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09/03/2014

Il neigeait dru ce matin là….

 

Prologue

Ma mère m’a nourri de son lait mais aussi de poésie. Native de Touraine, elle m’a très tôt fait découvrir les poèmes de Joachim du Bellay et  de Pierre Ronsard. Puis au cours de mes études, j’ai découvert Victor Hugo, Alphonse de Lamartine, Gérard de Nerval, Stéphane Mallarmé, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine et Charles Baudelaire, pour ne citer que les plus grands. J’ai abordé ensuite aux poésies plus libres, mais aussi parfois plus « abstraites » ou allusives de Max Jacob, de Guillaume Apollinaire, de Jules Supervielle, de René Char, de Paul Eluard et d’autres encore. Mais, de mes premières amours poétiques, j’ai gardé une affection particulière pour la carrure, l’allure un peu solennelle et déclamatoire de l’alexandrin.  Le flambeau est passé car mes petites filles, Louna et Emilie, apprécient aussi la poésie et versifient de temps à autre. Louna, notamment  nous a gratifié de quelques jolis quatrains dans la note « Pèlerinage sur le Caroux » publiée le 23 février dernier.

 

M’inspirant de son initiative, j’ai eu l’idée de composer ce grand poème en alexandrins sur les photos que j’ai prise récemment sur le massif de l’Espinousse, un matin où il neigeait. Les puristes constateront que certains de mes vers ne respectent pas exactement la règle des douze syllabes ni des deux hémistiches de six pieds. Mais le grand Victor lui même n’a-t-il pas dit « J'ai disloqué // ce grand niais // d'alexandrin » Verlaine et Rimbaud ont fait de même. N’étant qu’un modeste amateur et un nain par rapport aux poètes que j’ai cités,  j’espère que vous me pardonnerez ces quelques imperfections formelles, mais le cœur y était !

 

 

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Il neigeait dru ce matin là sur l’Espinousse,

J’y suis monté à l’aurore, vieux loup solitaire,

Sur mon front ridé, comme la neige était douce,

Baisers de la nature  qui rendent aimable l’hiver.

 

 

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Vers les nuages noirs qui couraient dans les cieux,

Les pins rugueux dressaient leurs fûts gigantesques,

Quand les hommes auront coupé le dernier d’entre eux,

La Terre connaîtra alors une époque dantesque.

 

 

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Dans cet univers chaotique et minéral

Où s’efface aussitôt  l’empreinte de nos pas,

Ici et là  se dresse un cairn comme un fanal

Qui tisse un lien secret entre ceux qui passent là.

 

 

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Les hêtres tortueux aux troncs ourlés de neige

Supportent vaillamment la morsure du vent,

En attendant que jaillisse à nouveau la sève

Qui leur donnera leur parure de printemps.

 

 

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Un vieux loup édenté, affamé, tire la langue

Et reconnaît en moi un frère compatissant.

Mais je ne peux rien pour lui et le laisse exsangue ;

L’univers où l’on vit n’a pas de sentiment

 

 

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Les ruines d’un vieux mas se dressent solitaires

A travers lesquelles la Tramontane gémit.

Où sont les mains qui ont dressé ces murs de pierre,

Où sont les âmes qui ont rêvé et aimé ici ?

 

 

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J’arrive au Plo des Brus, lieu empli de mystère,

Où Brutus dit-on édifia un camp romain.

Aujourd’hui y règne  en maître la bruyère,

Où les abeilles l’été font un royal festin.

 

 

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Jusqu’à l’horizon les montagnes se succèdent,

De notre Terre mère orgueilleux mamelons

Que j’aime à parcourir, faible et humble bipède

Qui trouve, dans l’effort, l’âme et le cœur d’un lion.

 

 

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Mais en ces lieux hostiles le plus fort reste frêle,

Comme ce hêtre  géant que l’on voit foudroyé.

Pensons chaque jour que nous sommes mortels,

Et vivons le comme si c’était le dernier.

 

 

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A l’aube de notre vie la route nous paraît belle,

Bordées de merveilles qui restent à découvrir.

Mais hélas les chagrins aux bonheurs s’entremêlent,

Et l’on éprouve certains jours l’envie de mourir.

 

 

 

 

 

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Mais ne perdons jamais espoir car il arrive,

Qu’un arc en ciel surgisse d’on ne sait où,

Et croyant se noyer on aborde une rive,

Où le ciel est plus bleu et l’air est plus doux.

 

 

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Sans doute chacun de nous a-t-il un ange gardien,

Dont le corps subtil se fond dans le paysage,

Qui au moment fatal sagement nous retient,

Et nous empêche de partir au delà des nuages.

 

 

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Parfois, le but nous apparaît  inaccessible,

Mais il faut néanmoins poursuivre son chemin.

Pas à pas on accomplit alors l’impossible,

Quand on  ne renonce pas, le monde nous appartient.

 

 

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Loin des méga-cités, immenses fourmilières,

La nature offre son inaliénable beauté,

Qui nous invite à briser  sans tarder les fers,

Qui entravent nos âmes et nos cœurs étiolés.

 

 

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D’étonnantes merveilles alors  se révèlent,

A ceux qui on gardé une âme d’enfant :

Des nuages  forment des visages dans le ciel,

Et la neige se transforme en mouton blanc.

 

 

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Mais le ciel se couvre, ramenant la tempête

Que mon âme accueille avec sérénité.

C’est lorsque, face aux éléments, nous tenons tête,

Que notre existence a le plus d’intensité.

 

Addendum

  

 

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 J'ai le bonheur d'avoir quatre petits enfants, Léo, Louna, Emilie et Romain (que mes lecteurs connaissent bien) qui aiment la randonnée et qui sont venus en ce lieu et ont donc franchi la barrière que j'avais transformée pour l'occasion en "péage-bisous".

 

De retour à la barrière du col de l’Ourtigas

Le soleil est de nouveau au rendez-vous.

A mes petits enfants, je rends aujourd'hui hommage

Ici, ils m’ont payé le passage en bisous !

 

 

PS : Je vous invite également à découvrir un nouvel article   "I want to be a rockstar" sur mon  blog musical  OLD NUT agrémenté d'une nouvelle chanson auquel vous pouvez accéder en cliquant ICI

  

Texte & Photos Ulysse 

 

 

19/08/2010

Du col des Planes à Roquendouire : rien que du plaisir !

 

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Je dois vous avouer que le titre de la balade que je vous propose de faire est un peu abusif, mais, comme le dit mon papy, dans le monde d’aujourd’hui pour attirer l’attention, il faut être un peu hâbleur et, comme le fait sans vergogne Nicolas,  promettre aux gens la lune, même quand on ne peut leur offrir que son reflet dans un marigot.

Quand je prétends donc que le chemin qui mène du col des Planes à Roquendouire n’est que du plaisir, je travestis un peu la réalité vu que j’y ai, certes par ma faute je le reconnais, enduré quelques souffrances , mais laissez moi vous contez mon aventure.

Partant du col des Planes, la montée vers le sommet de la montagne d’Arret vous laisse sans voix, ce qui dans mon cas est un phénomène extrêmement rare : le camaïeu de mauves des bruyères, la chevelure verte des pins ébouriffés par le vent, le ciel qui ressemble à une mer céleste traversée de vagues argentées composent un paysage dont la beauté vous étourdit.

 

 

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Parvenue au sommet, cette beauté s’étend à l’infini et par l’intensité de l’émotion qu’elle suscite inspire, malgré sa nature éphémère, un sentiment de plénitude et d’éternité. Je comprends alors que mon existence ne vaudra pas tant par sa durée que par ce dont je la nourrirai. Et dans mes priorités je sais que, dorénavant, l’exploration des sentiers de randonnée l’emportera sur la recherche des boites de bonbons planquées dans les placards de ma mamy.

 

 

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Nous redescendons vers le Col de l’Ourtigas que précède une barrière. Je tente vainement d’instaurer un péage auprès des adultes pour garnir ma tirelire où il y a autant de pièces que de cheveux sur le crâne de mon papy. Mais, hélas, je n’ai pas encore les pouvoirs de Christine qui a un droit régalien de préemption sur chaque euro durement acquis par mes concitoyens en âge de gagner leur vie .

 

 

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Du col nous empruntons un chemin qui remonte vers le Plo des Brus où mon papy vous a déjà emmenés cet hiver avec son copain Gibus par un temps où seuls les mouflons se risquent à mettre le nez dehors. Mais il est vrai qu’à force de parcourir la montagne Gibus et mon papy sont devenus mi-hommes mi-mouflons.

Nous longeons une arête rocheuse où un rocher en équilibre instable nous menace comme une épée de Damoclès. Moi d’habitude si bavarde je m’abstiens de parler car si le rocher tombait on serait capable de me faire porter le chapeau et j’en ai assez que l’on me surnomme « Calamity Louna » . Dans toute communauté il faut, vous le savez bien, un bouc émissaire, comme l’a très bien analysé René Girard dans son ouvrage «  Les choses cachées depuis la fondation du monde » qui n’est certes pas au programme du CM1 mais que j’ai trouvé dans la librairie de mon papy et qui m’a passionné. Comment voulez vous survivre dans une cour de récré si vous ne connaissez pas les ressorts de l’âme humaine ?

 

 

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A mi chemin nous nous arrêtons pour admirer le paysage. Moi qui vis dans une grande ville et suis habituée à avoir pour horizon des barres d’immeubles, je suis stupéfaite par l’immensité de la terre. Au risque de paraître un peu prétentieuse je suis également admirative de la distance que peuvent parcourir mes petites jambes en une journée. Et c’est grâce à mon papy que je l’ai découvert . Comme quoi les vieux que les entreprises mettent sans vergogne au rebut peuvent encore en apprendre aux jeunes .

 

 

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Dans ces montagnes minérales les chemins s’effacent vite et le promeneur s’égarerait si des mains secourables n’édifiaient pas ces minis phares de pierres que sont les cairns .

 

 

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Nous croisons un hêtre multiséculaire et débonnaire qui me laisse volontiers escalader ses branches . L’une d’elles a été brisée par un orage ou une tempête mais je ne l’entends point gémir . Epatée par son stoïcisme qui me rappelle celle du Loup célébré par Alfred de Vigny (comme mon papy , j’adore la poésie) je lui promets de ne plus crier « maman bobo » dès que j’aurai une écorchure.

 

 

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Nous parvenons sur le Plo de Bru où quelques mamelons rocheux se dressent, témoignages d’anciens pics vertigineux qui dépassaient les 6000 mètres il y a 600 millions d’années soit 60 millions de fois ma courte existence. Le temps est un abîme qui me donne le tournis !

 

 

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La fatigue et la faim se faisant sentir je commence à avoir des hallucinations et crois voir des tas de crêpes posés sur le Plo mais mon papy me dissuade d’y planter les dents.

 

 

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Nous choisissons un lieu de pique-nique offrant une vue imprenable sur la ligne de crête déchiquetée de la Serre de Majous. Je suis heureuse de savoir qu’il y a des endroits dans le monde à l’abri de l’avidité des promoteurs immobiliers où je pourrai en me réfugier pour faire une cure de silence, d’air pur et de beauté quand j’en aurai marre d’entendre mes géniteurs m’imposer des activités aussi médiocres et triviales que de ranger ma chambre.

 

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Ayant fait le plein d’énergie nous entamons la descente sur le flanc sud de la Serre de Majous par un chemin chaotique et empierré. C’est là où la dure réalité du milieu montagnard va se révéler incompatible avec l’une de mes rares faiblesses : ma tendance à être dans la lune (ce dont mes parents au demeurant sont responsables vu le prénom qu’ils m’ont donné).

 

 

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En effet, alors que je contemple admirative un arbrisseau qui s’est aventuré sur les contreforts de la Serre exposés aux vents, je trébuche dans un trou du chemin et me tords la cheville . Mon entourage est très vite au courant de ma mésaventure car la puissance de ma voix est inversement proportionnelle à mon age. Mes parents me disent d’ailleurs qu’à moi seule je suis une chorale !

 

 

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Après examen de ma cheville, il ressort qu’il y a plus de peur que de mal et beaucoup de bruit pour rien, comme aurait dit ce cher William . Après un bon massage et quelques minutes de repos, nous nous remettons en route.

Nous apercevons enfin le portail de Roquendouire, où mon papy vous a tant et tant de fois emmenés, et qui marque le terme de la descente. Je ne suis pas pour autant rassérénée car si l’objectif est en vue, il nous reste un bon bout de chemin à parcourir, ce qui m’oblige à rester concentrée : un vrai challenge pour ce qui me concerne !

 

 

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Par moments le chemin disparaît sous les buissons de genêts ou de bruyères et seuls les cairns qui le ponctuent nous permettent de ne pas en perdre le fil.

 

 

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Je décide d’apporter ma contribution à ces oeuvres modestes et pourtant fondamentales de l’humanité et d’y ajouter quelques pierres. Je suis ainsi fière de pouvoir dira qu’à dix ans j’aurai aider les gens à rester sur le bon chemin !

 

 

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Bon cela dit , il ne faut pas croire que je suis du genre à toujours marcher dans les clous, j’ai un esprit très indépendant et réponds rarement à la première injonction parentale. Mais comme je vous l’ai déjà expliqué, avec un beau sourire beaucoup vous est pardonné.

 

 

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Nous avons enfin retrouvé des chemins carrossables et j’en profite pour filer devant et vous laisser un instant en compagnie de mon frère Léo . Cela vous reposera un peu car il est beaucoup moins bavard que moi.

 

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Les exigences métaboliques de nos organismes en pleine croissance nous conduisent à faire une pause pour le goûter au hameau de Caissenols. Le souvenir de mes jeux de construction qui s’achevaient toujours en catastrophe me rend admirative du génie des anciens qui savaient édifier des maisons capables de traverser les siècles en superposant des pierres disparates. Les pouvoirs d’Harry Potter sont de la roupie de sansonnet à coté. Cette dernière expression me fait toujours rire bien que son origine soit un peu rebutante !

 

 

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Je me sens bien en ces lieux sereins et chargés d’histoire qui me reposent de la vie frénétique des villes. Je ne sais ce qui l’emporte de ce que l’homme a gagné et de ce qu’il a perdu en quittant ces lieux. Certes nous avons dorénavant le confort domestique moderne, mais j’ai horreur de passer l’aspirateur et nous avons perdu le goût de contempler la nuit venue sur la voûte céleste les serpents d’étoiles chers à Giono. Et quelqu’un qui ne regarde plus le ciel nocturne , peut il être conscient du mystère qu’est notre vie ?

 

 

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Pour revenir au point de départ, nous franchissons le ruisseau qui alimentait autrefois le hameau en eau potable avant de remonter vers le Col des Planes. La sécheresse de l’été l’a réduit à un chapelet de vasques immobiles où les arbres  mirent leurs frondaisons condamnées à bientôt disparaître. Ainsi vont toutes choses sur cette terre, éphémères et mortelles comme hélas les vacances qui vont bientôt se terminer. Aussi je vous dis à la prochaine !

 

Texte Louna & Photos Ulysse

08/02/2010

Que la neige était douce sur l’Espinousse !(1ère partie)

 

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Quel privilège et quelle jouissance d’être libre de son temps et de pouvoir se mettre en chemin de bon matin pour aller « la haut » sur l’Espinousse où un tapis de neige fraîche vous attend….

Fleuron, avec le Caroux, des hauts cantons héraultais, le massif de l’Espinousse culmine à 1152 mètres. Contrefort méridional du Massif Central, il constitue une zone de transition entre climats océanique et méditerranéen, ainsi qu’une ligne de partage des eaux.

 

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Pour accéder au plateau sommital, on emprunte tout d'abord l'un de ces antiques chemins caladés bordés d’un muret de pierre qui reliaient autrefois les villages et permettaient d’accéder aux terrasses cultivées ou d’emmener, l’été, les troupeaux vers les pâtures d’altitude.

Dans cette zone plus fraîche au sol acide les chênes pubescents et les fougères se substituent aux chênes verts plus friands de chaleur et mieux adaptés au sol calcaire.


 

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On prend peu à peu de l’altitude et le chemin se fait plus chaotique étant bousculé par les éboulis tombés de la montagne qui s’effrite. Car les montagnes vieillissent aussi, bien qu’à un rythme si lent qu’elles nous paraissent éternelles. Mais n’avons nous pas, nous aussi, ce sentiment d’éternité qui fait que souvent nous gâchons les jours de notre vie à se préoccuper de billevesées ?


 

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Quatre jeunes mouflons, apparemment sereins, nous regardent approcher . Depuis quelques sorties, nous sommes étonnés de constater que les mouflons ne se sauvent plus à notre approche. A force d’arpenter le massif serions nous devenus un peu mouflons ? Peut être du moins en avons nous l’odeur ?


 

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Au fur et à mesure que nous nous rapprochons, ils gardent néanmoins leur distance et nous font une démonstration de leur agilité en cavalcadant dans les rochers ! Même Gibus, pourtant rompu à ce genre d’exercice, aurait du mal à les suivre.


 

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Vous comprenez sans doute en contemplant ce paysage pourquoi nous tenons tant à aller « la haut » au pays des mouflons et des nuages. Contrairement à ce que les « marchophobes » prétendent, nous ne marchons jamais pour rien, sauf si contempler la beauté du monde est « rien » . Et il est vrai que dans le monde « d’en bas », celui des hommes, où tout est monétarisé, soumis au critère de rentabilité, la beauté d’un paysage est une « non valeur » sauf si l’on peut y construire des hôtels de luxe pour en tirer profit.


 

 

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Nous faisons face au Roc Forcat qui domine le vallon du Vialay et dont le nom lui vient de son sommet fourchu. Sans doute un autre fait d’arme de Roland que l’histoire n’a pas retenu !


 

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Nous voici arrivés sur le plateau sommital à 1066 m d’altitude (chaque mètre compte !) où se tient la chapelle Saint Martin du Froid construite au XIXème siècle sur la base d’un édifice plus ancien, dans lequel on a retrouvé un sarcophage mérovingien.

Cette chapelle, dédiée à ce soldat romain qui partagea son manteau avec un pauvre mourant de froid aux portes d’Amiens, servait autrefois, dit-on, de signal et de refuge en hiver, en cas de tempête de neige ou de brouillard.

 

 

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De ce lieu le panorama porte jusqu’à la chaîne des Pyrénées, dominée par le Canigou qui émerge d’une mer de nuages. Nous avons l’impression d’être seuls au monde et pourtant dans les plis et replis des monts et des vallées qui s’étendent autour de nous, des milliers de gens vaquent à leurs occupations, souvent cloîtrés entre quatre murs, privés de la beauté et de la vastitude du monde.

L’homme trouvera-t-il un jour une alternative à nos sociétés qui nous enchaînent au travail dans une quête incessante de « l’avoir . Sans vouloir idéaliser le mode de vie des tribus amérindiennes, n’a-t-on pas perdu, en les exterminant, la possibilité de trouver une voie vers une existence équilibrée entre l’être et l’avoir et une relation harmonieuse avec la nature.


 

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Le problème, je le reconnais, n’est pas simple et je vous invite à nous rejoindre au café du commerce du coin, installé dans la maison forestière du Cruzet, pour en discuter autour d’un verre de vin chaud !

A suivre....

 

Texte & Photos Ulysse

28/11/2009

Etonnez vous, allez sur le Caroux ! (1ère partie)

 

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Pour la majorité des vacanciers l’Hérault est le département de la Grande Motte, de Palavas les Flots ou du plus grand lupanar d’Europe : le cap d’Agde !

Certes les plages de ce vaste département ne manquent pas de charmes, le pluriel s’imposant dans ce cas car on y trouve l’été la plus grande densité de zigounettes, de zézettes et de roplopos dénudés du monde développé.

Mais mes fidèles lectrices et lecteurs savent qu’il comporte bien d’autres merveilles et notamment le superbe massif Montagneux de l’Espinousse . Oh ! j’entends les pyrénéens , les alpiniens et les auvergnats s’esclaffer en lisant mon propos, mais je leur donne rendez vous au pied du Caroux, le plus beau sommet de ce massif,  et les invite à me suivre – s’ils peuvent ! – sur des sentiers qui leur feront faire plus de 1000 m de dénivelé ! Ils constateront alors que l’Hérault est aussi un département montagneux !

 

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Quand on grimpe sur le Caroux au début de l’été, ses versants et le plateau sommital sont alors couverts de bruyères en fleurs, et la beauté qui s’offre ainsi à vos yeux  transporte votre âme (c’est toujours ça de moins à porter surtout si , comme moi, vous n'êtes pas allé vous confesser depuis votre première communion ) et vous donne le pied léger .

 

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L’un des plus beaux secteurs est celui du vallon du Vialay, que domine le roc Fourcat, immense canine de pierre qui mord dans le ciel bleu. Ne se croirait-on pas en haute montagne, avec de surcroît l’énorme avantage que le climat qui y règne permet de cheminer sans le barda  indispensable dans les autres massifs. On peut ainsi, oh bonheur,  remplacer l’anorak, les gants et la couverture de survie par un flacon, voire deux, de Coteaux du Languedoc. ! Flacons que l’on dégustera, de surcroît, confortablement installé au bord d’un torrent dont les eaux relativement tempérées vous accueilleront pour une tonifiante trempette. Montagnards de tous les pays, cela vous fait rêver,  je n’en doute pas !

 

 

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Le sentier du Vialay traverse une muraille naturelle, curiosité géologique due au basculement du plateau, suite à l’émergence des Pyrénées il y a quarante millions d’années. Le portail de Roquenduire situé dans la montagne de Rosis ainsi que le Pic Saint Loup, autre sommet emblématique de l’Hérault  situé vers le nord est et où  je vous ai déjà emmené, sont nés dans les mêmes circonstances.

 

 

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Au mois de juin, les versants des sommets des Pyrénées et des Alpes s’illuminent des fleurs de rhododendrons, mais le Caroux avec son tapis de bruyère n’a rien à leur envier .

Le mouflon, le sanglier ou le renard qui passent ici  ne perçoivent pas cette beauté et n’y voient qu’un lieu propice à leurs ébats ou à leur recherche de nourriture, de même que l’on n’a jamais vu une poule s’esbaudir devant la forme parfaite de son œuf.

Mais qu’un humain (même s’il est chasseur) reste insensible à un tel spectacle, cela ne se peut. Car le sens du beau est partie intégrante de l’âme humaine et c’est cette reconnaissance spontanée qui témoigne de notre dimension spirituelle.

 

 

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D’ailleurs le vieux roi du Caroux passe  ses journées à contempler les versants fleuris de son domaine. Des dizaines de farfadets, que seuls les êtres simples d’esprit (comme je le suis) peuvent de temps en temps apercevoir, cueillent pour lui ces inflorescences mauves dont ils font une une tisane apaisante, diurétique et sédative. Elle est aussi conseillée pour la goutte, les rhumatismes et toutes les maladies liées à l'excès d'urée et d'acide urique. Vous vous doutez que j’en fait des cures régulières !

Au demeurant ce vieux roi est un souverain vénérable et débonnaire qui vit au jour le jour et a le soleil pour montre, au contraire de ces roitelets survitaminés dont les secondes sont si précieuses qu’ils les mesurent avec des montres dont le prix ferait vivre un village africain pendant dix ans.

 

 

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Puis le chemin plonge vers le torrent et traverse de hautes futaies de pins qui laissent parcimonieusement passer quelques miettes de soleil dont se repaissent de maigres arbrisseaux. Ainsi en tous lieux, sous des aspects bucoliques et paisibles les règnes végétal et animal se livrent une lutte sans merci qui aboutit cependant à un certain équilibre. Mais le risque aujourd’hui est qu’un troisième larron, l’homme, ne les mette tous d’accord en créant un désert autour de lui, où il disparaîtra aussi !

 

 

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Il suffit ensuite de passer le pont séculaire qui enjambe le Vialay pour trouver sur ses berges une endroit idyllique pour le pique-nique et l’après pique-nique, qui prend généralement la forme d’une sieste réparatrice.

A cet égard, si vous êtes patrons et que vous lisez ce blog , sachez que vous augmenterez la productivité de vos salariés en leur octroyant une petite sieste après le déjeuner : investissez donc dans des dortoirs plutôt que dans des voitures de fonction qui émettent du CO2, créent des embouteillages et réduisent au contraire la productivité.  Vous renforcerez de surcroît la natalité de notre pays et assurerez à long terme l’équilibre du régime de retraites. C’est simple mais fallait y penser !

 

 

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Pendant que nos compagnes mettent « la table » (nous sommes de la vieille école) et que les flacons de polyphénols prennent le frais, nous effectuons nos ablutions dans une vasque sous l’œil étonné  de quelques truites. Voyez que je n’ai pas exagéré, c’est vraiment la vie rêvée… !


A suivre….

 

Texte & Photos Ulysse