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16/08/2013

Dure, dure ! la serre de Ramendure !

 

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C’en est fini des plongeons dans les torrents du Haut Languedoc, et ce, à la demande de nos petits enfants qui nous ont demandé d’arrêter de faire le « mariole ». A mon avis, ce qui les préoccupe vraiment dans nos aventures c’est d’avoir à porter les sacs de randonnée lors de notre prochaine sortie familiale, si jamais nous en revenions handicapés! On a donc décidé de se calmer un peu, Gibus et moi, histoire de rassurer nos proches, mais c’est promis on remettra ça l’été prochain. Ca ne veut pas dire que l’on va passer le reste de l’été à regarder les feux de l’amour à la télé, pour sûr que non ! Mais on va se contenter d’arpenter des chemins moins périlleux. Cela dit, vous ne serez pas frustrés, car j’ai en stock le récit de quelques belles sorties inédites de l’hiver et du printemps dernier  et qui ont de quoi vous faire frissonner.

 

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Nous voici donc revenus à un matin de juin dernier où nous sommes partis à l’assaut de la serre de Ramendure qui mène au plateau des Bourdils (1086m). Le terrain est extrêmement accidenté et nous avons beaucoup de mal a repéré la vague sente ponctuée de cairns qui suit plus ou moins la ligne de crête. Fort  heureusement nous croisons un antique berger qui a choisi de passer son immortalité en ces lieux (le paradis est, selon ses dires, un endroit ennuyeux) et qui nous donne quelques précieuses indications pour arriver à bon port.

 

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Nous passons à coté d’un éperon rocheux qui a sur l’ami Gibus le même effet qu’un pot de Nutella sur mes petits enfants. Ces derniers ne peuvent pas s’empêcher d’y tremper le doigt alors que Gibus ne peut s’empêcher d’y poser le pied.

 

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Le voilà donc perché sur ce rocher avec autant d’aisance qu’un mouflon tandis que je subis l’implacable loi de la gravité en maugréant après l’article premier de la constitution française qui affirme que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Foutaise ! Moi aussi j’ai le droit de grimper sur le sommet du rocher ; pourquoi donc est ce que je n’y arrive pas !

 

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Gibus aperçoit soudain en contrebas de son perchoir un mouflon qui n’a pas décelé sa présence. Mû par l’instinct du reporter et désireux de vous offrir des clichés dignes de « National Géographic », dans un sursaut de volonté, j’arrive à grimper assez haut pour lui tendre l’appareil photo. Et c’est ainsi que du tréfonds de votre fauteuil vous pouvez observer ce magnifique animal.

 

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On vous en met d’ailleurs trois pour le prix d’un, car à peine avons nous repris notre progression vers le plateau que nous débusquons deux jeunes mouflons qui peinent à s’enfuir dans l’épais taillis végétal qui recouvre les lieux.

 

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Puis nous progressons cahin-caha et caha-cahin au fil des éperons rocheux qui ponctuent la ligne de crête.

 

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L’environnement somptueux et l’air chargé de l’odeur miellée des genêts en fleur fait naître en nous une douce ivresse qui nous permet d’avaler les obstacles sans vraiment nous en rendre compte.

 

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Sauf quand une barre rocheuse un peu plus haute que les autres sollicite un maximum de concentration de notre part, sous peine de devenir  le futur « petit dej’ » des vautours qui évoluent parfois dans le secteur.

 

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Ce sont des lieux qu’affectionnent les mouflons car les bipèdes généralement ne s’y aventurent pas et nous en débusquons un certain nombre pour notre plus grand joie. Cette félicité qui nous envahit quand nous observons des animaux sauvages vient sans doute de ce que cela ravive le sentiment « d’unicité » qu’éprouvait l’humanité à l’égard de la nature à l’aube de son histoire. Nous sommes tous membres d’une même famille issue d’ancêtres lointains et nous l’avons malheureusement oublié.

 

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Mais bien qu’ayant une âme d’homme des bois, notre estomac est plutôt du genre rabelaisien et pour nous la pause-pique est donc sacrée. Ayant soigneusement choisi un emplacement propice à faire la sieste (car nous sommes de vieux amants de Morphée) nous commençons, comme il va de soi, par l’apéritif. Et ce n’est pas parce que l’on est à mille mètres d’altitude au milieu de nulle part que nous ne savons pas recevoir. Asseyez vous donc un instant, je vous en prie, et buvons à notre santé ! Tchin !

 

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Etant parvenus sur le plateau des Bourdils nous nous dirigeons vers le Montahut et passons devant le magnifique Roc d’Ourliadès, dent de pierre plantée dans le ciel azur.

 

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Puis nous grimpons sur le Montahut, indifférents aux maléfices que nous jette à chacune de nos visites  la sorcière qui y campe, grâce aux formules magiques qui permettent de les neutraliser et que nous ont enseignées nos petits enfants qui on lu Harry Potter.

 

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Nous revenons par un bon chemin qui dévale le vallon de la Tourre, les quelques obstacles que nous y rencontrons n’ayant rien de commun avec ceux affrontés le matin même.

 

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Dans ce vallon autrefois habité par l’homme, on croise l’une des ces magnifiques bergeries qui émaillent les contreforts du Haut-Languedoc, témoin silencieux du courage et du génie de leurs bâtisseurs.


Si vous appréciez Eldorad'Oc & Piquesel je vous invite à découvrir mon nouveau blog consacré à la photographie grand format 

 

  FOTORAMA

 


 

Texte & photos Ulysse

06/03/2013

A l’assaut du Roc du Caroux, cramponnez vous !

 

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Hello ! C’est moi Léo, me voilà de retour dans le  Languedoc pour quelques jours de vacances. Pendant tout l’hiver j’ai suivi les aventures  de Gibus et de mon Papi Ulysse dans les massifs du Haut Languedoc et ça m’a donné des fourmis dans les jambes. J’avoue qu’ils m’épatent ces « vieux » qui résistent vaille que vaille au principe de l’entropie  et je connais pas mal de mes copains qui auraient du mal à les suivre. Mais moi qui ai  collé à leurs basques depuis ma plus  tendre enfance, je leur file le train sans difficulté. Il faut dire que le cocktail hormonal de l’adolescence est, pour ce qui me concerne d’une efficacité redoutable,  et pas seulement pour les loisirs de plein air, car c’est avec frayeur que ma mamie me voit me mettre à table !

 

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Nous voilà donc partis, en ce froid matin hivernal, Gibus, papi et moi à l’assaut du Roc du Caroux par les abrupts et pierreux sentiers des Gardes, des Aiguilles et du Rieutord.  Moi, le parigot condamné à respirer un  air qui sent le benzène et l’eau croupie (la région parisienne est en cette saison un vrai marigot)  je dois vous avouer qu’au sein de cette nature sauvage  dont l’air est pollué par les seuls  pets des mouflons,  je revis !

 

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Nous partons du pont des soupirs qui franchit le torrent d’Héric pour nous diriger vers le col de Bertouyre. Ce pont est bien nommé car à peine l’a-t-on traversé que le sentier met votre souffle et votre cœur à rude épreuve. Aussi ceux qui sont déjà passés par là ne peuvent que soupirer, sachant ce qui les attend. Mais bon, le panorama qui s’offre à vous vous récompense de vos efforts. Quand on est citadin, on finit par oublier que la nature peut être aussi belle. Mais n’est ce pas cette faculté d’oubli qui permet à l’homme de supporter l’insupportable et notamment les métros bondés de gens crevés et maussades et les trains de banlieue en retard ?

 

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Quittant la piste des Gardes fort bien entretenue nous abordons la piste des Aiguilles, beaucoup plus rocailleuse et sportive et  qui, à plusieurs reprises, s’ingénie à nous faire descendre les quelques dizaines de mètres que nous avons eu quelque peine à grimper. Ce petit manège dure environ trois quart d’heure au terme desquels nous nous retrouvons à la même altitude qu’au départ. Je me doute que Gibus et papi ont choisi cette piste pour tester ma résistance et je suis leur rythme sans me plaindre, soucieux de leur montrer que les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas que les pouces de musclés et sont capables de faire autre chose que d’envoyer des SMS et de jouer aux jeux vidéo.

 

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J’avoue même que je prends plaisir à emprunter ce genre de chemin taillé par les éléments  dans le corps rocheux du Caroux.  A chaque pas on doit assurer son équilibre en s’aidant  des mains, ce qui crée un lien charnel avec cette montagne  qui au fur et à mesure que l’on grimpe nous transmet son énergie. C’est ainsi que Gibus et mon papy, qui l’arpentent au moins une fois par semaine, restent aussi alertes que des mouflons.

 

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Et puis le panorama qui s’offre à nous dans les trouées de verdure est grandiose. Les aiguilles de pierre se succèdent, orgueilleuses et pourtant vouées à disparaître sous la morsure tenace et patiente du gel, du soleil, de la pluie et du vent. Mais nous serons depuis longtemps retournés en poussière quand cela se produira, à moins que les scientifiques n’aient trouvé d’ici là l’élixir de longue vie. Mais si c’est pour prendre sa retraite à 1255 ans et faire toute sa vie des petits boulots sans intérêt, moi je dis non merci !

 

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Nous parvenons enfin au bout de la piste des Aiguilles pour aborder celle du Rieutord qui monte franchement à travers un chaos de rochers et de végétation, ce qui donne à notre périple un coté « Indiana Jones » qui n’est pas fait pour me déplaire.

 

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Après avoir traversé le torrent du Rieutord, le sentier grimpe sur des dalles rocheuses que le brouillard qui monte n’a pas, fort heureusement, encore rendues glissantes. La randonnée en montage est un bon exercice pour développer sa concentration car il faut à chaque pas s’assurer de la solidité de ses appuis et il est conseillé aux doux rêveurs de s’abstenir ! Mais en existe-t-il encore dans ce monde avide et impitoyable du capitalisme financier d’aujourd’hui ?

 

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Nous parvenons enfin sur le plateau du Caroux au pied du Roc du Caroux(1058m) qui a donné son nom au massif, alors que les premières gouttes de pluie se mettent à tomber. Mais cela ne nous inquiète guère car il ne nous reste plus qu’une petite demi-heure de marche sans difficulté particulière pour rejoindre le refuge de Fontsalès.


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Nous y voici enfin et Gibus fait une nouvelle fois la démonstration de son talent pour « allumer le feu » ! Jauni Halidadais peut en la matière aller se rhabiller, il ne fait pas le poids vis à vis de l’ami de mon papi ! Au passage vous remarquerez que nos T-Shirts sont trempés comme des éponges, ce qui vous donne une idée de la suée que nous avons attrapée en montant jusqu’ici malgré la température hivernale.

 

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Et quel bonheur de déguster enfin une omelette fumante cuite au feu de bois, moi  qui ai  ces dernières semaines bavé d’envie en les contemplant  sur le « blog » de mon papi. Vous qui en rêvez, je vous souhaite d’avoir un jour ce bonheur aussi !

 

 

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Je serais bien resté là le reste de mes vacances mais Gibus et papy qui ne sont pas sans ressource et sans expérience  auraient quand même eu du mal à satisfaire mon appétit féroce.Et quand j’ai très faim je deviens difficile à gérer !! Nous prenons donc le chemin du retour par un sentier heureusement plus convivial qu’à la montée car le temps ne s’est pas arrangé.

 

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Ce massif du Caroux , pourtant de taille modeste, est étonnant par la diversité des panoramas qu’il offre. De multiples torrents y ont creusé d’impressionnantes gorges qui lui donnent, par endroits, un aspect pyrénéen.

 

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Au fur et à mesure que nous descendons, nous retrouvons des conditions plus clémentes, ce qui ajouté au parfait état du chemin nous permet doucement de récupérer des efforts intenses fournis à la montée.

 

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Mais il ne faut pas se fier aux apparences, même quand les conditions semblent favorables, la montagne est imprévisible et toujours un danger nous guette, comme cet énorme rocher en équilibre instable qui pourrait profiter de notre passage pour se laisser choir sur le chemin. Bon, je ne pense pas que ce soit demain la veille, mais on a mis cette photo juste pour faire frémir papa et maman qui sont toujours un peu inquiets quand le grand-père emmène ses petits enfants en randonnée !

 

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En approchant du point de départ le chemin offre l’un des plus belles perspectives sur le massif du Caroux que l’on puisse admirer. Oui vraiment ce petit massif n’a rien à envier à son grand frère pyrénéen et c’est un bonheur que de pouvoir y randonner !

 

Texte Léo et Ulysse, photos Ulysse

 


25/01/2013

La montagne de Rosis hors piste !

 

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 A l’occasion de l’annonce de la fin du monde fixée par une bande da farfelus au 21 décembre dernier, le journal Le Monde avait publié un article où des scientifiques répertoriaient les causes probables de la fin de l’aventure humaine sur notre planète. Outre l’implosion de notre soleil, prévue dans quelques milliards d’années, étaient ainsi envisagés une méga explosion volcanique, la rencontre avec un gros astéroïde, une pandémie mondiale mortelle, l’effondrement du champ magnétique terrestre qui transformerait la terre en micro-onde, évènements dont la probabilité de survenir n’excédait pas quelques milliers d’années, sans exclure pour certains (éruption volcanique et pandémie) qu’il puisse se produire dans les mois à venir. Nous vivons donc avec une épée de Damoclès au dessus de la tête et il vaut mieux en conséquence, quand bien sûr on en a la possibilité, ne pas remettre à demain la quête des petits bonheurs que l’on peut cueillir ici et là dans cette vaste foire d’empoigne qu’est devenue notre planète.

C’est pourquoi Gibus et moi ne manquons pas une occasion d’aller explorer un bout de notre cher Languedoc qui n’a pas encore eu l’honneur de voir la semelle de nos souliers, et grâce à Zeus, ces lieux inexplorés sont suffisamment vastes pour occuper le reste de notre existence (même si nous devenons centenaires !).

 

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Nous voilà donc partis en ce frais, mais radieux, matin du 20 novembre 2012, du hameau de Cours le Bas, en direction du col de Vente Vieille, en vue d’aller explorer la Montagne de Rosis hors piste.

La beauté des feuillages de l’automne finissant et l’océan démonté de montagnes bleutées qui nous entoure et que la brume ourle d’écume nous gratifie d’un spectacle qui exalte nos âmes ou plutôt ce « je ne sais quoi » en nous qui nous fait sentir que nous sommes intimement liés au reste de l’univers.

 

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Nous passons en contrebas  du Mouscaillou, modeste sommet ou des bataillons de conifères disciplinés ont installé leur camp. On dirait des légions romaines faisant face à l’assaut de hordes hirsutes de feuillus gaulois. Les arbres, de fait, se livrent une guerre silencieuse où les batailles durent des décennies.

Les chasseurs ont dressé un portique accessible en 4X4 qui ne laisse aucune chance au gibier à plume ou à poil qui passe dans les parages. Quelle « noble » tradition  l’on perpétue ainsi qui permet à des gens ventripotents de massacrer à distance des animaux qu’ils sont hors d’état de suivre à la trace et dont ils sont incapables d’apprécier la beauté et la grâce !

 

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Ayant conclu, à notre démarche légère et à notre attirail, que nous n’étions pas de la sinistre famille des Nemrods, deux superbes et vénérables mouflons nous font l’honneur de se laisser contempler. Comment peut on avoir envie de tuer un être vivant dont on a ainsi croisé le regard  sans qu’il y ait une nécessité vitale. Les amérindiens qui  considéraient les animaux comme leurs égaux, les remerciaient quand ils les chassaient pour se nourrir  de se sacrifier ainsi pour assurer leur survie. Et chasser le bison avec un arc et des flèches relève d’une autre éthique que de chasser le cerf ou le mouflon avec un fusil à balle qui porte à 2km !

 

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Etant parvenu au sommet de la Montagne de Rosis qui culmine à 1058 mètres, nous entamons notre descente vers la rivière du Casselouvre, qui coule en contrebas et constitue le but de notre parcours hors piste. Evitant les sentiers, nous courrons le risque de tomber sur une barre rocheuse infranchissable et de devoir, s’il est trop tard pour revenir au point de départ,  passer une nuit à la belle étoile ! Mais il est exaltant de pouvoir ainsi introduire un peu d’incertitude dans nos vies aussi bien réglées et prévisibles qu’un coucou suisse.  Posons nous la question : y a-t-il beaucoup de jours dans notre vie où nous ne savons pas où nous serons  dans les heures qui suivent ! De fait, fort peu sous nos latitudes, ce qui n’est pas le cas dans bien d’autres pays où règnent famine et tyrannie.

 

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Nous rencontrons quelques difficultés pour traverser les denses ginestières qui occupent les pentes de la serre d’Esparic. Même les mouflons eux mêmes ont du mal à s’y faufiler, c’est pour dire ! Nous évitons de trop nous approcher des arêtes rocheuses car certains gros cailloux pourraient être tentés de vérifier s’ils sont plus durs que notre caboche , ce qui est probablement le cas !

 

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Nous traversons ensuite quelques éboulis où un vénérable hêtre s’est allongé pour mourir, ce qui ne facilite pas le passage de l’obstacle  ! Mais il n’ y a rien de plus revigorant que d’affronter et de surmonter des difficultés car on en tire un sentiment de fierté, autrement plus légitime et gratifiant que celui qu’éprouve le sportif de canapé qui crie « on a gagné » quand son équipe est victorieuse.

 

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Puis nous abordons une zone plus confortable où nous pouvons enfin jouir du paysage ; « so far, so good » comme disent nos meilleurs ennemis les « englishs », la perspective de devoir contempler le lever et le coucher de lune en compagnie de mouflonnes s’éloigne ainsi à grand pas, pour notre plus grande joie  (bien que nous n’ayons aucune prévention contre les mouflonnes !).

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Parvenant au dessus d’un éperon rocheux nous apercevons d’ailleurs un mâle qui se prélasse tandis que ses deux concubines broutent paisiblement inconscients de notre présence.

 

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Nous cherchons et trouvons une brèche dans l’éperon rocheux nous confortant dans l’idée que nous sommes nés sous une bonne étoile et que notre périple s’achèvera sans autre difficulté..

 

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Nous abordons l’endroit où paissaient les mouflons aperçus auparavant, mais ils ont disparu, sans doute alertés par le bruit de nos pas sur le sol caillouteux et notre odeur prononcée de randonneur !

 

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Quelques hêtres sont partis à l’assaut des flancs de la serre d’Esparic, cohorte de fantômes dont les silhouettes évanescentes tranchent avec l’or cramoisi des fougères fanées. En ces lieux combien la mort  est séduisante !

 

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Un jeune mouflon plus audacieux que les autres ou, hypothèse plus probable,  ignorant de la dangerosité  de l’espèce humaine nous regarde quelques instants, sans doute intrigué de nous voir tenir debout avec seulement deux pattes. Puis il part tranquillement  se réfugier derrière une barre rocheuse.

 

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Nous contournons à notre tour cette barre rocheuse pour découvrir avec « ravissement » qu’il va nous falloir franchir le ruisseau du Denès qui, à cette saison, ressemble à un torrent ! La traversée se révèle un brin acrobatique mais nous réussissons à garder nos pieds au sec ce qui, en cette saison, est des plus apprécié.

 

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En remontant sur l’autre rive nous entendons le bruit d’une cavalcade dans les sous bois, une harde de mouflons  défile alors devant nos yeux ébahis juste au dessus de nous, effrayés sans doute par le bruit de notre approche sans toutefois avoir pu nous repérer.

 

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Un vieux mâle s’arrête un instant pour tenter de voir d’où vient le danger mais grâce au vent contraire il ne peut déceler notre présence, ce qui nous donne le loisir de l’admirer. C’est pour nous un instant mémorable, un de ceux pour lesquels on avale des dizaines de kilomètres de chemin sans barguigner. Cette étincelle de vie sauvage et fière que l’on aperçoit dans son œil vaut plus pour nous que le plus gros des diamants, qui ne sont finalement que des morceaux de charbon transparents que des foldingues s’arrachent à prix d’or. Ah, les couillons !

 

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 Mais passé ce moment de bonheur nous tombons sur un « os ». Une paroi rocheuse d’une vingtaine de mètres se dresse devant nous qu’il nous est impossible de gravir. Deux solutions s’offrent à nous :  la contourner par le haut avec le risque de tomber sur d’autres parois qui nous obligeraient,  en définitive, à rebrousser chemin  ou trouver une issue vers le bas, sachant que le ruisseau de Casselouvre, objectif de notre périple hors piste, ne doit plus être loin. Nous optons donc pour cette seconde solution qui implique, toutefois, de nous frayer un tunnel dans une végétation qui n’a rien à envier à  la jungle amazonienne. Fort heureusement les ronces n’affectionnent pas trop les pentes humides de la montagne de Rosis et nous sortons de cette épreuve pas trop balafrés.


 

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Et suprême récompense nous abordons aux rives du Casselouvre qui prennent à nos yeux l’allure du paradis. Et là je m’inscris en faux contre l’adage Zen qui prétend que « celui qui atteint son but a manqué tout le reste ». Car ce but que nous nous étions fixé n’était qu’un prétexte à arpenter cette nature sauvage et somptueuse de la montagne de Rosis. De fait, en atteignant notre but nous avons surtout gagné tout le reste ….

 

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 Nous sommes juste en contrebas du portail de Roquendouire d’où part un sentier qui nous ramènera sans encombre à bon port. Sachant que nous n’aurons donc pas cette nuit à contempler comme Ruth  «  cette faucille d’or négligemment jetée dans le champ des étoiles «  comme l’a célébré ce cher Victor, nous prenons le temps de nous baigner (oui, oui,  un 20 novembre !) couronnement du bonheur pris à faire cette randonnée.

  

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 La montée vers le portail n’est ensuite  pour nous qu’une formalité. En le voyant un plaisir intense nous envahit, comme celui que l’on éprouve à revoir sa maison après un long voyage.

  

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Et c’est en « roues libres » que nous empruntons la superbe draille, bordées de magnifiques « sécadous », en ruines hélas, qui doit nous ramener  tranquillement à notre point de départ.

 

 

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Mais nous avions oublié qu’il nous fallait franchir une dernière fois le Casselouvre avant de rejoindre  Cours le Bas  et le gué que nous empruntons habituellement est, à cette saison, submergé. Nous devons nous livrer à un dernier exercice périlleux de le traverser pieds nus en marchant sur des cailloux glissants : il ne manquerait plus que, si près du but, on se retrouve le cul dans l’eau tout habillé après avoir arpenté la montagne de Rosis hors piste sans avoir subi aucun dommage !

 

Texte & photos Ulysse


14/12/2012

Amical rendez-vous sur le Caroux

 

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Mes fidèles lectrices et lecteurs savent l’affection que Gibus et moi portons au Caroux, ce vénérable massif, né il y a 250 millions d’années et qui a connu, depuis lors, bien des vicissitudes ! Aussi haut que l’Hymalaya dans sa jeunesse, il culmine aujourd’hui à 1091 mètres mais garde néanmoins belle allure ! Innombrables sont ses admirateurs,  car  tous ceux qui frottent  un jour leurs semelles à son épiderme rugueux et ridé en tombent amoureux. Ainsi se constitue une confrérie informelle et secrète dont les membres partagent et chérissent ce secret bien gardé : le Caroux est la plus belle montagne du monde ! Mais chut ne le dites pas aux chinois qui vont vouloir l’acheter !

Et le hasard fait – mais est ce vraiment le hasard ? – que les membres de cette noble confrérie finissent toujours par se rencontrer.  Ainsi, Bernard, qui connaît mieux le Caroux que les mouflons eux mêmes, qui pourtant y règnent en maître, a poussé un jour la porte du refuge de Fontsalès situé au sommet du Caroux, où Gibus et moi étions installés pour déjeuner. Nous ayant regardé quelques secondes il s’est alors exclamé à notre grande surprise « vous êtes Gibus et Ulysse » ! Lecteur de ce blog, il nous avait de suite identifiés.  Tenant lui même un blog que je vous invite à découvrir ICI, nous avons tissé des liens d’amitié que nous avons souhaité célébrer par une nouvelle rencontre « au sommet » la semaine passée !

Les conditions étaient idéales : le temps était radieux et il avait neigé la veille. Marcher ainsi  dans le Caroux enneigé sous un ciel bleu vous procure un bonheur à nul autre pareil….. pour autant que vous ayez quelques flacons « d’antigel »  dans votre sac à dos, car on a beau être dans le sud il fait bigrement froid là-haut ! Mais pour le moment laissons les flacons dans le sac et grimpons !

 

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Nous partons donc, Gibus et moi, de Saint Martin de l’Arçon, à une heure où le soleil émerge à peine de son bain de brume. Nous ne forçons pas le train, notre rencontre avec Bernard étant prévue entre 12 et 13 heures dans le refuge de Fontsalès au sommet du Caroux.  Le chemin grimpe à travers d’antiques châtaigneraies s’étageant sur les « bancels »,  terrasses  aménagées par les anciens qui ne ménageaient pas leur peine et ne connaissaient ni congés payés ni RTT. Fort heureusement le patron de l’époque « Dieu » avait institué le repos du dimanche. Maintenant que Dieu a été viré ( et à vrai dire il l'a un peu cherché !) les gens sont mis en chômage technique la semaine et travaillent le dimanche. C’est ce qu’on appelle le progrès. O tempora o mores ! 

Une superbe bâtisse pluriséculaire constituée exclusivement de pierres, de bois et de lauzes résiste vaillamment aux assauts du temps, rêvant peut être d’un cataclysme qui conduirait les hommes à s’y réfugier et à lui rendre ainsi  son lustre d’antan. Au demeurant, au train où vont les négociations sur le réchauffement climatique il n’est pas exclu  que son rêve devienne bientôt réalité ! Car la mer dans un demi siècle aura tellement monté que tous les héraultais seront  obligés de se réfugier sur le Caroux.

 

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Soudain un tonitruant « BOUH ! » se fait entendre qui nous arrête net dans notre élan, provoquant une accélération soudaine de notre palpitant déjà fort titillé par la pente du chemin. Il émane d’un  « Ent » facétieux installé au bord du chemin qui nous dit alors :

«  Je vous ai fait peur, hein, les gars ! Ne m’en veuillez pas, mais je ne peux pas résister à ce plaisir d’effrayer les randonneurs qui passent en ces lieux. C’est ma seule distraction »

 « Prends garde » lui répond-t-on « Un jour tu vas tomber sur un mauvais coucheur qui va te voler dans les plumes ou plutôt dans les branches et t’en massacrer quelques unes à la hache ! »

« Y a pas de risque » nous rétorque-il « Les randonneurs du Caroux sont les gens les plus pacifiques qui soient, car sa beauté apaise les esprits, à part bien sûr ceux des chasseurs, mais aucun « Nemrod » ne risque de passer par ici vu qu’ils randonnent en 4X4 ! ».

Amusés par ses propos nous le saluons sans rancune et lui souhaitons un bel hiver avant de poursuivre notre ascension.


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Nous commençons à trouver la neige à partir de 800 mètres et nous avançons précautionneusement car le chemin devient glissant, ce séduisant mais traître tapis blanc dissimulant des plaques de glace. A ce propos, il faut toujours se méfier des tapis, car soit on vous les  tire sous les pieds soit on se les prend dedans et puis il est bien connu qu’il n’est pas pire voleur qu’un marchand de tapis. En outre, il n’est jamais glorieux d’aller « au tapis».

 

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Nous arrivons au pied du rocher du Lucet où je ne passe jamais sans être ému par ce modeste arbrisseau perché au dessus du vide, ses frêles racines ancrées dans une anfractuosité de la roche, magnifique symbole de la ténacité de la vie dans ce monde minéral.  Je suis heureux à chaque passage de le retrouver vivant et lui fais un signe. Le perçoit-il ?

 

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La couche de neige sur le plateau sommital est plus épaisse mais tout en restant praticable. Et nous retrouvons ce plaisir enfantin que procure le crissement ouaté de nos pas dans cette matière en quelque sorte miraculeuse, puisqu’elle permet aux hommes de marcher sur l’eau !

 

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Etant en avance pour notre rendez-vous nous prenons le temps de flâner d’un promontoire à l’autre, nous émerveillant chaque fois de l’ineffable beauté des lieux! L’altitude est une gomme qui permet d’effacer les laideurs que les hommes infligent à notre planète.

 

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Ainsi, n’est-elle pas somptueuse cette vue sur le vallon du Lucadou et les monts de l’Espinousse où des bataillons de conifères se réjouissent de l’arrivée de l’hiver ?

 

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Et que pensez vous de cet autre panorama où l’on découvre au loin « El Canigo », le roi des Pyrénées Orientales, que tout catalan se doit d’avoir gravi au moins une fois. Et ça vaut le coup croyez moi, car du sommet on peut directement plonger dans la mer ! (bon, j’exagère un peu !)

 

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L’heure du rendez vous approchant, nous prenons le chemin du refuge et traversons une magnifique hêtraie vêtue de blanc. Loin d’être une nuisance pour ces arbres, la neige les protège au contraire du vent glacial qui souffle souvent en ces lieux, comme les igloos protègent les Inuits. Si vous randonnez en montagne l’hiver, pensez d’ailleurs à toujours emporter une pelle pliante et une bougie avec vous pouvoir construire et vous réfugier  en cas de nécessité dans un igloo !

 

 

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A l’heure prévue nous rejoignons le refuge où nous retrouvons Bernard (à droite de Gibus) ainsi que des amis qu’il a invités pour la circonstance : Pierre (également lecteur de mon blog et qui l'a fait découvrir à Bernard), Caroline et Jean-Paul, tous étant,  cela va de soi, des amoureux du Caroux.

 

 

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Les présentations étant faites, notre priorité est de faire un bon feu, non pas tant pour réchauffer l’atmosphère fort chaleureuse, mais plutôt nos abattis frigorifiés.

 

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Pour compléter l’effet calorifique du feu, plutôt limité à nos arrières trains,  nous sortons les flacons d’anti-gel de nos sacs, le règlement de la confrérie des amoureux du Caroux déconseillant de boire de l’eau l’hiver afin d’éviter la formation de glaçons dans l’estomac. Au demeurant, il recommande de l'éviter aussi l’été car son évaporation provoque alors des crises d’aérophagie. Je ne vous dirai rien du menu « princier » auquel nous avons eu droit, auquel les talents culinaires de Caroline ont largement contribué (je garde un souvenir ému de sa quiche au roquefort ! Merci Caroline) car la prochaine fois nous risquons d’être mille à ce rendez vous !

 

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Mais les heures ont filé sans que nous les voyons passer, les beautés du Caroux ayant nourri l’essentiel de notre conversation avec, il faut l’avouer, quelques digressions sur la qualité respective des anti-gels ! Il nous faut partir si l’on veut pouvoir rejoindre nos attelages avant la tombée de la nuit. Nous faisons un bout de chemin ensemble avant de se séparer, chacun ayant à cœur de poursuivre autant que possible ces instants de chaude fraternité.

 

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Et cette chaude fraternité nous rend insensible à l’air glacial qui sévit au dehors, le soleil ne faisant que de la figuration. Cela dit l’hiver est un merveilleux joaillier qui offre à Dame Nature d’éphémères mais  somptueux bijoux.

 

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Nos chemins divergeant, El Canigo, omniprésent à l’horizon, préside à nos adieux avant que chacun plonge dans le gouffre bleuté des vallées.

 

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 Gibus et moi descendons les gorges d’Héric déjà nostalgiques de ces moments trop vite passés. Ce fut une magnifique journée que nous ne sommes pas près d'oublier.


PS: Je profite de l'occasion pour adresser un amical salut à quelques amis du plat pays amoureux du Caroux, Marc, Eric et Cie, que Gibus et moi avons connus grâce à ce blog. Comme quoi Internet ne donne pas naissance qu'à des amitiés "virtuelles" 


Texte & Photos Ulysse (sauf une de Bernard)