassés de ne pas avoir de visite avaient quitté les lieux. C’est ainsi que naissent les fantômes et si vous ne voulez pas en avoir chez vous, honorez vos morts !

 

 

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Je quittai donc ce lieu l’âme en peine et empruntai un chemin menant vers le Pic Saint Loup espérant que l’effort de la marche secrèterait dans mon organisme assez de dopamine, de noradrélaline et de sérotonine pour me remonter le moral, ne pouvant plus, pour ce faire, avoir recours au jus de Vitis Vinifera !

 

 

 

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A ma grande surprise, le chemin me conduisit vers un escalier menant au sommet du plateau semblant avoir été taillé pour des géants.

 

 

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Parvenu au sommet , je contemplai admiratif la face nord du Pic Saint Loup me faisant face et oubliai un instant le champ de larmes qu’était devenu mon existence. Soudain, comme cette antique bergère qui eut ses heures de gloire et de tourment , j’entendis des voix ……

 

 

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Je me retournai, mais ne vis personne….je levais alors les yeux vers les nuages qui me frôlaient le crâne car les voix venaient de là-haut ! J'étais tombé par hasard sur l'endroit du ciel où est localisé le paradis !

J’entendis alors clairement une voix dire « Il est excellent ce café, mon cher Pierre, ça me change du jus de chaussette de notre adorable Marie. Avec du chocolat noir , c’est délicieux ! Comment te l’es-tu procuré ? »

Une autre voix répondit alors « Mon cher Yahvé, j’ai un peu triché car j’ai appelé avant l’heure ce cher Georges, VRP de Racket-Espresso et lui ai fait comprendre qu’il pourrait retourner sur terre s’il me laissait la cafetière et les capsules qu'il venait d'acheter»

« Bien joué Pierrot » lui répondit Yahvé « Quand il n’y en aura plus, n’hésite pas à recommencer. Au fait, as-tu vu passer hier ces jolies randonneuses avec leur mini shorts ? Quel délicieux spectacle, je suis assez fier des mes créatures ! »

A ce moment là, je reçus sur la tête l’enveloppe froissée d’une tablette de chocolat noir, comme quoi les détritus que l’on trouve sur les chemins ne sont pas tous jetés par des randonneurs ! Il faut dire que Yavhé est excusable car vu comment les hommes traitent la planète qu'il leur à confiée, il n'a aucune raison de se gêner !

 

 

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Je tirai de cette conversation céleste de quoi me remonter le moral : En effet, il apparaissait que Yahvé lui même se livrait sans vergogne au péché de gourmandise et n’était pas indifférent, en tout bien tout honneur, aux charmes féminins. Saint Augustin et ses malheureux lecteurs s’étaient donc inutilement privés des douceurs de l’existence. Je m’empressai alors d’aller faire une petite sieste au pied d’un chêne vert jouxtant une vigne et dormir du sommeil de l’innocent et du juste

 

 

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Quand on y réfléchit, l’attitude de Yahvé n’apparaît pas surprenante car son fils n’est-il pas venu sur terre pour nous dire que le jus de Vitis Vinifera était son sang et qu’il fallait donc en boire.

D’ailleurs cette plante par sa capacité à transformer l’eau de pluie et la substance des sols les plus ingrats en un nectar ayant une variété d’arômes infinie est véritablement divine. C’est un des rares miracles que je suis prêt à admettre. Ceux qui en interdisent la consommation sont des hérétiques !

 

 

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Il y a sur cette terre des hommes mal embouchés qui oeuvrent pour en faire une vallée des larmes et qui nous content des balivernes . Ils font ainsi de la chair l’instrument du démon, ils nous assurent que nous devons enfanter dans la douleur, gagner notre pain à la sueur de notre front, jeûner et faire pénitence, être abstinent et soumis, nous prosterner, et appliquer des principes obscurantistes.

Ce ne sont rien que des propos absurdes, alors que celui dont ils se réclament nous a parlé de pardon, d’amour de tolérance et a multiplié le vin, les pains et les poissons quand ceux qui le suivaient avaient la dalle ….. le chocolat noir n’existait pas hélas à cette époque là !

Ne laissons pas les paroles péremptoires et fumeuses des ayatollahs de tout poil qui ont peur des femmes, de l’amour et de la vie entraver nos existences. Vivons, buvons, jouissons, aimons nous les uns les autres et pas que platoniquement ! Que nos vies soient des ponts lancés vers les autres, vers le monde et jetons nos mesquineries, nos haines rancies et nos jalousies dans les rivières qui coulent en dessous....


Texte & Photos Ulysse

 

27/06/2010

Mettez la clé sous la porte et filez à Aigues-Mortes

 

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Edifiée au mitan du treizième siècle par le roi Saint Louis pour doter son royaume d’un port en eau profonde sur la Méditerranée, Aigues-Mortes dresse aujourd’hui ses remparts au dessus des vignes et des marais partiellement ensablés.

Après quelques décennies de prospérité qui virent épices, céréales, toiles, soie, draps venus de Catalogne, du Moyen Orient ou d’Italie transiter par ses quais, le déclin commença au début du quatorzième siècle. Raids arabes, mauvaises récoltes, ensablement conduisent à alors la récession du trafic. Le rattachement de Montpellier (1349) puis de Marseille (1481) à la France lui portera le coup fatal.


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Le port connaîtra un bref sursaut au seizième siècle avec le développement du commerce du sel, mais la création du port de Sète sonne le glas de ses espoirs, malgré l’ouverture du Grau du Roi en 1725 qui lui redonne un accès direct à la mer.

Ses dimensions hors du commun et son relatif isolement des constructions modernes lui donne un caractère irréel, étonnant rêve de pierres sorti du cerveau des hommes.

 

 

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Les remparts de onze mètres de haut forment un immense quadrilatère de 520 m sur 300m orné de dix portes et de cinq tours. Les trompettes qui pourraient abattre de tels murs murs comme le firent celles de Jéricho ne sont pas encore forgées !


 

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Les pierres extraites des carrières de l’arrière pays ont été acheminées par bateau. On célèbre toujours, et à juste titre, les hommes qui ont conçu de tels ouvrages ; mais il ne faut pas oublier les milliers d’anonymes qui ont permis leur édification et dont on trouve, ici et là sur les murs des remparts, la signature symbolisant les corps de métiers auxquels ils appartenaient.


 

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Les bâtisseurs ont apporté à cette redoutable citadelle un brin de fantaisie en adoptant une facture différente pour certaines des dix portes . J’y verrais bien là l’influence d’une femme, sans doute la Reine dont d’ailleurs l’une des portes porte le nom.



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Ces formidables forteresses témoignent des temps troublés qu’a connu dans le passé notre pays. Aujourd’hui les palais de la république se font plus discrets mais les privilèges de ceux qui y vivent sont bien mieux protégés que ceux qui vivaient derrières ces remparts.


 

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Les chiens-gargouilles qui autrefois avaient l’importante mission d’aboyer à la vue de l’ennemi ne voient plus poindre que des hordes de touristes débonnaires. Ils aimeraient sans doute pouvoir aller gambader avec eux sur les pelouses qui environnent aujourd’hui la citadelle


 

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Le rempart nord-ouest de la cité longe le canal qui mène au Grau du Roi . Il est orné de la Tour de Constance haute de trente quatre mètres et qui servait à l’origine de vigie et de phare. Ayant perdu cette fonction, elle servit de prison pour les protestants qui refusèrent d’abjurer leur foi après la révocation de l’Edit de Nantes par le roi scélérat Louis XIV.


 

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La galerie des souverains de France comporte hélas, à coté de quelques rares vrais « gentilhommes » une belle collection d’abrutis et d’êtres sanguinaires qui ont œuvré pour la ruine de notre pays. La république a apporté sur ce point un progrès certain, car si nos dirigeants contemporains ne brillent ni par leur intelligence ni par leur moralité, ce ne sont pas des assassins.


 

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Après cette brève présentation historique, il serait temps que je vous emmène faire un tour au cœur de la citadelle. Les piétons y sont heureux car les voitures y sont bannies et l’on retrouve le plaisir de flâner sans avoir la crainte de finir la visite estropié, ce qui n’est pas le cas dans de nombreuses villes du sud où certains chauffeurs ont le sang aussi chaud que le soleil et le cerveau de la taille d’une olive.


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Nous voilà au cœur de la cité, sur la Place Saint Louis, illustration exemplaire du sud, avec ses platanes séculaires, ses terrasses de café et sa fontaine, hélas à sec . On m’a dit qu’il y coulait autrefois du rosé mais que, suite à des abus, elle a été fermée ….(ce n’est pas ma faute, je le jure !)


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Une statue de Saint Louis, le père de cette cité, y trône . C’est de là qu’il partit pour les croisades, la huitième lui fut fatale car il mourut de la peste à Tunis. Ce qui est pour moi la preuve la plus éclatante que « Dieu », qui était supposé le protéger, doit être exaspéré par nos querelles de chiffonniers à son sujet.


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Bien que le calme règne dans les ruelles, j’aperçois un garde en armure qui continue de veiller sur le seuil d’une demeure. Charitable, je lui glisse à l’oreille que nous sommes en paix depuis 1945 et qu’il peut lever le camp. Mais il ne veut rien entendre et exige un ordre écrit de son roi Saint Louis. Ainsi dans la vie s’accroche-t-on parfois à de vieilles lunes ou reste-t-on prisonnier de vieilles peurs qui nous empêchent d’évoluer et nous font manquer des opportunités qui auraient enrichi nos existences.


 

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Dans cette citadelle où la pierre est reine, des Aigues-Mortais ont créé sur le pas de leur porte un minuscule jardin d’Eden qui a eu les honneurs du Midi Libre l’année dernière. Comme quoi les journalistes ne sont pas toujours, comme on leur reproche, à la recherche de « scoops » qui font frémir.


 

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Aigues-Mortes est riche aussi de galeries d’art dont certaines exposent des œuvres dont la qualité tranche avec l’habituelle production industriello-touristique qui envahit aujourd’hui les lieux de villégiature. Ainsi dans l’une d’elle ai-je vu évoluer ces magnifiques danseuses flamenca, auxquelles le talent de l’artiste a su donner vie.


 

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On passe aussi devant des havres de paix où l’envie vous prend de poser votre sac et de recommencer une nouvelle vie. Mais on a hélas oublié son pyjama et sa brosse à dent et aucune boutique n’en vend dans les parages. On passe alors son chemin en se promettant la prochaine fois d’y penser….


 

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Il ne faut pas quitter la région d’Aigues Mortes sans rendre visite au plus grand domaine viticole de l’Europe, Listel, qui produit notamment des « vins de sable » à partir de cépages n’ayant pas été détruits par le phylloxera, ce puceron ravageur de la vigne qui a détruit le vignoble français à la fin du XIXème siècle mais qui ne peut se développer dans les terrains sableux.

Ce magnifique domaine, que l’on peut visiter, produit des vins blancs, rosés et rouges d’un excellent rapport qualité prix, dont la réglementation m’oblige, hélas, à vous dire qu’il faut les consommer avec modération. C’est l’une des absurdités et des hypocrisies dont nos gouvernants sont coutumiers, eux qui viennent d’autoriser les paris en ligne tout en obligeant chaque publicité pour ces jeux à être suivi d’un message sur leur danger potentiel. Par contre on ne nous met pas en garde sur les risques qu’il y a à vivre près d’une centrale nucléaire ou d’une ligne à haute tension qui sont autrement plus nocifs pour la santé qu’un verre de rosé !


 

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Les vignes du domaine de Listel jouxtent les lagunes exploitées par les Salins du Midi, que l’on peut aussi visiter, et dont les collines de sel confèrent au paysage une ambiance féerique.

 

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Ainsi comme vous pouvez le constater les raisons ne manquent pas d’entreprendre un périple à Aigues Mortes. Osons le dire, un tel périple ne manque pas de sel !


 

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Texte @ photos Ulysse

21/06/2010

Cimes chagrines, sous-bois en émoi…

 

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Il faut se faire une raison, cette année nous n’aurons pas eu de printemps. Et chacun de regarder de travers son voisin ou sa voisine pour savoir qui a omis de faire une offrande à Mars, dieu du Printemps ! Et oui, on se rappelle généralement qu’il est le dieu de la guerre mais on oublie qu’il l’est aussi celui de cette saison, habituellement délicieuse, mais qui fût cette année exécrable !

Allez, rien ne sert de chercher le coupable, mieux vaut positiver, comme dirait le grand philosophe existentialiste Kar Four. Car après tout, ça fait un printemps de moins pour nos artères et donc du rab sur cette bonne vieille terre, qu’on aura, quoi qu’on dise, du mal à quitter, bien que le monde n’aille pas tout à fait dans la direction que l’on voudrait.

Parlant de direction, il y en a une que Gibus et moi, vous le savez, affectionnons : c’est celle des cimes, même quand le peuple des nuages y prend ses aises et qu’elles affichent alors une mine chagrine, comme ce matin où nous avons décidé d’explorer un nouveau chemin sur la montagne de Rosis

Heureusement, la nature a plus d’un tour dans son sac et l’or de ses genêts remplace avantageusement les rayons du soleil aux abonnés absents.

 

 

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Pour le moment, nous sommes encore en terrain connu et arrivons sur la plateforme où se dresse la Chapelle de St Eutrope dont le clocher orné d’une croix titille le ventre des nuages. Simple hasard ou message codé du « Très-haut » un coin de ciel bleu se déchire alors à l’aplomb de la chapelle. Veut-on nous rappeler, à nous hommes de peu de foi, qu’il ne faut jamais perdre espoir ?

 

 

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A vrai dire nous sommes sans espoir pour ce qui concerne le moyen terme, puisque nous savons qu’un jour nos gosiers resteront secs pour l’éternité, mais optimismes pour ce qui concerne cette journée, car la température ambiante nous garantit de pouvoir déguster un rosé bien frais au moment du picnic.

Sur ces montagnes pierreuses où le pied de l’homme ne laisse pas de trace, nous progressons, guidés par les cairns, ces nœuds de pierre qui relient dans le temps et l’espace des hommes entre eux qui probablement ne se rencontreront jamais (exception faite de notre étonnante rencontre avec Bernard voir ma note du 14 mai dernier "Dans la forêt soudain, le cri désespéré d'un châtaignier")

 

 

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Nous voilà sur le Plo des Brus, l’un des plus beaux promontoires du Haut-Languedoc, où nous avons déjà grimpé ensemble, chères lectrices et lecteurs. S’il y a des petits nouveaux, je les renvoie à ma note du 25 février dernier (voir les archives) pour connaître l’étonnante histoire de cet endroit .

 

 

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Nous voilà parvenus sur le nouveau chemin que nous trouvons après quelques tâtonnements et qui descend en contrebas de la Serre de Majous en direction du Portail de Roquendouire.

C’est toujours un bonheur ineffable d’explorer une nouvelle voie comme de déguster un nouveau mets ou un nouveau vin, de découvrir un nouvel auteur ou créateur ou de se faire de nouveaux amis : la connaissance que vous avez du monde s’enrichit et votre horizon de réflexion s’élargit.

C’est d’ailleurs en parcourant une partie de l’Europe à cheval que Montaigne a nourri ses «  Essais » dans lesquels il écrit qu’ « Il se tire une merveilleuse clarté pour le jugement humain de la fréquentation du monde. Nous sommes tous contraints et amoncelés en nous, et avons la vue raccourcie à la longueur de notre nez. On demandait à Socrate d'où il était. Il ne répondit pas: d'Athènes, mais : du monde ». Ce penseur atypique qui rêvait de mourir en plantant ses choux nous enseigne également « qu’il vaut mieux forger son âme que la meubler » et nous prévient que « la vieillesse nous attache plus de rides à l’esprit qu’au visage ». Alors déridez votre esprit en marchant !

 

 

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On se sent bien la haut en compagnie des nuages, l’altitude gomme les blessures faites par l’homme à la terre, les « chiures » et « vomissures » qu’ils posent ici et là, sans aucun souci esthétique : ces litanies de temples de la consommation en parpaings et ferrailles, environnés d’espaces verts rachitiques souillés de détritus et ces kyrielles de lotissements aux maisons agglutinées et sans commerces, aussi gais que des funérariums.

 

 

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Nous apercevons en contrebas le Portail de Roquendouire, joyau géologique qui orne le col de Majous et dans le « chas » duquel passe les chemins du secteur, comme autant de fils tendus autrefois entre les villages et les hameaux .

 

 

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Ayant quitté les cimes, nous nous enfonçons dans les châtaigneraies profondes où nous apercevons le squelette de l’un des plus beaux châtaigniers jamais rencontré. Cet arbre là était à l’image des hommes qui l’ont planté et entretenu et se sont nourris de ses fruits. Ils naissaient et vivaient avec en mémoire les générations qui les avaient précédés et le souci de celles qui les suivraient. Comme leurs frères d’Amérique, les indiens, ils savaient qu’ils ne faisaient qu’emprunter la terre à leurs enfants et qu’ils devaient à leur mort leur restituer aussi riche et profitable qu’ils l’avaient trouvée. Avec la mort de ces arbres c’est une alliance et une complicité avec la Terre qui se sont perdues.

 

 

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Nous abordons un vaste sous bois vierge de tout chemin et notre sang alors devient champagne, véhiculant des milliers de bulles de joie qui provoquent une douce ivresse. Car, indescriptible est le bonheur de fouler un espace vierge de toute présence humaine. C’est la joie à la fois simple et puérile d’être le premier à poser son pied quelque part . A chacun sa découverte de l’Amérique !

 

 

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Un cheval multiséculaire qui se régale de jeunes et tendres feuilles de hêtres nous confirme d’ailleurs que c’est la première fois qu’il voit des humains en cet endroit. Il s’y est réfugié, nous explique-t-il, à la mort de son maître Don Quichotte pour fuir l’hypocrisie et la vilenie des hommes qui se sont moqué de lui.

 

 

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Si en ce lieu idyllique, l’homme n’a pas mis le pied, en revanche sa réputation de tueur sans merci est parvenue aux oreilles des mouflons qui viennent s’y repaître de l’herbe abondante. Ainsi, malgré notre attitude pacifique nous faisons fuir une mouflonne et ses deux petits. Dieu quel émoi, dans les sous-bois !

 

 

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Mais chez les mouflonnes (comme chez nos chères compagnes) la curiosité souvent l’emporte sur tout autre sentiment. Voici donc nos fuyards qui, passée une distance respectable, s’arrêtent pour savoir quelle allure nous avons.

Apparemment notre air débonnaire et notre regard intelligent plaident en notre faveur, car la mouflonne reste quelques minutes à nous observer. Oserai-je dire que cela fait longtemps qu’un regard féminin nous a autant troublé ! Et oui j'ai osé ! (les sanctions ne vont pas tarder…. !)

 

 

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L’écho de notre présence s’étant répandu comme une traînée de poudre, à peine sorti de bois, nous sommes observés par un jeune mâle qui, plus prudent (c’est le masculin de peureuse) que sa congénère, reste perché sur un rocher inaccessible.

 

 

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L’esprit et le cœur réjouis par ces belles rencontres nous prenons le chemin du retour en franchissant le Portail de Roquendouire.

 

 

 

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Mais au moment où nous le franchissons, le gardien du lieu, qui surveille depuis des siècles les allées et venues des bergers, des marchands, des paysans et aujourd’hui des randonneurs qui y passent, nous interpelle «  La mouflonne vous fait dire qu’elle vous a trouvé très sympas et séduisants et que si tous les hommes étaient comme vous, les mouflons ne se sauveraient plus à leur approche . La prochaine fois que vous reviendrez, passez la voir, ça lui fera plaisir » .

Gibus et moi nous sommes ravis d’entendre ça, même si on aurait préféré que ces propos soient tenus par la représentante d’une autre espèce, mais nous sommes réalistes et nous savons bien qu’à notre age il n’y a guère que des mouflonnes que notre vue puisse mettre en émoi !

 

Texte & photos Ulysse

14/06/2010

Bonheur perdu et retrouvé…..

 

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Je m’appelle le Bonheur et je suis un modeste torrent qui naît sur les flancs gréseux et argileux de l’Aigoual près du col de La Serreyrède à 1300 mètres d’altitude. Dès que la pente s’incurve, je retrouve un peu de sérénité et lambine, insouciant, au milieu des prés fleuris. Je pourrais alors mener une existence sans histoire pour aller mêler mes eaux fraîches et limpides à La Jonte qui coule en aval. Mais la géologie du lieu en a décidé autrement...

 

 

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Car le grès fait soudain place au calcaire soluble dans l’eau, ce qui m’a, au demeurant, permis de creuser un joli tunnel dans la barre rocheuse qui s’opposait à mon cours. Mais, ralenties par cet obstacle inopiné, mes eaux ont aussi creusé le sol et un jour, il y a fort longtemps, bien avant que les hommes n’apparaissent sur la terre, le sol s’est effondré et je me suis retrouvé précipité dans l’abîme ! C'est ainsi que ma mésaventure a inspiré aux hommes du lieu la célèbre comptine " le bonheur est dans le pré, cours y vite, le bonheur est dans le pré, cours y vite, il va filer..... !"

 

 

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Vous allez me dire que peu vous  chaut que mes eaux chutent ainsi vers le cœur de la terre . Mais si l’on m’a dénommé le Bonheur c’est sans doute que les humains qui fréquentent mes rives y trouvent la félicité en y pêchant la truite ou en se rafraîchissant l’été dans mes eaux limpides. Et perdre le Bonheur n’est pas une chose enviable ! Quand votre petit(e) ami(e) vous quitte , vous vous consolez en vous disant « Un(e) de perdu(e) dix de retrouvé(e) » mais quand on perd le bonheur, c’est moins facile de le récupérer !

 

 

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Me voilà donc parti pour un long et terrible cheminement, emprisonné dans les entrailles de la terre, tombant toujours plus bas de chute en chute. Imaginez ma frayeur lorsque ce phénomène s’est produit pour la première fois, mes eaux se cognant dans le noir à des roches acérées et ne sachant pas si elles allaient un jour revoir le jour.

 

 

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Aujourd’hui que les hommes ont installé des lumières tout au long de mon cours, ma situation s’est grandement amélioré et j’ai le plaisir d’avoir la compagnie de visiteurs au moins pendant les heures d’ouverture. Je suis d’ailleurs assez flatté que mon sort attire autant de monde, car je n’imaginais pas que les hommes puissent prendre autant de plaisir à voir de l’eau couler. Même Ulysse , cet aquaphobe notoire, est venu m’admirer !

 

 

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Il faut dire que j’ai accompli un travail digne d’Hercule et creusé un impressionnant canyon pour tenter de trouver une issue.

 

 

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Pendant des millénaires je me suis fourvoyé à creuser des galeries qui m’ont mené dans des impasses. J’ai alors rebroussé chemin et repris mon cours dans une autre direction.

 

 

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Les falaises qui me bordent sont peuplées d’êtres étranges que la lumière des hommes permet aujourd’hui d’admirer.

 

 

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Elles ne bougent pas d’un poil et se laissent volontiers photographier par les visiteurs, ce qui à vrai dire me rend un peu jaloux, car elles détournent leur attention de mon cours. Il ne faudrait quand même pas oublier que c'est grâce à moi que l'on peut les contempler.

 

 

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Mais je me console en me disant qu’elles sont condamnées à vivre sous terre pour l’éternité alors que je sais , aujourd’hui qu’au bout de mon calvaire je vais retrouver le jour ! C’est d’ailleurs pour cela que mon cours s’accélère car je sais que l’issue est proche.

 

 

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Hourrah ! j’aperçois enfin la lumière du jour qui filtre par une brèche ouverte dans les flancs du massif de l’Aigoual .

 

 

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La lumière du jour irise mes eaux et j’aperçois le vert manteau des conifères, qui n’a jamais si bien porté son surnom de couleur de l’espérance !

 

 

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Et me voilà dehors, jaillissant dans un somptueux cirque de falaises, ronronnant de plaisir de pouvoir enfin de nouveau contempler et refléter le bleu du ciel. Une fausse note gâche pourtant un peu mon plaisir : les premiers hommes qui ont découvert ma résurgence ne savaient pas qu’ils avaient retrouvé le Bonheur disparu sur les hauts plateaux. Ne sachant qui j’étais et comme je faisais, selon eux, le bruit d’un bœuf qui brame , ils m’ont appelé « Bramabiau » .

Mais finalement peu importe , je suis tout à mon bonheur d’avoir retrouvé la liberté !


PS : Pour tout savoir sur le site de l'Abîme de Bramabiau exploré pour la première fois  le 27 juin 1888 par une équipe d'hommes courageux emmenés par Edouard Martel, cliquez "Ici" . Cette exploration fut l'acte fondateur de la spéléologie.


Texte & photos Ulysse