suivi de mon blog
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

24/09/2009

Périple en Andorre Deuxième partie : les ports de Siguer et de Rialb

 

DSC06663.JPG

 

Mardi matin, 1er septembre, après avoir englouti, pour les uns, œufs, bacon, saucisses, jambon, fromage et pour les autres  salades de fruits, croissants  et  petits pains au chocolat (devinez qui a mangé quoi !) nous sommes à pied d’œuvre pour partir à la conquête des ports de Siguer (2395m ) donnant vue sur le lac Bleu et de de Rialb (2508m) .

 J’aime ce terme andorran de « port » pour désigner un col . Le port  c’est l’appel du grand large, le point de départ vers de nouveaux rivages, de nouveaux horizons. Alors que le col c’est le souvenir des cravates et des gens collets montés qu’il a fallu fréquenter quand j’étais  un « actif productif » (aujourd’hui je suis devenu un inactif improductif, termes qui révèlent les valeurs de notre civilisation !). C’est d’ailleurs en passant les cols que les contrebandiers se font généralement cravatés ! Et puis nous avons aussi le terme « colleter » qui ne veut pas dire grimper un col mais se battre, se prendre par le col ! Un mot assez vulgaire en somme !

 Le mot andorran « port » connaît quant à lui une déclinaison féminine sous la forme de Portella qui signale un passage de moindre importance, comme quoi la misogynie va se nicher partout. On a de même en France, qui n’est pas en reste en matière de misogynie, le mot « colette » pour désigner un petit col (cf la colette de Rascrouset) .

 Mais  ce dernier terme a beaucoup plus d’élégance que son pendant (sans arrière pensée) masculin. D’ailleurs  Colette est aussi un prénom féminin qui prédispose apparemment aux talents de plume, ce qui paraît logique, la plume permettant de s’envoler vers les hauteurs.

 

DSC06668.JPG

 

Nous voilà donc partis  sous un ciel mi-figue mi-raisin qui nous fait craindre le pire. Mais il en faut beaucoup plus pour nous faire renoncer à notre projet. Ceux qui nous suivent fidèlement savent, en effet, que nos parties « extérieures » ne craignent pas l’eau. Pour nos parties« intérieures » il en va différemment mais comme au contraire de nos compagnes nous marchons généralement en silence, nous ne risquons pas en cas de pluie de voir ce breuvage s’infiltrer à notre insu par nos orifices bucaux  dans nos estomacs.

 

DSC06673.JPG

Soucieux de respecter le merveilleux environnement qui nous entoure, nous suivons scrupuleusement le fil d’Ariane du chemin qui slalome entre les rochers qui parsèment le vallon que nous remontons. Ces fiers sommets qui se dressent à l’horizon et qui semblent posés là pour l’éternité deviendront rocs, puis pierres puis cailloux, puis sable. Ainsi les montagnes elles mêmes sont mortelles et nos vies humaines à l’échelle de leur existence ne sont que des pointillés. Vivons, vivons  donc pleinement chaque journée !

 

 

DSC06690.JPG

Les nuages soudain font grise mine et « crachinent » nous obligeant à sortir nos capes. La journée s’annonce mal mais nous ne sommes pas du genre à nous laisser impressionner par quelques nuages incontinents. Les vrais montagnards ont un point commun avec les hommes politiques français, ils ne démissionnent jamais même quand ils sont mouillés jusqu’à l’os.

 

 

DSC06693.JPG

Nous parvenons près d’un abri de berger et vérifions si la porte en est ouverte au cas où les éléments viendraient à se déchaîner, ce qui peut survenir en montagne à tout moment. Combien de promeneurs inconscients sont partis en baskets et tee-shirt vers les sommets et sont morts perdus dans une tourmente de neige ou le brouillard ! En montagne, une règle fondamentale :ne jamais sortir sans son anorak et son anti-gel !

 

DSC06713.JPG

Et puis aussi soudainement qu ‘elle était venue la pluie cesse et les angelots du ciel repeignent le ciel en bleu (sur cette question du sexe des anges les experts s’opposent alors qu’il est évident qu’ils sont de sexe masculin sinon le ciel de la terre serait rose !)

Nous abordons une zone d’alpages où évolue en toute liberté une horde de chevaux sauvages qui nous regardent avec condescendance. Eux qui n’ont à supporter ni selle ni cavalier sont intrigués de voir des hommes porter un tel harnachement sur le dos. Quels maîtres impitoyables leur imposent un tel fardeau doivent-ils se demander ! Comment pourraient ils comprendre que nous sommes nos propres bourreaux. La montagne c’est la volupté dans la souffrance !

 

DSC06724.JPG

Nous parvenons enfin au port de Siguer. La mine réjouie de Rémi le « grand Suisse » du groupe, qui est « toujours déçu en bien », vous exprime bien mieux que ne peut le faire ma plume le bonheur que l’on éprouve à être la haut !

Celles et ceux qui ont leur cul de primate assis sur un fauteuil présidentiel, princier ou directorial s’imaginent souvent  être sur le « toît »  du monde alors qu’ils sont  dans les fossés de la foire aux vanités. Au lieu  de l’air vivifiant des cîmes, ils respirent l’haleine fétide de leurs courtisans et à l’ardente lumière solaire se substituent les néons et les flashes des papparazzi vers lesquels ils se tournent comme des lucioles.

 

 

DSC06726.JPG

Mais s’ils allaient au moins une fois « la haut » et voient ce que nous y avons vu,  ils troqueraient  bien vite leur fauteuil contre une paire de godillots ! Vous allez dire que je suis un brin naïf mais je ne peux pas croire que l’on préfère l’ivresse du pouvoir à celle des cîmes . Le pouvoir est un mauvais alcool qui rend fou alors que les cîmes vous rendent sages. D’ailleurs Moïse n’est il pas monter en haut du Sinaï pour prendre note des dix commandements ! Les mauvaises langues – et il y en a – diront que ça n’a pas servi à grand chose !

 

DSC06734.JPG

 

 

Une fois passé le port s’offre à nos yeux le vallon qui sert d’écrin au lac bleu, morceau de ciel tombé sur la terre

 

DSC06738.JPG

Selon l’endroit d'où on le contemple, le lac révèle une infinité de nuances de bleus. Ainsi une même réalité peut elle avoir plusieurs apparences, mais chacun voit, comme l’on dit, midi à sa porte ? La vérité n’est elle pas dans la somme des points de vue ?

 

DSC06748.JPG

Nos compagnes nous ayant rejoint au port nous faisons « table commune «  avant de lever de nouveau les voiles, cette fois-ci entre hommes, pour la « portella de Rialb dominée par le pic de la Font Blanca qui culmine à 2903m.

 

DSC06783.JPG

Le genre féminin attribué à ce passage montagnard est trompeur car son ascension se révèle plus rude que celle du port de Siguier. Mais il est vrai qu’une femme est généralement plus difficile à conquérir qu’un homme car cela requiert de l’intelligence alors que pour conquérir un fils d’Adam il suffit d’une pomme (en vérité plutôt deux !)

 

DSC06789.JPG

 

 

D‘ailleurs dans cet environnement féminin Gibus ne peut se retenir de croquer la pomme…. !

 

DSC06795.JPG

Mais il nous faut redescendre pour rejoindre nos compagnes qui doivent s’impatienter (pour une fois que ce sont elles qui nous attendent !).  Derrière les montagnes qui nous font face les dieux locaux  à l’abri du regard des humains font un festin de myrtilles à la crème chantilly et celle ci submerge les sommets environnants. De fait  si les dieux prétendent que la gourmandise est un péché c’est pour mieux s’accaparer les délices que Gaïa dans sa générosité offre à ses enfants.

 

 

P1100109.JPG

Sur le chemin du retour nous croisons quelques troupeaux de vaches. L’une d’elles reluquant mes superbes grolles « salomon » me propose de les échanger contre deux de ses sabots et un bon bol de lait frais.

 

DSC06805.JPG

Je prétexte que la place pour le lait est déjà prise pour décliner aimablement la proposition. A vrai dire je n’aime le lait que quand il est solide et s’appelle St nectaire, Abondance ou Reblochon !

 

P1100117.JPG

Et puis je sais qu’au bout du chemin nous attend San Miguel ! En vérité chaque randonnée n’est pour nous qu’un long pèlerinage vers ce saint vénéré des catalans !

A suivre….

PS: Je ne peux malheureusement pas répondre dans l'immédiat à vos commentaires étant parti quelques jours en Dordogne.

Texte & photos Ulysse (sauf la dernière J.M.P)

19/09/2009

Périple en Andorre - Première partie : Mise en jambes au Val d’Inclès (31/08/2009)

 

DSC06610.JPG

Certains d’entre vous ont dû trouver bizarre que je parte pour l’Andorre au moment même ou le vizir des finances annonçait à grands renforts de pipeaux médiatiques qu’il avait obtenu des banques suisses une liste de 3000 fraudeurs du fisc auxquels  il promettait de passer l’éponge sur les pénalités s’ils régularisaient leur situation avant Noël.

 Notons au passage qu’aucun des médias concernés n’a dénoncé le scandale que représente une telle bienveillance alors que les contribuables « lambda » comme vous et moi se font sévèrement aligner s’ils oublient de déclarer quelques euros glanés par ci par là. Mais  ceux qui me lisent n’en sont, pas plus que moi, étonnés car ils n’ignorent pas le dicton qu’appliquent avec rigueur les pouvoirs publics dans notre démonarchie « Selon que vous serez puissant ou misérable…. »

 J’insinuais donc que d’aucuns ont pu croire que je faisais partie de ces bienheureux « 3000 » et que je prenais les devants pour aller transférer ma toison d’or (d’où le choix de mon pseudo Ulysse ! ) des rives du lac Léman vers les sommets Andorrans.

 Et bien non je n’en suis pas ! le seul club des 3000 auquel j’appartienne est le club de ceux qui ont frotté la semelle de leurs godillots sur des sommets de 3000m !

 Et c’est donc là la raison de ma virée en Andorre : aller fricoter avec quelques nouveaux 3000 (ou les approchant, on ne va pas chipoter !) en compagnie d’un groupe d’amis que connaissent bien ceux qui me suivent depuis quelques années .

 

 

DSC06614.JPG

Parvenus en Andorre en fin de matinée, nous partons explorer le val d’Inclès pour une doucette mise en jambes.  Ce qui surprend en Andorre quand on vient de l’Hérault où les murs en cairons bruts posés de guingois sont la règle et où les détritus polluent partout la nature (cf à titre d’exemple en  copie d'un article du Midi Libre du 18/09/2009) c’est la beauté et l’harmonie des habitations et la propreté des sites. Certes le pouvoir d’achat des andorrans est plus élevé que celui des languedociens, mais je ne pense pas  que le respect de l’environnement soit une affaire de niveau de vie, c’est surtout une question d’éducation, de civisme, de respect de soi et des autres.

 Une petite « croûte » ayant été cassée , assortie vous vous en doutez bien, de flacons de pluie aromatisée par les bons soins de vitis viniféra, nous remontons un moment le cours d’un torrent dont les eaux en apparence pacifiques oeuvrent avec une infinie patience au démantèlement des montagnes qui l’environnent. Une leçon pour l’homme qui apprend qu’avec de la volonté et de la ténacité on peut venir à bout de n’importe quel obstacle.

 

DSC06623.JPG

Puis le chemin prend peu à peu de l’altitude, soucieux de ne pas  mettre à trop rude épreuve nos jambes encore enkilosées par quelques heures de route. Des épilobes dressent leurs corolles mauves le long du chemin nous faisant une haie d’honneur à l’image de ce pays accueillant. Rappelons que l’Andorre a une longue tradition d’hospitalité et a été une terre de refuge pour les républicains espagnols persécutés par les sbires de Franco.

 

DSC06645.JPG

Après une petite heure de marche, nous parvenons à l’entrée d’un  cirque de montagnes au fond duquel on aperçoit la cabane de Siscaro . Les abris de montagne andorrans dont l’entrée est libre sont étonnants de propreté et vierges de tout graffiti, au contraire de ceux que l’on trouve dans notre région souvent souillés par des détritus de tous ordres et des graffitis nombrilistes (du genre « c’est moi que je suis passé là » ) voire obscènes.

Il est vrai que depuis les galeries souillées d’excréments du Château de Versailles sous Louis XIV et où la cour masquait sa crasse sous la poudre de riz, nous n’avons guère progressé en France en matière de propreté. Les trottoirs « encrottés », les plages « enmégottées », les bords de route jonchés de détritus ainsi que l’état généralement déplorable des toilettes publiques et de celles des cafés restaurants sont hélas la vitrine en ce domaine  de notre «beau mais odorant pays !

 

 

DSC06637.JPG

 

Un ruisseau court sous les herbes  qui couvrent le fond du cirque traçant un immense serpent argenté auquel le vent donne vie

 

 

DSC06638.JPG

Une légère dépression capte l’eau et donne naissance à une mare où des milliers d’animalcules aquatiques s’en donnent à cœur joie célébrant le foisonnement et la résilience de la vie dans ce monde austère .

 

 

DSC06642.JPG

Nous choisissons quelques rochers pas trop pointus pour y poser nos douillets postérieurs et restons là à contempler le paysage devenant herbe parmi les herbes, pierre parmi les pierres .

Prenez le temps de vous asseoir aussi jusqu’à ce que ce paysage entre en vous mêmes et que peu à peu s’y dissolvent vos soucis. 

Pour ma part, tant que je pourrai marcher et contempler de tels paysages et que me souviendrai où sont cachées les clés de ma cave j’aurais envie de rester en vie…. !

 

 

DSC06653.JPG

 

Je finirai hélas par une note moins flatteuse pour ce pays qui comporte aussi sa cohorte de chasseurs dont l’intelligence ne semble pas supérieure à celle des chasseurs des autres pays.

En témoigne ce panneau sur la faune que l’on peut rencontrer dans le Val d’Inclès et dont les deux espèces protégées, l’ours et le Gypaète » sont symboliquement marqués d’impacts de balles de fusils ! Si les chasseurs veulent qu’on les respecte, qu’ils se débarrassent de leurs « brebis » galeuses !

A suivre….

PS: je ne peux malheureusement pas répondre dans l'immédiat à vos commentaires étant parti quelques jours en Dordogne

Texte & photos Ulysse

07/09/2009

Les rivières meurent aussi....

 

DSC01260.JPG

Les fleuves et les rivières sont les veines de la terre :  sans elles de vastes régions ne seraient que des déserts.  Leurs eaux salvatrices abreuvent  arbres et  plantes qui, à leur tour, abritent et nourrissent animaux, insectes et oiseaux dont la trame foisonnante a permis l’émergence et la survie de l’humanité. De grandes civilisations, telles l’Egypte des Pharaons et la Mésopotamie  ont été les filles de fleuves et certaines autres ont disparu (Maya, Anasazi) quand l’eau est venue à leur manquer. Les rivières permettent en outre à l’homme d’y jeter leurs rancunes et d’assurer ainsi la résolution pacifique des différends, mais cette pratique ancienne semble être hélas tombée en désuétude.

 Ces cours d’eau intrépides ou indolents, cristallins ou fangeux, domestiqués ou sauvages se jettent au bout de leur voyage dans les mers et les océans. Ils ne meurent pas pour autant, leurs eaux se mêlant aux eaux maritimes pour, sous l’action du soleil, entamer un nouveau voyage via les nuages qui, en déversant pluies et neiges sur la terre, réalimentent dans un cycle sans fin ces fleuves et rivières.

 Mais il est des rivières qui meurent au cours de leur long voyage vers la mer. J’en connais une fort belle, la Buèges,  dont je vais vous conter le destin tragique.

 Sa source limpide et généreuse sourd des entrailles de la terre au pied du Peyre Marine, l’un des sommets du massif de la Séranne, non loin du village de Pégairolles de Buèges.

 

DSC05263.JPG

La Buèges s’est creusé un lit confortable dans le sol calcaire de la vallée où elle se prélasse et passe, après quelques kilomètres, au pied du village de Saint Jean de Buèges dominé par  son château que surplombe le Roc de Trécastel

 

DSC05146.JPG

 

Elle s’engage alors dans un vallon sauvage, aujourd’hui abandonné par l’homme, mais  qui autrefois, quand le bon sens n’avait pas abandonné ce bipède arrogant, était couvert d’une mosaïque de vergers et de potagers enrichis par ses limons fertiles.

 

DSC05184.JPG

Aujourd’hui ses rives ont été colonisées par une armée pacifique d’aulnes, de saules et de peupliers dont le feuillage protège ses eaux des ardeurs du soleil.

 

DSC05248.JPG

Seul un  étroit chemin témoigne du passage épisodique de l’homme en cet endroit ou résident aujourd’hui des centaines de peuples clandestins  au nez et à la barbe des escadrons casqués de notre Coucou Suisse.

 

DSC05205.JPG

C’est, en effet, un lieu paradisiaque pour les mollusques en tous genres  qui y trouvent fraîcheur et tranquillité loin des chasseurs de « cagouilles »

 

 

DSC05153.JPG

Les cétoines y prospèrent également et se livrent sans crainte d’être dérangés à leurs  talents  d’équilibristes.

 

 

DSC05232.JPG

Même les cigales pourtant plus coutumières des zones un tantinet plus chaudes fréquentent les lieux…..

 

 

DSC05234.JPG

…parfois pour le plus grand bonheur d’une épeire qui y a tendu sa traîtresse et fatale toile. Ainsi ce monde en apparence idyllique est il, comme le nôtre,  plein de traquenards.

 

 

DSC05236.JPG

D’autres insectes un brin exhibitionnistes  se livrent avec ardeur au jeu de la « bête à deux dos »…..

 

 

DSC05244.JPG

…..tandis qu’un « gendarme » perché sur son observatoire surveille la vitesse des truites qui font la course dans la rivière.

 

 

DSC05278.JPG

 

 

DSC05195.JPG

Tout ici n’est que calme et volupté . La rivière apparaît immobile et offre un miroir où se reflètent les frondaisons  des arbres qui se courbent vers elles pour protéger des ardeurs du soleil ses eaux bienfaitrices

 

 

DSC05172.JPG

Seules quelques « araignées d’eau » troublent sa surface dans leur incessant ballet en quête de proies qu’elles déchiquètent de leurs redoutables mandibules.

 

 

DSC05222.JPG

Mais soudain on comprend mieux pourquoi la rivière s’immobilise : elle sent venir sa fin prochaine ; malgré la protection du tunnel de verdure qui la couvre le sol environnant desséché par le soleil l’aspire goulûment et interrompt son cours.

 

 

DSC05217.JPG

Les poissons pris au piège tournent en rond affolés dans les quelques flaques qui subsistent : ils mourront probablement dans les jours qui viennent, la nature reprenant sans état d’âme la vie qu’elle a généreusement donnée.

 

DSC05223.JPG

Après un dernier soubresaut la  rivière disparaît et révèle son lit asséché . Ainsi meurt la Buèges dans le secret d’un vallon sauvage de l’Hérault . Mais les rivières sont comme les chats, elles ont plusieurs vies. Avec les pluies de l’automne et de hiver elle reprendra son cours jusqu’à l’Hérault qui l’emmènera jusqu’à la mer .

Si vous avez aimé cette note, allez lire sur le blog de Christophe la désopilante aventure de cercueils ayant pour lieu Saint Jean de Buèges.

PS: définition du coucou suisse : 1) Type d'horloge suisse comportant un oiseau qui chaque heure sort de sa cage dorée et lance un tonitruant "coucou" 

 

 Textes & Photos Ulysse

18/06/2009

Au pays des sotchs et des dolines.....

Vous attendiez, sans doute, le récit de mon périple en Auvergne. Mais je vous demande un brin (ou deux, pour les plus généreux) de patience car ma plume a tendance a vite sécher avec ce soleil resplendissant dont nous jouissons dans le sud en ce moment (sincèrement désolés pour ceux qui n'y sont point). En attendant, voici le récit d'une balade faite avant ce périple.

 

DSC02908.JPG

 

D'aucuns pourraient se dire que depuis le temps que je marche à travers le pays d'Oc, j'ai fait le tour de ses attraits et découvert toutes ses pépites. Que nenni ! Ce pays est une vraie mine d'or touristique (d'où le nom de mon blog) et réserve au marcheur un tant soit peu curieux, à chaque fois qu'il s'aventure sur ses chemins, des sites étranges et inattendus.

Ainsi l'autre jour traînant mes guêtres sur le Causse du Larzac du coté de Sorbs, je découvris pour mon plus grand bonheur le royaume des dolines et des sotchs.

Rien que l'énoncé de ces mots fait rêver et voyager en pensée en un pays que l'on imagine riche en contes et légendes.

Mais avant que je vous révèle la nature et la beauté de ces sotchs et dolines, laissez moi vous dire quelques mots de Sorbs, ce modeste mais surprenant village du Causse doté d'un imposant et magnifique château.

 


DSC02911-1.JPG

La découverte de céramiques et de vestiges de construction dans le secteur atteste de la présence des romains dans l'antiquité. Mais Sorbs est mentionné pour la première fois en tant que « villa Sorbes» dans des archives du 8ème siècle. Dans celles de Ste Eulalie de Cernon, ancienne cité templière, on trouve mention de la présence de Templiers au mas de Vilaveilla (aujourd'hui Mas de Ville Vieille qui fait partie de Sorbs)) en 1247.


Mais une histoire étonnante nimbe le passé de ce village d'une aura de mystère. En effet, en 1858 des paysans découvrirent près de Tolède un trésor sans doute enfoui à l'épque de la prise de cette ville par les Arabes. Ce trésor comprenait notamment des couronnes en or dont l'une comporte cette étrange inscrition : « in dei nomine offeret Sonnica beate Marie in sorbaces » ce qui peut se traduire par « offert au nom de Dieu par Sonnica à Sainte Marie de Sorbaces »

 

Gérard de Sède, auteur, entre autres, d'ouvrages sur les templiers et le trésor de Rennes le Château a formulé l'hypothèse que la couronne de Sonnica, dont on trouve mention dans une charte de l'an 800 et qui aurait pu appartenir à un personnage wisigothique, a été consacrée à Sorbs dont le nom serait dérivé de Sorbaces.


Il avance à l'appui de sa thèse que les wisigoths, qui occupaient la Septimanie (dont faisait partie l'actuel Hérault) après la période romaine, en ont été chassés par les francs au VIIème siècle et se sont réfugiés en Espagne où ils auraient emporté ce trésor. Sans doute ne pourra-t-on jamais vérifié cette hypohèse, mais elle a le mérite de nous faire rêver.


DSC02914.JPG

Mais Sorbs présente aussi des attraits beaucoup plus concrets tel cet imposant château qui aurait été édifié par les seigneurs de la Treilhe au XVIème siècle (les différentes sources ne sont pas concordantes sur ce point)

Découvrir un tel édifice doté d'un jardin à la « française » avec pelouses géométriques et bassin sur le Causse est une surprise. Cerise sur le gateau, (le pays d'Oc est vraiment un pays de cocagne !) ce château récemment restauré a été classé monument historique et devrait être prochainement ouvert au public.

 

 

DSC02897.JPG

Non loin du château se trouve un étonnant calvaire sculpté sur les deux faces édifié en 1717 et couvert d'inscriptions que je serais bien en peine de vous traduire. Pour les croyants, c'est là un rappel de leur espérance en une vie éternelle, pour moi c'est une invitation à ne pas gaspiller mes jours. J'invite , au passage, ceux qui sont intéressés par les calvaires et les chemins de croix (moi je préfère les chemins de vignes) à aller baguenauder dans les « Jardins de la Fontaine » qui en affichent une belle collection.


DSC02918.JPG

Derrière le château se tient un autre chef d'oeuvre architectural : une magnifique ferme caussenarde, pour le moment assoupie, mais que la montée annoncée des mers ramènera à la vie lorsque les résidents du littoral seront contraints de se réfugier sur le Causse. Si vous cherchez un bon investissement à long terme à faire, songez y !

 

DSC02919.JPG

Au delà de la ferme caussenarde, la magie du Causse vous attend : voilà un étonnant pays où pendant des milliers d'années des générations d'hommes, après avoir défriché la forêt qui couvrait la région, ont « récolté » des myriades de pierres et en ont fait de grands tas, les « clapas » qui ornent le paysage comme autant de taupinières.

 

Ce travail titanesque était nécessaire pour leur permettre de cultiver le foin ou les céréales nécessaires à leur subsistance ainsi qu'à celle de leur troupeaux de chèvres et de moutons.

DSC02959.JPG

Aujourd'hui les arbres recolonisent progressivement les lieux abandonnés par les troupeaux, les cotelettes d'agneau qui grillent sur nos barbecues venant par avion de nouvelle Zélande. Mais qui voudrait être berger en ces lieux magnifiques certes, mais sans boulangerie, ni superette, ou pire encore, sans caviste et qui connaissent l'été, l'enfer et, l'hiver, un froid polaire?

 

DSC02958.JPG

 

Les quelques traces que l'on peut voir du passage de l'homme moderne en disent long sur son inculture profonde et son mépris du travail de ceux qui l'ont précédé. Laisser faire et gain maximum sont les deux mamelles polluées de notre société qui mourra comme le roi Midas  d'avoir tout voulu transformer en or. Nous avons d'ailleurs déjà hérité de ses oreilles d'âne !

 

Mais je sens que mes digressions oiseuses vous font perdre patience et que vous souhaitez que j'en vienne au vif du sujet : à ces mystérieux sotchs et dolines...

 

DSC02932.JPG

 

Mieux qu'un discours voici un schéma posté sur le site à l'initiative du département (qu'il en soit félicité) qui illustre ce qu'est un sotch. Il s'agit d'une dépression circulaire particulièrement profonde en forme d'entonnoir. Sa formation résulte du comblement d'un aven (gouffre creusé par le ruissellement de la pluie à travers les roches calcaires qui constituent le causse) ou du soutirage des argiles colmatant le fonds d'une dépression.

 

 

DSC02927.JPG

On trouve trois sotchs dans les environs de Sorbs dont les plus spectaculaire sont ceux de Robert (200m de diamètre et 30m de profondeur) et surtout de la Parade (200m de diamètre et 45m de profondeur)

 

DSC02940-1.JPG

 

Quant aux dolines, ce sont des dépressions du même type mais de faible profondeur (quelques mètres) Le fonds des sotchs et des dolines qui sont tapissés d'argile plus fertile apportée par le ravinement étaient autrefois cultivés.

 

DSC02964-1.JPG

 

Il faut parcourir ces vastes espaces seul pour entendre le murmure des pierres qui vous parlent d'un temps où la vie de l'homme était en prise directe avec les éléments et s'y était adaptée. Aujourd'hui nous sommes "désenvironnés" par l'appareillage technologique qui nous donne le sentiment fallacieux d'être puissants, alors que nous sommes de plus en plus fragiles et démunis.

 

 

DSC02968.JPG

 

Relique des temps anciens où un climat tropical règnait dans la région, une panthère noire erre traquant les quelques lapins épargnés par les chasseurs. j'en profite pour adresser un clin d'oeil au blog  Bénis soient les félés car ils laissent passer la lumière qui nous révèle la réalité derrière l'apparence des choses...

 

DSC02990.JPG

Seule note de douceur dans ce paysage austère et minéral, un gazé se délecte du nectar d'une vesce à épis. Je termine là  mon périple, en espérant que vous en sortirez heureux, empiérrés, avec au coeur la joie simple de savoir que vous vous endormirez plus instruits que vous ne vous étiez réveillés, sauf si bien sur vous étiez déjà un spécialiste des sotchs et des dolines !

Pour vous rendre en ce lieu munissez vous des cartes IGN Promenade 65 Béziers/Montpellier ainsi que des séries Bleue 2642 O et ET. Garez vous à Sorbs puis rendez vous à pied à Ville Vieille d'où part une piste forestière qui mène aux sotchs.


PS: je vous donne rendez vous la semaine prochaine pour le début du récit de mon périple en Auvergne


Texte & Photos Ulysse



ysse