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14/12/2012

Amical rendez-vous sur le Caroux

 

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Mes fidèles lectrices et lecteurs savent l’affection que Gibus et moi portons au Caroux, ce vénérable massif, né il y a 250 millions d’années et qui a connu, depuis lors, bien des vicissitudes ! Aussi haut que l’Hymalaya dans sa jeunesse, il culmine aujourd’hui à 1091 mètres mais garde néanmoins belle allure ! Innombrables sont ses admirateurs,  car  tous ceux qui frottent  un jour leurs semelles à son épiderme rugueux et ridé en tombent amoureux. Ainsi se constitue une confrérie informelle et secrète dont les membres partagent et chérissent ce secret bien gardé : le Caroux est la plus belle montagne du monde ! Mais chut ne le dites pas aux chinois qui vont vouloir l’acheter !

Et le hasard fait – mais est ce vraiment le hasard ? – que les membres de cette noble confrérie finissent toujours par se rencontrer.  Ainsi, Bernard, qui connaît mieux le Caroux que les mouflons eux mêmes, qui pourtant y règnent en maître, a poussé un jour la porte du refuge de Fontsalès situé au sommet du Caroux, où Gibus et moi étions installés pour déjeuner. Nous ayant regardé quelques secondes il s’est alors exclamé à notre grande surprise « vous êtes Gibus et Ulysse » ! Lecteur de ce blog, il nous avait de suite identifiés.  Tenant lui même un blog que je vous invite à découvrir ICI, nous avons tissé des liens d’amitié que nous avons souhaité célébrer par une nouvelle rencontre « au sommet » la semaine passée !

Les conditions étaient idéales : le temps était radieux et il avait neigé la veille. Marcher ainsi  dans le Caroux enneigé sous un ciel bleu vous procure un bonheur à nul autre pareil….. pour autant que vous ayez quelques flacons « d’antigel »  dans votre sac à dos, car on a beau être dans le sud il fait bigrement froid là-haut ! Mais pour le moment laissons les flacons dans le sac et grimpons !

 

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Nous partons donc, Gibus et moi, de Saint Martin de l’Arçon, à une heure où le soleil émerge à peine de son bain de brume. Nous ne forçons pas le train, notre rencontre avec Bernard étant prévue entre 12 et 13 heures dans le refuge de Fontsalès au sommet du Caroux.  Le chemin grimpe à travers d’antiques châtaigneraies s’étageant sur les « bancels »,  terrasses  aménagées par les anciens qui ne ménageaient pas leur peine et ne connaissaient ni congés payés ni RTT. Fort heureusement le patron de l’époque « Dieu » avait institué le repos du dimanche. Maintenant que Dieu a été viré ( et à vrai dire il l'a un peu cherché !) les gens sont mis en chômage technique la semaine et travaillent le dimanche. C’est ce qu’on appelle le progrès. O tempora o mores ! 

Une superbe bâtisse pluriséculaire constituée exclusivement de pierres, de bois et de lauzes résiste vaillamment aux assauts du temps, rêvant peut être d’un cataclysme qui conduirait les hommes à s’y réfugier et à lui rendre ainsi  son lustre d’antan. Au demeurant, au train où vont les négociations sur le réchauffement climatique il n’est pas exclu  que son rêve devienne bientôt réalité ! Car la mer dans un demi siècle aura tellement monté que tous les héraultais seront  obligés de se réfugier sur le Caroux.

 

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Soudain un tonitruant « BOUH ! » se fait entendre qui nous arrête net dans notre élan, provoquant une accélération soudaine de notre palpitant déjà fort titillé par la pente du chemin. Il émane d’un  « Ent » facétieux installé au bord du chemin qui nous dit alors :

«  Je vous ai fait peur, hein, les gars ! Ne m’en veuillez pas, mais je ne peux pas résister à ce plaisir d’effrayer les randonneurs qui passent en ces lieux. C’est ma seule distraction »

 « Prends garde » lui répond-t-on « Un jour tu vas tomber sur un mauvais coucheur qui va te voler dans les plumes ou plutôt dans les branches et t’en massacrer quelques unes à la hache ! »

« Y a pas de risque » nous rétorque-il « Les randonneurs du Caroux sont les gens les plus pacifiques qui soient, car sa beauté apaise les esprits, à part bien sûr ceux des chasseurs, mais aucun « Nemrod » ne risque de passer par ici vu qu’ils randonnent en 4X4 ! ».

Amusés par ses propos nous le saluons sans rancune et lui souhaitons un bel hiver avant de poursuivre notre ascension.


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Nous commençons à trouver la neige à partir de 800 mètres et nous avançons précautionneusement car le chemin devient glissant, ce séduisant mais traître tapis blanc dissimulant des plaques de glace. A ce propos, il faut toujours se méfier des tapis, car soit on vous les  tire sous les pieds soit on se les prend dedans et puis il est bien connu qu’il n’est pas pire voleur qu’un marchand de tapis. En outre, il n’est jamais glorieux d’aller « au tapis».

 

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Nous arrivons au pied du rocher du Lucet où je ne passe jamais sans être ému par ce modeste arbrisseau perché au dessus du vide, ses frêles racines ancrées dans une anfractuosité de la roche, magnifique symbole de la ténacité de la vie dans ce monde minéral.  Je suis heureux à chaque passage de le retrouver vivant et lui fais un signe. Le perçoit-il ?

 

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La couche de neige sur le plateau sommital est plus épaisse mais tout en restant praticable. Et nous retrouvons ce plaisir enfantin que procure le crissement ouaté de nos pas dans cette matière en quelque sorte miraculeuse, puisqu’elle permet aux hommes de marcher sur l’eau !

 

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Etant en avance pour notre rendez-vous nous prenons le temps de flâner d’un promontoire à l’autre, nous émerveillant chaque fois de l’ineffable beauté des lieux! L’altitude est une gomme qui permet d’effacer les laideurs que les hommes infligent à notre planète.

 

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Ainsi, n’est-elle pas somptueuse cette vue sur le vallon du Lucadou et les monts de l’Espinousse où des bataillons de conifères se réjouissent de l’arrivée de l’hiver ?

 

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Et que pensez vous de cet autre panorama où l’on découvre au loin « El Canigo », le roi des Pyrénées Orientales, que tout catalan se doit d’avoir gravi au moins une fois. Et ça vaut le coup croyez moi, car du sommet on peut directement plonger dans la mer ! (bon, j’exagère un peu !)

 

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L’heure du rendez vous approchant, nous prenons le chemin du refuge et traversons une magnifique hêtraie vêtue de blanc. Loin d’être une nuisance pour ces arbres, la neige les protège au contraire du vent glacial qui souffle souvent en ces lieux, comme les igloos protègent les Inuits. Si vous randonnez en montagne l’hiver, pensez d’ailleurs à toujours emporter une pelle pliante et une bougie avec vous pouvoir construire et vous réfugier  en cas de nécessité dans un igloo !

 

 

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A l’heure prévue nous rejoignons le refuge où nous retrouvons Bernard (à droite de Gibus) ainsi que des amis qu’il a invités pour la circonstance : Pierre (également lecteur de mon blog et qui l'a fait découvrir à Bernard), Caroline et Jean-Paul, tous étant,  cela va de soi, des amoureux du Caroux.

 

 

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Les présentations étant faites, notre priorité est de faire un bon feu, non pas tant pour réchauffer l’atmosphère fort chaleureuse, mais plutôt nos abattis frigorifiés.

 

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Pour compléter l’effet calorifique du feu, plutôt limité à nos arrières trains,  nous sortons les flacons d’anti-gel de nos sacs, le règlement de la confrérie des amoureux du Caroux déconseillant de boire de l’eau l’hiver afin d’éviter la formation de glaçons dans l’estomac. Au demeurant, il recommande de l'éviter aussi l’été car son évaporation provoque alors des crises d’aérophagie. Je ne vous dirai rien du menu « princier » auquel nous avons eu droit, auquel les talents culinaires de Caroline ont largement contribué (je garde un souvenir ému de sa quiche au roquefort ! Merci Caroline) car la prochaine fois nous risquons d’être mille à ce rendez vous !

 

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Mais les heures ont filé sans que nous les voyons passer, les beautés du Caroux ayant nourri l’essentiel de notre conversation avec, il faut l’avouer, quelques digressions sur la qualité respective des anti-gels ! Il nous faut partir si l’on veut pouvoir rejoindre nos attelages avant la tombée de la nuit. Nous faisons un bout de chemin ensemble avant de se séparer, chacun ayant à cœur de poursuivre autant que possible ces instants de chaude fraternité.

 

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Et cette chaude fraternité nous rend insensible à l’air glacial qui sévit au dehors, le soleil ne faisant que de la figuration. Cela dit l’hiver est un merveilleux joaillier qui offre à Dame Nature d’éphémères mais  somptueux bijoux.

 

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Nos chemins divergeant, El Canigo, omniprésent à l’horizon, préside à nos adieux avant que chacun plonge dans le gouffre bleuté des vallées.

 

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 Gibus et moi descendons les gorges d’Héric déjà nostalgiques de ces moments trop vite passés. Ce fut une magnifique journée que nous ne sommes pas près d'oublier.


PS: Je profite de l'occasion pour adresser un amical salut à quelques amis du plat pays amoureux du Caroux, Marc, Eric et Cie, que Gibus et moi avons connus grâce à ce blog. Comme quoi Internet ne donne pas naissance qu'à des amitiés "virtuelles" 


Texte & Photos Ulysse (sauf une de Bernard)

 

26/03/2012

Allons dire adieu à l’hiver à Colombières

Je vous invite à suivre le 9ème épisode de mon reportage sur Karukera - la chute Moreau - sur mon autre blog PIQUESEL

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Dans la plaine de l’Hérault le printemps s’est précocement  installé avec, d’ailleurs, des faux airs d’été. L’eau manque déjà comme en plein mois d’août et les plantes qui sortent de leur torpeur hivernale plongent désespérément leurs racines dans un sol desséché.

Aussi, avec notre long  périple à Karukera,  Gibus et moi n’avons pas eu notre comptant d’hiver. Nous décidons donc d’aller lui dire adieu pendant qu’il est encore temps sur les hauteurs du Caroux,  en passant par les Gorges de Colombières.

 

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Un serpent de brume est lové dans la plaine de l’Orb dont on devine les eaux sous le voile luminescent.

 

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Nous empruntons le chemin qui passe par le col de la Buffe qui  offre des vues plongeantes sur le torrent d’Arles, dont les eaux tumultueuses se jettent dans l’Orb.   Il faut espérer que les rochers  que l’on aperçoit ici ne sont pas sujets au vertige, car aucune âme charitable ne viendra leur prêter main forte pour les changer de lieu.

 

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Nous arrivons sur le plateau sommital du Caroux et saluons  le jeune hêtre qu’un oiseau ou le vent facétieux a semé là, à une lieue de ses congénères. Chaque fois que nous passons ici nous ne manquons pas de prendre de ses nouvelles. La  compagnie des siens lui manque, certes, mais il s’est fait de nombreux amis parmi les randonneurs et la sollicitude des humains, nous confie-t-il,  lui fait chaud au cœur.

 

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Nous traversons la tourbière située au cœur du plateau sommital, précieuse réserve d’eau qui alimente les torrents du Caroux  et qui elle aussi, hélas,  semble affecté par la sécheresse qui sévit dans la plaine. Economisons l’eau, plus nécessaire à nos vies que le pétrole ! C’est, d’ailleurs pourquoi, Gibus et moi, par pur civisme écologique, nous désaltérons plus volontiers avec du vin que de l’eau!

 

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Nous croisons un spécimen rarissime de Tortue Carouxienne, vieille de quelques millions d’années. Comme elle fait la sieste nous passons notre chemin sans la déranger, connaissant le délice que cet abandon diurne aux bras de Morphée procure, étant nous même de fidèles adeptes.

 

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Approchant du bord du plateau, nous découvrons au loin vers le sud-ouest, au delà d’un océan de monts bleutés, la Méditerranée que le soleil amoureux pare d’or.

 

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En regardant plus à l’ouest, le Canigou, avant-poste de la chaîne des Pyrénées, s’impose dans le paysage. Sa vue fait revivre les émotions que nous avons éprouvées à le gravir un jour de juin quand il était couvert de genêts et de rhododendrons en fleurs.

 

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Dans le secret de nos coeurs nous le saluons  et le remercions de nous avoir, ce jour là,  magnifiquement accueillis. Pour sûr, nous retournerons le voir bientôt.

 

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Le soleil ayant fini par réchauffer l’atmosphère, nous quittons nos anoraks et nos polaires et nous disons adieu à l’hiver, où plutôt au revoir, car malgré le réchauffement climatique en cours le Caroux n’est pas près d’avoir le climat de l’Amazonie !

 

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Dans ces amas de rochers érodés, celles et ceux qui ont longtemps pratiqué dans leur enfance les « dessins devinettes » où il fallait chercher un animal dissimulé dans les frondaisons d’une forêt verront peut-être un lion couché ! Le voyez- vous ? Non !  Allez un petit effort, concentrez vous sur les rochers à gauche au premier plan. Vous voyez son faciès pointu et son œil ainsi que sa patte allongée devant lui? Oui ! Bravo, vous avez su garder votre âme d'enfant !

 

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Le chemin pentu que nous empruntons pour descendre est heureusement bordé d’arbres qui nous permettent de nous raccrocher à leurs branches ! Sans leur précieuse assistance nous risquerions d’aller nous fracasser sur les rochers en contrebas.

 

 

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L’autre solution était de descendre en empruntant la paroi ! Dans une autre vie peut-être....... si nous sommes mouflons, ce qui n'est pas exclu, car le "Grand Manitou" la-haut qui décide de tout sait bien que nous envions ces agiles quadripèdes qui passent leurs nuits et leurs jours sur le Caroux !

 

Texte & Photos Ulysse


18/05/2011

Divine la baignade à la cascade d’Albine !

 

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Cela fait un sacré bail que mon ami Gibus et moi n’étions pas allés faire une virée sur le Caroux. Cet hiver, en effet, s’est passé sans chevauchée dans la poudreuse ni raid dans le blizzard. Vous deviez sans doute penser que le temps du déclin était venu et que nos articulations vieillissantes ne nous permettaient plus guère que d’arpenter les plaines viticoles (et les caveaux) du Languedoc.

 Que nenni ! (du moins pour les plaines, pas pour les caveaux) Simplement, l’hiver doux et maussade et le désir de changer d’air nous ont incités à découvrir d’autres lieux. Mais nous revenons aujourd’hui vers notre massif de prédilection en partant de Colombières-le-Haut dont l’orgueilleux clocher est une invitation à grimper au ciel.

 

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Nous empruntons le sentier pentu et rocailleux qui traverse le Roueyras et arrive sur le plateau sommital par le Bel Plo. C’est le genre de chemin où l’on redevient par endroits quadrupède, ce qui est une bonne école d’humilité. Car, au contraire de la ville où la forfanterie et l’esbroufe vous assurent pignon sur rue, la montagne fait généralement payer très cher toute manifestation d’arrogance.

 

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Une fois escaladée l’échelle de pierre qui sert de chemin, le plateau sommital s’offre alors à perte de vue sous son étole de verdure qui tarde à quitter sa couleur hivernale. Ici, à 1000 mètres d’altitude, le climat, soumis à l’influence des vents froids de l'Auvergne, perd ses atours méditerranéens .

 

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D’ailleurs, les rochers taraudés et les arbres courbés témoignent de la rigueur des intempéries qui sévissent en toutes saisons sur le plateau. Les hommes qui vivaient autrefois dans la région s'en accomodaient alors qu’aujourd’hui trois gouttes de pluie ou un peu de tramontane  nous font hiberner et le moindre jour de canicule fait vrombir nos climatiseurs. Le problème est qu’en rafraîchissant nos culs moites ces engins diaboliques réchauffent la planète !

 

PS: j'ai déjà photographié ce rocher au cours d'une précédente randonnée et je vous invite à aller découvrir sa métamorphose sous le pinceau enchanté de Maria D. 

 

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Quel bonheur alors de suivre une piste que les "anciens" - experts en la matière - ont dessiné en suivant une courbe de niveau afin de ménager leurs bêtes ou leurs montures. Elle requiert du promeneur un effort minimum et lui permet de se laisser aller à ses rêveries. Ainsi, un(e) tel(le) pensera à sa déclaration d’impôt à faire avant la fin du mois de mai et tel(le) autre au rosé bien frais que l’on débouchera à l’heure du pique-nique. A chacun son tempérament !

 

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Mais attention, danger ! Il ne faut rêver que d’un œil car dès que vous vous écartez du chemin un vide impressionnant s’ouvre sous vos pas .

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 On entre ici dans le domaine des mouflons qui ne se privent pas de marquer leur territoire. D’ailleurs c’est la seule manifestation que nous verrons d’eux aujourd’hui. Pour nous consoler nous pique-niquons à cet endroit nous appropriant le somptueux panorama qui est habituellement le leur.

 

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N’étant pas mouflons, il nous faut songer à redescendre vers la vallée en empruntant le chemin de Peyre Grosse qui mène au roc du Boutou.  J’aime cet endroit colonisé par les grands pins qui font chanter le vent et dispensent dans l’air l’odeur douce amère de leur résine.

 

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 Puis nous empruntons le chemin qui descend vers les baraques de Caylus, bordé par endroits d’un vieux mur sur lequel un chêne vert appuie nonchalamment l’une de ses branches, En échange, son tronc lui sert de contrefort, bel exemple de solidarité rupestro-arboricole !

 

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La température étant quasi estivale, Gibus m’invite à nous écarter du chemin pour rejoindre à travers d'antiques châtaigneraies la cascade d’Albine et s’y rafraîchir

 

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La cascade qui n’est généralement qu’un maigre filet d’eau en été est en cette saison à son apogée et rebondit majestueusement de rocher en rocher.

 

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Bien que le soleil éclaire généreusement son cours, ses rayons  sont sans grand effet sur la température de l’eau et, rafraîchissant, mais aussi divin, est effectivement le bain que nous y prenons. 

 

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Nul besoin de vous dire que notre sang ayant été vigoureusement fouetté  nous n’avons pas traîné pour achever notre descente!

 

Texte & Phtos Ulysse

21/12/2009

Au hasard dans le brouillard sur le Caroux !

 

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Les nordistes nous imaginent, nous les sudistes, passant la majeure partie de nos journées à jouer aux cartes en sirotant un pastis, sous un ciel éternellement bleu. Et bien pour ce qui concerne le ciel,  leur vision est idyllique, car il arrive qu’il soit gris, voire même qu’on ne le voit point, en raison d’un brouillard à couper au couteau, digne des bords de la Tamise !

C’est la mésaventure qui nous est arrivée l’autre jour que nous avions quitté, pour une fois, notre terrasse de café, pour baguenauder sur le Caroux. Ce majestueux massif, qui offre généralement des panoramas à perte de vue, était recouvert d’un épais brouillard londonien.

Il est vrai que les enfants d’Albion aiment bien notre région et nous leur rendons cette affection, vu que leurs gosiers accueillent généreusement les nectars produits par nos vignerons, mais on espère qu’ils n’ont pas amené avec eux un genre de virus provoquant brumes et brouillards. Ils ont déjà provoqué la panique avec leurs vaches folles et conduit l’un de nos ex-présidents à se ridiculiser  avec des histoires de Princesse . Ca suffit !

 

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Cela dit, mes amis et moi avons en commun avec les grand-bretons de ne pas nous laisser impressionner par les intempéries. Il est vrai que nous ne sommes pas des sudistes d’origine, qui eux sortent le duffle-coat et le passe montagne quand la température descend en dessous de 15° et ne supportent la vue de la glace que dans le pastis.

Aussi avons nous décidé d’effectuer la balade prévue au risque de nous perdre ; mais n’est ce pas quand on se perd que l’on fait les plus belles découvertes !

 

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Nous avons révisé lors de notre dernière balade  la règle N°1 du randonneur (cf. ma note « première neige sur la montagne de Rosis) et bien voici un rappel de la règle N°2 : quand en montagne tu partiras, un sifflet tu emporteras !

Un sifflet qui ne pèse que quelques grammes peut, en effet, vous sauver la vie. Son chant strident est entendu à des centaines de mètres et vous permet d’être localisé si vous êtes pris dans une tourmente de neige ou un brouillard à couper au couteau. Vous pouvez vous en procurer dans tous les magasins de sport ou bien subtiliser celui d’un agent de police, mais cette dernière solution  présente quelques risques.

 

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Quand il fait du brouillard, toute une faune qui habituellement se terre pour ne pas être vue des humains, en profite pour batifoler librement. Ainsi avons nous surpris la souris-tortue géante du Caroux, animal fabuleux dont parle les légendes languedociennes du moyen age .

 

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Un vieux berger arborant une barbe de plusieurs jours, que nous avons croisé sur le chemin, nous a conté son histoire : Il est né il y plusieurs siècles, dans le hameau de Douch situé sur le Caroux,  et y a vécu avec ses deux filles jumelles, sa femme étant morte en couche. Toutes deux raffolaient des fromages de chèvre qu’il fabriquait et les dévoraient avant qu’il n’ait eu le temps de les vendre . Il était ainsi au bord de la ruine .

Ne sachant plus que faire, il invoqua la fée Viviane pour qu’elle trouve une solution. Elle l’avertit que le sort qu’elle jetterait pourrait être dramatique. Mais il était tellement désespéré qu’il confirma à Viviane son accord. Celle-ci, qui était un brin cruelle  (comme Merlin en a fait l’amère expérience) transforma l’une de ses filles en souris et l’autre en tortue et  les lia ensemble en leur disant : en tant que souris vous serez dévorées par l’envie de fromage mais comme tortue vous n’irez jamais assez vite pour pouvoir  vous en emparer avant que votre père ne les vende et cela pour l’éternité.

Pris de remords en voyant ce qu’étaient devenues  ses filles, le berger supplia Viviane de lever le sort. Celle-ci qui aimait aussi le fromage de chèvre lui promis qu’elle le lèverait  quand il lui aurait livré son millionième fromage. Et c’est pourquoi ce vieux berger séculaire mène encore son troupeau sur le Caroux, alors qu’il a largement dépassé les 40 trimestres de cotisation et pourrait jouir d’une retraite méritée.

 

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Emus et attristés par cette sombre histoire, nous poursuivons  à tâtons notre cheminement jusqu’au bord du plateau sommital où le vent, montant de la plaine, provoque une déchirure dans le brouillard. Nous jouissons alors d’une vue somptueuse sur les falaises, dont le pied est ourlé d’un magnifique feston arboré aux couleurs automnales.

 

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Contournant le plateau  par l’ouest nous apercevons au loin, les sommets qui dominent les gorges d’Heric sur le point d’être submergés par une mer de nuages,

 

 

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Nous revenons vers le cœur du plateau où l’alternance des bruyères, de graminées et de genêts composent une fresque vivante que nul artiste ne pourra jamais égaler. Certes les grands peintres nous apprennent à voir le monde et les différents aspects de la réalité et nous ouvrent parfois  la porte d’univers insoupçonnés, mais il manque à leurs œuvres le chant du vent, la prégnance des senteurs et le courant d’énergie tellurique qui parcourt certains lieux.

 

 

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Nous disparaissons soudain dans une masse de brouillard intense que le soleil, déployant toute son énergie, tente vainement de percer. Ce maître du système solaire, adoré des Incas et des anciens Egyptiens, n’est plus qu’un pauvre lumignon blafard pendu dans le ciel gris.

 

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Nous redescendons alors vers le hameau de  La Fage d’où nous sommes partis. Pour notre plus grand bonheur, des mouflons  ébahis de voir des bipèdes affronter de telles intempéries en restent figés sur place. Ils comprennent vite voyant nos sacs à dos que nous sommes inoffensifs, ces magnifiques animaux étant au moins, sinon plus intelligents que ceux qui les chassent.

 

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Et comme pour nous récompenser d’aimer et de respecter leur pays, les mouflons nous accompagnent dans notre descente en nous offrant un spectacle rare, que seuls ceux qui osent affronter frimas et brouillards peuvent contempler.

 

 

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Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer leur ballet car je sais que comme moi vous allez en être enchantés.

 

 

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Rares sont les moments de l’existence où vous sentez monter en vous une onde de joie intense qui vous met en vibration avec l’univers qui vous entoure. Tels furent ces instants où nous étions à la fois homme et mouflon, intimement liés par nos regards croisés.


Texte & Photos Ulysse