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21/11/2011

Le Caroux par la piste des Aiguilles (fin)


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Ayant malheureusement laissé notre pigeon à sa tragique destinée (voir la note précédente) nous basculons vers le vallon du Vialay dont les pentes sont couvertes d’une toison arborée, parée de fastueuses couleurs automnales. Qu’une telle beauté, qu’une telle sérénité naissent de feuilles qui vont mourir apaise l’angoisse qui nous étreint à la pensée de devoir un jour quitter ce monde (Qui est au demeurant le titre d’un magnifique roman de Douglas Kennedy). Comme ces feuilles qui au printemps renaîtront, nous pouvons espérer que nos vies s’inscrivent dans une chaîne infinie dont elles ne sont qu’un maillon.

  

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Mais même en admettant l’hypothèse que nous reviendrons, il n’est pas certain, au train où vont les choses, que ces lieux paradisiaques soient préservés. Aussi, vivons, vivons intensément, ne gâchons pas une minute, que dis-je, une seconde de notre existence ! Comme cet arbre parti à l’assaut de la colline - alors que ses congénères pusillanimes sont restés à l’abri du vent - et qui nous donne, à cet égard, un bel exemple de courage et d’énergie. Alors l’heure du piquenique étant enfin arrivée,  nous levons nos verres à cet arbre plein de bravoure et à la Vie !


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Pendant que nous piqueniquons et savourons nos sandwichs « jambon de parme, cornichon rémois, tomate de marmande », le roc Fourcat plante sa dent dans les nues pour faire un festin de ciel azur.

 

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Notre festin achevé, nous redescendons vers le hameau d’Héric sous un ciel sans nuage et sans un souffle d’air, éprouvant l’étrange et délicieux sentiment que le temps a soudain arrêté son cours.  Mais la course des aiguilles sur le cadran de ma montre m’informe hélas que l’implacable compte à rebours se poursuit…

 

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Cela étant, il semblerait que le temps sur le Caroux s’écoule plus lentement que dans la vallée, car nous découvrons allongée dans l’herbe une matrone coiffée d’un tour de tête avec guimpe et qui admire le paysage.  Ce genre de couvre-chef ne se portant plus depuis le moyen âge, on peut en déduire que la matrone en question a quelques siècles ! Finalement, peut être que le secret de notre vitalité à Gibus et moi même est que nous arpentons régulièrement les chemins de ce massif . Le Caroux élixir de longue vie ! Quelle chance pour nous !

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Et il est vrai  que la contemplation de tels paysages enlève vingt ans à nos cœurs et à nos jambes. Plutôt que d’aller se ruiner dans une station de thalassothérapie , mieux vaut grimper sur le Caroux !

 

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D’ailleurs les princesses d’Arabie, qui n’ont pourtant pas de problème de fin de mois,  viennent ici faire une cure de jouvence comme en témoigne ce dromadaire que nous croisons au bord de notre chemin.

 

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Le Caroux est assurément l’une des plus belles montagnes du monde et si j’étais bricoleur je rachèterais  bien cette vieille masure merveilleusement située pour m’y installer. Mais hélas j'ai "le marteau maladroit" et, de toute façon,  il faudrait aussi que j’apprenne à faire la pain, que j’élève quelques poules, lapins et cochons, et que je cultive un potager « and last but not the least »  une vigne !  Bref ! ce serait un peu compliqué et je crois que je vais me contenter de rêver  !  A vrai dire dans la vie, il y a ceux qui rêvent et ceux qui font.  Je ne sais pas ce qui est le mieux mais ce que mes parents m’ont appris, c’est que quand on se contente de rêver il ne faut pas envier ceux qui font !

 

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Parlant de rêves, poursuivant notre chemin, nous apercevons  un géant en train de dormir sur le flanc du Caroux et qui me fait soudain songer au sublime et émouvant poème de Rimbaud « Le dormeur du Val » :

 

C'est un trou de verdure où chante une rivière,


Accrochant follement aux herbes des haillons


D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,


Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

 


Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,


Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,


Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,


Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

 


Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme


Sourirait un enfant malade, il fait un somme :


Nature, berce-le chaudement : il a froid.


 


Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;


Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,


Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

Ainsi la mort prend – t - elle parfois l’apparence de la vie, comme on le voit en contemplant certains  membres du Sénat ou du Conseil Constitutionnel, institutions qui ressemblent à des annexes du musée Grévin.

 

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La cohabitation de vigoureuses frondaisons vertes et de frondaisons automnales vouées à la chute révèlent les deux stratégies de développement différentes du peuple arboricole. Les premiers dépensent une part de leur énergie pour préserver leur parure alors que les autres en font le sacrifice pour mieux résister au froid. C’est d’ailleurs pour cela qu’étant chauve, je ne crains pas l’eau glacée.

 

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Ces arbres toujours verts, qui sont par nature un peu « m’as tu vu » et aiment épater la galerie, vont souvent se nicher dans des endroits improbables qui les condamnent un jour à la chute. Le genre humain n’est pas exempt de ce genre de bravade et l’on voit des imprudents accéder à des positions d’où, du fait de leur incompétence, ils ne peuvent ensuite que dégringoler (l’avantage petite Giulia, c’est que tu vas bientôt pouvoir profiter de ton papa !)

 

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Avec mon ami  Gibus nous ne présumons jamais nos forces et nous ne prenons jamais la montagne à la légère : Il y a encore tellement de vins d’Oc que nous n’avons pas goûtés ! Et c’est ainsi qu’une fois de plus nous redescendons sains et saufs de notre périple émoustillés comme des adolescents ( que nous restons grâce au Caroux) à la pensée des deux blondes pétillantes qui nous attendent à l’arrivée.

PS: Vous savez que les problèmes de l'environnement me tiennent à coeur. A ce sujet une grave pollution aux hydrocarbures affecte de façon permanente le port de Sète. Un collectif s'est créé pour intervenir auprès des autorités afin qu'elles remédient à cet etat de fait.  Je vous invite à soutenir leur action en signant leur pétition  ICI 

Texte @ Photos Ulysse

(Toute reproduction interdite sans autorisation de l’auteur)

  

07/10/2011

Périple pyrénéen : Fin - L’ascension du Pic de Montcalm (3077m) et du Pic d’Estats (3143m)

coeur,refuge de pinet,montcalm pic d'estats

Après notre pause au bord du lac de Montcalm (voir la note précédente) nous attaquons l’ascension du Pic éponyme. La masse imposante du Pic du Port de Sullo (3073m), qui se dresse derrière nous, pèse sur nos épaules alors que la pente est rude. Notre souffle se fait court et notre cœur se met à battre la chamade. Vous ricanez en pensant que c’est une déplorable excuse. Mais je peux vous assurer que si une ombre humaine ne pèse rien, celle d’une énorme montagne a un certain poids sinon un poids certain, qui s’ajoute à celui de notre sac à dos !

 

coeur,refuge de pinet,montcalm pic d'estats

Mais finalement la magie de la marche à pied opère : si la volonté permet de soulever des montagnes, cette pratique désuète qui consiste à mettre un pas devant l’autre et de recommencer  vous permet de les gravir. Pour ceux qui en doutent, essayez et vous verrez,  ça marche à tous les coups.  Bon c’est vrai, dans l’intervalle on sue, on souffle, on se demande ce que l’on est venu  faire dans cette galère  et puis, une fois au sommet, on oublie ces désagréments devant le spectacle somptueux qui nous est offert.

 

 

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A vrai dire, non pas somptueux est le spectacle que l’on a du sommet du Montcalm, mais fabuleux, grandiose, inouï et vraiment « gratos », sans obligation d’achat de fromage de brebis ou autre . La montagne ne nous demande rien, elle s’offre à nous sans retenue, sans restriction et sans pudeur. Nous faisons corps avec elle et nos atomes se fondent avec les siens comme aux premiers moments de l’univers, lorsque notre substance faisait partie des étoiles naissantes.

 

 

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 En face de nous se dresse le Pic dEstats, notre prochain objectif , qui au demeurant n’est pas du même acabit. Autant ce gros pépère de Montcalm porte bien son nom en ayant la délicatesse de faire le dos rond pour que l’on puisse facilement le gravir. Autant le Pic d’Estats , rendu sans doute un brin arrogant par son titre de plus haut sommet catalan,  a l’allure d’un hérisson .

 

 

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Pour accéder à son sommet il faut en effet traverser un chaos rocheux qui demande une vigilance certaine.  Les plus agiles, comme Gibus, franchissent l’obstacle sur deux pattes, d’autres moins doués, comme Bibi, à quatre pattes, mais tous nous arrivons au sommet .

 

 

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Le sommet est, en outre, plutôt étroit,  mais il est fort heureusement équipé d’une croix qui permet de s’accrocher en cas de grand vent. A défaut d’avoir remis l’humanité sur le droit chemin, le martyr du christ permet au moins à quelques randonneurs de ne pas tomber dans le vide. Petite consolation !

 

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En face de nous se dresse le Pic de Montcalm au sommet duquel nous étions tout à l’heure. On devine le chemin d’accès, simple égratignure qui orne son flanc gauche. Ici la nature impose le respect à l’homme qui si souvent, en d’autres lieux, la maltraite et la viole, rasant ses forêts pour fabriquer de l’huile de palme ou du PQ et  la couvrant d’hideuses zones commerciales  où l’on vend du rêve en plastoc !

 

coeur,refuge de pinet,montcalm pic d'estats

 Regardant  du coté espagnol, nous apercevons deux lacs aux eaux aussi bleues que celles que l’on peut trouver du coté français. Comme quoi l’affirmation de Blaise Pascal qui a dit « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà » n’est pas d’application universelle puisque les lois physiques sont les mêmes des deux cotés de la frontière.  Ainsi même les plus grands esprits ont leur limite comme le  prouve la  récente remise en cause de l’affirmation d’Einstein sur la vitesse de la lumière qu’il pensait infranchissable.

 

 

coeur,refuge de pinet,montcalm pic d'estats C’est au demeurant grâce à l’universalité des lois physiques que les nuages franchissent les frontières sans problème, à l’exception unique dans les annales historiques du nuage de Tchernobyl qui, impressionné par la détermination de nos experts et de nos hommes politiques, a préféré rebrousser chemin et filer vers l’Italie. Nous pouvons être légitimement fiers de nos experts (Qui a pouffé de rire ? jaune bien entendu !)

 Au sujet des nuages, je me demande d’ailleurs si le vent qui les pousse  bruisse comme il le fait dans les feuillages ? Seuls les oiseaux pourraient nous le dire mais nul homme n’a parlé aux oiseaux depuis Saint françois d’Assise !

 

 

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Craignant, devant une telle beauté, d’être atteint par le syndrome de Stendhal et (surtout !) la faim se faisant sentir nous nous empressons de redescendre au bord du lac de Montcalm pour y picniquer. L’ami Gibus qui a pris de l’avance se prépare à y piquer une tête en vue de prélever quelques glaçons pour le pastis.

 

 

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Nous octroyant deux tournées de pastis pour fêter les deux sommets que nous avons gravis, les glaçons viennent à manquer. Aussi je me dévoue à mon tour pour aller en chercher.  Pour les méditerranéens le pastis c’est sacré !

 

 

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Puis nous reprenons notre descente, allant de cairn en cairn, chacun d’eux étant une œuvre d’art - défiant parfois  les lois de l’équilibre - réalisée par des artistes inconnus.

 

 

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Face à cette nature grandiose nous éprouvons un sentiment d’extrême vulnérabilité mêlé d’une légitime fierté de venir ainsi la défier. Mais il faut se garder de dire que l’on a « vaincu » un sommet, comme on l’entend parfois.  On gravit les montagnes, ou plutôt elles se laissent gravir, on ne les vainc jamais. Elles peuvent un jour nous prendre notre vie, alors que nous n’avons aucun pouvoir sur elles.

 

 

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De nombreux montagnards craignent plus les descentes que les montées et pour cause. Quand on trébuche en montant on ne récolte le plus souvent que quelques égratignures sur les genoux ou le nez. A la descente la gravité vous entraîne dans le vide  et les conséquences peuvent en être plus dramatiques. C’est vrai aussi  en politique où ceux parvenus au sommet - qui ont rarement le courage des montagnards - ne veulent plus en redescendre (t'as la "pétoche", hein Nicolas ! mais tu verras c'est bien aussi d'être père au foyer !)

 

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Mais nous arrivons tous sains et saufs en vue du refuge alors que quelques nuages font le plein d’eau dans le lac tout proche, signe annonciateur d’un changement défavorable du temps. Il était temps !

 

 

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Patrick, gérant du refuge, nous offre l’apéro pour fêter nos ascensions.  La montagne a forgé cet homme chaleureux et  attentionné que je salue au passage ainsi que sa sympathique équipe.

 

 

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Après le dîner, Patrick  et le cuisinier du refuge sortent l’un sa guitare et l’autre son violon pour accompagner nos « miaulements » sur un répertoire de chansons françaises des cinquante dernières années (et oui nous avons l’âge de les connaître !) Ce soir là les isards ont du se demander quels étranges animaux avaient envahi le refuge !

 

 

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Le lendemain matin nous surprenons le soleil au saut de son lit de nuages car il nous faut redescendre vers la plaine avant que la pluie annoncée n’arrive sur les sommets.

 

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 Des isards, sans doute intrigués par nos miaulement de la soirée précédente, assistent à notre départ, précautionneusement installés sur les cimes.

 

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Nous marchons en silence encore « habités » par la beauté des sommets que nous avons gravis. On se dit que malgré l’admiration qu’elle nous inspire la montagne n’a pour l’homme qu’indifférence et  que l’on pourrait mourir ici sans qu’une pierre ne lève le petit doigt pour nous assister. Et puis soudain, un impressionnant battement sourd se fait entendre. Nous stoppons notre descente et explorons des yeux les environs pour déterminer l’endroit d’où vient ce son étrange et déroutant…

 

 

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La stupeur  nous saisit alors car nous découvrons en face de nous la montagne qui nous ouvre son cœur, source de ce battement qui se répercute de vallon en vallon.

 

 

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C’est une déclaration d’amour qu’elle semble ainsi vouloir nous faire, à nous, ses humbles arpenteurs qui avons si souvent fait ses louanges. Nous tombons dans les bras les uns des autres émus par cette manifestation d’amour et nous nous promettons de fêter dignement  l’événement une fois arrivés dans la plaine. Gaïa notre planète, mère des montagnes,  en sera d’autant plus heureuse que c’est elle qui produit les nectars qui serviront à célébrer cet heureux événement.  Nous appliquerons au demeurant la devise des vrais montagnards « Ne laisse jamais passer l’occasion de faire la fête car ta vie passera comme neige au soleil »

 

 

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Et c’est donc dans la joie que notre périple se termine, heureux montagnards auxquels la montagne a ouvert son cœur !

 A la prochaine.....

PS : Pour ceux qui seraient tentés par ces magnifiques ascensions, renseignez vous auprès de Patrick Cortade gérant du refuge de l'Etang de Pinet 

Texte & Photos Ulysse (sauf les 11ème et dernière) 

 

10/09/2010

Envolons nous sur le Caroux !

 

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C’est un de ces matins d’été où l’on se réveille en état d’euphorie : le soleil darde ses aiguilles d’or dans les interstices des volets et les oiseaux taillent une mélodieuse bavette dans les frondaisons proches . Ces heureux signes annonciateurs d’une radieuse journée nous confortent dans notre projet d’aller randonner sur le Caroux.

Partant de Douch, situé à près de 1000 mètre d’altitude , l’air frais qui règne encore aux heures matinales rend notre pas vigoureux. Il est vrai qu’étant proche du sommet, la pente du sentier se fait plus douce et nous permet pleinement de jouir de la quiétude et de la beauté des lieux.

 

 

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N’ayant ni contrainte de temps, ni objectif particulier – délicieuse parenthèse de liberté dans ce monde frénétique - nous flânons dans les sous-bois à l’acmé de leur beauté estivale. Mais, bientôt, les mains de l’automne viendront disperser leurs confettis d’or sur leurs frondaisons vertes, feu d’artifice mortifère.

 

 

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Soudain nous émergeons sur le plateau sommital colonisé par des champs de bruyères qu’entaillent des chemins qui mènent tout droit au ciel.

 

 

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Des bosquets de genets et des langues de fougères leur disputent par endroit cet âpre territoire, lui conférant une note de fantaisie .

 

 

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Quelques jeunes pins, dont les graines ont été portées par les vents ascendants, ont colonisé les contreforts du Roc de la Siéjo, rejetons audacieux d’une forêt qui occupe en contrebas le cirque de Farrières.


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Les pas répétés de l’homme tracent vite des sentiers qui révèlent l’ossature minérale du sol et soulignent la frugalité et la ténacité du monde végétal qui le recouvre

 

 

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La montagne est source de sagesse, en cela qu’elle nous rappelle notre petitesse et vulnérabilité face à l’immensité du monde. Elle nous dégrise du fallacieux sentiment de puissance que nous confèrent les outils technologiques modernes dont nous sommes devenus dépendants.

N’oublions pas, en effet, que dans l’hypothèse d’une explosion solaire cataclysmique- qui peut se produire tous les 250ans - l’ensemble de nos sources d’énergies électriques (centrales, batteries, circuits) et de nos outils de communication et de stockage de données (disques durs) seraient neutralisés ou détruits par l’émission de rayons gamma, comme cela s’est produit partiellement en 1989 au Canada. L’homme perdrait alors sa force « technologique » et sa « mémoire » et redécouvrirait qu’il n’est qu’un bipède démuni. Je vous conseille donc, sans plus attendre, d’acheter les cartes au 25 millièmes de l’IGN, de vous remettre à la marche et de commencer à stocker noix, noisettes, châtaignes, jambons secs et terrines de pâtés et quelques tonneaux de jus de vitis vinifera.

 

 

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Mais loin de moi l’idée de vous effrayer, car si notre corps est faible, notre esprit lui est grand puisqu’il peut intérioriser l’univers dans lequel il vit. Et quand nos jambes peinent dans les pentes, notre esprit sait qu’avec de la ténacité on vient à bout des montagnes. L’homme a surmonté tant de cataclysmes qu’on peut lui faire confiance pour surmonter ceux qui l’attendent au détour des siècles. Nous français nous saurons bien nous relever après le règne du tsarounet Nicolaïev !

 

 

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Outre notre petitesse, la montagne nous rappelle que nous sommes éphémères. Elle même n’échappe pas à la règle : la pluie douce à nos joues, le vent qui caresse nos cheveux, le froid qui nous fait le nez rouge (et le rosé aussi curieusement) insidieusement la laminent, la fissurent, l’ébrèchent, et la dissolvent !

Après avoir parcouru les sentiers du plateau et s’être débarrassés du poids de nos préoccupations et soucis, nous nous dirigeons d’un pied léger vers le sommet du Caroux où la gravité est plus faible puisque celle-ci diminue en fonction de l’altitude. Nous ressentons alors avec félicité, mais aussi un brin d’inquiétude, l’insoutenable légèreté de l’être. Un phénomène extraordinaire se produit alors.

 

 

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En effet, Léo le benjamin de la troupe qui s’amuse à sauter d’un muret à l’autre de l’édifice qui entoure le cairn sommital prend soudain son envol ....

 

 

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….et commence à survoler le plateau !

 

 

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Louna, la benjamine, qui ne veut pas être en reste suit l’exemple de son frère…

 

 

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…avec le même résultat…

 

 

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…et se met à planer sur les traces de son frère….

 

 

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Nous tentons à notre tour sans complexe de faire de même, mais les kilogs superflus accumulés au cours de décennies d’agapes nous clouent hélas au sol ….faire bombance ou voler il faut choisir !

Nous sommes donc condamnés à emprunter le sentier qui nous ramène au village de Douch pendant que notre descendance le rejoint par les airs ! Mais nous sommes finalement heureux de constater que notre progéniture peut enfin voler de ses propres ailes, bien qu’ils soient pour cela un peu précoces.

Je n’ose pas dire qu’il n’y a plus de jeunesse, car je passerais pour un vieux radoteur, vu que les philosophes grecs le disaient déjà il y a 2000 ans !

 

 

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Texte Ulysse & Photos Ulysse et Eric D.

 

 

14/01/2010

Il fait un temps de caribou, allons sur le Caroux !

 

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Notre société se dit « développée », parce qu’elle recourt sans mesure aux technologies modernes et aux produits sophistiqués : moyens de transports mécaniques, électricité, télécommunications, informatique, papier toilette parfumé, faux ongles et faux seins ! Mais de fait, elle est surtout fragile.

En effet, que tombent 5 cm de neige et voilà les autoroutes bloquées, les aéroports fermés, les TGV en rade, les lignes électriques coupées et Nicolas énervé parce que les français, rois du monde des râleurs, mettent ça sur son compte. Il faut dire que lui qui se voyait en Roi Soleil est plutôt devenu un président « purée de poix ».

Mais il faudrait sans doute que l’on réapprenne à vivre avec les intempéries, vu que la Conférence de Copenhague a échoué et que l’on se dirige tout droit vers des perturbations atmosphériques qui mettront en péril notre survie.

 

 

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Avec mon ami Gibus on se prépare donc au grand chambardement climatiques en sacrifiant chaque année à la tradition du bain du 31 décembre et allant taquiner les sommets du Caroux, dès qu’il y fait un temps à ne pas mettre un mouflon dehors.

L’avantage est qu’il n’y a pas non plus, ces jours là, d’autres bipèdes et, qu’alors, le monde nous appartient. Ce n’est pas que l’on n’aime pas nos semblables, bien au contraire, mais un tête à tête avec mère nature nous donne un sentiment inouï de plénitude, avec le sentiment de vivre des moments privilégiés.

Donc avant hier matin, mardi 12 janvier, où le thermomètre affichait – 8°au pied du Caroux, nous voilà partis aux aurores vers les sommets.

La brume qui traînasse dans les vallées confère au reste du monde une apparence de douceur trompeuse qui gomme les tragédies qui s’y déroulent pourtant chaque jour..

 

 

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La neige et le froid ornent l’épiderme rocheux de notre cher Caroux de dagues de glace. Mais nous savons que nous n’avons rien à craindre de ce massif d’un age respectable ( 340 millions d’années) et d’un tempérament débonnaire. On sait qu’il ne profitera pas que l’on ait le dos tourné pour nous en asséner un coup dans l’occiput , vu que nous avons toujours respecté les lieux et ses habitants (mouflons, chevreuils, sangliers, lapins, rapaces etc…. Mais si nous étions chasseurs, on se méfierait !

 

 

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Au fur et à mesure que nous prenons de l’altitude le monde d’où nous venons se transforme en un océan de collines bleutées. Un peu inquiets nous nous demandons si nous en retrouverons à notre retour le chemin d’accès !

Mais si jamais nous étions condamnés à vivre le reste de nos existences sur le Caroux sans doute nous transformerions nous en mouflons, ce qui, finalement, ne serait pas un sort détestable vu le nombre de mouflonnes qui y vagabondent.

 

 

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Arrivant près du sommet, un spectacle nous émeut, comme à chaque fois, immanquablement : celui d’un arbrisseau accroché à la roche au milieu de la « colette » de Luchet (petit col) et sur lequel semble veiller les mamelons rocheux environnants, impressionnés par son courage.

 

 

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Il faut dire que de là où il est , il a une vue imprenable sur la vallée et que malgré le froid et le vent il ne cèderait pour rien au monde sa place. Cet arbre est pour nous un exemple de courage et de ténacité mais aussi, à la fois, de la vulnérabilité et de la prodigieuse énergie de la vie. Son exemple nous incite à poursuivre malgré le froid mordant qui nous agresse alors dans cette zone balayée par le vent.

 

 

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Et nous voilà sur le plateau sommital, foulant une neige fraîche légère et scintillante qui fait renaître nos plaisirs d’enfants. Honte à ceux qui, dans les villes, sous le fallacieux prétexte d’assurer la sécurité des « citoyens, interdisent, dès qu’il neige, l’accès aux parcs et jardins et privent les enfants de cour de récréation de peur qu’ils ne glissent et tombent.

 

 

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Au nom de ce principe de sécurité on devra bientôt nous interdire de respirer car l’air sera trop pollué. Nos gouvernants sont des avortons et des crânes d’œuf qui ne sont jamais écorchés les genoux ayant été élevés dans la soie. Ayant peur de leur ombre, ils veulent nous imposer une vie sans risque, de fait, une vie de zombie !

 

 

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Pour quelques instants je vais me taire (ça va être dur !) pour vous laisser contempler ce paysage aux sublimes camaïeux de verts, de gris, de bruns et de blancs……………………………………………...........................................................................................................

Qui a parlé ? chut ! on se tait ! …………………………………………….........................................................................................................

 

 

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Nous empruntons un chemin qui traverse les bruyères brûlées par le gel et où l’on peut « lire » les pérégrinations nocturnes des habitants des lieux.

Ainsi y voit-on les traces d’un lièvre et celles d’un renard et plus loin, des traces de sang, témoin d’un drame ! Jeannot a-t-il été attaqué par Goupil ? Mais que fait le gouvernement ? Il devrait interdire aux renards d’attaquer nuitamment les lapins !

Après le fabuleux succès du plan banlieue , il faudrait lancer un plan « Caroux » en le confiant à la madone du PS, Ségolène, pour qu’elle aille demander pardon aux lapins des crimes commis par les renards.

 

 

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Ca ne vous donne pas envie de nous suivre des chemins pareils ? Voilà la recette  : il faut un bon réveil , un bon petit déjeuner, savoir lire une carte topographique (il y a de bons bouquins sur le sujet) et utiliser une boussole, un peu d’entraînement, un brin de courage, un sifflet, un briquet, un bon sac à dos et des vêtements imperméables et chauds (en toutes saisons !) un vieux journal (pour démarrer le feu) et un copieux pique-nique solide et liquide !

Au début les pentes vous paraîtront un peu dures mais les paysage que l’on découvre la haut vous récompensent au centuple de vos efforts. C’est le plus beau et le meilleur retour sur investissement que vous puissiez faire !

 

 

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Mais je bavarde et l’heure tourne, il est temps maintenant de se diriger vers le refuge de Fontsalès qui dispose d’une cheminée auprès de laquelle nous pourrons nous réchauffer.

 

 

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N’hésitez pas entrez ! J’ai le plaisir de vous présenter mon inséparable compagnon de sentiers, Gibus, que vous voyez toujours de dos vu qu’il est toujours devant, étant déjà à moitié mouflon.

 

 

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Ayant transféré le contenu de nos sacs dans nos estomacs (Au menu : vin chaud, potage, salade de pâtes, fromage, fruit, café/thé et chocolat et vin de pays d’Oc) nous prenons le chemin du retour au moment où le brouillard venu de la vallée commence à envahir les sommets.

 

 

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Quand on est en montagne et que le temps se détériore on éprouve très vite un sentiment de fragilité à l’instar, sans doute, de celui qu’éprouve un marin pris dans une tempête. La température et la visibilité chutent soudainement et il en faut peu en effet pour perdre son chemin. J’avoue que je ne déteste pas ces instants où l’on éprouve une délicieuse angoisse qui magnifie votre sentiment d’existence. On est ainsi ramené à l’aube de l’humanité quand l’homme était démuni face à son environnement.

 

 

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On en apprécie d’autant plus le vin chaud (ou la bière fraîche selon la saison) que l’on prendra une fois revenu à bon port . Cet arbrisseau lui n’a pas la chance qu’ont les humains de pouvoir se déplacer et va devoir affronter jusqu’au bout les frimas de l’hiver !

Dieu fasse que je ne sois pas arbrisseau dans ma prochaine vie , non pas tant à cause du froid pour lequel ils sont adaptés que pour le vin chaud ou la bière dont ils sont privés.

 

 

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Nous avons heureusement retrouvé le fil d’Ariane de notre chemin qui nous ramène au point de départ. A nous donc le vin chaud et à vous le récit de notre périple !


Texte & Photos Ulysse