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04/07/2013

Retour en hiver à Colombières

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L’été a enfin daigné s’installer sur la majeure partie de notre hexagone, ce qui, pour les travailleurs, n’est finalement pas une bonne nouvelle, car cela leur fait plus cruellement ressentir leur manque de liberté. Aussi pour apaiser leur frustration, je leur dédie cette note hivernale qu’ils pourront ainsi lire en se disant qu’ils ont de la chance d’aller travailler pendant que des zigotos vont se geler en montagne sans y être obligés.

Nous partons du village de Colombières-le-Haut dont le clocher arbore une horloge qui semble uniquement là pour nous rappeler que le temps passe vite et que nous ne serons plus que des ombres alors que ses aiguilles continueront de tourner.  Carpe diem ! Ne passez donc pas un seul jour sans faire quelque chose que vous aimez !

 

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Ce que Gibus et moi aimons par dessus tout est d’emprunter les chemins les plus pentus du Caroux pour sentir nos cœurs battre le plus fort possible, ce qui amplifie notre sentiment d’exister.  Les mauvais esprits, qui par erreur liraient ce blog (les lecteurs fidèles étant forcément des gens bien intentionnés)  pourraient croire que l’ami Gibus porte sur son dos un carton de flacons « bacchusiens »  pour notre pique-nique. Mais il n’y a dans ce carton qu’un fagot de petit bois sec pour faciliter l’allumage du feu. Je vous l’affirme droit dans les yeux, bien que la formule soit aujourd’hui bien dépréciée !

 

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Il faut dire qu’en hiver le climat qui règne au sommet du Caroux n’a rien de méditerranéen, même si la grande bleue n’est qu’à 50 kilomètres à vol d’oiseau. Neige, blizzard et brouillard y sont fréquents et il est difficile d’y survivre une journée sans faire une bonne flambée dans le refuge de Fontsalès où nous vous avons maintes fois emmenés.

 

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Les nombreux torrents qui prennent leur source dans ce massif et contribuent à son érosion – et oui, l’heure tourne même pour les montagnes – sont alors abondants, ce qui les rend parfois difficiles à franchir, comme nous l’allons voir tout à l’heure.

 

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Après avoir essuyé une belle averse, nous faisons halte dans le refuge de Fontsalès, qui est pour les randonneurs mécréants ce que le paradis est pour les croyants, à la petite différence près que personne n’a encore jamais montré de photo du paradis.

 

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Et histoire de vous prouver que le paradis est plutôt sur terre que dans les nues, voici la photo du menu servi à Fontsalès ce jour là et que Georges de la Tour peintre du XVIème siècle, célèbre pour son art de restituer les ambiances éclairées par une bougie, aurait été, j’en suis sûr, heureux d’immortaliser.

 

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Revigorés, nous prenons le chemin du retour qui plonge – le mot n’est pas trop fort - vers la vallée où un  soleil timide daigne enfin se montrer.

 caroux,paradis,georges de la tour,caladeComme souvent en hiver, où les bipèdes se font rares dans le massif, nous apercevons sur un éperon rocheux quatre magnifiques mouflons qui font sans doute sécher leur pelage au soleil enfin revenu.

 

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Ils ont, pour une fois, l’extrême amabilité de se laisser observer, mais probablement savent-ils qu’ils n’ont rien à craindre de nous car les Nemrods ventripotents n’empruntent jamais des chemins aussi escarpés. Ils se postent généralement là où leurs 4X4 ne peuvent plus passer.

 

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Nous poursuivons notre descente sous l’œil bienveillant du roi des lutins du Caroux, perché sur son promontoire d’où il contemple  la beauté ineffable de son royaume.

 

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Et il est vrai que  ce modeste massif  qui ne dépasse pas les 1100 mètres d’altitude n’a rien à envier à ses alter ego alpin ou pyrénéen en matières de gorges, de falaises,  d’à pics et d’aiguilles rocheuses, comme le savent celles et ceux qui nous suivent depuis des années.

 

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Je vous ai laissé entendre, au début de mon récit, que les torrents du Caroux pouvaient poser, en cette saison hivernale,  quelques problèmes  de franchissement. A vrai dire, les problèmes sont pour votre serviteur car l’ami Gibus, qui doit être un clone de « superman », se rit de ce genre d’obstacles.

 

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En deux temps, trois mouvements Gibus franchit les deux bras du torrent avec une élégance et une légèreté dignes d’un danseur étoile. Bravo l’artiste !

 

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Cet obstacle franchi, la descente se poursuit sans encombre, les arbres morts ayant jusqu’à présent – touchons du bois – l’excellente idée de se coucher avant ou après notre passage. Ce qui est heureux sinon Eldorad'oc serait fermé depuis longtemps !

 

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Et nous rejoignons notre point de départ par l’un de ces magnifiques chemins caladés bâtis par les anciens, qu’en pensée nous remercions chaleureusement pour le travail gigantesque qu’ils ont effectué et qui nous permet d’accéder à cette merveille qu’est le Caroux .


Si vous appréciez Eldorad'Oc je vous invite à découvrir mon nouveau blog consacré à la photographie grand format  

  

 FOTORAMA

 

Texte & Photos Ulysse

 

06/03/2013

A l’assaut du Roc du Caroux, cramponnez vous !

 

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Hello ! C’est moi Léo, me voilà de retour dans le  Languedoc pour quelques jours de vacances. Pendant tout l’hiver j’ai suivi les aventures  de Gibus et de mon Papi Ulysse dans les massifs du Haut Languedoc et ça m’a donné des fourmis dans les jambes. J’avoue qu’ils m’épatent ces « vieux » qui résistent vaille que vaille au principe de l’entropie  et je connais pas mal de mes copains qui auraient du mal à les suivre. Mais moi qui ai  collé à leurs basques depuis ma plus  tendre enfance, je leur file le train sans difficulté. Il faut dire que le cocktail hormonal de l’adolescence est, pour ce qui me concerne d’une efficacité redoutable,  et pas seulement pour les loisirs de plein air, car c’est avec frayeur que ma mamie me voit me mettre à table !

 

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Nous voilà donc partis, en ce froid matin hivernal, Gibus, papi et moi à l’assaut du Roc du Caroux par les abrupts et pierreux sentiers des Gardes, des Aiguilles et du Rieutord.  Moi, le parigot condamné à respirer un  air qui sent le benzène et l’eau croupie (la région parisienne est en cette saison un vrai marigot)  je dois vous avouer qu’au sein de cette nature sauvage  dont l’air est pollué par les seuls  pets des mouflons,  je revis !

 

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Nous partons du pont des soupirs qui franchit le torrent d’Héric pour nous diriger vers le col de Bertouyre. Ce pont est bien nommé car à peine l’a-t-on traversé que le sentier met votre souffle et votre cœur à rude épreuve. Aussi ceux qui sont déjà passés par là ne peuvent que soupirer, sachant ce qui les attend. Mais bon, le panorama qui s’offre à vous vous récompense de vos efforts. Quand on est citadin, on finit par oublier que la nature peut être aussi belle. Mais n’est ce pas cette faculté d’oubli qui permet à l’homme de supporter l’insupportable et notamment les métros bondés de gens crevés et maussades et les trains de banlieue en retard ?

 

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Quittant la piste des Gardes fort bien entretenue nous abordons la piste des Aiguilles, beaucoup plus rocailleuse et sportive et  qui, à plusieurs reprises, s’ingénie à nous faire descendre les quelques dizaines de mètres que nous avons eu quelque peine à grimper. Ce petit manège dure environ trois quart d’heure au terme desquels nous nous retrouvons à la même altitude qu’au départ. Je me doute que Gibus et papi ont choisi cette piste pour tester ma résistance et je suis leur rythme sans me plaindre, soucieux de leur montrer que les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas que les pouces de musclés et sont capables de faire autre chose que d’envoyer des SMS et de jouer aux jeux vidéo.

 

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J’avoue même que je prends plaisir à emprunter ce genre de chemin taillé par les éléments  dans le corps rocheux du Caroux.  A chaque pas on doit assurer son équilibre en s’aidant  des mains, ce qui crée un lien charnel avec cette montagne  qui au fur et à mesure que l’on grimpe nous transmet son énergie. C’est ainsi que Gibus et mon papy, qui l’arpentent au moins une fois par semaine, restent aussi alertes que des mouflons.

 

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Et puis le panorama qui s’offre à nous dans les trouées de verdure est grandiose. Les aiguilles de pierre se succèdent, orgueilleuses et pourtant vouées à disparaître sous la morsure tenace et patiente du gel, du soleil, de la pluie et du vent. Mais nous serons depuis longtemps retournés en poussière quand cela se produira, à moins que les scientifiques n’aient trouvé d’ici là l’élixir de longue vie. Mais si c’est pour prendre sa retraite à 1255 ans et faire toute sa vie des petits boulots sans intérêt, moi je dis non merci !

 

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Nous parvenons enfin au bout de la piste des Aiguilles pour aborder celle du Rieutord qui monte franchement à travers un chaos de rochers et de végétation, ce qui donne à notre périple un coté « Indiana Jones » qui n’est pas fait pour me déplaire.

 

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Après avoir traversé le torrent du Rieutord, le sentier grimpe sur des dalles rocheuses que le brouillard qui monte n’a pas, fort heureusement, encore rendues glissantes. La randonnée en montage est un bon exercice pour développer sa concentration car il faut à chaque pas s’assurer de la solidité de ses appuis et il est conseillé aux doux rêveurs de s’abstenir ! Mais en existe-t-il encore dans ce monde avide et impitoyable du capitalisme financier d’aujourd’hui ?

 

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Nous parvenons enfin sur le plateau du Caroux au pied du Roc du Caroux(1058m) qui a donné son nom au massif, alors que les premières gouttes de pluie se mettent à tomber. Mais cela ne nous inquiète guère car il ne nous reste plus qu’une petite demi-heure de marche sans difficulté particulière pour rejoindre le refuge de Fontsalès.


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Nous y voici enfin et Gibus fait une nouvelle fois la démonstration de son talent pour « allumer le feu » ! Jauni Halidadais peut en la matière aller se rhabiller, il ne fait pas le poids vis à vis de l’ami de mon papi ! Au passage vous remarquerez que nos T-Shirts sont trempés comme des éponges, ce qui vous donne une idée de la suée que nous avons attrapée en montant jusqu’ici malgré la température hivernale.

 

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Et quel bonheur de déguster enfin une omelette fumante cuite au feu de bois, moi  qui ai  ces dernières semaines bavé d’envie en les contemplant  sur le « blog » de mon papi. Vous qui en rêvez, je vous souhaite d’avoir un jour ce bonheur aussi !

 

 

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Je serais bien resté là le reste de mes vacances mais Gibus et papy qui ne sont pas sans ressource et sans expérience  auraient quand même eu du mal à satisfaire mon appétit féroce.Et quand j’ai très faim je deviens difficile à gérer !! Nous prenons donc le chemin du retour par un sentier heureusement plus convivial qu’à la montée car le temps ne s’est pas arrangé.

 

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Ce massif du Caroux , pourtant de taille modeste, est étonnant par la diversité des panoramas qu’il offre. De multiples torrents y ont creusé d’impressionnantes gorges qui lui donnent, par endroits, un aspect pyrénéen.

 

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Au fur et à mesure que nous descendons, nous retrouvons des conditions plus clémentes, ce qui ajouté au parfait état du chemin nous permet doucement de récupérer des efforts intenses fournis à la montée.

 

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Mais il ne faut pas se fier aux apparences, même quand les conditions semblent favorables, la montagne est imprévisible et toujours un danger nous guette, comme cet énorme rocher en équilibre instable qui pourrait profiter de notre passage pour se laisser choir sur le chemin. Bon, je ne pense pas que ce soit demain la veille, mais on a mis cette photo juste pour faire frémir papa et maman qui sont toujours un peu inquiets quand le grand-père emmène ses petits enfants en randonnée !

 

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En approchant du point de départ le chemin offre l’un des plus belles perspectives sur le massif du Caroux que l’on puisse admirer. Oui vraiment ce petit massif n’a rien à envier à son grand frère pyrénéen et c’est un bonheur que de pouvoir y randonner !

 

Texte Léo et Ulysse, photos Ulysse

 


01/03/2013

Métamorphoses sur le Caroux

 

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Depuis des années que Gibus et moi arpentons le Caroux  nous avons contribué, par l’impact de nos souliers, à maintenir les sentiers qui le traversent, seule trace anonyme de notre passage. Ainsi un lien secret nous unit aux milliers de randonneurs qui les ont aussi empruntés, dont l’énergie conquérante a imprimé sa marque sur  le ballet des atomes qui constituent leur trame de terre et de cailloux.

 

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Toutes les créations de ce monde, qu’il s’agisse d’arbres, d’hommes, d’herbe, de cailloux ou de nuages ne sont que des amas moléculaires plus ou moins denses virevoltants dans le vide et issus du même « potage » primitif. Là où nous croyons voir des séparations existe un continuum, comme la trame d’un tapis où les motifs se juxtaposent sur un fond uni. Je suis ainsi un lointain parent de cet arbre que je croise et que je ne manque pas de saluer avec respect, comme il se doit entre entités de la même fratrie.

 

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Je rencontre ce que je pense être les traces laissées par un renard lors de ses pérégrinations nocturnes ou matinales. A tout moment sans nous en rendre compte nous modifions l’ordre des choses et lorsque la mort nous saisit, même si nous tombons dans l’oubli, l’univers conserve à jamais l’impact de notre passage et c’est en cela que nous sommes immortels.

 

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L’hiver a  revêtu ces chardons d’une gangue de glace qui embellit leur face patibulaire. L’eau, qui peut tour à tour avoir une forme liquide, solide, gazeuse ou neigeuse, est le parfait exemple de cet incessant ballet de transformations auquel notre univers est soumis.

 

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Et ce ne sont pas ces bruyères qui se plaindront de cette métamorphose qui leur confère une beauté aussi grande qu’à l’acmé de leur floraison estivale.

 

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Ni cet aulne dont les branches sont  hérissées d’une myriade de chandelles de glace que le soleil aura tôt fait de consumer.

 

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En cet endroit sauvage où les rudes conditions hivernales dissuadent les promeneurs de venir, une lionne a trouvé refuge pour y  faire une sieste que je mets un point d’honneur à ne pas troubler. Outre le fait que je suis d’ordinaire respectueux du sommeil des autres, je suis aussi soucieux de ne pas être, trop précipitamment, transformé en « hot dog » et recyclé dans le grand maelström des atomes de l’univers.

 

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Ne plaignons pas ces arbres d’être habillés et immergés dans un champ de neige ils sont parfaitement adaptés au froid et puis, étant condamnés à l’immobilité, ils sont certainement ravis de cette transformation du paysage qui doit leur donner le sentiment de voyager.

 

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Et ces hêtres semblent également  enchantés de la lumière que renvoie ce tapis de neige qui irradie leur feuillage marcescent.

 

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Mais revenons aux incessantes métamorphose du monde qui affectent même le corps rugueux et résistant d’orthogneiss du Caroux. Le vent, le soleil, le gel et la pluie conjuguent leurs forces pour y créer des sculptures à l’improbable équilibre.

 

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Ils créent aussi d’étranges monstres figés dans un silencieux défi, animés sans doute par d’ancestrales  colères que les atomes de défunts ont emporté avec eux au royaume de la nuit.

 

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Une brebis égarée bêle sur mon passage, me prenant sans doute pour son berger. Je la fais taire en la mettant en garde contre la présence d’une panthère non loin de là, qui pourrait n’en faire qu’une bouchée. Cela dit, à choisir, mieux vaut que ce soit elle que moi. La fraternité avec les autres êtres de ce monde  a des limites.

 

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Amoureux des arbres, je suis, vous le savez. J’admire leur ténacité et leur générosité, car ils nous offrent, l’été, leurs frais ombrages qui rendent nos siestes plus agréables ainsi que leur oxygène sans lequel notre planète serait irrespirable. J’admire, en particulier, celui-ci nourrit au jus de roche et qui brave Dame tramontane qui en a déraciné des plus gros que lui !

 

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Je vous le présente tel que le voit peut être le lézard, la sauterelle ou la buse dont les spectre chromatique de la vision est différent du notre. Car le monde que nous voyons est spécifique à notre appareil sensoriel, il n’a pas de réalité intrinsèque, il n’est qu’une vision parmi des milliers d’autres possibles.

 

 

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C’est une chose que les grands peintres et notamment les impressionnistes ont comprise et nous ont fait découvrir dans leurs tableaux : une ombre peut être bleue, rose, verte  ou jaune et les cieux animés de tourbillons d’énergie.

  

Texte & Photos Ulysse

   

22/02/2013

Un vieil huron, de la neige, du blizzard et des œufs au bacon, c’est tout bon !


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La loi générale de l’évolution de l’univers est celle de l’entropie  qui fait, comme le dit le philosophe Jean Zin*, que tout se dégrade, tout fout le camp. C'est la rouille qui ronge le fer, la vieillesse qui nous gagne, le feu qui s'éteint, nos genoux qui se bloquent,  le temps qui s'enfuit. En résumé  l'entropie c'est que tout passe, tout lasse, tout casse, c'est ce qui rend le temps irréversible, les dégradations et les pertes d'informations irréparables, la mort certaine. Dans une veine plus poétique l'ami Léo a fait également le même constat dans sa superbe chanson "Avec le temps".

 * Dont je vous invite à lire ce décapant article sur la panade dans laquelle nous sommes et les maigres espoirs que nous avons de nous en sortir ! Haut les cœurs !

Et c’est pour tenter de ralentir  cette évolution, qui nous conduit petit à petit inéluctablement dans « le trou », si possible en riant et en dansant comme le chantait l’ami Jacques,  que nous n’arrêtons pas de grimper les montagnes mes amis et moi. Nous pensons naïvement que plus haut nous serons perché, plus longue sera la chute ! A chacun ses illusions !

Toujours est-il que nous voilà donc partis, Marie, Ghis, Jean-Mi, Gibus et moi, en ce matin du 12 février dernier,  à l’assaut du Caroux par le col de col de Bertouyre et le rocher de Luchet. A voir le barda que porte l’ami Gibus, vous comprendrez que le Caroux durant l’hiver n’est pas un endroit où l’on cueille des pâquerettes. La météo prévoyant des températures négatives et un vent à décrocher les oreilles, nous emportons un « cubi d’antigel »….Bon, tenant à l’estime de mes lectrices (mes lecteurs sont sur ce point plus indulgents) je précise que je plaisante et que le carton en question contientt, non  pas un divin nectar, mais du petit bois pour faciliter le démarrage du feu, vu qu’une épaisse couche de neige recouvre le sommet des montagnes et donc le bois mort qui s’y trouve.

 

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Le chemin qui passe au pied du rocher de la Tour de Guet nous donne le sentiment d’évoluer dans un « shan shui », ces sublimes peintures de paysage de la Chine antique, que les artistes de la Chine « en toc » d’aujourd’hui seraient bien en peine de reproduire. D’ailleurs ce pays qui semble aujourd’hui si menaçant n’est qu’un immense château de cartes qu’une tempête, un jour pas si lointain, emportera.


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Et là nous tombons sur une scène inhabituelle en ces lieux : un panneau signalant des travaux de réfection du sentier ! Et, effectivement, un artisan est à l’œuvre qui remet en état avec art et patience le sentier fortement érodé. Saluons ici l’initiative du Conseil général de l’Hérault, pas toujours soucieux du bon usage des fonds publics, comme en témoigne cet article

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Soudain nous entendons un tonitruant « Hugh ! » au dessus de nos têtes. Levant les yeux nous apercevons un vieil huron installé sur la pente et qui contemple l’horizon. « Hugh » lui répondons nous en chœur sans rien ajouter d’autre, n’étant pas familier de la langue wendate.

 A notre grande surprise, il nous réplique dans un français irréprochable : « Oh ! visages pâles, je vous déconseille vivement de grimper là haut aujourd’hui, c’est le grand chambardement ! Vous allez y perdre vos scalps ! ». Personnellement cette perspective ne m’inquiète guère vu que mon scalp est depuis longtemps resté accroché à mon peigne !

 

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 Suivant son regard nous découvrons qu’effectivement les cimes sont, pour l’heure, balayées par la Tramontane qui soulève un voile de neige. « Nous sommes habitués et nous allons au refuge de Fontsalès où nous pourrons nous réchauffer » lui répond-t-on.  « Vous êtes courageux et j’implorerai Wacondah afin qu’il vous apporte sa protection. Mais comme aujourd’hui même les dieux sont faillibles, j’appellerai les secours avec mon portable (oui, même les vieux hurons ont des portables aujourd'hui !) si vous n’êtes pas redescendus à 17 heures ». Après avoir remercié ce noble et brave huron pour sa sollicitude, nous poursuivons notre ascension.

 

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Nous arrivons, sous un ciel encore clément, au col de Bertouyre situé à mi-pente. Nous y trouvons les premières traces de neige qui nous signalent que nous venons de franchir l’isotherme zéro degré et qu’il nous faut donc couvrir soigneusement nos extrémités les plus exposées au risque de gel. Il est donc préférable d’avoir satisfait a ses besoins naturels avant cette limite !

 

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En prenant un peu d’altitude, le manteau neigeux s’épaissit, ce qui crée ce spectacle étonnant - propre aux montagnes méditerranéennes - de forêts de chênes verts arborant un magnifique feuillage, alors que le sol est couvert de neige.

 

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Parvenus à l’altitude d’environ 800 mètres, nous abordons un monde plus minéral. Nous sommes encore protégés du vent par le flanc de la montagne mais le ciel noir au dessus de nous, nous fait comprendre ce qui nous attend.

 

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Les ramures des bosquets d’arbres dénudés dessinent de superbes arabesques qui illuminent le paysage. Qui osera dire que l’hiver est une triste saison !

 

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Un lapin des neiges nous regarde passer le cœur palpitant craignant de finir ses jours dans une casserole. Mais nous le rassurons en lui disant que nous avons largement de quoi nous sustenter et qu’il n’est pas prévu au menu.

 

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Parvenus au pied du rocher du Luchet, je vais rendre visite à mon copain l’arbrisseau, que mes lecteurs connaissent bien, et qui fait vaillamment front aux intempéries en haut de la falaise qui surplombe l’Orb. C’est la grandeur et la servitude d’être un arbre que de ne pouvoir échapper au lieu qu’a choisi pour vous le destin. Il y a aussi parmi les hommes des aventuriers un peu fous et solitaires mais eux peuvent à tout moment rejoindre la chaude compagnie de leurs congénères.

 

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Nous parvenons enfin sur le plateau balayé par le blizzard et nous nous demandons quelques instants si nous n’aurions pas dû suivre le conseil du vieil huron. Mais l’heure sacrée du déjeuner approchant il est trop tard pour faire demi-tour. Nous décidons donc de poursuivre notre périple pour rejoindre le refuge situé non loin de là.

 

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La chance souriant toujours aux audacieux, nous tombons sur un arbre mort qui nous tend ses branches secourables pour alimenter notre feu.

 

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Gibus, ayant autant de ressources que les couteaux suisses (c’est normal vu qu’il est d'origine helvète !) utilise sa corde pour nous permettre de tracter plus aisément la provision de bois ainsi faite.Vous devez vous dire que je profite habilement  d’être le photographe attitré du groupe pour échapper à cette corvée.

 

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Que nenni ! Ma photo faite, je prends part à l’attelage comme vous pouvez le voir sur cette autre photo prise par Marie. Et ne mettez pas ma parole en doute sous prétexte que l’on nous voit de dos. Vous pensez bien que mes copains, aussi sympa soient-ils, m’auraient mis ce midi là à la  diète si je ne leur avais pas donné un coup de main. L’amitié  n’est pas quelque chose qui va de soi, ça s’entretient !

 

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Pendant que nous ahanons sous le poids du fardeau, nos compagnes avancent tranquillement. Mais n’est ce pas quand la force sert la tendresse que le monde devient harmonieux !

 

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Nous investissons le refuge et sortons les victuailles liquides et solides de nos sacs. Au menu du jour nous trouvons : vin chaud, potage maison aux légumes, charcuterie, œufs sur le plat au bacon, fromage, pâtisseries, café, thé, chocolat le tout arrosé d’un Bordeaux et d’un vin du Languedoc. Qui dit mieux ? Et c’est beaucoup moins cher que chez les frères Pourcels où la tranche de pâté vous est vendue au prix de l’or !

 

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Vous avez été nombreux a apprécier les œufs au plat de la semaine dernière, aussi je ne peux que vous inviter à en reprendre cette semaine mais dépêchez vous car il n’en reste que trois dans la poêle !

 

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Pendant que nous déjeunions, le vent a redoublé de violence. Aussi avant de prendre le chemin du retour nous nous emmitouflons pour affronter la tourmente.

 

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La porte à peine ouverte, nous comprenons ce qui nous attend.  Des tourbillons de neige soulevés par la Tramontane balaient le paysage. Seul élément un brin rassurant (pas deux ! un !) le soleil est malgré tout présent qui crée une ambiance féerique.  Courageusement nous nous jetons dans la bataille comme des parachutistes se précipitent dans le vide.

 

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Ayant dévalé le long du rocher du Luchet, nous nous retrouvons à l'abri du vent. En approchant du bord du plateau nous  apercevons la plaine en contrebas, dont la brume qui la recouvre masque toute trace d’habitation. Nous avons le sentiment d’être des explorateurs qui découvrent un continent inconnu.

 

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Ayant basculé vers la plaine nous retrouvons des conditions définitivement plus clémentes et nous sommes heureux au passage de rassurer le vieux Huron sur notre sort.

 

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Arrivés au point de départ, le torrent d’Héric nous invite à y faire un petit plongeon, invitation que nous mettons un point d’honneur à accepter. Après le vent glacial du sommet, l’eau nous paraît presque chaude ! Bon j’exagère un peu, mais que vaudrait la vie sans un brin de folie !

Plusieurs lectrices ont souhaité que je poste la photo où je me baigne et à laquelle Gibus fait allusion (ah ! le traitre !) dans  son commentaire. Celle-ci n'étant pas "décente"  je vous en poste une autre prise lors d'un bain dans un lac gelé des Pyrénées qui prouvera à ceux qui en douteraient que je ne me contente pas de prendre les photos lors de ces baignades "hivernales"!


 

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Texte Ulysse & Photos Ulysse, Jean-Mi (photos datées) et Marie