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10/09/2010

Envolons nous sur le Caroux !

 

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C’est un de ces matins d’été où l’on se réveille en état d’euphorie : le soleil darde ses aiguilles d’or dans les interstices des volets et les oiseaux taillent une mélodieuse bavette dans les frondaisons proches . Ces heureux signes annonciateurs d’une radieuse journée nous confortent dans notre projet d’aller randonner sur le Caroux.

Partant de Douch, situé à près de 1000 mètre d’altitude , l’air frais qui règne encore aux heures matinales rend notre pas vigoureux. Il est vrai qu’étant proche du sommet, la pente du sentier se fait plus douce et nous permet pleinement de jouir de la quiétude et de la beauté des lieux.

 

 

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N’ayant ni contrainte de temps, ni objectif particulier – délicieuse parenthèse de liberté dans ce monde frénétique - nous flânons dans les sous-bois à l’acmé de leur beauté estivale. Mais, bientôt, les mains de l’automne viendront disperser leurs confettis d’or sur leurs frondaisons vertes, feu d’artifice mortifère.

 

 

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Soudain nous émergeons sur le plateau sommital colonisé par des champs de bruyères qu’entaillent des chemins qui mènent tout droit au ciel.

 

 

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Des bosquets de genets et des langues de fougères leur disputent par endroit cet âpre territoire, lui conférant une note de fantaisie .

 

 

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Quelques jeunes pins, dont les graines ont été portées par les vents ascendants, ont colonisé les contreforts du Roc de la Siéjo, rejetons audacieux d’une forêt qui occupe en contrebas le cirque de Farrières.


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Les pas répétés de l’homme tracent vite des sentiers qui révèlent l’ossature minérale du sol et soulignent la frugalité et la ténacité du monde végétal qui le recouvre

 

 

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La montagne est source de sagesse, en cela qu’elle nous rappelle notre petitesse et vulnérabilité face à l’immensité du monde. Elle nous dégrise du fallacieux sentiment de puissance que nous confèrent les outils technologiques modernes dont nous sommes devenus dépendants.

N’oublions pas, en effet, que dans l’hypothèse d’une explosion solaire cataclysmique- qui peut se produire tous les 250ans - l’ensemble de nos sources d’énergies électriques (centrales, batteries, circuits) et de nos outils de communication et de stockage de données (disques durs) seraient neutralisés ou détruits par l’émission de rayons gamma, comme cela s’est produit partiellement en 1989 au Canada. L’homme perdrait alors sa force « technologique » et sa « mémoire » et redécouvrirait qu’il n’est qu’un bipède démuni. Je vous conseille donc, sans plus attendre, d’acheter les cartes au 25 millièmes de l’IGN, de vous remettre à la marche et de commencer à stocker noix, noisettes, châtaignes, jambons secs et terrines de pâtés et quelques tonneaux de jus de vitis vinifera.

 

 

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Mais loin de moi l’idée de vous effrayer, car si notre corps est faible, notre esprit lui est grand puisqu’il peut intérioriser l’univers dans lequel il vit. Et quand nos jambes peinent dans les pentes, notre esprit sait qu’avec de la ténacité on vient à bout des montagnes. L’homme a surmonté tant de cataclysmes qu’on peut lui faire confiance pour surmonter ceux qui l’attendent au détour des siècles. Nous français nous saurons bien nous relever après le règne du tsarounet Nicolaïev !

 

 

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Outre notre petitesse, la montagne nous rappelle que nous sommes éphémères. Elle même n’échappe pas à la règle : la pluie douce à nos joues, le vent qui caresse nos cheveux, le froid qui nous fait le nez rouge (et le rosé aussi curieusement) insidieusement la laminent, la fissurent, l’ébrèchent, et la dissolvent !

Après avoir parcouru les sentiers du plateau et s’être débarrassés du poids de nos préoccupations et soucis, nous nous dirigeons d’un pied léger vers le sommet du Caroux où la gravité est plus faible puisque celle-ci diminue en fonction de l’altitude. Nous ressentons alors avec félicité, mais aussi un brin d’inquiétude, l’insoutenable légèreté de l’être. Un phénomène extraordinaire se produit alors.

 

 

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En effet, Léo le benjamin de la troupe qui s’amuse à sauter d’un muret à l’autre de l’édifice qui entoure le cairn sommital prend soudain son envol ....

 

 

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….et commence à survoler le plateau !

 

 

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Louna, la benjamine, qui ne veut pas être en reste suit l’exemple de son frère…

 

 

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…avec le même résultat…

 

 

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…et se met à planer sur les traces de son frère….

 

 

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Nous tentons à notre tour sans complexe de faire de même, mais les kilogs superflus accumulés au cours de décennies d’agapes nous clouent hélas au sol ….faire bombance ou voler il faut choisir !

Nous sommes donc condamnés à emprunter le sentier qui nous ramène au village de Douch pendant que notre descendance le rejoint par les airs ! Mais nous sommes finalement heureux de constater que notre progéniture peut enfin voler de ses propres ailes, bien qu’ils soient pour cela un peu précoces.

Je n’ose pas dire qu’il n’y a plus de jeunesse, car je passerais pour un vieux radoteur, vu que les philosophes grecs le disaient déjà il y a 2000 ans !

 

 

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Texte Ulysse & Photos Ulysse et Eric D.

 

 

19/08/2010

Du col des Planes à Roquendouire : rien que du plaisir !

 

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Je dois vous avouer que le titre de la balade que je vous propose de faire est un peu abusif, mais, comme le dit mon papy, dans le monde d’aujourd’hui pour attirer l’attention, il faut être un peu hâbleur et, comme le fait sans vergogne Nicolas,  promettre aux gens la lune, même quand on ne peut leur offrir que son reflet dans un marigot.

Quand je prétends donc que le chemin qui mène du col des Planes à Roquendouire n’est que du plaisir, je travestis un peu la réalité vu que j’y ai, certes par ma faute je le reconnais, enduré quelques souffrances , mais laissez moi vous contez mon aventure.

Partant du col des Planes, la montée vers le sommet de la montagne d’Arret vous laisse sans voix, ce qui dans mon cas est un phénomène extrêmement rare : le camaïeu de mauves des bruyères, la chevelure verte des pins ébouriffés par le vent, le ciel qui ressemble à une mer céleste traversée de vagues argentées composent un paysage dont la beauté vous étourdit.

 

 

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Parvenue au sommet, cette beauté s’étend à l’infini et par l’intensité de l’émotion qu’elle suscite inspire, malgré sa nature éphémère, un sentiment de plénitude et d’éternité. Je comprends alors que mon existence ne vaudra pas tant par sa durée que par ce dont je la nourrirai. Et dans mes priorités je sais que, dorénavant, l’exploration des sentiers de randonnée l’emportera sur la recherche des boites de bonbons planquées dans les placards de ma mamy.

 

 

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Nous redescendons vers le Col de l’Ourtigas que précède une barrière. Je tente vainement d’instaurer un péage auprès des adultes pour garnir ma tirelire où il y a autant de pièces que de cheveux sur le crâne de mon papy. Mais, hélas, je n’ai pas encore les pouvoirs de Christine qui a un droit régalien de préemption sur chaque euro durement acquis par mes concitoyens en âge de gagner leur vie .

 

 

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Du col nous empruntons un chemin qui remonte vers le Plo des Brus où mon papy vous a déjà emmenés cet hiver avec son copain Gibus par un temps où seuls les mouflons se risquent à mettre le nez dehors. Mais il est vrai qu’à force de parcourir la montagne Gibus et mon papy sont devenus mi-hommes mi-mouflons.

Nous longeons une arête rocheuse où un rocher en équilibre instable nous menace comme une épée de Damoclès. Moi d’habitude si bavarde je m’abstiens de parler car si le rocher tombait on serait capable de me faire porter le chapeau et j’en ai assez que l’on me surnomme « Calamity Louna » . Dans toute communauté il faut, vous le savez bien, un bouc émissaire, comme l’a très bien analysé René Girard dans son ouvrage «  Les choses cachées depuis la fondation du monde » qui n’est certes pas au programme du CM1 mais que j’ai trouvé dans la librairie de mon papy et qui m’a passionné. Comment voulez vous survivre dans une cour de récré si vous ne connaissez pas les ressorts de l’âme humaine ?

 

 

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A mi chemin nous nous arrêtons pour admirer le paysage. Moi qui vis dans une grande ville et suis habituée à avoir pour horizon des barres d’immeubles, je suis stupéfaite par l’immensité de la terre. Au risque de paraître un peu prétentieuse je suis également admirative de la distance que peuvent parcourir mes petites jambes en une journée. Et c’est grâce à mon papy que je l’ai découvert . Comme quoi les vieux que les entreprises mettent sans vergogne au rebut peuvent encore en apprendre aux jeunes .

 

 

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Dans ces montagnes minérales les chemins s’effacent vite et le promeneur s’égarerait si des mains secourables n’édifiaient pas ces minis phares de pierres que sont les cairns .

 

 

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Nous croisons un hêtre multiséculaire et débonnaire qui me laisse volontiers escalader ses branches . L’une d’elles a été brisée par un orage ou une tempête mais je ne l’entends point gémir . Epatée par son stoïcisme qui me rappelle celle du Loup célébré par Alfred de Vigny (comme mon papy , j’adore la poésie) je lui promets de ne plus crier « maman bobo » dès que j’aurai une écorchure.

 

 

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Nous parvenons sur le Plo de Bru où quelques mamelons rocheux se dressent, témoignages d’anciens pics vertigineux qui dépassaient les 6000 mètres il y a 600 millions d’années soit 60 millions de fois ma courte existence. Le temps est un abîme qui me donne le tournis !

 

 

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La fatigue et la faim se faisant sentir je commence à avoir des hallucinations et crois voir des tas de crêpes posés sur le Plo mais mon papy me dissuade d’y planter les dents.

 

 

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Nous choisissons un lieu de pique-nique offrant une vue imprenable sur la ligne de crête déchiquetée de la Serre de Majous. Je suis heureuse de savoir qu’il y a des endroits dans le monde à l’abri de l’avidité des promoteurs immobiliers où je pourrai en me réfugier pour faire une cure de silence, d’air pur et de beauté quand j’en aurai marre d’entendre mes géniteurs m’imposer des activités aussi médiocres et triviales que de ranger ma chambre.

 

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Ayant fait le plein d’énergie nous entamons la descente sur le flanc sud de la Serre de Majous par un chemin chaotique et empierré. C’est là où la dure réalité du milieu montagnard va se révéler incompatible avec l’une de mes rares faiblesses : ma tendance à être dans la lune (ce dont mes parents au demeurant sont responsables vu le prénom qu’ils m’ont donné).

 

 

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En effet, alors que je contemple admirative un arbrisseau qui s’est aventuré sur les contreforts de la Serre exposés aux vents, je trébuche dans un trou du chemin et me tords la cheville . Mon entourage est très vite au courant de ma mésaventure car la puissance de ma voix est inversement proportionnelle à mon age. Mes parents me disent d’ailleurs qu’à moi seule je suis une chorale !

 

 

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Après examen de ma cheville, il ressort qu’il y a plus de peur que de mal et beaucoup de bruit pour rien, comme aurait dit ce cher William . Après un bon massage et quelques minutes de repos, nous nous remettons en route.

Nous apercevons enfin le portail de Roquendouire, où mon papy vous a tant et tant de fois emmenés, et qui marque le terme de la descente. Je ne suis pas pour autant rassérénée car si l’objectif est en vue, il nous reste un bon bout de chemin à parcourir, ce qui m’oblige à rester concentrée : un vrai challenge pour ce qui me concerne !

 

 

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Par moments le chemin disparaît sous les buissons de genêts ou de bruyères et seuls les cairns qui le ponctuent nous permettent de ne pas en perdre le fil.

 

 

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Je décide d’apporter ma contribution à ces oeuvres modestes et pourtant fondamentales de l’humanité et d’y ajouter quelques pierres. Je suis ainsi fière de pouvoir dira qu’à dix ans j’aurai aider les gens à rester sur le bon chemin !

 

 

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Bon cela dit , il ne faut pas croire que je suis du genre à toujours marcher dans les clous, j’ai un esprit très indépendant et réponds rarement à la première injonction parentale. Mais comme je vous l’ai déjà expliqué, avec un beau sourire beaucoup vous est pardonné.

 

 

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Nous avons enfin retrouvé des chemins carrossables et j’en profite pour filer devant et vous laisser un instant en compagnie de mon frère Léo . Cela vous reposera un peu car il est beaucoup moins bavard que moi.

 

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Les exigences métaboliques de nos organismes en pleine croissance nous conduisent à faire une pause pour le goûter au hameau de Caissenols. Le souvenir de mes jeux de construction qui s’achevaient toujours en catastrophe me rend admirative du génie des anciens qui savaient édifier des maisons capables de traverser les siècles en superposant des pierres disparates. Les pouvoirs d’Harry Potter sont de la roupie de sansonnet à coté. Cette dernière expression me fait toujours rire bien que son origine soit un peu rebutante !

 

 

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Je me sens bien en ces lieux sereins et chargés d’histoire qui me reposent de la vie frénétique des villes. Je ne sais ce qui l’emporte de ce que l’homme a gagné et de ce qu’il a perdu en quittant ces lieux. Certes nous avons dorénavant le confort domestique moderne, mais j’ai horreur de passer l’aspirateur et nous avons perdu le goût de contempler la nuit venue sur la voûte céleste les serpents d’étoiles chers à Giono. Et quelqu’un qui ne regarde plus le ciel nocturne , peut il être conscient du mystère qu’est notre vie ?

 

 

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Pour revenir au point de départ, nous franchissons le ruisseau qui alimentait autrefois le hameau en eau potable avant de remonter vers le Col des Planes. La sécheresse de l’été l’a réduit à un chapelet de vasques immobiles où les arbres  mirent leurs frondaisons condamnées à bientôt disparaître. Ainsi vont toutes choses sur cette terre, éphémères et mortelles comme hélas les vacances qui vont bientôt se terminer. Aussi je vous dis à la prochaine !

 

Texte Louna & Photos Ulysse

14/05/2010

Dans la forêt soudain, le cri désespéré d'un châtaigner…

 

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Qui n’a pas éprouvé d’angoisse en contemplant le tableau « Le cri » du peintre norvégien Edward Munch qui, selon ses propres termes, veut nous faire entendre le cri infini qui traverse l’univers. Ce cri résonne en nous les jours de blues où l’on fait siens les propos de Macbeth quand il apprend désespéré la mort de sa femme : « La vie est une fable que conte un idiot, une histoire pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ».

Et ce qui n’arrange pas les choses, c’est que le monde dans lequel nous vivons crie de toutes parts : les gouvernements crient après les spéculateurs, les peuples après leurs gouvernements, les agriculteurs après les eurocrates, la gauche après la droite (et réciproquement) les employés après leurs patrons (et réciproquement), les parents après leurs enfants (et réciproquement !) les chauffards après les cyclistes et les piétons (et réciproquement) les bricoleurs du dimanche (dont je suis) après leurs marteaux et plus généralement les anti-quelque-chose après les pro-quelque-chose (et réciproquement). On a envie parfois de dire, vos gueules les mouettes !

L’anathème et l’engueulade sont devenus le mode habituel de conversation, les invectives n’ayant malheureusement pas le charme des injures de feu le capitaine Haddock qui puisait son inspiration au fond des bouteilles de vieux rhum (paix à son âme ).

Je vous en livre quelques spécimen qui ont plus de gueule que les « cass’toi pov’ con » d’aujourd’hui …: Anacoluthe, Anthropopithèque Astronaute d’eau douce, Bachi-bouzouks, Bayadère de carnaval, Bougre d’amiral de bateau-lavoir, Bougre de crème d’emplâtre à la graisse de hérisson, Bougre d’extrait de cornichon, Bougres de faux jetons à la sauce tartare, Bougres d’extrait de crétins des Alpes, Concentré de moules à gaufres, Espèce de chouette mal empaillée, Espèce de mitrailleur à bavette, Espèce de mérinos mal peignés, Garde-côtes à la mie de pain,…. j’en passe et des meilleurs ! Ah qu’il était chaleureux et convivial le monde du capitaine Haddock où les méchants s’appelait Rastapopoulos !

Mais Gibus et moi avons la chance de pouvoir fuir le tintamarre et l’agitation frénétique du monde d’aujourd’hui en prenant la poudre d’escampette (qui est la poussière des chemins que l’on soulève quand on s’escampe*) pour aller arpenter les chemins du Haut Languedoc.

*Escamper : verbe occitan qui veut dire se sauver !

 

 

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Nous grimpons une fois de plus sur le Caroux mais par le chemin rarement emprunté de La Trappe qui, partant de Colombières sur Orb, mène en passant par l’Esquino d’Aze à Lou Tres recs (les trois ruisseaux) qui descendent du plateau sommital du Caroux.

D’antiques abris adossés au corps rocheux du Caroux sont les derniers témoins d’une activité humaine, aujourd’hui révolue, centrée sur l’exploitation de châtaigneraies sur les pentes du massif et la pâture d’ovins sur les hauts plateaux.

 

 

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Une nouvelle fois nous sommes admiratifs du travail colossal réalisé par ces hommes pour greffer des chemins de pierre sur les pentes abruptes du Caroux. Qui peut dire aujourd’hui que ce qu’il accomplit dans sa vie servira à d’autres hommes dans les décennies à venir ?

 

 

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Le chemin franchit une barre rocheuse qui devant notre détermination se laisse facilement apprivoisée. Souvent ainsi dans la vie on se fait une montagne de ce qui n'est que billevesées.

 

 

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De fait, la montagne est une excellente école qui vous permet, si vous êtes modeste, de vérifier que vous valez mieux que ce que vous pensez et vous conduit donc à prendre confiance en vous. Par contre si vous êtes prétentieux et arrogant, elle vous enseigne vite l’humilité. Une fois qu’on les a gravies, leur ascension vous grandit et vous remplit d’une force nouvelle. Une partie de votre esprit et de votre âme reste « la haut » et vous permet de prendre de la hauteur par rapport à votre vie quotidienne.

 

 

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Et, de surcroît, vos efforts sont souvent récompensés par l’émouvant spectacle de mouflons, d'izards ou de chamois (selon les massifs) en goguette qui vous narguent goguenards du haut d’une plate-forme rocheuse dont votre statut de bipède vous interdit l’accès.

 

 

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Mais il y a un hic car je vous l’ai souvent dit, le temps en montagne, même en zone méditerranéenne est IMPREVISIBLE ! En prenant mille mètres d’altitude, on se déplace de l’équivalent de mille kilomètres en latitude. Le sommet du Caroux a donc le même climat que le Nord Pas de Calais. Aussi, si vous habitez Montpellier et que vous avez une épouse qui rêve de voir Maubeuge, emmenez la sur le Caroux pour la préparer au choc thermique !

Avec Gibus nous avons toujours dans notre sac de quoi affronter neige, brouillard, intempéries. Ce « de quoi » prenant, sans autre précision, une forme solide et liquide….

 

 

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Nous sommes début mai et pourtant une mince couche de givre couvre le flanc nord des pins qui en frissonnent. Après l’hiver quasi polaire qu’ils ont subi , ils aimeraient bien, comme nous d’ailleurs, que le printemps arrive.

 

 

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Par un temps pareil une halte au refuge de Fontsalès s’impose. Et c’est en cet endroit mythique du Caroux, où tous ses admirateurs sont venus un jour de frimas s’y chauffer la couenne, que nous faisons une rencontre inattendue et qui me laisse à penser que quelque part dans l’univers un grand tricoteur manipule les pelotes de laine d’où se déroulent les fils de nos existences.

En effet, alors que nous étions en plein milieu de nos agapes, un randonneur à l’allure de vieux loup des steppes franchit la porte et nous demande s’il peut nous tenir compagnie, ce qui en montagne , lieu de solidarité par excellence, va de soi.

Alors que nous discutons de nos randonnées respectives, l’homme nous demande si nous ne sommes pas Ulysse et Gibus et il se présente comme étant Bernard, le blogueur de «  Mes Photos et petis mots » avec lequel j’ai, par blogs interposés, des échanges épistolaires.

Sur nos culs étant assis, nous en restons « baba » (sans rhum) et célébrons par de vives exclamations l’extraordinaire concours de circonstances qui a voulu que nos chemins se croisent, un jour à ne pas mettre un humain normalement constitué dehors, en un tel endroit .

Depuis lors Bernard a magnifiquement célébré sur son blog cette rencontre et je vous invite à y aller voir. Aujourd’hui je tiens à saluer ce frère « es » chemins qui, comme nous, éprouve une passion pour le Caroux que ni le brouillard, ni la pluie, ni la neige ne sauraient refroidir !

 

 

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Puis nous reprenons chacun notre chemin, le notre passant par le Peyre Grosso et le torrent d’Albine.

 

 

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Alors que nous dévalons la pente qui nous ramène à Colombières, des rochers en équilibre précaire attendent patiemment l’orage, le coup de dent du gel qui leur permettra à leur tour de faire des cabrioles sur les pentes du Caroux , trop bref instant de liberté au sein d’une éternité d’immobilité.

 

 

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Sur le chemin en pente raide couvert de pierres branlantes, il nous faut prendre garde à ne pas perdre soudain pied et dévaler la pente en roulé-boulé .

 

 

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Et puis, alors que le chemin regagne l’étage forestier, nous entendons soudain un cri qui va en s’amplifiant au fur et à mesure que nous descendons… Un cri non pas menaçant, mais de désespoir, un hurlement de douleur . Intrigués, inquiets nous nous demandons si un animal n’est pas tombé dans un piège et continuons d’avancer…

 

 

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Et soudain au détour du chemin, nous tombons face à face avec l’être d’où émane ce cri : il s’agit d’un vieux châtaigner qui churle gueule grand ouverte son désespoir. Nous apercevant, il se tait soudain, gèné. Lui caressant l’écorce pour manifester notre sympathie, nous lui demandons quelle est la cause de sa souffrance. Il nous répond que les hommes, qui pendant des décennies les ont, lui et ses frères, choyés, entretenus pour se nourrir de leurs fruits, les ont aujourd’hui abandonnés, laissant les maladies les ronger et les abattre. Ils étaient autrefois les rois d’une civilisation rurale dont leurs châtaignes étaient l’or brun , ils ne sont plus aujourd’hui que des vieillards décharnés rongés par la vermine. Et pour ajouter à leur désespoir, les oiseaux qui leur rendent encore visite leur racontent que partout dans le monde les arbres sont maltraités et les forêts abattues .

Nous lui répondons qu’il ne faut pas perdre espoir et que la folie des humains leur offrira probablement une nouvelle chance. En effet, neuf milliards de terriens sont attendus en 2050 qui va transformer les plaines et les vallées de la terre en d’immenses zones commerciales entourées de lotissements. Quand les humains n’auront plus rien pour se nourrir, certains qui auront conservé la mémoire des temps anciens se souviendront que les châtaigners s’accommodent des pentes arides des montagnes et produisent des fruits nourrissants. Ce sera alors de nouveau leur heure de gloire.

Rasséréné le châtaigner nous remercie chaleureusement pour ses propos d’espérance et nous confie qu’il va désormais consacrer les quelques forces qui lui restent à assurer sa descendance en prévision des temps difficiles à venir pour l’espèce humaine.


Texte & photos Ulysse

04/05/2010

Fastoche le Caroux !

 

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Je sais que mon papy sur son blog vous bassine avec le Caroux et vous fait croire que c’est une montagne digne des Pyrénées, des Alpes, voire de l’Hymalaya. Comme je sais que c’est un grand blagueur, je lui ai demandé d’en faire la grimpette l’autre jour pour me rendre compte par moi même. Et bien je peux vous dire : fastoche l’ascension du Caroux !

Nous voilà donc partis, mes parents, les parents de mon papa, son copain Gibus et sa compagne Marie ainsi que Léo, mon frère, et moi. Notez que dans la montée qui permet d’accéder au plateau je ne suis pas la dernière, bien que mes gambettes soient de beaucoup les plus petites du groupe. Je suis juste derrière Léo et Gibus et encore j’aurais été la deuxième (je n’ose pas dire la première parce que l’on me traiterait de prétentieuse) si je n’avais pas la fâcheuse habitude (enfin ce sont mes parents qui disent qu’elle est fâcheuse) d'être collectionneuse de jolis cailloux. Et des jolis cailloux il y en plein sur les chemins du Caroux (les poches de mon papy en savent quelque chose !). Mon papy est juste derrière moi sous le prétexte de prendre des photos, mais en vrai c’est parce qu’il a du mal à me suivre !

 

 

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Parvenus au grand Cairn qui signale l’approche du sommet, nous faisons une pause pour attendre le reste de la troupe.

 

 

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Je profite que les derniers arrivent pour admirer le paysage et là je dois reconnaître que mon papy ne galège pas quand il affirme que le Caroux est l’une des plus belles montagnes de France. Bon, c’est vrai que je n’en connais pas encore beaucoup mais pour le moment c’est vraiment la plus belle que j’ai vue !

 

 

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Ce que j’aime en particulier sur cette montagne, c’est qu’il y a plein de rochers que l’on peut escalader. Depuis toute petite j’ai toujours aimé grimper les fauteuils, les tables, les chaises, mon objectif secret étant d’accéder aux placards pour y trouver la réserve de bonbons ! Mais souvent hélas mon papa était passé avant moi ! Quel malheur d’avoir un papa gourmand ! Les psychologues prétendent que ça forme le caractère de connaître la frustration, moi je trouve que c’est plutôt traumatisant !

 

 

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Le problème c’est que de trop zigzaguer de gauche à droite pour grimper sur les rochers , je me fais distancer et je suis ensuite obligée de courir pour rattraper le groupe.

 

 

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Heureusement qu’il y a les cairns pour m’indiquer le chemin sinon je serai perdue. Je suis un peu vexée que le reste du groupe ne m’attende pas, c’est à croire que ma compagnie leur pèse. Bon je dois reconnaître que je suis un peu pipelette et qu’ils doivent apprécier ces quelques minutes de silence.

 

 

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Par chance, ils ont aperçu un groupe de mouflons qui paissent en sous bois et ils se sont arrêtés pour les contempler, ce qui me permet de recoller au groupe.

 

 

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Le chemin longe ensuite de superbes falaises que j’aimerais bien escalader mais mes parents qui voient le danger partout ne l’entendent pas de cette oreille. Comment voulez vous que l’on prenne des risques dans la vie quand on a été à ce point brimée !

 

 

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Je me contente de sauter d’un rocher à l’autre en gardant le contact avec le groupe de tête, car je n’ai plus l’intention de me faire distancer .

 

 

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Nous nous installons au pied du sphinx du caroux pour pic-niquer et j’en profite pour aller lui caresser le museau. A ma grande surprise je l’entends ronronner…..mais en fait je m’aperçois que c’est papy et Gibus qui font une petite sieste en contrebas et qui sont en train de ronfler ! C’est vrai ce que l’on dit que quand on devient vieux on retombe en enfance, ils font la sieste comme les bébés !

 

 

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Nous étant remis en route, notre chemin traverse une hêtraie et mon papy me montre un petit hêtre qui surgit au travers d’un tapis de feuilles mortes. Je suis émue et étonnée de voir que cette plante minuscule deviendra un jour un arbre majestueux. Les arbres ont cette chance par rapport aux hommes de ne pas se ratatiner en vieillissant. Je ne veux pas dire que mon papy est ratatiné mais c’est un fait qu’il a perdu depuis longtemps son feuillage.

 

 

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Le chemin franchit un torrent et je le traverse à la grande surprise de mes parents sans tomber dedans. Il faut dire que dans la famille on me surnomme "Calamity Louna" et je n’ai jamais vraiment compris pourquoi ! Les gens (même ceux qui vous aiment) sont médisants !

 

 

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Léo, qui a pris un peu d'avance sur moi veut me faire croire qu’à l’instar de Roland de Roncevaux (vous savez, le neveu du sale type qui a inventé l’école) il a fendu un rocher en deux. Mais les garçons sont tous des vantards et ils croient nous impressionner, nous les filles, avec leurs biceps ou, quand ils sont plus vieux, avec leur porte-monnaie alors que ce que tout l’on veut c’est du respect et de la tendresse !

 

 

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En remontant du vallon du Rieutord on découvre l’arête des Aiguilles et là je dois reconnaître que mon papy n’exagère pas (ou à peine) quand il dit que le Caroux a un petit air de Pyrénées. Il faut dire qu’il y a 600 millions d’années il culminait à 6000 mètres et que si le temps l’a érodé, il a encore de beaux restes. Mon papy aussi d’ailleurs (Flatteuse un brin il faut être, pour gagner quelques piècettes !)

 

 

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Revenus sur le haut du plateau, la balade devient vraiment très facile et j’en profite pour papoter quelques instants avec les autres filles du groupe (il faut savoir assumer sa condition féminine !)

 

 

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On fait une pause – goûter au sommet du Caroux marqué par un énorme cairn. Je fais un petit complexe en contemplant les mollets de Gibus mais je me dis que pour une fille c’est mieux d’avoir des petits mollets !

 

 

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On se remet en route mais comme maman est fatiguée je lui prends son sac à dos pour terminer la rando ! Je peux vous le dire, lectrices et lecteurs d’Eldorad’Oc, ne vous laissez pas impressionner par les soit disant exploits de Gibus et de mon papy, le Caroux c’est vraiment  fastoche !

 

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Texte Louna Photos Ulysse