07.12.2008
Le monde est malade, filons aux Trescoulades
Décembre : le mois de la robe de chambre ! Il fait gris, il fait froid, les jours sont courts et la crise est là !
Certes pas pour tout le monde, certains ne seront pas obligés de déposer chez le prêteur sur gage leur bague de
chez Cartier (n'est ce pas Rachida ?) ou leur montre Rolex (isn't it Nicolas ?) pour boucler leurs fins de mois !
Mais nous les obscurs, les sans grades qui sommes, comme d'habitude, les dindons de la farce
(qui plus est sacrément salée, la farce !) nous ne pourrons même pas nous payer pour Noël la traditionnelle
dinde aux marrons, car à vrai dire, c'est plutôt nous qui sommes « marrons » ! Bref ! même avec une cave
pleine comme l'est la mienne (je ne vous donnerai pas mon adresse!) il y a vraiment de quoi faire une dépression !
Aussi je vous propose de rembobiner la pelote du temps et de vous ramener à cet heureux mois
de septembre où le soleil brillait encore et où l'avidité des banquiers n'avait pas mis l'économie du monde à genoux !
Rejoignons donc le village - charmant celà va sans dire (standing de ce blog oblige!) - d'Arrigas,
niché dans les replis des premiers contreforts du massif de l'Aigoual, non loin d'Aumessas orné de son élégant
viaduc. De là nous allons arpenter le circuit des Trescoulades qui tire son nom des trois cols qu'il franchit :
Col des Airettes, Col des Tempêtes et Col des Ramasses.
Cette balade que j'ai faite fin septembre était au demeurant quelque peu prémonitoire, car c'est,
de fait, un bon raccourci de ce que nous avons vécu et de ce qui nous attend. En effet, après que nos
gouvernants nous aient joué l'airette de « tout va très bien Madame la marquise », et après avoir essuyé
la tempête économique qui actuellement sévit nous serons bientôt tous à « la ramasse » !
Cela dit, quand on quitte le macadam des zones urbanisées et que l'on part sur les chemins, on entre
dans le dernier espace de liberté du monde: le ciel, la terre, les plantes, les animaux nous offrent l'image d'un
univers évoluant en dehors du carcan des lois, des normes et des conventions qui emmaillotent nos vies urbaines,
et qui, ici, n'ont plus cours ! Ne subsiste qu'un seul devoir, celui du respect envers cet univers dont, on l'oublie
trop souvent, notre vie dépend !
A cette période de l'année, les graminées prennent une couleur fauve ou dorée qui illumine les collines
et offre un contraste saisissant avec le manteau forestier encore vert, même si, çà et là des ombres fauves ou
dorées annoncent la prochaine arrivée de l'automne.
A qui sait le respecter, cet univers apporte la sérénité et révèle ses mystères. Ainsi peut être aurez
vous, comme moi, la chance d'apercevoir le Licornon, cet être fabuleux né d'un mouflon géant et d'une Licorne
et qui hante depuis des siècles la contrée. Les anciens d'Arrigas prétendent que ses « laissées » sont en or massif
mais pour ma part j'ai eu beau battre les taillis là où je l'ai croisé et je n'ai rien trouvé. Mais comme le dit un dicton
Bellopratain (qui vient de Beaupréau, mon village natal) « Qui cherche l'or, trouve des ennuis, qui ne cherche rien,
en trouve aussi » Alors autant chercher, même en vain !
Cheminant sur le sommet d'une serre rocheuse, le panorama révèle alors les plissements montagneux
qui ponctuent le paysage jusqu'à la Méditerranée. Ainsi découvre-t-on successivement la bosse du Pic d'Anjau et
le massif de la Séranne, tandis qu'émerge au loin le Pic Saint Loup.
Une confortable piste forestière nous permet de franchir sans encombre le col des Airettes (815m)
dont l'altitude est propice au développement des sapinières qui fuient la canicule sévissant l'été dans la plaine.
A notre grand soulagement, un calme olympien règne au col des Tempêtes (997m) que nous franchissons
sans encombre pour nous diriger vers le Col des Ramasses (1200m) où le fil doré du chemin sinue dans un champ
d'éboulis.
Un arbre mort semble contempler, nostalgique, les premières flammes de l'automne qui gagnent
la frondaison de ses congénères colonisant le fond d'un vallon.
Le Pic d'Anjau et le Pic Saint Loup, aperçus le matin même, semblent bientôt à portée de main, voire à
portée d'aile, car le sentiment nous gagne sur ces hauteurs, où le ciel l'emporte sur la terre, d'être un oiseau
Un vieil olmèque, réfugié politique du temps où Cortès et ses sbires dévastaient l'amérique centrale,
nous salue au passage, perdu dans la contemplation du paysage, source permanente de ravissement.
De fait, il n'y a pas dans le monde de plus belle horloge que cet arbre rougeoyant annonciateur précoce
de l'automne. Dérisoire et infantile apparaît alors la jouissance que peut apporter la possession d'une Rolex quand
on contemple dans la nature le passage du temps.
Mais il est l'heure de regagner Arrigas par un sentier moelleusement moquetté de feuilles où un vin chaud
vous attend. Quant à la crise j'espère vous l'avoir fait oublier un moment !
PS : Ce circuit balisé en jaune qui part du village d'Arrigas est donné pour 13km et 4H30 de marche avec 800m de dénivelé.
Texte & Photos Ulysse
08:47 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (28) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : arrigas, trescoulades, rollex, cartier

