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08/02/2010

Que la neige était douce sur l’Espinousse !(1ère partie)

 

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Quel privilège et quelle jouissance d’être libre de son temps et de pouvoir se mettre en chemin de bon matin pour aller « la haut » sur l’Espinousse où un tapis de neige fraîche vous attend….

Fleuron, avec le Caroux, des hauts cantons héraultais, le massif de l’Espinousse culmine à 1152 mètres. Contrefort méridional du Massif Central, il constitue une zone de transition entre climats océanique et méditerranéen, ainsi qu’une ligne de partage des eaux.

 

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Pour accéder au plateau sommital, on emprunte tout d'abord l'un de ces antiques chemins caladés bordés d’un muret de pierre qui reliaient autrefois les villages et permettaient d’accéder aux terrasses cultivées ou d’emmener, l’été, les troupeaux vers les pâtures d’altitude.

Dans cette zone plus fraîche au sol acide les chênes pubescents et les fougères se substituent aux chênes verts plus friands de chaleur et mieux adaptés au sol calcaire.


 

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On prend peu à peu de l’altitude et le chemin se fait plus chaotique étant bousculé par les éboulis tombés de la montagne qui s’effrite. Car les montagnes vieillissent aussi, bien qu’à un rythme si lent qu’elles nous paraissent éternelles. Mais n’avons nous pas, nous aussi, ce sentiment d’éternité qui fait que souvent nous gâchons les jours de notre vie à se préoccuper de billevesées ?


 

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Quatre jeunes mouflons, apparemment sereins, nous regardent approcher . Depuis quelques sorties, nous sommes étonnés de constater que les mouflons ne se sauvent plus à notre approche. A force d’arpenter le massif serions nous devenus un peu mouflons ? Peut être du moins en avons nous l’odeur ?


 

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Au fur et à mesure que nous nous rapprochons, ils gardent néanmoins leur distance et nous font une démonstration de leur agilité en cavalcadant dans les rochers ! Même Gibus, pourtant rompu à ce genre d’exercice, aurait du mal à les suivre.


 

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Vous comprenez sans doute en contemplant ce paysage pourquoi nous tenons tant à aller « la haut » au pays des mouflons et des nuages. Contrairement à ce que les « marchophobes » prétendent, nous ne marchons jamais pour rien, sauf si contempler la beauté du monde est « rien » . Et il est vrai que dans le monde « d’en bas », celui des hommes, où tout est monétarisé, soumis au critère de rentabilité, la beauté d’un paysage est une « non valeur » sauf si l’on peut y construire des hôtels de luxe pour en tirer profit.


 

 

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Nous faisons face au Roc Forcat qui domine le vallon du Vialay et dont le nom lui vient de son sommet fourchu. Sans doute un autre fait d’arme de Roland que l’histoire n’a pas retenu !


 

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Nous voici arrivés sur le plateau sommital à 1066 m d’altitude (chaque mètre compte !) où se tient la chapelle Saint Martin du Froid construite au XIXème siècle sur la base d’un édifice plus ancien, dans lequel on a retrouvé un sarcophage mérovingien.

Cette chapelle, dédiée à ce soldat romain qui partagea son manteau avec un pauvre mourant de froid aux portes d’Amiens, servait autrefois, dit-on, de signal et de refuge en hiver, en cas de tempête de neige ou de brouillard.

 

 

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De ce lieu le panorama porte jusqu’à la chaîne des Pyrénées, dominée par le Canigou qui émerge d’une mer de nuages. Nous avons l’impression d’être seuls au monde et pourtant dans les plis et replis des monts et des vallées qui s’étendent autour de nous, des milliers de gens vaquent à leurs occupations, souvent cloîtrés entre quatre murs, privés de la beauté et de la vastitude du monde.

L’homme trouvera-t-il un jour une alternative à nos sociétés qui nous enchaînent au travail dans une quête incessante de « l’avoir . Sans vouloir idéaliser le mode de vie des tribus amérindiennes, n’a-t-on pas perdu, en les exterminant, la possibilité de trouver une voie vers une existence équilibrée entre l’être et l’avoir et une relation harmonieuse avec la nature.


 

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Le problème, je le reconnais, n’est pas simple et je vous invite à nous rejoindre au café du commerce du coin, installé dans la maison forestière du Cruzet, pour en discuter autour d’un verre de vin chaud !

A suivre....

 

Texte & Photos Ulysse

03/02/2010

Sur le chemin des verriers,

 

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Le Causse de l’Hortus , où je vous emmène aujourd’hui, s’étend face au Pic Saint Loup qui ressemble, de cet endroit, à la chevelure d’une géante couchée sur la ligne d’horizon. Mais sait-on jamais ! peut être que la géante est bien réelle et pour le vérifier je m’enhardirai un jour à aller la chatouiller !

Mais pour le moment laissons la dormir et partons à travers la garrigue de chênes verts, de chênes blancs, de pins d’Alep et de genévriers oxycèdres, qui recouvre le causse, pour suivre le chemin des verriers, tracé il y a plus de sept cents ans .

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C’est, en effet, aux alentours de 1280 que des verreries s’installent sur le Causse alors couvert de bois qui leur fournit le combustible nécessaire.

Tout d’abord libre, l’activité de verrier va être réglementée en 1455 par le roi Charles VII qui, en compensation des services rendus aux croisades, attribue aux seuls verriers nobles le privilège d’exercer « l’Art et la Science de Verrerie ». Rappelons que les autres activités économiques étaient interdites aux nobles sous peine de perdre leurs droits, mais le travail du verre était, à juste titre, considéré comme une art !

 

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Trente six familles en Languedoc se sont vues ainsi reconnaître le droit d’exercer cette activité, dont les blasons constituent un superbe imagier.

 

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Une vingtaine de ces familles étaient établies sur le causse de l’Hortus . Il ne subsiste aujourd’hui de cette intense activité que les ruines de la verrerie de Couloubrines, que l’on découvrira un peu plus tard, et de magnifiques chemins séculaires qui allaient de l’une à l’autre.

Je suis toujours ému de les emprunter car j'ai le sentiment d'être entouré des ombres de celles et ceux qui pendant des siècles y ont cheminé avec tantôt un cœur heureux , les faisant chanter, et tantôt un coeur lourd, les courbant vers le sol empierré. Peut être que les innombrables cailloux qui les jonchent sont nés des larmes qu’ils ont versées.

 

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En raison de l’épuisement des forêts du Causse, les verriers durent à la fin du XVIIIème siècle déplacer leurs activités vers les Cévennes. Le causse de l’Hortus est retourné un temps à son état sauvage avant que ne s’installent quelques fermiers et éleveurs et plus tardivement des viticulteurs.

La beauté des Bastides qu’ont édifié certains vignerons témoignent de la qualité du terroir, mais on voit à l’état du crépi qui recouvre les murs que les temps sont durs ! La crise est là et tous les infortunés et les désespérés qui pourraient noyer leur chagrin dans un verre de bon vin, ce qui soutiendrait les cours, se gavent au contraire de prozac,  mal conseillés par les affiliés d’Hippocrate – qui pourtant recommandait de soigner les plaies avec des compresses de vin chaud !

 

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De superbes mas agricoles, aujourd’hui désertés, nous ramènent à une époque où les trois quarts de la population vivait directement des produits de la terre. Nous avons aujourd’hui pour la plupart perdu ce lien direct et ne donnons plus à ceux qui travaillent dans le secteur agricole les moyens de vivre décemment de leur activité . L’avidité de quelques poignées de capitalistes charognards nous conduit au naufrage et si l’on n’y prend garde nos descendants mourront de faim entourés par un océan de friches .

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Quelques maisons du village de Ferrières-les-Verreries fraîchement restaurées donnent l’illusion d’un semblant de vie, mais la cloche reste muette au clocher de la chapelle dont la porte est condamnée, le petit chat est mort et si le presbytère n’a rien perdu de son charme et le jardin de son éclat, il a été néanmoins transformé en chambres d’hôte !

 

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Nous voici arrivés à l’ancienne et majestueuse verrerie de Couloubrines qui appartenait à la famille de la Roque . Elle est malheureusement enclose derrière un grillage et ne peut être visitée qu’en groupe et sur rendez vous. A un moment où le chômage explose, le département de l’Hérault qui fait de la publicité (avec l’argent des « administrés ») pour défendre des fauteuils de conseillers généraux dont l’utilité fait débat, pourrait créer quelques emplois pour l’accueil et la visite de ces sites, ce qui dynamiserait l’activité touristique.

De fait, n’en déplaise à Monsieur Vézinhet, président du conseil général, qui mène la fronde contre la réforme des collectivités locales, le mille-feuilles administratif serait un peu plus digeste pour les contribuables français si on lui enlevait quelques couches. A ce sujet je vous invite à lire l'article du dernier numéro de la revue "Capital" sur la gabegie qu'est la gestion des finances des collectivités locales.

 

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Mais laissons là les vaines polémiques, car l’administration française est toute puissante et irréformable et nous sommes avec elle embarqués sur le Titanic. Aussi prenons un peu de bon temps pendant qu’il en est encore temps et arrêtons nous au havre de paix qu’est le Mas des Baumes ou Eric Tapié, un jeune chef talentueux a installé un superbe restaurant où vous pouvez vous régaler en semaine le midi pour la somme incroyable de …..18 euros ! A coté de la France qui "pantoufle", il y a encore une France qui prend des risques et qui travaille....

 

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Nous voici arrivés à la Halle du Verre de Claret qui présente en de nombreuses vitrines pédagogiques l’histoire de la verrerie des origines à nos jours et où sont exposées les œuvres de nombreux artistes verriers contemporains.

Ce site qui est unique en France et qui a représenté probablement plusieurs dizaines de milliers d’euros d’investissement est hélas fermé de novembre à mars. Voilà qui souligne l’ineptie de la politique menée par le département et la région en matière touristique

Si l’on veut redonner vie aux villages de l’arrière pays il faut que des sites aussi originaux et riches que la Halle du Verre soient ouverts toute l’année. Il y a dans la région une importante population de seniors amateurs de tourisme « culturel » auxquels on peut ajouter les scolaires qui justifieraient cette ouverture .

Que la région vende les tableaux noirs de Soulages qui occupent un étage du Musée Fabre de Montpellier sous prétexte que d'après certains critiques (qui sans doute travaillent "au noir") et la Fédération des Creuseurs de Tunnel, Soulages serait le plus grand peintre français contemporain. Pour moi ses tableaux sont à l’art ce que les œufs de lump sont au caviar et leur vente permettrait de financer des emplois dans des sites touristiques consacrés aux authentiques chefs d’œuvre de l’humanité ! On pourrait, au demeurant, pour satisfaire la poignée de visiteurs qui apprécient malgré tout son œuvre (tous les goûts sont dans la nature) récupérer quelques vieux tableaux noirs des écoles pour remplacer les tableaux de Soulages ! Après tout noir c’est noir , comme le chante notre cher Jauni !

 

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En sortant de la Halle du Verre vous saurez tout des techniques de fabrication de cette matière incroyable créée par l’homme et qui bien que solide permet de voir au travers ! Il y a là quand on y réfléchit un grand mystère qui nous interpelle sur ce qu’est réellement la matière : n’est elle qu’ une simple illusion ?

La région était propice à la fabrication de ce matériau étonnant : les verriers trouvaient sur les berges de l’Hérault les galets de quartz nécessaires, pour fournir la silice . La soude était obtenue par combustion de la salicorne (dont on peut faire aussi des salades) cultivée sur le littoral et de la chaux fabriquée à partir du calcaire du plateau. Le verre était coloré par l’adjonction d’oxydes métalliques .

 

 

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L’une des phases du processus les plus difficiles à maîtriser était le soufflage du verre qui demandait quelques années d’expérience.

 

 

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On découvre à la halle des œuvres splendides réalisées à travers les ages, tels ces vieux flacons auxquels je suis particulièrement sensible car ils me rappellent ceux que brandissent l’immortel capitaine Haddock !

Si Hergé sortait ses albums aujourd’hui il est certain que la bouteille de rhum de ce bon vieux capitaine serait censurée à l’instar de la pipe de Mr Hulot. Mesure stupide de notre monde aseptisé, lobotomisé qui se fait des frayeurs avec le virus de la grippe H1N1 alors que la moitié de l’humanité souffre d’effroyables pandémies, ne mange pas à sa faim et n’a pas l’eau potable.

 

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Mais bon je vais cesser mes ratiocinations et me taire pour vous laisser contempler, en silence, les œuvres qui sont exposées et dont les dernières ont été réalisées par des verriers contemporains .

 

 

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Je ne peux que vous inviter à aller les découvrir …..quand on aura daigné ouvrir la Halle !

NB je suis désolé pour le manque de cohérence dans la taille et la couleur des caractères mais la plate-forme de Midiblogs a des "bugs" et personne ne semble vouloir s'en occuper !

Texte & photos Ulysse

 

29/01/2010

Oh temps suspend ton vol à Marcevol !

 

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Il y a des jours de notre existence qui s’impriment plus que d’autres dans notre mémoire parce que leur trame n’est que plénitude et sérénité . Ces jours nous font dire à l’instar du sublime Alphonse :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

J’ai vécu en compagnie d’amis un tel jour au début de l’été 2009, alors que nous revenions d’un périple dans les Pyrénées Orientales, dont le sommet emblématique, le Canigou, domine de ses 2785 mètres la région du Conflent que nous avons traversée.

 

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Nous avons fait une première halte à l’admirable chapelle romane de Prats-Balaguer édifiée au XIème siècle. Bien que non croyant, je suis sensible à la beauté de ces édifices dont la nef symbolise, pour moi, l’enracinement de l’homme dans la terre et le clocher, ses aspirations spirituelles. La grande force de la religion chrétienne est que ses maisons de prières soient ouvertes à tous, croyants ou non croyants,  et que l’on peut venir y méditer dans un lieu propice au recueillement et au retour sur soi .

En ce lieu, dont l’aspect n’a sans doute pas changé depuis près de mille ans, le ciel bleu et le soleil aidant, on est gagné par un sentiment d’apaisement et d’éternité.

 

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Si mon âme me préoccupe parfois, je suis loin d'être insensible, vous le savez, aux plaisirs que nous procure notre enveloppe corporelle. Dans les parages de Prats- Balaguer coule en sous bois un torrent dont les eaux sont alimentées par une source à 62° !

Quel bonheur de se glisser dans une vasque d’eau chaude, surtout si de jolies naïades en tenue d’Eve y sont déjà, car ici la tenue du jardin d’Eden est de mise si vous ne voulez pas vous ruiner en maillots de bain vu le caractère sulfureux de l’eau (un aspect un brin luciférien !)

N’est ce pas un bonheur de pouvoir jouir en toute innocence du spectacle du corps féminin alors que vous êtes immergé dans un milieu qui vous rappelle votre « enfance » pré-natale ! C’est la félicité !

 

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Dans le climat quasi tropical qui règne aux alentours du torrent, une agave dresse sa hampe fleurie qui signale, hélas, le terme de son existence. Cette fleur qui a mis quinze ans pour s’épanouir a, en effet, épuisé la plante qui va donc mourir et laisser des rejets qui prendront sa relève.

La vue de cette magnifique agave (nom qui vient du grec agauos qui veut dire admirable) mais aussi redoutable (il faut prendre garde aux pointes acérées des feuilles) me rappelle un « enivrant » (c’est le mot !) voyage au Mexique

Car dans ce pays l'agave est utilisé dans la fabrication de la Téquila et du Mezcal. La Téquila est produite à partir du cœur cuit et fermenté de l'Agave Tequilana Bleue. Le Mezcal peut être fabriqué à partir de plusieurs espèces et c'est le fruit de l'agave qui est utilisé. En outre, le ver d'agave est ajouté dans la bouteille de Mezcal ! La coutume veut que celui qui finit la bouteille avale le ver (je me suis arrangé pour ne jamais finir la bouteille !)

 

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Un superbe « échiquier d’occitanie » (je parle du papillon !) se délecte du nectar des fleurs d’un laurier-sauce, nom qui lui vient du fait que les bonnes cuisinières mettent toujours quelques feuilles de laurier dans les daubes, les courts-bouillons et les terrines. Les romains autrefois tressaient ses tiges en couronnes dont ils coiffaient les vainqueurs aux jeux olympiques. De même, à la Renaissance les étudiants qui réussissaient leurs examens se voyaient coiffés avec des rameaux de laurier garni de baies appelées « bacca lauréati » d’où vient le terme actuel de baccalauréat (source : l’excellent ouvrage « la Garrigue Grandeur Nature » aux éditions du Pélican)

 

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Mais le long bain que nous avons pris nous a creusé l’appétit (au moins un mètre de profondeur !) et nous nous rendons au pittoresque village (nous évitons les autres) d’Eus pour satisfaire à nos exigences « vitales » . Et là nous trouvons un « confetti » de paradis sur la haute place du village ombragée par un micocoulier et qui sert de terrasse à un modeste restaurant installé dans une vieille maison restaurée avec goût.

 

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Cet endroit à l’écart de la rumeur du monde offre une vue imprenable sur la chaîne pyrénéenne. Il semble être aussi à l’écart du temps dans une bulle d’intemporalité comme les jours d’été dans le midi en distillent, quand l’air est chaud et immobile et que vous envahit une douce torpeur.

 

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Notre corps ayant eu son dû, nous nous rendons au prieuré de Marcevol afin que notre âme reçoive aussi sa juste part. Cela vous intrigue sans doute de voir un non croyant courir ainsi de lieu saint en lieu saint, mais on peut avoir des aspirations spirituelles sans adhérer à aucune religion.

L’univers et la vie sont de telles merveilles qu’il est difficile de croire qu’ils n’ont qu’une dimension matérielle. Et il faut porter au crédit des croyants de toutes religions que leurs aspirations génèrent des œuvres (malheureusement pas toujours des actes) d’une grande beauté.

 

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Ce joyau de l’art roman catalan posé sur un plateau qui domine la vallée du Têt près de la commune d’Arboussols a été fondé au XIIème siècle par les chanoines du Saint Sépulcre de jérusalemem, cet ordre monastique lié à la conquête des lieux saints (c’est là où les actes ne correspondent pas aux aspirations !) Sa façade est ornée de marbre rose provenant de la région et d’un curieux clocher- tour asymétrique à quatre baies.

 

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La nef centrale est d’une très grande élégance et simplicité, les bâtisseurs ayant par leur génie enlever leur poids aux pierres qui semblent flotter dans l’air comme le font les étoiles la nuit dans le ciel.

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Une fresque montre un christ en majesté arborant un regard triste, voire désespéré, conscient sans doute de la vanité de son sacrifice pour des bipèdes qu’il voulait sauver et qui continuent partout dans le monde de s’étriper en invoquant souvent le nom de son père. De fait il a été sans doute commis dans le monde autant de crimes au nom de dieu que de crimes crapuleux, voilà pourquoi on peut douter du bien fondé des religions…

 


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J’ai d’ailleurs croisé Jésus méditant dans un coin discret d’une chapelle adjacente et qui m’a confié que si c’était à refaire, il se contenterait d’être charpentier comme son père. Car m’a-t-il dit mieux vaut faire de belles tables autour desquelles les hommes peuvent partager leur repas que de leur faire des discours. Car vos paroles aussi généreuses soient-elles vous échappent et sont exploitées par des gens sans scrupule qui en font un instrument de domination et de pouvoir.

 

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Mais reconnaissons aussi que ces paroles ont incité les hommes à édifier des « merveilles » pour nous rapprocher du "ciel" et l’on oublie en les contemplant le sang qui a été versé par les « ordres » auxquels appartenaient leurs bâtisseurs.


Texte & photos Ulysse (sauf la 3ème Marie B.)

 

19/01/2010

Va, cours, vole au lac de Vézoles !

 

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Avec ce temps maussade qui sévit jusqu’aux latitudes méditerranéennes, ça ne vous dirait pas de faire un saut temporel en plein cœur de l’été 2009 ?

Grâce à la photographie, géniale invention de Niepce, nous pouvons accomplir cet exploit en toute sécurité et vous pouvez même, pour ce qui vous concerne garder vos pantoufles. Nous sommes donc début juillet 2009 et je vous propose de vous emmener au lac de Vézoles , niché au creux des Monts du Somail où vous pourrez, si le cœur vous en dit, vous baigner (mais n’oubliez pas dans ce cas d’enlever vos pantoufles, car mon assurance ne couvre pas ce type de véhicule).

Nous partons du hameau des Rouvials (au nord de Prémian) pour rejoindre le sentier des Gardes menant au GR7 qui, en mille « marches » ( c'est le nom du sentier ) assez irrégulières et souvent bancales vous mène sur le plateau sommital .

 

 

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Après un superbe passage en corniche, le chemin sinue au milieu de rocs arrachés aux monts du Somail par le maigre ruisseau de Bureau qui montre bien que « patience et longueur de temps  font plus que force ni que rage » ainsi que nous l’a enseigné Maître Jean dans sa fable " le lion et le rat".

Je vous invite au passage à lire et relire ce fabuliste qui a su mieux que personne peindre de façon jubilatoire les mesquineries et fourberies de l’homme, sous le couvert d’histoires animalières. Il en existe une superbe édition chez Taillandier qui reprend les illustrations composées en 1905 par Benjamin Rabier  qui ont illuminé mon enfance.

Comme vous le remarquerez les marches ne datent pas d’hier et ont été battues par des myriades de semelles. Certaines d’entre elles, qui en ont assez de se faire marcher dessus, vous font un croc en jambe  et on les comprend un peu,

J’en entends certains ricaner et dire dans leur barbe (les barbus sont – on le le sait - des gens perfides) « Ulysse, il faut arrêter de mettre de l’eau de vie de marc du Languedoc dans le café du matin ». Je réponds à ces propos médisants par un haussement d’épaule, car ceux qui me connaissant bien savent que je ne bois jamais de marc avant 11 heures du matin.

Aussi je vous recommande la plus grande délicatesse et la plus grande vigilance en abordant ces marches, si vous ne voulez pas vous retrouver à quatre pattes en faisant semblant de ramasser les châtaignes pour ne pas perdre la face.

 

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Nous longeons un peu inquiets des empilements de rocs instables emportés par l’érosion.  Sans doute faudra-t-il quelques siècles, voire quelques millénaires pour qu’ils reprennent leur course folle vers le fond de la vallée puis encore des millions d’années pour qu’ils rejoignent la mer éclatés en une myriade de pierres.

Par rapport au temps des roches, notre vie n’est qu’un battement de cil, un clignement d’œil, un souffle et pourtant l’amour, la joie,  la tristesse ou la souffrance qu’on peut y mettre est infinie.

 

 

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Et parce que nos existences sont brèves , nous sommes  dévorés par le souci de laisser une trace de notre passage. Musiques, dessins, poèmes, récits  mais aussi palais, jardins, cathédrales ne sont  que des tentatives désespérées de tromper la mort . Et ceux qui n’ont rien à dire,  à bâtir ou à chanter laissent leurs noms sur les murs et les arbres, leur existence étant un instant ranimée par les regards de ceux qui passent.

 

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Au milieu de ce chaos de rocs,  trône un  lion  dressé sur son séant, qui s’expose au soleil, nostalgique de la savane africaine d'où il vient, sans doute emporté avec le sable du désert par une fabuleuse tempête ou bien emmené avec l’armée d'Hannibal lors de sa tentative de conquête de Rome qui s’acheva par une débâcle.

 

 

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En approchant du plateau sommital, la pente se fait plus raide et le torrent utilisant la voie la plus directe tombe de cascade en cascade. Chacun sait que rien n’arrête l’eau qui trouve toujours un chemin - le vin aussi d’ailleurs pour ce qui me concerne – et c’est pour ça que les plombiers sont les vrais rois du monde. C'est d'ailleurs aussi difficile d'obtenir un rendez-vous avec un-bon- plombier qu'avec le président de la République, sauf pour ce dernier si l'on possède un yacht !

 

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Cette cascade qui se dédouble évoque pour moi un site vu dans le parc du Grand Téton dans le Wyoming (U.S.A) ou un  torrent appelé « Twoo ocean creek » se divise en deux branches qui part l’une vers l’ocan Atlantique et l’autre vers l’océan Pacifique. C'est ainsi que nos existences prennent parfois un cours radicalement différent suite à un événement impromptu.

 

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Enfin le lac de Vézoles se révèle à nos yeux émerveillés ( je sais la formule est facile et éculée, mais émerveillés vraiment nous étions) . Comment, se dit-on alors, un si petit ruisseau peut-il donner naissance à un aussi grand lac ! Certes l’homme l’a aidé un peu en barrant son cours mais on voit que, là encore, s’applique la sage morale de notre bon Jean de la Fontaine : patience et longueur de temps….etc

Ainsi, quand au début de l’automne mon marchand de bois déverse cinq stères sur ma pelouse qui prennent la forme du Mont Fuji (pardonnez cette audacieuse comparaison honorables blogonautes japonais qui passez par ici)  je pense ne jamais en venir à bout et pourtant en deux heures de temps tout est mis à l’abri et parfaitement rangé. De fait aucune tâche n’est vraiment insurmontable quand on a, bien sûr, autre chose que de l'eau pour se désaltérer !

 

 

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C’est en flânant que nous entamons alors le tour du lac, en ayant le sentiment d’être à 10.000 lieues de là en plein cœur du Canada. Mes nos vies ne sont- elles pas que rêves et fantasmes et ne les passons nous pas à lorgner par la fenêtre de nos ateliers ou de nos  bureaux la femme ou le nuage qui passe (à chacun  selon ses passions) en imaginant une vie d’aventures exotiques ou romantiques.

 

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Combien serait fade ce cliché sans ces lambeaux de nuages effilochés. Sans eux le ciel serait morne et la photo sans vie. Mais leur discrète présence lui donne de la densité, une réalité qui fait naître le sentiment d’y être immergé.  Ils sont comme la tache rouge que Monet ajoutait à certains de ses tableaux pour les dynamiser. Ou comme la « mouche », ce faux grain de beauté  que les belles aristocrates se mettaient autrefois sur la joue pour faire ressortir la blancheur de leur visage et dont la position avait une signification. Ainsi appelait-on celle posée au coin de la lèvre « la baiseuse ».

 

 

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La beauté de ce lac tient surtout à l’écrin de verdure dans lequel il est serti. Voilà un paysage que l’on croît sauvage et qui a été entièrement composé par l’homme. Comme quoi il ne faut pas désespérer de cet inconséquent bipède, capable du pire comme du meilleur. Ainsi, les hommes peuvent-ils aussi bien semer des champs de pneus et d’ordure que créer des morceaux de paradis. Formulons le souhait, oh ! sœur de Marie, que ces derniers finissent par l’emporter , mais c’est loin d’être gagné !

 

 

 

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Autre éclatante  démonstration du rôle joué par les nuages en photographie ! Celle ou celui perché "la haut" a quand même bien fait les choses : inventer un truc qui remplit d’eau les citernes, de jus les grains de vitis vinifera et d’aise les photographes. Il ou elle est quand même très doué(e), il faut le reconnaître ! Alléluia !

 

 

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Et nous voilà revenus au temps d’avant "la pomme" , avant que l’on ne soit chassés du paradis….Oh !  je sais hélas que ce n’est qu’une illusion mais comme je le disais tout à l’heure  les illusions sont le sel de notre vie !

 

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Et voilà, notre périple est fini, il nous faut redescendre et reprendre le fil de notre vie…pas si désagréable que ça, vous vous en doutez, même si nous ne sommes plus au paradis !


PS: La balade du tour du lac de Vézoles est décrite dans le TopoGuides "L'Hérault à pied" de la FFR . Pour partir du chemin  des Gardes  et emprunter le superbe chemin dit des "mille marches" utiliser la carte IGN 2443 ET

 

Texte & Photos Ulysse