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06/10/2009

Périple en Andorre- Dernière partie : Les lacs de Tristaina

 

 

 

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Des quatre éléments  identifiés par les philosophes grecs : terre, air, feu et eau, celui qui sans conteste m’apparaît le plus  étonnant est l’eau. C’est au demeurant l’élément dominant de notre planète et le principal constituant de nos organismes. Elle me semble en outre supérieure aux autres éléments puisque  elle vole dans l’air sous forme de nuages, elle rend la terre fertile et éteint le feu. De surcroît elle modifie son apparence selon qu’elle est pluie, neige, glace ou vapeur d’eau.

 Et ce matin alors que nous partons pour faire le circuit des lacs de Tristaina, et éventuellement faire l’ascension du pic du même nom (2874m) réputé très difficile, l’eau nous offre le spectacle éblouissant d’une multitude de ruisselets  sinuant paresseusement au fond du vallon que nous longeons  pour rejoindre les lacs.

 

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Quand on a gardé son âme d’enfant la nature vous livre ses secrets et ses merveilles . Pour ma part  je n’ai aucun problème vu que j’ai 8 ans d’age mental , mais heureusement plus de 18ans d’age « gosier-tal », ce qui m’autorise à consommer des breuvages bacchusiens, car mon admiration pour l’eau se limite à ses usages externes.

 Ainsi ce matin, les yeux encore éblouis par ces eaux miroitantes, j’aperçois dormant allongé sur la crête d’en face le visage d’un géant . Sans doute s’agit il du « Beau au mont dormant » dont parle une légende Andorrane et qui ne se réveille qu’une fois par mois lorsque la lumière de la lune rousse vient effleurer ses lèvres (d’où sans doute la réputation de sensualité que l’on attribue aux rousses)

 

 

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Mais nous voici au bord du premier lac. Il est encore un peu tôt pour s’y baigner car l’air froid qui descend des cîmes n’a pas encore eu le temps d’être réchauffé par le soleil, ni l’eau du lac  à fortiori !

 

 

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Nous prenons un peu d’altitude et découvrons le second lac de Tristaina, plateau d’argent suspendu au dessus du vide. On nous apprend dès l’enfance à attribuer une couleur fixe aux objets : l’orange est orange,  la tomate est rouge, les feuilles au printemps sont vertes , le ciel est bleu etc..

 Mais comme nous l’ont montré les impressionnistes les objets peuvent avoir une myriade de couleurs selon les jeux d’ombre et de lumière auxquels ils sont exposés. C’est ainsi que les lacs de montagne peuvent être blanc, gris, bleu, violet, vert, émeraude,argent, or , rose selon l’heure du jour et l’état du ciel. La sagesse populaire dit aussi que la nuit tous les chats, même les blancs, sont gris ! Qui a osé ricané en disant que la nuit Ulysse était aussi toujours gris ?  Attention je vous ai à l’œil avec ma webcam !

 

 

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Parfaite et merveilleuse illustration de mes propos précédents le troisième lac de Tristaina aux eaux outremer teintées par endroits d’émeraude se révèle enfin  à nos yeux

 

 

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Au fur et à mesure que nous grimpons, la vue sur les lacs s’élargit et ceux qui après avoir contemplé ce panorama  s’interrogeraient encore sur  l’utilité de «  marcher pour rien » en montagne sont à mon avis  à classer parmi ceux auxquels le sinistre Lelay pensait quand il disait qu’il offrait aux annonceurs de TF Hun « du temps de cerveau disponible ! »

Les plus observateurs de mes lecteurs et lectrices auront sans doute repéré une scène troublante concernant le lac  figurant à droite de la photo.

 

 

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On voit en effet dans la partie inférieure droite du lac, la montagne poser une main affectueuse autour du cou d’un visage d’homme. De fait une légende prétend qu’une jeune femme Tristaina (d’où le nom des lacs) s’est noyée à cet endroit et que son amant inconsolable s’est aussitôt jeté dans les flots.

Mais la montagne est tombée amoureuse du jeune homme et le tient depuis ce temps dans ses bras l’empêchant de se noyer .  Selon la légende quiconque tenterait de le libérer serait enseveli aussitôt sous une avalanche de rochers. Courageux mais pas téméraires nous n’avons pas essayé ! (je sais je vous déçois un peu Mesdames mais je ne peux pas avoir toutes las qualités !)

 

 

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Nous arrivons près de la pancarte indiquant le sentier pour accéder au sommet du Pic de Tristaina qualifié de « molt difficile » (« molt » auquel correspond chez nous le terme ancien « moult » voulant dire très) et de fait selon nos renseignements pris la veille, il y a eu deux accidents mortels récents sur cet itinéraire.

Nous posons nos sacs et tergiversons pour savoir si nous tentons malgré tout l’ascension, quand soudain le « destin » décide pour nous …ou peut être est ce la montagne qui admirative de nos  exploits des jours précédents a voulu nous épargner un sort funeste !

 

 

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En effet une énorme masse nuageuse déborde soudain de la crête et dévale la montagne...

 

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La masse de nuages s’écrase au sol et commence à dévaler vers nous  comme la mer à marée montante au Mont Saint Michel.

 

 

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Ce « tsunami » nuageux met fin à nos tergiversations et nous remettons prestement sur le dos nos équipements avec une seule idée en tête : redescendre le plus vite possible ! Nous pensons avec effroi à la difficile situation dans laquelle nous aurions été si ce phénomène météorologique avait été plus tardif et nous avait surpris au cours de l'ascension du Pic ! Une leçon  à tirer pour les apprentis montagnards : même par grand beau temps ne jamais partir sans sa boussole, son mobile, sa polaire, son coupe vent, son coupe-faim et bien sur son anti-gel !

 

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Mais la masse nuageuse nous engloutit et nous pressons le pas afin de ne pas perdre notre chemin. Nous n’avons pas envie de jouer aux marmottes et de se terrer dans un creux du terrain en attendant que ce tsunami passe. Nous avons certes un peu de « soleil liquide » venant du pays d’oc dans nos sacs mais pas assez pour  maintenir longtemps nos corps  à une température vitale.  Car le cœur du nuage étant à 8°, ce ne sont pas les 13° du breuvage en question qui nous sauvera d’une hypothermie certaine.

 

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Heureusement l’air tiède qui monte de la vallée stoppe pour un moment la vague nuageuse et nous pouvons faire une halte et reprendre notre souffle auprès du premier lac de Tristaina qui a de nouveau changé de couleur.  Preuve est faite que les objets n’ont pas de couleur propre. Celle-ci résulte de l’interaction de leur structure et de la lumière qui les touche. Mais ne sommes nous pas nous même multiple, notre « être » variant selon le milieu dans lequel ils se trouve ?

 

 

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Narguant les nuages arrêtés dans leur élan par la brise  ascendante, nous plongeons une tête dans le lac dont les eaux étonnamment tièdes (au moins 17°) témoignent du réchauffement climatique en cours. Au train où vont les choses, les générations futures connaîtront elles encore ce bonheur de jouer les grenouilles (en l'occurrence les crapauds!)  dans les lacs de montagne ?

 

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Mais la masse de nuages accumulés finit par l’emporter sur la brise (certains gros nuages d’orage peuvent peser des millions de tonnes !) et à engloutir le pourtour du lac . Nous levons précipitamment le camp pour rejoindre  nos pénates.

 

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Sur le chemin du retour, nous surprenons soudain deux êtres étranges qui, profitant du brouillard ambiant, s’apprêtaient à s’embrasser. D’après une légende andorrane, il s’agirait de deux amants que la fée Armoise a transformé en pierres après que le jeune homme ait refusé ses avances.  Après avoir vu un  tel spectacle comment oser dire de quelqu’un d'insensible qu’il a un cœur de pierre ?

 

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Ayant retrouvé la sécurité de nos pénates, vous avez droit à une photo de notre groupe dont les mines réjouies témoignent des effets  bénéfiques de la randonnée…… ainsi que de la sangria sur le moral !

 

 

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Le lendemain matin, au moment du départ, l’ensemble des nuages qui couvraient les monts sont tombés au fond de la vallée comme si la montagne voulait nous dissuader de retourner dans les miasmes du monde urbanisé.

Restez ! Jouissez de mes torrents ! Caracolez sur mes sommets ! Dévalez mes pentes ! Enivrez vous de mon air limpide ! semble-t-elle nous dire. Mais bon, nous n’avons pas la capacité qu’ont nos gouvernants  de financer leurs dépenses en creusant un peu plus l’abyssal  déficit public et il nous faut rentrer ! Mais c’est promis, si Nicolas ne casse pas notre tirelire on reviendra !

Merci de tout cœur chers lectrices et lecteurs de nous avoir accompagner ; lors de notre prochaine rencontre nous ne manquerons pas boire à votre santé (ça fera une occasion de plus !)

PS : pour un séjour en Andorre nous vous recommandons vivement de séjourner aux portes du parc Naturel de Sorteny à l’hotel Bringué (***) situé dans le village d’El Serrat fort calme et qui offre un excellent rapport qualité prix (salle de gym/piscine/sauna)

 

A la prochaine.....


Texte & Photos Ulysse (sauf celles signées J.M-P et Marie.B que je remercie pour leur copyright)

 

 

 

02/10/2009

Périple en Andorre – 4ème partie : le pic de l’Estanyo

 

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Gonflés à bloc par l’ascension du Pic de la Serrera effectuée la veille, nous décidons au matin du 4ème jour d’entreprendre l’ascension du Pic de l’Estanyo qui avec ses 2915m est le 4ème sommet andorran. Notre base de départ se situant à 1780m, nos gambettes vont devoir grimper 1135m de dénivelé, ce qui fait près de 230 fois les marches du Carlton à Cannes. Autant dire que les « pipaule » qui font tout un fromage quand ils ont l’occasion de les monter une fois sont des rigolos.

 Sachant que la montée ne serait pas de tout repos, nous avons pris la précaution la veille au soir de faire le plein de San Miguel et de sangria. Nous devrions donc avoir une autonomie suffisante pour atteindre le sommet .

 Au moment où nous nous mettons en route, Gaïa sort à peine de son sommeil et Amon glisse ses doigts d’or dans la toison de pins qui recouvre le flanc de la montagne. 

 

 

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Puis il dévale les pentes où il sème des paillettes l’or dans l’herbe emperlée de rosée (Dieu qu’elle était bonne la sangria !). Que savent les enfants des villes de la beauté d’une perle de rosée ?  Plutôt que de les bassiner avec les faits et surtout méfaits de la bande de scélérats qui, au cours des siècles ont gouverné la France, Henri IV mis à part, homme généreux et tolérant qui aimait le vin, la poésie et les femmes ainsi que ce pauvre Louis XVI qui se rêvait serrurier et a payé pour les autres, emmenons les contempler la nature et le monde que les hommes ignorés par l’Histoire ont forgé.

 Les bancèl ou restanques , les capitelles, les bergeries aux arcades gothiques soutenues par des charpentes ressemblant à des broderies, les glacières qui permettaient aux limonadiers d’avoir de la glace à Perpignan en plein mois d’août, les moulins à eau et à vent qui permettaient d’exploiter l’énergie des éléments, en apprennent plus sur le génie de l’homme et sa capacité à s’adapter à son environnement que les livres d’histoire.

 

 

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Ainsi voit-on courir sur les pentes herbeuses, les lignes des murs de pierre qui délimitaient les parcelles autrefois cultivées. Il n’est pas question ici d’être nostalgique d’un monde révolu, mais de se remémorer que notre présence ici bas est due au courage et à la ténacité de ceux qui nous ont précédé. En hommage à ces générations oubliées, il est bon de perpétuer ce sens de l’effort et le respect de ce qu’ils ont accompli. Et puis qui sait si un jour nous n’aurons pas à affronter de nouveau les conditions de vie qu’ils connaissaient ? Vu le déficit abyssal que nos élites politiques sont en train de nous creuser nos petits enfants seront sans doute heureux d’avoir un champ de pomme de terres à cultiver !

 

 

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Quelques gros nuages viennent raser nos têtes sans doute pour nous impressionner. Mais leur présence nous laisse de marbre, car comme ce bon vieux Noë nous avons déjà affronté le déluge et nous poursuivons notre ascension sans leur prêter attention.

 

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Ce qui nous inquiète plutôt, à l’image de Rémi qui n’est pourtant pas du genre impressionnable, c’est la pente qu’il va falloir gravir pour accéder au sommet de l’Estanyo.

 

 

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Ce dernier, qui n’a pas oublié qu’hier nous l’avons snobé et lui avons tourné le dos,affiche sa mine des mauvais jours !

 

 

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Mais ceux qui suivent fidèlement ce blog savent que nous sommes plutôt du genre entêtés et que pour nous faire renoncer il faudrait que le ciel nous tombe sur la tête et encore ! . Et puis il faut bien brûler le « carburant » stocké la veille si l’on veut pouvoir de nouveau faire le plein ce soir !

A ce sujet, d’ailleurs j’en profite pour faire passer le message aux viticulteurs que l’on apprécierait un geste commercial, vu la contribution que nous apportons au soutien des cours ! Ce n’est pas le cas de notre président qui ne boit que de l’eau, ce qui à mon avis lui jouera des tours car sa « raulaixe » va finir par rouiller !

Cela dit , vous avez noté la mine réjouie qu’affiche Gigi malgré la pente ! Comme je vous l’ai dit lors de la note précédente , la haute montagne c’est la volupté dans la souffrance !

 

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Parvenus sur la serre del Roc del Rellotge nous faisons une pause pour contempler le lieu de nos exploits de la veille : le pic de la Serrera. Vu de loin le sommet des montagnes apparaît toujours lisse alors qu’ils sont généralement ravinés, à l’image des visages de nos ex monarques républicains, Chichi et Valy grands caresseurs, le premier, de vaches  et, le second, de princesses.

 

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En dessous de nous l’étang de l’Estanyo ouvre son œil bleu séducteur mais nous réprimons nos envies de baignade car nous avons encore 400m à monter et l’eau n’est pas le meilleur dopant pour ce genre d’exercice.

 

 

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Nous reprenons notre ascension en suivant le sentier qui chemine en haut de la serre, nous offrant une vue plongeante sur la vallée. La haute montagne a de commun avec les décolletés féminins,  qu’il faut faire un effort sur soi même pour ne pas y sombrer. La différence est que dans le premier cas les chutes sont souvent mortelles alors que dans l’autre cas le seul risque que l’on court est d’y rester piégé.

 

 

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Par ailleurs  la haute montagne inculque des valeurs à l’inverse de nos sociétés où le leitmotiv est toujours d’être le meilleur par rapport aux autres mais jamais par rapport à soi même. Or chercher à être meilleur que les autres ne sert qu’à développer l’égo et  à nous monter les uns contre les autres.

 

 

 

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Ayant laissé nos sacs au début de la serre nous pouvons affronter la pente finale avec plus d’aisance. Nous serions presque tentés d’imiter un vautour fauve, qui intrigué vient nous observer, et de  le suivre dans son vol !

 

 

 

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Mais n’étant pas  consommateur « d’herbe » nous préférons garder les pieds sur terre pour poursuivre notre ascension vers le pays des nuages

Nous parvenons dans un monde minéral où la vie qui subsiste se réfugie sous les pierres. Cet univers préfigure peut être la terre que nous laisserons à nos petits enfants si nous continuons à la saccager comme nous le faisons.  Rappelons nous qu’au rythme actuel 25% des espèces animales et végétales auront disparu en 2025

On aimerait, entre autres exemples, que ceux qui transforment l’hiver leur appartement en sauna et l’été en frigidaire ou encore ceux qui arrosent leurs champs de maïs en plein midi en vidant les nappes phréatiques ou qui continuent d’aller acheter leur baguette et leurs cigarettes en 4X4 connaissent le même taux de disparition.

 

 

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A force de mettre un pied devant l’autre, on arrive finalement au sommet , Gibus toujours  devant, comme le petit cheval blanc de Georges Brassens et nous autres derrière, bien évidemment ! L’Estanyo beau joueur reconnaît avec grâce sa défaite et nous accueille coiffé d’un magnifique ciel bleu

 

 

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Gigi et jean Mi célèbrent l’événement en chantant l’Alleluia de Bach et les anges sortent leurs violons dans le ciel pour les accompagner.

 

 

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Etonnée et ravie d’avoir une telle audience Gigi se refait une beauté. On a beau être une montagnarde confirmée on n’en est pas moins femme ! Alors que pour les hommes la pratique de la montagne a tendance à faire ressortir leur coté « bouc » ! Sauf  chez nous bien sur qui pratiquons les bains de siège dans les lacs gelés !

 

 

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Et c’est la plongée vers la vallée au cours de laquelle il faut prendre garde de ne pas trébucher si l’on ne veut pas  finir son existence dans le ventre d’un vautour fauve qui tourne au dessus de nos têtes en l’attente du moindre faux pas ( il faut bien que je dramatise un peu si je  veux que mon blog ait l’audience de Koh Lanta !)

 

 

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Revenus au début de la serre, nous remettons un peu de carburant solide et liquide dans la machine et nous octroyons un « siestou » bien mérité. Avez vous noté qu’en occitan le mot qui désigne la sieste est du genre masculin. C’est sans doute parce que dans notre région les hommes s’honorent de ne rien faire alors que les nordistes veulent toujours faire croire qu’ils sont affairés.

Mais afin d’éviter que nous servions de pique nique aux vautours fauves nous tirons à la courte paille pour savoir qui va assurer la surveillance et  cette lourde responsabilité échoit à Chri-Chri  vous  vous en doutez en est absolument ravie !

 

 

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Il suffit ensuite de se laisser doucement emporter par la force de la gravité jusqu’à la vallée….. en restant malgré tout vigilant lors de la traversée des torrents !

 

 

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Revenus  à notre camp de base, Marie fort heureuse d’avoir retrouvé le plein exercice de sa cheville (mes fidèles lecteurs et lectrices sauront de quoi je parle) s’octroie sans vergogne une petite douceur ! Qui pourrait l’en blâmer ? Jusqu’à preuve du contraire on ne vit qu’une fois et si le paradis est peuplé de gens comme bénét XVI ça ne donne guère envie d’y  aller ! Et puis ce n’est pas sur que la haut près du soleil, il y ait des glaces au menu !

 

 

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Malgré les intenses efforts physiques de la journée, à l’heure de la sangria qui prélude à un solide repas montagnard tout le monde bien évidemment répond présent !

A suivre...


Texte et photos Ulysse (sauf celles signées J.M-P et Marie.B. que je remercie pour leur copyright))

 

28/09/2009

Périple en Andorre - 3ème partie : L’ascension de la Serrera 2.913 m

 

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Nous voilà au matin du troisième jour de notre périple. Rappelons que, selon les écritures, c’est au matin du troisième jour que le Dieu des chrétiens créa la végétation dont Vitis Vinifera et rien que pour ça, on peut l’en féliciter. Au demeurant, vu son ancienneté, il doit avoir une de ces caves,  je ne vous dis pas ! Cela me fait saliver d’avance car je ne doute pas qu’il m’y invitera le moment venu, vu que j’ai toujours célébré les vignes du seigneur et le sang de son fils présumé (en l’absence de preuve ADN, mieux vaut être prudent).

 Mais revenons à l’objet de cette chronique qui est de vous conter par le menu notre ascension du jour qui a pour objectif le Pic de la Serrera,  qui domine de ses 2.913m le parc naturel du Val de Sorteny.

 Nous voilà donc partis dès potron-minet alors que les nuages s’étirent encore dans le fond des vallées, prêts à reprendre leur périple dans le ciel.  Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette expression de « potron-minet » (ce qui est tout à fait excusable ) précisons qu’elle veut dire « dès que l’on voit poindre le cul du chat ». La locution d’origine était « dès le poitron-jacquet » ce qui en ancien français signifiait « dès que l’on voit poindre le derrière de l’écureuil » (le poitron était le postérieur et le jacquet : l’écureuil)  Les  chats étant aujourd’hui plus fréquents que les écureuils (n’est ce pas Jean Mi !) la locution s’est donc modernisée.

 

 

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Après avoir dépassé le refuge de Borda de Santeny nous progressons en remontant le torrent qui donne son nom au vallon. Le fond de l’air est encore un peu frais pour y chercher une « gouille » (vasque en haut savayarois) et y faire trempette mais nous nous promettons de le faire à la descente.

 

 

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Puis les choses sérieuses commencent ! Nous abordons  une pente plus rude qui mène à la portella des Méners à 2724m (en montagne, on n’arrondit pas, car chaque mètre compte !)  Soudain le sac se fait un peu plus lourd, surtout pour celui qui porte la bouteille de « fortifiant », cette honorable responsabilité étant confiée à tour de rôle à chacun des mâles du groupe (avoir des mollets de yéti n’empêche pas la galanterie !)

 La montagne est une école de volonté, je l’ai déjà dit et quand on aborde des pentes à 30% celle-ci est mise à rude épreuve ! La montagne trempe le caractère (quand ce ne sont pas nos os !) et pour citer Bergson elle nous aide à faire en sorte que pour nous l’avenir ne soit pas ce qui va arriver mais ce que nous voulons en faire.

 

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Et pour ce qui concerne notre avenir immédiat , il se résume à un mot : grimper !  Mettre un pied devant l’autre et recommencer !  la montagne nous ramène à l’aube de l’humanité quand les premiers homo sapiens-sapiens ont colonisé le monde pédibus jambus . La sueur qui perle sur votre front, les râles de votre souffle court, la sensation de brûlures dans les muscles trop sollicités , l’inquiétude devant des nuages qui se font menaçants , rien n’a vraiment changé depuis 30.000ans, si ce n’est que nos peaux de bêtes et nos chausses portent les nom de Salomon, Technica, Millet , Lafuma….et que l’on mange du jambon Beurka et pas de l’auroch fumé.

 

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C’est cela le grand bonheur de la randonnée en montagne : débrancher sa vie de tous les appendices technologiques qui,  sous prétexte de la faciliter, vous prive de vous même en vous emmaillotant dans des mondes virtuels où l’on ne se sent plus vraiment exister.  Que sait on encore de la pluie,  du vent , des senteurs des pins et de l’herbe quand on voyage à l’abri de vitres fumées, l’oreille collée à son mobile et l’œil rivé sur son GPS ?

Nous continuons de progresser vers le Portella en tournant le dos au Pic de l’Estanyo (2915m) qui arbore une mine sombre face à notre désinvolture. Sûr qu’il nous le fera payer cher demain, jour où nous avons prévu de l’ascensionner ! Mais à chaque jour suffit sa peine, et celle d’aujourd’hui vaut son pesant de cailloux et demain est un autre jour !

 

 

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Nous voilà parvenus à la Portella dels Meners après avoir grimpé 900m de dénivelé . Il en reste encore un peu moins de 200 pour parvenir au sommet du Pic de la Serrera,  mais quand on aime on ne compte pas ! (c’est ce que disent généralement les amants pingres qui achètent des bagues à dix sous à leurs mal-aimées)

L’ascension ne semble pas présenter de difficulté majeure et c’est confiants que nous nous mettons en chemin, ou du moins en route, car la chemin se réduit à une vague trace au milieu des éboulis

 

 

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Nous contournons tout d’abord une barre rocheuse où le pic arbore des chicots de pierre qui trahissent son age respectable. Quarante millions d’années pour une montagne c’est un peu équivalent à la quarantaine chez des humains : les première rides apparaissent et  les formes doucement s’affaissent

 

 

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Quelques dépressions piègent l’eau de pluie qui se souvient qu’elle a été nuages et contemple avec nostalgie ses anciens congénères qui s’étirent voluptueusement dans le ciel.

 

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Le sommet n’est plus qu’à quelques encablures et nous avons soudain des ailes à nos chaussures qui auparavant étaient lestées de plomb !

 

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J’y suis  et j’ai bien envie d’y rester semble nous dire  Georges, mais qui arrosera alors mes tomates ? C’est ainsi souvent que des obligations triviales brisent de grandes destinées !

 

 

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L’âme et le cœur réjouits d’avoir, notre devoir, envers nous même accompli (c’est le plus impérieux, car qui ne se respecte et ne s’aime pas ne peut aimer ni respecter les autres) nous entamons en roue libre la descension (c’est plus majestueux que « la descente » terme plus approprié pour les vulgaires escaliers) alors que lentement les nuages ensevelissent les cimes.

 

 

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La descension est un moment de détente qui nous donne l’occasion d’admirer l’étonnante flore montagnarde, telles ces anémones pulsatilles que le vent a passablement décoiffées

 

 

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Mais soudain un être étrange nous barre le chemin et nous interpelle en nous demandant d’où nous venons. Lui ayant précisé que nous avons fait l’ascension du Pic de la Serrera, il s’écrie « je suis mandaté par le co-prince d’Andorre, Nicolas, pour percevoir les droits d’ascension et de descension des sommets d’Andorre, ces droits étant destinés à financer les frais de chaussures des douaniers qui surveillent la frontière entre la France et l’Andorre. Vous êtes dix, ça fait 50 euros à moins que vous ne bénéficiez du bouclier fiscal! »

Eberlués,et n'étant pas fiscalement  "boucliérisés" mais plutôt "masse-d'armisés" nous dénonçons le scandale qui veut que d’honnêtes randonneurs financent des dépenses liées à la surveillance des malfrats. « Vous  payez bien  vos impôts sans sourciller depuis 40 ans pour payer le train de vie somptuaire des monarques de l’Elysée, vous n’allez pas faire un pataquès pour quelques paires de grolles de douaniers. » nous rétorque-t-il du tac au tac (pas gagnant celui là !)

Nous restons quelques instants cois devant cet imparable argument, puis osons timidement  une dernière remarque « Va, pour un droit à l’ascension , mais pour la descension ça nous apparaît abusif ! »

« Vous n’étiez pas obligé de redescendre » nous répond-t-il et sur ces paroles dites d’un ton comminatoire, il nous invite à payer. Piteusement nous nous exécutons, mais en nous disant dans notre fort intérieur « Nicolas, tu nous revaudras ça ! » (si tu me lis Nicolas et que tu nous envoies un chèque de 50 euros , on passera l’éponge)

 

 

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Fort heureusement, nous retrouvons le torrent que nous avions suivi à la montée, dont les eaux aident à rafraîchir nos esprits échauffés…..

 

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Nous retrouvons bien vite notre sérénité car nous savons qu’après cette eau bien fraîche d’autres « liquides » bien plus délicieux, car buvables, nous attendent à l’arrivée…

A suivre....


Texte & Photos Ulysse

24/09/2009

Périple en Andorre Deuxième partie : les ports de Siguer et de Rialb

 

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Mardi matin, 1er septembre, après avoir englouti, pour les uns, œufs, bacon, saucisses, jambon, fromage et pour les autres  salades de fruits, croissants  et  petits pains au chocolat (devinez qui a mangé quoi !) nous sommes à pied d’œuvre pour partir à la conquête des ports de Siguer (2395m ) donnant vue sur le lac Bleu et de de Rialb (2508m) .

 J’aime ce terme andorran de « port » pour désigner un col . Le port  c’est l’appel du grand large, le point de départ vers de nouveaux rivages, de nouveaux horizons. Alors que le col c’est le souvenir des cravates et des gens collets montés qu’il a fallu fréquenter quand j’étais  un « actif productif » (aujourd’hui je suis devenu un inactif improductif, termes qui révèlent les valeurs de notre civilisation !). C’est d’ailleurs en passant les cols que les contrebandiers se font généralement cravatés ! Et puis nous avons aussi le terme « colleter » qui ne veut pas dire grimper un col mais se battre, se prendre par le col ! Un mot assez vulgaire en somme !

 Le mot andorran « port » connaît quant à lui une déclinaison féminine sous la forme de Portella qui signale un passage de moindre importance, comme quoi la misogynie va se nicher partout. On a de même en France, qui n’est pas en reste en matière de misogynie, le mot « colette » pour désigner un petit col (cf la colette de Rascrouset) .

 Mais  ce dernier terme a beaucoup plus d’élégance que son pendant (sans arrière pensée) masculin. D’ailleurs  Colette est aussi un prénom féminin qui prédispose apparemment aux talents de plume, ce qui paraît logique, la plume permettant de s’envoler vers les hauteurs.

 

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Nous voilà donc partis  sous un ciel mi-figue mi-raisin qui nous fait craindre le pire. Mais il en faut beaucoup plus pour nous faire renoncer à notre projet. Ceux qui nous suivent fidèlement savent, en effet, que nos parties « extérieures » ne craignent pas l’eau. Pour nos parties« intérieures » il en va différemment mais comme au contraire de nos compagnes nous marchons généralement en silence, nous ne risquons pas en cas de pluie de voir ce breuvage s’infiltrer à notre insu par nos orifices bucaux  dans nos estomacs.

 

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Soucieux de respecter le merveilleux environnement qui nous entoure, nous suivons scrupuleusement le fil d’Ariane du chemin qui slalome entre les rochers qui parsèment le vallon que nous remontons. Ces fiers sommets qui se dressent à l’horizon et qui semblent posés là pour l’éternité deviendront rocs, puis pierres puis cailloux, puis sable. Ainsi les montagnes elles mêmes sont mortelles et nos vies humaines à l’échelle de leur existence ne sont que des pointillés. Vivons, vivons  donc pleinement chaque journée !

 

 

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Les nuages soudain font grise mine et « crachinent » nous obligeant à sortir nos capes. La journée s’annonce mal mais nous ne sommes pas du genre à nous laisser impressionner par quelques nuages incontinents. Les vrais montagnards ont un point commun avec les hommes politiques français, ils ne démissionnent jamais même quand ils sont mouillés jusqu’à l’os.

 

 

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Nous parvenons près d’un abri de berger et vérifions si la porte en est ouverte au cas où les éléments viendraient à se déchaîner, ce qui peut survenir en montagne à tout moment. Combien de promeneurs inconscients sont partis en baskets et tee-shirt vers les sommets et sont morts perdus dans une tourmente de neige ou le brouillard ! En montagne, une règle fondamentale :ne jamais sortir sans son anorak et son anti-gel !

 

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Et puis aussi soudainement qu ‘elle était venue la pluie cesse et les angelots du ciel repeignent le ciel en bleu (sur cette question du sexe des anges les experts s’opposent alors qu’il est évident qu’ils sont de sexe masculin sinon le ciel de la terre serait rose !)

Nous abordons une zone d’alpages où évolue en toute liberté une horde de chevaux sauvages qui nous regardent avec condescendance. Eux qui n’ont à supporter ni selle ni cavalier sont intrigués de voir des hommes porter un tel harnachement sur le dos. Quels maîtres impitoyables leur imposent un tel fardeau doivent-ils se demander ! Comment pourraient ils comprendre que nous sommes nos propres bourreaux. La montagne c’est la volupté dans la souffrance !

 

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Nous parvenons enfin au port de Siguer. La mine réjouie de Rémi le « grand Suisse » du groupe, qui est « toujours déçu en bien », vous exprime bien mieux que ne peut le faire ma plume le bonheur que l’on éprouve à être la haut !

Celles et ceux qui ont leur cul de primate assis sur un fauteuil présidentiel, princier ou directorial s’imaginent souvent  être sur le « toît »  du monde alors qu’ils sont  dans les fossés de la foire aux vanités. Au lieu  de l’air vivifiant des cîmes, ils respirent l’haleine fétide de leurs courtisans et à l’ardente lumière solaire se substituent les néons et les flashes des papparazzi vers lesquels ils se tournent comme des lucioles.

 

 

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Mais s’ils allaient au moins une fois « la haut » et voient ce que nous y avons vu,  ils troqueraient  bien vite leur fauteuil contre une paire de godillots ! Vous allez dire que je suis un brin naïf mais je ne peux pas croire que l’on préfère l’ivresse du pouvoir à celle des cîmes . Le pouvoir est un mauvais alcool qui rend fou alors que les cîmes vous rendent sages. D’ailleurs Moïse n’est il pas monter en haut du Sinaï pour prendre note des dix commandements ! Les mauvaises langues – et il y en a – diront que ça n’a pas servi à grand chose !

 

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Une fois passé le port s’offre à nos yeux le vallon qui sert d’écrin au lac bleu, morceau de ciel tombé sur la terre

 

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Selon l’endroit d'où on le contemple, le lac révèle une infinité de nuances de bleus. Ainsi une même réalité peut elle avoir plusieurs apparences, mais chacun voit, comme l’on dit, midi à sa porte ? La vérité n’est elle pas dans la somme des points de vue ?

 

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Nos compagnes nous ayant rejoint au port nous faisons « table commune «  avant de lever de nouveau les voiles, cette fois-ci entre hommes, pour la « portella de Rialb dominée par le pic de la Font Blanca qui culmine à 2903m.

 

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Le genre féminin attribué à ce passage montagnard est trompeur car son ascension se révèle plus rude que celle du port de Siguier. Mais il est vrai qu’une femme est généralement plus difficile à conquérir qu’un homme car cela requiert de l’intelligence alors que pour conquérir un fils d’Adam il suffit d’une pomme (en vérité plutôt deux !)

 

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D‘ailleurs dans cet environnement féminin Gibus ne peut se retenir de croquer la pomme…. !

 

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Mais il nous faut redescendre pour rejoindre nos compagnes qui doivent s’impatienter (pour une fois que ce sont elles qui nous attendent !).  Derrière les montagnes qui nous font face les dieux locaux  à l’abri du regard des humains font un festin de myrtilles à la crème chantilly et celle ci submerge les sommets environnants. De fait  si les dieux prétendent que la gourmandise est un péché c’est pour mieux s’accaparer les délices que Gaïa dans sa générosité offre à ses enfants.

 

 

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Sur le chemin du retour nous croisons quelques troupeaux de vaches. L’une d’elles reluquant mes superbes grolles « salomon » me propose de les échanger contre deux de ses sabots et un bon bol de lait frais.

 

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Je prétexte que la place pour le lait est déjà prise pour décliner aimablement la proposition. A vrai dire je n’aime le lait que quand il est solide et s’appelle St nectaire, Abondance ou Reblochon !

 

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Et puis je sais qu’au bout du chemin nous attend San Miguel ! En vérité chaque randonnée n’est pour nous qu’un long pèlerinage vers ce saint vénéré des catalans !

A suivre….

PS: Je ne peux malheureusement pas répondre dans l'immédiat à vos commentaires étant parti quelques jours en Dordogne.

Texte & photos Ulysse (sauf la dernière J.M.P)