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03/02/2010

Sur le chemin des verriers,

 

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Le Causse de l’Hortus , où je vous emmène aujourd’hui, s’étend face au Pic Saint Loup qui ressemble, de cet endroit, à la chevelure d’une géante couchée sur la ligne d’horizon. Mais sait-on jamais ! peut être que la géante est bien réelle et pour le vérifier je m’enhardirai un jour à aller la chatouiller !

Mais pour le moment laissons la dormir et partons à travers la garrigue de chênes verts, de chênes blancs, de pins d’Alep et de genévriers oxycèdres, qui recouvre le causse, pour suivre le chemin des verriers, tracé il y a plus de sept cents ans .

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C’est, en effet, aux alentours de 1280 que des verreries s’installent sur le Causse alors couvert de bois qui leur fournit le combustible nécessaire.

Tout d’abord libre, l’activité de verrier va être réglementée en 1455 par le roi Charles VII qui, en compensation des services rendus aux croisades, attribue aux seuls verriers nobles le privilège d’exercer « l’Art et la Science de Verrerie ». Rappelons que les autres activités économiques étaient interdites aux nobles sous peine de perdre leurs droits, mais le travail du verre était, à juste titre, considéré comme une art !

 

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Trente six familles en Languedoc se sont vues ainsi reconnaître le droit d’exercer cette activité, dont les blasons constituent un superbe imagier.

 

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Une vingtaine de ces familles étaient établies sur le causse de l’Hortus . Il ne subsiste aujourd’hui de cette intense activité que les ruines de la verrerie de Couloubrines, que l’on découvrira un peu plus tard, et de magnifiques chemins séculaires qui allaient de l’une à l’autre.

Je suis toujours ému de les emprunter car j'ai le sentiment d'être entouré des ombres de celles et ceux qui pendant des siècles y ont cheminé avec tantôt un cœur heureux , les faisant chanter, et tantôt un coeur lourd, les courbant vers le sol empierré. Peut être que les innombrables cailloux qui les jonchent sont nés des larmes qu’ils ont versées.

 

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En raison de l’épuisement des forêts du Causse, les verriers durent à la fin du XVIIIème siècle déplacer leurs activités vers les Cévennes. Le causse de l’Hortus est retourné un temps à son état sauvage avant que ne s’installent quelques fermiers et éleveurs et plus tardivement des viticulteurs.

La beauté des Bastides qu’ont édifié certains vignerons témoignent de la qualité du terroir, mais on voit à l’état du crépi qui recouvre les murs que les temps sont durs ! La crise est là et tous les infortunés et les désespérés qui pourraient noyer leur chagrin dans un verre de bon vin, ce qui soutiendrait les cours, se gavent au contraire de prozac,  mal conseillés par les affiliés d’Hippocrate – qui pourtant recommandait de soigner les plaies avec des compresses de vin chaud !

 

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De superbes mas agricoles, aujourd’hui désertés, nous ramènent à une époque où les trois quarts de la population vivait directement des produits de la terre. Nous avons aujourd’hui pour la plupart perdu ce lien direct et ne donnons plus à ceux qui travaillent dans le secteur agricole les moyens de vivre décemment de leur activité . L’avidité de quelques poignées de capitalistes charognards nous conduit au naufrage et si l’on n’y prend garde nos descendants mourront de faim entourés par un océan de friches .

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Quelques maisons du village de Ferrières-les-Verreries fraîchement restaurées donnent l’illusion d’un semblant de vie, mais la cloche reste muette au clocher de la chapelle dont la porte est condamnée, le petit chat est mort et si le presbytère n’a rien perdu de son charme et le jardin de son éclat, il a été néanmoins transformé en chambres d’hôte !

 

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Nous voici arrivés à l’ancienne et majestueuse verrerie de Couloubrines qui appartenait à la famille de la Roque . Elle est malheureusement enclose derrière un grillage et ne peut être visitée qu’en groupe et sur rendez vous. A un moment où le chômage explose, le département de l’Hérault qui fait de la publicité (avec l’argent des « administrés ») pour défendre des fauteuils de conseillers généraux dont l’utilité fait débat, pourrait créer quelques emplois pour l’accueil et la visite de ces sites, ce qui dynamiserait l’activité touristique.

De fait, n’en déplaise à Monsieur Vézinhet, président du conseil général, qui mène la fronde contre la réforme des collectivités locales, le mille-feuilles administratif serait un peu plus digeste pour les contribuables français si on lui enlevait quelques couches. A ce sujet je vous invite à lire l'article du dernier numéro de la revue "Capital" sur la gabegie qu'est la gestion des finances des collectivités locales.

 

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Mais laissons là les vaines polémiques, car l’administration française est toute puissante et irréformable et nous sommes avec elle embarqués sur le Titanic. Aussi prenons un peu de bon temps pendant qu’il en est encore temps et arrêtons nous au havre de paix qu’est le Mas des Baumes ou Eric Tapié, un jeune chef talentueux a installé un superbe restaurant où vous pouvez vous régaler en semaine le midi pour la somme incroyable de …..18 euros ! A coté de la France qui "pantoufle", il y a encore une France qui prend des risques et qui travaille....

 

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Nous voici arrivés à la Halle du Verre de Claret qui présente en de nombreuses vitrines pédagogiques l’histoire de la verrerie des origines à nos jours et où sont exposées les œuvres de nombreux artistes verriers contemporains.

Ce site qui est unique en France et qui a représenté probablement plusieurs dizaines de milliers d’euros d’investissement est hélas fermé de novembre à mars. Voilà qui souligne l’ineptie de la politique menée par le département et la région en matière touristique

Si l’on veut redonner vie aux villages de l’arrière pays il faut que des sites aussi originaux et riches que la Halle du Verre soient ouverts toute l’année. Il y a dans la région une importante population de seniors amateurs de tourisme « culturel » auxquels on peut ajouter les scolaires qui justifieraient cette ouverture .

Que la région vende les tableaux noirs de Soulages qui occupent un étage du Musée Fabre de Montpellier sous prétexte que d'après certains critiques (qui sans doute travaillent "au noir") et la Fédération des Creuseurs de Tunnel, Soulages serait le plus grand peintre français contemporain. Pour moi ses tableaux sont à l’art ce que les œufs de lump sont au caviar et leur vente permettrait de financer des emplois dans des sites touristiques consacrés aux authentiques chefs d’œuvre de l’humanité ! On pourrait, au demeurant, pour satisfaire la poignée de visiteurs qui apprécient malgré tout son œuvre (tous les goûts sont dans la nature) récupérer quelques vieux tableaux noirs des écoles pour remplacer les tableaux de Soulages ! Après tout noir c’est noir , comme le chante notre cher Jauni !

 

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En sortant de la Halle du Verre vous saurez tout des techniques de fabrication de cette matière incroyable créée par l’homme et qui bien que solide permet de voir au travers ! Il y a là quand on y réfléchit un grand mystère qui nous interpelle sur ce qu’est réellement la matière : n’est elle qu’ une simple illusion ?

La région était propice à la fabrication de ce matériau étonnant : les verriers trouvaient sur les berges de l’Hérault les galets de quartz nécessaires, pour fournir la silice . La soude était obtenue par combustion de la salicorne (dont on peut faire aussi des salades) cultivée sur le littoral et de la chaux fabriquée à partir du calcaire du plateau. Le verre était coloré par l’adjonction d’oxydes métalliques .

 

 

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L’une des phases du processus les plus difficiles à maîtriser était le soufflage du verre qui demandait quelques années d’expérience.

 

 

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On découvre à la halle des œuvres splendides réalisées à travers les ages, tels ces vieux flacons auxquels je suis particulièrement sensible car ils me rappellent ceux que brandissent l’immortel capitaine Haddock !

Si Hergé sortait ses albums aujourd’hui il est certain que la bouteille de rhum de ce bon vieux capitaine serait censurée à l’instar de la pipe de Mr Hulot. Mesure stupide de notre monde aseptisé, lobotomisé qui se fait des frayeurs avec le virus de la grippe H1N1 alors que la moitié de l’humanité souffre d’effroyables pandémies, ne mange pas à sa faim et n’a pas l’eau potable.

 

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Mais bon je vais cesser mes ratiocinations et me taire pour vous laisser contempler, en silence, les œuvres qui sont exposées et dont les dernières ont été réalisées par des verriers contemporains .

 

 

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Je ne peux que vous inviter à aller les découvrir …..quand on aura daigné ouvrir la Halle !

NB je suis désolé pour le manque de cohérence dans la taille et la couleur des caractères mais la plate-forme de Midiblogs a des "bugs" et personne ne semble vouloir s'en occuper !

Texte & photos Ulysse

 

29/01/2010

Oh temps suspend ton vol à Marcevol !

 

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Il y a des jours de notre existence qui s’impriment plus que d’autres dans notre mémoire parce que leur trame n’est que plénitude et sérénité . Ces jours nous font dire à l’instar du sublime Alphonse :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

J’ai vécu en compagnie d’amis un tel jour au début de l’été 2009, alors que nous revenions d’un périple dans les Pyrénées Orientales, dont le sommet emblématique, le Canigou, domine de ses 2785 mètres la région du Conflent que nous avons traversée.

 

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Nous avons fait une première halte à l’admirable chapelle romane de Prats-Balaguer édifiée au XIème siècle. Bien que non croyant, je suis sensible à la beauté de ces édifices dont la nef symbolise, pour moi, l’enracinement de l’homme dans la terre et le clocher, ses aspirations spirituelles. La grande force de la religion chrétienne est que ses maisons de prières soient ouvertes à tous, croyants ou non croyants,  et que l’on peut venir y méditer dans un lieu propice au recueillement et au retour sur soi .

En ce lieu, dont l’aspect n’a sans doute pas changé depuis près de mille ans, le ciel bleu et le soleil aidant, on est gagné par un sentiment d’apaisement et d’éternité.

 

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Si mon âme me préoccupe parfois, je suis loin d'être insensible, vous le savez, aux plaisirs que nous procure notre enveloppe corporelle. Dans les parages de Prats- Balaguer coule en sous bois un torrent dont les eaux sont alimentées par une source à 62° !

Quel bonheur de se glisser dans une vasque d’eau chaude, surtout si de jolies naïades en tenue d’Eve y sont déjà, car ici la tenue du jardin d’Eden est de mise si vous ne voulez pas vous ruiner en maillots de bain vu le caractère sulfureux de l’eau (un aspect un brin luciférien !)

N’est ce pas un bonheur de pouvoir jouir en toute innocence du spectacle du corps féminin alors que vous êtes immergé dans un milieu qui vous rappelle votre « enfance » pré-natale ! C’est la félicité !

 

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Dans le climat quasi tropical qui règne aux alentours du torrent, une agave dresse sa hampe fleurie qui signale, hélas, le terme de son existence. Cette fleur qui a mis quinze ans pour s’épanouir a, en effet, épuisé la plante qui va donc mourir et laisser des rejets qui prendront sa relève.

La vue de cette magnifique agave (nom qui vient du grec agauos qui veut dire admirable) mais aussi redoutable (il faut prendre garde aux pointes acérées des feuilles) me rappelle un « enivrant » (c’est le mot !) voyage au Mexique

Car dans ce pays l'agave est utilisé dans la fabrication de la Téquila et du Mezcal. La Téquila est produite à partir du cœur cuit et fermenté de l'Agave Tequilana Bleue. Le Mezcal peut être fabriqué à partir de plusieurs espèces et c'est le fruit de l'agave qui est utilisé. En outre, le ver d'agave est ajouté dans la bouteille de Mezcal ! La coutume veut que celui qui finit la bouteille avale le ver (je me suis arrangé pour ne jamais finir la bouteille !)

 

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Un superbe « échiquier d’occitanie » (je parle du papillon !) se délecte du nectar des fleurs d’un laurier-sauce, nom qui lui vient du fait que les bonnes cuisinières mettent toujours quelques feuilles de laurier dans les daubes, les courts-bouillons et les terrines. Les romains autrefois tressaient ses tiges en couronnes dont ils coiffaient les vainqueurs aux jeux olympiques. De même, à la Renaissance les étudiants qui réussissaient leurs examens se voyaient coiffés avec des rameaux de laurier garni de baies appelées « bacca lauréati » d’où vient le terme actuel de baccalauréat (source : l’excellent ouvrage « la Garrigue Grandeur Nature » aux éditions du Pélican)

 

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Mais le long bain que nous avons pris nous a creusé l’appétit (au moins un mètre de profondeur !) et nous nous rendons au pittoresque village (nous évitons les autres) d’Eus pour satisfaire à nos exigences « vitales » . Et là nous trouvons un « confetti » de paradis sur la haute place du village ombragée par un micocoulier et qui sert de terrasse à un modeste restaurant installé dans une vieille maison restaurée avec goût.

 

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Cet endroit à l’écart de la rumeur du monde offre une vue imprenable sur la chaîne pyrénéenne. Il semble être aussi à l’écart du temps dans une bulle d’intemporalité comme les jours d’été dans le midi en distillent, quand l’air est chaud et immobile et que vous envahit une douce torpeur.

 

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Notre corps ayant eu son dû, nous nous rendons au prieuré de Marcevol afin que notre âme reçoive aussi sa juste part. Cela vous intrigue sans doute de voir un non croyant courir ainsi de lieu saint en lieu saint, mais on peut avoir des aspirations spirituelles sans adhérer à aucune religion.

L’univers et la vie sont de telles merveilles qu’il est difficile de croire qu’ils n’ont qu’une dimension matérielle. Et il faut porter au crédit des croyants de toutes religions que leurs aspirations génèrent des œuvres (malheureusement pas toujours des actes) d’une grande beauté.

 

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Ce joyau de l’art roman catalan posé sur un plateau qui domine la vallée du Têt près de la commune d’Arboussols a été fondé au XIIème siècle par les chanoines du Saint Sépulcre de jérusalemem, cet ordre monastique lié à la conquête des lieux saints (c’est là où les actes ne correspondent pas aux aspirations !) Sa façade est ornée de marbre rose provenant de la région et d’un curieux clocher- tour asymétrique à quatre baies.

 

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La nef centrale est d’une très grande élégance et simplicité, les bâtisseurs ayant par leur génie enlever leur poids aux pierres qui semblent flotter dans l’air comme le font les étoiles la nuit dans le ciel.

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Une fresque montre un christ en majesté arborant un regard triste, voire désespéré, conscient sans doute de la vanité de son sacrifice pour des bipèdes qu’il voulait sauver et qui continuent partout dans le monde de s’étriper en invoquant souvent le nom de son père. De fait il a été sans doute commis dans le monde autant de crimes au nom de dieu que de crimes crapuleux, voilà pourquoi on peut douter du bien fondé des religions…

 


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J’ai d’ailleurs croisé Jésus méditant dans un coin discret d’une chapelle adjacente et qui m’a confié que si c’était à refaire, il se contenterait d’être charpentier comme son père. Car m’a-t-il dit mieux vaut faire de belles tables autour desquelles les hommes peuvent partager leur repas que de leur faire des discours. Car vos paroles aussi généreuses soient-elles vous échappent et sont exploitées par des gens sans scrupule qui en font un instrument de domination et de pouvoir.

 

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Mais reconnaissons aussi que ces paroles ont incité les hommes à édifier des « merveilles » pour nous rapprocher du "ciel" et l’on oublie en les contemplant le sang qui a été versé par les « ordres » auxquels appartenaient leurs bâtisseurs.


Texte & photos Ulysse (sauf la 3ème Marie B.)

 

19/01/2010

Va, cours, vole au lac de Vézoles !

 

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Avec ce temps maussade qui sévit jusqu’aux latitudes méditerranéennes, ça ne vous dirait pas de faire un saut temporel en plein cœur de l’été 2009 ?

Grâce à la photographie, géniale invention de Niepce, nous pouvons accomplir cet exploit en toute sécurité et vous pouvez même, pour ce qui vous concerne garder vos pantoufles. Nous sommes donc début juillet 2009 et je vous propose de vous emmener au lac de Vézoles , niché au creux des Monts du Somail où vous pourrez, si le cœur vous en dit, vous baigner (mais n’oubliez pas dans ce cas d’enlever vos pantoufles, car mon assurance ne couvre pas ce type de véhicule).

Nous partons du hameau des Rouvials (au nord de Prémian) pour rejoindre le sentier des Gardes menant au GR7 qui, en mille « marches » ( c'est le nom du sentier ) assez irrégulières et souvent bancales vous mène sur le plateau sommital .

 

 

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Après un superbe passage en corniche, le chemin sinue au milieu de rocs arrachés aux monts du Somail par le maigre ruisseau de Bureau qui montre bien que « patience et longueur de temps  font plus que force ni que rage » ainsi que nous l’a enseigné Maître Jean dans sa fable " le lion et le rat".

Je vous invite au passage à lire et relire ce fabuliste qui a su mieux que personne peindre de façon jubilatoire les mesquineries et fourberies de l’homme, sous le couvert d’histoires animalières. Il en existe une superbe édition chez Taillandier qui reprend les illustrations composées en 1905 par Benjamin Rabier  qui ont illuminé mon enfance.

Comme vous le remarquerez les marches ne datent pas d’hier et ont été battues par des myriades de semelles. Certaines d’entre elles, qui en ont assez de se faire marcher dessus, vous font un croc en jambe  et on les comprend un peu,

J’en entends certains ricaner et dire dans leur barbe (les barbus sont – on le le sait - des gens perfides) « Ulysse, il faut arrêter de mettre de l’eau de vie de marc du Languedoc dans le café du matin ». Je réponds à ces propos médisants par un haussement d’épaule, car ceux qui me connaissant bien savent que je ne bois jamais de marc avant 11 heures du matin.

Aussi je vous recommande la plus grande délicatesse et la plus grande vigilance en abordant ces marches, si vous ne voulez pas vous retrouver à quatre pattes en faisant semblant de ramasser les châtaignes pour ne pas perdre la face.

 

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Nous longeons un peu inquiets des empilements de rocs instables emportés par l’érosion.  Sans doute faudra-t-il quelques siècles, voire quelques millénaires pour qu’ils reprennent leur course folle vers le fond de la vallée puis encore des millions d’années pour qu’ils rejoignent la mer éclatés en une myriade de pierres.

Par rapport au temps des roches, notre vie n’est qu’un battement de cil, un clignement d’œil, un souffle et pourtant l’amour, la joie,  la tristesse ou la souffrance qu’on peut y mettre est infinie.

 

 

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Et parce que nos existences sont brèves , nous sommes  dévorés par le souci de laisser une trace de notre passage. Musiques, dessins, poèmes, récits  mais aussi palais, jardins, cathédrales ne sont  que des tentatives désespérées de tromper la mort . Et ceux qui n’ont rien à dire,  à bâtir ou à chanter laissent leurs noms sur les murs et les arbres, leur existence étant un instant ranimée par les regards de ceux qui passent.

 

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Au milieu de ce chaos de rocs,  trône un  lion  dressé sur son séant, qui s’expose au soleil, nostalgique de la savane africaine d'où il vient, sans doute emporté avec le sable du désert par une fabuleuse tempête ou bien emmené avec l’armée d'Hannibal lors de sa tentative de conquête de Rome qui s’acheva par une débâcle.

 

 

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En approchant du plateau sommital, la pente se fait plus raide et le torrent utilisant la voie la plus directe tombe de cascade en cascade. Chacun sait que rien n’arrête l’eau qui trouve toujours un chemin - le vin aussi d’ailleurs pour ce qui me concerne – et c’est pour ça que les plombiers sont les vrais rois du monde. C'est d'ailleurs aussi difficile d'obtenir un rendez-vous avec un-bon- plombier qu'avec le président de la République, sauf pour ce dernier si l'on possède un yacht !

 

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Cette cascade qui se dédouble évoque pour moi un site vu dans le parc du Grand Téton dans le Wyoming (U.S.A) ou un  torrent appelé « Twoo ocean creek » se divise en deux branches qui part l’une vers l’ocan Atlantique et l’autre vers l’océan Pacifique. C'est ainsi que nos existences prennent parfois un cours radicalement différent suite à un événement impromptu.

 

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Enfin le lac de Vézoles se révèle à nos yeux émerveillés ( je sais la formule est facile et éculée, mais émerveillés vraiment nous étions) . Comment, se dit-on alors, un si petit ruisseau peut-il donner naissance à un aussi grand lac ! Certes l’homme l’a aidé un peu en barrant son cours mais on voit que, là encore, s’applique la sage morale de notre bon Jean de la Fontaine : patience et longueur de temps….etc

Ainsi, quand au début de l’automne mon marchand de bois déverse cinq stères sur ma pelouse qui prennent la forme du Mont Fuji (pardonnez cette audacieuse comparaison honorables blogonautes japonais qui passez par ici)  je pense ne jamais en venir à bout et pourtant en deux heures de temps tout est mis à l’abri et parfaitement rangé. De fait aucune tâche n’est vraiment insurmontable quand on a, bien sûr, autre chose que de l'eau pour se désaltérer !

 

 

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C’est en flânant que nous entamons alors le tour du lac, en ayant le sentiment d’être à 10.000 lieues de là en plein cœur du Canada. Mes nos vies ne sont- elles pas que rêves et fantasmes et ne les passons nous pas à lorgner par la fenêtre de nos ateliers ou de nos  bureaux la femme ou le nuage qui passe (à chacun  selon ses passions) en imaginant une vie d’aventures exotiques ou romantiques.

 

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Combien serait fade ce cliché sans ces lambeaux de nuages effilochés. Sans eux le ciel serait morne et la photo sans vie. Mais leur discrète présence lui donne de la densité, une réalité qui fait naître le sentiment d’y être immergé.  Ils sont comme la tache rouge que Monet ajoutait à certains de ses tableaux pour les dynamiser. Ou comme la « mouche », ce faux grain de beauté  que les belles aristocrates se mettaient autrefois sur la joue pour faire ressortir la blancheur de leur visage et dont la position avait une signification. Ainsi appelait-on celle posée au coin de la lèvre « la baiseuse ».

 

 

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La beauté de ce lac tient surtout à l’écrin de verdure dans lequel il est serti. Voilà un paysage que l’on croît sauvage et qui a été entièrement composé par l’homme. Comme quoi il ne faut pas désespérer de cet inconséquent bipède, capable du pire comme du meilleur. Ainsi, les hommes peuvent-ils aussi bien semer des champs de pneus et d’ordure que créer des morceaux de paradis. Formulons le souhait, oh ! sœur de Marie, que ces derniers finissent par l’emporter , mais c’est loin d’être gagné !

 

 

 

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Autre éclatante  démonstration du rôle joué par les nuages en photographie ! Celle ou celui perché "la haut" a quand même bien fait les choses : inventer un truc qui remplit d’eau les citernes, de jus les grains de vitis vinifera et d’aise les photographes. Il ou elle est quand même très doué(e), il faut le reconnaître ! Alléluia !

 

 

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Et nous voilà revenus au temps d’avant "la pomme" , avant que l’on ne soit chassés du paradis….Oh !  je sais hélas que ce n’est qu’une illusion mais comme je le disais tout à l’heure  les illusions sont le sel de notre vie !

 

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Et voilà, notre périple est fini, il nous faut redescendre et reprendre le fil de notre vie…pas si désagréable que ça, vous vous en doutez, même si nous ne sommes plus au paradis !


PS: La balade du tour du lac de Vézoles est décrite dans le TopoGuides "L'Hérault à pied" de la FFR . Pour partir du chemin  des Gardes  et emprunter le superbe chemin dit des "mille marches" utiliser la carte IGN 2443 ET

 

Texte & Photos Ulysse

14/01/2010

Il fait un temps de caribou, allons sur le Caroux !

 

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Notre société se dit « développée », parce qu’elle recourt sans mesure aux technologies modernes et aux produits sophistiqués : moyens de transports mécaniques, électricité, télécommunications, informatique, papier toilette parfumé, faux ongles et faux seins ! Mais de fait, elle est surtout fragile.

En effet, que tombent 5 cm de neige et voilà les autoroutes bloquées, les aéroports fermés, les TGV en rade, les lignes électriques coupées et Nicolas énervé parce que les français, rois du monde des râleurs, mettent ça sur son compte. Il faut dire que lui qui se voyait en Roi Soleil est plutôt devenu un président « purée de poix ».

Mais il faudrait sans doute que l’on réapprenne à vivre avec les intempéries, vu que la Conférence de Copenhague a échoué et que l’on se dirige tout droit vers des perturbations atmosphériques qui mettront en péril notre survie.

 

 

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Avec mon ami Gibus on se prépare donc au grand chambardement climatiques en sacrifiant chaque année à la tradition du bain du 31 décembre et allant taquiner les sommets du Caroux, dès qu’il y fait un temps à ne pas mettre un mouflon dehors.

L’avantage est qu’il n’y a pas non plus, ces jours là, d’autres bipèdes et, qu’alors, le monde nous appartient. Ce n’est pas que l’on n’aime pas nos semblables, bien au contraire, mais un tête à tête avec mère nature nous donne un sentiment inouï de plénitude, avec le sentiment de vivre des moments privilégiés.

Donc avant hier matin, mardi 12 janvier, où le thermomètre affichait – 8°au pied du Caroux, nous voilà partis aux aurores vers les sommets.

La brume qui traînasse dans les vallées confère au reste du monde une apparence de douceur trompeuse qui gomme les tragédies qui s’y déroulent pourtant chaque jour..

 

 

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La neige et le froid ornent l’épiderme rocheux de notre cher Caroux de dagues de glace. Mais nous savons que nous n’avons rien à craindre de ce massif d’un age respectable ( 340 millions d’années) et d’un tempérament débonnaire. On sait qu’il ne profitera pas que l’on ait le dos tourné pour nous en asséner un coup dans l’occiput , vu que nous avons toujours respecté les lieux et ses habitants (mouflons, chevreuils, sangliers, lapins, rapaces etc…. Mais si nous étions chasseurs, on se méfierait !

 

 

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Au fur et à mesure que nous prenons de l’altitude le monde d’où nous venons se transforme en un océan de collines bleutées. Un peu inquiets nous nous demandons si nous en retrouverons à notre retour le chemin d’accès !

Mais si jamais nous étions condamnés à vivre le reste de nos existences sur le Caroux sans doute nous transformerions nous en mouflons, ce qui, finalement, ne serait pas un sort détestable vu le nombre de mouflonnes qui y vagabondent.

 

 

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Arrivant près du sommet, un spectacle nous émeut, comme à chaque fois, immanquablement : celui d’un arbrisseau accroché à la roche au milieu de la « colette » de Luchet (petit col) et sur lequel semble veiller les mamelons rocheux environnants, impressionnés par son courage.

 

 

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Il faut dire que de là où il est , il a une vue imprenable sur la vallée et que malgré le froid et le vent il ne cèderait pour rien au monde sa place. Cet arbre est pour nous un exemple de courage et de ténacité mais aussi, à la fois, de la vulnérabilité et de la prodigieuse énergie de la vie. Son exemple nous incite à poursuivre malgré le froid mordant qui nous agresse alors dans cette zone balayée par le vent.

 

 

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Et nous voilà sur le plateau sommital, foulant une neige fraîche légère et scintillante qui fait renaître nos plaisirs d’enfants. Honte à ceux qui, dans les villes, sous le fallacieux prétexte d’assurer la sécurité des « citoyens, interdisent, dès qu’il neige, l’accès aux parcs et jardins et privent les enfants de cour de récréation de peur qu’ils ne glissent et tombent.

 

 

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Au nom de ce principe de sécurité on devra bientôt nous interdire de respirer car l’air sera trop pollué. Nos gouvernants sont des avortons et des crânes d’œuf qui ne sont jamais écorchés les genoux ayant été élevés dans la soie. Ayant peur de leur ombre, ils veulent nous imposer une vie sans risque, de fait, une vie de zombie !

 

 

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Pour quelques instants je vais me taire (ça va être dur !) pour vous laisser contempler ce paysage aux sublimes camaïeux de verts, de gris, de bruns et de blancs……………………………………………...........................................................................................................

Qui a parlé ? chut ! on se tait ! …………………………………………….........................................................................................................

 

 

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Nous empruntons un chemin qui traverse les bruyères brûlées par le gel et où l’on peut « lire » les pérégrinations nocturnes des habitants des lieux.

Ainsi y voit-on les traces d’un lièvre et celles d’un renard et plus loin, des traces de sang, témoin d’un drame ! Jeannot a-t-il été attaqué par Goupil ? Mais que fait le gouvernement ? Il devrait interdire aux renards d’attaquer nuitamment les lapins !

Après le fabuleux succès du plan banlieue , il faudrait lancer un plan « Caroux » en le confiant à la madone du PS, Ségolène, pour qu’elle aille demander pardon aux lapins des crimes commis par les renards.

 

 

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Ca ne vous donne pas envie de nous suivre des chemins pareils ? Voilà la recette  : il faut un bon réveil , un bon petit déjeuner, savoir lire une carte topographique (il y a de bons bouquins sur le sujet) et utiliser une boussole, un peu d’entraînement, un brin de courage, un sifflet, un briquet, un bon sac à dos et des vêtements imperméables et chauds (en toutes saisons !) un vieux journal (pour démarrer le feu) et un copieux pique-nique solide et liquide !

Au début les pentes vous paraîtront un peu dures mais les paysage que l’on découvre la haut vous récompensent au centuple de vos efforts. C’est le plus beau et le meilleur retour sur investissement que vous puissiez faire !

 

 

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Mais je bavarde et l’heure tourne, il est temps maintenant de se diriger vers le refuge de Fontsalès qui dispose d’une cheminée auprès de laquelle nous pourrons nous réchauffer.

 

 

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N’hésitez pas entrez ! J’ai le plaisir de vous présenter mon inséparable compagnon de sentiers, Gibus, que vous voyez toujours de dos vu qu’il est toujours devant, étant déjà à moitié mouflon.

 

 

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Ayant transféré le contenu de nos sacs dans nos estomacs (Au menu : vin chaud, potage, salade de pâtes, fromage, fruit, café/thé et chocolat et vin de pays d’Oc) nous prenons le chemin du retour au moment où le brouillard venu de la vallée commence à envahir les sommets.

 

 

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Quand on est en montagne et que le temps se détériore on éprouve très vite un sentiment de fragilité à l’instar, sans doute, de celui qu’éprouve un marin pris dans une tempête. La température et la visibilité chutent soudainement et il en faut peu en effet pour perdre son chemin. J’avoue que je ne déteste pas ces instants où l’on éprouve une délicieuse angoisse qui magnifie votre sentiment d’existence. On est ainsi ramené à l’aube de l’humanité quand l’homme était démuni face à son environnement.

 

 

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On en apprécie d’autant plus le vin chaud (ou la bière fraîche selon la saison) que l’on prendra une fois revenu à bon port . Cet arbrisseau lui n’a pas la chance qu’ont les humains de pouvoir se déplacer et va devoir affronter jusqu’au bout les frimas de l’hiver !

Dieu fasse que je ne sois pas arbrisseau dans ma prochaine vie , non pas tant à cause du froid pour lequel ils sont adaptés que pour le vin chaud ou la bière dont ils sont privés.

 

 

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Nous avons heureusement retrouvé le fil d’Ariane de notre chemin qui nous ramène au point de départ. A nous donc le vin chaud et à vous le récit de notre périple !


Texte & Photos Ulysse