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14/12/2012

Amical rendez-vous sur le Caroux

 

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Mes fidèles lectrices et lecteurs savent l’affection que Gibus et moi portons au Caroux, ce vénérable massif, né il y a 250 millions d’années et qui a connu, depuis lors, bien des vicissitudes ! Aussi haut que l’Hymalaya dans sa jeunesse, il culmine aujourd’hui à 1091 mètres mais garde néanmoins belle allure ! Innombrables sont ses admirateurs,  car  tous ceux qui frottent  un jour leurs semelles à son épiderme rugueux et ridé en tombent amoureux. Ainsi se constitue une confrérie informelle et secrète dont les membres partagent et chérissent ce secret bien gardé : le Caroux est la plus belle montagne du monde ! Mais chut ne le dites pas aux chinois qui vont vouloir l’acheter !

Et le hasard fait – mais est ce vraiment le hasard ? – que les membres de cette noble confrérie finissent toujours par se rencontrer.  Ainsi, Bernard, qui connaît mieux le Caroux que les mouflons eux mêmes, qui pourtant y règnent en maître, a poussé un jour la porte du refuge de Fontsalès situé au sommet du Caroux, où Gibus et moi étions installés pour déjeuner. Nous ayant regardé quelques secondes il s’est alors exclamé à notre grande surprise « vous êtes Gibus et Ulysse » ! Lecteur de ce blog, il nous avait de suite identifiés.  Tenant lui même un blog que je vous invite à découvrir ICI, nous avons tissé des liens d’amitié que nous avons souhaité célébrer par une nouvelle rencontre « au sommet » la semaine passée !

Les conditions étaient idéales : le temps était radieux et il avait neigé la veille. Marcher ainsi  dans le Caroux enneigé sous un ciel bleu vous procure un bonheur à nul autre pareil….. pour autant que vous ayez quelques flacons « d’antigel »  dans votre sac à dos, car on a beau être dans le sud il fait bigrement froid là-haut ! Mais pour le moment laissons les flacons dans le sac et grimpons !

 

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Nous partons donc, Gibus et moi, de Saint Martin de l’Arçon, à une heure où le soleil émerge à peine de son bain de brume. Nous ne forçons pas le train, notre rencontre avec Bernard étant prévue entre 12 et 13 heures dans le refuge de Fontsalès au sommet du Caroux.  Le chemin grimpe à travers d’antiques châtaigneraies s’étageant sur les « bancels »,  terrasses  aménagées par les anciens qui ne ménageaient pas leur peine et ne connaissaient ni congés payés ni RTT. Fort heureusement le patron de l’époque « Dieu » avait institué le repos du dimanche. Maintenant que Dieu a été viré ( et à vrai dire il l'a un peu cherché !) les gens sont mis en chômage technique la semaine et travaillent le dimanche. C’est ce qu’on appelle le progrès. O tempora o mores ! 

Une superbe bâtisse pluriséculaire constituée exclusivement de pierres, de bois et de lauzes résiste vaillamment aux assauts du temps, rêvant peut être d’un cataclysme qui conduirait les hommes à s’y réfugier et à lui rendre ainsi  son lustre d’antan. Au demeurant, au train où vont les négociations sur le réchauffement climatique il n’est pas exclu  que son rêve devienne bientôt réalité ! Car la mer dans un demi siècle aura tellement monté que tous les héraultais seront  obligés de se réfugier sur le Caroux.

 

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Soudain un tonitruant « BOUH ! » se fait entendre qui nous arrête net dans notre élan, provoquant une accélération soudaine de notre palpitant déjà fort titillé par la pente du chemin. Il émane d’un  « Ent » facétieux installé au bord du chemin qui nous dit alors :

«  Je vous ai fait peur, hein, les gars ! Ne m’en veuillez pas, mais je ne peux pas résister à ce plaisir d’effrayer les randonneurs qui passent en ces lieux. C’est ma seule distraction »

 « Prends garde » lui répond-t-on « Un jour tu vas tomber sur un mauvais coucheur qui va te voler dans les plumes ou plutôt dans les branches et t’en massacrer quelques unes à la hache ! »

« Y a pas de risque » nous rétorque-il « Les randonneurs du Caroux sont les gens les plus pacifiques qui soient, car sa beauté apaise les esprits, à part bien sûr ceux des chasseurs, mais aucun « Nemrod » ne risque de passer par ici vu qu’ils randonnent en 4X4 ! ».

Amusés par ses propos nous le saluons sans rancune et lui souhaitons un bel hiver avant de poursuivre notre ascension.


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Nous commençons à trouver la neige à partir de 800 mètres et nous avançons précautionneusement car le chemin devient glissant, ce séduisant mais traître tapis blanc dissimulant des plaques de glace. A ce propos, il faut toujours se méfier des tapis, car soit on vous les  tire sous les pieds soit on se les prend dedans et puis il est bien connu qu’il n’est pas pire voleur qu’un marchand de tapis. En outre, il n’est jamais glorieux d’aller « au tapis».

 

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Nous arrivons au pied du rocher du Lucet où je ne passe jamais sans être ému par ce modeste arbrisseau perché au dessus du vide, ses frêles racines ancrées dans une anfractuosité de la roche, magnifique symbole de la ténacité de la vie dans ce monde minéral.  Je suis heureux à chaque passage de le retrouver vivant et lui fais un signe. Le perçoit-il ?

 

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La couche de neige sur le plateau sommital est plus épaisse mais tout en restant praticable. Et nous retrouvons ce plaisir enfantin que procure le crissement ouaté de nos pas dans cette matière en quelque sorte miraculeuse, puisqu’elle permet aux hommes de marcher sur l’eau !

 

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Etant en avance pour notre rendez-vous nous prenons le temps de flâner d’un promontoire à l’autre, nous émerveillant chaque fois de l’ineffable beauté des lieux! L’altitude est une gomme qui permet d’effacer les laideurs que les hommes infligent à notre planète.

 

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Ainsi, n’est-elle pas somptueuse cette vue sur le vallon du Lucadou et les monts de l’Espinousse où des bataillons de conifères se réjouissent de l’arrivée de l’hiver ?

 

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Et que pensez vous de cet autre panorama où l’on découvre au loin « El Canigo », le roi des Pyrénées Orientales, que tout catalan se doit d’avoir gravi au moins une fois. Et ça vaut le coup croyez moi, car du sommet on peut directement plonger dans la mer ! (bon, j’exagère un peu !)

 

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L’heure du rendez vous approchant, nous prenons le chemin du refuge et traversons une magnifique hêtraie vêtue de blanc. Loin d’être une nuisance pour ces arbres, la neige les protège au contraire du vent glacial qui souffle souvent en ces lieux, comme les igloos protègent les Inuits. Si vous randonnez en montagne l’hiver, pensez d’ailleurs à toujours emporter une pelle pliante et une bougie avec vous pouvoir construire et vous réfugier  en cas de nécessité dans un igloo !

 

 

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A l’heure prévue nous rejoignons le refuge où nous retrouvons Bernard (à droite de Gibus) ainsi que des amis qu’il a invités pour la circonstance : Pierre (également lecteur de mon blog et qui l'a fait découvrir à Bernard), Caroline et Jean-Paul, tous étant,  cela va de soi, des amoureux du Caroux.

 

 

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Les présentations étant faites, notre priorité est de faire un bon feu, non pas tant pour réchauffer l’atmosphère fort chaleureuse, mais plutôt nos abattis frigorifiés.

 

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Pour compléter l’effet calorifique du feu, plutôt limité à nos arrières trains,  nous sortons les flacons d’anti-gel de nos sacs, le règlement de la confrérie des amoureux du Caroux déconseillant de boire de l’eau l’hiver afin d’éviter la formation de glaçons dans l’estomac. Au demeurant, il recommande de l'éviter aussi l’été car son évaporation provoque alors des crises d’aérophagie. Je ne vous dirai rien du menu « princier » auquel nous avons eu droit, auquel les talents culinaires de Caroline ont largement contribué (je garde un souvenir ému de sa quiche au roquefort ! Merci Caroline) car la prochaine fois nous risquons d’être mille à ce rendez vous !

 

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Mais les heures ont filé sans que nous les voyons passer, les beautés du Caroux ayant nourri l’essentiel de notre conversation avec, il faut l’avouer, quelques digressions sur la qualité respective des anti-gels ! Il nous faut partir si l’on veut pouvoir rejoindre nos attelages avant la tombée de la nuit. Nous faisons un bout de chemin ensemble avant de se séparer, chacun ayant à cœur de poursuivre autant que possible ces instants de chaude fraternité.

 

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Et cette chaude fraternité nous rend insensible à l’air glacial qui sévit au dehors, le soleil ne faisant que de la figuration. Cela dit l’hiver est un merveilleux joaillier qui offre à Dame Nature d’éphémères mais  somptueux bijoux.

 

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Nos chemins divergeant, El Canigo, omniprésent à l’horizon, préside à nos adieux avant que chacun plonge dans le gouffre bleuté des vallées.

 

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 Gibus et moi descendons les gorges d’Héric déjà nostalgiques de ces moments trop vite passés. Ce fut une magnifique journée que nous ne sommes pas près d'oublier.


PS: Je profite de l'occasion pour adresser un amical salut à quelques amis du plat pays amoureux du Caroux, Marc, Eric et Cie, que Gibus et moi avons connus grâce à ce blog. Comme quoi Internet ne donne pas naissance qu'à des amitiés "virtuelles" 


Texte & Photos Ulysse (sauf une de Bernard)

 

29/11/2012

Le Caroux hors des sentiers battus : A la recherche du lac Blond

 

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Vous le savez, le Caroux est, pour Gibus et moi, une irrépressible passion. A peine vient-on de le quitter que l’on n’a qu’une envie : y revenir. Car malgré sa modeste altitude (il culmine à 1091m) ce massif est pour nous l’archétype de la montagne.  Sa diversité est sans équivalent : on y trouve des combes sauvages aux flancs couverts de hêtres ou de châtaigniers, des gorges vertigineuses où coulent d’impétueux torrents, des vallons verdoyants où règnent les prairies et les genêts, des clairières occupées par des bataillons de conifères, des aiguilles rocheuses dignes de leurs consoeurs alpines ou pyrénéennes, des plateaux rocheux balayés par les vents, royaume de la bruyère.  Ajoutez à cela  la présence de mouflons, dont c’est le terrain de jeu favori et dont la quête est notre « graal » ». Vous comprendrez donc, pourquoi, une fois que l’on a humé ses effluves et  caressé de ses pieds son « épiderme », on  devient « accro » à ce massif à nul autre pareil.

 

 

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Et après toutes ces années à le parcourir en long et en large, il nous reste encore des merveilles à explorer, comme ce lac Blond, dont nous avons découvert récemment l’existence en consultant un vieux « grimoire » sur le Caroux. Il faut dire que ce lac est niché au pied du Roc du Salis sur le cours du torrent du Vialay, dans un secteur où seuls les randonneurs qui ont quelques années de pistage de mouflons, à leur actif, peuvent accéder.

 

Nous voilà donc partis à la découverte de ce fameux lac. Après avoir atteint la base du Fourcat d’Heric par un chemin assez confortable, la situation se corse sérieusement. Nous passons en contrebas de l’arête de Mascar où le sentier a été emporté par un éboulis. L’éboulis traversé, non sans quelques difficultés, nous suivons alors une vague sente ponctuée de cairns qui évolue dans un terrain plutôt chaotique.

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Nous sommes dans un secteur très exposé aux chutes de rochers et nous sommes assez heureux que d’énormes châtaigniers nous servent de gardes du corps au cas où …

 

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Notre itinéraire présente un profil de montagnes russes, du fait du franchissement de plusieurs barres rocheuses d’où nous apercevons les gorges creusées par le Vialay. L’une des particularités du Caroux est l’harmonieuse union du règne végétal et du règne minéral qui règne quasiment en tous lieux, du fait de sa modeste altitude. Il conserve ainsi, généralement, un aspect riant malgré un relief tourmenté de « haute-montagne ».

 

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Nous descendons vers le ruisseau de Paillargues dans un fouillis végétal digne d’une forêt tropicale. Le tronc d’un vénérable hêtre gît au sol. Il a dans sa chute déraciné et brisé un congénère dont le haut du tronc est resté suspendu dans les frondaisons environnantes. Ces lieux sauvages, où la mort et la vie sont ainsi étroitement mêlés dans un flux perpétuel, rassérènent notre âme. Ne témoignent-ils pas d’une réalité suprême qui nous est cachée et que la mort nous révèle. Peut-être d’ailleurs que nous sommes morts et que ce que l’on appelle la mort est la vraie vie ? Ce qui expliquerait que la terre soit souvent un enfer, au mieux un purgatoire (quand on a au moins du bon vin à boire ) et que l’on y revient tant que l’on n’a pas gagné son billet pour le paradis ! Bon, ce n’est qu’une théorie !

 

 

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Après avoir dévalé une pente abrupte au « jugé » à travers des taillis, toute trace de sentier ayant disparue, nous parvenons au bord du Paillargues, modeste ruisseau aux eaux dormantes. Mais les rochers qui jonchent son lit nous laissent penser qu’il ne faut pas se fier aux apparences, son cours devant être plutôt tumultueux lorsque des orages sévissent sur le massif. Nous descendons son cours, rassurés par le ciel aujourd’hui serein, afin de rejoindre le torrent du Vialay dans lequel il se jette.

 

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Ayant atteint le torrent du Vialay, nous le remontons sur une centaine de mètres en direction de l’impressionnant Roc du Salis, au pied duquel est caché le mythique lac Blond.


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Après avoir chevauché quelques arbres abattus en travers du cours du torrent, nous apercevons enfin le lac Blond alimenté par une superbe cascade. Nous sommes un peu dans l’état d’excitation de Richard Burton et John Speke lorsqu’ils ont découvert en 1858 le lac Tanganyika croyant qu’il s’agissait de la source du Nil.

 

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D’aucuns pourraient juger que le terme « lac » est un brin exagéré pour cette superbe vasque, mais il faut mettre cela sur le compte de la latitude à laquelle il se situe. Ce que l’on appelle sardine à Dunkerque devient un thon à Sète !  Il n’empêche que, « lac » ou « vasque », le site est de toute beauté, son aspect secret et sauvage n’étant pas le moindre de ses attraits. Le nom de « lac Blond »  lui a été donné par Jean Prioton (1898-1985) - forestier visionnaire, grand défenseur du Caroux, du Larzac et de la préservation de la nature sauvage  - car ses eaux prennent une couleur dorée au soleil couchant, du fait du réfléchissement des rayons sur les rochers environnants.

 

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Et d’ailleurs bien que nous ne soyons qu’au mitan de la journée, une partie des eaux est déjà illuminée par ce reflet, leur conférant un aspect un peu plus engageant pour s’y baigner .

 

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Car vous pensez bien que nous n’allions pas laisser passer une occasion pareille de nous baigner là où peut être jamais aucun homme n’a eu l’audace de le faire ! Car, outre le fait, que le lieu est peu connu, je peux vous dire qu’au fond de cette gorge sauvage l’eau n’a pas l’occasion de beaucoup chauffer !

 

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Après ce bain revigorant, nous grimpons sur un promontoire rocheux qui domine le lac opportunément exposé au soleil, ce qui nous permet de nous réchauffer. La vue sur les gorges sauvages du Vialay, hérissée d’aiguilles rocheuses, est somptueuse. On aperçoit sur la droite la pente que nous avons descendue pour y accéder. Vous en déduirez qu’à notre âge quasi-canonique nous avons encore bon pied bon œil, les mauvaises langues ajouteront… « et aussi  bon gosier » !

 

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Après la traditionnelle pause « pique-nique-siestouille », il nous faut songer à repartir. Ne souhaitant pas revenir par le même itinéraire, nous cherchons une voie d’accès nous permettant de rejoindre le col du Salis qui doit se situer à environ 250mètres de dénivelé au dessus de nous. La ligne droite étant le plus court chemin pour se rendre d’un point à un autre, nous décidons de grimper en pleine pente sur le flanc ouest du Roc du Salis, espérant ne pas tomber sur une barre rocheuse infranchissable. Nous sommes fort opportunément aidés par nos amis les arbres qui nous tendent leurs branches, leurs racines et leurs troncs secourables.

 

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Puis nous devons nous faufiler dans « le chas » de quelques aiguilles rocheuses qui, malgré leur aspect rébarbatif, se révèlent finalement plus faciles à franchir que la pente de terre humide et glissante que nous venons de gravir.

 

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Les lieux sont si sauvages que nous tombons nez à nez avec deux jeunes mouflons qui ne s’attendaient certainement pas à croiser des bipèdes en ces lieux.

 

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Mais rencontre plus étonnante encore dans le Caroux, où nous n’en avions, jusque là, jamais aperçus, nous débusquons trois jeunes sangliers qui fuient en maugréant. Désolés de vous importuner, chers amis, mais nous ne faisons que passer !

 

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Nous parvenons sur une plate-forme rocheuse où nous jouissons sans partage (sauf que nous sommes heureux de la partager aujourd’hui avec vous !) d’une vue imprenable sur les Gorges du Vialay dominées par le Roc Fourcat.

 

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Il nous reste à gravir une modeste pente encombrée de rochers pour pouvoir rejoindre le col du Salis où passe un bon sentier qui doit nous ramener à bon port.

 

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Nous arrivons sans encombre au col où le bruit de nos pas tire de sa somnolence un diablotin assoupi sur le bas coté. « Vous sortez d’où comme ça ? »  nous dit-il « je ne vous ai pas entendu venir par le chemin ! » Nous lui indiquons que nous sommes montés directement du fond des gorges du Vialay par la pente qui longe le roc du Salis. « Vous êtes un peu fous, non ! pourtant vous n’êtes pas nés de la dernière pluie ! vous semblez même remonter au déluge ! Remarquez des gars comme vous, ça fait notre affaire car si vous vous dézinguez vous allez directement chez nous, vu qu’à voir vos bobines vous ne devez pas aller souvent à confesse. Mais  vous ne le regretteriez pas, car chez nous il y a du vin chaud et des saucisses grillées à volonté, alors que chez l’Autre on boit de l’eau bénite et les gens s’ennuient à mourir et ça pour l’éternité » « Nous en sommes convaincus"  lui répond-t-on « mais nous ne sommes pas pressés ». « Je ne suis pas pressé non plus, mais votre heure viendra, alors profitez en bien d’ici là » nous rétorque-t-il . Ca, ce sont des choses que l’on n’a pas besoin de nous rappeler, car pour en profiter -  comme vous le savez, vous qui nous suivez depuis si longtemps - nous en profitons ! Et nous vous invitons à faire de même ! Allez, zou! Tous sur le caroux !

 Carpe diem !

 

Texte (sauf propos du diablotin) & photos Ulysse

 

14/11/2012

Le Caroux hors des sentiers battus: le ravin des Hêtres

 

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Gibus et moi pensions  connaître tous les chemins du Caroux et puis en consultant un vieux grimoire nous avons trouvé mention d’anciennes pistes connues des seuls initiés. Elles traversent des terrains généralement très accidentés qui impliquent souvent d’y mettre les mains en plus des pieds ! Il faut, pour s’y aventurer, une solide expérience de la marche en montagne, ne pas craindre le vertige et avoir un excellent sens de l’orientation, car leur tracé n’est pas évident et leur signalisation limitée à quelques cairns ou quelques rares balises.

Nous nous engageons donc, en ce matin brumeux du 9 octobre dernier, sur l’une de ces pistes  dénommée Bartouyre-Rieutord car elle permet, à partir du col de Bartouyre, de grimper sur le plateau où naît le Rieu Tort modeste torrent qui se jette dans celui d’Héric.

Quand je dis « grimper » je déforme la réalité car cette piste un brin perverse a un profil de montagnes russes qui ne cesse de vous faire descendre une grande partie du dénivelé que vous venez d’ascendre (mais oui ce verbe existe !). La seule différence avec les montagnes russes c’est que   l’on ne vous offre pas la vodka à l’arrivée, ce qui est aussi bien, d’ailleurs, vu la suite du programme de la journée.

 

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Alors que nous progressons cahin-caha, le vent se lève et chasse le brouillard et les nuages vers le haut des cimes, donnant naissance à un très timide arc-en-ciel qui nous sert de prétexte pour faire une pause, car sensibles nous sommes aux beautés du monde. A vrai dire, nous sommes aussi un brin essoufflés et cette halte est bienvenue !

 

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Le secteur dans lequel nous progressons est hérissé d’aiguilles rocheuses vertigineuses où quelques arbustes ont eu l’audace de s’installer. Quand on constate un tel courage et une telle ténacité, comment peut-on donner ensuite un sens péjoratif au terme « végéter » ?

 

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En approchant du plateau, la piste traverse des zones d’éboulis où des hêtres vénérables nous tendent leurs branches et leurs troncs secourables pour nous permettre de progresser.  A y réfléchir, plutôt que le chien ou le cheval, l’arbre est le meilleur ami de l’homme. Car à l’aube de son histoire il a pu s’y réfugier pour échapper aux bêtes féroces, puis avec son bois il a inventé le feu, construit ses premières maisons, ses premières barricades et ses premiers bateaux. Dans son ombre il y a fait ses premières siestes et sur son écorce gravé le témoignage de ses amours. C’est sans doute la raison pour laquelle on traite affectueusement ses meilleurs amis de « vieille branche ».

 

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Nous arrivons au point où la piste traverse le Rieu Tort dont le maigre flux ne se prête pas hélas à la baignade. Pourtant nous aurions apprécié cette occasion de nous rafraîchir car la pente en ce lieu est plutôt rude  !

 

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Nous parvenons enfin sur le plateau  et décidons de gravir le Roc du Caroux qui culmine à 1034 mètres, ce qui n’est finalement qu’une simple formalité vu que nous venons de gravir déjà plus de 800 mètres.

  

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Mais alors que nous progressons vers le sommet une voix nous interpelle « Holà! Où allez vous comme ça ! ». Levant la tête nous découvrons le visage grimaçant d’une vieille qui nous glace les os et pourtant, comme vous le savez, nous ne sommes pas des mauviettes.

 « Et bien ! Heu ! On s’apprête à grimper sur le roc du Caroux ! Pourquoi c’est interdit ! » répondons nous en chœur, le cœur battant la chamade (ah ! les subtilités de la langue française !).

 « Ce n’est pas interdit, mais il faut tout d’abord répondre à une énigme"  nous rétorque la vieille, qui au passage se présente à nous comme étant Carouxane la femme du roi du Caroux (que nous rencontrerons un peu plus tard) . « La voici : Il n’y en a qu’un seul dans une minute, et il y en deux dans une heure. Mais il n’y en a aucun dans un jour. Qu’est-ce ?"

Gibus et moi restons perplexes de longues minutes n'ayant aucune idée de la réponse. "Alors vous séchez ? " nous dit Caroxane d'un air goguenard. " Ben heu! " fais je alors ne sachant quoi dire. "C'est exact c'est la lettre "e" " nous répond-t-elle se méprenant sur le sens de ma réponse. « Allez vous pouvez passer, mais prenez garde aux à-pics!». C'est la première fois de ma vie où l'ignorance se révèle payante ! Oh jeunes n'en faites pas une excuse pour ne pas faire vos devoirs !

 

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En quelques minutes nous atteignons le sommet d’où l’on aperçoit au loin le miroir doré de la Méditerranée (au fond à gauche sur la photo,  oui, c’est bien la mer que l’on voit !)

 

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Quant aux à-pics, la vieille n’a pas menti, ils sont impressionnants et nous incitent à regarder attentivement où nous mettons les pieds.

 

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Mais nous ne sommes pas les seuls à être sensibles à la beauté du panorama qui s’offre à nous, car deux érables de Montpellier se sont juchés sur un mamelon voisin pour en jouir également. Les arbres sont décidément plus proches de l’homme qu’on ne le pense !

 

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Après notre traditionnelle pause pique-nique/sieste nous nous dirigeons vers le ravin des hêtres dans lequel, selon notre grimoire, descend une piste qui permet de rejoindre le hameau d’ Héric.

 

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Nous saluons au passage le vieux roi du Caroux, que nous avions rencontré lors d’une précédente expédition et qui est absorbé par la contemplation de la Méditerranée qui luit au loin. « Nous avons été heureux de faire la connaissance de votre femme » lui déclare-t-on ! « Vous êtes bien les premiers » nous répond-t-il sans même tourner la tête. Nous ne répliquons point et poursuivons notre chemin. Y aurait-il de l’eau dans le gaz au sein du couple royal ?  Faudrait être un lecteur de « Paris Tâche » ou de  « Water-closer » - ce que Gibus et moi ne sommes pas  - pour savoir ce qu’il en est.

 

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Nous arrivons au bord du ravin des Hêtres dominé par les flancs déchiquetés du plateau. Il doit s’y produire de temps en temps de belles avalanches de pierres ce qui refroidit quelque peu notre intention de nous y engager.

 

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Mais il est trop tard pour faire demi tour. Nous cherchons le cairn qui signale le départ du chemin, celui ci dévalant ensuite à pleine pente jusqu’au hameau d’Heric.

 

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Pleine pente est, de fait , nous le constatons très vite  l’expression appropriée. Heureusement qu’une fois de plus nos amis les arbres sont là et nous évitent de faire un roulé-boulé jusqu’au bas du ravin. Par moments une trouée s’ouvre dans leur frondaison qui nous permet de découvrir le relief environnant. 

 

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Nous atteignons enfin sans encombre le bas du ravin où nous retrouvons une confortable petite route piétonnière qui descend (ou qui monte, selon le sens dans lequel on la prend !) les fastueuses gorges creusées par l’Héric et  qui nous ramène en une heure de temps à notre point de départ.

 

Texte & photos Ulysse

19:05 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (44) | Tags : caroux, hêtre, reine, héric

27/10/2012

Et si on retournait sur le Caroux ?

 

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Après quelques pérégrinations loin de l’Hérault où je vis, il est temps avec les froidures automnales qui arrivent et les jours qui raccourcissent de se poser un peu et d’arpenter à nouveau avec mon ami Gibus les chemins qui partent à l’assaut du Caroux, notre massif « local ». Bien que cela fasse plusieurs années que nous le sillonnons, il arrive encore à nous éblouir et nous surprendre, tant il recèle de pitons, de vallons, de recoins sauvages et secrets auxquels mènent des sentes séculaires incertaines que seuls les « mordus » de ce massif osent emprunter.

Il faut dire que les hommes qui ont occupé les lieux au cours des siècles passés n’ont pas ménagé leur peine. Ils ont arpenté en long et en large ce massif, créant sur ses flancs des milliers de terrasses et des dizaines de kilomètres de sentiers pour y accéder, dont on voit encore en de nombreux endroits les magnifiques vestiges qui   témoignent du courage et du talent de leurs bâtisseurs.

 

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Partis du pittoresque village de Mons, nous grimpons avec allégresse le sentier supérieur du Cabalet sous un ciel sans nuage, alors que la fraîcheur matinale tricote une écharpe de brume  au dessus de l’Orb, qui coule dans la vallée en contrebas.

 

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Le chemin devient très vite  « sportif » et sinue en montagnes russes entre des chaos rocheux qui ménagent par endroits de belles vues sur la vallée. Le rapetissement spectaculaire des montagnes qui surplombent la rive sud  de l’orb nous confirme que nous prenons de l’altitude, ce que les battements accélérés de nos cœurs nous avaient fait pressentir.

 

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Le sentier offre des vues spectaculaires sur les aiguilles rocheuses qui dominent les gorges d’Heric. Qui croirait en voyant leur profil « himalayen » qu’elles atteignent à peine les mille mètres d’altitude ? .

 

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Seule la présence de végétation sur ces impressionnantes aiguilles nous révèle leur taille somme toute modeste au regard de leurs consoeurs alpines ou pyrénéenne, royaume du règne minéral.. Mais leur ascension n’en est pas moins difficile car le dénivelé qu’elle implique est aussi important que celui que l’on trouve dans les « grands massifs », vu qu’ici on part d’une altitude proche du niveau de la mer !

 

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Le Caroux est d’ailleurs un lieu prisé d’escalade du fait des difficultés techniques, de l’absence de voies « équipées » qui donne un parfum d’aventure aux ascensions et de la roche constituée d’un gneiss de grande qualité.

 

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Et puis la faune  y est également très riche et comporte des espèces endémiques comme le « canis lapis gigantus » auquel les bergers recouraient autrefois pour protéger leurs troupeaux de moutons contre les loups,  mais dont il n’en resterait plus aujourd’hui qu’un specimen, que seuls quelques privilégiés – dont nous sommes Gibus et moi -  ont pu observer. Je peux vous le faire découvrir aujourd’hui en exclusivité mondiale grâce au sacrifice de mon sandwich au jambon–beurre-cornichon, que j’avais prévu pour le pique-nique, et avec lequel je l’ai attiré !  Que ne ferais pas pour vous étonner chers lecteurs !

 

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A vrai dire  peu me chaut d’avoir sacrifié mon sandwich alors que pour le pique-nique nous jouissons d’un décor de salle à manger que les milliardaires du Quatar ou d’ailleurs ne peuvent se payer. Que peut-on demander de plus, d’autant qu’il me reste un peu de fromage  et un flacon de nectar « bacchusien «  - à partager cela va de soi avec l’ami Gibus - de quoi tenir sans problème jusqu’au soir !

 

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D’être ainsi immergés, seuls,  au cœur d’une nature sauvage avec pour seul bruit le buzzetis des abeilles et par moments le bruissement de feuillages et le roulement de pierres qui signalent le passage d’un mouflon, nous régénère. Par delà les millénaires nous ressentons une filiation avec ces premiers hommes qui ont survécu grâce à une parfaite connaissance et maîtrise directe et personnelle de leur environnement. Aujourd’hui nos existences sont dépendantes du bon fonctionnement d’une myriade de choses sur lesquelles nous n’avons aucun pouvoir individuel. Où est le progrès ? Oh certes nous pouvons être joints ou informés des évènements du monde à toute heure du jour et de la nuit mais  est ce que cela contribue d’un iota au simple bonheur d’exister ? N’est-il pas plus gratifiant d’aller - dès qu'on le peut - cueillir des mures ou des fraises des bois, boire un café avec des copains (ou des copines)  aller avec ses enfants faire de la balançoire dans le square d'à coté ou  faire une petite sieste sur les flancs rocailleux du Caroux comme nous le faisons en ce moment ?

 

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Mais je cesse là mes ratiocinations philosophiques à trois sous car, nous étant remis en route, nous abordons une zone rocheuse où les caprices telluriques et atmosphériques de Gaïa ont fait naître des empilements rocheux plutôt instables qui sollicitent toute notre attention.

 

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Il est étonnant de constater l’impact que peuvent avoir l’eau et le vent, associés au gel et à la chaleur, sur des roches aussi dures que le gneiss du Caroux. C’est en s’inspirant de leur exemple que les anciens égyptiens ont taillé leurs obélisques dans des carrières avec de simples coins de bois imprégnés d’eau.

 

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Nous étant engagés sur la sente du Médaillé qui part du col de la Maure en direction du col de Bardou, nous tombons sur une barre rocheuse que nous ne pouvons franchir faute de corde. Nous revenons sur nos pas et cherchons une voie alternative . Nous abandonnons très vite l’idée de descendre directement dans les gorges d’Héric vu le profil de la pente qui impressionne même mon ami Gibus, c’est pour dire !

 

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Finalement nous décidons de descendre du coté du vallon de Bardou où nous trouvons un sentier confortable qui nous ramène au col du Rougas.

 

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Parvenus au col, nous décidons d’explorer la piste de Rougas que nous n’avons jamais empruntée. C’était un mauvais choix et je la déconseille  vivement  à ceux qui me lisent et qui n’ont pas un bon sens de l’orientation et  craignent de passer une nuit à la belle étoile. Cela dit elle permet de découvrir de magnifiques terrasses et murets de pierres, hélas non entretenus, ainsi qu’une superbe bâtisse en pierres. Notez , au passage, l’extraordinaire agencement des pierres de toutes tailles et de toutes formes dont ses murs sont constitués. 

 

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Nous arrivons au terme de notre périple, heureux d’avoir passé une journée dans ce cher Caroux, cette montagne « méridionale » d’une beauté et diversité à nulle autre pareille et  à laquelle les hommes des siècles passés, en gage de la passion  qu’elle leur inspirait, ont tissé de si beaux colliers de pierres.

 

Texte & photos Ulysse

 

10:27 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (46) | Tags : caroux, bancels, bardou, orb