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15/02/2009

Solitude et ivresse à Montcalmès (2ème partie)

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Les yeux encore éblouis par la beauté de saint Guilhem le Désert, j'arrive à l'entrée de l'imposant hameau

fortifié de Montcalmès. Aucun aboiement de chien, pas l'ombre d'un homme pour m'accueillir : et pour cause,

le silence règne ici depuis la fin du XIXème siècle, période à laquelle ses derniers habitants ont, d'après

les historiens, quittés ces lieux.


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Mais d'après les archives, entre le VIIIème et le XIXème siècle des générations d'hommes ont vécu ici alors

que les lieux sont parmi les plus austères de la région avec des sols ingrats et un manque d'eau chronique.

Comment peut on délibérément accepter de vivre en un tel endroit ? Sans doute que l'isolement et la pauvreté des

sols les protégeaient des convoitises des bandes de pillards ou des méfaits de la soldatesque qui ravageait

périodiquement le pays.


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Il est fait mention pour la première fois dans un texte de 777 écrit du temps de Charlemagne d'un territoire

de Montcalmès qui fut donné à Saint Benoit fondateur de l'abbaye d'Aniane. On suppose qu'au moyen age le

hameau était regroupé autour d'un château, mais il ne subsiste aujourd'hui que d'anciennes bergeries et de

magnifiques habitations caussenardes.


On accède aux ruines du hameau par une venelle franchissant une ancienne porte fortifiée : au delà nous allons

de merveille en merveille (mais i l faut être très prudent et prendre garde à la chute des pierres)


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Une superbe maison caussenarde ouvre la gueule noire de ses fenêtres et ses portes béantes aux ardeurs

du soleil. En franchir le seuil c'est tomber dans le gouffre de quelques siècles d'histoire et frôler les ombres des

dizaines de générations d'hommes et de femmes qui ont aimé, lutté, rêvé et souffert en ces lieux


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Les soubassements de certains édifices ont conservé leurs arcades et leurs voutes soutenues par de

magnifiques piliers, vestiges sans doute du moyen age.

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Les hommes qui les ont édifiés ne sont plus que poussière mais leur art et leur génie sont encore présents

et défient les intempéries et les morsures du temps.


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Devant tant de beauté et d'élégance, il faut faire silence pour entendre la leçon que nous murmurent

ces pierres : L'esprit peut dompter la matière et venir à bout de toutes les difficultés.

La contemplation de tels lieux, comme le bon vin, procure une délicieuse ivresse qui vous apaise, vous rend serein

et vous fait prendre du recul par rapport aux difficultés et soucis qui sont le lot de toute existence.


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Le lent déclin de Montcalmès commença au XIIème siècle avec le développement du village de Puéchabon

à quelques kilomètres de là . L'isolement du hameau situé à l'écart des routes « marchandes » et l'aridité des sols ont

conduit progressivement ses habitants à aller en quête d'une meilleure vie dans la plaine.


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En 1791 Montcalmès ne comptait plus que 23 habitants et les derniers seraient partis vers 1890.

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Il faut baguenauder dans ces ruines où l'on s'attend à tout moment à voir surgir la silhouette d'un berger

ou d'un charbonnier, tant elles vibrent de ces milliers de vies qui les ont hantées.


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Mais les seuls êtres que l'on y croise sont des arbres qui ont pris possession des lieux et que l'on

surprend à danser dans l'entrebaillement d'une porte dénudée.


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A suivre...... (le détail du circuit sera joint en fin de parcours)

Texte & Photos Ulysse

12/02/2009

Solitude et ivresse à Montcalmès....(1ère partie)

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Journaux, télés, radios, téléphones mobiles captent sans cesse notre esprit et nous mettent, en quelque sorte,

hors de nous. Des zombies nous envahissent qui pensent à notre place sur des sujets où les informations factuelles

nous manquent pour nous forger notre propre opinion et nous perdons ainsi l'habitude de réfléchir par nous même.

Sommés d'avoir une opinion sur tous les évènements du monde, nous ne prêtons plus attention à notre environnement

immédiat et à la manière dont nous menons notre propre vie.



C'est pourquoi de temps en temps je me purge de ce babillage que l'on nous ingurgite jusqu'à la nausée,

en partant sur les chemins. Je mets ainsi l'espace de quelques heures ou quelques jours ma vie entre parenthèses

hors du monde et du temps. Je ne suis plus rien d'autre qu'un marcheur sans histoire, sans passé, sans avenir,

vivant dans l'instant et vaticinant sur la vie des cailloux, le vol des hirondelles, le cycle des saisons, le chant

des grillons, le destin de nuages ou les pérégrinations du vent.


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Si vous êtes tentés de me suivre, décrochez votre parka de son clou, mettez de quoi vous sustenter et vous

désaltérer (et pas obligatoirement de l'eau !) dans votre musette et rejoignez le Pont du Diable qui franchit les superbes

gorges de l'Hérault à la sortie de Saint Jean de Fos. Inutile de vous confesser avant, vous n'avez rien à craindre de

Lucifer si vous prenez la précaution d'acheter en passant quelques délicieux flacons au domaine de La Terrasse d'Elise

que vous lui remettrez s'il vous cherche querelle, il vous fichera alors une paix royale pour aller cuver son vin sous

l'une des piles du pont.


A vrai dire Lucifer n'a pas toujours été aussi complaisant. En effet, quand en 1036 les abbayes de Gellone

et d'Aniane, qui contrôlaient chacune une rive du fleuve décidèrent de construire ce pont roman (considéré comme

le plus vieux de France) pour favoriser les échanges , le Diable qui guettait les gens qui se noyaient en ce lieu en

tentant de traverser le fleuve pour s'emparer de leur âme, chaque nuit saccageait les travaux effectués. L'abbaye

de Gellone passa alors un pacte avec lui en lui promettant qu'il pourrait s'emparer de l'âme du premier être qui

traverserait le pont. Le jour où le pont fut achevé on envoya un pauvre chien avec une poêle à frire attaché

à la queue le traverser. Le diable furieux mais prisonnier de son engagement tenta en vain de détruire le pont.

Depuis, les hommes ne cessant de se massacrer à loisir et le pourvoyant abondamment en âmes, Lucifer

n'importune plus les passants qui s'aventurent sur le pont à condition de lui graisser la patte !



Mais reprenons le fil de notre balade et partons explorer l'austère et sauvage plateau karstique de

Puéchabon où les hommes ont au cours des siècles passés édifié de superbes édifices comme on peut en voir au

hameau "fantôme"de Montcalmès vers lequel je vais vous emmener


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Mes premiers pas me conduisent à travers une zone de vignobles et d'oliveraies occupant d'anciennes terrasses;

les feuilles vernissées et argentées des oliviers émettent un doux murure dans le vent qui offrent en toutes saisons

au promeneur fatigué une ombre rafraîchissante.


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Sentant une odeur de fumée, je me retourne pour découvrir un superbe champignon de fumée blanche

qui s'élève au loin dans la plaine dominée par la dent du Pic de Vissou. C'est en fait un message de

Virgile (le bien nommé) Joly, vigneron à Saint Saturnin qui m'invite à venir me rafraîchir le gosier

de son « joly rouge »à la fin de ma balade, invitation que, vous vous en doutez, je ne saurais refuser.


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Le terroir caillouteux est propice à la vigne qui jouit l'hiver d'un repos bien mérité, elle qui sait tant faire rêver

les hommes et apaiser ses tourments par son nectar velouté aussi doux qu'un baiser.


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Soudain je croise un « Ent » un de ces ces hommes arbres qui me salue et me tend les bras en guise de

bienvenue. « Si vous aviez été une femme » me dit il « je vous aurais invité à danser pour célébrer cette belle

journée ». « Qu'à cela ne tienne » lui dis je « faisons fi des conventions et des commérages » Et nous voilà partis

à danser sous les yeux éberlués des vignerons occupés à tailler leurs vignes.


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Puis je grimpe sur le plateau et quitte la zone de cultures pour cheminer au travers de la garrigue d'où

émergent ici et là des bosquets de chênes verts. Avez vous remarqué que la forme des feuilles de ces arbres

varie selon l'endroit où elles sont situées : épineuses pour les plus basses afin de dissuader les animaux qui

seraient tenter de les brouter, plus petites et vernissées au sommet pour limiter l'été l'évaporation, plus larges

au milieu pour optimiser le développement pendant les périodes fraiches.


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La piste que j'emprunte me conduit jusqu'au rebord du plateau qui domine les gorges de l'Hérault trop

encaissées à cet endroit pour que l'on puisse voir le fleuve. Mais un autre spectacle m' attend époustouflant de

beauté : le village de Saint Guihlem et son joyau l'abbaye de Gellone, éclairée comme un diamant par le soleil,

se révèlent au milieu d'un écrin de montagnes.


Qui ne marche pas, ne peut jouir de telles beautés ! Alors marchons, marchons, qu'un air pur emplisse nos poumons !


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A suivre.......(les précisions sur le circuit seront jointes en fin de parcours)

Texte & Photos Ulysse