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01/06/2009

Il faisait un temps de salamandre......(1ère partie)

 

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Dans le nord, quand il pleut, les gens disent qu'il fait un temps de cochon, mais dans le pays d'Oc, où

les cochons ne sont pas courants (du moins ceux du genre animal, car pour ceux du genre humain, c'est

différent !),  on dit qu'il fait un temps de salamandre. En effet, cet amphibien ne sort pour chasser

que la nuit venue ou les jours où il pleut .



Aussi l'autre matin, alors que la ligne des monts des hauts cantons affichait une mine sombre , nous

nous sommes dits, mon ami Gibus et moi, que nous irions traquer cet animal légendaire sur les pentes

de la montagne de Rosis.



Abandonnant notre carosse dans le village de Cours le Haut (au dessus de Compeyre) nous empruntons un

chemin remontant le ruisseau du Banissou. Les murs dressés par les anciens se sont par endroits effondrés

et les arbres séculaires s'accrochent désespérément au sol de leurs racines titanesques pour ne pas dévaler

la pente. Combien de temps tiendront ils encore ainsi ? Quand donc les hommes comprendront ils que leur

indifférence par rapport à la nature met en péril leur existence ? A quand l'institution d'un délit pour non a

ssistance à arbre en danger ?

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Le chemin croise le Banissou qui court joyeux et volubile à travers la forêt, heureux de ce printemps pluvieux.

Les arbres et plantes se gavent de son eau fraîche dans la perspective de la sécheresse de l'été à venir....

si jamais il vient !


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Les araignées quant à elles sont moins ravies de ce printemps humide qui transforment leurs toiles en

sapins de noël.

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Soudain, pour notre plus grand bonheur (Gibus et moi, vous l'aviez deviné, sommes de grands enfants) une

salamandre traverse notre chemin d'un pas de sénateur (c'est l'un des animaux les plus lents avec le paresseux....

les sénateurs ont quant à eux l'excuse de l'age....bien qu'ils trouvent le moyen de galoper quand il s'agit

d'aller à leur restaurant quatre étoiles).



Il est rare de voir cet animal, objet de tant de légendes. Au moyen age sa forme de mini dragon le faisait

redouter; on pensait qu'il pouvait traverser le feu sans se brûler et voire même l'éteindre. Cette croyance

vient sans doute du fait qu'il est recouvert d'une substance laiteuse qui le protège un moment de la chaleur

et surtout qui brûle les doigts si on la touche. Cette substance peut intoxiquer voire tuer les mammifères

qui voudraient en faire leur repas (voir l'excellent site fait par Gaëlle, Mickaël, Steve et Théo de l'école de

Voissant 38620 consacré à cet animal)

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Quittant un instant les sous bois nous grimpons à travers le brouillard jusqu'aux Tourelles (1012m) sommet de

la Montagne de Rosis. Par moments nous troublons la quiétude des mouflons qui paissent paisiblement sur

les bords de la piste et s'enfuient, ombres fantomatiques effrayées par l'odeur de l'homme, ce prédateur

impitoyable, le seul à jouir de la mort infligée aux autres espèces.

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Puis nous regagnons le sous bois pour dévaler vers le hameau de Caissenols. Profitant du brouillard, un hêtre

majestueux déploie ses branches vigoureuses pour caresser une belle hêtresse qui ne semble pas s'offusquer

de la manoeuvre de l'impudent.

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Le soleil en embuscade au dessus du brouillard diffuse une lumière laiteuse et humide qui se teinte de vert

en glissant sur le feuillage des arbres.

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La peur nous saisit de rouiller, voire de nous dissoudre et de disparaître dans cette athmosphère saturée d'eau,

et nous ingurgitons vite une gorgée de café brûlant arrosé de quelques gouttes "d'âme de la vigne", antirouille

efficace contre le brouillard et la pluie.

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Mais bientôt nous franchissons le pont traversant le Casselouvre, dont le lit encombré de pierres moussues

témoigne de son caractère tranquille. Les ruisseaux héraultais ne sont pas tous aussi placides.

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Les ruines du hameau de Caissenols émergent enfin du brouillard, promesse d'une halte auprès d'un bon

feu qui nous mettra définitivement à l'abri de la rouille ....

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A suivre.....

Texte et photos Ulysse

28/05/2009

En suivant le cours de la Dourbie (fin)

 

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Ayant quitté Cantobre, nous continuons de suivre les méandres indolents de la Dourbie où quelques

timides rayons du soleil viennent par endroits se rafraichir.

 

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Nous voici en vue de St Véran perché sur un promontoire rocheux dominé par son chateau qui fut

la propriété du marquis de Montcalm, défenseur des possessions françaises au Québec contre les

britanniques au XVIIème siècle. On peut dire que ce marquis était bien nommé car qui oserait aller

troubler la quiétude d'un tel nid d'aigle !


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Ses vielles ruelles caladées bordées de maisons cossues témoignent d'un riche passé.


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Les lichens habillent les murs,, émouvante patine posée par le passage des siècles. et qui protègent

l'hiver  les pierres de la morsure du gel


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L'harmonie des formes des habitations et la noblesse des matériaux lavent notre regard des

horreurs urbaines dont le Languedoc « moderne » est progressivement couvert par les dévots

du « cairon » qui semblent vouloir faire concurrence à la muraille de Chine !


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Même les cheminées sont des modèles d'élégance et sont au diapason du paysage sublime

qu'elles dominent

 

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Au pied du village, l'église a elle aussi belle allure. Mais l'état d'abandon du cimetierre témoigne

que l'on ne meurt plus dans ce village, signe évident que les vivants l'ont quitté.


 

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Ces villages « musées» sont nos racines. Leur beauté, leur harmonie, leur union intime avec

le paysage témoignent de la haute culture de ceux qui nous ont précédés. Ce sont des messages de

pierres qu'ils nous ont légués et qu'il faut préserver si l'on veut que nos sociétés modernes ne meurent

pas un jour d'inanité faute d'avoir perdu le fil de leur destinée. Quand un bateau ne trouve pas de point

pour s'ancrer il dérive et finit par s'échouer.


Texte & photos ulysse

23/05/2009

En suivant le cours de la Dourbie....(1ère partie)

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Une fois n'est pas coutume, je vous emmène faire une balade « Michelin », histoire de soutenir nos

constructeurs automobiles et surtout ceux qui y travaillent encore et qui ont bien besoin qu'on leur

remonte le moral !


Certes, ce n'est pas très bon pour la santé de notre chère Gaïa qui toussotte déjà pas mal et, surtout,

cela contribue à enrichir un peu plus les cheicks, émirs et autres satrapes qui soumettent leurs peuples

à une épouvantable charia ou à une dictature policière, tout en appliquant à leur propre vie la devise

« cigarettes, whisky et petites pépées ! » que célébrait dans ma jeunesse, en me faisant rêver, Eddie

Constantine (cela remonte à loin !)


Mais bon, on sait bien que l'enfer est pavé de bonnes intentions et que toute action aussi bonne soit

elle a toujours son revers, à l'exemple de ce pêcheur qui voyant passer un homme affamé lui donne

un poisson. L'homme se confond en remerciements et s'en va un peu plus loin le faire cuire. A peine

est il cuit qu'il l'engloutit et se fiche une arête dans le gosier. Il en meurt étouffé ! Ainsi le pêcheur

qui croyait faire son bien a précipité sa fin. Tout est dit ici de la tragédie de la condition humaine !

Mais que cela ne vous dissuade pas d'inviter vos copains à dîner, en évitant toutefois les restaus de

plage de Sète ou d'offrir des fleurs à votre bien aimée, en choisissant de préférence celles auxquelles

elle n'est pas allergique (à moins que....) !

 

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Nous débutons notre périple à Nant, niché dans une vallée verdoyante ( à la belle saison, cela va de

soit !) au confluent du Durzon et de la Dourbie. Outre ses ruelles pittoresques, ce village possède

trois merveilles architecturales : l'abbatiale Saint Pierre du XIème siècle, les halles du début du XVIIIème

et surtout le pont de la Prade qui depuis six cents ans franchit la Dourbie de son unique arche aérienne


Pourquoi, vous demanderez vous, a-t-on construit un pont aussi audacieux pour franchir une rivière

aussi anémique et paisible ? C'est tout simplement que la bougresse a des colères terribles alimentées

par les dantesques pluies d'automne qui s'abattent sur les Cévennes où elle prend sa source dans

le massif du Lingas. Ainsi en septembre 1980 son débit moyen de 14m3/s est-il passé en quelques

jours à 728m3/s


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Après quelques tours de roue agrémentés d'au moins autant de tours de volant tant la Dourbie est

sinueuse, nous voilà à Saint Jean de Bruel où la Dourbie s'oxygène un brin en dévalant une mini cascade.

Ce village fut dans le passé un centre minier important et connut même la gloire grâce à se poteries

recherchées, dont notamment les faysselles dans lesquelles on met en forme le roquefort.


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Il faut prendre le temps d'aller boire, selon l'heure, un café, un rosé, un demi ou un pastis, voire même

un diabolo menthe (je ne suis pas raciste) sous les arcades de ses halles tricentenaires. C'est un

bien meilleur remède contre le stress que les cocktails d'antidépresseurs dont les médecins, inféodés aux

laboratoires, nous gavent pour mieux nous faire accepter nos vies déjantées


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Après avoir remonté les gorges patiemment creusées par la rivière, nous voilà à Dourbies dont les

maisons, à l'instar des tournesols, tournent leurs façades vers le sud.


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Sur la place trône une fontaine où les anciens du village tentent vainement de boire l'eau qui tombe

en une pluie facétieuse de la vasque supérieure.


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Pour se rafraichir mieux vaut descendre le chemin caladé qui descend jusqu'au bord de la Dourbie où

celle-ci se donne des airs de torrent de montagne.


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Mais quelques rochers déposés par les crues détournent une partie de son flot et créent des bras d'eaux

dormantes où les arbres admirent le reflet de leur parure éphémère.

 

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Redescendant les gorges sur l'autre rive nous atteignons Cantobre, nid d'aigle perché à 100m au

dessus du confluent de la Dourbie et du Trévezel

 

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Sur un espace aussi exigu le moindre mètre carré a été exploité, ce qui fait que ce village est à

déconseillé aux somnanbules !

 

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Cette batisse jouit d'une vue imprenable, formule souvent galvaudée par les agences immobilières peu

scrupuleuses (mais y en a-t-il qui le soit ?)


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L'église Saint Etienne, malgré ses neuf cents ans, se dresse vaillamment au sommet du village, alors que

le château qui la dominait a été détruit en 1629 sur l'ordre de Richelieu après que les protestants

aient pris possession de la ville.


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Ce village est hélas comme un beau fossile du passé, l'école depuis longtemps a fermé et seuls quelques

vacanciers et touristes parcourent ses ruelles dont les portes restent la majeure partie de l'année

désespérément fermées.


NB : je vous invite à aller sur le superbe  blog de Philippe Ibars "les jardins de la Fontaine"  qui traite

avec talent et humour de la question des langues régionales à partir de la mention "escolo" figurant sur 

cette ancienne école.


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Mais ne soyons pas passéiste, et reconnaissons qu'il serait difficile de vivre à l'année ici . Cela dit il faut

sauvegarder autant que faire se peut ce magnifique héritage, témoignage d'un monde ancien frugal, authentique

et tenace, pour en nourrir notre imagination et raviver quelques instants nos vies rongées par les

préoccupations matérialistes, la frénésie des divertissements et le souci du confort.


On se voudrait détaché de ce monde matériel et on se verrait bien contempler des nuits durant les écharpes

célestes d'étoiles chères à Giono, mais il faudrait avoir la force la force d'âme de nos ancêtres, ce qui n'est

pas mon cas, je l'avoue humblement.


À suivre....


Texte & Photos Ulysse


 

16/05/2009

Dès que sonnent les matines, partons pour le peyre Martine !

 

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Les intégristes de la santé et les hygiénistes qui nous mettent en garde contre le sel, le sucre, le vin,

les saucisses, le calendos, les ships, les pizzas, les gateaux, les charmes de la crémière ou de la patissière

sous le falacieux prétexte de préserver notre santé, nous prépare un monde de centenaires cacochymes

qui s'entasseront dans des mouroirs « clubmedisés » pour les plus fortunés et dans des mouroirs

« potagers » (car nous serons tous des légumes) pour les autres.



Finis le bon vieux temps des infarctus, des pneumonies, des ruptures d'anévrisme foudroyants qui nous

faisaient proprement passer de vie à trépas au cours ou au terme d'un bon repas ou d'une partie de

jambes en l'air, alors que nous étions encore dans la fleur -certes un peu fanée, mais fleur quand même -

de l'age. Maintenant on nous réanime, on nous tuyaute à neuf et on nous installe pour le restant de

nos jours dans une chaise roulante, ce qui permet au demeurant de gonfler l'audience de TF Hun et

de Merde 6, ainsi que de requinquer les cours de bourse de Michelin et consort, qui peuvent ainsi r

ecycler les pneus qu'ils n'arrivent plus à vendre aux constructeurs automobiles!



Pour ce qui me concerne je dis niet : je bois goulûment le sang du seigneur à chaque repas , je dévore

patés, rillettes,rillons, jambonneaux, saucisses et saucissons (je suis né dans la région de Rabelais)

je fais mon affaire d'une pizza pour huit, je pille les boites de gateau, je me gave de chocolat jet je fais

les yeux doux à ma crémière. Ma seule entorse à cette vie de patachon est la marche, et j'espère

bien que le jour où je croiserai la « faucheuse » ce sera sur un sentier,  bien qu'elle semble préférer

les routes et autoroutes , surtout dans l'Hérault. Je n'imagine pas en effet de plus beau « départ »

(ou retour ?) que celui de s'éteindre sur le bord d'un talus où au creux d'un bosquet comme un oiseau

(en l'occurence, pas mal déplumé !)



Et c'est pourquoi dès que je le peux, quand sonnent les matines je me mets en chemin qu'il pleuve,

qu'il neige qu'il vente ou qu'il fournaise.

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Un clair matin d'avril me voilà donc parti avec mes amis Gibus et Georges pour faire l'ascencion du Peyre

Martine, l'un des sommets du massif calcaire de la Séranne et qui atteint la respectable altitude de 798m.



Malgré l'heure matinale le soleil réchauffe nos vieilles jambes (plus d'un demi siècle et pas une rustine !)

qui grimpent avec ardeur le sentier pierreux qui zigzague sur le flanc sud du massif et offre une vue

splendide sur la vallée de la Buèges où trône, perché sur un mamelon, le village de Pégairolles de Buèges,

encore noyé dans la brume.

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Nous atteignons un sentier qui oscille autour de la ligne de crête offrant alternativement des vues sur les

gorges de la Vis au nord et de la Buèges au sud. L'érosion a déchiqueté le plateau calcaire sommital nous

obligeant à sauter de plaque en plaque en prenant garde de ne pas tomber dans des embryons d'aven en

formation.

Nous arrivons en vue du Peyre martine (peyre voulant dire pierre en occitan) qui dresse sa slhouette

trapue au dessus d'une garrigue de buis. L'infinité du ciel immaculé s'ouvre à nos yeux et nos esprits

et nous éprouvons l'intense bonheur d'un (trop) court moment de vie sans nuage.


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Du sommet, on découvre le splendide village de Saint jean de Buèges assoupi au pied dur Roc Trescastel

dont les parois sont appréciées par les hommes et femmes araignées de la région.

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Du haut des cieux les dieux admirent cette oeuvre des hommes, étonnés qu'ils puissent produire de telles

beautés tout en passant la plupart de leur temps à s'entretuer.

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Il nous suffit ensuite de nous laisser porter par le chemin qui descend vers le village bordé par un mur

ancestral délaissé par les hommes d'aujourd'hui, mais qu'ici et là un arbre charitable vient soutenir

pour lui éviter de sombrer.

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Parvenus dans la plaine quelques vénérables oliviers nous tendent une ombre rafraichissante à laquelle

nous ne pouvons résister.

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Requinqués par cette brève pause, nous quittons Saint Jean de Buèges dont la cave coopérative hélas

a fermé. Les coteaux environnants vont peu à peu perdre leur écharpe de vignes qui enverduraient

et, l'automne venu, enchatoyaient le paysage. Quand la terre du pays d'Oc sera ainsi partout mise

à nu, elle mourra d'une pneumonie qui nous décimera avec.

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Nous longeons la Buège dont les eaux fraiches et pures sont bues goulûment par les arbres qui se

pressent sur ses rives et offrent une ombre émeraude et chlorophyllée aux demoiselles ailées qui

vagabondent le long de son cours.

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Nous arrivons à l'endroit de sa source, lieu idyllque et serein où ne manquent que des ondines.

Mais si il s'en trouvait, pourrions nous repartir ?

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Bientôt le village de Pégairolles de Buège apparaît perché sur mamelon entouré d'un cirque de montagnes.

Il nous reste une dernière grimpette à gravir pour retrouver notre char et nos chevaux vapeurs que nous

avions perchés la haut, histoire de pimenter la fin de notre randonnée et d'aiguiser un peu plus notre appétit

et notre soif en vue du dîner !


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Texte & Photos Ulysse