suivi de mon blog
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07/10/2010

Périple en Andorre - 2) Le Pic de Font Blanca (2904m)

 

DSC08346.JPG

Nous voilà au matin du deuxième jour et le départ de notre randonnée emprunte un chemin qui remonte le flanc sud du Pic des Planes, généreusement ensoleillé. Fort heureusement la pente est modérée et nous accueillons favorablement la caresse chaleureuse des rayons du soleil. Alors que d’après les infos de la veille la France du nord sombre dans la grisaille, le ciel andorran est scandaleusement bleu. Ce monde est vraiment injuste……pour les gens du nord (n’est ce pas Marc ?)

 

 

DSC08362.JPG

Après une bonne heure de marche tranquille, nous arrivons au bord du lac d’Esbalçat que le Pic des Fangasses domine de ses 2684 mètres. Lorsque l’on est – comme vous l’êtes, je n’en doute pas chers lecteurs et lectrices – de fins observateurs, les lacs sont une bonne illustration de la relativité de la couleur des choses. En effet selon leurs particularités physiques et l’orientation de notre regard, leur couleur varie en raison du phénomène d’absorption et de réfléchissement des différentes longueurs d’onde qui composent la lumière blanche . Ainsi ce lac contemplé de sa rive sud est d’un vert qui s’harmonise parfaitement avec les pentes herbeuses du Pic des Fangasses….

 

 

DSC08366.JPG

….alors que, vu de sa rive nord, il se donne des airs de Méditerranée et fait la pige au bleu du ciel . Ce phénomène souligne, par ailleurs, l’inanité du discours des racistes, car la nuit tous les hommes sont noirs ! Mais il est vrai que les racistes sont incapables de percevoir la relativité des choses, leur stupidité étant absolue !

 

 

DSC08375.JPG

Face à ce somptueux paysage, une vache débonnaire a négligemment abandonné une bouse, sous l’effet probablement d’une intense émotion esthétique ! Les galiéristes qui exposent des machines à fabriquer des  étrons comme œuvres d’art, en voyant cette photo - que l’on pourrait intituler « Paysage à la bouse » attribueraient sans nul doute du génie à cette artiste bovinienne.

 

 

 

DSC08380.JPG

Une fois notre bedon rassasié et nos gambettes reposées au bord du lac, nous reprenons notre ascension. Vous noterez l’attention particulière que nous portons à l’endroit où nous posons les pieds, car les pièges - trous , racines, pierres instables – sont nombreux sur les chemins. Cette attention contribue à développer un sixième sens et vous ne verrez jamais un randonneur confirmé honorer de sa semelle les déjections canines qui sont l’apanage des rues des villes françaises, nauséabondes répliques des cairns qui jalonnent les sentiers montagnards.

 

DSC08392.JPG

Des chaînes de montagnes déchiquetées nous font face qui témoignent des fantastiques mouvements telluriques qui ont ébranlé notre planète il y a des millions d’années. Nous sommes porteurs chacun d’une étincelle de cette formidable énergie qui a façonné et continue de transformer l’univers. Et la même question, toujours, effleure mes neurones : d’où vient cette énergie ?

 

 

DSC08393.JPG

Parvenu à la cote de 2235mètres, notre groupe se sépare entre ceux déterminés à grimper le Pic de Font Blanca qui culmine à 2904 mètres, et les autres qui préfèrent redescendre tranquillement vers la vallée. L’avantage de randonner entre amis est que l’on peut choisir son parcours en fonction de ses aptitudes et de sa forme du moment. Certains préfèrent ainsi se cantonner aux sentiers bien dessinés sinuant dans les alpages fleuris et d’autres ne rêvent que de vagues sentes franchissant des éboulis avec des pentes à faire hésiter un isard. D’aucuns qui n’ont jamais éprouvé l’ivresse des cimes diront – à tort - que ces derniers sont un peu « masos ».

 

 

078.JPG

Vous vous doutez bien que j’ai choisi de gravir le pic de la Font Blanca, car à l’instar de l’ami Ducros, j’ai pris en créant ce blog un engagement moral à me décarcasser pour vous offrir de belles et étonnantes images. Et décarcassé je me suis , en effet, en gravissant ces éboulis en équilibre instable, qui sont le seul chemin pour parvenir au sommet du Pic.

 

 

DSC08398.JPG

Pour ce genre d’exercice Gibus est, bien sûr, comme d’habitude, le plus alerte et marche en tête comme si les éboulis étaient un chemin de graviers

 

 

096.JPG

Mais chacun à notre rythme, nous arrivons tous au sommet où nous prenons la pose – de toute façon inévitable vu l’étroitesse du lieu - pour immortaliser cet exaltant moment.

 

 

 

DSC08411.JPG

Il faut dire que l’endroit, bien qu’inconfortable, offre un panorama unique sur la chaine des Pyrénées. Lorsque vous jouissez d’une telle vue, vous oubliez les efforts intenses que vous avez déployés pour accéder au sommet et vous êtes prêts à gravir tous les sommets du monde.

 

 

DSC08419.JPG

L’on découvre alors, comme les oiseaux, le dessus des nuages ce qui nous procure une joie enfantine comme si nous avions aperçu la face cachée de la lune.

 

 

 

DSC08425.JPG

Un phénomène connu sous le nom d’ascension thermique se produit alors : un courant d’air chaud montant de la vallée propulse vers le ciel une somptueuse colonne de nuages. Quand on voit ces entités vaporeuses évoluer avec autant de légèreté et de grâce on a peine à croire qu’elle pèse plusieurs millions de tonnes !

 

 

 

DSC08426.JPG

Repus de beauté nous entamons alors la descente qui se révèle encore plus délicate et éprouvante que la montée. En effet, alors que l’ascension sollicite principalement les muscles, la descente soumet les articulations à rude épreuve et quand celles-ci ont quelques décennies, elles se rappellent très vite à votre bon souvenir. Qui se croyait jeune homme en montant, se souvient qu’il est « papy » en descendant !

 

 

 

DSC08452.JPG

Mais nous retrouvons enfin le « plancher » herbeux des vaches plus doux à nos genoux. Le regard de ces pacifiques bovidés ne nous laisse aucune illusion sur la piètre estime qu’ils nous portent, pauvres fous qui arpentons les champs de cailloux alors qu’ici l’herbe est tendre et verte et qu’y coule un frais ruisseau. Mais n’est ce pas ce qui confère à l’homme au sein du monde animal (car animaux nous sommes, et certains plus que d’autres !) ce caractère unique d’être des conquérants de l’inutile ?

 

 

 

DSC08455.JPG

Deux gros rochers morainiques nous racontent l’histoire de la vallée creusée il y a des milliers d’années par un immense glacier sur le dos duquel ils ont voyagé.

 

 

 

DSC08462.JPG

La sérénité des lieux gagne notre âme et nous sommes tentés un instant de nous arrêter dans l’abri de berger idéalement posé sur un promontoire dominant le torrent pour y passer la nuit.

 

 

 

DSC08743.JPG

Mais la perspective de déguster une San-Miguel bien fraîche sur la terrasse de l’hôtel dissipe vite cette velléité…


A suivre....

Texte Ulysse & Photos Ulysse et Gibus (8ème et 14ème )

02/10/2010

Périple en Andorre : 1) La collada de Ferrerols

 

DSC08182.JPG

Celles et ceux qui me suivent fidèlement pourraient s’étonner de me voir retourner en Andorre et fielleusement susurrer que mon sac à dos était rempli de « noisettes » à mettre à l’abri en prévision des années de vaches maigres et des tours de vis fiscaux qui menacent notre beau royaume. Que nenni , car étant du genre « bête au jardin » plutôt que « bête en cour » je n’ai (hélas) rien à cacher de ma fortune à notre grande (par la taille) argentière Christine !

Je n’y suis pas allé non plus parce que c’est le pays du « petit prince » vu que ce prince là n’a rien de celui de Saint Exupéry, mais est plutôt du genre exaspérant, n’en déplaise à Carla qui commet pourtant rarement des fautes de goût, but nobody’s perfect ! Non je suis retourné en Andorre parce que ce pays, à la beauté sans fard, le vaut bien !

Pour qui vient des plaines de l’Hérault, royaume du bris à brac urbanistique et des mur de cairons bruts, le choc esthétique est saisissant. Mise à part la verrue commercialo-touristique du Pas de la Casse où se précipitent les cars de gaulois tabagiques qui se lavent les dents au pastis, les vallées sont constellées de villes harmonieuses aux édifices en pierres de taille dont chaque fenêtre est ornée d’un géranium.

Au dessus des toits surgit la montagne omniprésente qui vous invite à la marche. Marcher, c’est donc ce que nous sommes venus faire en ce pays et si ça vous tente, sortez vos chaussures du placard et garnissez votre sac à dos et suivez nous : en avant marche !

Bon, ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut pas être un lève tard pour nous suivre. On part dès les premières lueurs de l’aube alors que le soleil émerge à peine au dessus des cimes et ne pénètre pas encore les sous-bois. Mais c’est aussi bien, car en ce pays les pentes en tous lieux sont raides et la fraîcheur stimule notre énergie.

 

 

DSC08193.JPG

Quand nous émergeons du sous-bois la lune n’a pas encore regagné ses quartiers diurnes et traîne au dessus des cimes. Elle a dû pendant la nuit s’assoupir et heurter un sommet car elle est ébréchée, mais elle a heureusement une capacité illimitée à se régénérer comme la salamandre céleste dont elle est un œuf.

 

DSC08220.JPG

Nous cheminons bientôt dans un champ d’or. Deux univers climatiques ainsi souvent se font face en montagne : l’ubac, ou versant nord, ombreux, humide et frais que colonisent les arbres, et l’adret, ou versant sud, ensoleillé et plus sec, domaine des pâturages où s’épanouissent fleurs et graminées.

 

DSC08165.JPG

Un nuage ariégeois tente vainement de franchir la frontière, mais les vents andorrans veillent et le refoulent pour notre plus grand bonheur. L’année dernière nous avions subi quelques averses andorranes et je peux vous assurer que l’eau andorrane mouille autant que l’eau française !

 

DSC08171.JPG

Soudain, nous entendons stupéfaits un barrissement ! Nous balayons alors les alentours du regard et voyons surgir des fourrés avoisinants un éléphant d’âge canonique ! Nous pensons tout d’abord qu’il s’agit d’un descendant de l’un des éléphants qu’Hannibal, venu d’Espagne emmena avec lui pour conquérir Rome . Mais à la morgue méprisante qu’il affiche nous devinons vite que nous avons affaire à "Fafa" l'un des éléphants du PS.  On distingue les éléphants du PS de ceux d'Afrique au fait qu'ils raffolent du caviar qui est beaucoup moins cher en Andorre.

 

DSC08236.JPG

Ignorant Fafa et ses  « tromperies », nous progressons vers la Serrat de la Platat dont l’ascension doit nous conduire au col de Ferrerols (2553m) . La montagne, à condition qu’on la respecte, est la meilleure école pour prendre confiance en soi. Elle déploie devant vous ses sommets qui sont autant de défis à votre volonté. Quand vous en êtes au pied vous n’imaginez de pouvoir les gravir et pourtant vous découvrez qu’en mettant un pied devant l’autre avec constance vous y parvenez. Cela vous prendra, certes, plus ou moins de temps, mais ce qui compte n’est pas tant  la performance que  d’atteindre votre objectif.

 

DSC08252.JPG

Outre la découverte de panoramas somptueux , vous cueillez alors au sommet quelques brins de fierté excellents pour le moral et votre énergie intérieure, le « chi », conditions nécessaires à une vie sereine et harmonieuse. C’est pour cela que les chaussures de randonnée devraient être remboursées par la sécurité sociale. Mais on préfère nous gaver aux anti-dépresseurs qui nous rendent dépendants du lobby médical et des laboratoires.

 

DSC08258.JPG

Nous approchons du sommet de la Serrat de la Platat et nous évoluons dans un environnement essentiellement minéral où le règne végétal se limite à quelques touffes d’herbe et de rares arbrisseaux qui témoignent des conditions climatiques extrêmes qui règnent en ces hauts lieux.

 

DSC08262.JPG

Parvenus à la Collada de Ferrerols nous apercevons un paysage quasi lunaire qui nous fait prendre conscience de la fragilité du monde vivant qui a réussit à coloniser certains endroits de la terre. Si nous poursuivons notre développement de façon aussi irresponsable que nous l’avons fait au cours des deux cents dernières années, nous courrons le risque de voir ce type de paysage recouvrir l’ensemble de la planète. C’en sera alors fini du petit vin blanc que l’on boit à l’ombre des tonnelles avec Mod ération ( ce n’est pas vraiment ma copine, mais la L.A.O nous impose systématiquement sa présence !)

 

DSC08261.JPG

Au fond du cirque montagneux quasi désertique l’œil noir du lac de l’Estanyo nous contemple et nous invite à venir nous y rafraîchir.

 

DSC08286.JPG

Mais avant de jouir des délices d’une baignade dans ses eaux cristallines, il nous faut descendre le flanc abrupt de la serra de Coma Obaga qui impose une vigilance de tous les instants. Autre leçon que la montagne nous dispense gracieusement : se concentrer sur ce que l’on accomplit et veiller à la cohérence de sa pensée et de ses gestes si l'on ne veut pas finir comme ce bon vieux "Jauni" les bras en croix dans la poussière.

D’ailleurs, si les montagnards comme les marins sont rarement bavards (sauf les montagnards catalans, mais j'en parlerai un autre jour !) , c’est que la montagne comme la mer bannit les gestes et les mots inutiles. Les bateleurs des médias qui radotent et répètent en boucle des pseudo informations sur des "pipole" aussi importants qu'un pet de puce feraient bien de courir les montagnes plutôt que les lieux dits branchés.

 

DSC08299.JPG

Suprême récompense, nous nous immergeons voluptueusement dans l’eau du lac de Estanyo. L’échelle du plaisir variant considérablement d’un individu à un autre, je ne suis pas sûr que vous auriez toutes et tous utilisé ce terme « voluptueux », vu que la température de l’eau était proche de celle que certains versent avec parcimonie dans leur pastis.Notez que dans ce cas Parcimonie, qui est la soeur jumelle de Modération, m’est plutôt sympathique.

Mais pour nous, avaleurs de névés et renifleurs de blizzards, voluptueux était cet instant. C’est comme ça d’ailleurs que nous savons que nous vieillissons : à trente ans pour nous la volupté était d'être en bonne compagnie sous une couette, aujourd’hui elle est de se baigner entre amis dans un lac de montagne.

 

 

DSC08309.JPG

Il ne nous reste plus ensuite qu’à suivre le fil d’ariane du chemin qui redescend vers la vallée, les sommets que nous avons côtoyés reprenant peu à peu leur masse imposante et nous renvoyant à notre statut de fourmis besogneuses.

 

 

DSC08319.JPG

Mais à la différence des fourmis qui consacrent leur courte existence à un labeur incessant sans jamais prendre conscience de la beauté du monde, nous ouvrons grand nos yeux, notre cœur et notre âme pour nous emplir, nous nourrir des somptueux paysages qui s’offrent à nous. Et la question se pose  alors à nous : pourquoi tant de mesquinerie, tant d’injustices , tant de violence et tant de mauvais vins dans ce monde si beau…..

 

A suivre…


Texte & Photos Ulysse

06/10/2009

Périple en Andorre- Dernière partie : Les lacs de Tristaina

 

 

 

DSC07111.JPG

Des quatre éléments  identifiés par les philosophes grecs : terre, air, feu et eau, celui qui sans conteste m’apparaît le plus  étonnant est l’eau. C’est au demeurant l’élément dominant de notre planète et le principal constituant de nos organismes. Elle me semble en outre supérieure aux autres éléments puisque  elle vole dans l’air sous forme de nuages, elle rend la terre fertile et éteint le feu. De surcroît elle modifie son apparence selon qu’elle est pluie, neige, glace ou vapeur d’eau.

 Et ce matin alors que nous partons pour faire le circuit des lacs de Tristaina, et éventuellement faire l’ascension du pic du même nom (2874m) réputé très difficile, l’eau nous offre le spectacle éblouissant d’une multitude de ruisselets  sinuant paresseusement au fond du vallon que nous longeons  pour rejoindre les lacs.

 

DSC07114.JPG

Quand on a gardé son âme d’enfant la nature vous livre ses secrets et ses merveilles . Pour ma part  je n’ai aucun problème vu que j’ai 8 ans d’age mental , mais heureusement plus de 18ans d’age « gosier-tal », ce qui m’autorise à consommer des breuvages bacchusiens, car mon admiration pour l’eau se limite à ses usages externes.

 Ainsi ce matin, les yeux encore éblouis par ces eaux miroitantes, j’aperçois dormant allongé sur la crête d’en face le visage d’un géant . Sans doute s’agit il du « Beau au mont dormant » dont parle une légende Andorrane et qui ne se réveille qu’une fois par mois lorsque la lumière de la lune rousse vient effleurer ses lèvres (d’où sans doute la réputation de sensualité que l’on attribue aux rousses)

 

 

DSC07126.JPG

Mais nous voici au bord du premier lac. Il est encore un peu tôt pour s’y baigner car l’air froid qui descend des cîmes n’a pas encore eu le temps d’être réchauffé par le soleil, ni l’eau du lac  à fortiori !

 

 

DSC07129.JPG

 

Nous prenons un peu d’altitude et découvrons le second lac de Tristaina, plateau d’argent suspendu au dessus du vide. On nous apprend dès l’enfance à attribuer une couleur fixe aux objets : l’orange est orange,  la tomate est rouge, les feuilles au printemps sont vertes , le ciel est bleu etc..

 Mais comme nous l’ont montré les impressionnistes les objets peuvent avoir une myriade de couleurs selon les jeux d’ombre et de lumière auxquels ils sont exposés. C’est ainsi que les lacs de montagne peuvent être blanc, gris, bleu, violet, vert, émeraude,argent, or , rose selon l’heure du jour et l’état du ciel. La sagesse populaire dit aussi que la nuit tous les chats, même les blancs, sont gris ! Qui a osé ricané en disant que la nuit Ulysse était aussi toujours gris ?  Attention je vous ai à l’œil avec ma webcam !

 

 

DSC07137.JPG

Parfaite et merveilleuse illustration de mes propos précédents le troisième lac de Tristaina aux eaux outremer teintées par endroits d’émeraude se révèle enfin  à nos yeux

 

 

DSC07146.JPG

 

 

DSC07155.JPG

Au fur et à mesure que nous grimpons, la vue sur les lacs s’élargit et ceux qui après avoir contemplé ce panorama  s’interrogeraient encore sur  l’utilité de «  marcher pour rien » en montagne sont à mon avis  à classer parmi ceux auxquels le sinistre Lelay pensait quand il disait qu’il offrait aux annonceurs de TF Hun « du temps de cerveau disponible ! »

Les plus observateurs de mes lecteurs et lectrices auront sans doute repéré une scène troublante concernant le lac  figurant à droite de la photo.

 

 

DSC07154.JPG

On voit en effet dans la partie inférieure droite du lac, la montagne poser une main affectueuse autour du cou d’un visage d’homme. De fait une légende prétend qu’une jeune femme Tristaina (d’où le nom des lacs) s’est noyée à cet endroit et que son amant inconsolable s’est aussitôt jeté dans les flots.

Mais la montagne est tombée amoureuse du jeune homme et le tient depuis ce temps dans ses bras l’empêchant de se noyer .  Selon la légende quiconque tenterait de le libérer serait enseveli aussitôt sous une avalanche de rochers. Courageux mais pas téméraires nous n’avons pas essayé ! (je sais je vous déçois un peu Mesdames mais je ne peux pas avoir toutes las qualités !)

 

 

photos marie 137.jpg

Nous arrivons près de la pancarte indiquant le sentier pour accéder au sommet du Pic de Tristaina qualifié de « molt difficile » (« molt » auquel correspond chez nous le terme ancien « moult » voulant dire très) et de fait selon nos renseignements pris la veille, il y a eu deux accidents mortels récents sur cet itinéraire.

Nous posons nos sacs et tergiversons pour savoir si nous tentons malgré tout l’ascension, quand soudain le « destin » décide pour nous …ou peut être est ce la montagne qui admirative de nos  exploits des jours précédents a voulu nous épargner un sort funeste !

 

 

DSC07163.JPG

En effet une énorme masse nuageuse déborde soudain de la crête et dévale la montagne...

 

DSC07165.JPG

La masse de nuages s’écrase au sol et commence à dévaler vers nous  comme la mer à marée montante au Mont Saint Michel.

 

 

DSC07167.JPG

Ce « tsunami » nuageux met fin à nos tergiversations et nous remettons prestement sur le dos nos équipements avec une seule idée en tête : redescendre le plus vite possible ! Nous pensons avec effroi à la difficile situation dans laquelle nous aurions été si ce phénomène météorologique avait été plus tardif et nous avait surpris au cours de l'ascension du Pic ! Une leçon  à tirer pour les apprentis montagnards : même par grand beau temps ne jamais partir sans sa boussole, son mobile, sa polaire, son coupe vent, son coupe-faim et bien sur son anti-gel !

 

DSC07171.JPG

Mais la masse nuageuse nous engloutit et nous pressons le pas afin de ne pas perdre notre chemin. Nous n’avons pas envie de jouer aux marmottes et de se terrer dans un creux du terrain en attendant que ce tsunami passe. Nous avons certes un peu de « soleil liquide » venant du pays d’oc dans nos sacs mais pas assez pour  maintenir longtemps nos corps  à une température vitale.  Car le cœur du nuage étant à 8°, ce ne sont pas les 13° du breuvage en question qui nous sauvera d’une hypothermie certaine.

 

DSC07177.JPG

Heureusement l’air tiède qui monte de la vallée stoppe pour un moment la vague nuageuse et nous pouvons faire une halte et reprendre notre souffle auprès du premier lac de Tristaina qui a de nouveau changé de couleur.  Preuve est faite que les objets n’ont pas de couleur propre. Celle-ci résulte de l’interaction de leur structure et de la lumière qui les touche. Mais ne sommes nous pas nous même multiple, notre « être » variant selon le milieu dans lequel ils se trouve ?

 

 

photos marie 142.jpg

Narguant les nuages arrêtés dans leur élan par la brise  ascendante, nous plongeons une tête dans le lac dont les eaux étonnamment tièdes (au moins 17°) témoignent du réchauffement climatique en cours. Au train où vont les choses, les générations futures connaîtront elles encore ce bonheur de jouer les grenouilles (en l'occurrence les crapauds!)  dans les lacs de montagne ?

 

DSC07184.JPG

Mais la masse de nuages accumulés finit par l’emporter sur la brise (certains gros nuages d’orage peuvent peser des millions de tonnes !) et à engloutir le pourtour du lac . Nous levons précipitamment le camp pour rejoindre  nos pénates.

 

P1100760.JPG

Sur le chemin du retour, nous surprenons soudain deux êtres étranges qui, profitant du brouillard ambiant, s’apprêtaient à s’embrasser. D’après une légende andorrane, il s’agirait de deux amants que la fée Armoise a transformé en pierres après que le jeune homme ait refusé ses avances.  Après avoir vu un  tel spectacle comment oser dire de quelqu’un d'insensible qu’il a un cœur de pierre ?

 

photos marie 146.jpg

 

 


Ayant retrouvé la sécurité de nos pénates, vous avez droit à une photo de notre groupe dont les mines réjouies témoignent des effets  bénéfiques de la randonnée…… ainsi que de la sangria sur le moral !

 

 

DSC07215.JPG

Le lendemain matin, au moment du départ, l’ensemble des nuages qui couvraient les monts sont tombés au fond de la vallée comme si la montagne voulait nous dissuader de retourner dans les miasmes du monde urbanisé.

Restez ! Jouissez de mes torrents ! Caracolez sur mes sommets ! Dévalez mes pentes ! Enivrez vous de mon air limpide ! semble-t-elle nous dire. Mais bon, nous n’avons pas la capacité qu’ont nos gouvernants  de financer leurs dépenses en creusant un peu plus l’abyssal  déficit public et il nous faut rentrer ! Mais c’est promis, si Nicolas ne casse pas notre tirelire on reviendra !

Merci de tout cœur chers lectrices et lecteurs de nous avoir accompagner ; lors de notre prochaine rencontre nous ne manquerons pas boire à votre santé (ça fera une occasion de plus !)

PS : pour un séjour en Andorre nous vous recommandons vivement de séjourner aux portes du parc Naturel de Sorteny à l’hotel Bringué (***) situé dans le village d’El Serrat fort calme et qui offre un excellent rapport qualité prix (salle de gym/piscine/sauna)

 

A la prochaine.....


Texte & Photos Ulysse (sauf celles signées J.M-P et Marie.B que je remercie pour leur copyright)

 

 

 

02/10/2009

Périple en Andorre – 4ème partie : le pic de l’Estanyo

 

DSC06976.JPG

Gonflés à bloc par l’ascension du Pic de la Serrera effectuée la veille, nous décidons au matin du 4ème jour d’entreprendre l’ascension du Pic de l’Estanyo qui avec ses 2915m est le 4ème sommet andorran. Notre base de départ se situant à 1780m, nos gambettes vont devoir grimper 1135m de dénivelé, ce qui fait près de 230 fois les marches du Carlton à Cannes. Autant dire que les « pipaule » qui font tout un fromage quand ils ont l’occasion de les monter une fois sont des rigolos.

 Sachant que la montée ne serait pas de tout repos, nous avons pris la précaution la veille au soir de faire le plein de San Miguel et de sangria. Nous devrions donc avoir une autonomie suffisante pour atteindre le sommet .

 Au moment où nous nous mettons en route, Gaïa sort à peine de son sommeil et Amon glisse ses doigts d’or dans la toison de pins qui recouvre le flanc de la montagne. 

 

 

DSC06982.JPG

Puis il dévale les pentes où il sème des paillettes l’or dans l’herbe emperlée de rosée (Dieu qu’elle était bonne la sangria !). Que savent les enfants des villes de la beauté d’une perle de rosée ?  Plutôt que de les bassiner avec les faits et surtout méfaits de la bande de scélérats qui, au cours des siècles ont gouverné la France, Henri IV mis à part, homme généreux et tolérant qui aimait le vin, la poésie et les femmes ainsi que ce pauvre Louis XVI qui se rêvait serrurier et a payé pour les autres, emmenons les contempler la nature et le monde que les hommes ignorés par l’Histoire ont forgé.

 Les bancèl ou restanques , les capitelles, les bergeries aux arcades gothiques soutenues par des charpentes ressemblant à des broderies, les glacières qui permettaient aux limonadiers d’avoir de la glace à Perpignan en plein mois d’août, les moulins à eau et à vent qui permettaient d’exploiter l’énergie des éléments, en apprennent plus sur le génie de l’homme et sa capacité à s’adapter à son environnement que les livres d’histoire.

 

 

DSC06984.JPG

Ainsi voit-on courir sur les pentes herbeuses, les lignes des murs de pierre qui délimitaient les parcelles autrefois cultivées. Il n’est pas question ici d’être nostalgique d’un monde révolu, mais de se remémorer que notre présence ici bas est due au courage et à la ténacité de ceux qui nous ont précédé. En hommage à ces générations oubliées, il est bon de perpétuer ce sens de l’effort et le respect de ce qu’ils ont accompli. Et puis qui sait si un jour nous n’aurons pas à affronter de nouveau les conditions de vie qu’ils connaissaient ? Vu le déficit abyssal que nos élites politiques sont en train de nous creuser nos petits enfants seront sans doute heureux d’avoir un champ de pomme de terres à cultiver !

 

 

DSC06992.JPG

Quelques gros nuages viennent raser nos têtes sans doute pour nous impressionner. Mais leur présence nous laisse de marbre, car comme ce bon vieux Noë nous avons déjà affronté le déluge et nous poursuivons notre ascension sans leur prêter attention.

 

P1100178.JPG

Ce qui nous inquiète plutôt, à l’image de Rémi qui n’est pourtant pas du genre impressionnable, c’est la pente qu’il va falloir gravir pour accéder au sommet de l’Estanyo.

 

 

DSC06909.JPG

Ce dernier, qui n’a pas oublié qu’hier nous l’avons snobé et lui avons tourné le dos,affiche sa mine des mauvais jours !

 

 

DSC07001.JPG

Mais ceux qui suivent fidèlement ce blog savent que nous sommes plutôt du genre entêtés et que pour nous faire renoncer il faudrait que le ciel nous tombe sur la tête et encore ! . Et puis il faut bien brûler le « carburant » stocké la veille si l’on veut pouvoir de nouveau faire le plein ce soir !

A ce sujet, d’ailleurs j’en profite pour faire passer le message aux viticulteurs que l’on apprécierait un geste commercial, vu la contribution que nous apportons au soutien des cours ! Ce n’est pas le cas de notre président qui ne boit que de l’eau, ce qui à mon avis lui jouera des tours car sa « raulaixe » va finir par rouiller !

Cela dit , vous avez noté la mine réjouie qu’affiche Gigi malgré la pente ! Comme je vous l’ai dit lors de la note précédente , la haute montagne c’est la volupté dans la souffrance !

 

DSC07003.JPG

Parvenus sur la serre del Roc del Rellotge nous faisons une pause pour contempler le lieu de nos exploits de la veille : le pic de la Serrera. Vu de loin le sommet des montagnes apparaît toujours lisse alors qu’ils sont généralement ravinés, à l’image des visages de nos ex monarques républicains, Chichi et Valy grands caresseurs, le premier, de vaches  et, le second, de princesses.

 

DSC07004.JPG

En dessous de nous l’étang de l’Estanyo ouvre son œil bleu séducteur mais nous réprimons nos envies de baignade car nous avons encore 400m à monter et l’eau n’est pas le meilleur dopant pour ce genre d’exercice.

 

 

DSC07006.JPG

Nous reprenons notre ascension en suivant le sentier qui chemine en haut de la serre, nous offrant une vue plongeante sur la vallée. La haute montagne a de commun avec les décolletés féminins,  qu’il faut faire un effort sur soi même pour ne pas y sombrer. La différence est que dans le premier cas les chutes sont souvent mortelles alors que dans l’autre cas le seul risque que l’on court est d’y rester piégé.

 

 

DSC07009.JPG

Par ailleurs  la haute montagne inculque des valeurs à l’inverse de nos sociétés où le leitmotiv est toujours d’être le meilleur par rapport aux autres mais jamais par rapport à soi même. Or chercher à être meilleur que les autres ne sert qu’à développer l’égo et  à nous monter les uns contre les autres.

 

 

 

DSC07038.JPG

Ayant laissé nos sacs au début de la serre nous pouvons affronter la pente finale avec plus d’aisance. Nous serions presque tentés d’imiter un vautour fauve, qui intrigué vient nous observer, et de  le suivre dans son vol !

 

 

 

DSC07024.JPG

Mais n’étant pas  consommateur « d’herbe » nous préférons garder les pieds sur terre pour poursuivre notre ascension vers le pays des nuages

Nous parvenons dans un monde minéral où la vie qui subsiste se réfugie sous les pierres. Cet univers préfigure peut être la terre que nous laisserons à nos petits enfants si nous continuons à la saccager comme nous le faisons.  Rappelons nous qu’au rythme actuel 25% des espèces animales et végétales auront disparu en 2025

On aimerait, entre autres exemples, que ceux qui transforment l’hiver leur appartement en sauna et l’été en frigidaire ou encore ceux qui arrosent leurs champs de maïs en plein midi en vidant les nappes phréatiques ou qui continuent d’aller acheter leur baguette et leurs cigarettes en 4X4 connaissent le même taux de disparition.

 

 

DSC07013.JPG

A force de mettre un pied devant l’autre, on arrive finalement au sommet , Gibus toujours  devant, comme le petit cheval blanc de Georges Brassens et nous autres derrière, bien évidemment ! L’Estanyo beau joueur reconnaît avec grâce sa défaite et nous accueille coiffé d’un magnifique ciel bleu

 

 

DSC07028.JPG

 

 

Gigi et jean Mi célèbrent l’événement en chantant l’Alleluia de Bach et les anges sortent leurs violons dans le ciel pour les accompagner.

 

 

P1100243.JPG

Etonnée et ravie d’avoir une telle audience Gigi se refait une beauté. On a beau être une montagnarde confirmée on n’en est pas moins femme ! Alors que pour les hommes la pratique de la montagne a tendance à faire ressortir leur coté « bouc » ! Sauf  chez nous bien sur qui pratiquons les bains de siège dans les lacs gelés !

 

 

P1100225.JPG

 

 

 

DSC07035.JPG

Et c’est la plongée vers la vallée au cours de laquelle il faut prendre garde de ne pas trébucher si l’on ne veut pas  finir son existence dans le ventre d’un vautour fauve qui tourne au dessus de nos têtes en l’attente du moindre faux pas ( il faut bien que je dramatise un peu si je  veux que mon blog ait l’audience de Koh Lanta !)

 

 

P1100555.JPG

Revenus au début de la serre, nous remettons un peu de carburant solide et liquide dans la machine et nous octroyons un « siestou » bien mérité. Avez vous noté qu’en occitan le mot qui désigne la sieste est du genre masculin. C’est sans doute parce que dans notre région les hommes s’honorent de ne rien faire alors que les nordistes veulent toujours faire croire qu’ils sont affairés.

Mais afin d’éviter que nous servions de pique nique aux vautours fauves nous tirons à la courte paille pour savoir qui va assurer la surveillance et  cette lourde responsabilité échoit à Chri-Chri  vous  vous en doutez en est absolument ravie !

 

 

DSC07073.JPG

Il suffit ensuite de se laisser doucement emporter par la force de la gravité jusqu’à la vallée….. en restant malgré tout vigilant lors de la traversée des torrents !

 

 

DSC07102.JPG

Revenus  à notre camp de base, Marie fort heureuse d’avoir retrouvé le plein exercice de sa cheville (mes fidèles lecteurs et lectrices sauront de quoi je parle) s’octroie sans vergogne une petite douceur ! Qui pourrait l’en blâmer ? Jusqu’à preuve du contraire on ne vit qu’une fois et si le paradis est peuplé de gens comme bénét XVI ça ne donne guère envie d’y  aller ! Et puis ce n’est pas sur que la haut près du soleil, il y ait des glaces au menu !

 

 

IMG_0040.jpg

 

 

Malgré les intenses efforts physiques de la journée, à l’heure de la sangria qui prélude à un solide repas montagnard tout le monde bien évidemment répond présent !

A suivre...


Texte et photos Ulysse (sauf celles signées J.M-P et Marie.B. que je remercie pour leur copyright))