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23/11/2009

Le temps passe, oh misère ! allons à Saint-Léon-sur-Vézère !

 

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Notre vie est éphémère mais pris par le courant de nos affaires nous l’oublions trop souvent. Nous perdons ainsi notre temps et accordons de l’importance à des à des choses qui n’en valent pas la peine : comment sera la mode ce prochain printemps ? qui gagnera à sot lantha ? ou qu’a dit hier notre tsarounet Nicolaiev ?

Arrêtons un instant de courir et de ratiociner sur des questions sans intérêt avant que le destin ne glisse le tourbillon d’atomes que nous sommes sous le tapis de l’histoire et rejoignons le village de Saint-Léon-sur-Vézère pour nous y reposer et méditer.

Le parc du Château de la Salle qui se dresse au cœur du village depuis le XVème siècle où se marient harmonieusement ombres et lumières offre un lieu propice à la méditation : Qui de la limace ou de l’escargot a fait le meilleur choix , celui qui porte sa maison sur son dos et peut s’y réfugier en cas de sécheresse ou celle qui peut vagabonder plus librement mais s’expose à griller au soleil ? On peut considérer que chacun de ces choix présente des avantages puisque les deux espèces ont survécu jusque là . Mais probablement que l’homme a contribué à cette heureuse évolution en cultivant ses salades dont les deux espèces raffolent.

Ce qui nous amène à nous interroger sur la pertinence du mode de vie sédentaire pour lequel nous avons opté et dont profitent ignominieusement ces gastéropodes ? Mais ce dégât collatéral serait supportable si nous n’étions pas contraint de nous endetter à vie pour acquérir une cabane à lapins (qui eux aussi, au demeurant, bouffent nos salades !) où nous passons nos soirées devant la téloche, cette super machine à laver les cerveaux pour qu’ils soient plus réceptifs aux messages publicitaires.

On peut légitimement se demander si l’humanité ne serait pas plus heureuse si nous étions restés des cueilleurs chasseurs vivant sous des tentes éclairées par des feux de bois et la clarté des étoiles Les œuvres de Claude Lévi-Strauss qui vient de mourir nous interpellent sur ce point.

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Certes je dresse un portrait caricatural de notre civilisation qui a su exalter les potentialités spirituelles de l’homme et a amené certains d’entre eux à détacher un instant leur regard de leur nombril ou de leur entrejambe pour regarder vers le ciel et dresser vers lui des prières de pierres que l’on nomme chapelles, églises, cathédrales, temples ou mosquées.

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Et l’église romane de Saint-Léon-sur-Vézère, édifiée du XIIème, siècle est un magnifique exemple de cet élan spirituel. Hélas la religion qui a produit de tels chefs d’œuvre avait sa face d’ombre et a, dans les siècles qui ont suivi, appelé au massacre de ceux qui ne voulaient pas se soumettre à ses dogmes.

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Aujourd’hui les églises alignent vainement leurs chaises où ne s’assoient plus guère que les touristes qui souhaitent se reposer. Au cours des siècles pourtant des milliers d’ouailles sont venus y prier, mais vu l’état du monde leurs prières sont manifestement restées vaines et les prieurs se sont lassés ! S’ils n’ont pas été exaucés, c’est que Dieu désespéré par l’homme a probablement changé de galaxie. Car s’il était encore parmi nous il ne permettrait pas qu’il soit bu sur terre plus de coca-cola que de vin, dont son cher fils nous a dit qu’il était son propre sang !

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Il y a dans cette église une statue de vierge noire dont la présence honore la mémoire de ceux qui l’y ont mise. Voilà un sublime message adressé à tous les sinistres abrutis qui tabassent les gens de couleur par racisme, comme cela a été le cas récemment à Montauban. Ils ne savent pas ces crétins que nos ancêtres étaient noirs et sont venus d’Afrique. Dans leur cas, le gène de l’intelligence s’est manifestement perdu en route.

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Et puisque nous ne sommes que poussière destinée à retourner à la poussière, allons faire un tour au cimetière à l’entrée duquel est dressé un crucifix en pierre séculaire. Ce crucifix fut l’objet d’un événement étonnant qui est conté en latin sur le tympan du portail de la chapelle édifiée à proximité. Ainsi en 1233 un mécréant qui avait décoché une flèche vers le crucifix tomba raide mort avec « le visage tourné derrière devant ». En 1890 quand son squelette fut exhumé, on découvrit qu’il avait effectivement le crâne retourné ! Avis aux blasphémateurs !

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Mais avant que la faucheuse ne nous cueille, profitons autant que faire se peut de la vie. Puisque nous sommes condamnés à une existence sédentaire, les vagabonds n’ayant plus droit de cité dans nos sociétés « policées » (mot qui autrefois signifiait civilisé) et vidéo-surveillées, certains ont choisi de vivre dans cet élégant château de Clérans édifié au XVème siècle. Ils ont tenté de cacher leur « bonheur » en entourant le château d’un mur hideux, honteux sans doute de leur prospérité matérielle, alors que la crise sévit autour d’eux.

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Mais, honteux, ils ne devraient pas être, car quelle personne sensée aimant la vie souhaiterait vivre dans un tel cercueil de pierres, quand d’aimables masures entourées de foisonnants jardins s’offrent à vos à vos pas et à vos yeux ?

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D’ailleurs, ces deux aimables congénères attablés au bord de la Vézère ont compris où l’on avait le plus de chance de rencontrer le bonheur : on le croise souvent au bout d’un chemin de terre ou au bord d’une rivière dans ces endroits où seuls vos souliers ou un vélo peuvent vous emmener .

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Puisque nous avons décidé de prendre un peu de bon temps, empruntons une vieille barque et laissons nous porter par le courant pour descendre jusqu ‘au village des Eyzies, haut lieu de la préhistoire.

Les grottes abondent dans ces falaises dans lesquelles nos ancêtres, qui vivaient entre 15.000 et 20.000 ans avant notre ère, se sont enfoncés de plusieurs dizaines de mètres, éclairés par de simples lampes à huile pour y dessiner et peindre de magnifiques scènes animalières.

On peut encore les contempler dans de rares grottes comme celle – magnifique- de Font-de-Gaume.

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Quel était leur but, quelles étaient leurs pensées en réalisant ces peintures rupestres?. Croyaient-ils en pénétrant dans l’obscurité des grottes rejoindre l’au delà d’où ils pouvaient acquérir la maîtrise du monde animal en le dessinant pour s’assurer des chasses fructueuses ? Nous ne le saurons sans doute jamais et nous nous contentons d’admirer ces œuvres qui illustrent le génie que depuis l’aube des temps l’homme a manifesté.

Alors ne gâchons pas nos existences et tentons de vivre à la hauteur de ces ancêtres qui ont su produire des chefs d’œuvre dans un monde qui n’était qu’hostilité.

Cela dit, pour être honnête la sédentarité a du bon ! Sans elle je ne pourrais pas déguster, comme je vais le faire après avoir fini d’écrire cette note un « Dolce vitae » du domaine Ellul Ferrières (Coteaux du Languedoc), un vin de velours hautement civilisé !

A votre santé !

Texte & photos Ulysse (sauf la dernière qui est une reproduction d'une photo de Font-de-Gaume)

28/09/2009

Périple en Andorre - 3ème partie : L’ascension de la Serrera 2.913 m

 

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Nous voilà au matin du troisième jour de notre périple. Rappelons que, selon les écritures, c’est au matin du troisième jour que le Dieu des chrétiens créa la végétation dont Vitis Vinifera et rien que pour ça, on peut l’en féliciter. Au demeurant, vu son ancienneté, il doit avoir une de ces caves,  je ne vous dis pas ! Cela me fait saliver d’avance car je ne doute pas qu’il m’y invitera le moment venu, vu que j’ai toujours célébré les vignes du seigneur et le sang de son fils présumé (en l’absence de preuve ADN, mieux vaut être prudent).

 Mais revenons à l’objet de cette chronique qui est de vous conter par le menu notre ascension du jour qui a pour objectif le Pic de la Serrera,  qui domine de ses 2.913m le parc naturel du Val de Sorteny.

 Nous voilà donc partis dès potron-minet alors que les nuages s’étirent encore dans le fond des vallées, prêts à reprendre leur périple dans le ciel.  Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette expression de « potron-minet » (ce qui est tout à fait excusable ) précisons qu’elle veut dire « dès que l’on voit poindre le cul du chat ». La locution d’origine était « dès le poitron-jacquet » ce qui en ancien français signifiait « dès que l’on voit poindre le derrière de l’écureuil » (le poitron était le postérieur et le jacquet : l’écureuil)  Les  chats étant aujourd’hui plus fréquents que les écureuils (n’est ce pas Jean Mi !) la locution s’est donc modernisée.

 

 

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Après avoir dépassé le refuge de Borda de Santeny nous progressons en remontant le torrent qui donne son nom au vallon. Le fond de l’air est encore un peu frais pour y chercher une « gouille » (vasque en haut savayarois) et y faire trempette mais nous nous promettons de le faire à la descente.

 

 

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Puis les choses sérieuses commencent ! Nous abordons  une pente plus rude qui mène à la portella des Méners à 2724m (en montagne, on n’arrondit pas, car chaque mètre compte !)  Soudain le sac se fait un peu plus lourd, surtout pour celui qui porte la bouteille de « fortifiant », cette honorable responsabilité étant confiée à tour de rôle à chacun des mâles du groupe (avoir des mollets de yéti n’empêche pas la galanterie !)

 La montagne est une école de volonté, je l’ai déjà dit et quand on aborde des pentes à 30% celle-ci est mise à rude épreuve ! La montagne trempe le caractère (quand ce ne sont pas nos os !) et pour citer Bergson elle nous aide à faire en sorte que pour nous l’avenir ne soit pas ce qui va arriver mais ce que nous voulons en faire.

 

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Et pour ce qui concerne notre avenir immédiat , il se résume à un mot : grimper !  Mettre un pied devant l’autre et recommencer !  la montagne nous ramène à l’aube de l’humanité quand les premiers homo sapiens-sapiens ont colonisé le monde pédibus jambus . La sueur qui perle sur votre front, les râles de votre souffle court, la sensation de brûlures dans les muscles trop sollicités , l’inquiétude devant des nuages qui se font menaçants , rien n’a vraiment changé depuis 30.000ans, si ce n’est que nos peaux de bêtes et nos chausses portent les nom de Salomon, Technica, Millet , Lafuma….et que l’on mange du jambon Beurka et pas de l’auroch fumé.

 

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C’est cela le grand bonheur de la randonnée en montagne : débrancher sa vie de tous les appendices technologiques qui,  sous prétexte de la faciliter, vous prive de vous même en vous emmaillotant dans des mondes virtuels où l’on ne se sent plus vraiment exister.  Que sait on encore de la pluie,  du vent , des senteurs des pins et de l’herbe quand on voyage à l’abri de vitres fumées, l’oreille collée à son mobile et l’œil rivé sur son GPS ?

Nous continuons de progresser vers le Portella en tournant le dos au Pic de l’Estanyo (2915m) qui arbore une mine sombre face à notre désinvolture. Sûr qu’il nous le fera payer cher demain, jour où nous avons prévu de l’ascensionner ! Mais à chaque jour suffit sa peine, et celle d’aujourd’hui vaut son pesant de cailloux et demain est un autre jour !

 

 

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Nous voilà parvenus à la Portella dels Meners après avoir grimpé 900m de dénivelé . Il en reste encore un peu moins de 200 pour parvenir au sommet du Pic de la Serrera,  mais quand on aime on ne compte pas ! (c’est ce que disent généralement les amants pingres qui achètent des bagues à dix sous à leurs mal-aimées)

L’ascension ne semble pas présenter de difficulté majeure et c’est confiants que nous nous mettons en chemin, ou du moins en route, car la chemin se réduit à une vague trace au milieu des éboulis

 

 

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Nous contournons tout d’abord une barre rocheuse où le pic arbore des chicots de pierre qui trahissent son age respectable. Quarante millions d’années pour une montagne c’est un peu équivalent à la quarantaine chez des humains : les première rides apparaissent et  les formes doucement s’affaissent

 

 

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Quelques dépressions piègent l’eau de pluie qui se souvient qu’elle a été nuages et contemple avec nostalgie ses anciens congénères qui s’étirent voluptueusement dans le ciel.

 

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Le sommet n’est plus qu’à quelques encablures et nous avons soudain des ailes à nos chaussures qui auparavant étaient lestées de plomb !

 

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J’y suis  et j’ai bien envie d’y rester semble nous dire  Georges, mais qui arrosera alors mes tomates ? C’est ainsi souvent que des obligations triviales brisent de grandes destinées !

 

 

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L’âme et le cœur réjouits d’avoir, notre devoir, envers nous même accompli (c’est le plus impérieux, car qui ne se respecte et ne s’aime pas ne peut aimer ni respecter les autres) nous entamons en roue libre la descension (c’est plus majestueux que « la descente » terme plus approprié pour les vulgaires escaliers) alors que lentement les nuages ensevelissent les cimes.

 

 

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La descension est un moment de détente qui nous donne l’occasion d’admirer l’étonnante flore montagnarde, telles ces anémones pulsatilles que le vent a passablement décoiffées

 

 

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Mais soudain un être étrange nous barre le chemin et nous interpelle en nous demandant d’où nous venons. Lui ayant précisé que nous avons fait l’ascension du Pic de la Serrera, il s’écrie « je suis mandaté par le co-prince d’Andorre, Nicolas, pour percevoir les droits d’ascension et de descension des sommets d’Andorre, ces droits étant destinés à financer les frais de chaussures des douaniers qui surveillent la frontière entre la France et l’Andorre. Vous êtes dix, ça fait 50 euros à moins que vous ne bénéficiez du bouclier fiscal! »

Eberlués,et n'étant pas fiscalement  "boucliérisés" mais plutôt "masse-d'armisés" nous dénonçons le scandale qui veut que d’honnêtes randonneurs financent des dépenses liées à la surveillance des malfrats. « Vous  payez bien  vos impôts sans sourciller depuis 40 ans pour payer le train de vie somptuaire des monarques de l’Elysée, vous n’allez pas faire un pataquès pour quelques paires de grolles de douaniers. » nous rétorque-t-il du tac au tac (pas gagnant celui là !)

Nous restons quelques instants cois devant cet imparable argument, puis osons timidement  une dernière remarque « Va, pour un droit à l’ascension , mais pour la descension ça nous apparaît abusif ! »

« Vous n’étiez pas obligé de redescendre » nous répond-t-il et sur ces paroles dites d’un ton comminatoire, il nous invite à payer. Piteusement nous nous exécutons, mais en nous disant dans notre fort intérieur « Nicolas, tu nous revaudras ça ! » (si tu me lis Nicolas et que tu nous envoies un chèque de 50 euros , on passera l’éponge)

 

 

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Fort heureusement, nous retrouvons le torrent que nous avions suivi à la montée, dont les eaux aident à rafraîchir nos esprits échauffés…..

 

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Nous retrouvons bien vite notre sérénité car nous savons qu’après cette eau bien fraîche d’autres « liquides » bien plus délicieux, car buvables, nous attendent à l’arrivée…

A suivre....


Texte & Photos Ulysse