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26/02/2009

Les enfants sont à bonne école à Caissenols ...(1ère partie)

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Je suis issu d'une « tribu » de marcheurs. Mes ancêtres, tous paysans ou viticulteurs en Touraine, ont arpenté

leur vie durant champs et vignobles, et probablement le dimanche venu, les planchers d'estaminets. Mes deux

grand-pères ont parcouru en long et en large et surtout en travers les collines de Verdun guidés par les néfastes

étoiles de généraux sanguinaires et incompétents. Tous les dimanches de mon enfance et de mon adolescence

j'ai marché, parfois en rechignant je l'avoue, sur les talons de mes parents avec en fin de journée la suprême

récompense d'un « Pschitt citron », ma chère soeur ayant droit, à cette époque où la parité n'était pas encore

inscrite dans la loi, au Pschitt orange ( le slogan de l'époque, que les féministes d'aujourd'hui dénonceraient avec

véhémence, était – ceux qui ont comme moi les tempes grises s'en souviennent sans doute - « Pour moi

Garçon un Pschitt citron, pour toi Cher Ange, un Pschitt orange ! »).


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Plus tard, à l'aube de ma vie d'adulte, j'ai passé dix huit mois dans les combes et sur les croupes

vosgiennes (je parle ici de montagnes !) pour traquer un invisible et improbable ennemi qui aurait pu être tenté

de trousser notre chère Marianne. Il faut dire que la bougresse a le sang chaud et ne s'est guère montré difficile

ces dernières décennies sur le choix de ses amants, se vautrant hier avec des vieux chevaux sur le retour et

aujourd'hui avec un adolescent attardé qui pense, comme ce marchand de soupe décati de Séguéla, que la possession

d'une "Rôôôlaixe" est le but de toute existence


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Puis, après avoir convolé en "justes" noces (c'était une époque légaliste ) j'ai emmené chaque été ma

progéniture en montagne traquer la marmotte, le chamois ou le mouflon et descendre les névés, un KW sous

les fesses. Le soir venu je descendais avec le même entrain Mondeuse, Chignin , Roussette et autres Abymes,

seul anti-gel vraiment efficace en haute-montagne. Et aujourd'hui la chaine se poursuit avec mes petits enfants

Léo et Louna qui sont nés avec des chaussures de randonnée aux pieds et me tannent, dès qu'ils descendent dans

le sud pour les vacances, pour faire des randonnées-pique-nique.


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Et quand je parle de randonnée, le tarif minimum est de 5 heures de marche soit environ 15km et 500m de

dénivelé ce qui n'effraie guère leurs gambettes de 8 et 11 ans.


Aussi dès qu'ils sont arrivés pour les dernières vacances, avec nos amis « es » sentiers nous leurs avons programmé

une rando-merguez au refuge de Caissenols dans la montagne de Rosis ! Je peux vous assurer que rien n'aurait pu

leur faire plus plaisir, comme quoi il ne faut pas désespérer de la jeunesse qui n'est pas condamnée à être que

« du temps de cerveau disponible » (selon l'ignomineuses formule du sieur Le Jay, ancien expert « es » conneries

de l'entreprise de décervelage Bouig) pour des jeux vidéo et des émissions de télé débiles.


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Après avoir marché une petite heure, nous faisons une petite pause agrémentée de quelques fruits secs

qui font le bonheur des « becs sucrés » de mes « petits loups », grands détrousseurs de boites de bonbons aussi

bien cachées soient-elles.


Quoi de plus réjouissant que de voir des visages d'enfants épanouis, se réjouissant du spectacle de la nature et

ne rechignant pas à l'effort de la marche. J'oserais dire que la vraie vie est là, celle où le corps s'accorde au tempo

des éléments, débarassé de l 'appareillage mécanique et électronique qui s'interpose trop souvent entre le monde

et nous et nous empêche d'en jouir pleinement.


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Or contempler le monde c'est introduire en soi l'infini, c'est agrandir son esprit jusqu'à la ligne d'horizon,

c'est retrouver le sens de l'unicité avec l'univers dont nous ne sommes que l'une des infimes particules.


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Cette ruine au milieu d'antiques chataîgneraies est l'occasion d'une leçon de choses sur l'histoire de la région

où la culture et le commerce de la chataîgne occupait autrefois une place importante. Ces chataigneraient aujourd'hui

délaissées dégénèrent, mais qui sait si les évolutions économiques en cours et à venir ne conduiront pas à

leur réhabilitation.?


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Le chemin progresse en balcon au dessus du vallon du Goligné et se dirige vers la serre de Majous sur

laquelle des nuages font la grasse matinée. Louna, fière d'étaler ses connaissances récemment acquises, saisit

l'occasion pour me rappeler que l'eau peut connaître trois états : liquide, solide et gazeux, ce que je n'avais pas

oublié malgré ma relation distante avec ce breuvage, car les trombes d'eau, les averses de neige et de grêles

et les brouillards sont le lot commun à tous les randonneurs.


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Parvenus à l'imposant portail de pierre de Roquendouire, curiosité géologique dont mes lectrices et lecteurs sont

familiers, nous faisons une nouvelle pause pour permettre à la troupe de se regrouper, les plus jeunes n'étant

pas les derniers !


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J'aime contempler du haut des cîmes le fil d'ariane des chemins, simples égratignures que l'homme fait

sur le dos des montagnes et qui nous met à notre juste place de fourmis besogneuses, nous qui nous voyons comme

les maîtres de l'univers


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Et nous arrivons enfin au refuge, par chance inoccupé (les réservations sont impossibles !) et nous célébrons

cet heureux évènement en dégustant un délicieux vin chaud amené par Gibus, sauf les petits loups bien évidemment qui

ont droit à un verre de thé (les ligues anti-alcooliques qui traquent sans merci les moindres « déviances » en seront

pour leurs frais !)

A suivre....


Texte & photos Ulysse

23/02/2009

Sentiers oubliés....

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Depuis maintenant plus de cinq ans j'arpente le pays d'OC pédibus jambus par monts et par vaux pour

traquer les innombrables merveilles qu'il recèle. Je vais parfois dans les endroits les plus sauvages où je n'ai pour

seul compagnon que le chevreuil ou le sanglier et pour cela je dispose d'un miraculeux fil d'ariane que sont les

sentiers tracés autrefois par les hommes et femmes qui vivaient en ces lieux reculés .


Car il fut un temps où ces endroits aujourd'hui reconquis par la garrigue où la forêt étaient cultivés, exploités et

habités et ceux qui y vivaient y circulaient à pied ou en voiture à cheval .Pour faciliter leurs échanges

ou conduire leurs troupeaux vers les lieux de transhumance, ils ont tracés des milliers de kilomètres de chemins

qui seraient aujourd'hui effacés par la végétation si de bonnes âmes ne veillaient à leur maintien .


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Aussi je veux célébrer et remercier aujourd'hui tous ceux et celles, souvent bénévoles, qui participent

à l'entretien ou la réouverture des anciens chemins et contribuent ainsi à conserver un élément essentiel du

patrimoine du pays d'OC et permettent d'en découvrir les beautés.


Parmi eux, je voudrais nommer en particulier l'association « Sentiers Oubliés » basée à Vieussan, magnifique

village niché dans une boucle de l'Orb au pied du Puech du Roc Traucat, et qui a effectué un remarquable travail

de réhabilitation des anciens sentiers dans son secteur et défini plusieurs circuits balisés décrits dans une

brochure que vous pouvez vous procurer pour un coût modique de 5 euros (joindre un chèque)

en écrivant à :

Association Sentiers Oubliés, Chemin du Pe Destrech, 34390 Vieussan ou à la mairie de Vieussan


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Je vous invite à cet égard à consulter ma note du 14 janvier 2007 (dont les présentes photos sont extraites)

qui décrit l'un des parcours ainsi balisés que l'on peut faire dans ce secteur et dont le descriptif a été révisé par

Mr José Fornells qui fait partie de l'Association. Je l'en remercie chaleureusement.


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Texte & photos Ulysse

19/02/2009

Solitude et ivresse à Montcalmès (Fin)

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Je quitte à regret ces lieux imprégnés d'histoire où tant de vies ont fleuri et fané mais qui ont laissé de leur bref

passage la trace de leur courage et de leur génie dans ces poèmes de pierres qui défient les intempéries.


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Le chemin traverse un vaste plateau pierreux qui souligne la détermination de ceux qui ont vécu ici. La force

de leur âme était à la mesure de la frugalité de leur existence suspendue à un fil ténu, sans doute très vite rompu par

les famines qui devaient souvent sévir en ces lieux inhospitaliers. Ces hommes là se nourrissaient de ciel et d'étoiles

alors que vin, jambons, chapons constituaient l'ordinaire des abbés et des moines, ayant pourtant fait voeu de pauvreté,

qui vivaient grassement dans la plaine à l'abri de leurs monastères grâce aux dîmes payées par leurs pauvres ouailles.


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Puis le chemin descend en pente douce au travers d'une garrigue de bruyères en fleurs, de romarins et

d'arbousiers vers l'église Saint Sylvestre de Montcalmès, dénommée aussi Saint Sylvestre des Brousses


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Sa masse imposante apparait soudain au dessus d'une oliveraie séculaire qui lui dresse une couronne de lumière.

Cette église millénaire fut occupée pendant 600 ans par les Bénédictins qui la quittèrent en 1658 au profit de l'Eglise

Saint Pierre de Puéchabon offrant un meilleur confort et sans doute de meilleurs moyens de subsistance.


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Son isolement et les temps troublés qui l'on vu naître expliquent sans doute son allure de forteresse et

l'absence d'ouverture qui ne la rendent guère aimable. Parfois la maison de Dieu ressemble à une prison ou une

maison de correction et c'est pourquoi les gens s'en écartent.


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Mais le site qui l'entoure offre un visage beaucoup plus riant de vignobles où le sang du seigneur coule dans

le secret des sarments. Je préfère de beaucoup le coté « bar à vins «  des églises que le coté « goupillon » !


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La vigne, à l'image de ceux qui ont vécu à Montcalmès, s'adapte aux sols les plus ingrats et les plus difficiles

et comme ces hommes qui ont brodé avec les pierres de merveilleuses dentelles, elle transforme les cailloux en

un délicieux nectar.


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je veux ici une fois de plus m'insurger contre ces pisse-vinaigre qui aujourd'hui diabolisent ce divin breuvage,

pourtant célébré par les anciens égyptiens, les grecs, les romains, et qui a façonné nos merveilleux paysages. Imaginez

le pas d'Oc sans vignes ! Ce serait un crime monstrueux et il faudrait traîner ces tristes sires en justice pour atteinte

au patrimoine mondial de l'humanité !


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Quand j'aperçois un mazet planté au milieu des vignes, j'entends les rires des vignerons attablés tous ensemble

à la saison des vendanges et célébrant la naissance du vin nouveau


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Contemplons, admirons, célébrons sans relâche ces rangées de ceps, vaillant petits soldats indifférents aux

intempéries, supportant d'humeur égale le soleil de plomb et la pluie et qui couvrent de leur patchwork, aux couleurs

sans cesse changeantes selon les saisons, les plaines et coteaux de ce magnifique pays d'Oc .


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Me voilà de retour au Pont du Diable, j'aperçois Lucifer assoupi la mine réjouie sous une pile du pont (sans doute

a-t-il apprécié mes flacons !) et j'en profite pour reprendre mon attelage et rentrer en jubilant à la maison .


PS :Le descriptif du circuit figure en fichier joint


Texte & Photos Ulysse

15/02/2009

Solitude et ivresse à Montcalmès (2ème partie)

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Les yeux encore éblouis par la beauté de saint Guilhem le Désert, j'arrive à l'entrée de l'imposant hameau

fortifié de Montcalmès. Aucun aboiement de chien, pas l'ombre d'un homme pour m'accueillir : et pour cause,

le silence règne ici depuis la fin du XIXème siècle, période à laquelle ses derniers habitants ont, d'après

les historiens, quittés ces lieux.


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Mais d'après les archives, entre le VIIIème et le XIXème siècle des générations d'hommes ont vécu ici alors

que les lieux sont parmi les plus austères de la région avec des sols ingrats et un manque d'eau chronique.

Comment peut on délibérément accepter de vivre en un tel endroit ? Sans doute que l'isolement et la pauvreté des

sols les protégeaient des convoitises des bandes de pillards ou des méfaits de la soldatesque qui ravageait

périodiquement le pays.


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Il est fait mention pour la première fois dans un texte de 777 écrit du temps de Charlemagne d'un territoire

de Montcalmès qui fut donné à Saint Benoit fondateur de l'abbaye d'Aniane. On suppose qu'au moyen age le

hameau était regroupé autour d'un château, mais il ne subsiste aujourd'hui que d'anciennes bergeries et de

magnifiques habitations caussenardes.


On accède aux ruines du hameau par une venelle franchissant une ancienne porte fortifiée : au delà nous allons

de merveille en merveille (mais i l faut être très prudent et prendre garde à la chute des pierres)


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Une superbe maison caussenarde ouvre la gueule noire de ses fenêtres et ses portes béantes aux ardeurs

du soleil. En franchir le seuil c'est tomber dans le gouffre de quelques siècles d'histoire et frôler les ombres des

dizaines de générations d'hommes et de femmes qui ont aimé, lutté, rêvé et souffert en ces lieux


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Les soubassements de certains édifices ont conservé leurs arcades et leurs voutes soutenues par de

magnifiques piliers, vestiges sans doute du moyen age.

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Les hommes qui les ont édifiés ne sont plus que poussière mais leur art et leur génie sont encore présents

et défient les intempéries et les morsures du temps.


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Devant tant de beauté et d'élégance, il faut faire silence pour entendre la leçon que nous murmurent

ces pierres : L'esprit peut dompter la matière et venir à bout de toutes les difficultés.

La contemplation de tels lieux, comme le bon vin, procure une délicieuse ivresse qui vous apaise, vous rend serein

et vous fait prendre du recul par rapport aux difficultés et soucis qui sont le lot de toute existence.


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Le lent déclin de Montcalmès commença au XIIème siècle avec le développement du village de Puéchabon

à quelques kilomètres de là . L'isolement du hameau situé à l'écart des routes « marchandes » et l'aridité des sols ont

conduit progressivement ses habitants à aller en quête d'une meilleure vie dans la plaine.


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En 1791 Montcalmès ne comptait plus que 23 habitants et les derniers seraient partis vers 1890.

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Il faut baguenauder dans ces ruines où l'on s'attend à tout moment à voir surgir la silhouette d'un berger

ou d'un charbonnier, tant elles vibrent de ces milliers de vies qui les ont hantées.


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Mais les seuls êtres que l'on y croise sont des arbres qui ont pris possession des lieux et que l'on

surprend à danser dans l'entrebaillement d'une porte dénudée.


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A suivre...... (le détail du circuit sera joint en fin de parcours)

Texte & Photos Ulysse