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03/10/2012

Vers les sommets andorrans : 1 : Le Pla de l’Estany et le Port de Siguer

 

andoore,siguer,blaou,vautour

 Début septembre avec mes amis Gibus & Cie, je suis retrourné en Andorre pour une nouvelle petite semaine de randonnées par monts et par vaux, les premiers étant, par définition, plus difficiles d’accès que les seconds, mais plus gratifiants aussi pour les panoramas qu’ils offrent.  A condition bien sûr que le temps soit propice, sinon il faut se contenter des panoramas reproduits sur les dépliants touristiques qui n’en donnent, au demeurant, qu’une pâle idée.  Et c’est ce qui s’est malheureusement produit pour nos deux premiers jours de randonnée.

Nous avions prévu, le premier matin, de gravir le pic de l’Estanyo (2915m) mais, les cimes étant noyées dans un épais matelas de nuages, nous changeons d’objectif et décidons d’explorer le plateau de l’Estany où se trouve un refuge permettant, en cas d’averses, d’abriter nos agapes du midi. Car si marcher sous la pluie est l’un des aléas de la randonnée auquel nous sommes habitués, risquer de recevoir lors du pique-nique une goutte d’eau dans nos verres emplis de divin nectar, ça nous ne pouvons l’accepter !

 

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Partir en montagne par temps de brouillard n’est pas sans danger et chaque année quelques randonneurs y meurent de froid et d’épuisement pour s’être égarés. J’ai, personnellement, il y a un bon nombre d’années, été pris dans une tempête de neige en plein mois de juillet et seule la couverture de survie m’a sauvé de l’hypothermie. D’autres risques nous guettent, au demeurant comme les avalanches, les chutes dans un ravin ou sur un névé ainsi que les orages auxquels les animaux comme les hommes paient un lourd tribut.  Bref vous avez compris que la randonnée en montagne ne s’apparente pas à l’ascension de la dune du Pyla, ce qui n’empêche pas que l’on croise parfois sur les sentiers des inconscients en tongs et tee-shirt pour seul équipement.

D’ailleurs nous passons à coté d’ossements dont nous jugeons  à première vue, en l’absence de chaussures de randonnée, qu’ils ne sont heureusement pas humains, à moins que les chaussures n’aient été ramenées par d’autres randonneurs aux objets trouvés. Mais vu la taille des os nous estimons qu’il s’agit plutôt de ceux d’une vache ou d’un cheval foudroyé par l’orage.

 

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Apercevoir des chevaux en liberté dans la montagne est toujours un émouvant spectacle. Car voilà l’animal – que l’on considère à juste titre comme la plus noble conquête de l’homme - qui a le plus contribué à façonner l’histoire de l’humanité. Sans le cheval, en effet, qu’aurait été l’empire de Gengis Khan, celui des romains ou d’Alexandre le Grand ? Sans le cheval, les conquistadores espagnols n’auraient peut être pas vaincu les peuples amérindiens qui, les voyant juchés sur leurs montures, les ont pris pour des êtres surhumains, les yankees ne seraient pas partis aussi facilement à la conquête de l’ouest et des hordes de turfistes, incapables de distinguer un étalon d’une jument, ne joueraient pas au P.M.U. La face du monde en aurait été ainsi  changée. Monsieur de la Palice aurait rajouté que sans le cheval il n’y aurait pas non plus  de boucherie chevaline !

 

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Nous poursuivons notre chemin en direction du refuge sous le regard d’un jeune poulain  sans doute intrigué par ces bipèdes qui ne prennent même pas le temps de s’arrêter pour brouter quelques touffes d’herbes, certes desséchées par un été inhabituellement sec mais délicieusement odorantes. Car c’est un fait que l’herbe qui pousse dans les montagnes est riche en plantes aromatiques  qui donnent aux fromages de ces régions leur goût si prononcé.

 

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Après avoir déjeuné dans le refuge, le temps ne s’étant pas amélioré, nous redescendons vers la vallée, le cou rentré dans les épaules et le corps un brin recroquevillé sous l’effet du refroidissement provoqué par la langue humide du brouillard sur notre dos. En cette saison les rêves qui nous habitent habituellement  à la descente sont peuplés de chopes emplies de breuvages dorés coiffés d’une mousse blanche, mais aujourd’hui nous préfèrerions de beaucoup croiser un Saint Bernard muni de son tonnelet !

 

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Cela dit, malgré le temps couvert et l’humidité ambiante nous ne sommes pas insensible à la beauté des lieux, car même si le ciel est bas, le paysage est néanmoins grandiose. Les nuages qui coiffent le sommet des montagnes leur confèrent une aura de mystère et l’on se demande si les dieux n’en profitent pas pour venir y batifoler.

 

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Le lendemain matin le ciel affiche un coin de ciel bleu qui nous ravit et nous donne l’espoir de pouvoir enfin gravir un sommet. Mais nous renonçons vite à ce projet car les nuages venus de l’Ariège, ignorant la frontière, se mettent soudain à engloutir les sommets et à dévaler le versant andorran. A quoi servent donc les douaniers ?

 

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Et nous devons donc comme la veille nous limiter à arpenter les plateaux intermédiaires en prenant garde à rester sous le matelas de nuages.  Mais ces balades par temps couvert ne sont pas sans attrait, bien au contraire. Le défilement continu des nuages modifie sans cesse le panorama, les cimes se voilant et dévoilant tour à tour, nous offrant un somptueux strip-tease minéral.

 

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Nous remontons une vallée glaciaire où des rochers laissés en chemin par la fonte des glaces attendent patiemment la prochaine glaciation pour reprendre leur périple vers la plaine . Il n’y a pas  de voyageurs plus patients que les cailloux, sauf ceux qui en ont assez de se faire marcher dessus et se faufilent subrepticement dans nos chaussures.

 

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Soudain, nous voyons s’envoler,  à environ une centaine de mètres au dessus de nous, un couple de vautours, tandis que trois autres restent au sol.  Nous sommes intrigués par leur présence car il est rare que les vautours évoluent à une si basse altitude.

 

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Nous comprenons bien vite la raison de leur présence en ces lieux en apercevant le cadavre d’une vache qui, sans doute perdue dans le brouillard, a dû faire une chute mortelle dans les heures qui précèdent car elle n’est pas encore dépecée.

 

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Nous nous approchons de la scène espérant pouvoir prendre les vautours en train de festoyer  ( c’est moins barbare que d’assister à une corrida !). Mais ces volatiles préfèrent, comme au demeurant la plupart des êtres à plumes et à poils, prendre le large, manifestant ainsi le peu de confiance que le règne animal a en l’homme, ce prédateur sans merci, le seul qui tue par plaisir. La vue de cet énorme « bifteck » nous ayant donné faim, nous nous installons pour pique-niquer sur la plateforme située devant un abri de berger, seul endroit qui garantisse à nos postérieurs un endroit à peu près sec !

 

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Le plafond des nuages s’étant quelque peu relevé, nous décidons de grimper vers le Port (ou col) de Siguer  situé à 2395 mètres d’altitude. Nous  croisons en chemin de magnifiques chevaux que ne trouble aucunement notre présence. Au sein de cet univers exclusivement minéral et végétal dépourvu de toute trace humaine  nous avons le sentiment d’être de retour au paradis perdu ! Et, pour sûr, si jamais une belle Napée me tendait une pomme je ne la croquerai point.  Enfin, je n'en suis pas si sûr.....

 

 

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Parvenus au col, les nuées daignent s’écarter un instant pour laisser passer un rayon de soleil qui éclaire quelques secondes une partie du versant ariégeois, subtil reflet de nos existences où la gaîté succède  à la mélancolie.

 

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Grimpant sur un promontoire qui domine le col nous découvrons alors l’Etang « Blaou »  (bleu), l’un des plus grands lacs naturels d’Ariège, qui aujourd’hui affiche une mine sombre. Mais malgré cette humeur maussade, le panorama qui s’offre à nous n’en est  pas moins beau pour autant !

 

A suivre….


Texte & Photos Ulysse 


 

22:42 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (45) | Tags : andoore, siguer, blaou, vautour

16/10/2010

Périple en Andorre 4 - Le pic de Coma Pedrosa (2934m)

 

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Pour notre dernière escapade, nous avons prévu de grimper le Pic de Coma Pedrosa (2934mètres) plus haut sommet de l’Andorre. je dis « prévu » car la partie terminale de l’itinéraire est considérée comme assez technique et il est fortement recommandé de ne pas s’écarter des balises sous peine de redescendre bien plus vite qu’on le souhaiterait !

C’est la raison pour laquelle, nous formons deux groupes : le premier constitué des garçons (jamais disponibles quand il s’agit de passer l’aspirateur, mais toujours prêts à relever les défis les plus idiots) et le second composé de nos épouses que nous devons - si tout se passe bien - retrouver après l’ascension, auprès du Lac Nègre pour le pique-nique. Au moment du départ, inquiètes sont nos compagnes qui nous recommandent la plus grande prudence. Ca fait toujours plaisir de savoir que l’on tient à nous !

C’est d’ailleurs un test que je vous conseille, chers amis lecteurs, si vous doutez des sentiments que l’on a pour vous. Dites à votre compagne « tiens, j’irai bien grimper le Pic de la Coma Pedrosa  » et attendez la réaction. Si on vous dit « Tu as bien raison , va prendre l’air », vous avez du souci à vous faire ! »

 

 

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Notre plan de vol se déroule comme prévu ( je dis « vol » car vu l ‘allure à laquelle Gibus mène le train, nos pieds touchent à peine terre) et nous arrivons en vue de lac Nègre dans le délai anticipé.

 

 

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A partir de là, ce qui n’était qu’une marche d’approche un peu sportive devient une véritable ascension. Après une demi heure de crapahut dans les éboulis, nous croyons être en vue du sommet et pensons alors, bien que ce passage ait été plutôt sportif, que la sulfureuse réputation faite au Pic est bien surfaite. Mais le Pic cache bien son jeu !

Car si vous regardez avec attention la photo ci-dessus, vous constatez que derrière le sommet au premier plan figurent quatre mamelons en alignement. Et pour gravir ces quatre mamelons, nous avons dû nous transformer en araignée et chercher un passage en suivant les quelques marques jaunes peintes ici et là sur des rochers en surplomb. Vous comprendrez que je n’ai pas pu immortaliser ces instants en prenant des photos, j’en suis désolé !

 

 

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La somptueuse vue que l’on a sur les chaînes de montagne environnantes en arrivant au sommet vous donne une idée de l’étroitesse des lieux. Pour cheminer sur certaines d’entre elles il faudrait avoir l’agilité et les neuf vies d’un chat.

 

 

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Mais vu que nous n’avons (jusqu’à preuve du contraire) qu’une existence, nous faisons tout pour la préserver en restant précautionneusement au sommet et en évitant de se bousculer

 

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L’heure du rendez vous avec nos compagnes approchant, nous nous arrachons à ce lieu envoûtant et dévalons la face nord afin d’éviter d’avoir à repasser par les quatre mamelons de rochers cahotiques que nous avons dû franchir à l’aller.

Mais la pente est fort ardue, le sol meuble et glissant et en cas de chute il n’y a rien, ni végétation, ni rocher pour nous retenir. Cela n'empêche pas Gibus, qui semble avoir des semelles en « post it »,  de  prendre le large comme à l’accoutumée.

 

 

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Par contre, nous, les besogneux, aussi agiles que des fers à repasser, freinons de nos talons autant que nous pouvons, soulevant des volutes de poussière, ce qui provoque soudain le déblocage d’une pierre grosse comme un ballon de football. Elle se met à dévaler la pente à vive allure en se dirigeant vers Gibus en contrebas.

 

 

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Nous hurlons à l’unisson afin qu’il sorte de la trajectoire, sous l’œil intéressé d’un vautour fauve qui croit voir son déjeuner assuré Heureusement Gibus perçoit à temps notre clameur et en trois sauts dignes d’un isard se met hors de portée de la pierre. Nous en sommes quitte pour une bonne montée d’adrénaline ! Le vautour s’en va dépité !

 

 

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Nous parvenons sans autre frayeur auprès du lac Nègre qui, vu sous cet angle, est plutôt bleu outremer. Sans doute a-t-il adopté ce séduisant atour afin de nous tenter et nous attirer dans ses eaux . Mais l’heure n’est pas à la baignade, notre priorité étant d’aller au plus vite rassurer nos compagnes.

 

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La présence d’un névé à proximité vous donne au demeurant une indication de la température de l’eau. Mais vous savez bien que ce n’est pas cela qui peut nous dissuader de prendre un bain.

 

 

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Le chemin passant au ras de ce névé, il faut prendre garde à ne pas glisser et tomber en dessous sous peine d'être transformé en hibernatus.

 

 

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Nous franchissons le champ de pierres cahotiques d’une ancienne moraine où les cairns nous permettent de ne pas perdre notre chemin. Derrière la moraine nous retrouvons enfin nos compagnes pas si inquiètes que ça (la vie n’est faite que d’illusions !). Le récit de l’accident dont a failli être victime Gibus les rend un peu plus démonstratives (les hommes sont tous des grands enfants qui ont besoin d’attirer l’attention !)

 

 

 

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Après avoir transvasé le contenu de nos sacs et de nos bouteilles (je ne dirai pas de quoi, vu que la L.A.O veille !) dans nos estomacs affamés et nos gosiers assoiffés, nous faisons une sieste réparatrice. Quel bonheur de pouvoir ainsi en toute confiance s’abandonner aux rayons du soleil, aux caresses du vent, aux regards concupiscents des vautours ( les vautours sont d’ailleurs bien les s euls qui nous regardent encore avec concupiscence !)

 

 

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Il est l’heure de reprendre le chemin de la vallée que surplombent de formidables murailles de pierre noire, surgies il y a plusieurs dizaines de millions d’années des entrailles incandescentes de la terre.

 

 

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Carpe diem, voilà les mots qui s’imposent, car en ces lieux tout n’est que beauté, calme et volupté.

 

 

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A mi-chemin, sur un grand plateau herbeux des chevaux à demi sauvages folâtrent, nous donnant le sentiment d’être revenus à un temps édénique. Dieu est vraiment un vieillard irascible et sadique de nous avoir chassés du paradis pour une malheureuse pomme dérobée, alors qu’elles se vendent à un euro le kilog chez l’épicier du coin.

 

 

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Gibus qui, comme Robert Redford,  sait parler aux chevaux (avez vous noté, qu'ils ont le même chapeau !) leur raconte sa mésaventure et la déconvenue du vautour qui croyait son déjeuner assuré , ce qui les fait bien rire !

 

 

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Notre chemin suit un moment un torrent dont les eaux riches en sels minéraux parent de blanc les rochers de son lit.

 

 

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Nous y trempons les gambettes, et la tête , et le reste, alouette ! alouette, gentille alouette, alouette …où es tu passée ?

 

 

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Et voilà en première mondiale enfin dévoilés…. mes mollets en plein exercice, photographiés à mon insu par Gibus! je les expose non pas pour m’en glorifier mais pour au contraire vous montrer qu’ils n’ont rien d’extraordinaire et vous prouver ainsi que les vôtres feraient aussi bien l’affaire et pourraient, si vous le vouliez, vous emmener ou je vous ai emmenés !

 

 

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Les plus belles choses ayant une fin , ce qui au demeurant contribue à leur beauté, il est temps de vous quitter et de vous saluer. Marie, Monique, Ghislaine, Suzanne, Christiane, Nelly, Gibus, Rémi, Jean-Michel, Georges, Jean-Claude et moi même vous remercions d’avoir suivi notre périple en espérant qu’il vous a dépaysés.

 

 

 

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A la prochaine !

 

Texte Ulysse & Photos Ulysse et Marie/Gibus (5,7, 9, 16, 18)