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22/12/2017

L'Oranger de Pomerols

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 (Reprise d'archive)


Nous sommes en avril 1908, au lendemain de la crise viticole qui a conduit aux tragiques évènements de 1907 et laissé l'économie du Languedoc exsangue. Victor Marchand, suivant l'exemple de nombreux jeunes gens de la région, après quelques jours de réflexion et d'hésitation, prend la route un matin, espérant trouver bonne fortune ailleurs. Après une journée de marche, il se retrouve sur le port de Sète où il s'engage comme matelot sur un cargo en partance pour Alger. Les années passent sans que sa famille n'ait aucune nouvelle. Tous ceux qui l'ont connu pensent ne jamais le revoir, quand un soir de décembre 1912, alors que les parents de Victor sont attablés pour le dîner, on frappe à la porte.

Dans la pénombre qui règne dehors, la mère ne reconnaît pas de suite son fils mais l'homme qui est dehors lui ouvre les bras et elle est soudain saisie d'une joie indicible. « C'est Victor ! » crie-t-elle. Victor se retrouve vite entraîné à l'intérieur, débarrassé de son sac et de son manteau, enlacé par son père et sa mère puis, après que l'émotion des retrouvailles soit apaisée, harcelé de questions. Il raconte sa vie en Algérie où il a trouvé du travail comme mécanicien agricole . Ayant économisé un bon pécule, il a décidé de revenir au pays avec l'intention de créer son propre garage dans la région.

« On va fêter dignement ton retour » dit le Père, « nous allons réunir toute la famille pour le réveillon de Noël ». Lui adressant un grand sourire et soulevant son énorme sac, Victor lui rétorque alors « c'est une excellente idée, d'autant que je vais pouvoir jouer au Père Noêl ! »

Le soir de Noêl, la famille de Victor est donc rassemblée chez ses parents. Il y a là, la grand mère maternelle (ses autres grands parents étant décédés), son oncle et ses deux tantes, ses deux soeurs et leurs maris et leurs quatre enfants. Victor est enlacé, embrassé, harcelé de questions tant et si bien que dix heures sonnent sans qu'ils aient commencé à dîner.

La mère de Victor, entendant la cloche de l'église se lève soudain et s'écrie « Mon dieu «  j'ai oublié ma dinde dans le four, elle va être brûlée ». C'est le signal de ralliement autour de la table. La dinde fort heureusement se révèle exquise et le reste du repas aussi. Quand le dessert arrive et que le père de Victor met sur la table des bouteilles de Blanquette de Limoux, bien meilleure selon lui que le meilleur des Champagnes. Victor se lève alors et dit à la cantonnade « je vous ai ramené quelques présents d'Algérie ».

Les enfants se mettent à crier et si les adultes ne manifestent pas leur exitation, leurs yeux parlent pour eux. Victor fait un peu de place sur la table pour y poser son sac et distribue les présents qu'il a rapportés. Les femmes reçoivent ainsi de superbes djellabas et les hommes des babouches en cuir ornées d'arabesques. Aux enfants Victor a ramené des poupées arabes pour les trois filles et un superbe couteau pour le garçon (à l'époque la question du "genre" n'était pas d'actualité).

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Une fois ces cadeaux distribués, il reste sur la table une boite mystérieuse en bois ajouré de trente centimètres de haut sur dix de large. Intrigués les membres de la famille regardent Victor. « Et cette boite qui reste, c'est pour qui ? » demande alors le garçon, lançant la question que personne n'osait poser .

« Ah ça » dit Victor « C'est le plus beau cadeau que l'on puisse faire, un présent digne des mille et une nuits, et je le réserve à ma mère et mon père : c'est un arbre magique qui, à la saison de Noêl, se pare lui même de magnifiques boules d'or et dont la beauté surpasse tous les sapins de Noêl »

« Comment cela se peut-il ? » s'écrient en choeur les membres de sa famille « montre nous vite cette       merveille ! » Victor ouvre alors la boite et en sort fièrement un minuscule arbrisseau dans un pot de terre.

«  Quoi, c'est ça ta merveille ! » s'esclaffent en riant ses soeurs ! Ses parents, à qui le cadeau est destiné, et les autres membres de la famille n'osent quant à eux rien dire, mais ils sont un peu étonnés de l'apparence dérisoire de ce cadeau dont Victor fait si grand cas.


Victor, qui à vrai dire s'attendait à la réaction de ses soeurs, ne se laisse pas démonter « Riez , riez mes chères soeurs, Ignorantes que vous êtes ! il s'agit d'un oranger et vous verrez que d'ici quelques années sa parure d'oranges vous émerveillera ! »

De fait, après quelques années l'oranger prospéra et se couvrit d'oranges à chaque Noêl, faisant l'admiration de la famille et la régalant de ses fruits.

Un siècle après, il est toujours vaillant et constitue l'un des joyaux de Pomerols, pittoresque village de l'Hérault.

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Je souhaite un très joyeux Noêl à toutes celles et tous ceux qui passent sur mon blog en les remerciant de leur fidélité.

PS : je remercie les propriétaires de l'oranger de m'avoir autorisé à le photographier et à publier ce conte qui n'est que pure fiction pour illustrer les photos.

 

*****

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Mon dernier album Canta la Vida est disponible sur les plateformes musicales

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La dernière chanson mise en ligne chantée par les Petits Loups étant

"Dis papa y a-t-il un monde? "

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2) OLD NUT WIX

(intégralité des chansons - sauf le dernier album - classées par album)

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Texte & Photos Ulysse



30/09/2017

Rêverie au bord de l'étang de Maguelonne

 

salins,lagune,avocette,maguelonne

Corps à corps entre la mer et la terre,

Lagune, tu accueilles ma solitude,

Et dissous mes confortables certitudes,

Dans tes mouvantes frontières.

 

La passerelle sur laquelle je m’engage,

Rend mon retour incertain,

Mais pourquoi se soucier de demain,

Puisque la mort est au bout du voyage !

 

salins,lagune,avocette,maguelonne

Des digues séparant les anciennes salines,

Ne subsistent que les pieux de châtaigniers

Qui forment une broderie argentée,

Ourlant une nappe d’eau opaline.

 

salins,lagune,avocette,maguelonne

Ils servent d’opportuns perchoirs,

Aux mouettes constamment à l’affût,

De poissons insouciants du péril imprévu,

Qui surgit d'un monde qu’ils ne peuvent voir.

  

salins,lagune,avocette,maguelonne

L’eau, ici, nous enseigne que les couleurs,

Ne sont que virtuelles et éphémères,

Passant du gris au bleu outremer

Comme nos vies, selon l’heure.

  

salins,lagune,avocette,maguelonne 

L’antique station de pompage,

Contemple nostalgique et désoeuvrée,

La mer généreuse dont les eaux salées,

Couvrait autrefois d’or blanc le paysage.

 

 

salins,lagune,avocette,maguelonne

Une élégante et impudique avocette,

Me montre sans gène aucune  ses dessous,

Affairée à traquer dans le sable mou,

Un festin de mollusques et de crevettes.

 

salins,lagune,avocette,maguelonne

Mais ma présence très vite l’indispose ,

Elle s’envole alors  d’un seul coup d’aile,

Sa grâce et sa beauté rayonnent dans  le ciel,

Et je me laisse aller à la douceur des choses. *

 

* Vers inspiré par un poème de  Paul-Jean Toulet "En Arles" 

 

salins,lagune,avocette,maguelonne

Des hordes de folle-avoine promènent,

Leur diaphane toison d’or sur les talus.

Quand l’homme de la terre aura disparu,

Reviendra alors le temps de l’Eden.

 

salins,lagune,avocette,maguelonne

Mais en ces lieux de paisible apparence ,

La mort rode à tout instant,

Un moucheron l’apprend à ses dépends,

Happé en plein vol : brève existence !

 

 

salins,lagune,avocette,maguelonne

La nature n’a pas de sentiment, tout l’indiffère,

Nous prenons pour de la cruauté,

Ce qui n’est que l’incessant ballet,

De la vie et de la mort : déroutant mystère !

 

 

salins,lagune,avocette,maguelonne

Un troupeau de moutons célestes

Animent soudain le paysage,

Comme eux nous ne sommes que de passage,

Jouissons des  jours qui nous restent.

 

 

salins,lagune,avocette,maguelonne

Ce ciel et ce nuage sont irréels,

Les choses auxquelles nous croyons,

Ne sont elles que des illusions,

Ballets d’atomes venus du ciel ?

 

 

salins,lagune,avocette,maguelonne 

Peu à peu le jour régresse,

Et doucement le monde sombre,

Dans un cotonneux manteau d’ombre,

Le monde meurt et renaît sans cesse.

 

 

salins,lagune,avocette,maguelonne

Captant les derniers rayons du soleil,

La lagune se couvre d’argent,

Sa beauté est au firmament,

La vie est elle un cadeau du ciel?

 

*****

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3) PIQUESEL

Clins d'oeil sur le monde

 

Texte & Photos Ulysse

 

 

 

 

22/09/2017

Pérégrinations autour de Puéchabon (fin)

 

 

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Cette note est la suite de la précédente

 (nous nous situons dans le hameau désert de Montcalmès

sur le causse de Puéchabon dans l'Hérault)

****

Depuis un siècle les hommes ont déserté ces lieux,

Que colonise  le règne végétal,

Qui part à l'assaut des murs bancals,

Qui se délitent peu à peu.

 

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Au cœur de ces bâtisses chargées d’histoire,

Les fantômes errent parfois en silence,

De ceux qui y ont passé leur existence,

Tissée de rires, de soupirs et d'espoir.

 

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L’atmosphère qui y règne est si sereine,

Que les promeneurs ignorant les lézardes,

Qui ébranlent les murs, parfois se hasardent,

A y faire insouciants une sieste souveraine.

 

 

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Au sortir du hameau, c’est la rencontre heureuse,

D’un ardent chêne vert et de sa bien aimée,

Engagés dans une salsa endiablée,

D’où naîtront sans doute de nombreux petits « yeuses * ».

 

* yeuse : autre nom du chêne vert

 

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Ce géant, non loin,  sans doute l’un de leurs ancêtres,

Constitue à lui seul une forêt,

Sa taille imposante inspire le respect,

Et morts depuis longtemps sont ceux qui l’ont vu naître .

  

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Il étend au loin sa vénérable ramure

Afin de capter au mieux les rayons du soleil.

Ce chêne vert, à vrai dire, n’a pas son pareil,

Prétendre le contraire serait lui faire injure !

 

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Nous voilà au pied de Saint sylvestre des Brousses,

Campée sur le chemin qui menait à Gellone,

A l’époque où la foi faisait marcher les hommes,

Quand la menace de l’enfer leur fichait la frousse !

 

 

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 Mais l’heure avance et le soleil décline,

Les montagnes au loin ne sont plus que des ombres,

La frondaison des arbres prend des teintes plus sombres,

Dans la plaine ne brille plus que l’or des vignes.

 

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Un antique mazet fenêtre et porte fermées,

Nous parle d’un temps où les vendanges étaient une fête,

Aujourd’hui des machines polluantes font la cueillette,

Le dieu Bacchus, de ces lieux, s’est enfui atterré. 

 

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Dépouillés par l’automne, une vaillante cohorte

De ceps dressent vers les nuages leurs sarments effilés,

Cherchant désespérément à les transpercer,

En vue de préparer, déjà, la prochaine récolte.

 

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Les vignes ont les couleurs des nectars,

Qui coulent généreusement dans nos timbales,

Et de là réjouissent nos poreuses amygdales,

Quand le vin est tiré, c’est sûr il faut le boire !

 

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Pour certains arbres l’automne est un chant du cygne,

Leurs frondaisons offrent en mourant un feu d’artifice,

Quand d’autres gardent leur verdeur, mais qui n’est que factice,

Car la mort saisit leurs feuilles une à une de façon anonyme.

 

 

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Qui peut croire que l’hiver frappe à la porte,

Devant une nature aux si beaux atours ?

Cette loi imparable de l’éternel retour,

Ne rend-t-elle pas la vie chaque fois plus forte ?

 

 

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Un cep résiste vaille que vaille et garde sa livrée,

Mais l’hiver le dépouillera comme les autres,

On s’attache à la vie, on dit des patenôtres,

Mais un jour le corps défaille et on doit le quitter !

 

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Clins d'oeil sur le monde

Texte & photos Ulysse

  

18/09/2017

Pérégrinations autour de Puéchabon (1ère partie)

 

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Sur une route qui se perd sous un ciel blafard,

Rivière de pierres sinuant entre les vignes,

Je vogue, répondant à de mystérieux signes,

La vie n’est-elle vraiment qu'un hasard ?

 

 

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Ici, les hommes ont façonné le paysage,

En vivantes mosaïques qui chantent les saisons,

La vendange faite, les feuilles tombent en pamoison,

Tandis que le nectar coule dans le secret des caves.

 

 

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Dans les haies qui bordent les vignes, la salsepareille,

Offre ses multiples cœurs et ses graines d’apparat,

Prenez garde ! Si ses tiges épineuses vous prennent le bras,

C’en est fait de vous, vous sécherez au soleil !

 

 

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La route monte sur le plateau par de grands virages,

Ménageant nos cœurs et nos respirations,

Nos esprits se livrent alors à la méditation :

D’où viennent et où vont ces merveilleux nuages ?

 

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Du bord du plateau, on voit Saint Guilhem-le-Désert,

Parure offerte par les hommes aux rives de l’Hérault,

Sur laquelle veillait hier un formidable château,

Dont les feux sont éteints et les salles à ciel ouvert.

 

 

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Son joyau absolu est l’abbaye de Gellone,

Chef d’œuvre de l’art roman languedocien,

Dont le vingtième siècle qui ne respectait rien,

A fait une carrière, tristes petits hommes !

 

 

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Dans ces monts de calcaire constamment assoiffés,

L’Hérault peine à sauver sa peau, serpent liquide,

Dont pas un remous n’affecte les eaux languides,

Que griffent à la belle saison des canoës.

 

 

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Les arbres en rangs serrés se pressent sur ses bords,

Y captant l’eau si rare nécessaire à leur sève,

Ainsi le fleuve secrètement vers le ciel s’élève,

Dans les ramures où il s'évapore.

 

 

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Nous voici en vue du hameau de Montcalmès,

Chef-d’œuvre de la civilisation caussenarde,

Broderie de pierres que la patine du temps farde,

Edifiée par des hommes de la plus noble espèce.

 

 

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Ici l’élégance se marie à l’audace,

Les colonnades sont comme un champ de fleurs,

Dont les pétales de pierre défient la pesanteur,

Et traversent sans flétrir les siècles qui passent.

 

 

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Le savoir faire de leurs anonymes bâtisseurs,

Egalait celui mis en oeuvre pour les cathédrales,

Pourquoi courir s’agglutiner au Taj Mahal,

Quand on a près de chez soi de telles splendeurs !

 A suivre……

 

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