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14/12/2014

Rock and roll to Caissenols !

 

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Mes chers et fidèles lectrices et lecteurs qui savent que sur ce blog j’essaie d’honorer notre belle (et complexe) langue française, seront peut être étonnés, voire choqués, par mon titre en anglais. Mais en la circonstance, il traduit bien le parcours chaotique de notre périple vers le refuge de Caissenols, but de cette nouvelle randonnée. Une température ressentie de -7° est  annoncée par Météo France, qui, combinée à une tramontane prévue à 100 km/h, nous a conduit à prendre nos précautions et à emporter avec nous un peu de bois sec (il a beaucoup plu ces derniers temps dans le sud)  pour démarrer le feu, vu mon expérience désastreuse de la semaine passée (voir l’article précédent).

 

 

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Parvenus sur la Serre de More, nous découvrons le massif du Marcou dont le sommet est recouvert de neige. La Tramontane, fidèle à sa réputation,  tente de nous renverser à chaque fois que nous levons un pied pour faire un pas.  Nous vacillons plusieurs fois, le  chemin étant de surcroit parsemé de pierres instables. La bonne tactique est d’avancer en dansant avec le vent, en « rock and rollant » en quelque sorte. Mais, vu de derrière, je pense que l’on doit plutôt donner l’impression d’effectuer la danse des canards !

 

 

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Soudain, en amont sur le sentier, nous apercevons des mouflons qui n’ont pu percevoir notre odeur grâce à la Tramontane qui souffle vers nous. Ils nous regardent un instant, fascinés de voir des bipèdes en ce lieu avec un vent aussi violent. Nous croyons les entendre ricaner devant notre démarche chaotique, mais peut être est ce un effet des tourbillons du vent !

 

 

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Curieux mais pas téméraires et connaissant notre sinistre réputation de prédateur sans foi ni loi, ils décampent vite fait en se riant des difficultés du terrain et des éléments.

 

 

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Nous parvenons enfin au bout de la serre de More et nous apprêtons à plonger vers le portail de Roquandouire, lieu qui devrait être moins exposé au vent. Le panorama qui s’offre à nous nous fait oublier le froid glacial qui mord le bout de nos doigts de mains et de pieds, la beauté étant un excellent anesthésique. Rares sont les endroits du monde (et pourtant j’en ai parcouru une bonne partie) qui, en un si petit espace, présente une telle variété de paysages.

 

 

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Nous traversons le portail de Roquandouire, curiosité géologique résultant d’une plaque sédimentaire  dressée à la verticale par la poussée des Pyrénées il y a quarante millions d’années.

 

 

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Les abords du torrent - bien nommé - de la Taillade que nous traversons témoignent des quantités monstrueuses d’eau qui sont tombées sur le Languedoc au cours des dernières semaines. Ce sont des dizaines de tonnes de troncs d’arbres et de branches qui sont allés ainsi s’échouer sur les plages du littoral charriés par les cours d’eau. Ce qui permet au demeurant à des artistes de génie comme James Doran-Webb de faire de sublimes sculptures avec ces bouts de bois « flottés ».

 

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Et nous voici en vue du refuge de Caissenols, notre Elysée, notre Taj Mahal, notre coin de paradis sur terre, réhabilité grâce au travail bénévole d’une association que je tiens une nouvelle fois à remercier pour le magnifique travail accompli, œuvre d’intérêt public. On donne la médaille du mérite ou la légion d’Honneur à des aigrefins ou des imposteurs qui ont dans leur manche quelques hommes politiques alors que ce sont des gens comme ceux là que l’on devrait décorer.

 

 

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Maître Gibus n’a aucun mal à faire démarrer le feu et je l’observe attentivement moi qui ai lamentablement échoué la semaine passée. Il va falloir que je m’entraine si un jour je veux, comme  ce bon vieux Johny, « allumer le feu » au stade de France (là je fais référence à mon double Old Nut).

 

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Je sais, ce n’est pas sympa de ma part de vous mettre cette poêle  sous le nez alors que nous avons tout mangé, mais bon, c’est pour que vous compreniez mieux pourquoi on est prêts à affronter un froid aussi glacial !  C’est un plat « six étoiles » que les émirs de Barhein ou du  Quatar malgré leurs milliards ne pourront jamais s’offrir ! Il va sans dire que ce chef d’œuvre de la gastronomie gibussienne était d’accompagné d’élixirs adéquats : vin chaud et vin frais, la vie étant trop courte pour se priver un seul jour  !

 

 

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Mais voici venue l’heure du retour et nous nous remettons en route d’un train de sénateur selon la formule consacrée  (disons d’un sénateur qui ne serait ni ventripotent ni cacochyme, ce qui est une espèce rare car n’oublions pas que le mot vient du latin « senex » qui veut dire « sénile »,  heu !  pardon !  « vieux » !).

 

 

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Nous saluons au passage notre très vieux compagnon, l’arbre mort, qui continue de dresser vaillamment son squelette de bois vers les cieux, comme s’il adressait une prière au grand Manitou pour qu’il le réincarne en oiseau ou en mouflon afin qu’il puisse enfin partir à la découverte de ce magnifique pays qu’il n’a pu qu’apercevoir. J'en profite pour demander également  au grand Manitou qu'il donne un coup de pouce à mon ami Marc, que je salue au passage, afin qu'il puisse de nombreuses années encore venir, de sa lointaine Belgique, pour arpenter ces sentiers qu'il affectionne tant.

 

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Nous retraversons le portail de Roquendouire où la Tramontane s’engouffre avant d’escalader la serre de More par laquelle nous sommes arrivés ce matin.

 

 

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Ne souhaitant pas participer à une nouvelle séance de « rock and Roll », nous empruntons un chemin beaucoup plus tranquille qui contourne la serre. N’ayant plus à nous préoccuper de préserver notre position verticale, nous pouvons  nous perdre dans nos rêveries et méditer sur la trace que laisseront nos vies sur cette terre. Compteront-elles plus que notre ombre qui caresse les cailloux sur notre passage ? Et les cailloux se souviennent-ils de nous ?

 

 

 J'ai posté la suite de ma visite "décoiffante " de Paris sur mon blog 

PIQUESEL 

 

Et si vous avez envie d'un intermède musical je vous convie à vous rendre sur mon blog musical OLD NUT pour écouter ma derrière chanson La fille de la montagne et les autres si affinité 

  

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Texte & Photos Ulysse (toute utilisation ou  reproduction des éléments de ce blog est soumise à mon accord préalable) 

 

 

07/12/2014

Parure de givre sur le Caroux !

 

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Avec les 500mm de pluie qu’il est tombé sur le Languedoc depuis huit jours qui ont rendu impossible toute sortie, je peux vous dire que mes vieilles articulations commençaient à rouiller. Aussi dès l’annonce d’une éclaircie, malgré qu’elle soit accompagnée d’un vent à décorner les mouflons et d’une température polaire, j’ai enfilé ma parka et  mes grolles de rando pour grimper sur le Caroux ! Bien m’en a pris, vu le somptueux spectacle qui m’attendait là haut. Mais bon, chaque chose en son temps. Commençons tranquillement notre ascension dans une hêtraie à l’abri du vent, histoire de se remettre dans le bain (ou plutôt en la circonstance hors du bain !). Je profite lâchement de l’absence momentanée de mon ami Gibus pour flâner un peu.  Admirons au passage la grâce de ces fayards (ou hêtres) qui ont offert pour l’hiver, à Gaïa notre terre mère, une superbe toison rousse de feuilles mortes.

 

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 En prenant de l’altitude nous gagnons l’étage des fougères dont la toison n’est pas moins colorée. J’aime, en cheminant sur ces antiques sentiers, penser à celles et ceux qui, au cours des siècles, les ont arpentés, tristes ou empreints  de gaité, selon la dureté des temps et de leur existence. Nous formons une chaine secrète d’humains dont la trace ainsi formée sur la terre garde la mémoire.

 

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Ce chemin conduit à une jasse (bergerie) qui n’a pas dû voir l’ombre d’un mouton depuis quelques décennies. Mais  quand notre planète croulera sous ses quinze milliards d’habitants qu’elle ne pourra plus nourrir, qui sait si ce lieu ne reprendra pas vie. En tous les cas, il sera plus hospitalier que la planète Mars que l’on envisage de coloniser !

 

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J’arrive au sommet où la Tramontane  s’en donne à cœur joie ! L’effet est, c’est le cas de le dire, saisissant, tout comme la vue de cet arbre couvert de givre qui vous donne une idée de la température ambiante. Je me dis qu'il faut être effectivement  un peu "givré" pour grimper aujourd'hui sur le Caroux !

 

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Cela dit, je ne suis pas monté là pour gémir dans votre giron, même si chères lectrices il doit être confortable,  mais pour admirer et partager ensuite avec vous – pour votre part en toute tranquillité et bien au chaud - les beautés qu’arbore en toutes saisons ce massif cher à mon cœur.

 

 

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Mon bonheur est toutefois mâtiné de quelques impédiments, car  je dois courir moult fois après ma casquette que la Tramontane facétieuse s’évertue à transformer en frisbee.

 

 

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Le froid est si intense que même les pierres semblent transies !

 

 

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La bruyère fait une toison de vieillard à ce bon vieux Caroux et les quelques arbustes ayant eu la malencontreuse idée de s’installer sur son sommet  ressemblent à des grosses boules de coton.

 

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Au loin une mer de nuages dévale les flancs de l’Espinousse poussés par la Tramontane. En contemplant ces merveilleux et parfois redoutables voyageurs célestes, je m’émerveille toujours de la sophistication de la machine climatique terrestre, où courants  aériens et  marins se combinent pour distribuer  ici et là l’eau nécessaire à la vie. Malheureusement je crains que nous ne soyons en train de la détraquer et que nous commençons à en payer les conséquences.

 

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Nous voici en vue d’une autre jasse, signe que les lieux étaient autrefois une zone d’intense pastoralisme.  La disparition des troupeaux permet, comme hélas en de nombreux autres endroits du massif, l’envahissement par les genêts  qui ferment les chemins et appauvrissent la flore. Le même phénomène se produit avec les pins, dont j’ai déjà dit sur ce blog qu’ils constituent une menace pour la biodiversité du massif, mais apparemment l’ONF s’en moque !

 

 

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Près de la Jasse, une horde de chevaux semi sauvages vivent en liberté, dont j’avais photographié les ébats en décembre 2012 dans une ambiance hivernale encore plus rude qu’aujourd’hui. Si cela vous dit de les contempler cliquez ICI.

 

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Un brin frigorifié, je vais me réfugier pour pique-niquer dans le refuge de Fontsalès où, en l’absence de mon ami Gibus, maître en la matière,  je n’arrive pas à allumer le feu, le bois étant trop mouillé. Comme le dit un graffiti sur le mur du refuge, il faut être fou pour monter en des endroits pareils l’hiver sans être capable d’allumer un feu !!! C’est sûr qu’aucune de mes lectrices dorénavant ne voudra m’y accompagner si Gibus n’est pas avec moi !  Mais faisant contre mauvais fortune bon cœur, comme m’y invite un autre graffiti, je déjeune en buvant au vent, au soleil, aux éléments et à l’amour !!!

 

 

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Revigoré je prends le chemin du retour, le soleil qui est un peu plus présent, mais guère plus chaud,  magnifie la parure de givre des arbres.

 

 

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Quand tant de beauté vous est offerte comment résister à l’appel des sommets ! Mes genoux auront beau rouiller, mes mains et mes pieds avoir l’onglée, ma casquette jouer les hirondelles, je crois que n’est pas encore venu l’hiver où je renoncerai à monter ici pour la contempler et ensuite la partager avec vous, ce qui double mon plaisir !

 

 

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Mais le brouillard commence à envahir les sommets et il est temps de redescendre, ce que je fais à regret.

 

 

caroux,fayard,nuage,givre,jasseJe regagne paisiblement la vallée, protégé du vent par les fayards qui me font une double haie d’honneur, l’âme encore éblouie par le magnifique spectacle que m’a offert, une fois de plus, ce cher Caroux.

 

J'ai posté la suite de ma visite "décoiffante " de Paris sur mon blog

PIQUESEL 

 

Et si vous avez envie d'un intermède musical je vous convie à vous rendre sur mon blog musical OLD NUT pour écouter ma derrière chanson MEDIADEAD et les autres si affinité 

  

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08:52 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (56) | Tags : caroux, fayard, nuage, givre, jasse

01/12/2014

Crapahut vers le Montahut (1053m)

Chères lectrices, chers lecteurs, 

les intempéries ne m'ayant pas permis d'aller arpenter mes chères montagnes, je remets une note tirée de mes archives en vous invitant à vous rendre, si vous recherchez de l'inédit, sur mon blog

PIQUESEL

où j'ai posté la deuxième partie de ma visite "décoiffante" à Paris ....

 

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Crapahut ! voilà un mot comme je les aime : plein de « mâche » comme un vin tannique, tonitruant, rocailleux.  Sans le connaître, on en devine le sens : marcher en terrain difficile ! Le « cra » est là qui rappelle le bruit de nos (hélas !) déjà vieilles articulations, le « pas » s’impose puisque l’on marche et le « hut » sonne comme cette interjection lancée aux chevaux (de retour pour ce qui me concerne ! ) pour les faire avancer .

Quand on dit que l’on va crapahuter on ne va pas flâner ni baguenauder . Ces mots en « n » évoquent la nonchalance, l’allure d’un sénateur (mot qui commence au demeurant comme « sénile » et finit comme « profiteur »).

Mon ami Gibus et moi avions donc décidé de jour là d’aller crapahuter vers le Montahut  en partant de Mons la Trivalle et en passant par le Bardou, les Bourdils, le mont Gros  et la chapelle de St Martin du Froid soit environ 25km et 1300m de dénivelé cumulé.

A Mons la Trivalle, un chat que les premiers rayons du soleil vient de réveiller, nous regarde passer d’un air intrigué, les gens du cru n’ayant pas l’habitude de monter les rues pentues du village en caracolant, même quand il y a  la promesse d’un pastis au bout !

 

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De toute façon vu la sécheresse qui affecte le midi et dont témoigne le défunt torrent du Bardou qui alimente en temps normal le lac d’Airette, il va bientôt falloir faire une croix sur les glaçons et boire son pastis pur !

Espérons aussi que la raison (mais ne nous a-t-elle pas depuis longtemps quittés ?) nous conduira à bannir la culture du maïs et l’arrosage des pelouses et des ronds points dans nos régions, arrosage qui profite d’ailleurs généralement au bitume des chaussées environnantes, quand l’eau ne s’évapore pas avant de toucher le sol !

 

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Nous suivons un moment le fil séculaire d’antiques chemins de pierres qui font mon admiration. Les derniers survivants des chataîgneraies, dont les hommes autrefois tiraient nourriture et bois de charpente ou de marine, les abritent de leur ombre. Mais ces chataîgneraies sont aujourd’hui abandonnées et seront peu à peu remplacées, pour des raisons de rentabilité, par des pins tueurs de biodiversité. Notre logique comptable qui ignore la richesse du vivant et méprise l’humain envahit et détruit peu à peu le monde naturel.

 

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Nous parcourons les flancs du Mont Gros aujourd’hui envahis par les genets et les bruyères qui prolifèrent depuis la disparition des troupeaux de moutons qui abondaient autrefois en ces lieux. Ne subsiste qu’une brebis égarée qui, dressée sur ses pattes arrières, cherche désespérément des yeux son berger. En ces temps complexes et menaçants  les hommes déboussolés ne cherchent ils pas aussi des bergers qui leur promettent la sécurité. Prenons garde à ne pas choisir un jour , comme l’ont maintes fois fait nos ancêtres,  des loups déguisés en bergers.

 

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Parvenus au col de Landres, nous  contemplons le corps tourmenté de notre  Terre Mère  couvert d’une ombre bleutée qui gomme toute présence humaine.  C’est à la fois apaisant et exaltant de pouvoir contempler un monde en apparence vierge et sauvage. Cela réveille en nous un émerveillement venu du fonds des ages quand l’homme  en migrant découvrait peu à peu la planète et explorait des mondes inconnus. 

Nous avons besoin de conserver de vastes zones sauvages et naturelles pour pouvoir nourrir notre imaginaire, et satisfaire notre goût du mystère. Nous avons besoin de savoir qu’une partie du monde est encore libre et échappe à notre contrôle, que les ours , les loups, les mouflons, les éléphants, les tigres ont des espaces où ils peuvent évoluer en toute liberté. Car cette image de liberté qu’ils nous donnent est un antidote contre la tentation d’un monde insidieusement totalitaire centre-commercialisé, anti-dépresseuré, vidéo-surveillé, face-booké, dechavanisés, assurancetous-risquisé où nous évoluerons comme des  zombies lobotomisés.

 

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Un vieillard au visage buriné par la pluie, le gel, le soleil et le vent nous salue au passage, heureux de voir des humains en ces lieux isolés. Il nous  raconte qu’il a été berger  de Chavardès, un hameau en ruine situé plus avant sur le chemin et qu’à sa mort moyennant la livraison à Saint Pierre de 50kg de Pélardons et de 50litres de Faugères il a obtenu de pouvoir passer son éternité là où il a vécu, mais en étant condamné à l’immobilité, afin de ne pas aller troubler les vivants.

«  Certes  l’immobilité me pèse un peu » nous avoue-t-il « mais je suis en plein air et le paysage ici est tellement beau, alors qu’au paradis ça sent l’encens et la naphtaline car ils gardent les portes toujours fermées à cause des courants d’air et des resquilleurs ».

 

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Poursuivant notre route, nous longeons les contreforts du Montahut dont les cotes saillantes émergent d’une toison d’arbres qui commencent lentement à se parer de zébrures oranges sous les premières morsures des nuits fraîches de l’automne.

 

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Nous voilà au hameau en ruine de Chavardès où vécut notre berger rencontré un instant plus tôt. Le four à pain ouvre sa gueule noire qui n’a plus vu de feu depuis bien des lunes.  Ils n’ont pas de visage ces hommes et ces femmes qui ont vécu, aimé, travaillé, souffert, mais aussi  fait la fête, chanté et ri en ces lieux. Mais les traces de leur passage sur terre sont palpables intimement mêlées à ces ruines alors que nos vies nomades qui vagabondent de cube de béton en cube de béton ne laisseront aucun signe de notre passage.

 

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De fait, notre société hyper moderne et nomade est fascinée par les   ruines antiques qui sont comme un fil auquel elle s’accroche pour ne pas sombrer dans le vide.

 

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Ayant franchi le col de Montahut, nous apercevons le roc d’Ourliades (1020m) qui semble nous mettre au défi de le grimper. Mais n’ayant pas 50Kg de Pélardons ni 50 litres de Faugères à livrer à Saint Pierre nous préférons nous abstenir ( j’ai horreur de l’odeur d’encens et je laisse toujours mes fenêtres ouvertes)

 

 

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Nous franchissons le col d’Ourliades gardé par une sorcière perchée sur son rocher qui nous laisse passer à condition de lui citer cinq vins portant le nom de saints, ce qui n’est pour nous qu’une simple formalité. 

 

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Mais qu’en aurait-il été pour vous chères lectrices ou lecteurs ? J’attends vos réponses dans les commentaires.

 

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Et soudain, le sommet du Montahut se révèle à nos yeux, occupé, oh sublime surprise  par un couple de jeunes mouflons et leur petit ! Constatant que nous ne sommes pas armés de fusils, ces phallus de substitution qu’arborent les nemrods pour se consoler du deuil  de leur virilité, les mouflons se laissent un instant admirer.

 

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Puis lentement ils se retirent pour nous laisser la place, la femelle traînant derrière à l’insu de son mari et restant perchée sur un rocher pour nous contempler, sans doute admirative de la belle taille de nos mollets .

 

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Nous en sommes émoustillés. Il faut dire que nous n’avons plus l’habitude que des regards « féminins » admiratifs se posent sur nous !

 

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La belle mouflonne partie, nous accédons au sommet, ajoutant le Montahut à notre collection de pics, de piochs, de monts, de rocs qui ont vu la semelle de nos godillots.

 

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Ayant entendu certaines de mes lectrices émettre des murmures dubitatifs à la lecture du passage relatif à la beauté de nos mollets, je vous livre en exclusivité une vue de ceux de mon ami Gibus en plein action et qui je pense vous convaincront. Certes les miens sont un peu moins musclés, mais j’ai l’excuse de ne pas être marathonien.

 

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D’ailleurs, au détour d’une piste qui traverse les Bourdils nous avons la surprise d’apercevoir de nouveau notre mouflonne qui, encore sous le charme, nous a suivis. Mais son époux jaloux la rappelle à l’ordre et elle nous quitte à regret. J’espère chères lectrices que vos maris ne font pas de même quand vous passez trop de temps à lire mon blog.

 

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Nous passons près de la chapelle de St martin du Froid qui domine le vallon de la Bayssière  et plongeons à pieds joints dans le vallon

 

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Il suffit alors de se laisser entraîner par la pente en se méfiant des cailloux du chemin qui en ont un peu marre de se faire marcher dessus et roulent traîtreusement sous vos pas . Mais  qui peut leur en vouloir ! Je suppose que quand on vous marche sur un pied, vous ne tendez pas l’autre ! 

 

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09:25 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (54) | Tags : montahut, caroux, mouflon, ours

24/11/2014

De Roqueredonde à la Bastide des Fonts !

 

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Il n’est rien qui ne m’enthousiasme plus que de passer ma journée sur les chemins. Je pars de bon matin pour, comme l’a écrit Rûmi, ce grand poète persan du XIIème siècle  « écouter les secrets que la fraîcheur de l’aube a à me dire ».

Partons donc, en ce frais matin de novembre, de Roqueredonde, village dont le joli nom recouvre au demeurant un bric à brac de maisons disparates sans charme qui dépare le superbe plateau de l’Escandorgue. Mais il en est hélas souvent ainsi dans nos villages du Languedoc où les maires tolèrent souvent n’importe quoi en matière d’urbanisme.   L’ancienne cité épiscopale de Lodève située en contrebas du plateau comporte, en revanche, de nombreux attraits touristiques.

Ma première rencontre du jour est un charmant cheval à l’œil pétillant de malice qui se réjouit d’avoir de la compagnie de si bon matin et qui me souhaite bonne route. Il aimerait bien lui aussi partir à l’aventure mais hélas, déplore-t-il, les chevaux ne sont pas libres en ce pays et de toute façon les hommes se sont appropriés tous les pâturages où cavalcadaient leurs aïeux pour les entourer de barbelés. Que voulez vous que je lui réponde ? Les animaux sauvages qui survivent sur notre planète voient un peu plus chaque jour leurs espaces de liberté restreints quand ils ne sont pas exterminés. Et les hommes eux même perdent peu à peu à leur propre liberté et se voient imposer par les multinationales engagées dans une féroce course aux mega-profits des conditions de vie qui se rapprochent de celle des esclaves de l’antiquité.

 

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Oh ! Certes  les temps anciens n’étaient pas non plus idylliques, la vie était rude, mais chaque homme avait un métier et un  rôle social qui préservait sa dignité. Aujourd’hui les hommes sont de simples paramètres d’ajustement du processus de production dont le but n’est plus le développement d’une société épanouie et harmonieuse mais l’addition de quelques zéros sur le compte en banque de squales réfugiés aux bien nommées îles caïmans .

 

 

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Mais revenons aux bonheurs simples et intenses que me procure l’immersion au cœur de la nature. J’aime dans nos paysages voir la ronde des saisons à l’oeuvre. Elle me rappelle que nous ne sommes que de passage et qu’aussi vigoureuses que soient aujourd’hui mes gambettes, un jour elles me laisseront en plant et je m’abattrai alors plus vite que ce vieil arbre mort qui bénéficie d’un sursis post mortem.

 

 

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La silhouette décharnée de cet autre arbre mort nous appelle à une autre vigilance et à un autre devoir. Car si nous mourrons, d’autres nous suivent et nous suivront pendant longtemps encore, du moins faut-il l’espérer. Et comme disaient les amérindiens, qui étaient des sages, nous empruntons la terre à nos ancêtres et nous la rendons à nos enfants, alors prenons en soin !

 

 

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Le petit groupe d’amis qui m’accompagnent partagent la passion de la randonnée et l’amour de la nature qui  nourrit notre âme en émotions et en bonheurs, mieux que ne sauront jamais le faire les jeux vidéos les plus sophistiqués.

 

 

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Nous arrivons à l’étonnante et pittoresque  Chapelle de Bouviala dont l’importance surprend dans une zone aussi déserte. Là aussi le temps a passé sa rude éponge et rayé du territoire un village qui était un chef lieu sous l’ancien régime. La chapelle doit sa « résurrection » à une association de bénévoles dont l’action est hélas un peu vaine puisque la chapelle est fermée, comme la plupart aujourd’hui des édifices religieux. Il faut dire qu’en ces temps où le vandalisme tient lieu de mode d’expression, Dieu s’est révélé être un piètre garde chiourme. Mais n’est-il pas infiniment bon et indulgent par essence, même à l’égard des triples cons !

 

 

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Soudain une ombre défile sur le paysage et nous levons le nez vers le ciel pour voir si le nuage qui passe est annonciateur d’une dégradation du temps.   Nous apercevons alors un troupeau d’oies sauvages qui traversent le ciel, magnifique symbole de la vie libre et sauvage dont jouissent encore  heureusement une partie des êtres qui peuplent notre terre, mais pour combien de temps ?

 

 

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L’une d’entre elles ayant bien voulu me prendre sur son dos, j’ai pu prendre cette photo qui  vous donne une petite idée du paysage qu’elles survolent.  S’il n’existait pas cette triste engeance des chasseurs cela me donnerait envie d’être l’une des leurs.

 

 

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Nous parvenons en vue du village de la Bastide des Fonts auquel nous allons accéder par un chemin qui emprunte une brèche ouverte dans la falaise sur laquelle il est juché.

 

 

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Le village n’a guère d’intérêt hormis deux statues qui ornent son monument aux morts, dont celle d’une vierge qui semble contempler son enfant en ayant conscience du triste destin qui lui est réservé. On perçoit dans ce visage de pierre légèrement incliné,  le poids d’une terrible peine, d’une  infinie compassion. Le sculpteur, qui est un enfant du pays sans aucune notoriété, n’aurait, à mon avis, pas à rougir  devant Michel Ange.

 

 

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La beauté des paysages que l’on aperçoit depuis le village ne peut qu’accoutumer les « âmes » qui y vivent à la beauté et à l’essence divine des choses.  Je dis « divine » bien que je ne sois adepte d’aucune religion car je pense que l’univers est spirituel et donc bien évidemment  tout ce qui en est issu, même les crétins. Mais comme disent les chrétiens « les voies du ciel sont impénétrables » !

 

 

roqueredonde,bouviala,mille vaches,hollande,escandorguePersonnellement, je suis fasciné par ces lignes de montagnes qui se succèdent dans la brumeuse « bleuitude » de l’horizon. Il me reste tant de chemins à parcourir  et il est frustrant de savoir que je n’aurai pas le temps de les explorer….mais, foi d’Ulysse je reviendrai !

 

 

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Et voici encore quelques arbres morts au champ d’honneur, spectacle toujours émouvant à voir et devant lequel les humains devraient toujours consacrer une minute de silence afin de les remercier de leurs bons et loyaux services à créer, par leurs feuilles, l’humus nourricier et l’oxygène que l’on respire.

 

 

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Alors que le mouton est l’animal le plus stupide et farouche du monde, nous en croisons qui viennent spontanément à notre rencontre. Diantre ! Aurions nous également des têtes de mouton ou bien en exhale –t-on l’odeur, ce qui ne serait guère à notre avantage ! Nous préférons penser que l’un de nous ressemble au berger !

 

 

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Toujours est-il qu’ils nous suivent un bon moment, parfois hésitants et se retournant, ayant sans doute conscience de s’éloigner dangereusement du reste du troupeau.

 

 

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Et puis soudainement ils nous abandonnent et tournent casaque, ayant sans doute pris conscience de leur audace inconsidérée. Chassez le naturel, il revient au galop !   C’est un peu comme ce cher François qui nous assure, promis juré, qu’il n’ y aura plus d’augmentation d’impôts !

 

 

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Cette photo en dit beaucoup sur le génie des anciens qui ont su préserver entre leurs parcelles des haies où trouvent refuge un monde d’insectes et d’oiseaux. On ferait bien de s’en inspirer plutôt que d’aller installer de monstrueuses fermes aux milles vaches qui créeront un marécage de lisier pour produire du coca-colait !

 

 

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Défendons une agriculture familiale respectueuse des paysages et de l’environnement, comme ont su la pratiquer des dizaines de générations de paysans, même s’il ne sont pas toujours exemplaires en matière d’utilisation de pesticides ou de recyclage de leurs déchets et veilles machines. Ils ont su faire de la campagne française l’une des plus belles du monde malgré les « scories » que l’on peut y voir ici et là . Et pour une fois je les salue au passage car souvent dure est leur existence et ils ne sont pas rémunérés à la valeur de ce qu’ils apportent à notre société.

  

Et si vous avez envie d'un intermède musical je vous convie à vous rendre sur mon blog musical OLD NUT pour écouter ma nouvelle chanson MEDIADEAD Cliquez :

 

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Texte & Photos Ulysse (toute utilisation ou  reproduction des éléments de ce blog est soumise à mon accord préalable)