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08/06/2010

Des amis du plat pays amoureux des Hauts-Cantons….

 

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En créant mon blog je ne pensais pas qu’il donnerait naissance à une belle amitié avec des gens du plat pays belge, petit royaume qui se chauffe à la chaleur humaine et ensoleille pluies et brouillards, qui souvent l’assiègent, avec les effluves dorées de la bière .

Tout a commencé quand Marc, résidant en Wallonie, a croisé sur internet le chemin de mon blog. Amoureux du massif du Caroux qu’il sillonne une semaine par an depuis dix sept ans avec des membres de sa fratrie et ses amis, Jean Marie, Eric, Raymond et leurs épouses, il est devenu l’un de mes lecteurs assidus.

Esbaudi et ravi par cet amour porté par de lointains « estrangers » des plaines nordiques à la montagne que je chéris entre toutes, j’ai alors proposé à Marc de faire une randonnée en commun lors de sa prochaine visite. Tope là ! m’a-t-il aussitôt répondu et c’est ainsi que la semaine passée nous nous sommes retrouvés pour une virée sur les chemins de la Montagne de Rosis, située au nord du massif du Caroux.

Ceux qui connaissent ce massif savent qu’on ne peut résister à l’appel de sa voix rocailleuse et chantante qui s’élève de mille bouches perchées haut sur ses falaises rocheuses ou tapies dans ses bois profonds. Cette voix unique et envoûtante qui est parvenue il y a dix sept ans jusqu’à l’oreille de Marc et de ses compères au cœur de la Belgique !


 

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Il était tout naturel que Gibus, qui connaît le Caroux encore mieux que les agents du fisc connaissent mes poches (et dieu sait pourtant que ces gens sont des experts !), soit de la partie. En professionnel aguerri de la montagne il veille à notre sécurité lors de passages un peu technique, comme cette traversée de gué apparemment anodine, mais qui recèle quelques pièges sous la forme de pierres branlantes et glissantes. Les naïfs découvrent ainsi le caractère vicieux de l’eau qui explique ma méfiance à l’égard de ce breuvage.

 

 

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Randonner en montagne c’est ouvrir en grand les portes et fenêtres de sa vie pour y laisser entrer le soleil, la pluie, la neige, le vent, les orages qui, dans les temps anciens, ont forgé le cœur et l’âme de l’homme. C’est, ainsi, perpétuer cette énergie qui a permis à ce fragile bipède de partir à la conquête de la planète et d’y bâtir des empires.

 

 

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Randonner c’est aussi préserver en soi le sens du merveilleux qui a nourri les premières rêveries de l’homme et de sa compagne quand dans les cieux ils voyaient flotter la lune. Et c’est un fait qu’au cours de mes pérégrinations j’ai pu souvent constater que les êtres des contes et légendes, que les citadins désenchantés prennent pour des fariboles, existent vraiment

D’ailleurs, Marie, l’épouse de Gibus, qui a l’œil plus vif que mon gosier devant un verre de rosé bien frais, aperçoit soudain un « sangliéton » être mi-sanglier, mi-mouton en train de se gaver d’herbes tendres au milieu d’un clairière. Voyant qu’il a affaire à d’innocents promeneurs (certains comme moi, « innocent » tout court !) cet être fabuleux poursuit son festin sans s’inquiéter outre mesure.

 

 

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Un peu plus loin nous passons près d’un hêtre astucieux dont l’une des branches forme un nœud coulant avec lequel, je le soupçonne de capturer quelques rayons du soleil quand arrivent les derniers jours d’automne, qui le réchauffent tout l’hiver jusqu’à la venue du printemps.

 

 

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Nous entendons soudain le tiquètement d’un pic-vert sur le fût d’un châtaigner en quête de quelques insectes xylophages à manger. Je me mets alors à déclamer des alexandrins car je sais que les pic-verts sont friands de vers de douze pieds (ce sont les plus nourrissants) et le voilà qui, peu farouche, se pose à nos pieds et se met à picorer mes vers tombés à terre…

 

 

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Après un glorieux picnic au hameau fantôme de Caissenols, nous franchissons le portail de Roquendouire pour gravir la serre de la Mare qui culmine à 810 mètres. Nos amis belges sont un peu déçus car les ginestières (champs de genets) n’affichent pas encore la belle couleur de bière blonde qu’elles prennent quand elles sont en fleurs.

 

 

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Un rapace qui se joue des vents et de l’altitude ricane de nous voir suer, souffler, ahaner dans la pente. Mais pas rancuniers pour deux sous, nous admirons sa grâce et son expertise qui rendent jaloux les imbéciles qui les prennent parfois pour cible,

 

 

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Gibus veille à ce que personne ne reste en rade voulant éviter tout incident diplomatique avec un pays qui par mesure de rétorsion pourrait nous priver de ses exportations de frites . Mais nos amis belges se montrent à la hauteur et c’est ensemble que nous franchissons la crête.

 

 

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Comme les cairns où s’entassent des pierres libres à l’improbable équilibre et qui défient les lois de la pesanteur, les amitiés se tricotent avec des mots et des sourires et la passion commune des grands espaces, de la marche et du bon vin.

 

 

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Humbles conquérants de l’inutile, nous savourons en silence la plaisir de partager ensemble le spectacle de la nature environnante.

 

 

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L’univers ouvre au dessus de nous sa gueule bleue où virevoltent, pendant que nous marchons, nos méditations et nos rêveries.

 

 

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Au cours d’une pause près d’un abri séculaire de berger, Marie de nature un brin mystique (comme votre serviteur qui honorent les vignes du Seigneur)) entre en contact avec les dieux de l’Olympe afin qu’ils nous prévoient un demi bien frais à l’arrivée

 

 

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Notre chemin franchissant le Casselouvre nous en profitons pour nous y baigner, seul usage que nous apprécions de ce liquide que les anglais - peuple intelligent contrairement aux apparences - dénomment « water » et qu’ils réservent à juste titre au « closet »

 

 

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Le retour se fait par l’un de ces chemins que j’affectionne , bordé d’un muret de pierres, dont la longueur cumulé à travers le pays d’oc dépasse largement celle de la muraille de Chine. Mais alors que la muraille de Chine enferme un peuple soumis à une clique de dictateurs, ces murs là guident des hommes libres.

 

 

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Revenus au point de départ, nous constatons avec bonheur que les dieux de l’Olympe sont au rendez vous avec des Stellas Artois bien fraîches (bravo Marie), exquise délicatesse de leur part sachant que c’est la bière préférée de nos amis belges. Comme quoi les grecs n’ont peut être plus d’argent, mais ils ont encore du savoir vivre.

Cerise sur le gâteau, ou comme disent plutôt nos amis belges « moutarde sur les frites » Vulcain nous a même allumé un grand feu pour y faire cuire nos grillades.

 

 

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C’est ainsi qu’après avoir marché et contemplé ensemble la beauté des haut-cantons, nous partageons le pain, le vin, les rires et les saucisses, délicieux ciments d’une belle amitié. L’année prochaine c’est promis, nous recommencerons !

 

 

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Texte & photos Ulysse

 

17:59 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : rosis, frite, olympe, chine

29/05/2010

Je connais un coin de paradis....

 

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Il y a sur cette terre un coin de paradis,

Né de l’ardent génie de Pierre Paul Riquet,

Et qui, de l’Atlantique à la Méditerranée,

Etire son fil d’eau d’une langueur infinie.


Pour partir serein à la découverte,

Du Canal du Midi, comme ce lieu est nommé,

Faites halte à l’Auberge de l’Arbousier,

Dont la terrasse surplombe ses eaux vertes.

 

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A deux pas de là, des bateaux amarrés,

Attendent patiemment leurs marins du dimanche,

Alors qu’une étincelante étole blanche,

De la Montagne Noire, recouvre les sommets

 

 

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Partez de bon matin, le site en vaut la peine,

Comme le terrain est plat, l’effort est quasi nul,

Le seul problème est qu’on a mal au cul,

Quand on n’est pas un « pro » de la petite reine.

 

 

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Le canal vous déroule alors ses méandres,

Bordés d’une armée d’orgueilleux platanes,

Dont le feuillage diffuse une lumière diaphane,

Demain et les jours à venir peuvent attendre !

 

 

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De nombreuses écluses en ponctuent le parcours,

Mâchoires de pierres posées sur le canal,

Qui sans relâche recrachent et avalent,

Les bateaux indolents qui en suivent le cours.

 

 

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En ces lieux, l’eau du canal, par ailleurs si lascive,

Qu’on ne sait dans quel sens le courant va,

Prend des allures de chute du Niagara,

Quand des écluses s’entrouvrent les portes massives.

 

 

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Les hôtes du canal sont alors à l’affût,

Espérant que les remous violents de l’eau,

Fassent tomber du bord un matelot,

Mais, à ce jour, cela ne s’est jamais vu !

 

 

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Passée l’écluse, le canal reprend son lent périple

Ses eaux assagies redeviennent miroir,

Où les platanes se contemplent du matin au soir,

De Narcisse fervents condisciples.

 

 

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Pour juguler ses rares débordements ,

Ses bâtisseurs, hommes de grand savoir,

Ont bâti sur ses rives des épanchoirs,

Bijoux de pierres, faits monuments .

 

 

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Le long de chaque rive défile un paysage,

De vignes d’où émergent des clochers millénaires,

De collines boisées, de montagnes altières :

La beauté est présente tout au long du voyage.

 

 

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Par endroits le chemin n’est pas large,

Et il faut tenir fermement son guidon,

Et aux racines traîtresses prêter attention,

Si l’on ne veut pas finir à la nage !

 

 

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Quand par bonheur la piste s’élargit,

Et que les platanes sont sages,

On peut saluez les bateaux de passage,

Et s’ abandonner à ses rêveries.

 

 

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Par endroits, prouesse inouïe,

Le canal franchit une rivière,

Au moyen d’un superbe pont de pierre,

Qui de son bâtisseur exprime le génie.

 

 

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A cette voie fluviale à nulle autre pareille,

Jetons voulez vous un dernier regard,

Car nous sommes hélas sur le départ,

Mais, promis, nous reviendrons voir cette merveille.

 

 

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J’ajoute un codicille à ce reportage,

Pour vous dire qu’à la nuit tombée,

Le canal devient un fleuve enchanté,

Qui vaut tous les paysages !

 

NB: Pour celles et ceux qui seraient intéressé(e)s par une balade le long du Canal du Midi, l'Auberge de l'Arbousier est un lieu idyllique de séjour pour randonner vars Carcassonne ou vers Argeliers. Elle est située 50, Avenue de Carcassonne à Homps (11200) et donne directement sur les rives du canal. L'accueil y est chaleureux, les chambres simples mais confortables et la table excellente. Elle comporte un garage à vélos (04 68 91 11 24).

 

Texte & Photos Ulysse

 

18/05/2010

Rencontre avec un sourcier au Mas d’Agre

 

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Il y a des jours où dans votre vie se produit un événement qui bouleverse vos croyances et vous fait voir le monde sous un autre jour. J’avais lu, sans y croire, que les dolmens et menhirs ainsi que les chapelles romanes, voire des cathédrales comme celle de Chartres, étaient généralement implantées sur des lieux où rayonnait une intense énergie émanant d'un champ magnétique. J’étais sceptique car je me demandais comment les hommes dépourvus à l’époque de leur édification de tout instrument de mesure pouvaient avoir détecter cette énergie. Or, me rendant avec quelques amis au mas d’Agre nous avons fait une rencontre qui a fait voler en éclat ce scepticisme.

 

 

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Partant du Mas d’Auber, on passe devant l’impressionnant menhir de Lacan (4,50 m) que la légende prétend être la quenouille perdue d’une fée. La rumeur prétend aussi qu’il guérirait de la stérilité, affirmation sans doute née du fait que sa forme évoque un phallus dressé vers le ciel.

 

 

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La plaine de Lacan, que le chemin traverse, est couverte d’une garrigue d’où émerge ici et là un genévrier cade séculaire, rare témoin d’un monde pastoral révolu.

 

 

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Le chemin se dirige vers le  Monhaut énorme pâté de calcaire évoquant un volcan ou une pyramide qui confère au lieu une atmosphère sacrée. Nous sommes des pèlerins en route vers une révélation inattendue !

 

 

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Signe annonciateur,  nous croisons un superbe et rare crysocarabe espagnol cousin des scarabés, qui étaient pour les anciens égyptiens le symbole cyclique du soleil et de la résurrection.

 

 

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Arrivant aux abords du mas d’Agre les choses se corsent un brin car un arbre-dragon fait tournoyer devant nous ses branches pour nous en interdire l’accès sans doute réservé aux seuls initiés. Nous l’apaisons en lui disant que nous sommes des amis du vieil Ent du vallon de l’Ourtigas que je vous ai présenté lors d’une précédente balade.

 

 

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Mais un caïman, surgi des fourrés,s’interpose alors et s’en prend à nos arpions dont il semble vouloir faire des sandwichs. Mais les senteurs qui émanent de nos chaussettes ne semblent pas de son goût et il nous laisse passer.

 

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Nous parvenons enfin au Mas d’Agre, ce lieu magique entre tous dont l’architecture simple et audacieuse est aujourd’hui visible de ceux qui peuplent les étoiles. Ils doivent s’étonner que des êtres qui ont été capables d’édifier de telles bâtisses couvrent aujourd’hui la terre de zones commerciales et passent leurs soirées à regarder TF Hun (où TF Hun passe, l'esprit trépasse) !

 

 

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Cet ancien four à pain se souvient avec nostalgie des visages des hommes et des femmes que ses flammes ont illuminés. Ils lui confiaient le fruit de leur dur labeur pour qu’il en sorte des boules dorées dont ils faisaient un festin, accompagné d’une tome de chèvre, d’un filet d’huile d’olive et d’une délicieuse « piquette » qui faisait des centenaires à ne plus savoir qu'en faire, s'il ne vous tournait pas la tête, comme le chantait l'ami Jean.

 

 

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L’ombre de milliers d’heures, à force d’effleurer les murs, les a érodés et fissurés. Elle tourne aujourd’hui dans le vide ne ponctuant plus ni naissance, ni fête ni décès. Aura-t-elle un jour de nouveau l’occasion de battre la mesure d’une vie ?

 

 

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Et puis soudain deux chiens accourent vers nous en aboyant suivi de deux hommes au visage avenant dont l’un nous interpelle cordialement en nous disant «  approchez et serrons nous la main, ils cesseront d’aboyer. »

Intrigués, nous lui serrons cordialement la main et les chiens aussitôt se calment. L’homme nous dit alors « Savez vous que le mas d’Agre - comme de nombreux mas ou chapelles romanes - a été construit sur un champ magnétique intense, témoin généralement de présence d’eau. C’est ce champ magnétique que détectent les magnétiseurs et les sourciers. je vais vous en faire, si vous le souhaitez, la démonstration "

 

 

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Il casse alors la branche d’un arbuste en forme de fourche et nous demande de la tenir de nos deux mains à tour de rôle . Il nous saisit les poignets et nous fait avancer pour franchir la ligne du champ magnétique. La branche bascule alors brutalement vers notre visage. Nous qui étions au départ fort dubitatifs fort  n’en revenons pas.

Il nous explique qu'il est capable de détecter les champs magnétiques et que ce phénomène a été vérifié et expliqué de façon scientifique par Yves Rocard, physicien et mathématicien réputé, qui s’est appuyé sur les travaux de scientifiques américains, Gould, Kirschvink et Baker. Il faut lire ici la passionnante interview qu’il a donné en 2004 à la Revue de Radiesthésie. Il en ressort qu’à l’instar des pigeons, des baleines, des orques et autres animaux migrateurs les cellules des hommes contiennent des cristaux de magnétite en plus ou moins grande quantité qui leur permettent de détecter des champs magnétiques. Les hommes les mieux dotés en ce domaine sont sourciers, magnétiseurs, voire guérisseurs .

Nous parachevons cette déroutante et étonnante expérience en nous tenant la main et en faisant une ronde au dessus de la ligne de passage du champ magnétique. Nous sentons alors le picotement d’un courant électrique circuler entre nous .

Celles et ceux qui sont sceptiques penseront que ce jour là j’avais un peu abusé du divin jus de Vitis Vinifera, mais nos sobres compagnes peuvent témoigner que les faits relatés sont authentiques.

 

 

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C’est ainsi que les évènements de cette passionnante journée nous ont ouvert une porte vers un univers jusque là insoupçonné. Ils me confortent dans l’idée qu’ un même champ d’énergie baigne tous les êtres vivants. Ne dit-on pas d’ailleurs, lorsque l’on échange des informations entre nous, que l’on se tient au courant !

PS : le visage du « magnétiseur-sourcier » a été flouté afin de préserver son anonymat. Si par hasard il lit cette note, je le remercie encore de sa cordialité et pour son initiation au phénomène du magnétisme !

Texte & photos ulysse (trucage Eric D.)

14/05/2010

Dans la forêt soudain, le cri désespéré d'un châtaigner…

 

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Qui n’a pas éprouvé d’angoisse en contemplant le tableau « Le cri » du peintre norvégien Edward Munch qui, selon ses propres termes, veut nous faire entendre le cri infini qui traverse l’univers. Ce cri résonne en nous les jours de blues où l’on fait siens les propos de Macbeth quand il apprend désespéré la mort de sa femme : « La vie est une fable que conte un idiot, une histoire pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ».

Et ce qui n’arrange pas les choses, c’est que le monde dans lequel nous vivons crie de toutes parts : les gouvernements crient après les spéculateurs, les peuples après leurs gouvernements, les agriculteurs après les eurocrates, la gauche après la droite (et réciproquement) les employés après leurs patrons (et réciproquement), les parents après leurs enfants (et réciproquement !) les chauffards après les cyclistes et les piétons (et réciproquement) les bricoleurs du dimanche (dont je suis) après leurs marteaux et plus généralement les anti-quelque-chose après les pro-quelque-chose (et réciproquement). On a envie parfois de dire, vos gueules les mouettes !

L’anathème et l’engueulade sont devenus le mode habituel de conversation, les invectives n’ayant malheureusement pas le charme des injures de feu le capitaine Haddock qui puisait son inspiration au fond des bouteilles de vieux rhum (paix à son âme ).

Je vous en livre quelques spécimen qui ont plus de gueule que les « cass’toi pov’ con » d’aujourd’hui …: Anacoluthe, Anthropopithèque Astronaute d’eau douce, Bachi-bouzouks, Bayadère de carnaval, Bougre d’amiral de bateau-lavoir, Bougre de crème d’emplâtre à la graisse de hérisson, Bougre d’extrait de cornichon, Bougres de faux jetons à la sauce tartare, Bougres d’extrait de crétins des Alpes, Concentré de moules à gaufres, Espèce de chouette mal empaillée, Espèce de mitrailleur à bavette, Espèce de mérinos mal peignés, Garde-côtes à la mie de pain,…. j’en passe et des meilleurs ! Ah qu’il était chaleureux et convivial le monde du capitaine Haddock où les méchants s’appelait Rastapopoulos !

Mais Gibus et moi avons la chance de pouvoir fuir le tintamarre et l’agitation frénétique du monde d’aujourd’hui en prenant la poudre d’escampette (qui est la poussière des chemins que l’on soulève quand on s’escampe*) pour aller arpenter les chemins du Haut Languedoc.

*Escamper : verbe occitan qui veut dire se sauver !

 

 

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Nous grimpons une fois de plus sur le Caroux mais par le chemin rarement emprunté de La Trappe qui, partant de Colombières sur Orb, mène en passant par l’Esquino d’Aze à Lou Tres recs (les trois ruisseaux) qui descendent du plateau sommital du Caroux.

D’antiques abris adossés au corps rocheux du Caroux sont les derniers témoins d’une activité humaine, aujourd’hui révolue, centrée sur l’exploitation de châtaigneraies sur les pentes du massif et la pâture d’ovins sur les hauts plateaux.

 

 

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Une nouvelle fois nous sommes admiratifs du travail colossal réalisé par ces hommes pour greffer des chemins de pierre sur les pentes abruptes du Caroux. Qui peut dire aujourd’hui que ce qu’il accomplit dans sa vie servira à d’autres hommes dans les décennies à venir ?

 

 

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Le chemin franchit une barre rocheuse qui devant notre détermination se laisse facilement apprivoisée. Souvent ainsi dans la vie on se fait une montagne de ce qui n'est que billevesées.

 

 

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De fait, la montagne est une excellente école qui vous permet, si vous êtes modeste, de vérifier que vous valez mieux que ce que vous pensez et vous conduit donc à prendre confiance en vous. Par contre si vous êtes prétentieux et arrogant, elle vous enseigne vite l’humilité. Une fois qu’on les a gravies, leur ascension vous grandit et vous remplit d’une force nouvelle. Une partie de votre esprit et de votre âme reste « la haut » et vous permet de prendre de la hauteur par rapport à votre vie quotidienne.

 

 

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Et, de surcroît, vos efforts sont souvent récompensés par l’émouvant spectacle de mouflons, d'izards ou de chamois (selon les massifs) en goguette qui vous narguent goguenards du haut d’une plate-forme rocheuse dont votre statut de bipède vous interdit l’accès.

 

 

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Mais il y a un hic car je vous l’ai souvent dit, le temps en montagne, même en zone méditerranéenne est IMPREVISIBLE ! En prenant mille mètres d’altitude, on se déplace de l’équivalent de mille kilomètres en latitude. Le sommet du Caroux a donc le même climat que le Nord Pas de Calais. Aussi, si vous habitez Montpellier et que vous avez une épouse qui rêve de voir Maubeuge, emmenez la sur le Caroux pour la préparer au choc thermique !

Avec Gibus nous avons toujours dans notre sac de quoi affronter neige, brouillard, intempéries. Ce « de quoi » prenant, sans autre précision, une forme solide et liquide….

 

 

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Nous sommes début mai et pourtant une mince couche de givre couvre le flanc nord des pins qui en frissonnent. Après l’hiver quasi polaire qu’ils ont subi , ils aimeraient bien, comme nous d’ailleurs, que le printemps arrive.

 

 

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Par un temps pareil une halte au refuge de Fontsalès s’impose. Et c’est en cet endroit mythique du Caroux, où tous ses admirateurs sont venus un jour de frimas s’y chauffer la couenne, que nous faisons une rencontre inattendue et qui me laisse à penser que quelque part dans l’univers un grand tricoteur manipule les pelotes de laine d’où se déroulent les fils de nos existences.

En effet, alors que nous étions en plein milieu de nos agapes, un randonneur à l’allure de vieux loup des steppes franchit la porte et nous demande s’il peut nous tenir compagnie, ce qui en montagne , lieu de solidarité par excellence, va de soi.

Alors que nous discutons de nos randonnées respectives, l’homme nous demande si nous ne sommes pas Ulysse et Gibus et il se présente comme étant Bernard, le blogueur de «  Mes Photos et petis mots » avec lequel j’ai, par blogs interposés, des échanges épistolaires.

Sur nos culs étant assis, nous en restons « baba » (sans rhum) et célébrons par de vives exclamations l’extraordinaire concours de circonstances qui a voulu que nos chemins se croisent, un jour à ne pas mettre un humain normalement constitué dehors, en un tel endroit .

Depuis lors Bernard a magnifiquement célébré sur son blog cette rencontre et je vous invite à y aller voir. Aujourd’hui je tiens à saluer ce frère « es » chemins qui, comme nous, éprouve une passion pour le Caroux que ni le brouillard, ni la pluie, ni la neige ne sauraient refroidir !

 

 

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Puis nous reprenons chacun notre chemin, le notre passant par le Peyre Grosso et le torrent d’Albine.

 

 

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Alors que nous dévalons la pente qui nous ramène à Colombières, des rochers en équilibre précaire attendent patiemment l’orage, le coup de dent du gel qui leur permettra à leur tour de faire des cabrioles sur les pentes du Caroux , trop bref instant de liberté au sein d’une éternité d’immobilité.

 

 

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Sur le chemin en pente raide couvert de pierres branlantes, il nous faut prendre garde à ne pas perdre soudain pied et dévaler la pente en roulé-boulé .

 

 

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Et puis, alors que le chemin regagne l’étage forestier, nous entendons soudain un cri qui va en s’amplifiant au fur et à mesure que nous descendons… Un cri non pas menaçant, mais de désespoir, un hurlement de douleur . Intrigués, inquiets nous nous demandons si un animal n’est pas tombé dans un piège et continuons d’avancer…

 

 

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Et soudain au détour du chemin, nous tombons face à face avec l’être d’où émane ce cri : il s’agit d’un vieux châtaigner qui churle gueule grand ouverte son désespoir. Nous apercevant, il se tait soudain, gèné. Lui caressant l’écorce pour manifester notre sympathie, nous lui demandons quelle est la cause de sa souffrance. Il nous répond que les hommes, qui pendant des décennies les ont, lui et ses frères, choyés, entretenus pour se nourrir de leurs fruits, les ont aujourd’hui abandonnés, laissant les maladies les ronger et les abattre. Ils étaient autrefois les rois d’une civilisation rurale dont leurs châtaignes étaient l’or brun , ils ne sont plus aujourd’hui que des vieillards décharnés rongés par la vermine. Et pour ajouter à leur désespoir, les oiseaux qui leur rendent encore visite leur racontent que partout dans le monde les arbres sont maltraités et les forêts abattues .

Nous lui répondons qu’il ne faut pas perdre espoir et que la folie des humains leur offrira probablement une nouvelle chance. En effet, neuf milliards de terriens sont attendus en 2050 qui va transformer les plaines et les vallées de la terre en d’immenses zones commerciales entourées de lotissements. Quand les humains n’auront plus rien pour se nourrir, certains qui auront conservé la mémoire des temps anciens se souviendront que les châtaigners s’accommodent des pentes arides des montagnes et produisent des fruits nourrissants. Ce sera alors de nouveau leur heure de gloire.

Rasséréné le châtaigner nous remercie chaleureusement pour ses propos d’espérance et nous confie qu’il va désormais consacrer les quelques forces qui lui restent à assurer sa descendance en prévision des temps difficiles à venir pour l’espèce humaine.


Texte & photos Ulysse