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07/04/2009

Brèves de mare ....

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Lorsque je travaillais à Paris, j'adorais aller déjeuner d'un jambon-beurre-cornichons accompagné d'un verre

de beaujolpif ( je n'avais pas encore découvert les vins du pays d'Oc) au comptoir d'un café et je me délectais des

propos que l'on pouvait y entendre sur les affaires du monde.


Il y a, en effet, dans notre pays plus de 50 millions de citoyens (j'exclus les moins de 20 ans qui fréquentent plus les

boites de nuit que les bars) qui, à les entendre, sont capables de régler en trois coups de cuillères à pot tous les

problèmes auxquels non seulement notre pays mais le monde entier sont confrontés. Manque de bol les seuls qui soient

incapables de les résoudre sont toujours ceux qui sont élus ! Il doit y avoir un vice dans le système quelque part,

mais lequel ?


Toujours est -il que je me délectais de ces propos, que certains écrivains, écumant comme moi les cafés, ont collecté

et consigné sous le titre de « Brèves de comptoirs » qui sont la quintessence des réflexions que notre système

éducatif - le meilleur du monde, cela va de soi - fait naître dans le cerveau de mes congénères.



Hélas cette pratique de se regrouper autour d'un comptoir pour discourir des affaires du monde et

accessoirement dévorer un jambon-beurre-cornichons n'a pas cours sur les rives de la Méditerranée, où les

consommateurs ont du mal à rester debout plus de cinq minutes et ont besoin de s'affaler sur les fauteuils

d'une terrasse. J'ai donc du renoncer à mon plaisir depuis que je suis établi dans ce pays d'Oc, au demeurant

l'un des plus beaux, sinon le plus beau au monde.


Mais voilà que l'autre jour, visitant le parc zoologique de Sigean, j'ai entendu un brouhaha qui m'a rappelé

l'ambiance des bars de la capitale. Me rapprochant de l'endroit d'où venait la rumeur, je découvris un

peuplement de volatiles qui cancanaient à qui mieux mieux. Ramené avec ravissement quelques années en

arrière, je suis resté un long moment à écouter leurs propos. Je vous en livre aujourd'hui la teneur et vous

constaterez que la hauteur de vue et la délicatesse de ces volatiles n'ont rien à envier à celles de mes contemporains


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« Vous avez vu ces mouettes qui se croient tout permis et passent au dessus de notre territoire » disaient

les flamants roses « elles respirent notre air, veulent nous ôter les crevettes de la bouche et nous envoient leurs

fientes, on devrait les reconduire à la frontière !»


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« Ne nous laissons pas faire » poursuivaient-ils «  serrons les rangs, gavons nous et ne leur laissons

pas une miette, mais dépêchons nous car on aura bientôt fait nos 35 heures et ce sera le moment de piquer

un roupillon! »


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Entendant ces propos un flamant qui venait d'arriver de Cuba et avait connu des temps difficiles devint

rouge de fureur et leur dit «  bandes de traîne-savates, nantis de sud-plumes accrochés à vos 35 heures et vos

roupillons ! Sortez un peu de votre lagune pour aller voir le sort de vos congénères ! Moi qui ait crevé la dalle,

j'ai envie de travailler plus pour bouffer plus ! Allez je m'casse ailleurs et, sur ces mots, il partit rejoindre un groupe

des pélicans établis dans le voisinage


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Le moins que l'on puisse dire est qu'il ne reçut pas un accueil chaleureux des pélicans qui commencèrent

à marmonner « Qui c'est celui là ? Qu'est ce qu'il veut ? Qu'est ce qu'il fait là ? C'est certainement un rupin qui

croit nous épater avec sa jaquette rouge ferrari. Il nous regarde de haut avec ses longues pattes. Encore un qui

veut fienter plus haut que son trouffion ! » Et ils le harcelèrent si bien que le flamant dégoûté s'en alla voir ailleurs


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Le flamant parti, les pélicans se congratulèrent bruyamment en s'exclamant « On est quand même mieux

entre nous, ce n'est pas parce qu'on est bas sur pattes, que l'on va se laisser marcher sur les pieds ! Ces rupins

sont tous les mêmes, ils pensent pouvoir nous impressionner avec leurs grands airs, mais c'est pour mieux nous

exploiter et nous spolier »


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Et les voilà à se hausser du col fiers d'avoir chassé l'intrus et de rester ainsi entre eux en préservant leur existence

routinière et jouir de l'ineffable bonheur de s'entendre dire "c'est toi !" sans accent pointu !


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Puis ils se mirent à l'eau pour aller conter à leur colonie établie sur un île leur exploit d'avoir chassé

un malheureux flamant émigré de Cuba


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Leurs congénères confortablement installés sur leur ile singulière les accueillirent en héros pour avoir préserver leur

territoire de toute intrusion étrangère


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Une cigogne venant d'Afrique et qui s'apprêtait à s'établir en ces lieux qu'elle pensait idylliques, ayant assisté

à la scène, reprit son vol bien vite à la recherche d'une contrée plus hospitalière.


Mais je doute qu'elle l'ait trouvée sur cette terre!


Texte & photos Ulysse